Histoire@Politique : Politique, culture et société

Pistes & débats

De l’État composite à l’État décomposé : le retour de l’Ancien Régime

David Do Paço
Résumé :

Cet article analyse l’impact important que le processus de construction européenne a eu sur les historiens de l’époque moderne et leur contribution à l’histoire des intégrations régionales. Il (...)

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L’histoire de la construction européenne, les idées parfois contradictoires qui la portent, ses réussites et ses échecs n’ont pas été sans faire réagir les historiens de ce qui est communément appelé l’« Ancien Régime », soit un laboratoire privilégié d’observation des diverses expériences des États composites et des unions politiques territoriales. Depuis 2005, l’euroscepticisme a même nourri une nouvelle série de recherches en histoire moderne abordant plus ou moins ouvertement la question des intégrations régionales via un réexamen des expériences absolutistes et un renouveau aujourd’hui bien connu de l’histoire des empires. Si les historiens modernistes ne sauraient se donner pour but de faire une proto-histoire de la construction européenne, le sous-texte de leurs travaux est plus ambitieux et « contemporain » qu’il n’y paraît. À travers l’étude d’unités territorialement et juridiquement diverses et asymétriques, il s’agit de mieux cerner les différentes dynamiques conduisant à créer de l’unité dans la diversité tout en gardant à l’esprit que chaque expérience politique s’inscrit dans un contexte donné et a de fait une durée limitée. Dans cet article, nous aimerions montrer comment l’histoire moderne a pu et – par des travaux récents – semble toujours pouvoir contribuer à une meilleure compréhension des dynamiques de recompositions des États et des unions politiques. Il s’agit de présenter de façon critique l’évolution de l’histoire des États composites modernes, rappeler ses principes, ses résultats et les nouvelles approches et perspectives envisagées. L’Europe moderne se présente en effet comme un ensemble d’espaces politiques par nature composites et non nationaux. L’histoire politique de l’Europe moderne nous permet encore d’envisager la gouvernance globale à la lumière d’une histoire socio-politique des intégrations régionales[1].

En présentant l’évolution d’une historiographie internationale des systèmes politiques composites à l’époque moderne, cet article vise également à dépasser deux limites. La première est celle d’un cadre national d’analyse qui ne peut faire sens à l’époque moderne. Si cette critique est régulièrement formulée, penser en dehors de ce cadre apparaît souvent comme un grand saut dans l’inconnu. Aussi préfère-t-on souvent s’en tenir à une histoire comparée ou une histoire transnationale, qui, sans invalider l’idée de nation, permettent de ne pas s’y limiter. L’écriture et la publication de l’Histoire mondiale de la France s’inscrivant dans le cadre de la campagne présidentielle française de 2017 ont proposé une autre forme d’outil critique à la compréhension des récits nationaux en soulignant le caractère dynamique et polymorphe du territoire nommé « France ». Elles ont aussi pu être perçues comme revalidant un cadre national finalement pertinent pour l’historien. Le succès éditorial français a inspiré d’autres entreprises en Europe et il n’est pas surprenant que les histoires mondiales récemment publiées ou en cours d’écriture soient celles des anciennes métropoles coloniales comme l’Espagne et l’Italie, ou d’unités nationales subjuguées comme la Catalogne et la Sicile[2]. À vrai dire, même lorsqu’il est peu convaincu de sa pertinence, l’historien peine à proposer un discours ne mobilisant pas un cadre référentiel national, soit par défaut d’outil, soit par peur de ne pas être entendu.

La seconde limite découle de la première. La périodisation de la discipline historique est téléologique et liée à l’affirmation des États-Nations. Depuis la guerre froide, l’histoire politique globale a progressivement imposé les années 1750 comme moment de rupture entre Early Modern History et Modern History, en tant qu’amorce de la révolution atlantique et, avec elle, le déclin des empires, l’essor et l’indépendance des États-nations et des démocraties. Il s’agissait ici de contester le monopole de l’idée de révolution aux régimes communistes et de proposer un modèle à la fois libéral et national[3]. En France, cette périodisation est d’autant plus forte qu’elle s’est appuyée sur la construction d’un régime s’inscrivant dans le long antiparlementarisme bourbonien afin de disqualifier les expériences politiques plus récentes et de permettre la réaffirmation d’un État aux principes bonapartistes assumés. Le caractère exclusif de ce cadre référentiel sacralisé par la Ve République et l’enseignement de l’histoire politique de la France à l’école qui lui est associé, biaisent non seulement le travail des historiens mais empêchent aussi de saisir les enjeux auxquels le modèle national fait face[4].

Ainsi nous discuterons de l’évolution de l’histoire politique de l’époque moderne qui a connu un renouveau significatif dans les années 1990 à la suite des travaux de l’historien britannique de l’empire espagnol, John H. Elliott. En 1992, Elliott fixait de façon efficace une définition de la « monarchie composite » qui apparaît ponctuellement dans les champs historiographiques britannique et allemand de l’après-guerre[5]. Ce modèle de l’État composite est à la fois territorial et relationnel. Le travail de chercheur et d’enseignant d’Elliott a eu un impact considérable auprès des historiens ayant été capables de dépasser les références nationales de leur champ disciplinaire. Dans une certaine mesure, « la scuola di Elliott[6] » a aussi permis le renouvellement de l’histoire des empires qui s’est emparé de la perspective cellulaire des unités politiques et a déplacé le regard des historiens des institutions vers les acteurs[7]. Aujourd’hui, le développement d’une histoire transimpériale analysant la construction d’unités économiques, sociales et politiques capables de traverser des espaces divers et asymétriques tout en participant à leur gouvernance nous invite à jouer avec les échelles du politique pour cerner au mieux les dynamiques de recomposition des territoires contemporains.

« Une Europe de monarchies composites » : une histoire intellectuelle de l’Europe du XXsiècle

En 1992, les éditeurs de Past & Present s’excusaient auprès de leurs lecteurs de devoir rompre avec leurs usages en dédiant le numéro 137 à « la construction culturelle et politique de l’Europe[8] ». Pour les historiens britanniques, la récente réunification de l’Allemagne, l’effondrement du bloc de l’Est et la marche à la guerre dans les Balkans ainsi que la perspective d’une ratification immédiate du traité de Maastricht invitaient à la fois à souligner le caractère non naturel de la construction européenne, et les ressources politiques que l’histoire proposait à la gestion du bien commun. Parmi les contributeurs de ce numéro ouvertement pro-européen qui participe également à la commémoration des vingt ans de l’entrée du Royaume-Uni dans la Communauté économique européenne (CEE), John H. Elliott analyse « une Europe des monarchies composites » se caractérisant par « un système mettant en compétition des États nationaux, territoriaux et souverains ». Cet article synthétisait trente années de recherche en histoire moderne et, à l’échelle du monde académique, a été fondateur de toute une façon de faire l’histoire politique de l’Europe moderne depuis.

Elliott part paradoxalement d’un constat d’échec qui conduit l’histoire politique de l’Europe à une diversification de ses territoires. Il décrit ainsi :

« The collapse of any prospect of European unity based on dominion by universal empire or a universal church, followed by the preordained failure of all subsequent attempts to achieve such unity through one or other of these two agencies; and the long, slow and often tortuous process by which a number of independent sovereign states succeeded in defining their territorial boundaries against their neighbours and in establishing a centralized authority over their subject populations, while at the same time providing a focus of allegiance through the establishment of a national consensus that transcended local loyalties[9]»

Si cette logique devait triompher lors congrès de Versailles, Elliott ajoute :

« The development, on the one hand, of multinational political economic organizations, and the revival, on the other, of "suppressed" nationalities and of half-submerged regional and local identities, have simultaneously placed pressure on the nation state from above and beneath[10]»

L’Europe serait entrée en 1992 dans la phase avancée de ce processus. Toutefois, ce roman des nations européennes, John H. Elliott comme Charles Tilly en dénoncent sévèrement les biais en stigmatisant l’incapacité des historiens britanniques à faire une autre histoire que celle de leur pays et en s’interrogeant sur le faible nombre d’études portant sur les unités politiques plus larges, comme l’empire de Charles Quint, souvent réduites à des anomalies ou disqualifiées d’une façon téléologique par leur « échec[11] ».

Le modèle de l’État composite devient évident dès lors que l’historien s’intéresse à l’histoire des parlements, comme le proposait déjà dans l’entre-deux-guerres Émile Lousse. En effet, à bien des égards, le modèle de l’État composite prend forme au cours de l’affirmation des fascismes en Europe. Professeur, à l’Université de Louvain, Lousse oppose au modèle britannique de la Common Law défendu par Helen Cam, un modèle corporatiste de la relation entre le prince et ses états réunis en parlement, plus proche d’une conception de droit romain[12]. Le catholicisme fervent et le positionnement de Lousse à l’extrême droite de l’échiquier politique belge l’ont incontestablement invité à mettre en avant le corporatisme de l’Ancien Régime au moment où celui-ci est idéalisé en Allemagne, en France ou en Italie comme modèle de réorganisation politique de démocraties jugées alors décadentes. Néanmoins, des historiens radicalement hostiles aux sympathies fascistes affichées de Lousse, comme Helli Koenigsberger, ont pu s’appuyer de façon critique sur son travail en actant un gouvernement différencié entre un pouvoir politique patrimonial et les corps s’y associant[13].

En effet, Koenigsberger fait de l’histoire des monarchies composites une histoire politisée de l’Europe. Son parcours en lui-même donne le sens de son œuvre. Né à Berlin en 1918 sur les ruines du Deuxième Reich, il émigre en 1934 aux Royaume-Uni pour poursuivre ses études avant d’en être expulsé en 1939 en raison de son passeport allemand, puis d’y revenir en 1944 comme volontaire dans la Navy. Le sous-texte du travail de Koenigsberger est un mélange complexe entre la condamnation de la Paix de Versailles et celle beaucoup plus explicite des réponses politiques qui ont été apportées par les fascismes. Souscrivant au constat de Lousse sans pour autant épouser ses motivations, le projet intellectuel de Koenigsberger, auquel Elliott adhère pleinement, n’est pas un long requiem pour empires défunts[14]. Il s’agit de mettre les historiens européens devant la réalité du « Monde d’hier » et de dénoncer le caractère fallacieux de la justification du triomphe des nations par un recours à l’histoire socio-politique. Koenigsberger expose le caractère composite de l’ensemble des monarchies européennes, du Royaume-Uni à l’empire ottoman, en passant par les couronnes ibériques des Habsbourg et la France ludovicienne. En 1951, le chapitre 6 de son The Government of Sicily under Phillip II of Spain: A study in the Practice of Empire – publié deux ans après La Méditerranée et le monde Méditerranéen à l’époque de Philippe II de Fernand Braudel – constitue même une démythification précoce de l’absolutisme. Dans une déconstruction du mythe du chef, Koenigsberger y souligne la nécessité face à laquelle se trouve l’historien, tout comme se trouvait Philippe II, de prendre en compte « les forces plus ou moins indépendantes » limitant et participant au gouvernement d’un territoire. Parmi ces forces, Koenigsberger citait les barons, les municipalités, la hiérarchie ecclésiastique, les parlements et l’Inquisition[15]. En cela, il invitait déjà à regarder le monde contemporain sans se laisser prendre au piège du discours unificateur des États-nations, particulièrement fort dans l’Espagne franquiste, reliquat des fascismes contre lesquels Koenigsberger ne cesse de méticuleusement s’opposer[16].

Elliot inscrit donc ouvertement son travail dans la continuité de celui de Koenigsberger. Cela commence par un terrain commun. Au The Government of Sicily under Phillip II of Spain répond the The Revolt of the Catalans : A Study in the Decline of Spain, 1598–1640 qu’Elliott tire de sa thèse en 1963. Pour les deux auteurs, il est évident que l’intérêt qu’ils portent à la couronne d’Aragon n’est qu’un prétexte à une réflexion plus globale sur la place du consentement à l’impôt et du dialogue politique dans des espaces régionaux intégrés sapant les fondations de l’histoire d’une Espagne ayant vocation à naturellement s’unifier. À l’heure d’un franquisme triomphant, Elliott rappelait qu’au XVIIsiècle, « le futur de la monarchie espagnole demeure une question ouverte » et que l’union des couronnes ne faisait pas une nation[17]. Il montre notamment que l’effondrement du système commercial hispano-américain a poussé la couronne de Castille à demander un effort fiscal supplémentaire à celle d’Aragon qui avait été exclue des bénéfices de la colonisation américaine. Auparavant autonome grâce à ses revenus américains, la couronne de Castille doit alors composer avec son déni de réalité et les Habsbourg d’Espagne assumer le caractère composite de leur empire. Ensemble, Koenigsberger et Elliot refusent de rechercher les genèses du nationalisme pour mettre en lumière la gouvernance et le gouvernement de territoires asymétriques par une même autorité politique. Ce gouvernement n’a pas vocation à générer une homogénéisation des espaces sur lesquels il s’affirme. Le lien que chaque corps politique tisse avec son souverain est unique et indépendant des liens que ce même souverain peut tisser avec d’autres corps politiques. Poussant au bout cette logique, Pieter Judson en venait récemment à relativiser l’échelle des États, trop suspecte d’encourager à une analyse nationaliste, pour privilégier les relations entre l’empereur d’Autriche et les communautés locales des différentes composantes de son empire[18].

Aussi en 1992 Elliott élargit-il la portée critique de son travail et distingue deux formes d’association entre un prince et un corps politique[19]. Cette typologie est la base de la distinction de deux modèles contemporains de la construction européenne : l’Europe fédérale et l’Europe des nations. La première est une « union accessoire ». Elle désigne l’incorporation intégrale d’un territoire à celui que le prince possède en bien propre. Elliott rappelle en cela que les vice-royautés du Mexique et du Pérou font partie de la couronne de Castille et que, jusqu’au XVIIIsiècle, elles entretiennent un lien théoriquement plus étroit avec Madrid que Barcelone, Valence ou Naples[20]. Il en va de même pour le Pays de Galles uni à la couronne d’Angleterre en 1536 et 1543, contrairement à l’Écosse. En effet, la seconde forme d’union s’effectue aeque principaliter. Les unités politiques conservent leurs lois et privilèges sous le gouvernement d’un même prince. Pour reprendre le modèle d’Ernst Kantorowicz, le corps physique du prince est unique ; son corps symbolique est pluriel[21]. L’union du duché de Bretagne au Royaume de France en 1491, des couronnes d’Aragon et de Castille en 1516, celles d’Angleterre et d’Écosse en 1603, ou de Bohême et de Hongrie à plusieurs reprises par les Jagellon puis les Habsbourg n’entraînent pas l’intégration légale des territoires ni même la nécessité de coordonner le gouvernement des composantes d’une même monarchie[22]. Bien entendu, ces deux principes juridiques restent théoriques. Ils ne sont pas exclusifs et peuvent être cumulés. Ils constituent des « registres impériaux » qui s’adaptent à des situations d’énonciation de la légitimité politique[23]. De plus chaque union répond à une tension entre une volonté d’intégration et un souci de préservation de privilèges. Comme le décrit Jean-Frédéric Schaub, le Portugal offre un exemple archétypal de la combinaison de ces configurations :

« L’incorporation de la couronne de Portugal à la monarchie hispanique relève donc à la fois de la succession, de la conquête et du contrat. Pour s’assurer que l’amarrage tiendra, Philippe II noue donc trois liens qui selon les circonstances pouvaient se renforcer les uns les autres, ou, à l’inverse, se contrarier. Soixante ans plus tard, en 1640, on le sait, toutes les attaches ont lâché[24]. »

Une remise en cause des privilèges concédés peut entraîner la révolte des territoires associés, c’est-à-dire une négociation des termes de cette association.

L’union peut être temporaire et le contrat sur lequel elle se base doit être régulièrement refondé. Ce principe a eu un écho non négligeable auprès des historiens de l’Europe centrale tout au long de la guerre froide puisqu’il faisait de la négociation du rapport entre chaque démocratie populaire et l’URSS un principe fondamental de la survie du « bloc de l’Est ». Aussi en parallèle de toute une recherche se portant sur le laboratoire ibérique, les travaux de l’historien hongrois Béla Köpeczi et de l’historien tchécoslovaque Josef Macek – qui sont parmi les rares auteurs dont les textes ont été relayés en France par l’École des Annales – l’attestent d’une façon particulièrement forte, même si l’entrée des royaumes de Bohême et de Hongrie au sein d’une monarchie composite des Jagellon puis des Habsbourg marque dans les récits nationaux que ces deux auteurs forgent le début d’une période de déclin. Le bon prince constituerait dans cette histoire une autorité discrète et distante, seule garantie de la préservation des constitutions des royaumes respectifs. Le non-respect de ces droits justifie la révolte, si ce n’est le changement d’allégeance. Ce n’est qu’en 1984, et en français, que Macek – soutien d’Alexander Dubček au Parlement tchécoslovaque de 1964 à 1968 – publie son Histoire de la Bohême des origines à 1918. Il la projette dans la continuité de l’histoire des membres de la CEE[25]. Le travail de Köpeczi se rapproche quant à lui plus explicitement de celui d’Elliott et de son élève Robert W. Evans qu’il a pu découvrir lors de ses séjours à l’École normale supérieure (ENS) par l’intermédiaire de Jean Bérenger[26]. Son Histoire de la Transylvanie – dirigée et publiée en Hongrois en 1986 alors qu’il était ministre de la culture de György Lázár – est une tentative de replacer l’histoire de cet État composite au sein d’unions politiques plus larges à laquelle il a appartenu (royaume de Hongrie, empire ottoman, royaume de Roumanie, etc.). La démarche est similaire à celle développée par Elliott sur la Catalogne, dans le sens ou Köpeczi renvoie dos-à-dos – du moins dans la versions française – les récits nationaux hongrois et roumain qui s’emparent de façon conflictuelle de l’histoire de la Transylvanie dans une « recherche de l’objectivité » et le refus du « finalisme, qui projette dans le passé les conditions ethniques et politiques de la fin du XXe siècle », ce qui est pour Köpeczi chose « inacceptable ». En effet, la préface à l’édition française et abrégée de 1992 répond autant aux accusations d’une entreprise revancharde portée par les institutions officielles roumaines qu’elle justifie l’incohérence ponctuelle des contributions participant à une histoire en plein renouvellement. Köpeczi remet aussi en cause de façon plus importante la dimension d’échelle des monarchies composites en montrant la pertinence de la notion au niveau du bassin du Maros et de la Tisza. La Transylvanie en serait le modèle, et les contributeurs de l’histoire que Köpeczi dirige « soulignent comme une assertion fondamentale tirée des expériences historiques que l’intérêt de chacune des nations veut la coopération et que la condition absolue en est la reconnaissance et le respect respects réciproques de leurs droits collectifs et individuels, de leurs langues, leurs cultures et leur passé[27] ».

En Europe centrale et orientale, l’histoire des monarchies composites est progressivement délaissée pour la portée critique qu’elle représente à l’égard du bloc de l’Est et devient un outil permettant de reconnecter les démocraties libérales des années 1990 avec celles de l’Union européenne. Les recherches d’Evans déclinant dans la monarchie des Habsbourg d’Autriche le modèle d’Elliott, en insistant particulièrement sur le rôle de la religion dans la définition des espaces régionaux, en a constitué le socle. Le projet européen European Resarch Council (ERC) « Jagiellonians : Dynasty, Memories, Identity in Central Europe », dirigé depuis Oxford par Natalia Nowakowska et achevé en 2018, en est peut-être l’exemple le plus abouti de par sa volonté d’articuler ensemble fonctionnement d’un État composite et stratégies mémorielles ou d’oubli de cet État. C’est aussi la promotion d’une Europe de Visegrád, c’est-à-dire d’une Europe des nations, parlementaire et chrétienne se construisant par l’Europe continentale et dénonçant la distinction entre Europe occidentale et Europe centrale[28].

Des États composites mais intégrés : l’histoire de l’Europe à l’ombre des empires

En analysant d’un point de vue juridico-politique les processus d’agglomération des territoires, l’histoire des monarchies composites a également ouvert la voie à la nouvelle histoire des empires, notamment si on prend en compte le souci d’Elliott d’étudier « l’utilisation du patronage pour gagner ou conserver la loyauté de la vieille élite administrative et politique[29] », soit ce que Jane Burbank et Frederick Cooper appellent « les politiques de la différence » relayées par les intermédiaires[30]. Comme Elliott le souligne encore dans son essai sur le gouvernement du comte d’Olivares, principal ministre de Philippe IV, « les conditions du dix-septième siècle rendent totalement inatteignable l’ambition d’établir une distinction entre patronage et gouvernement. Le gouvernement dépend du patronage[31] ». Si la question du patronage établit le primat de la gouvernance sur le gouvernement – mais cette distinction ne fait non plus aucun sens à l’époque moderne –, il ne s’agit pas uniquement d’étudier le rapport des corps constitués au prince. La multiplication des blocages parlementaires au sujet d’une demande croissante de levée d’impôts par les souverains aux XVIIe et XVIIIe siècles pousse ces derniers à délaisser partiellement la voie parlementaire et à recourir à des acteurs « non étatiques » afin de s’assurer un revenu leur permettant de se ménager une marge d’action indépendante des corps constitués[32].

Aussi, à l’époque moderne, gouverner est-ce mobiliser ses ressources économiques et sociales privées au service des affaires publiques en échange de revenus tirés de la gestion de ces affaires[33]. Le patronage est un élément constitutif des politiques de différence qui visent à établir un lien personnel entre une autorité souveraine et les communautés ou intermédiaires avec lesquels elle gère de façon asymétrique les différents territoires qu’elle est parvenue à agglomérer. Loin de n’être qu’un ensemble artificiel de nations, l’État composite est un espace interrelationnel structuré par des unités socio-politiques et son étude appelle à une histoire sociale. Répondant en 2018 à la question que Goethe posait en 1808 : « Le Saint-Empire romain, comment tient-il encore ensemble ? », Claire Gantet et Christine Lebeau présentent le Saint-Empire comme un ensemble « de multiples liaisons politiques, sociales, familiales (qui) empruntent les circuits d’Empire. L’histoire du Saint-Empire ne se joue pas seulement au niveau de l’empereur et des princes ou dans le dualisme austro-prussien ou à travers les multiples jeux d’imitation et de concurrence entre territoires. De Hambourg à Trieste, d’Anvers à Vienne, les institutions impériales structurent l’espace politique et social, imprègnent les pratiques et même les consciences et forment la société d’Empire, un ensemble de solidarités, de hiérarchie et de normes communes[34] ». Si les historiens du Saint-Empire ont significativement contribué à la compréhension des intégrations régionales par le droit, Gantet et Lebeau insistent également sur l’apport d’une histoire sociale française dans l’analyse de l’espace politique germanique[35].

Dans une perspective similaire, l’histoire de l’empire ottoman actuellement en plein renouvellement – et trop longtemps perçue comme exceptionnelle dans la tradition académique française – permet d’améliorer notre compréhension du fonctionnement des monarchies européennes par le biais du patronage. Grâce à une micro-histoire politique, elle conduit à souligner que ce ne sont pas tant des territoires que des maisons – au sens anthropologique le plus étroit – et l’ensemble des mondes sociaux qu’elles investissent et structurent qui sont associées au gouvernement[36]. Au XVIe siècle, le cas du gouvernement politique et économique de la Roumélie (recouvrant les provinces européennes de l’empire) par la famille Sokolović est particulièrement éclairant. La bataille de Kosovo Polje de 1389, puis celle de Jajce de 1463, inaugurent en Europe du Sud-Est une politique d’association des élites au gouvernement du Sultan et notamment les chevaliers de Bosnie qui se sont rendus à Mehmet II sur le champ de bataille en 1463, à l’exemple de l’oncle de Mehmet Sokollu[37]. La conversion de ce dernier a permis à ses enfants et petits-enfants de faire carrière au service du Grand Seigneur, Hussein Bey, occupant par exemple et successivement les pachaliks d’Égypte, de Damas et de Bosnie. Mehmet Sokollu est, quant à lui, né en 1498 d’un père orthodoxe, Dimitri Sokolović, et fut élevé dans cette religion avant d’être enrôlé dans le devșirme (« collecte » des futurs janissaires et serviteurs du sultan) de 1516. Il se distingue au service de Suleyman Ier qui le nomme en 1551 beylerbey (gouverneur) de Roumélie, ayant ainsi sous son autorité les pașa-s des Balkans. Ce statut lui permet de siéger au divan dont il franchit progressivement les étapes des différents vizirats sous la protection d’un serbe de Croatie, le Grand Vizir Rüsten Pașa. Il lui succède en 1565 après un autre serbe de Bosnie, Semiz Pașa. Cette nomination est l’aboutissement d’une incorporation progressive de la famille Sokolović à la maison d’Osman, via les clientèles d’élites globales tant implantées en Serbie qu’à Istanbul. En effet, devenu beylerbey de Roumélie, Mehmet donne sa sœur à marier au pașa de Bosnie, qui n’est autre que son neveu Sinan, frère d’Hussein Bey. Il nomme également son frère Makarjie à la tête du patriarcat orthodoxe de Peć au Kosovo en 1557. La renaissance du patriarcat de Peć permet d’encadrer, et donc de contrôler, le développement du commerce des marchands serbes dans les nouveaux territoires conquis par Suleyman, notamment dans le pachalik de Bude (Hongrie centrale) annexé en 1541. L’étape ultime de cette intégration est le mariage en 1562 de Mehmet Sokollu avec Ismihan, fille de Selim II et sœur Murad III que Mehmet Sokollu sert jusqu’en 1579. La famille Sokolović et ses clients sont, comme d’autres partout en Europe, associés de façon intéressée au gouvernement de la maison régnante et c’est par cette association que le prince gouverne. Son patronage structure l’espace conquis et elle se rétribue par les bénéfices qu’elle en retire. La maison régnante peut ainsi compter sur les ressources militaires, fiscales et marchandes de la famille pour contrôler et développer ses territoires[38].

Loin de ne se limiter qu’au monde ottoman, le système clientéliste développé dans cet exemple nous invite plus généralement à repenser l’« État » – ou ce que l’Encyclopédie nommait « le gouvernement » – comme un agglomérat asymétrique de différents groupes organisés en maison et mutuellement intéressés à leurs succès respectifs. Son autorité s’arrête géographiquement avec sa capacité à intéresser des individus et des communautés locales et à participer à son entreprise politique. Il repose sur « une collaboration sociale » ou un « partenariat », pour reprendre les expressions respectives de William Beik pour la France et d’Ali Yaycioglu pour l’empire ottoman, entre la maison d’un prince et des corps constitués, des corps intermédiaires, voire des entrepreneurs privés[39]. Tenter de changer de partenaire et donc d’associer de nouveaux groupes à son gouvernement pour se délier de ses obligations à l’égard d’autres, c’est la violente histoire de l’absolutisme « éclairé ». Toutefois, comme l’histoire des révolutions, celle de l’absolutisme doit également s’envisager par le biais de la circulation des réformateurs et des projets de réformes, ainsi que par celui d’une émulation entre les administrations s’adressant par les réformes qu’elles engagent autant aux sujets de leurs états qu’à « la société des princes[40] ». À propos de la déposition de Selim III en 1807, Aysel Yildiz rappelle en effet la nécessité d’inscrire cette histoire de la gouvernance dans un contexte global, comme Koenigsberger et Elliott avant lui, et dans le cas de l’histoire ottomane – mais ce constat est généralisable – à sortir d’une histoire à huis clos des aires régionales et des empires[41].

On retrouve un constat similaire dans le travail classique de William Beik sur l’organisation de la société française sous Louis XIV. Battant en brèche l’approche dominante dans l’historiographie française construite par Voltaire et reprise par les historiens de la Troisième République, Beik écrivait en 1996 :

« Most commentators tend to stress the innovative and to focus on the central government. To grasp the larger picture, we must look more closely at the connections between these innovations and the traditional social order, and we must reconsider the way we analyse the subject. We must first understand by “aristocracy” or “ruling class” not a few hundred courtiers at Versailles and certainly not the “order” of the nobility, but a national hierarchy of beneficiaries of privilege, special advantage, and authority derived from status attached to persons, including the traditional nobility, the robe nobility, those commoners enjoying privileged positions, and the Church hierarchy. Second, we must remember the vastness of the country and think of France not as an idea in the minds of ministers but as a set of dispersed, overlapping power centers whose parts interacted. We hear so much about the etiquette at Versailles that we are inclined, like Norbert Elias, to confuse the social games of the court with the power structures of the society[42]. »

Face à une telle révolution de l’histoire de l’Ancien Régime français, le livre de Katia Béguin sur la maison des princes de Condé en 1999 puis l’essai en 2002 de Fanny Cosandey et Robert Descimon permettaient de sortir l’histoire du règne de Louis XIV du cadre interprétatif imposé par la VRépublique en démystifiant l’absolutisme ludovicien. Ils réalisaient l’ouverture de l’historiographie française basée sur les travaux de Pierre Goubert et de Denis Richet aux apports des historiens anglo-saxons, plus sensibles à l’histoire politique des parlements et des corps intermédiaires. L’absolutisme ne se lit pas tant par le centre que par les provinces. Cosandey et Descimon soulignaient même le caractère anachronique et inapproprié du concept d’absolutisme qui ne permet pas de saisir l’ensemble des dynamiques politiques de la France moderne. Ils invitaient de plus à rompre avec le roman de la construction de l’État moderne, si ce n’est de la nation française. L’absolutisme des Bourbon est d’autant plus politiquement violent en France qu’il est soutenu par des groupes sociaux intéressés à son succès car n’ayant pas la main sur les parlements et donc sur l’organe institutionnel du consentement à l’impôt, et parfois au champ d’action dépassant les frontières du royaume. Tout comme dans l’Angleterre du XVIIe siècle dont la mémoire est omniprésente chez les philosophes des (anti-) Lumières, ces groupes soutiennent financièrement le projet absolutiste afin d’assurer l’autonomie financière de la maison royale et d’éviter tant que possible de passer par les parlements pour lever l’impôt[43].

Cette perspective relationnelle a aussi permis de nuancer une approche opposant de façon trop caricaturale le souverain et ses parlements. La remise en cause du modèle de Norbert Elias a été particulièrement forte chez les historiens de la monarchie des Habsbourg comme Jeroen Duindam ou Eric Hassler. En faisant de la cour une unité politiquement distincte du gouvernement, Duindam la définit comme un espace intermédiaire et de négociation où les membres du gouvernement et des parlements se côtoient, discutent, s’opposent, s’allient et participent à une communication politique commune validant, à Versailles comme à Vienne, l’idée de monarchie[44]. Hassler, quant à lui, reprend l’idée développée avant lui par Winkelbauer et Mat’a d’une noblesse associée au gouvernement de la monarchie, à laquelle il ajoute celle d’une noblesse intégratrice des composantes territoriales. Le réseau aristocratique, « clef du système », permet à une même maison de gérer ses états, d’être présente et influente à la cour de Vienne, parfois de gouverner, et active au sein de la ou des diètes auxquelles elle siège. Hassler en ce sens va même jusqu’à présenter Prague ou Innsbruck comme des cours virtuelles où la vie sociale, culturelle et politique des états de Bohême et du Tyrol se perpétue malgré l’absence physique du prince, ce qui est déjà une forme d’affirmation du caractère composite d’un espace asymétriquement gouverné et l’adhésion à ce système[45]. Dans une comparaison entre l’Europe et la Chine moderne, Duindam le synthétise ainsi :

« A gradual revision of European ‘absolutism’ took shape in the last decades of the twentieth century largely on the basis of research in archives that added regional and elite perspectives to the top-down monarchical view. The language of fidelity and subservice went together with a keen defence of local coporate interests. While the monarchical state harshly punished open defiance, it accepted regional elites as necessary partners in government, as a rule accommodating local interests and rights. At the heart of the monarchical state a similar pattern predominated: open challenges were never tolerated, but loyal supporters were granted with extensive rights. The household, long understood as a gilded cage where once-powerful nobles were captured in a contest of vain honours, was never wholly detached from governance[46]»

Une autre forme d’intégration passe par l’interdépendance économique des composantes de l’ensemble ou d’une partie de la monarchie composite. Cette approche a longtemps été déconsidérée en raison de l’aspect fragmentaire des états. Néanmoins, elle a permis notamment de réviser l’histoire de la circulation des grains à l’image du projet « Integration and Growth: Capital and Grain Markets in Central Europe, 14th to 18th centuries » développé à la London School of Economics (LSE) entre 2011 et 2014 par Max-Stephan Schulze et Oliver Volckart et portant essentiellement sur les territoires germanophones de la vallée du Rhin. En étudiant l’évolution du prix des grains, ils soulignent que l’intégration des « marchés financiers » précède celle de ceux des produits dans un espace politique très divisé dès la fin du Moyen Âge. Ce projet marque notamment l’arrivée en force de l’économétrie en histoire moderne, et par cette méthode, la possibilité de revisiter l’histoire des intégrations régionales[47]. Néanmoins, comme le précise Regina Grafe, l’étude de la circulation des grains, ou celle de l’évolution de leur prix, sont fortement biaisées par l’intervention régulière à l’échelle locale des autorités politiques afin de prévenir ou de répondre aux crises frumentaires. En se concentrant notamment sur le commerce de la morue entre les vice-royautés américaines et le royaume de Castille puis d’Espagne au XVIIIe siècle, Grafe rend compte du lent processus d’intégration des marchés de la monarchie espagnole à la lumière des réformes bourboniennes. Grafe considère que c’est la diversité juridique de la monarchie et non le conflit entre la couronne et les corps constitués qui constitue un obstacle à ce processus. Aussi plus qu’une intégration de l’ensemble de l’empire, elle présente l’Espagne comme un agglomérat d’intégrations économiques provinciales réussies. Ici, la chute du centre n’entraîne pas celle des « périphéries » et, en 1805, les composantes de l’Amérique espagnole sont plus intégrées économiquement et financièrement entre elles qu’avec la métropole. Ce sont là les origines économiques du bolivarisme[48].

De façon plus générale, cette approche économique rend compte d’un intérêt de plus en plus grand pour l’histoire des flux, qu’ils soient financiers, matériels ou humains. L’histoire des États composites doit prendre aujourd’hui en compte les relations entre les ensembles intégrés différents et différemment intégrés. C’est aussi par le biais de projets collectifs que ces travaux peuvent émerger et conduire à des avancées significatives à l’image du décloisonnement de l’histoire de la Méditerranée moderne réalisé au sein de l’ERC « Mediterranean Reconfigurations » dirigée par Wolfgang Kaiser entre 2012 et 2018. Les flux ne génèrent pas seulement des données mais des interactions qui produisent un espace relationnel dynamique et intégré presque affranchi de la topographie qui, selon Braudel, caractérisait le monde méditerranéen. Pour observer ces interactions, l’échelle de l’état ou de la province est souvent peu pertinente si bien que la ville, la diaspora ou la galère constituent autant des acteurs que des espaces propres à intégrer des territoires soumis à des régimes et des autorités monarchiques différents[49]. Ces travaux dé-nationalisent autant qu’ils dé-méditerranéisent l’histoire de la Méditerranée, dans la mesure où ils interrogent la pertinence des aires régionales académiquement reconnues. En 2015, le Journal of Early Modern History pouvait ainsi proposer un numéro spécial consacré aux intermédiaires diplomatiques qui, à l’époque moderne, permettaient un dialogue entre mondes chrétiens et musulmans, mais aussi faisaient s’entremêler les mondes marchands, religieux, militaires et politiques de part et d’autre de l’espace Méditerranéen. L’International History Review dans un numéro spécial de 2019 franchissait une étape supplémentaire en confrontant deux histoires modernes inter-régionales, l’une comme produit de l’action des intermédiaires et l’autre comme d’interdépendances multiples des espaces politiques en raison des mondes sociaux qui les traversent[50].

L’histoire des États composites est alors décomposée au profit d’une histoire qualifiée de transnationale, transimpériale, voire transrégionale, c’est-à-dire une histoire des acteurs, de leurs cercles d’appartenance, et des espaces relationnels qui résultent de leurs différentes mobilités et de leurs différentes activités[51].

Des intégrations transimpériales : le cas des relations habsbourg-ottomanes et au-delà

Décrire une monarchie comme un agglomérat de communautés relationnelles intéressées nous conduit donc à envisager différemment les relations extérieures des maisons régnantes et les intégrations régionales que ces relations produisent. En mettant l’accent sur les acteurs, « la nouvelle histoire diplomatique » a progressivement abandonné l’idée de cerner des relations entre des pseudo-états pour s’intéresser à celles tissées entre des maisons régnantes. Pour des historiens comme Christian Windler ou Hillard von Thiessen, cette nouvelle histoire diplomatique est donc de fait une histoire sociale propre à renverser une série d’idées reçues sur les limites culturelles des intégrations régionales[52]. Dans cette dernière partie, nous montrerons comment une étude des acteurs évoluant entre les empires habsbourg et ottoman au XVIIIe siècle permet de proposer une histoire régionale intégrée entre mondes chrétiens et musulmans[53].

Parmi la diversité des mondes sociaux traversant les empires, marchands et diasporas occupent une place particulièrement importante. Le récent essai de synthèse de Mathilde Monge et Natalia Muchnik constitue une invitation à faire une histoire de l’Europe par celle des mobilités économiques et/ou forcées[54]. On retrouve cette perspective notamment dans le projet ERC « LuxFaSS », dirigé par Constanța Vintilă-Ghițulescu, qui insiste sur la nécessité de saisir les relations entre les empires d’Europe centrale à travers les circulations et les transferts plus que par la lorgnette réductrice du conflit[55]. Il s’agit ici de renouveler – et peut-être aussi de mettre à mal – certains postulats propres à l’histoire des diasporas telle qu’elle s’écrit en Europe centrale et Sud-orientale depuis les années 1980, et dont les contributions récentes attestent encore de la vitalité. En prise avec des questions identitaires saillantes, cette histoire peine en effet à dépasser un certain huis clos communautaire, celle d’une nation sans État. Elle présente également la spécificité de minorer l’importance des empires habsbourg et ottoman, quand elle ne se construit pas explicitement contre l’existence de ces empires. En effet, l’histoire de la diaspora grecque dont l’appartenance d’une grande partie de ses membres à l’empire ottoman n’est que discrètement évoquée, peut raisonnablement être lue comme une tentative de discréditer ce même empire, et nourrir l’idée de son illégitimité et de celle d’États musulmans en Europe[56]. Certains auteurs, tel Marco Dogo et plus récemment Mária Pakucs, ont refusé d’adhérer à ce projet pour évaluer l’importance de l’appartenance ottomane des agents des diasporas marchandes opérant dans les monarchies chrétiennes de l’Europe continentale moderne[57]. Au regard de travaux récents sur Vienne, il serait même peu pertinent d’accentuer les différences entre les marchands arméniens, juifs, musulmans, orthodoxes issus de l’empire ottoman et commerçant dans la monarchie des Habsbourg. Reposant pour l’essentiel sur des cellules familiales, ces marchands bénéficient en raison de leur qualité d’Ottoman d’un droit de circulation et de commerce de plus en plus étendu au fil du XVIIIe siècle dans l’empire des Habsbourg. Cela leur permet de construire et d’irriguer des routes marchandes intégrant la Méditerranée orientale, l’Adriatique, les Balkans et l’Europe centrale. S’il y a bien au XVIIIe siècle entre Vienne, Istanbul et Venise une tentative d’homogénéisation du droit au commerce, les marchands continuent néanmoins d’être actifs en se montrant capables de s’adapter à des empires composites, divers et asymétriques dans leur diversité. Cela n’apparaît possible qu’en considération des différents cercles d’appartenance qu’ils développent et peuvent mobiliser en fonction de leurs besoins et capacité. Ces cercles d’appartenance définissent selon Simona Cerutti « la condition d’extranéité » d’un individu, c’est-à-dire sa capacité à évoluer dans un endroit donné. Pour Cerutti, l’étranger n’est pas à l’époque moderne celui qui vient d’ailleurs mais celui qui souffre d’un déficit d’appartenance aux différentes communautés socio-juridiques composant les villes de l’Europe moderne[58]. La diaspora n’est qu’un de ces cercles parmi d’autres[59]

De façon plus générale, l’histoire des relations entre les empires habsbourg et ottoman est une contribution au renouveau de l’histoire de la famille. Aux familles marchandes dont il y a finalement peu de surprise à découvrir qu’elles sont transimpériales, s’ajoutent des familles nobles qui parfois en sont issues. Les essais de Natalie Rothman et de Noel Malcolm sur les acteurs transimpériaux insistent fortement sur les implantations familiales multiples de la petite noblesse adriatique entre Venise, l’empire ottoman et celui des Habsbourg. Cette diversité constitue la richesse sociale de ces agents pouvant servir comme interprètes, secrétaires, officiers ou diplomates à l’image de la famille Mamuca della Torre capable de passer à la fin du XVIIe siècle du service du sultan à celui de l’empereur sans pour autant couper ses liens avec le Divan[60]. Considérée à l’ensemble des échelles qu’elle permet d’aborder, la micro-histoire laisse constater que l’intégration des empires par les familles aristocratiques qui s’y déploient n’est que la continuation de l’intégration des différents territoires composant chacun de ces empires. Aussi la famille Rossetti de Scander, ancienne famille marchande génoises, installée à Fiume puis à Trieste et anoblie en 1775, appartient-elle à la fois aux empires habsbourg, ottoman et vénitien tout autant qu’elle se montre capable d’intégrer la noblesse du Frioul, du Brabant et de Basse-Autriche. Elle participe à la consolidation de liens socio-économiques entre et à l’intérieur des empires où elle évolue. Elle le fait d’autant plus aisément que ses ressources sociales sont sollicitées par Vienne et mises au service des politiques intérieures et extérieures de la maison d’Autriche, et d’un gouvernement au sein duquel les Rossetti de Scander obtiennent des responsabilités. À Vienne comme à Trieste, ces familles transimpériales qui émergent au début du XVIIIe siècle sont aussi les protecteurs des marchands ottomans auxquelles elles peuvent être économiquement et socialement liées[61].

En effet, à bien des égards, ces familles transimpériales tiennent autant qu’elles tissent les relations politiques austro-ottomanes. Leurs membres sont autant mobilisés pour leurs compétences et surface sociale que la cour de Vienne et le Divan se branchent sur les mondes sociaux que ces familles organisent. Tout comme à l’échelle d’une monarchie composite, gouvernement et gouvernance se confondent à l’échelle des relations entre les puissances. Une étude des délégations ottomanes à Vienne et des délégations habsbourg à Istanbul permet non seulement de souligner la grande familiarité entre les agents et les cours qu’ils fréquentent mais aussi de constater une certaine intégration des Ottomans à la cour de Vienne et des Habsbourg au milieu diplomatique d’Istanbul[62]. Le modèle d’intégration le plus poussé intervient à la fin du XVIIIe siècle avec le retour sur le Bosphore de l’internonce – représentant de l’empereur – Peter Herbert von Rathkeal. Fils d’un père jacobite mort en exil et d’une grecque catholique de Péra, Herbert épouse à Vienne une baronne du Saint-Empire sous la protection d’une des plus puissantes familles de la monarchie, les comtes de Cobenzl. Sujet britannique, ottoman et habsbourg à la fois, à Péra Herbert développe son patronage sur la paroisse catholique de Sainte-Marie Drapéris, paroisse des plus influentes familles de drogman d’Istanbul, et sur les marchands ottomans commerçant entre les empires habsbourg, ottoman, britannique et moghol. Herbert devient également actionnaire de la Levant Company britannique dont il tire des revenus considérables et supérieurs à ceux de sa charge diplomatique. Cela lui permet depuis le début des années 1790 d’amorcer un rapprochement personnel scellé par des alliances et des investissements entre le Divan et les corps diplomatiques habsbourg et britannique dont les rouages n’ont plus qu’à être actionnés par les cours respectives au moment de l’invasion de l’Égypte par Bonaparte en 1798. Les clientèles des agents diplomatiques austro-ottomans permettent de générer cette synergie des intérêts entre les acteurs privés recherchée par les cours. Elles se présentent comme étant des facteurs de paix et de prospérité pour l’ensemble des acteurs impliqués[63].

Il résulte de ces dynamiques l’émergence de villes transimpériales. Comme le laisse présumer le cas de Péra, ces villes catalysent les différents intérêts socio-économiques des acteurs opérant au-delà des empires habsbourg et ottoman. Trieste en est un exemple particulièrement frappant. L’essor économique et démographique de la ville participe d’un effet d’engrenage entre les deux empires. La liberté de circulation accordée aux sujets catholiques du Sultan au sein des territoires gouvernés par la Maison d’Autriche est élargie en 1718 à l’ensemble des Ottomans par le traité de Passarowitz. Ce traité est négocié en même temps que sont entamées des négociations entre l’empereur et la municipalité de Trieste au sujet de l’opportunité de créer un port franc en Adriatique. Les patentes des 15 et 18 mars 1719 qui établissent et régissent le fonctionnement du port franc se présentent comme de quasi-décrets d’application du traité de Passarowitz de 1718 et ont d’abord pour objectif d’encadrer les échanges maritimes entre l’empire habsbourg et les ports ottomans. Dès les années 1720, des familles marchandes d’Adriatique sont invitées à déplacer leurs activités à Trieste et, en 1732, une nation « grecque et ottomane » y est placée sous la protection d’un consul. En 1751, elle reçoit des statuts qui l’organisent et est placée sous la protection de la famille Mamuca della Torre, elle-même encore implantée entre les deux empires[64]. De par l’importance grandissante qu’elle prend et les opportunités économiques qu’elle génère, Trieste est de plus en plus étroitement connectée à Vienne et à Istanbul par le biais des clientèles marchandes et diplomatiques déjà en place entre les deux cours. Les revenus générés par le commerce triestin permettent par exemple aux comtes de Cobenzl basés dans la ville voisine de Gorizia d’accéder aux principaux postes de gouvernement dans la seconde moitié du XVIIIe siècle et par le biais de leur client Peter Herbert von Rathkeal de mettre la main sur le très lucratif poste diplomatique d’Istanbul. Ce clientélisme transimpérial autorise Trieste, dès les années 1780, à profiter du détournement du commerce de l’East India Company. Capté par les marchands britanniques à Bassora, ce commerce est reversé en Méditerranée à Alep et pris en charge par des marchands ottomans et des marchands britanniques. Ces derniers sont souvent dotés d’une lettre de naturalité délivrée par l’empereur leur assurant sa protection et blanchissent leurs cargaisons à Alexandrie avant de regagner Trieste où sont implantés des consuls triestins de la monarchie des Habsbourg[65].

À cet emboîtement des empires à l’échelle globale qui complexifie l’histoire diplomatique classique de l’époque moderne s’ajoute une diversité des appartenances à l’échelle urbaine qui permet de comprendre le fonctionnement d’une ville de plus en plus diverse, et si ce n’est, elle aussi, composite. Avec la création du port franc, la municipalité de Trieste doit composer avec des nouvelles institutions dépendant directement de Vienne ; les institutions viennoises et communales entrent rapidement en conflit. En reconnaissant progressivement à des marchands installés à Trieste le droit de s’organiser en nation et de se doter d’un consul, l’autorité impériale ne fait que multiplier les corps constitués au point que, dans les années 1770, aux yeux du gouverneur de la ville, la commune n’est plus qu’un corps constitué parmi d’autres avec lequel il doit gouverner. Toutefois, la binarité de cette histoire institutionnelle qui tend à opposer la ville et le port franc ne résiste pas à l’histoire sociale. De nouveau, la famille Rossetti de Scander atteste la façon dont la diversification institutionnelle de Trieste s’accompagne de la diversification des cercles d’appartenance de ses acteurs. Si à partir de 1719 Giovanni Baptista est un marchand installé à Fiume au service d’une compagnie à privilèges délivrés par les Habsbourg et commerçant avec l’empire ottoman, son fils Antonio se présente dans les années 1750 comme un marchand privé. Il possède une entreprise et investit ses revenus dans le commerce. En 1775, il intègre la noblesse des états héréditaires des Habsbourg, puis dirige la bourse du commerce. Sa noblesse devient héréditaire en 1779 et, en 1780, il intègre les institutions communales et siège au Conseil des patriciens. Descendant par sa mère d’une branche liée à la famille de Georges Kastriot Skanderberg, Antonio se fait encore le protecteur des marchands grecs orientaux – essentiellement vénitiens et ottomans naturalisés ou non – de Trieste en favorisant l’érection d’une nouvelle église sur sa propriété en 1782. Ses deux fils aînés poursuivent l’institutionnalisation de la puissance sociale de la famille du vivant même d’Antonio en devenant respectivement comte et consul de Modène à Trieste et consul de Gênes à Trieste, Gênes étant au XVIIe siècle la ville d’origine de la famille. À l’échelle de la ville de Trieste, la gouvernance ne se fait pas contre les corps constitués mais par la pénétration de ces corps par des acteurs capables de les lier entre eux en mobilisant les ressources nécessaires pour participer au gouvernement de la ville et de la monarchie autrichienne et des différentes puissances intéressées à son succès[66].

Les dynamiques d’intégration d’espaces transimpériaux n’apparaissent pas comme étant celles d’un effet d’engrenage qui intègrerait en lissant. Au contraire, elles renforcent d’une certaine mesure le caractère composite des unités politiques qu’elles concernent en étant portées par la diversification des appartenances de ses acteurs.

L’histoire moderne apporte aujourd’hui des contributions importantes à la compréhension des dynamiques d’intégration et de désintégration régionales. Sa principale est d’inviter à un dialogue de plus en plus étroit entre l’histoire – qu’elle soit moderne et contemporaine – et la sociologie des institutions afin d’approfondir nos études sur les appartenances multiples des acteurs individuels et collectifs participant à ces phénomènes. L’histoire moderne en refusant de se faire l’antichambre du présent pour le légitimer, ni de le condamner pour dénoncer un âge d’or perdu, invite aussi à porter une plus grande attention aux interactions et à se prémunir d’une idée plus ou moins fortement incorporée d’un sens de l’histoire. Les espaces régionaux intégrés se reconfigurent en permanence sans nécessairement s’accroître. La négociation entre un centre fédérateur et les institutions politiques des territoires fédérés est constante comme l’est le souci d’associer des acteurs non politiques intéressés au succès du projet fédéral. Ces acteurs lient plus ou moins formellement entre eux les composantes territoriales et politiques des espaces régionaux intégrés, soit par une activité économique, soit par la participation à des mondes sociaux à l’existence non restreinte à des frontières politiques, soit encore par la participation au fonctionnement de plusieurs organes représentatifs. De plus, les intégrations régionales à l’époque moderne ne se distinguent pas des intégrations des monarchies composites. Elles en sont le prolongement si ce n’est un processus simultané, répondant aux mêmes dynamiques et reposant sur les mêmes acteurs. Enfin, limiter la définition d’une région intégrée à une aire culturelle ou religieuse relève du préjugé plus que d’une montée en généralité à partir d’un constat empirique. Néanmoins, ce préjugé participe à conforter aujourd’hui encore le caractère structurant accordé aux aires culturelles au sein du monde académique.

Pour citer cet article : David Do Paço, « De l’État composite à l’État décomposé : le retour de l’Ancien Régime », Histoire@Politique, n° 38, mai-août 2019 [en ligne : www.histoire-politique.fr]

Notes :

[1] On citera en particulier Past & Present, n° 137, 1992. Il faut par ailleurs souligner l’importance prise par la construction européenne dans l’historiographie allemande dès les années 1990 résumé par Georg Schmidt, « Le Saint-Empire moderne. Voie particulière et modèle pour l’Europe ou bien État de la nation allemande ? » Trivium, n° 14, 2013 : https://journals.openedition.org/trivium/4562 et Falk Bretschneider, Christophe Duhamelle, « Fraktalität. Raumgeschichte und soziales Handeln im Alten Reich »

[2] Patrick Boucheron (dir.), Histoire mondiale de la France, Paris, Seuil, 2016. Andrea Giardina (dir.), Storia mondiale dell’Italia, Rome, Editori Laterza, 2017 ; Borja de Riquier (dir.), Història mundial de Catalunya, Barcelone, Edicions 62, 2018 ; Xosé M. Núñez Seixas (dir.), Historia mundial de España, Barcelone, Destino, 2018 et Giuseppe Barone (dir.), Storia Mondiale della Sicilia, Rome, Editori Laterza, 2018.

[3] Robert Palmer, The Age of the Democratic Revolution, Princeton, Princeton University Press, 1959, 2 vol. et Jacques Godechot, Les révolutions 1770-1799, Paris, PUF, 1963. Plus récemment, Janet L. Polasky, The Revolution without Borders. The Call to Liberty in the Atlantic World, New Heaven, Yale University Press, 2015.

[4] Patric Garcia et Jean Leduc, L’enseignement de l’histoire en France de l’Ancien Régime à nos jours, Paris, Armand Colin, 2003.

[5] John H. Elliott, « A Europe of Composite Monarchies”, Past & Present,n° 137, 1992, p. 48-71.

[6] P. B. M. Blaas, « La storiografia nei Paesi Bassi dal 1945 in poi. Panorama critico, non bibliografico », Rivista storica italiana, n° 95/3 1983, p. 593-648, voir aussi Richard L. Kagan, John Huxtable Elliott, Geoffrey Parker dir., Spain, Europe and the Atlantic: Essays in Honour of John H. Elliott, Cabridge, Cambridge University Press, 2003 (1995).

[7] Jane Burbank et Frederick Cooper, Empires in World History : Power and the Politics of Difference, Princeton, Princeton University Press, 2008.

[8] Paul Slack et Joanna Innes, ”Forword », Past & Present,n° 137, 1992) p. 3-7.

[9] John H. Elliott, « A Europe of Composite Monarchies… », op. cit., p. 48-49.

[10] Ibidem, p. 49.

[11] « The most profound historical analysis in the world will not turn us into clairvoyants. Yet careful examination of the longer run of historical experience will at least defend those who ardently desire to make sense of the contemporary world and the world of the furture from the two kinds of error I have described [“impossibility to detect trends and to verify theories” et “the implicit introduction of misconceived models of Western experience as the criteria of political development. »] Charles Tilly, “Reflections on the History of European State-Making », dans Charles Tilly (dir.), The Formation of National State in Western Europe, Princeton, Princeton University Press, 1975, p. 3-83, p. 4 pour la citation.

[12] Émile Lousse, Beschavings-geschiedenis van de moderne tijden, Louvain, Presses Universitaires de Louvain, 1935 ; Achille Darquennes, Georges Espinas, Georges de Lagarde, Émile Lousse et Paul Theews (dir.), L’Organisation corporative du Moyen âge à la fin de l’ancien régime, Louvain, Bibliothèque de l’Université, 1943 ; Helen Cam, « The Theory and Practice of Representation in Medieval England », History, n° 48, 1953, p. 11-26.

[13] Helmut Koenigsberger, « Émile Lousse : a Personal Apreciation », Parliaments, Estates & Representation, n° 7, 1987, p. 111-113.

[14] François Fejtö, Requiem pour un empire défunt. Histoire de la destruction de l’Autriche-Hongrie, Paris, Lieu commun, 1988.

[15] Helmut Koenigsberger, The Government of Sicily under Phillip II of Spain : A Study in the Practice of Empire, Londres et New York, Stapels Press, 1951, p. 144.

[16] Mía Rodríguez-Salgado, “Helmut Koenigsberger’s Orbituary. Historian who charted and celebrated early modern Europe”, The Guardian, 26 mars 2014. Parmi les exemples les plus approfondis marqués par un souci de contextualiser les concepts « nationaux », on se référera à ce travail collectif d’historiens de l’Autriche : Richard G. Plaschka, Gerald Stourzh et Jan Paul Niederkorn (dir.), Was heißt Österreich ? Inhalt und Umfang des Österreichbegriffs vom 10. Jahrhundert bis heute, Vienne, VÖAW, 1995.

[17] John H. Elliott, The Revolt of the Catalans: A Study in the Decline of Spain, 1598–1640, Cambridge, CUP, 1963, p. 20.

[18] Pieter M. Judson, The Habsburg Empire. A New History, Harvard, Harvard University Press, 2016. Sur les logiques d’unité voir aussi Scarlet O’Phela et Georges Lomné (dir.), Abascal y la contra-independencia de América del Sur, Lima, Fondo Editorial de la Pontificia Universidad Católica del Perú, 2013.

[19] John H. Elliott, « A Europe of Composite Monarchies”…, op. cit., p. 52-56.

[20] Grégoire Salinero, La trahison de Cortés. Désobéissances, procès politiques et gouvernement des Indes de Castille, seconde moitié du XVIe siècle, Paris, PUF, 2014.

[21] Ernst Kantorowicz, Les deux corps du roi, Paris, Gallimard, 1957, voir aussi Barbara Stollberg-Rilinger, Maria Theresia, die Kaiserin in ihrer Zeit. Eine Biographie, Munich, C.H. Beck, 2017.

[22]Pour une typologie, Helmut G. Koenigsberger, Monarchies, States Generals and Parliaments: The Netherlands in the Fifteenth and Sixteenth Centuries, Cambridge, Cambridge University Press, 2001

[23] Jane Burbank et Frederick Cooper, Empires in World History. Power and Politics of Difference, Princeton, Princeton University Press, 2010.

[24] Jean-Frédéric Schaub, Le Portugal au temps du comte-duc d’Olivares (1621-1640. Le conflit de juridictions comme exercice de la politique, Madrid, Casa de Velásquez, 2001, p. 8.

[25] Josef Macek, Histoire de la Bohême des origines à 1918, Paris Fayard, 1984.

[26] Jean Bérenger, Finance et absolutisme autrichien dans la seconde moitié du XVIIe siècle, Paris Honoré Champion, 1975, Robert J. W. Evans, The Making of the Habsburg Monarchy, 1550–1700. An Interpretation Oxford, Oxford University Press, 1979.

[27] Béla Köpeczi, « Introduction », dans Béla Köpeczi (dir.), Histoire de la Transylvanie, Budapest, Akadémiai Kiadó, 1992, p. 7.

[28] Evans, The Making of the Habsburg Monarchy, op. cit. ; id., Austria, Hungary and the Habsburgs. Essays on Central Europe, c. 1683–1867, Oxford, Oxford University Press, 2006. Robert J. W. Evans, Dušan Kováč and Edita Ivaničková (dir.), Great Britain and Central Europe, 1867–1914, Bratislava, Veda, 2003 ; Natalia Nowakowska (dir.), Remembering the Jagiellonians, Londres, Routledge, 2018, voir aussi le projet ERC qui lui est lié : https://www.jagiellonians.com/home. Voir aussi Victor-Lucien Tapié, Monarchie et peuples du Danube, Paris, Fayard, 1969 et Géza Pállfy, « Le siècle des ruptures et compromis : nouvelle approche de l’histoire du royaume de Hongrie au cours du XVIIe siècle », Histoire, Économie & Société, n° 34, 2015/3, p. 78-89.

[29] Elliott, « A Europe of Composite Monarchies”…, op. cit., p. 55

[30] Jane Burbank et Frederick Cooper, Empires in World History: Power and the Politics of Difference, Princeton, Princeton University Press, 2008.

[31] John H. Elliott, « The Statecraft of Olivares”, dans J. H. Elliott et H. G. Koenigsberger (dir.), The Diversity of History, Londres et New York, Routledge, 1970, p. 122.

[32] Philip T. Hoffman, Kathryn Norberg (dir.), Fiscal Crises, Liberty, and Representative Government, 1450-1789, Stanford, Stanford University Press, 1994, voir aussi Jean Bérenger, Finance et absolutisme autrichien dans la seconde moitié du XVIIsiècle, Lille, Paris, Honoré Champion, 1975, Alexander J. Motyl, Imperial Ends. The Decay, Collapse and Revival of Empires, New York, Columbia University Press, 2001. Katia Béguin (dir.), Ressources publiques et constructions étatique en Europe, XVIIe-XIIIe siècle, Paris, IGPDE, 2015.

[33] Cette dimension est particulièrement soulignée dans l’histoire des monarchies habsbourg d’Espagne et d’Autriche. Voir en particulier : Petr Mat’a et Thomas Winkelbauer (dir.), Die Habsburgermonarchie 1620 bis 1740: Leistungen und Grenzen des Absolutismusparadigmas, Stuttgart, Franz Steiner, 2006 et Marie-Elizabeth Ducreux, « Nommer l’État et définir l’empire : Monarchie des Habsbourg, Autriche-Hongrie », Monde(s), n° 2, 2012, p. 39-65. Parmi les sources les plus évidentes récemment éditées : Europäische Aufklärung zwischen Wien und Triest: Die Tagebücher des Gouverneurs Karl Graf von Zinzendorf 1776-1782, 4 volumes ; Grete Klingenstein, Antonio Trampus et Eva Faber (dir.), Vienne, Böhlau, 2009 ; et voir aussi Christine Lebeau, Aristocrates et Grands commis à la cour de Vienne (1748-1791) : le modèle français, Paris, CNRS éditions, 1996.

[34] Claire Gantet et Christine Lebeau, Le Saint-Empire, 1500-1800, Paris Armand Colin, 2018, p. 133.

[35] Claire Gantet, La Paix de Westphalie (1648) : une histoire sociale XVIIe-XVIIIe siècles, Paris, Bellin, 2001 ; Christine Lebeau (dir.), L’espace du Saint-Empire du Moyen Age à l’époque moderne, Bar-le-Duc, