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Le dossier

Les entourages des chefs de l'Etat de Mac-Mahon à Valéry Giscard d'Estaing

Coordination : Gilles Le Béguec et Christine Manigand

Avant-propos

Gilles Le Béguec

A l’aube du régime né de l’effondrement du Second Empire, Adolphe Thiers, devenu président de la République par la grâce de la loi Rivet-Vitet, disposait d’un seul et unique collaborateur civil : le vieux Jules Barthélémy Saint-Hilaire, paré du beau titre de secrétaire général de la Présidence mais à peu près dépourvu de tout moyen matériel. Une petite trentaine d’années plus tard, avec le franchissement du pas historique de la création du secrétariat général de la « maison civile », le chef de l’Etat peut prendre appui sur une équipe restreinte de quatre ou cinq collaborateurs. A la fin du XXe siècle – en 1991, très précisément, c’est-à-dire à peu près au milieu du second septennat de François Mitterrand – , l’équipe élyséenne compte, militaires non compris, 48 membres travaillant au sein d’un ensemble structuré placé sous l’autorité d’un secrétaire général (Hubert Védrine), d’une secrétaire générale-adjointe (Anne Lauvergeon) et d’un directeur de cabinet (Gilles Ménage). On a changé d’époque, d’échelle et d’esprit.


Les entourages du chef de l'Etat sous la IIIe et la IVe Républiques

Gilles Le Béguec

Durant toute la période allant de 1873 à 1958, l’entourage civil (la « maison civile » selon l’expression consacrée) du chef de l’Etat est demeuré une structure légère, faiblement impliquée dans les processus de décision politique, les deux principales exceptions étant celles de la présidence du maréchal de Mac-Mahon (avec la présence, à la tête du secrétariat général de la présidence, du jeune et entreprenant vicomte Emmanuel d’Harcourt) et de la « parenthèse » de 1940-1946 (notamment les années 1940-1942 et les années du gouvernement de Gaulle de 1944-1946). On peut repérer trois grandes lignes d’évolution : la montée en puissance de la « maison civile » au détriment de la « maison militaire », les années 1880 et la première moitié des années 1890 correspondant à la période d’influence maximale du secrétaire général militaire ; l’augmentation très progressive du nombre des collaborateurs du chef de l’Etat et la mise en place non moins progressive d’une organisation de nature plus hiérarchique, l’étape dernière étant ici constituée par la réapparition, cette fois définitive, d’un secrétariat général civil de la présidence de la République en 1900 au profit du préfet Abel Combarieu ; le renforcement, d’ailleurs relatif, du rôle politique de l’entourage présidentiel sous les mandats de Vincent Auriol et de René Coty, renforcement qui peut légitimement être mis en relation avec les expériences conduites durant les années 1940-1946.


L’entourage de Raymond Poincaré, président de la République (février 1913-février1920)

Rosemonde Sanson

Au cours de son septennat, le Président Poincaré s’est entouré successivement de trois secrétaires généraux civils et de trois secrétaires militaires, la guerre impliquant le recours à des personnalités à la retraite. Adolphe Pichon (1913-1914, puis 1919-1920) et Olivier Sainsère (1915-1918) possèdent une compétence acquise dans divers cabinets ministériels et au Conseil d’Etat. L’avocat Félix Décori (1914-1915) est un vieil ami du Président. Les généraux Beaudemoulin (1913-1914), Duparge (1914-1918) désignés par le ministre de la Guerre puis Pénelon (1919-1920) appelé par le Président qui l’a apprécié comme agent de liaison avec le GQG ont dirigé sa maison militaire. Poincaré a entretenu d’excellents rapports avec ses collaborateurs (cf. ses notations dans Souvenirs et Notes journalières).


Les entourages de Philippe Pétain, chef de l'Etat français, 1940-1942

Jérôme Cotillon

La singularité juridique et la légalité éminemment discutable du régime de Vichy, dit de « l’État français », n’a pas interdit, le 10 juillet 1940, l’avènement d’un nouveau pouvoir alors peu contesté et tout entier incarné par le maréchal Pétain. À ce titre, la question des entourages politiques du chef de l’État français se pose donc tout aussi légitimement que celle des entourages des présidents de la République. Il en ressort sans ambiguïté une élite renouvelée en apparence et idéologiquement conforme aux orientations de l’État nouveau mais dont les promoteurs témoignent d’une expérience politique et administrative antérieure trempée. Continuité donc des élites vichystes mais également rôle sans doute accru par rapport à leurs devanciers et successeurs républicains. La nature du régime comme des circonstances liées à l’Occupation l’expliquent largement et en scellent toute l’originalité.


L'entourage de Charles de Gaulle président du GPRF à Paris (25 août 1944-21 janvier 1946)

Bernard Lachaise

A Paris, à la Libération, l’entourage du général de Gaulle président du GPRF, compte une soixantaine de membres, autour du cabinet du Président dirigé par Gaston Palewski. Ces membres, issus des entourages d’avant guerre comme celui de Paul Reynaud, du Général à Londres et surtout de la Résistance, sont pour jeunes, diplômés et engagés au service de l’Etat, militaire ou civil. Leur fidélité au général de Gaulle s’avère durable et certains des conseillers deviennent sous la présidence de Gaulle dans les années 1960 des figures majeures de la République, à l’image de Georges Pompidou.


