Histoire@Politique : Politique, culture et société

Le dossier

De la « mission civilisatrice » à l’aide internationale dans les pays du Sud : acteurs, pratiques et reconfigurations au XXe siècle

Coordination : Marie-Luce Desgrandchamps et Damiano Matasci

« Civiliser, développer, aider ». Croiser l’histoire du colonialisme, du développement et de l’humanitaire

Marie-Luce Desgrandchamps, Damiano Matasci
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En 1950, un rapport d’inspection interne au ministère de l’Éducation nationale présente les contours et les finalités de la politique éducative poursuivie par les autorités françaises dans les territoires d’outre-mer. L’éducation – lit-on – doit œuvrer à sortir le « cultivateur, le berger ou l’artisan de son milieu primitif aux traditions étroites pour le préparer à sa tâche de citoyen (et) aux techniques modernes ». Le texte précise que les ambitieux programmes de scolarisation lancés après la Seconde Guerre mondiale ne constituent qu’un volet d’une « action sociale » plus vaste, ciblant des « populations pour la plupart attardées » auxquelles il faut fournir une formation intellectuelle et « apprendre à mieux vivre ». C’est dans cet élan modernisateur que résiderait le « génie civilisateur de la France », voire son « humanisme démocratique ». C’est aussi l’image – poursuit la note – qu’il faudrait défendre et promouvoir sur la scène internationale, au sein des instances onusiennes et « devant le monde civilisé[1] ».

Dans un contexte de « crise des empires[2] », ce discours participe clairement d’une stratégie de relégitimation de la mission civilisatrice du colonialisme, sur laquelle se greffent désormais des visées à la fois « développementalistes » et « humanitaires ». Or, cette source de nature coloniale témoigne également de la coexistence de registres discursifs et de schémas opérationnels qui, bien au-delà du cadre impérial, ont durablement structuré les relations entre le monde occidental et les pays du Sud au cours du XXe siècle. Ceux-ci peuvent être résumés dans le triptyque « civiliser, développer, aider » – une formule qui donne le titre à l’introduction de ce numéro d’Histoire@Politique. Pris séparément, ces termes rappellent les grands moments mis traditionnellement en exergue dans l’analyse des rapports Nord-Sud. « Civiliser » fait ainsi référence à la mission civilisatrice du colonialisme, une idéologie qui a servi de justification à l’expansion européenne[3], mais aussi à des formes d’intervention et d’ingénierie socio-politique variées qui se déploient encore de nos jours[4]. « Développer » s’apparente plutôt aux plans de modernisation mis en place dès les années 1930-1940, dans l’espace colonial, et plus généralement dans le reste du monde, lorsque le paradigme du « développement » et la question de l’élévation des niveaux de vie des populations dans les pays du Sud s’imposent à l’agenda des politiques nationales, internationales et impériales[5]. Quant au terme « aider », si entendu au sens de secourir, il peut être associé à une troisième période : celle des années 1970 et 1980, à partir de la guerre du Biafra (1967-1970), où l’aide humanitaire connaît non seulement un essor considérable, mais devient une matrice majeure de l’engagement et des mobilisations collectives occidentales envers le reste du monde[6].

Les contributions rassemblées dans ce dossier ont comme dénominateur commun de questionner la profondeur historique et les frontières mouvantes de ces notions à partir d’un point de vue précis, à savoir le rôle joué par différents acteurs internationaux dans la production d’imaginaires, de paradigmes et de schémas d’intervention spécifiques aux régions du Sud au cours du XXe siècle. Qu’il s’agisse de pays indépendants ou d’entités coloniales, ces territoires sont appréhendés en tant que « situations de contact[7] », c’est-à-dire comme des espaces partageant des critères socio-économiques éloignés de ceux des États dits « développés », ainsi que des rapports de pouvoir asymétriques avec les pays et les agences émanant du Nord[8]. À travers plusieurs études de cas, toutes basées sur des recherches empiriques récentes, les articles mettent en lumière les enjeux soulevés par les activités d’une vaste gamme d’organismes aux registres d’action aussi différents que complémentaires. De ce fait, il devient possible de repenser les profondes connexions entre l’histoire du colonialisme, du développement et de l’humanitaire ainsi que de nouer un dialogue entre des historiographies qui évoluent souvent en vases clos, en particulier entre l’espace académique anglophone et francophone.

Reposant sur l’examen d’un large échantillon d’organisations intergouvernementales et non gouvernementales, allant de la Société des Nations aux fondations politiques allemandes et philanthropiques américaines en passant entre autres par les organismes onusiens et le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), les études réunies ici présentent un double intérêt. Premièrement, elles permettent de porter un regard critique sur l’histoire de la mondialisation et sur les dynamiques, parfois analysées de manière trop réductrice, qui accompagnent la constitution de ce que Akira Iriye appelle la « communauté globale[9] ». Les récents développements de l’histoire transnationale et globale, discutés également dans les pages de la revue Histoire@Politique[10], ont clairement souligné le rôle fondamental joué par ces acteurs en tant qu’interfaces des processus d’interconnexion et de circulation entre et par-delà les frontières nationales[11]. Des chercheurs comme Frederick Cooper ont toutefois aussi montré les limites du concept de « mondialisation » : un processus qui, loin d’être linéaire, est en réalité vieux de plusieurs siècles et n’est pas nécessairement (ou systématiquement) planétaire, comme en témoignent plusieurs contributions rassemblées ici[12]. Deuxièmement, pris dans leur ensemble, les articles font ressortir la porosité entre les finalités civilisationnelles, humanitaires et modernisatrices sous-jacentes à l’action internationale dans les pays d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine au cours du XXe siècle. En marge, en rupture ou dans le prolongement des pratiques coloniales, cette dernière a façonné durablement les rapports entre le Nord et le Sud du monde, laissant un héritage que les approches postcoloniales et décoloniales ont par ailleurs fortement critiqué[13].

