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Comptes rendus
   

Julian Jackson, De Gaulle. Une certaine idée de la France

traduit de l’anglais par Marie-Anne de Béru, Paris, Le Seuil, 2019, 984 p.

Ouvrages | 08.09.2020 | Bernard Lachaise
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Certains seront tentés de dire : « Encore une biographie de De Gaulle ! » L’historien américain Robert Paxton ne partage pas ce sentiment et l’éditeur a reproduit en quatrième de couverture ses mots : « Enfin la biographie que ce géant méritait ! » L’auteur, Julian Jackson, débute son ouvrage par une longue introduction analysant cette réalité : « Dans la France d’aujourd’hui, de Gaulle est partout. » Il est bien conscient des difficultés car « la littérature sur de Gaulle atteint des proportions gigantesques » et de Gaulle ayant construit avec succès son propre mythe, « tout biographe risque de se laisser piéger par son verbe ». Julian Jackson expose d’emblée ses réserves sur les trois plus grosses biographies consacrées à Charles de Gaulle : trop de mythe dans celle de Jean Lacouture, une image excessive du décolonisateur prophétique dans celle de Paul-Marie de La Gorce et une biographie « insidieusement hostile », bien que considérée comme la meilleure, sous la plume d’Éric Roussel.

Alors, comment procéder ? Julian Jackson annonce sa méthode dans l’introduction. Avant même d’évoquer les sources archivistiques, il met l’accent sur les écrits du Général et de ses proches dont Alain Peyrefitte et Jacques Foccart. Sur les sources émanant de Charles de Gaulle – discours, mémoires, correspondances –, il souligne la nécessité d’un vif esprit critique et donne un exemple éloquent à propos de juin 1940 : « Les six premières pages des discours officiels de De Gaulle présentent un premier discours effectivement prononcé mais pas tel que nous le lisons ; un deuxième qui n’a jamais été prononcé (ni même écrit le jour où il est censé l’avoir été) et il nous manque une déclaration qui a, quant à elle, bel et bien existé » (p. 25).

En quoi la biographie publiée par Julian Jackson se distingue-t-elle des autres consacrées à de Gaulle et a-t-il réussi ? Comme ses trois prédécesseurs déjà cités – parmi d’autres – et à la différence, par exemple, de la biographie synthétique du Général par Chantal Morelle, Julian Jackson fournit une somme, très détaillée sur la vie de Charles de Gaulle (982 pages dont près de 800 pour en dire le maximum entre le 22 novembre 1890 et le 9 novembre 1970). Son approche est aussi chronologique, selon un découpage classique (1890-1940, 1940-1944, 1944-1958, 1959-1965, 1966-1970). Toutefois, Julian Jackson s’attarde davantage qu’Éric Roussel sur l’avant 1940 et moins sur les années de guerre.

La première originalité de la biographie de Julian Jackson, par comparaison avec celles de Jean Lacouture, de Paul-Marie de La Gorce et d’Éric Roussel, est d’être écrite par un historien universitaire, spécialiste de l’histoire de la France au XXe siècle, auteur notamment d’un ouvrage remarqué sur La France sous l’Occupation, 1940-1944[1]. Sa démarche est, à tous égards, dans la méthodologie comme dans la collecte et l’exploitation des sources et de la bibliographie et la mise en perspective, celle de l’historien. Et le regard de Julian Jackson a aussi l’intérêt d’être celui d’un Britannique (professeur d’histoire à Queen Mary, Université de Londres), donc d’écrire « une biographie à distance », d’être « un observateur décalé » selon les mots de l’éditeur mais justifiés à la lecture du livre. Enfin, Julian Jackson écrit dans la seconde décennie du XXIe siècle, à une époque où toutes les archives de Gaulle en France sont classées et ouvertes et où l’histoire du Général, du gaullisme et des gaullistes a connu un bel essor depuis les années 1990. L’historien britannique, en plus d’une parfaite maîtrise des archives et de la bibliographie sur le sujet au Royaume-Uni, a très largement puisé dans les fonds français et dans les travaux des historiens français. La base de sa documentation est extrêmement solide et a le mérite d’utiliser les dernières recherches, les actes de colloques comme les articles les plus pointus et même les travaux inédits comme des thèses (par exemple celle de Claire Miot en 2016 sur la Première armée française sous la direction d’Olivier Wieviorka[2]). Une telle démarche est rare et inédite chez les précédents biographes du Général. La biographie s’achève, en plus, par un commentaire de la bibliographie et des sources ainsi que d’une trentaine de pages de notices biographiques des principales personnalités françaises ou étrangères qui comptent dans le parcours de Charles de Gaulle, soutiens ou adversaires.

Pour ces raisons qui font l’originalité de son œuvre, Julian Jackson présente un De Gaulle tout en finesse, tout en complexité, tout en nuances, refusant les visions caricaturales comme les analyses hagiographiques. C’est ici que se mesurent toute la qualité et la nouveauté de sa biographie. Ce n’est évidemment pas dans l’événementiel de la vie de Charles de Gaulle que le livre peut apporter du neuf mais plus dans l’analyse de la pensée, des choix, du poids des circonstances et dans les interprétations.

Pour l’avant 1940, l’auteur s’interroge, bien sûr, sur sa formation intellectuelle et démontre avec justesse sa diversité : « Maurras ou Le Correspondant ? Il est vain de chercher une "clé" unique pour comprendre de Gaulle que ce soit le nationalisme maurassien, le catholicisme libéral, le monarchisme constitutionnel ou le catholicisme social » (p. 45). Il insiste sur le poids de la Grande Guerre dans la vie du futur général, résistant et président pour deux raisons : la longue captivité (« Ce regret ne me quittera pas ») et sa fascination pour l’Allemagne. Autre expérience utile pour l’avenir : « la leçon que de Gaulle tire de la victoire de la Pologne est qu’un pays n’est vaincu que s’il a perdu la volonté de se battre » (p. 83). Des années 1920, Julian Jackson retient les liens avec Pétain mais estime qu’il ne faut pas surestimer la proximité entre les deux hommes. Il analyse les écrits et propos du jeune officier en soulignant l’intérêt du premier ouvrage, La Discorde chez l’ennemi, mais nuance le caractère prophétique du discours à Beyrouth parfois présenté comme l’annonce d’un futur Liban indépendant. À propos de Vers l’armée de métier, l’historien considère que De Gaulle ne défend pas seulement les chars, mais une certaine idée du rôle auquel la France doit aspirer dans le monde. Très riches sont les pages s’interrogeant sur les idées politiques de Charles de Gaulle dans les années 1930. Les sources manquent mais, écrit Julian Jackson, de Gaulle appartient à la droite qui voit dans le 6 février 1934 un défi salutaire lancé à la démocratie parlementaire, sans que l’on sache quelle issue avait sa préférence. Le bilan dressé (« l’idéal politique de De Gaulle au milieu des années 1930 semble allier un autoritarisme « élitiste et managérial avec une vision du chef charismatique », p. 117) est discutable mais se défend. Une chose est sûre : De Gaulle n’est pas dans l’hystérie anticommuniste après 1936. « Là où les autres voyaient l’URSS, il voyait la Russie » (p. 121). On ne connaît pas la réaction de De Gaulle au pacte germano-soviétique de l’été 1939. La rupture de Gaulle/Pétain étant consommée, de Gaulle est presque le seul en 1940 à ne pas partager la vénération de la classe politique française pour le maréchal.

Dans son étude du Général durant les années de guerre, Julian Jackson dresse un portrait qui distingue bien le mythe et la réalité. De Gaulle en sort moins héroïque mais les faits sont indéniables. Sa description de juin 1940 souligne le volontarisme de l’officier, la force de sa conviction au service de la France appuyée sur l’Histoire (à Reynaud le 3 juin : « Nous sommes au bord de l’abîme…. Sortez du conformisme… Soyez Carnot ou nous périrons », p. 144), son courage (« De Gaulle partait avec deux valises, une modeste somme d’argent, dans un pays où il s’était rendu pour la première fois dix jours avant, dont il parlait mal la langue et où il ne connaissait pratiquement personne », p. 154), et la lucidité de son appel du 18 juin même si le texte lu est différent du texte imprimé (« L’appel n’est pas un mythe : il a bel et bien été prononcé », p. 164). Mais le regard de l’historien corrige le mythe quand il le faut : « De Gaulle n’avait pas toutes les capacités humaines pour devenir un chef militaire capable de souder et d’enflammer ses troupes » (p. 142), comme les premiers Français libres s’en sont vite aperçus ; « ne pas surestimer les combats de Montcornet » (p. 140) ; « De Gaulle sous-secrétaire d’État à la Défense est plus un spectateur écœuré et impuissant qu’un acteur central du dernier acte de la défaite » (p. 145).

