Histoire@Politique : Politique, culture et société

Sources

La contemporaine. Bibliothèque, archives, musée des mondes contemporains

Valérie Tesnière
Résumé :

La contemporaine, autrefois Bibliothèque de documentation internationale contemporaine (BDIC), est une bibliothèque-musée réputée pour l’ampleur et la diversité de ses collections (4,5 millions de documents) couvrant toute l’histoire des (...)

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Pendant presque quatre-vingts ans, La contemporaine a été connue des chercheurs sous le nom de Bibliothèque de documentation internationale contemporaine (BDIC), adopté en 1934. Ce patronyme n’était pas le premier puisqu’elle avait été baptisée Bibliothèque Musée de la Guerre (BMG) lors de sa création pendant la Grande Guerre. En 2018, à l’occasion de son centenaire, elle est devenue « La contemporaine. Bibliothèque, archives, musée des mondes contemporains ». Le nom constitue tout un programme, qui a la chance de pouvoir s’incarner dans un nouveau bâtiment, en cours de construction, sur le campus de l’Université de Paris Nanterre, dont l’ouverture au public est prévue fin 2021. Cette installation mettra un terme à un siècle d’errances immobilières, entre Paris, Vincennes et Nanterre. Elle réunira sur un même site l’ensemble des composantes de l’institution : bibliothèque, archives et musée, aujourd’hui éclatées entre Nanterre et l’Hôtel des Invalides à Paris. Elle consacrera surtout une évolution, fidèle aux missions initiales, celles d’un laboratoire d’histoire et d’un lieu académique ouvert à tous, revisitées à l’ère des réseaux en ligne et des collections accessibles à distance.

La contemporaine représente en premier lieu un patrimoine documentaire remarquable, d’environ 4,5 millions d’unités, le plus important en histoire de l’enseignement supérieur français, arrivant immédiatement après celui de la Bibliothèque nationale de France (BnF) dans l’univers des bibliothèques de recherche. Centré sur le XXe siècle, il se caractérise par la diversité des matériaux offerts à la recherche : une bibliothèque, grâce à une collection de presque trois millions d’imprimés, largement internationale, avec des ensembles uniques de presse et de littérature grise et des collections académiques de haut niveau dans toutes les langues européennes ; un musée, rassemblant peintures, gravures, dessins, objets principalement sur la Grande Guerre[1], des affiches politiques (plus de 80 000 pièces) ; des photographies (plus d’un million d’unités) ; enfin, un centre d’archives important structuré autour de fonds privés et considérablement enrichi depuis vingt ans[2]. Cet ensemble, exceptionnel, a pâti de la dispersion physique des différents fonds mais aussi du choix fait en 1934 d’une « Bibliothèque de documentation internationale »[3]. Chaque terme pèse significativement. La bibliothèque l’emporte alors sur le musée, pourtant doté de pièces prestigieuses, dont les fondateurs ne savaient quelle orientation lui donner. Musée d’art ? Musée d’histoire ? Musée documentaire ? L’important dans les années 1930 est de donner accès à l’information. Autrement dit d’extraire, au moyen d’une indexation conçue par des chercheurs avertis, le contenu des documents collectés pour le mettre à disposition de la recherche par des thésaurus spécialisés. Dans ce contexte, il n’y a nulle hiérarchie entre les différents supports, dont l’intérêt est strictement d’ordre documentaire. Pierre Renouvin tente également de donner un horizon aux recherches historiques relatives à la guerre en promouvant le champ, alors nouveau, des relations internationales, qui se développe après 1945, notamment grâce à sa position académique à Sciences Po et à la Sorbonne.

Le rattachement de l’institution à l’Université depuis 1934 a indubitablement permis de préserver la mission académique. L’actuel statut de bibliothèque interuniversitaire, avec un rattachement principal à l’Université de Nanterre, obtenu sous l’impulsion d’un autre historien, René Rémond, souligne l’importance accordée à la fonction de bibliothèque de recherche, toujours au détriment de la partie musée. On notera au passage que les universités françaises, à la différence des États-Unis par exemple, ont peu d’institutions muséales d’importance à gérer. Ce sont les grands établissements tels le Muséum, le Conservatoire national des arts et métiers ou encore l’Observatoire de Paris qui présentent les collections « mixtes » les plus conséquentes. L’intérêt politique pour le patrimoine scientifique, centré surtout sur la sauvegarde des instruments scientifiques, est relativement récent dans les instances académiques nationales, du fait des particularités de l’histoire institutionnelle française. Cette singularité a pesé dans l’histoire récente de l’institution qui doit à l’attachement de ses lecteurs, à son réseau politique, notamment autour de Daniel Mayer, et à la persévérance des universités auxquelles elle est liée, de se maintenir contre vents et marées. Elle a aussi eu l’avantage, du fait de cette proximité, de pouvoir développer une politique de recherche à part entière, comme un laboratoire, tout en étant un soutien à la recherche par ses collections. Du statut de structure fédérative de recherche (SFR) en vigueur jusqu’en 2008 à celui de membre fondateur d’un Laboratoire d’excellence (Labex Les Passés dans le présent) en 2010 avec la Maison René Ginouvès[4], La contemporaine a toujours été considérée comme un acteur à part entière dans de nombreux programmes, nationaux ou internationaux, et a développé une politique de publications scientifiques à travers ses catalogues d’exposition, sa collection de travaux publiés (thèses et colloques) et sa revue Matériaux pour l’histoire de notre temps[5]. Comme les archives publiques, La contemporaine a maintenu une politique ouverte et gratuite d’accès à ses collections, quels que soient les publics. Aujourd’hui, 20 % des usagers n’appartiennent pas au monde académique et s’y rendent pour y travailler à des fins de recherches personnelles. Cette proportion constante ne doit cependant pas dissimuler une stabilisation à la baisse des inscrits depuis quelques années.

Au tournant du XXIe siècle, la révolution numérique est passée par là. L’adage selon lequel ce qui n’a pas d’existence sur la Toile n’existe pas du tout ne concerne pas seulement La contemporaine. Bien d’autres bibliothèques ou centres d’archives voient leurs salles de lecture se vider, au profit de l’utilisation quasi exclusive des ressources en ligne. Si les pratiques diffèrent selon les disciplines, les politistes, notamment ceux qui s’intéressent aux relations internationales, ont de moins en moins recours aux archives ou aux ressources non numériques. Quels publics viser en priorité ? Comment, de surcroît, collecter aujourd’hui les ressources documentaires de l’histoire du XXIe siècle ? Comment être « contemporaine » ? On se heurte ici à maintes difficultés d’ordre technique ou juridique, qui doivent être systématiquement levées, condition sine qua non pour demeurer une institution d’histoire contemporaine. Enfin, il est illusoire de croire en l’autosuffisance des institutions : le travail en réseau, entre établissements complémentaires est une évidence à l’ère numérique.

La décision prise en 2008 par l’Université de Paris Nanterre, d’entreprendre, avec le soutien de la région Île-de-France, la construction d’un nouveau bâtiment pour la BDIC, afin de rapatrier le musée à Nanterre, a accéléré une transformation devenue nécessaire. Des projets avaient déjà circulé auparavant sans emporter l’adhésion, sans doute parce qu’ils étaient surdimensionnés et trop coûteux mais aussi parce que l’Université n’y trouvait pas son compte, les localisations envisagées dans le territoire des Hauts-de-Seine coupant physiquement La contemporaine de son université. Au vu de l’enveloppe financière impartie dans le Contrat de plan État-Région (CPER), la solution retenue a été d’articuler une implantation sur le campus des nouveaux espaces publics (salles d’expositions permanente et temporaire, salle de lecture, salles de formation) et des réserves d’accroissement pour le musée et les archives avec le bâtiment actuel (maintien de la fonction de silo pour la partie bibliothèque). L’architecte Bruno Gaudin a ainsi proposé un bâtiment de 6 500 m2, au pied du principal point d’accès, la station de RER, à la jonction entre université et ville. Bien intégré dans l’espace urbain, fonctionnel et élégant, le bâtiment symbolise ces liens qu’illustreront les expositions de La contemporaine. Un musée dans une université : on y est enfin ! Le nom de « BDIC » était d’autant plus condamné que les références de Pierre Renouvin ne signifiaient plus grand-chose aux yeux du public d’aujourd’hui.

Le chantier de construction du nouvel équipement s’est en effet accompagné d’un chantier intellectuel, mené en concertation entre les équipes de La contemporaine et son conseil scientifique, institué en 2010 et présidé par Antoine Prost. Tout d’abord, il s’est agi de définir les contours du futur musée permanent. L’Atelier de l’histoire a ainsi vu le jour sur le papier, en attendant d’ouvrir au public en 2021. La trame en est une réflexion sur l’évolution des statuts des sources de l’histoire. Comment évolue notre perception des événements qui ont traversé l’Europe depuis le début du XXsiècle, à travers différents médias devenus peu à peu des sources de l’histoire à part entière (œuvres graphiques, presse, tracts, photographies, affiches, audiovisuel, web, etc.) ? Comment en est-on venu à écrire l’histoire de l’ensemble des composantes de la société et, qui plus est, à vouloir y contribuer ? Quel sens ont ces changements de statut sinon celui de manifester l’intérêt croissant de la société pour ce qui est son histoire et quelles interactions existent entre tous les acteurs, des historiens aux simples citoyens ?

L’histoire des collections de La contemporaine se prête particulièrement à l’exercice : peintures de la Grande Guerre, tracts, croquis des procès de la Libération ou carnets d’engagés de la guerre d’Algérie, fonds de presse internationale constitués par les fondateurs, archives collectées à chaud pendant la Révolution russe ou samizdats des années 1970-1980, fonds de photographes-reporters comme Élie Kagan, collection d’entretiens filmés de Marc Ferro et archives orales contemporaines, fonds politiques, militants ou associatifs français ou étrangers, etc. La liste s’enrichit toujours. L’Atelier de l’histoire est une traduction muséographique, pédagogique et sensible, de ce qui constitue le point fort de l’établissement : l’égale attention portée à la collecte des sources de l’histoire, de toute nature, au fil des décennies.

La traduction scientifique et technique qui en a naturellement découlé a été la refonte de la charte documentaire qui a mobilisé de la même manière l’équipe et le conseil scientifique. Terminée fin 2019, elle part de la base élaborée en 2008, centrée sur la partie bibliothèque, et inclut les archives et le musée. La charte revisite la couverture linguistique et géographique ; la dimension internationale est maintenue et resserrée. Des thèmes privilégiés de collecte et de constitution de fonds sont identifiés autour de quatre axes d’excellence des collections : « Guerres, conflits et sorties de conflits de 1914 à nos jours » ; « Exils et migrations » ; « Décolonisations » ; « Mobilisations citoyennes et droits de l’homme ». Si les relations internationales et l’histoire sociale sont présentes, la veille documentaire s’exercera dans ces champs en complémentarité avec d’autres établissements, notamment Sciences Po, la Bibliothèque universitaires des Langues et civilisations (Bulac) et le Campus Condorcet. Le point le plus fort de La contemporaine, la collecte prioritaire de sources, est réaffirmé.

Mais comment la mettre en œuvre au XXIe siècle ? L’enjeu de la collecte, de la conservation et de la mise à disposition des chercheurs des sources numériques natives concerne désormais tous les centres d’archives, et dans une moindre mesure les bibliothèques académiques. Françoise Banat-Berger, alors directrice des Archives nationales, s’en faisait l’écho dans cette revue, avec les programmes Vitam et Adamant[6]. À une échelle plus modeste, La contemporaine s’est lancée dans un programme, « Archives citoyennes du futur », dont le but est de permettre l’enrichissement par des fonds numériques d’archives déjà présentes sous forme papier, comme celles de la Ligue des droits de l’homme, et aussi de conserver d’importants fonds d’entretiens audiovisuels, maintenant produits directement sous une forme numérique, issus d’associations ou de personnes privées. Le programme s’appuie sur le soutien technique de la Très grande infrastructure de recherche (TGIR) HumaNum pour la partie de stockage sécurisé. Il vise à garantir, autant que possible, une solution de continuité pour les fonds d’archives privées déposées en nombre croissant.

La question de l’archivage des données numériques est également au cœur des préoccupations du nouveau réseau des bibliothèques d’excellence de l’Enseignement supérieur, CollEx-Persée. La contemporaine est l’une des dix bibliothèques délégataires, tête de réseau, aux côtés de Sciences Po et du Campus Condorcet. La coordination est plus que jamais indispensable. Pour cela, il faut prendre en compte la variété des matériaux documentaires utilisés par les chercheurs et décloisonner archives et bibliothèques. L’établissement joue un rôle moteur sur ce plan dans le réseau. Le Service interministériel des Archives de France (SIAF), comme la Bibliothèque nationale de France et l’Agence bibliographique de l’Enseignement supérieur (ABES), font aussi partie de CollEx en tant qu’opérateurs. L’ampleur de la tâche est considérable. Plus elle sera organisée et répartie, plus il y aura de chances de pouvoir transmettre dans de bonnes conditions une partie de la documentation et des archives de l’histoire du temps présent. Le renforcement des liens entre bibliothèques et archives est un enjeu important pour l’ensemble des sciences humaines et sociales. Les relations tissées de longue date entre les Archives nationales, la BnF et de nombreuses grandes bibliothèques trouvent un prolongement positif à travers ce réseau, qui a également pour projet de rendre plus visible sur la Toile pour les chercheurs les sources intéressant la recherche, encore trop souvent appréhendées de façon morcelée (programme de cartographie documentaire).

L’ambition de La contemporaine reste avant tout de transmettre. Au-delà de l’exposition permanente et du programme d’expositions temporaires, cela se traduit par une implication forte dans les programmes d’enseignement, de la licence au master et au doctorat, avec des spécialités, comme les archives orales, les sources des droits de l’homme, la médiation des sources de l’histoire contemporaine. Dans cette perspective, les étudiants sont associés aux projets d’expositions ou de dossiers pédagogiques virtuels, enrichissant sa bibliothèque numérique l’Argonnaute, riche de plus de 160 000 documents (https://argonnaute.parisnanterre.fr/). À court terme, ils contribueront aussi à la vie du nouvel équipement qui a vocation à s’adresser à tous et dont la programmation culturelle se précise peu à peu dans la continuité des missions de La contemporaine, avec des partenaires comme la ville de Nanterre, le Mont-Valérien ou le musée Albert-Kahn[7] dans un nouvel environnement territorial.

Annexes[8] : quelques exemples de fonds d’archives privées conservés à La contemporaine[9]

Fonds ADIR, Association nationale des anciennes déportées et internées de la Résistance

Archives rendant compte de la vie et des activités de l’association depuis sa création en 1945 jusqu’à sa disparition en 2005, complétées par les archives personnelles de plusieurs de ses membres. Numérisée, la revue de l’association, Voix et Visages, est consultable en ligne dans L’Argonnaute, bibliothèque numérique de La contemporaine[10].

  • Inventaire en ligne [11] :

http://www.calames.abes.fr/pub/lacontemporaine.aspx#details?id=FileId-783

Fonds Académie de Lille

Archives d’un « appel à témoignages » lancé en 1920 sous l’impulsion du recteur Georges Lyon, institutrices, instituteurs et écoliers étant invités à décrire ce qui avait été enduré et surmonté dans leurs communes durant la Grande Guerre.

  • Inventaire en ligne :

http://www.calames.abes.fr/pub/lacontemporaine.aspx#details?id=FileId-890

Fonds Amis des combattants en Espagne républicaine (ACER)

Fonds au sujet des Brigades internationales en Espagne riche, en particulier, de copies sur microfilms d’une sélection de pièces (dont notamment les dossiers des volontaires français) des archives des Brigades conservées par le RGASPI de Moscou[12].

  • Inventaire en ligne :

http://www.calames.abes.fr/pub/lacontemporaine.aspx#details?id=FileId-775

Fonds Robert Aron

Fonds réunissant les archives liées aux divers travaux de Robert Aron sur l’histoire de l’Occupation, de la Libération et de l’épuration.

  • Inventaire en ligne :

http://www.calames.abes.fr/pub/lacontemporaine.aspx#details?id=FileId-527

Fonds Saïd Bouziri

Archives personnelles et documentation de Saïd Bouziri, militant « multicartes », engagé à partir du tournant des années 1970 dans diverses luttes contre toutes les formes de discriminations, les inégalités et les injustices (engagements politiques au sein du Comités de soutien à la révolution palestinienne, des Comités Palestine et du Mouvement des travailleurs arabes ; militance associative, syndicale et humanitaires à travers notamment l’association Génériques, dont il fut l’un des fondateurs, le Conseil des associations immigrées en France/en Europe – CAIF/CAIE –, le Conseil national de la vie associative, la Ligue des droits de l’Homme, le Troisième collectif des sans-papiers, diverses collectifs pour le droit des vote des étrangers, etc. ; action au sein d’organismes publics comme le Fonds d’action sociale – FAS –, le Conseil national pour l’intégration des populations immigrées – CNIPI –, la FONDA, etc.).

  • Inventaire en ligne :

http://www.calames.abes.fr/pub/lacontemporaine.aspx#details?id=FileId-2197

Fonds Henri Cartan

Fonds réunissant, outre des papiers personnels d’Henri Cartan, célèbre mathématicien, des archives du Comité des mathématiciens (Comité international fondé en 1974 dans la foulée du mouvement pour la libération du mathématicien ukrainien Léonide Pliouchtch, retenu par les autorités soviétiques dans un hôpital psychiatrique), des archives de diverses autres organisations de défense de scientifiques ou des droits de l’homme, ainsi que des dossiers nominatifs consacrés à divers prisonniers et individus poursuivis pour délits d’opinion.

  • Inventaire en ligne :

http://www.calames.abes.fr/pub/lacontemporaine.aspx#details?id=FileId-568

Fonds Cimade (Comité inter-mouvements auprès des évacués)

Fonds du Comité inter-mouvements auprès des évacués, organisation née en 1939, formellement constituée le 3 avril 1940.

  • Inventaire en ligne :

http://www.calames.abes.fr/pub/lacontemporaine.aspx#details?id=FileId-533

Fonds Jean-Jacques de Felice

Archives professionnelles, complétées par une large documentation (brochures, tracts, numéros de périodiques, etc.) témoignant des combats successifs de Jean-Jacques de Felice, avocat « militant des droits de l’homme », depuis la période de la guerre d’Algérie jusqu’aux années 2000 (défense des militants du FLN, des paysans du Larzac en lutte contre l’extension du camp militaire, des indépendantistes kanaks et tahitiens, des objecteurs de conscience, des étrangers en péril, des activistes italiens des « années de plomb » réfugiés en France, de Klaus Croissant et d’autres militants allemands d’extrême gauche réfugiés en France, des mal-logés, etc.).

  • Inventaire en ligne :

http://www.calames.abes.fr/pub/lacontemporaine.aspx#details?id=FileId-590

Fonds Hervé Deguine

Fonds rendant compte des activités de son « producteur » au sein du bureau Afrique subsaharienne de Reporters sans frontières, ainsi que de ses travaux ultérieurs, de 1994 à 2013, sur le Rwanda et le génocide des Tutsi (Hervé Deguine est l’auteur, notamment, de Gardons espoir pour le Rwanda, suivi de Enquête sur la mort d’André Sibomana, L’Harmattan, 2008 et Un idéologue dans le génocide rwandais : enquête sur Ferdinand Nahimana, Mille et une nuits, 2010).

  • Inventaire en ligne :

http://www.calames.abes.fr/pub/lacontemporaine.aspx#details?id=FileId-2992

Fonds Documentation-Réfugiés

Archives (dont une très volumineuse documentation, riche de nombreuses publications de littérature grise ou militantes, au sujet du droit d’asile et de l’accueil des réfugiés en France et dans le monde, ainsi que de la situation politique des divers pays d’origine des demandeurs d’asile en France) de ce centre de documentation spécialisé, héritier du fonds documentaire France terre d’asile (FTDA), qui, de 1986 à 1995, a mis ses ressources au service des personnes ou des organismes ayant à s’occuper directement du droit d’asile et des réfugiés (Office français de protection des réfugiés et apatrides – OFPRA – et Commission de Recours des Réfugiés, en particulier).

  • Inventaire en ligne :

http://www.calames.abes.fr/pub/lacontemporaine.aspx#details?id=FileId-528

Fonds Jacques Delarue

Archives (dont de nombreuses pièces d’origine policière et judiciaire) réunies en dossiers thématiques sur des sujets divers (les crimes de la division Das Reich ; l’affaire du trafic des piastres ; le massacre du 6 juin 1944 à la maison d’arrêt de Caen ; le négationnisme ; l’OAS et la guerre d’Algérie ; la poursuite des collaborateurs à la Libération ; etc.) par ce commissaire de police auteur de plusieurs ouvrages historiques, dont notamment, dès 1962, une Histoire de la Gestapo (versée après son décès en 2014, une partie de ses archives est encore en cours de traitement).

  • Inventaire en ligne :

http://www.calames.abes.fr/pub/lacontemporaine.aspx#details?id=FileId-590

Fonds René Gallissot

Fonds rassemblant des archives professionnelles et personnelles (traces de ses engagements au sein d’associations et collectifs comme l’Association de soutien aux initiatives contre la répression en Algérie – ASICRA -, l’association Mémoire Vérité Justice, le Comité Ali Mécili ou le Comité Mehdi Ben Barka), ainsi qu’une riche documentation de littérature grise, de René Gallissot, universitaire spécialiste notamment de l’histoire politique et sociale des pays du Maghreb, ainsi que de l’histoire coloniale, de l’histoire des migrations et des immigrations (en France), du nationalisme et du mouvement ouvrier.

  • Inventaire en ligne :

http://www.calames.abes.fr/pub/lacontemporaine.aspx#details?id=FileId-2195

Fonds Pierre Grappin

Archives de Pierre Grappin, premier doyen de l’université de Nanterre, de 1964 à septembre 1968.

  • Inventaire en ligne :

http://www.calames.abes.fr/pub/lacontemporaine.aspx#details?id=FileId-619

Fonds Daniel Guérin

Fonds composé d’archives personnelles, d’archives de travail (liées aux divers ouvrages historiques ou politiques de Daniel Guérin) et d’archives d’engagements (au sein par exemple du Comité pour la vérité sur l’affaire Ben Barka).

  • Inventaire en ligne :

http://www.calames.abes.fr/pub/lacontemporaine.aspx#details?id=FileId-621

Fonds de la revue Kontinent

Archives, en russe, constituées en particulier d’une copieuse correspondance, de la revue de l’émigration russe à Paris, Kontinent, fondée en 1974 par Vladimir Maximov et divers intellectuels exilés, qui fut dans les années antérieures à 1989 l’un des grands centres de la résistance au communisme.

  • Inventaire en ligne :

http://www.calames.abes.fr/pub/lacontemporaine.aspx#details?id=FileId-3420

Fonds Lettre de Temps Présent

Archives de la Lettre, publication créée en 1957 par la société Temps Présent (connue aussi comme « le 68 rue de Babylone ») pour exprimer l’action et la pensée de militants chrétiens engagés à gauche « soucieux de promouvoir un catholicisme dégagé de sa vieille compromission avec la droite et les forces sociales conservatrices ». Pendant ses trente années d’existence, la Lettre s’est ainsi affirmée comme l’organe d’expression de militants agissant dans une optique anticapitaliste et socialiste (sujets abordés au fil des numéros : la question des prêtres-ouvriers, le mouvement de la paix, le dialogue avec les marxistes, la théologie de la libération, le combat des peuples pour leur indépendance, l’émergence du Tiers Monde, la défense d’une parole libre en fidélité aux Églises, etc.).

  • Inventaire en ligne :

http://www.calames.abes.fr/pub/lacontemporaine.aspx#details?id=FileId-2122

Fonds Michel Levine

Collection de témoignages sur le déroulé de la manifestation du 8 février 1962 contre la guerre d’Algérie et les exactions de l’OAS et les violences policières ayant entrainé le « massacre de Charonne ». Recueillis par écrit très vite après les faits, en février et mars 1962, émanant de manifestants et/ou de blessés, ces témoignages étaient destinés à alimenter un « Livre blanc sur les brutalités policières du 8 février » dont la Ligue des droits de l’Homme envisageait d’entreprendre la rédaction (faute de moyens financiers, ce Livre blanc ne fut jamais édité).

  • Inventaire en ligne :

http://www.calames.abes.fr/pub/lacontemporaine.aspx#details?id=FileId-2829

Fonds Ligue communiste révolutionnaire

Archives de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR), parti politique trotskiste, conservées pour la période 1968-1990, parfois lacunaires dans la mesure où la Ligue n’a jamais mis en place de véritable service d’archives. Le fonds couvre néanmoins de nombreux aspects de la vie de la LCR : la politique de formation des militants ; les activités de son bureau politique et de son secrétariat de bureau, celles de son comité central ; les activités du parti à l’échelle nationale et à différentes niveaux locaux, son travail d’intervention en direction de la jeunesse, du monde ouvrier et du monde immigré, ses mobilisations lors de campagnes politiques ou de campagnes électorales, ses activités sur le terrain des luttes féministes, ses activités antimilitaristes, pacifistes et écologistes, etc.

  • Inventaire en ligne :

http://www.calames.abes.fr/pub/lacontemporaine.aspx#details?id=FileId-924

Fonds Ligue des droits de l’homme

Fonds réunissant les archives antérieures à 1940, – « revenues de Moscou » au début des années 2000 –, et celles portant sur la période postérieure à 1945[13].

  • Inventaire en ligne :

http://www.calames.abes.fr/pub/lacontemporaine.aspx#details?id=FileId-928

Fonds Paul Mantoux

Archives personnelles (notes manuscrites, correspondance, pièces officielles, documents divers) concernant les rencontres, débats et décisions des conférences interalliées tenue de 1915 à 1920 — conférences lors desquelles Paul Mantoux, collaborateur d’Albert Thomas dès 1915, exerçait comme interprète.

  • Inventaire en ligne :

http://www.calames.abes.fr/pub/lacontemporaine.aspx#details?id=FileId-652

Fonds Tatiana Mathon

Auteure de L’Affaire Pliouchtch (Seuil, 1976), Tatiana Mathon fut une membre active de plusieurs associations pour la défense des droits des scientifiques soviétiques opprimés, et également collaboratrice du Comité des mathématiciens cofondé en 1974 par le Français Henri Cartan. Ses archives témoignent ainsi de diverses initiatives en défense des droits des scientifiques dissidents ou menacés par les autorités de leurs pays.

  • Inventaire en ligne :

http://www.calames.abes.fr/pub/lacontemporaine.aspx#details?id=FileId-657

Fonds Mémoire Vive / Memoria Viva

Regroupement de plusieurs fonds d’archives personnelles ou de collectivités versés par le biais de l’association Mémoire Vive / Memoria Viva, créée en 2003 dans le but de recueillir et de transmettre, dans une perspective d’éducation populaire, la mémoire de l’immigration portugaise, envisagée sous ses aspects simultanément politiques, économiques et culturels. Outre des archives au sens strict, les fonds déjà présents (fonds Albano Cordeiro, fonds Vasco Martins, fonds Antonio Oneto, fonds de l’Association des retraités et des ex-militaires/ex-combattants portugais en France et fonds du Collectif pour l’étude et la dynamisation de l’émigration portugaise ; d’autres fonds seront versés dans les mois et les années à venir) sont riches, aussi, de nombreux matériaux documentaires (publications militantes ou associatives, littérature grise, mémoires et thèses universitaires, etc.).

  • Inventaire en ligne :

http://www.calames.abes.fr/pub/lacontemporaine.aspx#details?id=FileId-2236

Fonds de l’association Mémoires de 68

Fonds de l’association Mémoire de 68 créée en 1989 dans le but de recueillir les archives privées relatives aux « années 68 » et d’impulser des recherches sur cette période. Ces archives réunissent plus d’une vingtaine de fonds, papiers personnels (dont par exemple le fonds Saïd Bouziri, précieux pour l’histoire des mobilisations immigrées en France, ou le fonds Assia Melamed, riche sur l’histoire des débuts de l’université de Vincennes), archives de partis ou groupes politiques (fonds Gauche prolétarienne, fonds Parti communiste marxiste-léniniste français, Fonds Parti socialiste unifié, etc.), archives de revues (fonds Cahiers de mai) ou de luttes spécifiques (fonds Lip, etc.).

  • Inventaire en ligne :

http://www.calames.abes.fr/pub/lacontemporaine.aspx#details?id=FileId-934  

Fonds Charles Mercier

Fonds composé d’archives papiers et d’archives nativement numériques (enregistrements d’entretiens) collectées et produites par Charles Mercier à l’occasion de la préparation de sa thèse d’histoire, soutenue en 2011 — René Rémond, Nanterre et l’université : les enfantements de 68 (1968-1976) —, puis de son ouvrage René Rémond et Nanterre : les enfantements de 68 ; contribution à l’histoire d’un universitaire et d’une université iconiques (1968-1976) (Le Bord de l’eau, 2016).

  • Inventaire en ligne :

http://www.calames.abes.fr/pub/lacontemporaine.aspx#details?id=FileId-2985

Fonds du procureur général Henri Mornet

Fonds réunissant les archives du procureur général Henri Mornet lors des procès de l’épuration (dossiers personnels en rapport avec l’instruction et le déroulement des procès intentés contre Philippe Pétain, Pierre Laval et divers hauts fonctionnaires du gouvernement de Vichy pour atteinte à la sûreté de l’État et haute trahison).

  • Inventaire en ligne :

http://www.calames.abes.fr/pub/lacontemporaine.aspx#details?id=FileId-670

Fonds de l’abbé Louis Mouren

Archives, composées principalement de correspondance de la seconde moitié des années 1940, de l’abbé Louis Mouren qui a exercé comme aumônier de prisonniers d’abord (début 1944) au camp de Nexon (où il défend les droits des résistants internés par les Allemands et réussit à sauver des Juifs) puis à la prison de Limoges (où il tente de s’opposer aux violences des nazis et des miliciens) ainsi que, après la Libération, de 1945 à 1947, au sein de la « cité carcérale » de Fresnes », où il exerce son influence sur des détenus tels que Jacques Benoist-Méchin, Henri Béraud, Fernand de Brinon, Abel Hermant ou Charles Maurras et accompagne jusqu’à la mort Robert Brasillach, Joseph Darnand, Pierre Laval, Jean Luchaire, etc.

  • Inventaire en ligne :

http://www.calames.abes.fr/pub/lacontemporaine.aspx#details?id=FileId-674

Fonds Anatoli Nossovitch

Archives personnelles de Anatoli Nossovitch, officier de carrière ayant servi dans l’armée impériale russe pendant la Première Guerre mondiale avant de brièvement rejoindre les rangs de l’Armée rouge, puis de passer du côté des armées blanches des généraux Dénikine, puis Wrangel. En 1919, il est finalement exilé en France. Le fonds est riche, en particulier, de mémoires inédits concernant notamment la période la Grande Guerre en Russie et les opérations militaires postérieures à la révolution de 1917.

  • Inventaire en ligne :

http://www.calames.abes.fr/pub/lacontemporaine.aspx#details?id=FileId-677

Fonds Pierre Pascal

Fonds riche notamment des archives concernant la période moscovite de Pierre Pascal après la révolution de 1917.

  • Inventaire en ligne :

http://www.calames.abes.fr/pub/lacontemporaine.aspx#details?id=FileId-681

Fonds David Rousset

Fonds en grande partie consacré aux camps de la Seconde Guerre mondiale (dossiers concernant ses deux ouvrages majeurs, L’Univers concentrationnaire et Les jours de notre mort), ainsi qu’à la Commission internationale contre le régime concentrationnaire (CICRC), fondée par David Rousset en 1949, dans le but de travailler à la fois sur les camps nazis et les camps soviétiques.

  • Inventaire en ligne :

http://www.calames.abes.fr/pub/lacontemporaine.aspx#details?id=FileId-711

Fonds Maximilien Rubel

Fonds précieux, en particulier, pour la très riche correspondance (intellectuelle et politique), en partie internationale, liée au travail de Maximilien Rubel pour l’édition des œuvres de Marx dans la collection de la Bibliothèque de la Pléiade.

  • Inventaire en ligne :

http://www.calames.abes.fr/pub/lacontemporaine.aspx#details?id=FileId-713

Fonds Turma-Vengeance

Archives de Turma-Vengeance concernant, d’une part, les activités de ce réseau de la Résistance et, d’autre part, ses « activités sociales » d’après-guerre (mobilisations dans le but d’obtenir des récompenses pour ses agents, aide apportée aux rescapés de la déportation ainsi qu’aux veuves et orphelins des hommes de ce réseau, etc.)

  • Inventaire en ligne :

http://www.calames.abes.fr/pub/lacontemporaine.aspx#details?id=FileId-1048

Fonds UNEF, période 1924-1971, et UNEF-Unité syndicale (1971-1980)

Archives des instances nationales de l’Union nationale des étudiants de France (UNEF), particulièrement riches pour la période de progressive « syndicalisation » et de politisation, dans les années 1950 à 1960, à partir de l’adoption de la Charte de Grenoble en 1946. Le fonds contient également les archives de l’UNEF-Unité syndicale, l’une des deux branches de l’UNEF issues de la scission de 1971.

  • Inventaires en ligne :

http://www.calames.abes.fr/pub/lacontemporaine.aspx#details?id=FileId-1619

http://www.calames.abes.fr/pub/lacontemporaine.aspx#details?id=FileId-1620

Exemples de fonds récemment entrés, actuellement en cours de traitement

(Fonds dont les inventaires seront publiés en ligne dans les prochains mois)

Archives de Josette Audin

Archives personnelles de la veuve de Maurice Audin, qui s’est battue sans relâche, jusqu’à son décès le 2 février 2019, pour que vérité soit faite sur les circonstances de la mort de son mari. Le fonds, qui réunit une riche correspondance, des notes, des pièces judiciaires et de la documentation (littérature grise et nombreuses coupures de presse algérienne et française), témoigne de ce long combat, personnel et familial mais aussi collectif (avec notamment le soutien du Comité Maurice Audin, actif de 1957 au milieu des années 1960, puis de l’Association Maurice Audin), mené simultanément sur le terrain judiciaire et dans le champ politique[14].

Archives de l’Association Jan Hus

Archives (pour la période 1980-2010) de la branche française de la Jean Hus Educational Foundation, créée en 1981 par deux enseignants (Alan Montefiore et Catherine Audard) décidés à venir en aide à leurs collègues tchécoslovaques opposés au processus de « normalisation » du régime communiste dans leur pays. Présidée par Jacques Derrida puis par Jean-Pierre Vernant et Étienne Balibar, l’association a eu pour but, jusqu’en 1989, de maintenir un lien intellectuel entre la France et la Tchécoslovaquie. Ses activités (à Prague, mais aussi en Moravie et en Haute Slovaquie) se déployaient alors sur deux plans : la fourniture d’une documentation scientifique aux intellectuels tchécoslovaques qui en faisaient la demande, et l’organisation et le financement de voyages d’intellectuels français (des philosophes, principalement, dont notamment Ricœur, Derrida, Vernant, etc., mais aussi des historiens) appelés à débattre et enseigner dans des séminaires clandestins (« séminaires d’appartements »), chaque voyage donnant lieu à la rédaction d’un rapport, systématiquement conservé dans les archives. Les archives postérieures à 1990 gardent trace des activités de l’association après la chute du mur, avec notamment des dossiers relatifs à la préparation, scientifique et matérielle, d’« universités d’été » organisées chaque année en République tchèque, en Slovaquie ou en France pour réunir des intellectuels de ces trois pays.

Archives de Gabriel d’Arboussier

Archives familiales et archives politiques de Gabriel d’Arboussier couvrant toute sa carrière (dossiers sur le Rassemblement démocratique africain (RDA) ; documents sur les « incidents »  de Côte d’Ivoire en 1949-1950 ; archives sur le « désapparentement » du RDA d’avec le PCF ; archives sur le ministère de la Justice au Sénégal et l’Assemblée nationale du Sénégal ; archives concernant le Mouvement des partisans de la paix ; archives de la période onusienne de Gabriel d’Arboussier et concernant l’Institut international d’études et de mise en place dans le Tiers Monde de centres d’immunologie et de transfusion (INNIT). Le fonds est riche, en particulier, de divers textes autobiographiques inédits, de nombreux manuscrits et tapuscrits (conférences et discours, comptes rendus de voyages, etc.), d’une copieuse correspondance, active et passive, avec tous les grands noms des indépendances africaines et d’un fonds de photographie.

Archives de Jacques Chatagner

Jacques Chatagner (1918-2007) fut le directeur de la Lettre de Temps Présent, l’un des principaux lieux d’expression de la contestation catholique de gauche des années 1950 aux années 1980. Ses archives personnelles (complémentaires du Fonds Lettre de Temps présent déjà conservé à La contemporaine) illustrent parfaitement les différents engagements chrétiens de l’époque sur le terrain politique et social, pour le socialisme, la non-violence, pour la paix en Algérie, en soutien à la théologie de la libération, en défense du dialogue inter-religieux, etc.

Archives d’Alain Guérin

Militant communiste, journaliste à Ce Soir puis à L’Humanité (dont il finira conseiller spécial de la rédaction), écrivain, poète, Alain Guérin (1932-2017) était un spécialiste des sujets sensibles. Comme journaliste, il a par exemple couvert en 1956 le procès de l’« Affaire des fuites »[15], enquêté au tournant des années 1960 sur les activistes de l’anticommunisme, travaillé sur l’OAS et les procès de ses membres, couvert le procès Ben Barka, suivi les activités de la CIA, enquêté sur Klaus Barbie, etc. Auteur de nombreux ouvrages, dont plusieurs consacrés au sujet de l’espionnage, il est également connu pour sa monumentale « chronique » de la Résistance, rédigée à la suite d’une sollicitation de Jacques Duclos et Jean Jérôme, qui l’assurèrent de la possibilité d’interviewer nombre de vétérans et vétéranes de la résistance communiste. Ses archives comprennent notamment l’ensemble de la documentation réunie par ses soins pour la préparation de La Résistance. Chronique illustrée (soit environ 300 dossiers nominatifs d’anciens résistants rencontrés et interrogés, avec pour chacun des transcriptions des entretiens réalisés et diverses pièces documentaires complémentaires), ainsi que les dossiers (manuscrits inédits, notes, correspondance, littérature grise, documentation, etc.) constitués par lui pour la préparation de son énorme autobiographie, dont une version réduite a été publiée en ((Ne quittez pas, je raccroche, Le temps des cerises, 2019).

Archives de Louis Noguères

Fonds témoignant des différentes activités de Louis Noguères, comme avocat, journaliste, historien, militant socialiste, président de la Ligue des droits de l’homme, etc. Une partie du fonds est conservée telle que classée par Louis Noguères à l’occasion de sa tentative de rédaction d’une autobiographie, restée inachevée et inédite (manuscrits, notes, correspondance, « documentation préparatoire »). Sont aussi conservées dans le fonds des archives de Louis Noguères (père d’Henri Noguères, il fut le 10 juillet 1940 l’un des quatre-vingts parlementaires à voter contre les pleins pouvoirs à Pétain, puis, après-guerre, président de la Haute Cour de justice).

Archives de Jan Tesar

Archives de la dissidence tchécoslovaque des années 1969 à 1989, dont notamment un grand nombre de publications samizdats, réunies par Jan Tesař, historien tchèque et dissident lui-même, parmi les premiers signataires de la Charte 77[16]. Classés par ses soins, les dossiers sont accompagnés de « textes de présentation » (notes sur les auteurs et les éditeurs de samizdats, notes sur les ateliers où ils étaient fabriqués, présentations critiques de leurs contenus, etc.) d’une grande richesse : non content de profiter de ces « introductions » pour livrer de nombreux éléments autobiographiques, celles-ci finissent par constituer une véritable histoire subjective de la dissidence tchécoslovaque, Jan Tesař développe aussi, dans ces textes, de longues réflexions politiques, historiographiques et épistémologiques.

Archives de Jean-Maurice Verdier

Archives personnelles de Jean-Maurice Verdier, spécialiste de droit du travail à la renommée internationale, enseignant à Nanterre à partir de 1969, doyen de la Faculté de droit et sciences économiques puis président de l’université de 1976 à 1981, décédé en 2018. Le fonds témoigne notamment de ses responsabilités nanterroises dans une époque de réelles tensions (climat politique effervescent du début de la décennie 1970 sur le campus, réorganisations imposées par la création, en 1976, de l’UFR de droit de l’université Paris-Descartes et le départ de nombreux professeurs de sciences juridiques). Des dossiers autour du droit du travail et, plus généralement, du droit social et des droits fondamentaux rendent compte, aussi, de ses activités de juriste, toujours pensées en lien avec de forts engagements personnels et sa foi chrétienne ; d’autres concernent par exemple son action au sein d’ATD-Quart Monde ou de l’Action des chrétiens pour l’abolition de la torture (ACAT), ou en défense du dialogue interreligieux.

Pour citer cet article : Valérie Tesnière, « La contemporaine. Bibiliothèque, archives, musée des mondes contemporains », Histoire@Politique, n° 41, mai-août 2020 [en ligne : www.histoire-politique.fr]

Notes :

[1] Un aperçu de ces richesses issues de la collection Leblanc a été fourni lors du centenaire de la Grande Guerre à l’occasion de deux importantes expositions, « 1917 » au Centre Pompidou-Metz et « Vu du front » organisée par le Musée de l’Armée et la BDIC.

[2] Parmi les fleurons, citons les archives de la Ligue des droits de l’homme, du Comité inter-mouvements auprès des évacués (CIMADE), de l’Association nationale des anciennes déportées et internées de la Résistance (ADIR), de l’Union nationale des étudiants de France (UNEF) ou de l’association Mémoires de 68, ainsi que les archives de Robert Aron, Pierre Grappin, Daniel Guérin, Pierre Pascal, David Rousset, Maximilien Rubel, René Gallissot, Jacques Delarue, Jean-Jacques de Felice, etc. Voir en annexe.

[3] Laurence Badel (dir.), Histoire et relations internationales. Pierre Renouvin, Jean-Baptiste Duroselle et la naissance d’une discipline académique, Paris, Éditions de la Sorbonne, 2020

[4] Maison des sciences de l’homme implantée sur le campus de l’Université de Paris Nanterre et fédérant les disciplines suivantes : archéologie, préhistoire, ethnologie, anthropologie, sociologie, histoire ancienne et médiévale.

[5] Initiative de l’association des amis fondée en 1981 et présidée par Daniel Mayer, figure de la Résistance et du socialisme français, ministre de la IVe République, président de la Ligue des droits de l’homme de 1958 à 1975, la revue a été créée en 1985. Elle est disponible sur Persée (période 1985-2005 ; https://www.persee.fr/collection/mat) puis sur Cairn (numéros à partir de 2006 ; https://www.cairn.info/revue-materiaux-pour-l-histoire-de-notre-temps.htm#).

[6] Françoise Banat-Berger, « Les Archives nationales, une institution en profonde mutation », Histoire@Politique, n° 39, septembre-décembre 2019 https://www.histoire-politique.fr/index.php?numero=39&rub=sources&item=41 [lien consulté le 15/06/2020].

[7] Le banquier et philanthrope Albert Kahn est à l’origine d’une collection remarquable de plus de 70 000 autochromes, constituée de 1909 à 1931. Ses liens avec les milieux universitaires (Bergson, Brunhès, Bouglé…) le placent au centre d’un réseau intellectuel impliqué dans des initiatives documentaires d’ampleur, au moment même de la fondation de la BDIC. 

[8] Cette liste, proposée par Franck Veyron, responsable du département des archives de La contemporaine, n’est pas exhaustive ; elle vise simplement à donner à voir la variété des thématiques couvertes, ainsi que la richesse des fonds conservés à La contemporaine.

[9] Les inventaires de fonds conservés à La contemporaine sont publiés dans le catalogue collectif national Calames (Catalogue en ligne des archives et des manuscrits de l’enseignement supérieur), consultable (pour la partie La contemporaine) à cette adresse : http://www.calames.abes.fr/pub/lacontemporaine.aspx#. Ce catalogue permet des recherches par mots clés, mais il est aussi possible de le « feuilleter » pour avoir une vue d’ensemble des fonds, classés en trois grandes sections : fonds de particuliers, fonds de collectivités et collections La contemporaine (collections documentaires constituées par la BMG, la BDIC puis La contemporaine sur des sujets particuliers). Les inventaires de fonds d’archives audiovisuelles ainsi qu’à ceux des collections du Musée (affiches, objets, photographies, estampes, plaques de verre, cartes postales, originaux) sont également consultables à partir de cette dernière section. L’accès aux collections de La contemporaine est gratuit, et l’établissement est ouvert à tous les publics.

[10] Au sujet de l’ADIR, voir notamment de Philippe Mezzasalma (dir.), avec la collaboration d’Anne Joly et de Frédérique Joannic-Seta, Femmes en déportation : les déportées de répression dans les camps nazis, 1940-1945, Rennes, Presses universitaires de Paris Nanterre, 2019.

[11] Tous les liens vers l’inventaire en ligne ont été consultés le 15 juin 2020.

[12] Au sujet des archives revenues de Moscou, voir Sophie Cœuré, La mémoire spoliée. Les archives des Français, butin de guerre nazi puis soviétique, de 1940 nos jours, Paris, Payot & Rivages, 2013 ; Nouvelle édition revue et actualisée) et Bertrand Fonck, Hélène Servant et Sophie Cœuré (dir.), Les « fonds de Moscou ». Regards sur les archives rapatriées de Russie et les saisies de la Seconde Guerre mondiale, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2019.

[13] Au sujet des archives de la Ligue des droits de l’homme revenues de Moscou, voir Sonia Combe et Grégory Cingal (dir.), Retour de Moscou. Les archives de la Ligue des droits de l’homme, 1898-1940, Paris, La Découverte / BDIC, 2004.

[14] Sylvie Thénault, « La disparition de Maurice Audin. Les historiens à l’épreuve d’une enquête impossible (1957-2004) », Histoire@Politique, n° 31, janvier-avril 2017 [en ligne, https://www.histoire-politique.fr/index.php?numero=31&rub=pistes&item=37].

[15] L’« affaire des fuites » est l’une des affaires de la IVe République, manipulation politique à visée anticommuniste destinée aussi à déstabiliser le pouvoir en place, liée, à son début en 1954, à la fuite de délibérations du Comité supérieur de la Défense nationale.

[16] Pétition d’intellectuels, parmi lesquels le futur président Václav Havel, opposés au processus de « normalisation » de la société tchécoslovaque.

Valérie Tesnière

Valérie Tesnière est conservatrice générale des bibliothèques, directrice de La contemporaine et directrice d’études à l’École des hautes études en sciences sociales.

Mots clefs : bibliothèque de recherche ; archives ; musée d’histoire ; archives numériques ; public académique ; projet culturel et éducatif ; esearch Library ; Archives ; History Museum ; Digital Archives ; Scholarly ; Cultural and Educational Project.

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  • ISSN 1954-3670