Civilisation, humanité, modernité

Ce dossier permet d’éclairer ces intersections historiques et historiographiques. C’est en effet depuis seulement une vingtaine d’années que les chercheurs se sont intéressés aux manières dont le mouvement humanitaire qui émerge au XIXe siècle s’est articulé à l’expansion impériale occidentale[14]. D’une part, en empruntant au discours sur la mission civilisatrice et le « fardeau de l’homme blanc », les « interventions d’humanité » de l’époque laissent transparaître toute l’ambiguïté d’une rhétorique humanitaire reposant sur une hiérarchie entre les victimes en fonction de leur origine et de leur religion[15], servant souvent aussi les intérêts politiques des puissances impériales[16]. Alan Lester et Fae Dussart ont par exemple mis en évidence les tensions qui accompagnent l’engagement britannique dans le monde au XIXe siècle, des formes de colonialisme particulièrement violent cohabitant avec une forte préoccupation humanitaire[17]. D’autre part, les mouvements abolitionnistes et missionnaires qui prospèrent dans ce contexte, apparentés à des advocacy networks transnationaux[18], constituent des matrices fondamentales pour comprendre l’émergence de la conscience d’une humanité partagée avec des « autres lointains », fondatrice du mouvement humanitaire contemporain[19].

Les débuts de ce dernier sont généralement associés à la création de la Croix-Rouge en 1863, puis à la mise en place de formes plus ou moins institutionnalisées d’aide d’urgence. Les recherches se sont d’abord focalisées sur les racines bourgeoises, religieuses et militaires de ce mouvement, avant de montrer comment son essor s’est articulé à l’affirmation des États-nations et aux économies de guerres[20]. Si le contexte colonial n’est généralement pas ou peu pris en compte dans cette histoire, il n’y est pourtant pas totalement étranger. C’est justement parce que les Européens entreprennent de civiliser le monde, qu’ils se doivent de combattre en Occident de façon civilisée[21]. À l’inverse, le colonialisme a également été influencé par une certaine rhétorique humanitaire et développementaliste, dont les missionnaires étaient notamment les porteurs[22]. Afin de pouvoir appréhender ces diverses manifestations, des historiens anglo-saxons ont proposé de prendre en considération une définition plus large de la notion d’humanitarianism, en mesure d’englober l’ensemble des mobilisations et des préoccupations pour un « autre lointain[23] ». Sans vouloir en faire une catégorie « attrape-tout à connotation positive[24] », l’intérêt d’une telle perspective réside dans la possibilité de placer dans un seul cadre analytique des registres discursifs et des pratiques dont les frontières sont poreuses. La réflexion rejoint ici les travaux des chercheurs qui promeuvent une anthropologie de l’aide internationale, celle-ci devant « refléter les réalités actuelles et s’intéresser simultanément aux faits de développement et de l’aide humanitaire[25] ». Un tel postulat, pensé pour le système d’aide contemporain, est aussi intéressant pour les historiens. Il permet en effet d’envisager différemment les reconfigurations qui s’opèrent, notamment après la Seconde Guerre mondiale, au sein de nombreuses organisations non gouvernementales (ONG) et de certaines organisations internationales qui, d’abord spécialisées dans des actions de secours d’urgence, cherchent à s’attaquer aux causes structurelles des souffrances et se tournent vers l’aide au développement[26].

Les origines de ce dernier paradigme et les multiples usages auxquels il a donné lieu ont été mises en lumière par un nombre important de travaux[27]. La place du monde colonial comme laboratoire de production de savoirs et de pratiques développementalistes a été soulignée par des historiens comme Frederick Cooper et Joseph Hodge[28]. Leurs recherches ont permis de repenser la généalogie d’idées souvent cantonnées à l’après-Seconde Guerre mondiale et liées à la mise en place d’un « ordre mondial américain[29] » dans le contexte de la guerre froide. Dans leur sillage, plusieurs travaux ont exploré comment une rhétorique modernisatrice est venue progressivement se superposer à l’idée de mission civilisatrice[30], accompagnant notamment les tentatives de réforme des empires coloniaux vers un « colonialisme éclairé[31] », censé le légitimer vis-à-vis des populations colonisées et du reste du monde[32]. L’émergence de formes de coopération technique à l’échelle intercoloniale répond précisément à ces stratégies justificatives, également pensées pour faire face à la montée en puissance des organisations internationales et non gouvernementales[33]. Celles-ci jouent un rôle central comme plateformes de circulation et de production de savoirs ainsi que comme pourvoyeuses de programmes d’assistance technique destinés aux pays « sous-développés »[34]. Dès 1919, avec la mise en place du système des mandats[35] et plus particulièrement après 1945, elles alimentent aussi le processus d’internationalisation du colonialisme[36], l’action dans les « territoires non autonomes » faisant par ailleurs l’objet de rivalités et de concurrences avec les administrations coloniales européennes[37]. Ces dynamiques interagissent avec les enjeux de la « guerre froide globale[38] », le tiers monde devenant dès le début des années 1960 une arène où circulent et se côtoient des projets de coopération portés par les anciennes métropoles et par de nombreux autres pays issus des deux côtés du rideau de fer[39].