L’entourage de Vincent Auriol : au service d’une stratégie présidentialiste

Noëlline Castagnez

Archives nationales - Paris. Fonds Vincent Auriol 552 AP 221. © Maurice Zalewski.Premier Président de la IVe République, le socialiste Vincent Auriol, loin de se contenter « d’inaugurer les chrysanthèmes », développa une stratégie présidentialiste. Soucieux de défendre les prérogatives de sa fonction, le choix de son entourage à l’Élysée ne pouvait donc être secondaire. Ayant pressenti la personnalisation de la vie politique, il se dota de collaborateurs qui, tout en répondant aux exigences résistancialistes de l’époque, contribuèrent au style jeune et dynamique de sa maison. À la fois informateurs, techniciens, et missi dominici, ils permirent au Président d’exercer sa magistrature morale dans tous les domaines et d’être un recours lors des crises ministérielles. Mais si le Président s’efforça de favoriser leur promotion, il se fit des ennemis qui n’hésitèrent pas à attaquer ses collaborateurs pour l’atteindre à travers eux. Dans ces conditions, le passage par l’entourage présidentiel ne constitua pas nécessairement un tremplin.


L’entourage du général de Gaulle à l’Élysée (8 janvier 1959-28 avril 1969)

Eric Chiaradia

L’entourage du général de Gaulle, premier président de la Ve République de 1959 à 1969, se compose de près de deux cents hauts fonctionnaires civils et militaires qui travaillent à ses côtés dans quatre organes différents mais complémentaires. Ils aident le chef de l’Etat à fixer les limites de l’action présidentielle. Celle-ci s’impose à la tête de l’exécutif. Sur un fond d’événements graves (guerre d’Algérie), dans une conjoncture fluctuante et aidés par la pratique référendaire, ces grands commis édifient une institution décisionnelle. Ils forment alors un véritable groupe gaulliste, au service de l’Etat et d’une nation qui se modernise.
 


Jacques Foccart et le secrétariat général pour les Affaires africaines et malgaches

Frédéric Turpin

Le titre XII de la Constitution de 1958 crée une Communauté organique entre la France et ses anciens territoires d’outre-mer. Le président de la Communauté – de droit le président de la République française – est assisté dans sa charge par le secrétariat général pour la Communauté. Cet organe à vocation strictement communautaire survit à la disparition de la Communauté en se transformant en 1961 en secrétariat général à la présidence de la République pour les Affaires africaines et malgaches. Il devient même sous la direction du très gaulliste Jacques Foccart l’un des principaux artisans du maintien de liens étroits entre la France et ses anciennes colonies d’Afrique subsaharienne. Cette survivance de la Communauté disparaît en 1974 après la victoire de Valéry Giscard d’Estaing à l’élection présidentielle.

 


Les cabinets de Georges Pompidou à Matignon et à l’Elysée (1962-1974)

Sabrina Tricaud, Emilie Willaert

L’entourage de Georges Pompidou, à la différence de celui du général de Gaulle, a peu suscité l’intérêt des historiens, peut-être parce que Georges Pompidou fut d’abord membre de l’entourage gaullien, comme en témoigne sa nomination comme directeur de cabinet du Général de juin 1958 à janvier 1959. On constate ainsi des similitudes et des éléments de continuité dans la composition des entourages gaullien et pompidolien, mais aussi des évolutions et des adaptations, mises en évidence par l’étude des membres des cabinets civils de Georges Pompidou, Premier ministre d’avril 1962 à juillet 1968, puis président de la République (1969-1974). La diversité des réseaux et des filières de recrutement des collaborateurs de Georges Pompidou assura en partie leur pérennité et leur promotion politique, notamment dans l’entourage chiraquien.


Un instrument politique mal assumé ? L'entourage de Valéry Giscard d'Estaing à l'Elysée de 1974 à 1981

Frédéric Tristram

Le secrétariat général de l’Elysée est, durant le septennat de Valéry Giscard d’Estaing, une structure hybride. Par sa composition, ses règles de fonctionnement et son domaine de compétences, il présente tous les traits d’un organe administratif, chargé d’assister le Président sans entreprendre sur les prérogatives gouvernementales. La logique institutionnelle ainsi que le contexte si particulier des années 1974-1981 ont cependant conduit le secrétariat général à assumer de plus en plus des fonctions politiques, s’écartant ainsi des conceptions premières de Valéry Giscard d’Estaing.


Le Secrétariat général du Comité interministériel pour les questions de coopération économique européenne

Anne Dulphy, Christine Manigand

L’étude du Secrétariat général du Comité interministériel pour les questions de coopération économique européenne (SGCI), « officine administrative au rôle inconnu et à l’importance considérable », renvoie tout d’abord à la mission, assignée lors de la mise en place définitive de ses attributions en avril 1958, de coordination interministérielle en vue d’une coopération constante entre institutions européennes et administrations nationales. Placée sous l’autorité du Premier ministre, unie de façon étroite à l’Elysée, cette structure transversale a contribué à forger la politique européenne de la France. Par ailleurs, la richesse du parcours des membres du SGCI, tant dans le processus de formation que de sélection des élites, permet de cerner l’importance de cette administration, encore largement méconnue, au sein du système complexe de prise de décision en matière de politique européenne.


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  • ISSN 1954-3670