Histoire@Politique : Politique, culture et société

Le dossier

Nazisme et serment de fidélité

Coordination : Marie-Bénédicte Vincent

Rituels nazis de serment. Interprétation de la conjoncture du serment sous le « Troisième Reich »

Karl Borromäus Murr
Résumé :

Cet article explore la signification politique de la conjoncture exceptionnelle du serment de loyauté national-socialiste, qui a abouti à de nombreuses cérémonies de prestation de serment. Il se (...)

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Bien que les serments de fidélité aient joué un rôle central dans la culture politique et l’arsenal des techniques de pouvoir du national-socialisme[1], la recherche historique ne leur a jusqu’à présent que peu prêté attention[2]. Or les décideurs nationaux-socialistes ont pour ainsi dire submergé l’Allemagne de toutes sortes de serments et promesses solennelles d’un nouveau type, aussi bien dans leur forme que dans leur contenu. De ce point de vue, le national-socialisme se présente comme une véritable « culture du serment », qui fit du « Troisième Reich » une « communauté de conjurés[3] ». Ainsi, même l’omniprésent « salut allemand » peut s’analyser comme un geste de serment[4]. Plus particulièrement, le serment au Führer [Führereid], exclusivement prêté à Adolf Hitler, participa dans l’histoire du parti national-socialiste, le NSDAP, et du « Troisième Reich », de 1934 jusqu’à la quasi-fin de la Seconde Guerre mondiale, d’une conjoncture historique unique, au point que le théologien protestant Karl Barth en vint à parler en 1938 d’une « inflation généralisée du serment[5] », laquelle s’accompagna en outre d’une renaissance à grande échelle d’une pensée de la fidélité. Cette contribution entreprend donc de mettre en lumière et d’analyser, à titre d’exemple, la dimension politique de cette conjoncture exceptionnelle, qui atteignit son apogée dans de nombreuses assermentations de masse.

Parmi les multiples dimensions de cette conjoncture du serment, qui se déploient des sphères de l’État de droit jusqu’à celles de la littérature et des arts plastiques, en passant par la religion et la morale, cet article se concentre sur la dimension rituelle de la prestation de serment, qui sera analysée en tant qu’exemple d’une politique nazie des émotions. Il s’agit ainsi de comprendre pourquoi le régime nazi a mis en scène d’aussi nombreuses assermentations publiques en tant qu’événements émotionnels de masse. À travers cette approche, on espère ainsi mettre au jour un facteur décisif de la mobilisation national-socialiste de la société allemande, en éclairant les mécanismes de production de sa loyauté. La problématique du serment de fidélité permet en effet de combler une lacune de la recherche, en examinant à nouveaux frais une question héritée de la sociologie wébérienne de la domination, souvent citée, à savoir celle des « motifs de la docilité[6] » de ceux qui se soumettent à la domination et qui contribuent de manière essentielle à la « représentation d’un ordre légitime ». À ce titre, cette étude représente une contribution à la compréhension de l’appropriation sociale de la domination national-socialiste.

La conjoncture du serment sous le « Troisième Reich » : un aperçu

Aux origines de cette conjoncture du serment, au sein de laquelle il convient de distinguer entre l’introduction proprement dite de nouveaux serments et la réitération de cérémonies plus ou moins solennelles d’assermentation, se trouve le serment du parti prêté au chef du NSDAP. Les premières traces documentées de celui-ci remontent à juillet 1921, au moment où Hitler prend la tête du parti, et se multiplient à partir de la refondation du NSDAP en février 1925. Hitler lui-même s’en servait souvent comme moyen pour canaliser les vagues de tension – par exemple lors de conflits au sein de la SA (Sturmabteilung) –, en s’assurant par une poignée de main de la fidélité personnelle de chaque membre de l’organisation du parti, comme ce fut notamment le cas lors du putsch de Stennes en 1931[7].

Le serment du parti national-socialiste puisait pour sa part à deux sources historiques différentes, qui revêtaient l’une et l’autre une dimension plus ou moins militaire. D’une part, il s’inspirait du serment au drapeau de l’Empire, dû à Guillaume II en tant que chef de guerre suprême. De l’autre, vinrent s’ajouter sous la République de Weimar des éléments de la tradition des corps francs et associations de défense paramilitaires ainsi que des mouvements de jeunesse, dont les obligations de serment s’adressaient toujours à une seule personnalité dirigeante. Or, si l’Empereur Guillaume II lui-même était encore resté lié par une Constitution, le serment prêté à Hitler comme unique destinaire porta à son paroxysme le fameux principe du Führer [Führerprinzip], que la personnalisation du serment rendait d’autant plus total[8]. Parallèlement, la structure personnalisée du serment du parti du NSDAP allait à l’encontre de la Constitution démocratique de Weimar, qui avait supprimé des requisits du serment non seulement la référence à Dieu, mais encore l’obligation envers une personne concrète, pour se concentrer uniquement sur la Constitution elle-même.

Les années 1933-1936 peuvent être considérées comme la période de formation de la conjoncture du serment national-socialiste, durant laquelle toute une série de nouveaux serments a été introduite et/ou célébrée au cours de cérémonies de grande envergure. Avec la « prise de pouvoir » en janvier 1933, les obligations de serment du parti ont commencé à croître en proportion des adhésions massives au NSDAP, en s’étendant aussi aux organisations du parti alors également en pleine expansion, telles les Jeunesses hitlériennes, la SA ou la SS (Schutzstaffel).

À partir de la la mort du président du Reich, Paul von Hindenburg, le 2 août 1934, ce serment du NSDAP fut promu au rang de modèle exemplaire également pour le serment dit politique, c’est-à-dire pour l’ensemble des obligations juridiques issues du serment propres au « Troisième Reich ». Ainsi, le jour même du décès de Hindenburg, le ministre de la Défense du Reich, Werner von Blomberg, à la manière d’un « coup d’État perpétré de sang-froid [9] » enjoignit la Reichswehr de prêter serment à la personne de Hitler, qui s’était empressé de fusionner les fonctions de chancelier du Reich et de chef de l’État[10]. Heinrich Himmler, qui, du fait de ce nouveau serment prêté par la Reichswehr à Hitler, craignait que la SS n’en vînt à perdre sa position privilégiée de garde du Führer, réagit, ce même 2 août, par l’introduction d’un nouveau serment pour la SS, qui, à travers la promesse de fidélité, de vaillance et d’obéissance jusqu’à la mort, opérait un rapprochement maximal entre cette organisation du parti et le « Führer »[11]. La « Loi sur l’assermentation des fonctionnaires et des soldats de la Wehrmacht[12] » du 20 août 1934 légalisa après-coup cette étape foncièrement anti-constitutionnelle qu’avait représentée le serment prêté par la Reichswehr et étendit l’obligation de prêter serment à la personne du Führer à l’ensemble des serviteurs allemands de l’État. Avec l’introduction légale du Service du Travail du Reich (RAD) vint s’ajouter un serment supplémentaire à Hitler. D’autres serments s’ensuivirent pour les corps de métier nationaux-socialistes : pour les membres du Conseil des paysans du Reich, pour les avocats et pour les nombreuses infirmières (les « sœurs brunes »), y compris celles de la Croix-Rouge[13].

Une première interprétation de cette conjoncture du serment consiste à considérer l’extension massive des obligations de serment comme un instrument de la mise au pas de la population allemande, celles-ci ayant, du même coup, contribué à transformer l’Allemagne en une dictature autoritaire du Führer. Ainsi le chef de la chancellerie du Reich, Hans Heinrich Lammers, commentait-il, le 27 août 1934, le nouveau serment politique en ces termes :

« Le serment sans âme de la Constitution du Reich de Weimar était voué à disparaître dans l’État autoritaire du Führer, notre forme étatique actuelle, et à être remplacé par un serment dans lequel le devoir personnel de fidélité et d’obéissance au Führer du Reich et du Peuple allemands, à notre Führer et chancelier du Reich Adolf Hitler, trouve toute son expression[14]. »

En faisant de Hitler son destinataire exclusif, ce serment supprimait toute référence à la Constitution, tout en réintroduisant la référence à Dieu, qui en avait été entretemps retirée.

Le profond changement que le national-socialisme fit subir aux fondements du serment politique n’échappa pas à l’attention de certains contemporains, tel le professeur de droit constitutionnel Reinhard Höhn, qui constatait qu’avec « la révolution nationale-socialiste » s’était opérée une « complète transformation de la signification du serment[15] ». De même, le juriste Erich A. Höhndorf n’hésita pas à parler d’« une innovation extrêmement significative dans l’évolution actuelle de notre droit public et de notre politique[16] ».

« Car c’est une erreur de croire que le nouvel État n’a fait que modifier les formules de serment contenues dans les anciennes lois pour les adapter à l’esprit de la nouvelle époque. Au contraire, les formules de serment ont subi une complète transformation de leur essence. Il convient d’ajouter que le cercle des personnes obligées et habilitées à prêter serment a connu une extension significative, qui n’a jusqu’à présent que rarement retenu l’attention[17]. »

De fait, cette extension du nombre de personnes tenues de prêter serment, dont Höhndorf fait ici le constat, a pris sous le « Troisième Reich » une ampleur jusqu’alors inégalée. Rien qu’en additionnant approximativement les membres du NSDAP, de la SA, de la SS, des Jeunesses hitlériennes, de la Reichswehr, du Service du travail du Reich [Reichsarbeitsdienst] ainsi que les fonctionnaires etc., on arrive déjà à plus de 40 millions de prestations de serment[18]. Le nombre réel devait toutefois être encore bien plus élevé. Car dans cette profusion de serments contraignants, il pouvait arriver que même de simples adhérents d’organisations du NSDAP aient été assermentés plus de dix fois au fil des ans[19].

À la différence du serment contractuel prêté sous la République de Weimar, le serment national-socialiste exigeait une adhésion pour ainsi dire existentielle. Selon le professeur de droit public Ernst Friesenhahn, « la spécificité du devoir de service et de fidélité », notamment du fonctionnaire allemand, nécessitait un « renforcement existentiel au moyen d’un serment[20] ». « La fidélité », d’après Friesenhahn « saisit toute la personne et l’amène à l’engagement plein et entier de sa personne envers l’objet de sa fidélité[21]. » De même, pour Werner Weber, professeur de droit public depuis 1935 à la Haute école de commerce de Berlin, le serment politique requerrait de la part de celui qui le prête « un dévouement existentiel, qui gît au cœur de tout serment. » « Le serment », toujours selon Weber, « exige de celui qui l’accomplit une dévotion et une ardeur existentielles, un engagement de tout ce que l’on est et de tout ce que l’on a[22]. »

La revalorisation du serment dans le droit public s’accompagna ainsi d’une renaissance de la pensée de la fidélité, qui fut transposée à différents domaines juridiques : droit pénal, droit du travail, droit administratif, etc.[23]. La deuxième des lois raciales de Nuremberg, dite loi de la citoyenneté du Reich, fit de la fidélité au Peuple et au Reich allemands un pré-requis [de la citoyenneté], que l’on déniait a priori aux Juifs, les excluant pour cette raison de la communauté du peuple [Volksgemeinschaft]. Quarante millions de membres du Reich devaient ainsi être soumis au contrôle quant à leur aptitude à remplir leur devoir de fidélité nationale, ce qui s’avéra tout simplement irréalisable. Le serment de fidélité conjuguait la prédilection national-socialiste pour le serment avec celle pour la fidélité. À cet égard, il n’est pas étonnant que la conjoncture du serment en question soit allée de pair avec une rhétorique exaltée du serment et de la fidélité. Ainsi Hitler lui-même ne cessait-il d’évoquer dans ses discours des scénarios de serment, des « promesses solennelles », d’invoquer Dieu en tant que gardien du serment et de vouer du même coup aux gémonies la violation de serment, la rupture de fidélité et la trahison[24]. Dès « la période de combat » [Kampfzeit], comme l’appelaient les nazis, Hitler terminait régulièrement ses discours en « levant la main droite vers le ciel et en jurant de ne jamais fléchir dans le combat pour l’Allemagne[25] ».

Parallèlement à l’extension massive des obligations de serment et à l’élaboration d’un contenu davantage lié à des questions personnelles et existentielles, le rituel solennel d’assermentation apporta à la prestation une importante dimension cultuelle, qui fut également refaçonnée de manière entièrement nouvelle par les nationaux-socialistes[26]. Car ce n’est finalement qu’à travers la forme cultuelle que le contenu du serment se parachève, dans la mesure où les serments font partie des actes linguistiques performatifs qui accomplissent ce qu’ils disent en l’énonçant[27]. Or, sous le « Troisième Reich », il s’agissait de modeler des prestations de serment « en tant qu’actions particulièrement solennelles en expériences vivantes de la communauté[28] ». Le rituel solennel devait servir à faire du serment une expérience de groupe saisissante, dotée d’une force de cohésion potentiellement très élevée. Ainsi Karl Barth en dressait-il le constat : « Les assermentations solennelles font partie (de même que, par exemple, le port le plus généralisé possible de l’uniforme) de l’appareillage symbolique du Troisième Reich[29]. » Le NSDAP et l’État nazi ont ainsi organisé, dans la période où ils ont été au pouvoir, toute une série d’assermentations de masse : pour leurs dirigeants politiques, pour les Jeunesses hitlériennes, la SS, les maires des communes, le Service du Travail du Reich ou encore l’armée. Aussi bien les lieux que les moments dédiés à ces cérémonies d’assermentation étaient chaque fois consciencieusement choisis pour mieux mettre en exergue le but de ces festivités solennelles.

« La plus grande prestation de serment de l’histoire » comme action cultuelle

On présentera dans ce qui suit, à titre d’exemple, une cérémonie de prestation de serment qui a, dans une certaine mesure, servi de modèle pour d’autres assermentations de ce type. Il s’agit de l’assermentation de masse qui eut lieu le 25 février 1934 sur la Königsplatz (« Place Royale ») à Munich – festivité solennelle qui fut qualifiée par la propagande nazie de « plus grande prestation de serment de l’histoire[30] ». Environ 30 000 membres de différentes organisations nazies s’y retrouvèrent ce jour-là pour prêter simultanément serment au « Führer »[31]. La Königsplatz, que Hitler fit réaménager en un « lieu de culte du national-socialisme » peu de temps après la « prise du pouvoir », servait régulièrement dès 1933 de lieu de rassemblement pour les manifestations de masse des nationaux-socialistes[32]. Les bâtiments qui l’entourent, à savoir les Propylées, la Glyptothèque, la Galerie nationale, dessinaient les contours d’une véritable enceinte cultuelle qui, en février 1934 également, servit de terrain de rassemblement. La date choisie pour la cérémonie d’assermentation renvoie à deux occasions. D’une part, le NSDAP, qui avait vu le jour le 24 février 1920, célébrait le 25 février l’anniversaire de la fondation du parti[33]. D’autre part, les nazis célébraient pour la première fois, en 1934, ce jour-là, la « Journée de commémoration des héros » [Heldengedenktag], qui remplaçait l’ancienne « Journée de deuil du peuple » [Volkstrauertag], pour mieux exalter l’héroïsme des soldats tombés pour l’Allemagne[34]. Cela fournissait ainsi une double occasion au Parti d’inviter à venir célébrer le congrès régional du parti [Gauparteitag] du Gau de Munich-Haute Bavière à Munich, qui représentait pour le régime au pouvoir « la capitale du mouvement » – en tant que lieu de naissance du national-socialisme[35].

Parmi les 30 000 personnes qui défilèrent en uniforme se trouvaient avant tout des dirigeants politiques, des chefs [Führer et Führerinnen] des Jeunesses hitlériennes, de la Ligue des jeunes filles allemandes [Bund deutscher Mädel], de la Jeunesse allemande [Jungvolk], ainsi que de nombreux membres de la SS, de la SA et d’autres organisations nazies.

Des hôtes de marque, membres de la section dirigeante nazie du parti et de l’État, participèrent à la cérémonie d’assermentation munichoise, en prenant place sur une immense tribune, couronnée d’une croix gammée et d’un aigle impérial dorés. Parmi eux se trouvaient notamment le représentant de Hitler, Rudolf Heß, le dirigeant du Front allemand du travail [Deutsche Arbeitsfront], Robert Ley, le chef de la Jeunesse du Reich [Reichsjugendführer], Baldur von Schirach, mais aussi Konstantin Hierl, en tant que chef du Service du travail du Reich [Reichsarbeitsführer], le ministre-président bavarois Ludwig Siebert ainsi que son suppléant, Adolf Wagner, qui était également gauleiter de Munich-Haute-Bavière.

Les fameux emblèmes du « culte brun », drapeaux, fanions, guirlandes de sapin, ainsi qu’une rangée de vasques enflammées venaient parfaire l’atmosphère de fête[36]. Des orchestres bavarois et des fanfares accompagnaient la manifestation. La stricte chorégraphie des défilés et formations de chaque groupe, qui se mouvait avec la « précision d’une horloge[37] » pour se figer à dix heures pile, faisait également partie intégrante de l’expérience de la fête. Le dernier hôte à entrer en scène était Heß, qui paradait en voiture dans la pose du chef [Führer].

C’est alors seulement que le caractère novateur de cette assermentation munichoise se fit jour. Une radiodiffusion en direct retransmettait en effet la cérémonie de la Königsplatz dans l’ensemble du Reich, si bien qu’en incluant les personnes qui prêtèrent serment sur place à Munich, plus d’un million de membres de diverses organisations du parti prononcèrent simultanément le serment au Führer[38]. Après les discours obligés, tous ceux qui s’étaient avancés pour prêter serment levèrent le bras droit au même moment en répétant la formule de serment préalablement prononcée par Heß : « Je jure fidélité inébranlable à Adolf Hitler, obéissance inconditionnelle à lui ainsi qu’aux chefs [Führer] qu’il m’a assignés[39]. » Rien qu’à Berlin, près de 75 000 fonctionnaires nazis s’étaient ainsi rassemblés dans le Lustgarten et sur l’avenue Unter den Linden attenante pour participer via des haut-parleurs à la manifestation munichoise[40]. Et il en alla de même dans beaucoup d’autres villes allemandes.

La totalisation de la fidélité

Pour analyser la conjoncture nazie du serment dans sa symbolique à partir de cet événement munichois, il est intéressant de s’attarder sur le discours de Heß[41]. Cette allocution revêt en effet un caractère instructif, dans la mesure où l’orateur y distinguait spécifiquement la fidélité qu’il convenait de jurer à Hitler. Ainsi Heß exigeait-il une totalisation de la fidélité, qui ne saurait se reconnaître uniquement à partir de l’attitude extérieure.

« Ce n’est pas seulement la fidélité dans les actes, mais aussi la fidélité d’esprit qui est exigée de vous. La fidélité d’esprit signifie une fidélité indéfectible. Une fidélité qui ne souffre aucune exception ni restriction, aucune révocation. La fidélité d’esprit signifie une obéissanceinconditionnelle, qui n’interroge ni l’utilité de l’ordre donné, ni les raisons de l’ordre donné, mais obéit au nom de l’obéissance[42]. »

Cette citation montre bien que le national-socialisme a transformé la fidélité des jours anciens en une obéissance aveugle – récusant toute possibilité de distance critique. Si le serment de fidélité sous l’Empire, qui reposait sur une réciprocité d’obligations entre celui qui prêtait serment et celui qui le recevait, admettait un certain nombre de réserves vis-à-vis de celui à qui l’on prêtait serment, le principe radical du Führer contribua à refaçonner la fidélité en une soumission mécaniquement militaire, qui plaçait Hitler en tant que récipiendaire du serment dans une position absolue[43]. Dans son discours, Heß maniait en outre le mythe du Führer [Führermythos], en portant Hitler aux nues sur le plan historico-philosophique, arguant qu’il « suivait la volonté d’une loi de la Providence [44] ». Il faisait de plus appel à un mythe de la guerre et des victimes, qui instrumentalisait la mort violente de soldats allemands lors de la Première Guerre mondiale et de nazis pendant la « période de combat ». De tels mythes contribuaient à instaurer l’unité, la singularité et la capacité d’action du mouvement nazi aussi bien dans le présent que pour le futur[45]. De fait, les cérémonies d’assermentation, avec leurs formes, pratiques et sémantiques toutes liturgiques et rituelles, n’avaient pas seulement vocation à exprimer des idées, des valeurs ou des visions du monde, mais encore à les accomplir collectivement dans un culte. Les différents éléments de la fête devaient ainsi aider à intérioriser de manière sensible le mythe des victimes. Les colonnes défilant à Munich étaient la représentation incarnée du concept-phare de l’idéologie nazie, la « communauté du peuple » [Volksgemeinschaft] en mouvement[46].

Les destinataires de la cérémonie d’assermentation munichoise

Un an après la « prise du pouvoir », les manifestations de masse comme la cérémonie d’assermentation munichoise étaient de nature à consolider le tout jeune « Troisième Reich » sur le plan de la politique intérieure et à promouvoir la légitimité du pouvoir nazi, en faisant la démonstration appuyée aux yeux de la population allemande de la cohésion politique du parti au pouvoir. Cet appel avait donc d’abord pour cibles les membres du NSDAP et de ses diverses formations prenant part à la cérémonie d’assermentation, qui jouaient, au sein du rituel en question, à la fois le rôle d’acteurs et de destinataires. Ainsi Karl Troebs, chroniqueur au Völkischer Beobachter de Munich, reconnaissait-il en eux le « noyau dur de la nation[47] ». En référence à la biologie des races, cet auteur prétendait voir s’élever dans les cercles qui prêtaient leur serment à Munich et dans toute l’Allemagne, une « élite du Führer », voire un « ordre du Führer pour le nouveau Reich », caractérisé par un ethos de fidélité quasi insurpassable[48]. C’est ainsi que les idéologues du NSDAP réservaient une place à part construisaient à leurs propres membres, auxquels le rituel d’assermentation de Munich espérait insuffler son esprit de corps et de cœur.

Grâce à l’amplification significative produite par la radiodiffusion, cette manifestation de masse, qui ne constituait pourtant qu’un rassemblement du NSDAP, pouvait manœuvrer en donnant l’impression que c’était le peuple allemand au grand complet qui promettait fidélité à Hitler[49]. Ainsi la cérémonie d’assermentation en question visait-elle, au-delà de la seule perspective interne du parti, à toucher l’opinion publique allemande dans son ensemble, qu’il s’agissait de mobiliser. Le Völkischer Beobachter interpréta d’ailleurs le rituel qui s’était tenu sur la Königsplatz de Munich comme le moment où le devenir étatique nazi fut formellement scellé. Or, cet État du Führer [Führerstaat] ne tolérait ni contradiction ni opposition, dans la mesure où il poursuivait l’objectif aussi ambitieux que complètement démesuré de convaincre toute l’Allemagne que sa propre idéologie était la seule et unique vision du monde [Weltanschauung] possible. C’est dans cet esprit que Ley déclara : « Nous revendiquons pour notre vision du monde la prétention à une absolue totalité[50]. » L’assermentation de masse munichoise faisait ainsi partie intégrante de l’ambitieuse « fabrique du consensus », de la dictature acclamative que constituait le national-socialisme[51].

Enfin, c’est également à l’opinion publique étrangère que cette cérémonie d’assermentation munichoise était adressée. Le spectacle national-socialiste témoignait aux yeux du monde entier, de manière démonstrative, de la forme politique actuelle de l’Allemagne. Ce pays, en complète refondation depuis 1933, qui, depuis la défaite de la Première Guerre mondiale s’était replié sur une position défensive en ce qui concerne le droit international, cherchait ainsi à obtenir une reconnaissance internationale pour une forme étatique que de nombreux observateurs extérieurs considéraient d’un œil critique.

L’esthétique de l’homogénéité et du synchronisme

Pour transmettre l’impression d’une cohésion des cadres dirigeants nazis, le rassemblement munichois de février 1934 misait sur une esthétique saisissante d’homogénéité et de synchronisme, formée au même titre par les participants et par les spectateurs, au sein de laquelle l’expérience de l’individu était subordonnée à celle du groupe. L’individu qui se mouvait au même rythme et au même pas que les autres se fondait ainsi dans la masse. Le Völkischer Beobachter tressa les plus hauts éloges à cette formation de marche munichoise, à « ce bloc unitaire de la communauté et de la volonté composé de toutes les couches et états du peuple[52]. » Heß, quant à lui, voyait dans cette discipline, que le défilé en formation géométrique rendait si éminemment visible, la métaphore idéale de l’obéissance national-socialiste.

« Plus vous obéissez jusque dans les moindres détails, plus vous tournez clairement à droite ou à gauche sur l’ordre du Führer, plus sûrement vous suivez la consigne de marquer le pas ou de l’allonger, plus sûrement le Führer pourra-t-il créer pas à pas les conditions nécessaires à la réalisation du programme national-socialiste[53]. »

L’utilisation de la radio comme moyen d’amplification et de synchronisation de la cérémonie d’assermentation témoigne d’une modernité médiatique que le « Troisième Reich » mettait à son service[54]. À cet égard, le New York Times tenait les nazis pour des « master manipulators of the radio[55] », qui avaient développé leurs possibilités de propagande dans une toute nouvelle direction. De fait, cette modernité portait la « nationalisation des masses[56] » à un nouveau sommet. La radiodiffusion amplifiait les acclamations qui s’élevaient de la foule rassemblée à Munich en leur conférant des dimensions gigantesques, qui faisaient naître le sentiment d’une ubiquité du mouvement nazi. Par instants, la distance entre les présents et les absents semblait abolie. La retransmission médiatique, qui devait créer à la fois un effet d’amplification et de connexion entre tous les participants et auditeurs, était censée finalement faire apparaître le national-socialisme comme un immense corps homogène, parce qu’agissant aussi de manière synchrone[57].

Rituels d’une religion politique

Ainsi, dans les rites cultuels tels que la cérémonie d’assermentation munichoise se manifestait finalement l’« esthétisation de la politique » mise en exergue par Walter Benjamin dans son analyse du national-socialisme[58] qui, à d’innombrables occasions, donnait à sentir la « communauté du peuple » et l’État du Führer. Or, cette esthétisation de la politique peut aussi se comprendre comme la stratégie de mettre en place une religion politique[59]. Pour façonner cette religion politique, les nazis ont eu recours à différentes sources et traditions, telles celles des liturgies des églises chrétiennes, le répertoire des fêtes patriotiques, les éléments festifs des mouvements de jeunesse ou encore les cérémonies du fascisme italien[60]. Peter Winkelnkemper, rédacteur en chef du journal du NSDAP Westdeutscher Beobachter, interpréta l’assermentation de masse du 25 février 1934 comme l’acte cérémoniel d’une religion séculière et le national-socialisme lui-même comme une religion consacrée, dans son exacerbation raciste, au sang allemand.

« L’adhésion à la religion du sang, hier déjà était devenue splendide réalité. La journée d’hier a sonné le signal de départ décisif et triomphal du combat pour imposer le national-socialisme comme religion unique et spécifique du peuple allemand. Quiconque a prêté ce serment d’hier à Hitler est lié jusqu’à la mort à cette idée sublime qui est la nôtre. Il n’y a plus de retour, plus de réflexion, plus d’affres ni de tergiversation[61] ! »

Si le nazisme représentait une religion, ses prêtres en étaient les dirigeants politiques. Car « être un dirigeant politique qui a prêté serment », pour reprendre les termes de Winkelnkemper, « cela veut dire être un combattant et un prédicateur de la religion du sang, qui s’imposera seule et sans pitié contre tous les systèmes de pensée d’une époque à l’agonie[62] ». C’est au théologien protestant suisse Karl Barth que l’on doit d’avoir nommé sans aucune ambiguïté la dernière et décisive pierre de construction de la théologie politique du national-socialisme. « Le sens et la volonté du nazisme consistent à nous confronter, avec Hitler, à un tsar et un pape réunis en une seule personne, d’un point de vue théologique plus précis on devrait sans aucun doute dire : à un dieu incarné [63]. » Or l’idée d’une théologie politique opère avec un concept fonctionnaliste de la religion, par lequel celle-ci est mise au service d’un objectif spécifique. Quel objectif remplissait donc cette religion politique, en chorégraphiant une assermentation de masse, à l’instar de tant d’autres festivités solennelles nazies, comme une « expérience sensorielle totale, soigneusement mise en scène[64] » ?

La politique nazie des émotions : essais d’interprétation

Les rituels de serments institués par le « Troisième Reich », de même que les congrès du parti du Reich [Reichsparteitage], aspiraient à subjuguer émotionnellement aussi bien les participants actifs à la fête que le public dans son ensemble[65]. C’est en ce sens que Heß avait lancé lors de la prestation de serment munichoise cette injonction : « Ne cherchez pas Adolf Hitler avec vos cerveaux, c’est par la force de votre cœur que vous le trouverez tous[66] ! » De fait, la vision du monde du national-socialisme se fondait, comme le notait l’encyclopédie Meyer de 1937, « davantage sur l’expérience, le sentiment et la croyance » que « sur l’intellect et un savoir abstrait[67] ». Ainsi les idéologues nazis mobilisaient-ils le concept d’« expérience vécue » [Erleben], qui avait connu, dans le sillage de la philosophie de Nietzsche, une revalorisation vitaliste, contre un prétendu intellectualisme[68]. Lors de manifestations comme l’assermentation munichoise, cette subjugation sentimentale se transformait sans solution de continuité en une appropriation émotionnelle par les participants. Ainsi les cérémonies de prestation de serment étaient-elles au service de la mobilisation continuelle d’une population qui se laissait aussi mobiliser. L’utilisation de la radio, qui servait à produire une impression de synchronicité et d’immédiateté englobant virtuellement toute l’Allemagne, faisait partie des variantes de cette mobilisation émotionnelle, dont les effets ne sont pas à sous-estimer[69]. Le chroniqueur perspicace que fut Victor Klemperer faisait ainsi le constat que le régime national-socialiste « ne s’était emparé du peuple que par le biais du sentiment[70] ». En ce sens, les mises en scène publiques de ces rituels de serment constituent la rencontre d’instruments sophistiqués avec une politique des émotions qui aspirait à représenter, produire et consolider la « docilité » [Fügsamkeit] de ses propres citoyens par des moyens sensibles et affectifs[71]. À quelles autres motivations répondait cette politique nazie des émotions ? Max Weber, dans le sens d’une politique des émotions, avait défini le groupement de domination charismatique comme une « communalisation émotionnelle[72] ». C’est pourquoi, en tant que forme de pouvoir charismatique, le régime devait sans cesse faire appel aux émotions de ceux qu’il prétendait dominer pour confirmer son propre charisme[73]. Cette dimension contingente du pouvoir charismatique, auquel n’était conférée aucune durée structurelle, fournit également une explication des raisons pour lesquelles les nazis ne cessaient d’inscrire des rituels d’assermentation à l’ordre du jour. La logique en soi précaire du pouvoir charismatique nécessitait son activation permanente. Cette prolifération de la conjoncture du serment sous le national-socialisme mettait ainsi au jour l’insécurité structurelle d’un régime politique qui devait sans cesse s’assurer de la stabilité de son pouvoir.

À cet égard, ce sont surtout les adhésions massives au NSDAP autour des élections au Reichstag de mars 1933 qui motivèrent concrètement la nécessité de s’assurer de la loyauté des membres du parti. Car ceux que les Nazis appelaient avec ironie les « tombés de mars » [Märzgefallene], parmi lesquels on comptait de nombreux représentants de la classe bourgeoise, posaient à la compréhension commune du mouvement nazi un défi majeur, en le mettant face à l’alternative soit de continuer à être « un parti de cadres et d’élite du régime » soit de devenir « une organisation de masse plus représentative et dépolitisée, fondée sur une base la plus large possible[74]. » Avec les nombreuses adhésions au parti de l’année 1933, la question de l’unification interne du NSDAP entre anciens « combattants » et « tombés de mars » revêtait une urgence non négligeable. Ainsi Heß souligna-t-il devant la communauté festive qui assistait à la cérémonie munichoise : « Vous êtes tous, aujourd’hui comme avant, indispensables et d’égale valeur[75]. »

Ces tentatives rhétoriques de médiation du 25 février 1934 dissimulaient cependant une autre inquiétude bien plus profonde. Celle-ci tenait à l’absence, à l’époque, de consolidation du pouvoir à la tête du parti nazi, qui subissait les pressions de la SA dirigée par Ernst Röhm, pour s’emparer du pouvoir – prétention au pouvoir qui s’exprimait à travers la revendication d’une « seconde révolution[76] ». Depuis fin 1933, en effet, Röhm ne cessait de renouveler et renforcer ses ambitions publiquement affichées de poursuivre la révolution. Ce manque d’assise de la direction du NSDAP au début 1934 explique également pourquoi Heß, dans son discours de Munich, envisageait le possible « “putsch” d’une minorité énergique[77] » au sein même du mouvement. Dans un tel contexte, il est impossible de ne pas entendre la polémique révélatrice menée par l’orateur officiel contre la jalousie manifestement grandissante, l’arrogance de caste et le sentiment de supériorité manifestés par différentes formations au sein du NSDAP[78]. Le représentant de Hitler, qui réaffirmait, contre la SA, la prétention du parti à la direction, invoquait de manière particulièrement frappante la cohésion entre les camarades du parti, qui apparaissait pourtant, sous la surface, visiblement bien précaire. De fait, à l’été 1934, Hitler devait finalement retirer son soutien politique à la SA au profit de la Reichswehr – processus qui atteignit son point culminant négatif dans la série d’assassinats perpétrés dans le cadre du prétendu « Putsch de Röhm » le 30 juin 1934[79].

La défiance à la fois concrète et structurelle du pouvoir charismatique vis-à-vis de ses propres partisans, qui nourrissait le fantasme d’une soumission [Gefolgschaft] totale, n’est pas la dernière des raisons qui conduisit les nazis à étendre massivement les obligations de serment. Les « chefs du parti » [Parteiführer] exhortaient sans relâche la population allemande à manifester son soutien par des acclamations sans équivoque, qui, par leur pathos religieux, devaient obliger ceux qui prêtaient serment dans leur être tout entier.

Par son origine liée au serment au drapeau, cette conjoncture du serment sous le nazisme contribua finalement aussi à la militarisation de la société allemande, dont la stratégie politique de base reposait sur le combat permanent. On peut en outre supposer que cet insatiable désir de fidélité du régime nazi constituait en définitive aussi une réaction à la « trahison » que les nazis imputaient à leurs opposants politiques de gauche à travers la « légende du coup de poignard dans le dos » et la condamnation de la révolution de 1918-1919[80]. À cet égard, les innombrables cérémonies d’assermentation revêtaient une dimension apotropaïque – les nombreuses prestations de serment agissant comme une sorte de « magie défensive » contre toute tentative de résistance politique.

Les idéologues nazis avaient toutefois aussi conscience du possible écueil d’épuiser jusqu’à la corde leur politique des émotions. Car autant lors de telles festivités solennelles que dans la rhétorique officielle et sur les affiches nazies, les innombrables appels à la fidélité couraient le risque de se réduire à de grandes envolées sans substance, uniquement vouées à mobiliser pour chaque mission à l’ordre du jour. Le journal Münchner Zeitung qualifia ainsi Otto Nippold, le Gauleiter adjoint de Munich-Haute Bavière, qui était impliqué dans l’organisation des cérémonies du parti munichoises de février 1934, en ces termes : « M. Nippold connaît assez les Allemands pour savoir notamment que l’on ne peut pas entraîner l’ouvrier et le paysan allemands à défiler en masse tous les mois dans la rue, si on ne veut pas le blaser ou l’ennuyer[81]. » « Mais », poursuivait le journal, « on peut et on doit leur offrir de temps à autre une grande expérience collective. Il faut réveiller en eux au moins une fois par an, dans une manifestation de masse, l’émotion d’appartenir à la communauté de tout un peuple[82]. »

Rares sont les voix explicitement critiques au sujet de la cérémonie d’assermentation munichoise et de sa dimension émotionelle[83]. L’une d’elles, cependant, et non des moindres, est celle de l’écrivain Thomas Mann, exilé en Suisse depuis 1933, qui avait consigné dans son journal ses réactions face à la « “gigantesque” prestation de serment de masse » de Munich. Un spectacle de masse de ce genre, qui faisait s’agglutiner de telles foules, fit l’effet à Mann de n’être qu’une « escroquerie et [une] comédie », « une apparence de démocratie à bon marché », d’un « génie et d’une facilité dans le mensonge et la réclame », bref « de la propagande pour l’amour de la propagande, comme tout ce qui vient à l’esprit de ces faussaires caricaturaux[84] ». Le jugement de Mann démasquait la nature instrumentale des rituels nazis, à l’image de cette cérémonie munichoise d’assermentation qui lui apparaissait comme « une technique de manipulation des masses devenue nécessaire pour gouverner les hommes », « dont les moyens sont au-delà et au-dessous de tout jugement de valeur moral et spirituel[85] ».

Au sujet de l’histoire de l’expérience des assermentations nazies de masse

Si l’on cherche à apporter quelques éléments d’information au sujet de l’impact des prestations de serments publiques sur les actions des individus, l’on est amené à élargir la perspective analytique du côté d’une histoire de l’expérience [Erfahrungsgeschichte] – en ayant bien conscience qu’une déclaration de fidélité sous serment ne permet pas en soi de conclure à la réalité de cette fidélité. Comment étaient perçues les assermentations de masse nazies par ceux qui en étaient eux-mêmes partie prenante ? Telle est la question critique que l’on peut soulever. Du côté des idéologues nazis eux-mêmes, on trouve de manière répétée – cela n’a rien d’étonnant – des comptes rendus enthousiastes, comme celui du ministre de la Propagande Joseph Goebbels, qui décrit l’ambiance tout empreinte d’émotion lors d’une cérémonie de prestation de serment du 9 novembre 1938. « Prestation de serment SS devant la Feldherrnhalle. À minuit. Très solennel et plein d’atmosphère. Le Führer s’adresse aux hommes. Va droit au cœur[86]. » Les assermentations annuelles du 9 novembre à la Feldherrnhalle, menées par Hitler lui-même, faisaient aussi grande impression sur l’écrivain et chef de groupe SS Hanns Johst : selon lui, « ce serment de fidélité des fidèles parmi les fidèles » prêté au « Führer » comptait parmi « les plus belles célébrations et symboles du Troisième Reich[87] ».

Davantage cependant que de relever les impressions de membres plus ou moins en vue de l’élite fonctionnelle nazie, la question est plutôt de savoir dans quelle mesure ceux qui prêtaient serment se laissaient eux-mêmes saisir par les rituels d’assermentation qui nous intéresse. Quel effet le culte du serment engendrait-il sur ceux qui avaient obligation de le prêter ? Si elles sont introuvables pour l’assermentation de masse du 25 février 1934, on peut cependant repérer dans d’autres cas des sources qui rendent au moins compte des impressions que ceux-ci ont pu ressentir lors des cérémonies de prestation de serment. Ainsi Walter Krüger, qui prêta serment en tant que recrue de la SS le 9 novembre 1933 à minuit devant la Feldherrnhalle de Munich, se montre, cinquante-cinq ans plus tard, encore marqué émotionnellement par une cérémonie de prestation de serment à laquelle participaient aussi Hitler, Hess et Heinrich Himmler, le Reichsführer de la SS.

« Les recrues de la Leibstandarte sont alignées les unes derrière les autres sur environ 30-35 rangs. Devant, le Führer passe la première ligne en revue, avec Heinrich Himmler et le porteur de la Blutfahne [drapeau du sang] Grimmiger, serre la main à chacun au premier rang. En haut se tient le représentant du Führer, Rudolf Heß, qui prononce la formule d’assermentation, le Führer passe lentement le premier rang et j’étais au neuvième ou dixième rang, je dois dire, là, pour la première fois de ma vie, j’ai eu les genoux qui flanchaient, je me suis dit, je vais laisser tomber mon flingue par terre, c’était vraiment très impressionnant et j’ai dû lutter pour retrouver un peu de calme intérieur. Les cloches de l’église des Théatins sonnaient en continu “dong, dong” et je ne pourrai jamais oublier l’impression que m’a faite cette prestation de serment, ma prestation de serment en 1933[88]. »

Même s’il serait téméraire de déduire de ce genre de descriptions des dispositions concrètes d’action, elles n’en témoignent pas moins de l’empreinte émotionnelle particulièrement marquante que l’expérience vécue des assermentations de masse ritualisées ont laissée sur les participants, même plusieurs dizaines d’années après.

Avec l’appel à la fidélité, que les juristes de l’époque saluaient en tant qu’« élément authentiquement irrationnel », comme quelque chose de « mystique, irréel et insaisissable[89] », la politique nazie des émotions prenait racine à la jonction sensible entre société et individu, afin de mieux y implanter en chacun, aussi bien de l’extérieur que de l’intérieur, des mobiles idéologiques d’action.

Accaparement et suspension de la conscience morale

La conscience morale constituait une instance décisive de motivation de l’action, que le serment de fidélité tentait d’accaparer à son service. De fait, le facteur de la conscience morale pouvait représenter une force motrice d’autant plus puissante que celle-ci était traditionnellement fondée religieusement. C’est la raison pour laquelle le régime nazi imposait impérativement à celui qui prêtait serment de se référer à Dieu – et ce, dès la reformulation du serment au drapeau du 2 décembre 1933[90]. Même si l’État de droit libéral avait depuis longtemps récusé les sanctions métaphysiques en cas de violation de serment, les prêches prononcés lors des prestations de serment par les religieux militaires, aussi bien protestants que catholiques, continuaient pourtant de brandir la menace de punitions divines en cas de rupture de la fidélité jurée. Les spécialistes de droit public de l’époque eux-mêmes reconnaissaient dans la réintroduction de la référence à Dieu une caractéristique distinctive du serment national-socialiste. L’essai de Ernst Friesenhahn sur le serment des fonctionnaires allait ainsi dans ce sens : « Le sens particulier du serment est donc dans l’établissement d’un lien d’obligation religieuse, obligation sise dans la conscience morale[91]. » Friesenhahn, qui conservait une certaine distance par rapport au national-socialisme, analysait en toute lucidité l’instrumentalisation national-socialiste de la religion, qu’il considérait comme « la mise au service de représentations religieuses au profit d’objectifs profanes et politiques ». Car, selon Friesenhahn, « le serment ne tire son efficace que de sa substance religieuse. Il est enraciné dans un domaine qui transcende le peuple et l’État. Seuls décident du type et de l’étendue du lien d’obligation le commandement de Dieu et la conscience morale de l’individu[92] ». C’est pourquoi le national-socialisme ne s’efforça pas seulement de mettre la religion à son service, mais aussi la conscience en tant qu’instance socio-morale de l’individu. Une fois prêté, le serment était en mesure d’exercer sur la conscience morale une véritable contrainte.

Or c’est là que se manifeste toute la tragique perfidie du serment national-socialiste. Car il liait la conscience de l’individu de manière inconditionnelle au « Führer »  obligation morale qui n’était définie que par sa forme. Aussi la détermination du contenu du serment revenait-elle au régime nazi et à ses sbires, qui pouvaient s’en servir pour légitimer n’importe quel ordre. L’État totalitaire de Hitler opérait ainsi avec un devoir de fidélité totalitaire, qui faisait du serment un instrument de soumission au pouvoir pour le régime – sans aucune possibilité institutionnalisée de doute ou de contradiction. Une émotion suscitée de manière charismatique entérinait une « docilité » inconditionnelle, privée de tout correctif éthique. Ainsi le serment au Führer, qui reposait sur une obéissance aveugle, impliquait structurellement une « suspension de la conscience morale individuelle[93] », qui se manifesta de la manière la plus funeste dans les nombreux crimes des SS. Par le serment au Führer se trouvait ainsi justifiée une monstruosité, que le haut degré de pathos moral et émotionnel des rites de serment cherchait à compenser.

Klemperer avait reconnu avec clairvoyance « toute la pantalonnade sentimentale du nazisme, tout le péché mortel qui consistait à travestir délibérément les choses de la raison dans la sphère du sentiment et à les déformer délibérément à la faveur de l’obscurcissement affectif[94] ». Il diagnostiquait ainsi chez les Allemands un « état d’hébétement, d’aboulie et d’insensibilité » qui apparaissait comme une conséquence directe de la politique envahissante des émotions propre au « Troisième Reich »[95]. Car « où aurait-on pris sinon », écrivait Klemperer, « la masse nécessaire des bourreaux et des tortionnaires[96] ? » Au début de la Seconde Guerre mondiale, les soldats de la Wehrmacht et de la Waffen-SS pouvaient se réclamer d’un serment au Führer qui possédait d’emblée une dimension aussi martiale que désinhibante. Les graves conséquences engendrés par les obligations issues du serment se révélèrent in fine dans l’absence de scrupules de nombreux criminels nazis, qui cherchèrent à se disculper après coup en se référant au serment qu’ils avaient prêté, ainsi que dans le cas de conscience qui se posa aux responsables de l’attentat contre Hitler du 20 juillet 1944[97].

Conclusion : de la portée des serments de fidélité

L’étude présentée ci-dessus s’est ouverte sur le constat que le régime nazi, après la mort de Hindenburg, a saturé de manière systématique le « Troisième Reich » – que ce soit dans le périmètre d’action de l’État ou du parti – de nouvelles obligations de serment, qui s’accompagnèrent d’innombrables cérémonies d’assermentation. Ces serments de fidélité n’étaient pas censés lier moralement au régime les seules élites fonctionnelles du parti et de l’État, mais potentiellement toute la population allemande : de l’enfant de 10 ans jusqu’au représentant du Führer, du petit fonctionnaire jusqu’aux gouverneurs et ministres du Reich, du simple soldat jusqu’au général de corps d’armée, de l’adhérent au parti de la première heure jusqu’aux membres du Volkssturm des dernières heures de la Seconde Guerre mondiale. Cette conjoncture du serment, qui revêtait d’emblée un caractère militariste, alla de pair avec une réactivation du concept de fidélité étendue aux domaines de la vie les plus variés et sans cesse revendiquée comme une vertu spécifiquement allemande[98].

Pour mettre au jour la signification politique de cette conjoncture du serment, l’article ci-dessus a porté son attention sur la dimension rituelle des nombreuses prestations de serment publiques. Il s’agissait ainsi de se demander dans quelle mesure les serments de fidélité prêtés en public peuvent être également considérés comme des « motifs » significatifs « de la docilité », qui contribuèrent à justifier la subordination délibérée de la population allemande à la domination nazie. Pour ce faire, on a pris pour cas d’étude l’assermentation de masse du 25 février 1934 sur la Königsplatz à Munich, qui a été mise en lumière comme un exemple saisissant d’une politique nazie des émotions. Cette politique consistait à subjuguer émotionnellement l’individu dans un rituel communautaire, de façon à obliger sa conscience morale à suivre une fidélité élevée à un rang aussi bien mythique que mystique. L’attitude dominatrice du nazisme destinée à forcer l’assentiment s’y faisait jour dans toute sa dimension sensorielle, qui visait dans le même temps à s’approprier ceux qui allaient prêter serment. À cet égard, les prestations de serment publiques ont contribué à susciter chez les participants obéissance, docilité, voire soumission [Gefolgschaft].

Dans la mesure cependant où la fidélité jurée par serment représentait avant tout une vertu secondaire, elle peut être du même coup considérée comme une méta-vertu dans le canon de la morale nazie de la domination et plus largement de la culture politique du « Troisième Reich ».

Ainsi invoquée des millions de fois, cette méta-vertu en appelait sans cesse à la conscience du devoir de l’individu envers l’État autoritaire du Führer, en exerçant sur lui une très forte contrainte normative. À l’instar du salut allemand, la profération sans cesse répétée de la fidélité faisait partie intégrante de la pratique quotidienne sur laquelle reposait la dictature acclamative du national-socialisme, qui visait, sous le mode d’une réitération incessante, à la réaffirmation sans relâche de la légitimité du régime en place[99]. Mais le pathos de l’appel au devoir restait – d’un point de vue structurel – purement formel, et la détermination de son contenu laissée à la guise du régime nazi.

Les serments de fidélité ont ainsi servi au « Troisième Reich », telle est la thèse de cet article, à durablement mobiliser, disposer à l’obéissance et désinhiber la population, pour finalement aussi à la disculper des conséquences morales douteuses lorsqu’il s’agissait de justifier et d’exécuter les ordonnances et les ordres nazis.

Les serments de fidélité ont mobilisé les premiers partisans de Hitler dès les années 1920. Et ils ont sous-tendu les mots d’ordre jusqu’au-boutistes vers la fin de la guerre. Si Ian Kershaw a posé la question de savoir pourquoi la population allemande, de l’été 1944 à mai 1945, malgré tous les signes d’une défaite annoncée, a littéralement conservé sa « fidélité » à l’État hitlérien jusqu’à l’amère fin, on peut aussi compter les serments de fidélité parmi les raisons spécifiques de cette attitude[100]. Ainsi n’est-il pas étonnant que les généraux allemands détenus en captivité par les Britanniques depuis 1942 n’aient cessé de réfléchir aux obligations et à la portée de leur serment de fidélité[101].

On doit néanmoins se demander si la célébration répétée de cette conjoncture du serment à l’occasion de si nombreuses festivités solennelles n’a pas aussi eu des effets contre-productifs. Car ce recours inflationniste à des appels à la morale recelait le danger de faire perdre toute valeur à cette fidélité invoquée avec tant d’insistance[102]. Cela a pu être en particulier le cas pour les fonctionnaires ou militaires ayant déjà atteint un certain âge sous le nazisme, dont le premier serment de fidélité avait été prêté à l’époque encore à l’Empereur, le deuxième à la Constitution de la République de Weimar et le troisième seulement à Adolf Hitler[103]. Peut-être la référence à Dieu consciemment réintroduite par les nazis avait-elle avant tout pour but de prévenir une telle érosion de l’obligation liée au serment de fidélité ?

Néanmoins, le vœu de Thomas Mann qui espérait, en réaction à l’assermentation de masse munichoise de 1934, que la population allemande finirait par se lasser de cette sursaturation de symboles politiques, ne devait pas se réaliser de sitôt. « Combien de temps ce peuple supportera-t-il d’être gavé de pompeux simulacres d’histoire[104] ? » La mise en scène publique de prestations de serment s’est prolongée jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. Et c’est dans la guerre que devait se confirmer – de la manière la plus fatale – la promesse qui, en temps de paix, n’avait cessé d’être répétée : la fidélité jusqu’à la mort.

Cependant, il convient de conserver une certaine prudence épistémologique quant aux effets des serments de fidélité. Car il n’est pas aisé de déterminer de manière exacte le lien de cause à effet entre les serments de fidélité et des actions qui en auraient éventuellement résulté. Il importe dans ce contexte de tenir également compte du fait que, bien évidemment, toute marque d’obéissance ne saurait être systématiquement interprétée comme la conséquence d’une promesse de fidélité. De fait, sous le nazisme également, les raisons les plus variées pouvaient mener à suivre un ordre ou une consigne – bien au-delà d’une possible question de fidélité : de la contrainte sociale jusqu’à la pure et simple habitude, en passant par le calcul ou l’opportunisme[105]. Les serments de fidélité se refusent précisément à toute représentation monocausale. Les motivations intrinsèques des acteurs historiques échappent en dernière instance largement à l’observation scientifique. Même lorsqu’elles se sont explicitement exprimées dans des sources, elles n’ont été en règle générale formulées qu’après-coup et, de ce fait, depuis une certaine distance. C’est pourquoi une histoire du serment de fidélité national-socialiste se trouve sans cesse renvoyée au niveau du discours normatif.

La recherche sur l’effet des serments de fidélité devrait à l’avenir se consacrer à une étude sociale différenciée de la réception des serments et concepts de fidélité. Comment les différentes couches de la société ont-elles composé avec les obligations de fidélité ? Ainsi, alors que les généraux allemands – ne serait-ce qu’en raison de la tradition militaire prussienne – ont pu conférer au serment de fidélité une haute signification morale, on ne saurait automatiquement transposer cette observation aux soldats de rang moins élevé[106]. De même, si ceux qu’on appelait les « anciens combattants » étaient dévoués à Hitler avec la fidélité la plus fébrile, on ne pouvait en soi en attendre autant des nombreux « tombés de mars ». Et quel effet les serments de fidélité et cérémonies d’assermentation exerçaient-ils sur les enfants de 10 ans de la Jeunesse allemande [Jungvolk] [107] ? Des études à venir auront donc à approfondir l’articulation historique entre pratiques sociales et expérience vécue du serment de fidélité nazi.

Les effets prolongés des serments de fidélité sur l’histoire de la jeune République fédérale ne se sont pas seulement fait sentir lors des procès de Nuremberg, au cours desquels les représentants du régime nazi sur le banc des accusés ont cherché à légitimer leurs actes criminels en invoquant leur serment de fidélité. On peut tout particulièrement interpréter la manière dont fut traitée la mémoire des participants à l’attentat du 20 juillet 1944, cas qui tenait particulièrement à cœur au procureur général de la Hesse Fritz Bauer, comme une pierre de touche publique du développement démocratique de la République fédérale.

On espère donc, avec cette étude, contribuer à attirer l’attention de l’historiographie sur l’importance significative des serments de fidélité nationaux-socialistes pour l’histoire du « Troisième Reich ». Sans la prise en compte de la conjoncture du serment et de la politique des émotions qui l’accompagna, retracées ici à grands traits, on ne saurait entièrement comprendre les mécanismes de domination du « Troisième Reich », lesquels sont aussi toujours également des mécanismes d’appropriation sociale.

Pour citer cet article : Karl Borromäus Murr, « Rituels nazis de serment. Interprétation de la conjoncture du serment sous le Troisième Reich », Histoire@Politique, n° 40, janvier-avril 2020 [en ligne : www.histoire-politique.fr]

 
Notes :

[1] Je remercie vivement Marie-Pierre Harder et Marie-Bénédicte Vincent pour la traduction de cet article de l’allemand vers le français. 

[2] Voir Hans-Georg Hermann, « Treue- und Loyalitätskonzepte im deutschen Staatsrecht zwischen Kaiserreich und Wiedervereinigung. (Dis)Kontinuitätsperspektiven auf ein Rechtsprinzip in sechs Kapiteln », dans Nikolaus Buschmann, Karl Borromäus Murr (dir.), Treue. Politische Loyalität und militärische Gefolgschaft in der Moderne, Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht, 2008, p. 153-189, ici p. 163-177, 188-189 ; Sven Lange, Der Fahneneid. Die Geschichte der Schwurverpflichtung im deutschen Militär, Bremen, Edition Temmen, 2003, p. 112-146.

[3] Voir les nombreux exemples dans Thomas Schirrmacher, Hitlers Kriegsreligion, tome 1 : Textband, Bonn, Verlag für Kultur und Wissenschaft, 2007, p. 184-186, 202-203, 342-343, 345-347 ; Id., Hitlers Kriegsreligion, tome 2 : Zitatband, Bonn, Verlag für Kultur und Wissenschaft, 2007, p. 180-185, 236-239, 602-609. Pour l’analyse en tant que "structure de complot", se référer à Florent Brayard, Auschwitz. Enquête sur un complot nazi, Paris, Éditions du Seuil, 2012. En allemand, les termes « serment » (Schwur) et « complot » (Verschwörung) ont la même origine étymologique.

[4] Voir Tilmann Allert, Der deutsche Gruß : Geschichte einer unheilvollen Geste, Frankfurt/M., Fischer, 2005. Voir aussi Peter Fritzsche, Life and death in the Third Reich, Cambridge/MA., Belknap Press of Harvard University Press, 2008, p. 19-24.

[5] Karl Barth, „So wahr mir Gott helfe!“. Die Frage des Führereides und ihre Behandlung in der Bekennenden Kirche in Deutschland im Sommer 1938, Zollikon, Verlag der Evangelischen Buchhandlung Zollikon, 1938, p. 7.

[6] Max Weber, Wirtschaft und Gesellschaft. Grundriss der verstehenden Soziologie, Tübingen, Mohr, 5. Aufl. 1972, p. 122 (M. Weber, Économie et société, vol. 1, trad. de l’allemand par Julien Freund et al., Paris, Plon, 1995, p. 285).

[7] Voir Ian Kershaw, Hitler, tome 1 : 1889–1936, Stuttgart, München, Deutsche Verlags-Anstalt, 1998, p. 437-452.

[8] Voir Ian Kershaw, Der Hitler-Mythos: Führerkult und Volksmeinung, Stuttgart, Deutsche Verlags-Anstalt, 1999 (Ian Kershaw, Le mythe Hitler : image et réalité sous le IIIReich, trad. de l’anglais par Paul Chemla, Paris, Flammarion, 2006).

[9] Hans Bernd Gisevius, Bis zum bitteren Ende, tome 2, Hamburg, Claassen & Goverts 1947, p. 16.

[10] Voir Hermann Böhme, « Der Eid des Soldaten », Deutsches Recht, tome 5, 1935, p. 312-314 ; Karl Otmar von Aretin, « Der Eid auf Hitler. Eine Studie zum moralischen Verfall des Offizierskorps der Reichswehr », Politische Studien, tome 7, 1956, p. 1-19.

[11] Voir Bastian Hein, Elite für Volk und Führer? Die Allgemeine SS und ihre Mitglieder 1925-1945, München, Oldenbourg Verlag 2012, p. 126.

[12] Reichsgesetzblatt, Teil I, Nr. 98, 20.08.1934, p. 785.

[13] Voir, pour un aperçu de ces multiples serments : Christian Vogel, « Politischer Eid », dans Erich Volkmar (dir.), Die Rechtsentwicklung der Jahre 1933 bis 1935/36 (Handwörterbuch der Rechtswissenschaft, Bd. VIII), Berlin, Leipzig, Walter de Gruyter & Co, 1937, p. 502-507. Birgit Breiding, Die Braunen Schwestern, Ideologie – Struktur – Funktion einer nationalsozialistischen Elite, Stuttgart, Franz Steiner Verlag, 1998, p. 53-64.

[14] Akten der Reichskanzlei. Regierung Hitler 1933-1938, vol. I : 1933/34, tome 2 : bearbeitet von Karl-Heinz Minuth, Boppard am Rhein, Harald Boldt Verlag, 1983, p. 1392.

[15] Reinhard Höhn, « Der politische Eid », dans NS-Rechtswahrerbund (dir.), Deutscher Juristentag 1936, Berlin, Deutscher Rechts-Verlag, 1936, p. 348-366, ici p. 361.

[16] Erich A. Höhndorf, « Die Bedeutung des politischen Eides in der Gegenwart », Deutsches Recht, tome 4, no 18, 1934, p. 431-433.

[17] Ibid., p. 431.

[18] Voir Michael Grüttner, Brandstifter und Biedermänner. Deutschland 1933–1939, Stuttgart, Klett-Cotta, 2015, p. 77, 99, 115, 290 ; Kiran Klaus Patel, « Soldaten der Arbeit » : Arbeitsdienste in Deutschland und den USA 1933-1945, Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht, 2003, p. 155, 185, 196, 399 ; Rüdiger Overmans, Deutsche militärische Verluste im Zweiten Weltkrieg, München, Oldenbourg, 2004, p. 215 ; Hans Mommsen, Beamtentum im Dritten Reich. Mit ausgewählten Quellen zur nationalsozialistischen Beamtenpolitik, Stuttgart, Deutsche Verlags-Anstalt, 1966, p. 21.

[19] Volker Issmer, Als « Mitläufer » (Kategorie IV) entnazifiziert. Die Memoiren meines Vaters, ATE, 2001, p. 237.

[20] Ernst Friesenhahn, « Über den Eid des Beamten », dans Ernst Friesenhahn (dir.), Festschrift zum 10 jährigen Bestehen, Mittelrheinische Verwaltungsakademie, Bonn-Koblenz-Trier, Bonn, Scheuer 1935, p. 63-73, ici p. 69. Voir aussi la thèse de doctorat de Ernst Friesenhahn, rédigée sous la direction de Carl Schmitt, mais néanmoins neutre d’un point de vue idéologique : Ernst Friesenhahn, Der politische Eid, Bonn, Röhrscheid, 1928. Voir Stefan Stolte, « Ernst Friesenhahn. Wissen und Gewissen machen den Juristen », dans Mathias Schmoeckel (dir.), Die Juristen der Universität Bonn im „Dritten Reich“, Köln, Weimar, Berlin, Böhlau, 2004, p. 184-232, ici p. 193 sq.

[21] E. Friesenhahn, « Eid des Beamten », op. cit., p. 63.

[22] Werner Weber, « Der politische Eid », Deutsche Juristen-Zeitung, tome 41/cahier 5 (1936), Colonnes 279-286, ici Colonne 279. Voir aussi Werner Weber, « Der politische Eid im neuen Deutschland », Deutsche Justiz, 1936, p. 623-625.

[23] Voir Gustav Adolf Walz, « Der Treuegedanke im Völkerrecht », Deutsches Recht, tome 4, 1934, p. 521-526 ; Walther Merk, « Die Treue im älteren deutschen Recht », Deutsches Recht, tome 4, op. cit., p. 526-528 ; Karl Siegert, « Der Treuegedanke im Strafrecht », Deutsches Recht, tome 4, op. cit., p. 528-531 ; Heinrich Lange, « Die Vertragstreue », Deutsches Recht, tome 4, op. cit., p. 531-534 ; Cornelius Heyl zu Herrnsheim, « Der Treubegriff im Gesellschaftsrecht », Deutsches Recht, tome 4, op. cit., p. 535 ; Ilse Eben-Servaes, « Der Treuegedanke im Familienrecht », Deutsches Recht, tome 4, op. cit., p. 536-537 ; Wolfgang Siebert, « Die Treue im Arbeitsrecht », Deutsches Recht, tome 4, op. cit., p. 537-539.

[24] Voir note 2.

[25] Thomas Schirrmacher, Hitlers Kriegsreligion…, op. cit., p. 183.

[26] Voir, dans une perspective d’histoire religieuse : Yvonne Karow, « Deutsches Opfer », Kultische Selbstauslöschung auf den Reichsparteitagen der NSDAP, Berlin, Akademie Verlag, 1997.

[27] Voir John L. Austin, How to Do things with Words, Oxford, Clarendon Press, 1963.

[28] Voir C. Vogel, « Politisher Eid », op. cit., p. 503.

[29] K. Barth, « So wahr mir Gott helfe », op. cit., p. 5.

[30] Völkischer Beobachter [= VB], no 57, Süddeutsche Ausgabe, 26.02.1934. Aucun dossier sur l’organisation de l’assermentation de masse munichoise dont il est ici question n’a été conservé, ni dans les archives centrales de Bavière, à Munich, ni dans les archives municipales de la ville de Munich. On trouve seulement, dans ces dernières, un rapport concis sur les festivités solennelles de la Königsplatz, figurant à la date du 24 février 1934 dans ce qui porte le nom de chronique municipale dans les Annales de Munich, capitale du Land (janvier-juin). Stadtarchiv München, Chronik 469/Ia.

[31] Une assermentation de masse avait déjà eu lieu sur la Königsplatz, à peine trois mois plus tôt, le 9 novembre 1933, au cours de laquelle 8 000 maires bavarois y avaient juré, par un serment de fidélité, d’accomplir leur fonction « dans l’esprit du Führer Adolf Hitler. » Voir Walter Ziegler, « Bayern im NS-Staat. 1933 bis 1945 », dans Alois Schmid (dir.), Handbuch der bayerischen Geschichte, Bd. IV/1, 2. Aufl. 2003, München, C.H. Beck, 2003, p. 499-634, ici p. 569.

[32] Voir Hans Lehmbruch, « Acropolis Germaniae. Der Königsplatz – Forum der NSDAP », dans Iris Lauterbach, Julian Rosefeldt et Piero Steinle (dir.), Bürokratie und Kult: das Parteizentrum der NSDAP am Königsplatz in München. Geschichte und Rezeption, München, Deutscher Kunstverl, 1995, p. 17-45.

[33] VB, n° 56, Süddeutsche Ausgabe, 25.02.1934 ; VB, no 57, op. cit.

[34] Voir Alexandra Kaiser, Von Helden und Opfern: eine Geschichte des Volkstrauertags, Frankfurt/M., New York, Campus, 2010, p. 176-209.

[35] Voir Richard Bauer (dir.), München – „Hauptstadt der Bewegung“: Bayerns Metropole und der Nationalsozialismus, München, Klinkhardt und Biermann, 1993.

[36] Voir Hans-Jochen Gamm, Der braune Kult. Das Dritte Reich und seine Ersatzreligion. Ein Beitrag zur politischen Bildung, Hamburg, Rütten & Loening Verlag, 1962 ; Horst Ueberhorst, « Feste, Fahnen, Feiern. Die Bedeutung politischer Symbole und Rituale im Nationalsozialismus », dans Rüdiger Voigt (dir.), Politik der Symbole. Symbole der Politik, Opladen, Leske und Budrich, 1989, p. 1576-178 ; Emilio Gentile, Il culto del littorio. La sacralizzazione della politica nell'Italia fascista. Laterza, Rom, Bari, Laterza 1993Sabine Behrenbeck, Der Kult um die toten Helden. Nationalsozialistische Mythen, Riten und Symbole, Vierow, SH-Verlag, 1996.

[37] Münchner Neueste Nachrichten, no 55, 26.02.1934.

[38] Le nombre des participants nazis qui se réunirent dans l’ensemble du pays pour cette prestation de serment ne se laisse plus vérifier après-coup. Néanmoins, même la presse étrangère, qui avait ses propres correspondants sur place à Berlin, fit état à l’époque de chiffres de participation à peu près identiques. Voir The New York Times, 26.02.1934 ; Le Temps, 27.02.1934 ; Neue Zürcher Zeitung, 26.02.1934.

[39] VB, no 57, op. cit.

[40] Ibid.

[41] Rudolf Heß, Reden, München, Zentralverlag der NSDAP, Franz Eher Nachfahren, 1938, p. 9-14 ; avec des différences : VB, no 57, op. cit.

[42] Ibid., p. 10-11.

[43] Voir Karl Borromäus Murr, « Treue im Zeichen des Krieges. Beobachtungen zu einem Leitmotiv bürgerlicher Identitätsstiftung im Königreich Bayern (1806-1918) », dans N. Buschmann et K. B. Murr, Treue…, op. cit., p. 110-149.

[44] R. Heß, Reden, op. cit., p. 14.

[45] Voir Dieter Langewiesche, « Krieg im Mythenarsenal europäischer Nationen und der USA. Überlegungen zur Wirkungsmacht politischer Mythen », dans Nikolaus Buschmann et Dieter Langewiesche (dir.), Der Krieg in den Gründungsmythen europäischer Nationen und der USA, Frankfurt/M., New York, Campus, 2004, p. 13-22.

[46] Voir Paula Diehl, « Der Massenkörper als visuelles Versprechen der "Volksgemeinschaft" », dans Gerhard Paul (dir.), Das Jahrhundert der Bilder, Bildatlas, tome 1 : 1900-1949, Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht, 2009, p. 470-479.

[47] VB, no 57, op. cit.

[48] Ibid.

[49] Voir Monika Pater, « Rundfunkangebote », dans Inge Marßolek et Adelheid von Saldern (dir.), Zuhören und Gehörtwerden, 1 : Radio im Nationalsozialismus, Tübingen, Ed. diskord, 1998, p. 129-241.

[50] VB, no 57, op. cit.

[51] Voir Markus Urban, Die Konsensfabrik: Funktion und Wahrnehmung der NS-Reichsparteitag, 1933-1941, Göttingen, V&R Unipress, 2007. P. Fritzsche, Life…, op. cit., p. 19-24.

[52] VB, no 57, op. cit.

[53] R. Heß, Reden, op. cit., p. 11.

[54] Voir, sur ce discours de la modernité : Riccardo Bavaj, Die Ambivalenz der Moderne im Nationalsozialismus. Eine Bilanz der Forschung, München, R. Oldenbourg Verlag 2003.

[55] The New York Times, 26.02.1934. Voir aussi Le Temps, 27.02.1934.

[56] Voir George L. Mosse, Die Nationalisierung der Massen : politische Symbolik und Massenbewegungen von den Napoleonischen Kriegen bis zum Dritten Reich, Frankfurt/M., Berlin, Ullstein, 1976.

[57] Paula Diehl (dir.), Körper im Nationalsozialismus. Bilder und Praxen, München, W. Fink, Schöningh, 2006.

[58] Walter Benjamin, « Das Kunstwerk im Zeitalter seiner technischen Reproduzierbarkeit (erste Fassung) », dans Rolf Tiedemann et Hermann Schweppenhäuser (dir.), Walter Benjamin, Gesammelte Schriften, tome I, 2, Frankfurt/M., Suhrkamp, 1980, p. 435-508, ici p. 467.

[59] Voir l’ouvrage classique de Eric Voegelin, Die politischen Religionen, Wien, Bermann-Fischer, 1938 ; Klaus Vondung, Magie und Manipulation. Ideologischer Kult und politische Religion des Nationalsozialismus, Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht, 1971 ; Jürgen Schreiber, Politische Religion. Geschichtswissenschaftliche Perspektiven und Kritik eines interdisziplinären Konzepts zur Erforschung des Nationalsozialismus, Marburg, Tectum-Verlag, 2009 ; Klaus Vondung, Deutsche Wege zur Erlösung: Formen des Religiösen im Nationalsozialismus, München, Paderborn, Fink, 2013.

[60] Voir Wolfgang Kratzer, Feiern und Feste der Nationalsozialisten. Aneignung und Umgestaltung christlicher Kalender, Riten und Symbole, München, Diss, 1998 ; Maurizio Bach, Die charismatischen Führerdiktaturen. Drittes Reich und italienischer Faschismus im Vergleich ihrer Herrschaftsstrukturen, Baden-Baden, Nomos-Verl.-Ges, 1990 ; Thomas Koebner, Rolf-Peter Janz, Frank Trommler (dir.), „Mit uns zieht die neue Zeit“: der Mythos Jugend, Frankfurt/M, Suhrkamp, 1985.

[61] Peter Winkelnkemper, « Das ewige Deutschland », Westdeutscher Beobachter, Jahrgang 10, Nr. 83, 26.02.1934, p. 1.

[62] Ibid., p. 1.

[63] Lettre à Hans von Soden du 5 décembre 1934, citée dans Hans Prolingheuer, Der Fall Karl Barth, 1934 – 1935. Choreographie einer Vertreibung, Neukirchen-Vluyn, Neukirchener Verlag, 1977, p. 271.

[64] Peter Longerich, « Nationalsozialistische Propaganda », dans Karl Dietrich Bracher et al. (dir.), Deutschland 1933-1945. Neue Studien zur nationalsozialistischen Herrschaft, Bonn, Bundeszentrale für politische Bildung, 2. Aufl. 1993, p. 291-314, ici p. 295.

[65] Sur les « congrès du parti du Reich », voir M. Urban, Die Konsensfabrik…, op. cit.

[66] R. Heß, Reden, op. cit., p. 14.

[67] Voir l’article « Erlebnis », dans Meyers Lexikon, 8. Auflage, Bd. 3, Leipzig, Bibliographisches Institut, 1937, p. 1026-1027.

[68] Sur le rapport entre la pensée de Nietzsche et le national-socialisme, voir Giorgio Penzo, Der Mythus vom Übermenschen. Nietzsche und der Nationalsozialismus, Frankfurt/M., Land, 1992.

[69] Voir Frank Bösch et Manuel Borutta, « Medien und Emotionen in der Moderne. Historische Perspektiven », dans Frank Bösch, Manuel Borutta (dir.), Die Massen bewegen. Medien und Emotionen in der Moderne, Frankfurt/M., New York, Campus, 2006, p. 13-41, ici p. 24-25.

[70] Victor Klemperer, LTI. Notizbuch eines Philologen, hg. von Elke Fröhlich, Stuttgart, Reclam, 2010, p. 270 : « des Volkes nur durch Gefühlswirkung bemächtigt » (V. Klemperer, LTI. La langue du IIIe Reich : carnets d’un philologue, trad. de l’allemand par Élisabeth Guillot, Paris, Albin Michel, 1996, p. 309).

[71] Voir Max Weber, Wirtschaft und Gesellschaft. Grundriss der verstehenden Soziologie, Tübingen, Mohr Siebeck, 5. Aufl. 1972, p. 122-124 (Max Weber, Économie et société, vol. 1, trad. de l’allemand par Julien Freund et al., Paris, Plon, 1995, p. 95). Voir sur la politique nazie des émotions : Christoph Kühberger, « Emotionaler Rausch : Zu den Mechanismen der Gefühlsmobilisierung auf faschistischen und nationalsozialistischen Festen », dans Árpád von Klimó et Malte Rolf (dir.), Rausch und Diktatur : Inszenierung, Mobilisierung und Kontrolle in totalitären Systemen, Frankfurt/M., New York, Campus, 2006, p. 177-192 ; Ute Frevert, « Glaube, Liebe, Hass. Die nationalsozialistische Politik der Gefühle », dans Winfried Nerdinger (dir.), München und der Nationalsozialismus. Katalog des NS-Dokumentationszentrums München, C.H. Beck, 2015, p. 482-489. Voir, en général : Jan Plamper, Geschichte und Gefühl : Grundlagen der Emotionsgeschichte, München, Siedler, 2012.

[72] Voir Max Weber, « Wirtschaft und Gesellschaft », op. cit., p. 141 (M. Weber, « Économie et société », op. cit., p. 250).

[73] Voir, sur l’application du concept webérien de « charisme » (Max Weber, « Wirtschaft und Gesellschaft », op. cit., p. 140-142 ; 654-679) au national-socialisme : Hans-Ulrich Wehler, Deutsche Gesellschaftsgeschichte, Bd. IV : Vom Beginn des Ersten Weltkriegs bis zu Gründung der beiden deutschen Staaten 1914-1949, München, C.H. Beck, 2008, p. 551-563, 623-635, 675-679, 866-872, 884-887, 933-937 ; Ludolf Herbst, Hitlers Charisma : Die Erfindung eines deutschen Messias, Frankfurt/M., S. Fischer Verlag, 2010.

[74] Martin Broszat, Der Staat Hitlers. Grundlegung und Entwicklung seiner inneren Verfassung, München, Deutscher Taschenbuch-Verlag, 1969, p. 252 (Martin Broszat, L’État hitlérien. L’origine et l'évolution des structures du IIIe Reich, trad. de l’allemand par Patrick Moreau, Paris, Fayard, 1986).

[75] VB, no 57, op. cit.

[76] Voir Peter Longerich, Die braunen Bataillone. Geschichte der SA, C.H. Beck, München, 1989, p. 179-206.

[77] VB, no 57, op. cit. Heß avait déjà pris publiquement position en janvier 1934 contre la rhétorique révolutionnaire de Röhm. Voir P. Longerich, Die braune Bataillone, op. cit., p. 203.

[78] VB, no 57, op. cit.

[79] Voir P. Longerich, Die braune Bataillone, op. cit., p. 206–219 ; Immo von Fallois, Kalkül und Illusion. Der Machtkampf zwischen Reichswehr und SA während der Röhm-Krise 1934, Duncker & Humblot, Berlin, 1994.

[80] Voir Boris Barth, Dolchstoßlegenden und politische Desintegration. Das Trauma der deutschen Niederlage im ersten Weltkrieg 1914-1933, Düsseldorf, Droste Verlag,2003.

[81] Münchener Zeitung, no 55/56, 24/25.02.1934.

[82] Ibid.

[83] Voir la réplique du vicaire général de Cologne au sujet d’une interprétation de l’assermentation de masse du 28 mars 1934 : Akten deutscher Bischöfe über die Lage der Kirche 1933-1945, Bd. I : 1933-1934, bearbeitet von Bernhard Stasiewski, Mainz, Matthias-Grünewald-Verlag, 1968, p. 554-555.

[84] Thomas Mann, Tagebücher 1933-1934, texte établi par Peter de Mendelsohn, Frankfurt/M., Fischer, 1977, p. 341 (Thomas Mann, Journal : 1918-1921, 1933-1939, texte établi par Peter de Mendelssohn ; version française par Christoph Schwerin ; trad. de l'allemand par Robert Simon, Paris, Gallimard, 1985, p. 350).

[85] Thomas Mann Tagebücher…, op. cit., p. 341 (T. Mann, Journal…, op. cit., p. 350-351).

[86] Joseph Goebbels, Tagebücher, texte établi par Elke Fröhlich, vol. I, tome 6 (August 1938 – Juni 1939), München, K. G. Saur, 1998, p. 180.

[87] Voir aussi la description tout empreinte d’émotion de l’assermentation en 1923 de la « troupe de choc Adolf Hitler » par Hans Kallenbach : Hans Kallenbach, Mit Adolf Hitler auf Festung Landsberg, Neubearbeitung, München, Kreß & Hornung, 1939, p. 16-17.

[88] La citation est tirée du film documentaire « Kamerad Krüger » de Gerhard Scheumann et Walter Heynowski datant de 1988. Voir https://www.youtube.com/watch?v=0ycVO5SpvZE, 9.20-10.32 [consulté le 25.02.2019].

[89] Erich Schinnerer, Der Treuegedanke im nationalsozialistischen Strafrecht, Deutsche Justiz (1936), p. 178-182, ici p. 179.

[90] Voir Hermann Görings, Auffassung zur künftigen religiösen Bindung des Eides der preußischen Minister: Akten der Reichskanzlei. Regierung Hitler 1933-1938 : part I : 1933/34, tome 1, bearbeitet von Karl-Heinz Minuth, Boppard am Rhein, Harald Boldt Verlag, 1983, p. 367.

[91] E. Friesenhahn, « Eid des Bemanten », op. cit,, p. 63.

[92] Ibid., p. 65.

[93] Rolf Zimmermann, « Nationalsozialismus – Bolschewismus – Universalismus. Moralische Transformationen in der Geschichte als Problem der Ethik », dans Wolfgang Bialas et Lothar Fritze (dir.), Ideologie und Moral im Nationalsozialismus, Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht, 2014, p. 369-397, ici p. 379.

[94] V. Klemperer, « LTI », op. cit., p. 266 : « die ganze Gefühlsverlogenheit des Nazismus, die ganze Todsünde des bewußten Umlügens der vernunftunterstellten Dinge in die Gefühlsphäre und des bewußten Verzerrens im Schutz der sentimentalen Vernebelung » (V. Klemperer, « La langue du IIIe Reich », op. cit., p. 309).

[95] V. Klemperer, « LTI », op. cit., p. 275 : « einen Zustand der betäubten Stumpfheit, der Willens- und Fühllosigkeit » (V. Klemperer, « La langue du IIIe Reich », op. cit., p. 314).

[96] V. Klemperer, « LTI », op. cit., p. 275 : « wo hätte man sonst die notwendige Masse der Henker und Folterknechte hergenommen ? » (V. Klemperer, « La langue du IIIe Reich », op. cit., p. 314).

[97] Voir Mathias Wirth, Distanz des Gehorsams. Theorie, Ethik und Kritik einer Tugend, Tübingen, Mohr Siebeck, 2016, p. 43-90 ; Heinz Dieter Kittsteiner, « Adel, Ehre und Gehorsam. Die preußischen Tugenden und ihre Überwindung im Gewissen. Anmerkungen zum Silvesterbericht 1945 des Carl-Hans Graf von Hardenberg », dans Stiftung Schloss Neuhardenberg (dir.), "Ein Traum, was sonst? Preußische Tugenden". Ein Lesebuch, Göttingen, Wallstein, 2002, p. 159-178.

[98] Les Juifs restèrent « évidemment » (si l’on peut dire) exclus du champ d’action de la fidélité et, partant, aussi de la possibilité de prêter serment – encore pendant la guerre, on leur refusa le droit de prêter serment devant les tribunaux. Voir Akten der Reichskanzlei. Regierung Hitler 1933-1938, tome 9, bearbeitet von Peter Keller, Hauke Marahrens, Boppard am Rhein, Harald Boldt Verlag, 2018, p. 664-665.

[99] Voir P. Fritzsche, Life…, op. cit., p. 19-24.

[100] Voir Ian Kershaw, Das Ende: Kampf bis in den Untergang. NS-Deutschland 1944/45, München, Pantheon, 2013, p. 77, 82, 151, 226, 295, 375, 390, 395, 422, 425, 429, 442, 478, 532, 540 (Ian Kershaw, La fin : Allemagne, 1944-1945, Paris, Éditions du Seuil, 2012).

[101] Voir par exemple : Sönke Neitzel, Abgehört. Deutsche Generäle in britischer Kriegsgefangenschaft 1942-1945, Berlin, List Taschenbuch, 7. Auflage 2018, p. 103, 125, 145, 197, 203-207, 209, 212, 282, 325, 355, 369, 373, 378, 385, 391, 393, 395sq., 398, 400, 413, 421, 427.

[102] Voir Martin Matthiessen, Erinnerungen, Meldorf, Evers, 1980, p. 233.

[103] Voir S. Neitzel, « Abgehört », op. cit., p. 396.

[104] T. Mann, Tagebücher…, op. cit., p. 341 (T. Mann, Journal…, op. cit., p. 350).

[105] Voir Harald Welzer, Täter. Wie aus ganz normalen Menschen Massenmörder werden, Frankfurt/M, Fischer, 7. Auflage 2016, p. 108-132.

[106] Voir les nombreuses références dans la littérature de souvenirs des soldats : Rolf Düsterberg, Soldat und Kriegserlebnis. Deutsche militärische Erinnerungsliteratur (1945-1961) zum Zweiten Weltkrieg. Motive, Begriffe, Wertungen, Tübingen, Max Niemeyer Verlag, 2000.

[107] Voir le combat du théologien protestant Paul Humburg contre l’assermentation de masse des enfants : Gottfried Abrath, Subjekt und Milieu im NS-Staat. Die Tagebücher des Pfarrers Hermann Klukist Hesse 1936-1939, Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht, 1994, p. 103-104.

Karl Borromäus Murr

Karl Borromäus Murr a fait ses études d’histoire, de philosophie et d’ethnologie dans les universités de Munich, Oxford (St Edmund Hall), Eichstätt-Ingolstadt et Cambridge (Harvard University). En 2005, il a obtenu son doctorat en histoire de la Ludwig-Maximilians-Universität Munich (LMU), Allemagne. En 2009, il a été nommé directeur du Musée national du textile et de l’industrie d’Augsbourg. Il a publié de nombreux articles sur l’histoire, l’histoire de l’art, l’ethnologie et les études muséales, et notamment : Nikolaus Buschmann, Karl Borromäus Murr (dir.), Treue. Politische Loyalität und militärische Gefolgschaft in der Moderne (Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht, 2008) ; « „Treue bis in den Tod“. Kriegsmythen in der bayerischen Geschichtspolitik im Vormärz » (dans Nikolaus Buschmann, Dieter Langewiesche (dir.), Der Krieg in den Gründungsmythen europäischer Nationen und der USA, Frankfurt/New York, Campus, 2003, p. 138-174).

Mots clefs : serment ; loyauté ; rituels politiques ; politique des émotions ; pouvoir charismatique ; Oath; Loyalty; Political Rituals; Politics of Emotion; Charismatic Power.

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  • ISSN 1954-3670