La période de la décolonisation pose dès lors la question du devenir du discours sur le développement et l’humanitaire, ainsi que des pratiques qui lui sont associées[40]. Comment évoluent-ils dans un contexte international qui n’a plus grand-chose à voir avec celui de leur émergence ? Deviennent-ils de simples outils néocoloniaux au service d’États qui souhaitent maintenir leur domination sur des régions dans lesquelles ils ne disposent plus du pouvoir direct, mais où ils conservent une influence non négligeable ? Ou acquièrent-ils une certaine autonomie, offrant la possibilité à ceux à qui ils sont destinés de se les réapproprier ou à des acteurs multiples et variés de s’en emparer ?

Analyser la permanence et les évolutions de ces idées et de ces pratiques dans les relations Nord-Sud permet d’apporter des éléments de réponses à ces questions, contribuant par-là aux débats actuels sur le caractère effectif ou formel de la décolonisation et sur la chronologie de celle-ci[41]. En effet, comme l’ont montré plusieurs recherches, les missionnaires, les fonctionnaires coloniaux, les humanitaires ainsi que les membres des agences de développement partagent souvent des imaginaires communs et des rapports au terrain similaires[42]. Le parcours de Louis-Paul Aujoulat, médecin missionnaire au Cameroun, puis ministre de la IVe République et expert en santé publique pour l’Organisation mondiale de la santé, est par exemple illustratif de la reformulation du projet « humaniste » du colonialisme tardif ainsi que du glissement sémantique qui s’opère vers les termes de l’aide au développement et de la coopération[43]. Certains French doctors se sont aussi inscrits dans l’héritage de la médecine coloniale et missionnaire, des figures comme Albert Schweitzer ou Eugène Jamot occupant des places importantes au Panthéon de l’humanitaire médical[44]. De même, les circulations de fonctionnaires entre les milieux coloniaux et les organisations internationales ou européennes témoignent des multiples reconfigurations de l’idée de mission civilisatrice, comme le montre la trajectoire de Kenneth Sargent, technicien forestier dans l’administration coloniale britannique devenu expert en développement auprès des institutions onusiennes dans les années 1960[45].

Au-delà de la matrice coloniale : coproduction, hybridation, reconfigurations

Questionnant ces enjeux de manière critique, les articles rassemblés dans ce numéro d’Histoire@Politique s’inscrivent dans le renouvellement que connaît l’historiographie consacrée à l’action internationale dans les pays du Sud, que celle-ci soit de nature civilisationnelle, développementaliste ou humanitaire. Un premier élément important, mis en avant par plusieurs auteurs, concerne la remise en cause de la linéarité de la relation Nord-Sud. Celle-ci ne se réduit pas au simple couple émetteur-récepteur ni à la simple reproduction de pratiques coloniales ou néocoloniales. Comme l’ont souligné diverses études, elle doit être plutôt (ou aussi) envisagée en termes de coproduction de savoirs et de pratiques, afin de faire ressortir les capacités d’agency des acteurs du Sud. C’est précisément ce que montre l’article de Juliette Dumont, qui s’intéresse à l’essor de formes de coopération à l’échelle panaméricaine entre la fin du XIXe siècle et les premières décennies du XXe siècle. En se focalisant sur le cas de l’éducation – un secteur au cœur des visées modernisatrices des jeunes États-nations latino-américains –, l’auteure montre que celles-ci ne peuvent pas se réduire à une analyse unidirectionnelle. Elle souligne la part non négligeable que jouent les acteurs sud-américains en tant que coproducteurs du panaméricanisme ainsi que la dialectique qui accompagne la mise en place des programmes d’échanges et de collaboration, ceux-ci ne se réduisant pas à un simple face-à-face entre les États-Unis d’un côté et l’Amérique latine de l’autre. Le rôle des acteurs locaux, agissant comme intermédiaires, mais également comme transformateurs de savoirs « occidentaux », émerge aussi dans la contribution de Yi-Tang Lin, qui se penche sur les circulations transnationales présidant au projet de reconstruction rurale dans la Chine des années 1930. Si le soutien des fondations philanthropiques américaines est central dans sa mise en œuvre, le travail et la capacité d’intermédiation du réformateur chinois James Yen s’avèrent également fondamentaux. L’étude de cet épisode complète ainsi les recherches sur l’histoire du « développement » et remet en cause la chronologie qui présente traditionnellement la « scientifisation » de la reconstruction rurale dans les recherches en sciences sociales comme un produit de la guerre froide[46].