Entre 1940 et 1944, de Gaulle n’est pas exempt, comme cela était déjà apparu au lendemain de la Grande Guerre (Julian Jackson emploie alors le qualificatif de « cyclothymique », p. 79), de phases de découragement, voire de désespoir, alternant avec des moments d’euphorie. Ce trait de caractère se manifeste tout au long de sa carrière. Julian Jackson s’étend sur les relations souvent difficiles et de plus en dégradées avec Churchill et Roosevelt et des diplomates britanniques ou américains : l’un d’eux se demande si de Gaulle n’est pas « légèrement timbré » (p. 214) ! Un chapitre entier est consacré à « l’invention du gaullisme » tandis que Eden écrit : « le problème avec de Gaulle est qu’il se voit dans le rôle de Jeanne d’Arc libérant son pays de Vichy » (p. 246). À l’origine, le fondement de l’opposition de De Gaulle à Vichy n’est pas la politique intérieure du régime mais l’armistice qui a soumis la France à l’Allemagne. Peu à peu, à partir de 1941, après l’entrée en guerre de l’URSS et du PCF, grâce à Jean Moulin et à la pression des chefs de la Résistance intérieure, de Gaulle accepte de définir ses « buts de guerre ». Il les expose dans une « déclaration aux mouvements de résistance » en avril 1942 à laquelle Julian Jackson n’accorde pas l’importance mise en avant, à juste titre, par Jean-Louis Crémieux-Brilhac dans son histoire de la France Libre[3]. Certes, tout ne peut être dit et développé dans une biographie du général de Gaulle. Julian Jackson regrette, à plusieurs reprises, l’impossibilité de connaître telle ou telle réaction du Général par manque d’informations, dans les mémoires comme dans les archives.

À la Libération, Julian Jackson montre bien la difficulté de gouverner à Paris sans la possibilité de communiquer avec le reste du pays, d’où la nécessité pour le président du Gouvernement provisoire de la République française (GPRF) qu’est devenu de Gaulle de créer un lien direct entre lui et la population. Désormais, au temps du Rassemblement du peuple français (RPF) comme sous la présidence après 1958, cet objectif demeure essentiel pour de Gaulle qui s’efforce, avec succès, de l’atteindre par les voyages à travers la France et par la radio et télévision sous la VRépublique. La biographie de Julian Jackson n’apporte pas d’éléments vraiment nouveaux sur les années postérieures à 1944-1946 mais affinent la connaissance de certains épisodes et corrigent encore des idées reçues. Elle donne à l’épisode du RPF et de la « traversée du désert » la place que de Gaulle ne lui a pas accordée dans ses mémoires. Parmi les confirmations, quelques traits fondamentaux des idées et de l’action du général de Gaulle : ainsi, une intransigeance toujours tempérée de pragmatisme, la doctrine « des circonstances » qu’il s’agisse de l’Europe, de l’Algérie, des institutions. Dans le combat mené par de Gaulle quand il n’est pas au pouvoir entre 1946 et 1958, un objectif l’emporte sur tous les autres : la question des institutions mais, une fois encore, « il n’existe pas une clé unique pour interpréter les idées constitutionnelles de De Gaulle » (p. 431). Le changement de régime est au cœur du combat du RPF, mais cela n’exclut pas deux autres thèmes du discours gaulliste entre 1947 et 1955 : l’anticommunisme et l’association capital-travail, considérée comme une alternative à la lutte des classes, jamais oubliée par de Gaulle jusqu’en 1969, même si le mot « association » a été remplacé par participation… et si les résultats des tentatives de réalisation dans les années 1960 sont restés très minces. Julian Jackson s’efforce avec bonheur de comprendre au plus près du quotidien la vie de Charles de Gaulle entre Colombey et le siège du RPF rue de Solférino, quand il ne sillonne pas le pays ou la France d’outre-mer. Il sous-estime un peu l’engagement personnel du Général dans la vie politique du RPF pour préparer les élections, d’une part, et gérer les ego et rivalités des dirigeants et des élus du mouvement, ce que montrent si bien les cahiers tenus par Pompidou, chef de cabinet entre 1949 et 1953[4].