Par ailleurs, il convient de dépasser le seul prisme colonial ou néocolonial dans l’analyse des rapports Nord-Sud. En s’interrogeant sur la façon dont un acteur suisse, le Comité international de la Croix-Rouge, appréhende le continent africain au début des années 1960, l’article de Marie-Luce Desgrandchamps met en lumière l’ambivalence dont il fait preuve vis-à-vis des indépendances. Ce dernier parvient à réconcilier les préjugés hérités de l’époque coloniale qu’il nourrit à l’égard de cette région avec son souhait d’investir ce nouveau terrain en proposant une série d’actions destinées à faire connaître les principes du mouvement de la Croix-Rouge. Eleanor Davey, dans sa contribution consacrée à un consortium d’aide à l’Érythrée regroupant différentes ONG dans les années 1980, souligne également les formes hybrides que peuvent prendre les opérations d’aide humanitaire, au sens où l’expertise, les pratiques et les idéologies érythréennes jouent un rôle fondamental dans le fonctionnement du consortium au cœur de son investigation. Elle rappelle qu’étudier des initiatives humanitaires éphémères, plutôt que de s’intéresser uniquement à celle des grandes organisations de secours, s’avère particulièrement riche d’enseignements à cet égard. La contribution de Lucile Dreidemy propose quant à elle de réévaluer le rôle d’acteurs encore peu pris en compte dans l’étude des politiques de développement. En s’intéressant au rôle des fondations politiques dans la définition des programmes menés par l’Allemagne en Afrique depuis les années 1960, elle ouvre de nouvelles pistes de réflexion sur les réseaux transnationaux de l’« assistance démocratique ». Celles-ci permettent notamment de questionner, à partir d’un point de vue original, l’asymétrie des pouvoirs qui caractérise les politiques de « coopération » et de développement promues par les puissances occidentales dans la deuxième moitié du XXe siècle.

De l’internationalisation du colonialisme à l’histoire de la mondialisation

Les articles réunis dans ce numéro d’Histoire@Politique mettent également en lumière les dynamiques variées et parfois contrastées des processus d’internationalisation. Une attention particulière est accordée au monde colonial et aux nouveaux « régimes circulatoires[47] » qui s’installent dans ce cadre dès les années 1920. Les organisations internationales jouent ici un rôle central, discuté par plusieurs auteurs. Miguel Bandeira Jerónimo analyse par exemple l’internationalisation des affaires impériales et coloniales dans le cadre de la Société des Nations après la Première Guerre mondiale (voir la rubrique « Pistes et débats »). Il montre que celle-ci a pour effet de produire un savoir, des normes, des discussions qui aboutissent à une certaine forme de moralisation du colonialisme, avec d’importantes conséquences sur les politiques menées par les empires, notamment en ce qui concerne les questions sociales et économiques. Avec un cas d’étude portant sur le travail indigène, José Pedro Monteiro s’intéresse à la complexité des rapports entre les empires coloniaux et les organisations internationales – ici l’État portugais et le Bureau international du Travail. Il rappelle que les questions sociales que les organismes onusiens contribuent à faire émerger jouent un rôle crucial dans les débats sur la légitimité du colonialisme, façonnant ainsi la trajectoire de l’empire portugais.

En explorant les interconnexions entre impérialisme et internationalisme[48], ainsi que leurs déclinaisons au niveau des politiques de « mise en valeur » et de modernisation des territoires africains, ces recherches permettent de décloisonner l’histoire des empires coloniaux[49]. Elles ouvrent de nouvelles perspectives pour repenser non seulement l’histoire du processus de mondialisation et les acteurs qui l’alimentent, mais également la transition entre la période coloniale et postcoloniale[50]. Les contributions de Damiano Matasci et d’Angela Villani participent aussi à cette réflexion. En revenant sur la genèse du plan d’Addis-Abeba, un ambitieux programme d’expansion éducative élaboré en 1961, le premier article met en lumière les ambiguïtés et les tensions qui caractérisent l’action de l’Unesco en Afrique subsaharienne après la Seconde Guerre mondiale. Il étudie les rivalités existantes entre l’organisation onusienne et les administrations coloniales, qui mettent notamment en place des formes de coopération mutuelle au cours des années 1950. Il montre par ailleurs comment l’Unesco parvient à exploiter les marges de manœuvre rendues possibles par la décolonisation pour s’imposer comme un acteur clé des politiques éducatives en Afrique. Angela Villani analyse quant à elle comment l’Unicef, dont la mission initiale était de prodiguer des secours d’urgence, profite du processus de décolonisation pour repenser radicalement ses activités. Dès les années 1960, l’organisation onusienne se réoriente en effet vers la planification du développement, en promouvant une vision où le bien-être de l’enfance et la modernisation économique sont étroitement liés.

L’étude de ces processus d’interaction globale ne saurait oublier, enfin, leur enracinement dans des réalités locales. Dessinant les contours d’une histoire des micro-organisations caritatives, le dernier article de ce dossier, rédigé par Bertrand Taithe, analyse la biographie, les réseaux et les activités humanitaires d’une femme au foyer britannique au cours de la seconde moitié du XXe siècle, Elisabeth Wilson. Devenant progressivement « un agent local de l’internationalisme », le parcours de cette femme est ainsi révélateur d’un « humanitaire du quotidien » alimenté par des acteurs à première vue marginaux ou subalternes, mais qui participent pleinement à l’histoire de la mondialisation[51].

Les contributions réunies dans ce dossier offrent finalement un regard renouvelé sur l’histoire des relations Nord-Sud, à la croisée de l’histoire coloniale/impériale, de l’histoire des relations internationales et de l’histoire de la mondialisation. Elles montrent par ailleurs la diversité des sources qui peuvent appuyer un tel type d’histoire. Si celles émanant des institutions internationales, philanthropiques ou des ONG sont particulièrement bien représentées, l’intérêt de les croiser avec les archives coloniales, gouvernementales ou personnelles est illustré par plusieurs contributions. Cela permet notamment de mettre en lumière les complémentarités, mais aussi les rivalités existantes entre une multitude d’acteurs collectifs ou individuels dans des domaines où, pour des raisons éthiques, elles sont parfois minimisées. Loin d’épuiser le sujet et les sources à disposition, ce dossier rappelle donc l’importance de continuer à travailler sur les enchevêtrements entre les discours et les pratiques développementalistes et humanitaires pour en saisir l’actuelle complexité.

Pour citer cet article : Damiano Matasci, Marie-Luce Desgrandchamps, « "Civiliser, développer, aider". Croiser l’histoire du colonialisme, du développement et de l’humanitaire », Histoire@Politique, n° 41, mai-août 2020 [en ligne : www.histoire-politique.fr]

Notes :

[1] Archives nationales (Pierrefitte-sur-Seine), 19770508/54. Éléments de rapport sur le développement de l’enseignement dans les territoires d’Outre-mer, 1950.

[2] Martin Thomas, Bob Moore, Lawrence J. Butler, Crises of Empire : Decolonization and Europe’s Imperial States, London, Bloomsbury Publishing, 2015.

[3] Alice L. Conklin, A Mission to Civilize. The Republican Idea of Empire in France and West Africa, 1895-1930, Stanford, Stanford University Press, 1999 ; Catherine Hall, Civilising Subjects : Metropole and Colony in the English Imagination, 1830-1867, Chicago, University of Chicago Press, 2002 ; Harald Fischer-Tiné, Michael Mann (eds.), Colonialism as Civilizing Mission : Cultural Ideology in British India, London, Anthem Press, 2004 ; Boris Barth, Jürgen Osterhammel (Hrsg.), Zivilisierungsmissionen: Imperiale Weltverbesserung seit dem 18. Jahrhundert, Konstanz, UVK, 2005.

[4] Brett Bowden, The Empire of Civilization: The Evolution of an Imperial Idea, Chicago, University of Chicago Press, 2009.

[5] Notion polysémique et hautement controversée, le « développement » renvoie à des représentations et à des pratiques multiples. Nous jugeons utile de reprendre ici la définition fournie par Joseph M. Hodge, pour qui ce concept fait référence à « an intentional, organized intervention in collective affairs according to a general (if not universal) standard of improvement ». Il peut donc inclure, d’une part, l’amélioration de la production et de la productivité économique et, d’autre part, l’élévation de niveaux de vie de populations considérées comme « arriérées ». Voir Joseph M. Hodge, « Introduction », dans Joseph M. Hodge, Gerald Hödl, Martina Kopf (eds.), Developing Africa: Concepts and Practices in Twentieth-Century Colonialism, Manchester, Manchester University Press, 2014, p. 3. Par ailleurs, l’histoire du développement a fait l’objet de plusieurs synthèses, dont certaines récentes. Voir Sara Lorenzini, Global Development. A Cold War History, Princeton, Princeton University Press, 2019 ; Stephen J. Macekura, Erez Manela (eds.), The Development Century: A Global History, Cambridge, Cambridge University Press, 2018 ; Corinna R. Unger, International Development. A Postwar History, London, Bloomsbury Academic, 2018.

[6] Marie-Luce Desgrandchamps, L’humanitaire en guerre civile. La crise du Biafra (1967-1970), Rennes, PUR, 2018 ; Eleonor Davey, Idealism Beyond Borders : The French Revolutionary Left and the Rise of Humanitarianism, Cambridge, Cambridge University Press, 2015 ; Christopher Kalter, The Discovery of the Third World. Decolonization and the Rise of the New Left in France, c. 1950-1976, Cambridge, Cambridge University Press, 2016. Philippe Ryfmann utilise par ailleurs l’expression de « second siècle de l’humanitaire ». Voir son ouvrage Une histoire de l’humanitaire, Paris, La Découverte, 2016.

[7] Nous empruntons ce terme à Romain Bertrand. Voir notamment son ouvrage L’Histoire à parts égales. Récits d’une rencontre Orient-Occident (XVIe-XVIIe siècle), Paris, Seuil, 2011.

[8] Élodie Brun, Juliette Dumont, Camille Forite, « Introduction. Les relations Sud-Sud : culture et diplomatie », Cahiers des Amériques latines, n° 80, 2015, p. 15-29.

[9] Akira Iriye, Global Community : The Role of International Organizations in the Making of the Contemporary World, Berkeley, University of California Press, 2002.

[10] Patrick Boucheron, Nicolas Delalande, « Récit national et histoire mondiale. Comment écrire l’histoire de France au XXIsiècle ? », Histoire@Politique, n° 31, janvier-avril 2017 : https://www.histoire-politique.fr/index.php?numero=31&rub=dossier&item=294 ; Kiran Klaus Patel, « An Emperor without Clothes ? The Debate about Transnational History Twenty-five Years on », Histoire@Politique, n° 26, mai-août 2015 : https://www.histoire-politique.fr/index.php?numero=26&rub=pistes&item=32 [liens consultés le 22 juin 2020].

[11] Sandrine Kott, « Une autre approche de la globalisation : socio-histoire des organisations internationales », Critique internationale, vol. 3, n° 52, 2011, p. 9-16 ; Davide Rodogno, Matthias Schulz, Maurice Vaïsse (eds.), « Organisations internationales et ONG : coopération, rivalité, complémentarité de 1919 à nos jours », Relations internationales, vol. 3, n° 151, 2012.

[12] Frederick Cooper, « Le concept de mondialisation sert-il à quelque chose ? Un point de vue d’historien », Critique internationale, n° 10, 2001, p. 101-124.

[13] Dipesh Chakrabarty, Provincializing Europe : Postcolonial Thought and Historical Difference, Princeton, Princeton University Press, 2008 ; Edward Said, L’Orientalisme. L’Orient créé par l’Occident, Paris, Points, 2013.

[14] Rob Skinner, Alan Lester, « Humanitarianism and Empire : New Research Agendas », The Journal of Imperial and Commonwealth History, vol. 40, n° 5, 2012, p. 729-747.

[15] Wilson Ann Marie, « In the name of God, Civilization, and Humanity: The United States and the Armenian Massacres of the 1890s », Le Mouvement social, vol. 2, n° 227, 2009, p. 27-44.

[16] Davide Rodogno, Against Massacre. Humanitarian interventions in the Ottoman Empire, 1815-1914, Princeton, Princeton University Press, 2012 ; Brendan Simms, David J. B. Trim (eds.), Humanitarian Intervention : A History, Cambridge University Press, 2011.

[17] Alan Lester, Fae Dussart, Colonization and the Origins of Humanitarian Governance : Protecting Aborigines across the Nineteenth-Century British Empire, Cambridge, Cambridge University Press, 2014; Dean Pavlakis, « The Development of British Overseas Humanitarianism and the Congo Reform Campaign », The Journal of Colonialism and Colonial History, vol. 11, n° 1, 2010, p. 1-20.

[18] Margaret E. Keck, Kathryn Sikkink, Activists beyond Borders : Advocacy Networks in International Politics, Ithaca, Cornell University Press, 1998.

[19] Michael Barnett, Empire of Humanity : A History of Humanitarianism, Ithaca, Cornell University Press, 2013.

[20] John F. Hutchinson, Champions of Charity : War and the Rise of the Red Cross, Boulder, Westview Press, 1996 ; Sébastien Farré, Le colis de guerre : secours alimentaires et organisations humanitaires (1914-1947), Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2014.

[21] Irène Herrmann, L’humanitaire en question. Réflexions autour de l’histoire du Comité international de la Croix-Rouge, Paris, Cerf, 2018.

[22] Olivier Faure, « Missions religieuses, missions médicales et « mission civilisatrice » (XIXe et XXe siècles) : un regard décalé », Histoire et missions chrétiennes, vol. 1, n° 21, 2012, p. 5-18.

[23] Matthew Hilton, Emily Baughan, Eleanor Davey, Bronwen Everill, Kevin O’Sullivan, Tehila Sasson, « History and Humanitarianism : A Conversation », Past and Present, vol. 241, n° 1, 2018, p. 18.

[24] Axelle Brodiez, Bruno Dumons, « Éditorial : Faire l’histoire de l’humanitaire », Le Mouvement social, n° 227, 2009, p. 4.

[25] Laeticia Atlani-Duault, Jean-Pierre Dozon, « Colonisation, développement, aide humanitaire. Pour une anthropologie de l’aide internationale », Ethnologie française, vol. 41, n° 3, 2011, p. 403.

[26] Matthew Hilton, « International Aid and Development NGOs in Britain and Human Rights since 1945 », Humanity, vol. 3, n° 3, 2012, p. 449-472. Sur l’Unicef, voir la contribution d’Angela Villani dans ce numéro.

[27] Sur la notion de développement et son usage par les Occidentaux, voir Gilbert Rist, Le développement. Histoire d’une croyance occidentale, Paris, Presses de Sciences Po, 2013. Pour une discussion historiographique, voir Joseph M. Hodge, « Writing the History of Development (Part 1 : The First Wave) », Humanity, vol. 6, n° 3, 2015, p. 429-463 ; Joseph M. Hodge, « Writing the History of Development (Part 2 : Longer, Deeper, Wider) », Humanity, vol. 7, n° 1, 2016, p. 125-174 ; Frederick Cooper, « Modernizing Bureaucrats, Backward Africans, and the Development Concept », dans Frederick Cooper, Randall Packard (eds.), International Development and the Social Sciences, Berkeley, Los Angeles, London, California University Press, 1997, p. 64-92 ; Corinna Unger, « Histories of Development and Modernization : Findings, Reflections, Future Research », H-Soz-Kult, http://hsozkult.geschichte.hu-berlin.de/forum/2010-12-001 (consulté le 24 juin 2020)

[28] Joseph M. Hodge, Gerald Hödl, Martina Kopf (eds.), Developing Africa, op. cit. ; Joseph M. Hodge, Triumph of the Expert : Agrarian Doctrines of Development and the Legacies of British Colonialism, Athens, Ohio University Press, 2007 ; Frederick Cooper, Décolonisation et travail en Afrique. 1935-1960, Paris, Karthala, 2004.

[29] David Ekbladh, The Great American Mission : Modernization and the Construction of an American World Order, Princeton, Princeton University Press, 2010.

[30] Ed Naylor (ed.), France’s Modernising Mission : Citizenship, Welfare and the Ends of Empire, Basingstoke, Palgrave Macmillan, 2018.

[31] Naïma Maggetti, « La Grande-Bretagne à l’ONU dans les années 1940 et 1950 : sa défense d’un colonialisme "libéral et éclairé" », Relations internationales, vol. 1, n° 177, 2019, p. 31-44.

[32] Pour des études de cas récentes, voir le dossier dirigé par Matthias Schulz et Véronique Stenger « Décolonisation et développement : genèses, pratiques et interdépendances », publié en 2019 dans la revue Relations internationales (n° 177).

[33] Damiano Matasci, « Une "UNESCO africaine" ? Le ministère de la France d’Outre-mer, la coopération éducative intercoloniale et la défense de l’Empire, 1947-1957 », Monde(s), n° 13, 2018, p. 195-214.

[34] Marc Frey, Sönke Kunkel, Corinna R. Unger (eds.), International Organizations and Development, 1945-1990, Basingstoke, Palgrave Macmillan, 2014 ; Amy L. S. Staples, The Birth of Development. How the World Bank, Food and Agriculture Organization, and World Health Organization changed the World, 1945-1965, Kent, The Kent State University Press, 2006 ; Margherita Zanasi, « Exporting Development : The League of Nations and Republican China », Comparative Studies in Society and History, vol. 49, n° 1, 2007, p. 143-169 ; Daniel R. Maul. Human Rights, Development and Decolonization: The International Labour Organization, 1940-70, Basingstoke, Palgrave Macmillan, 2012.

[35] Susan Pedersen, The Guardians: The League of Nations and the Crisis of Empire, Oxford, Oxford University Press, 2015.

[36] John Kent, The Internationalization of Colonialism. Britain, France, and Black Africa 1939-1956, Oxford, Oxford University Press, 1992.

[37] Jessica Lynne Pearson, The Colonial Politics of Global Health. France and the United Nations in Postwar Africa, Harvard, Harvard University Press, 2018.

[38] Odd Arne Westad, La guerre froide globale : le tiers-monde, les États-Unis et l’URSS (1945-1991), Paris, Payot, 2007.

[39] Sur les dynamiques de transition entre la période coloniale et postcoloniale en Afrique francophone, voir Tony Chafer, Alexander Keese (eds.), Francophone Africa at Fifty, Manchester, Manchester University Press, 2013. Sur la « coopération » et les « coopérants », voir Odile Goerg, Marie-Albane de Suremain (eds.), « Coopérants et coopération en Afrique: circulations d’acteurs et recompositions culturelles », Outre-Mers. Revue d’histoire, n° 384-385, 2014. Sur l’aide au développement des pays du bloc de l’est, voir par exemple Alessandro Iandolo, « The Rise and Fall of the "Soviet Model of Development" in West Africa, 1957-64 », Cold War History, vol. 12, no 4, 2012, p. 683-704. Sur cette question, voir aussi les études de cas rassemblées dans Eric Burton (ed.), « Socialisms in Development », Journal für Entwicklungspolitik (Austrian Journal of Development Studies), vol. 33, n° 3, 2017.

[40] À ce sujet, voir Andrew S. Thompson « Unravelling the Relationships between Humanitarianism, Human Rights, and Decolonization: Time for A Radical Rethink ? », dans Martin Thomas, Andrew S. Thompson (eds.), The Oxford Handbook of the Ends of Empire, Oxford, Oxford University Press, 2018, p. 453-476.

[41] Martin Thomas, Andrew S. Thompson, « Rethinking Decolonization : A New Research Agenda for the Twenty-First Century », dans Martin Thomas, Andrew S. Thompson (eds.), The Oxford Handbook, op. cit., p. 1-26.

[42] Lisa Smirl, « Plain Tales from the Reconstruction Site : Spatial Continuities in Contemporary Humanitarian Practice », dans Mark Duffield and Vernon Hewitt (eds.) Empire, Development and Colonialism : the Past in the Present, London, James Currey, 2009, p. 88-101. Claude Prudhomme, « Mission religieuse et action humanitaire : quelle continuité ? », Annales de Bretagne et des Pays de l’Ouest, vol. 2, n° 112, 2005, p. 11-29.

[43] Guillaume Lachenal, Bertrand Taithe, « Une généalogie missionnaire et coloniale de l’humanitaire : le cas Aujoulat au Cameroun, 1935-1973 », Le Mouvement social, vol. 2, n° 227, 2009, p. 45-63.

[44] Bertrand Taithe, Katherine Davis, « "Heroes of Charity ?" Between Memory and Hagiography : Colonial Medical Heroes in the Era of Decolonisation », The Journal of Imperial and Commonwealth History, vol. 42, n° 5, 2014, p. 912-935.

[45] Eva-Maria Muschik, « The Art of Chameleon Politics : From Colonial Servant to International Development Expert », Humanity, vol. 9, n° 2, 2018, p. 219-244. Voir aussi Joseph M. Hodge, « British Colonial Expertise, Post-Colonial Careering and the Early History of International Development », Journal of Modern European History, vol. 8, n° 1, 2010, p. 24-46 ; Véronique Dimier, The Invention of a European Development Aid Bureaucracy. Recycling Empire, Basingstoke, Palgrave Macmillan, 2014.

[46] Nicole Sackley, « The Village as Cold War Site : Experts, Development, and the History of Rural Reconstruction », Journal of Global History, vol. 6, n° 3, 2011, p. 482.

[47] Pierre-Yves Saunier, « Les régimes circulatoires du domaine social 1800-1940 : projets et ingénierie de la convergence et de la différence », Genèses, vol. 2, n° 71, 2008, p. 4-25.

[48] Miguel Bandeira Jerónimo, José Pedro Monteiro (eds.), Internationalism, Imperialism and the Formation of the Contemporary World, Basingstoke, Palgrave Macmillan, 2017.

[49] À ce sujet, voir les réflexions théoriques récentes de Daniel Hedinger, Nadin Heé, « Transimperial History. Connectivity, Cooperation and Competition », Journal of Modern European History, vol. 16, n° 4, 2018, p. 429-452 ; Christoph Kamissek, Jonas Kreienbaum, « An Imperial Cloud ? Conceptualising Interimperial Connections and Transimperial Knowledge », Journal of Modern European History, vol. 14, n° 2, 2016, p. 164-182 ; Simon J. Potter, Jonathan Saha, « Global History, Imperial History and Connected Histories of Empire », Journal of Colonialism and Colonial History, vol. 16, n° 1, 2015 (https://muse.jhu.edu/article/577738, consulté le 24 juin 2020). Pour des études de cas, voir Volker Barth, Roland Cvetkovski (eds.), Imperial Co-operation and Transfer, 1870-1930 : Empires and Encounters, London, Bloomsbury Academic, 2015 ; Kevin Grant, Philippa Levine, Frank Trentmann (eds.), Beyond Sovereignty. Britain, Empire and Transnationalism c. 1880-1950, Basingstoke, Palgrave Macmillan, 2007.

[50] Voir à cet égard les recherches autour de la notion de « globalisation impériale » : Miguel Bandeira Jerónimo, « Imperial Globalisation », dans Catia Antunes, Karwan Fatah-Black (eds.), Explorations in History and Globalization, London, Routledge, 2016, p. 212-230 ; Martin Thomas, Andrew Thompson, « Empire and Globalisation : From "High Imperialism" to Decolonisation », The International History Review, vol. 36, n° 1, 2014, p. 142-170.

[51] À cet égard, voir aussi Richard Drayton, David Motadel, « Discussion : The Futures of Global History », Journal of Global History, vol. 13, n° 1, 2018, p. 1-21.

Marie-Luce Desgrandchamps

Marie-Luce Desgrandchamps est chargée d’enseignement au département d’histoire générale de l’Université de Genève. Ses recherches portent sur l’histoire de l’aide humanitaire, des organisations non gouvernementales (ONG) et des organisations internationales dans leur rapport au continent africain. En 2018, elle a notamment publié aux Presses universitaires de Rennes un ouvrage intitulé L’humanitaire en guerre civile. La crise du Biafra (1967-1970) et a reçu l’un des Prix de Recherche de la Fondation Croix-Rouge française.

Damiano Matasci

Damiano Matasci est maître-assistant au Département d’Histoire générale de l’Université de Genève. Ses champs de recherche sont l’histoire de l’éducation et de la science en Europe et en Afrique coloniale (XIXe-XXe siècles). Sa première monographie, L’école républicaine et l’étranger. Une histoire internationale des réformes scolaires en France (1870-1914), a été publiée en 2015 (Prix Louis Cros 2013; ISCHE First Book Award 2017). Il a aussi codirigé les volumes collectifs suivants : Repenser la “mission civilisatrice”. L’éducation dans le monde colonial et postcolonial au XXe siècle (Rennes, PUR, 2020) ; Education and Development in Colonial and Postcolonial Africa. Policies, Paradigms, Entanglements (1890s-1980s) (Cham, Palgrave Macmillan, 2020). Il prépare actuellement un nouveau projet de recherche sur l’histoire de la coopération scientifique trans-impériale en Afrique (années 1920-années 1960).


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  • ISSN 1954-3670