Le RPF est un échec et, après sa mise en sommeil (1955), de Gaulle pensait-il revenir au pouvoir ? La réponse varie selon les moments, selon les interlocuteurs. Mais Julian Jackson voit juste quand il écrit : « la plus grande force de De Gaulle est son silence qui permet à chacun de l’interpréter comme il le désire » (p. 495). Et la gestion de ce silence sert de Gaulle jusqu’au 19 mai 1958, quelques jours après le 13 mai à Alger. Si Julian Jackson parle de « 18 Brumaire de Charles de Gaulle », il montre la différence entre Bonaparte et de Gaulle : « la simple menace d’une intervention militaire s’est révélée suffisante » (p. 519) pour ramener de Gaulle au pouvoir. De Gaulle était très bien informé de la situation mais a évité de se salir les mains. Les six mois entre juin et décembre 1958, date de l’élection de De Gaulle à la présidence de la nouvelle République, sont bien connus, grâce à une historiographie récente et Julian Jackson n’apporte rien de neuf, confirmant simplement l’ampleur des choix effectués et des décisions prises durant ce semestre.

Sur de Gaulle et l’Algérie, « cette affaire qui nous absorbe et nous paralyse » (de Gaulle) (p. 559), Julian Jackson analyse tous les points de vue mais ne tranche pas, en écrivant que « cinquante ans plus tard, les historiens sont toujours aussi perplexes » (p. 560) sur les intentions initiales du chef de l’État. Comme Raymond Aron, il minimise la nouveauté du discours sur l’autodétermination du 16 septembre 1959. En revanche, il s’attarde sur la force de la rhétorique gaullienne dans les discours du 28 janvier 1960 (semaine des Barricades) et du 22 avril 1961 (putsch d’Alger). Il montre, à propos de la préparation des négociations d’Évian, l’intérêt des écoutes téléphoniques… pour les historiens. La conclusion de l’historien britannique sur la politique algérienne porte un regard plus critique : « la réussite est moins d’avoir "accordé" l’indépendance que d’avoir convaincu l’opinion publique, de lui avoir fait croire qu’il avait maîtrisé le processus et d’avoir forgé un récit assez cohérent pour présenter le désengagement de la France comme une victoire » (p 598). Puis vient « le grand tournant » de la réforme constitutionnelle de 1962, instaurant l’élection du président de la République au suffrage universel direct. Dans la pratique gaullienne du pouvoir, Julian Jackson estime qu’une tension a toujours existé entre le rêve de De Gaulle (être au-dessus des partis) et la réalité (être un chef de parti non déclaré). Ses réflexions sur la politique extérieure du président de Gaulle (« de Gaulle est autant un réaliste qu’un mystique » p. 619, « pour de Gaulle, l’histoire et la géographie ont toujours primé sur l’idéologie » p. 619, « mélange de transparence et de secret » p. 629) ouvrent une étude plus factuelle de la politique de « grandeur ». Et, comme toujours dans sa biographie, Julian Jackson montre des attitudes plus complexes qu’il n’y paraît, notamment sur l’Europe. Son analyse de la politique étrangère française accorde une place intéressante aux sources anglo-saxonnes, ce qui a le mérite d’un bilan moins franco-français. Julian Jackson insiste sur les échecs, relativise la « geste gaullienne » (sur le voyage en Amérique latine par exemple p. 663) et a de belles formules. Ainsi, à propos de Foccart dont « de Gaulle ne souhaitait pas connaître tous les détails des activités » (p .673) : « Par son verbe, de Gaulle transmuait en or le vil métal des coups bas de Foccart, mais, comme le héros (…) de Lampedusa, ils étaient d’accord sur l’essentiel : en Afrique, il fallait que tout change pour que rien ne change » (p. 675). Les pages consacrées au « monarque modernisateur » sont plus rapides.

En accordant près de cent pages aux années 1966-1970, dans une partie intitulée « Vers la fin », Julian Jackson accentue l’importance de l’élection présidentielle de 1965 dont le premier tour a laissé « de Gaulle abattu à un point que vous n’imaginez pas » (Burin des Roziers, p. 727) et donne un aspect excessivement crépusculaire à la période. Les mots du biographe sont durs sur le fondement de la politique étrangère de 1966-1967 : « une sorte d’égoïsme national décomplexé » (p. 756), « des accès d’humeur de plus en plus violents » (p. 757). Tel n’est pas le sentiment des hommes de gauche signant en mai 1966, un manifeste de soutien à la politique étrangère. En revanche, la dégradation de la relation de Gaulle/Pompidou est effectivement très réelle, accrue par la volonté du chef de l’État de réaliser la « participation », chère aux gaullistes de gauche. Les pages sur mai 1968, sur « le vieil homme et le pays jeune », sont justes, appuyées sur les travaux les plus récents. Une fois encore, le biographe s’efforce de comprendre la complexité de son personnage, notamment la journée du 29 mai qualifiée de « journée la plus extraordinaire de la carrière de De Gaulle » (p. 795) pour conclure avec prudence – et justesse, à nos yeux –, que de Gaulle a lui-même donné la réponse : « j’ai envisagé depuis vingt-quatre heures, toutes les éventualités, sans exception » (p. 800). Les lendemains de mai aggravent la rupture entre de Gaulle et Pompidou, le Premier ministre sortant grand vainqueur de la crise. Mais Julian Jackson fait partie de ceux qui croient – et il a probablement raison – que le référendum d’avril 1969 ne constitue pas pour de Gaulle une manière élégante de quitter le pouvoir. L’objectif de réaliser, enfin, la « participation » n’est pas conjoncturel mais essentiel pour de Gaulle, et pas seulement pour les gaullistes de gauche. Battu le 27 avril, de Gaulle s’exprime publiquement pour la dernière fois le 28 avril, dans un communiqué rédigé quelques jours plus tôt : « Je cesse d’exercer mes fonctions de président de la République. Cette décision prend effet aujourd’hui à midi. »

Dans son dernier chapitre qui s’ouvre par l’émotion collective suscitée par la mort du général de Gaulle, « une des plus intenses de l’histoire de France moderne » (p. 832), Julian Jackson revient sur le mythe et s’interroge sur l’héritage et l’œuvre. Il distingue bien chez les Français les « gaulliens », de plus en plus nombreux à droite comme à gauche, et les « gaullistes ». Il fournit des exemples de la lucidité de De Gaulle et des domaines dans lesquels il n’a pas vu juste. À ses yeux, l’œuvre la plus durable, c’est la constitution de la Ve République et non la politique étrangère. Grâce à la « légitimité » acquise durant la Seconde Guerre mondiale, de Gaulle a réussi, écrit-il, à « réconcilier la tradition révolutionnaire et la tradition monarchique » (p. 844).

Par sa documentation solide, sa rigueur, sa précision, ses analyses honnêtes n’occultant aucun débat ou aucune interprétation, son souci de montrer la complexité du personnage en évitant les visions hagiographiques ou manichéennes, la biographie de Charles de Gaulle écrite par Julian Jackson est incontestablement une grande biographie, un livre qui fera date et qu’il sera difficile à dépasser.

Notes :

[1] Julian Jackson, La France sous l’Occupation, 1940-1944 [France, The Dark Years, 1940-1944], traduit par Pierre-Emmanuel Dauzat, Paris, Flammarion, 2004, rééd. 2019.

[2] Claire Miot, Sortir de l'armée des ombres. Soldats de l'Empire, combattants de la Libération, armée de la Nation ? La première armée française, du débarquement enProvence à la capitulation allemande (1944-1945), thèse d’histoire sous la direction d’Olivier Wieviorka, université Paris-Saclay, soutenue le 18 novembre 2016.

[3] Jean-Louis Crémieux-Brilhac, La France Libre, de l’appel du 18 Juin à la Libération, Paris, Gallimard, 1996, 976 p.

[4] Bernard Lachaise, Georges Pompidou : avec de Gaulle 1944-1959, Ploemeur, Éditions Codex, 2020.

Bernard Lachaise

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  • ISSN 1954-3670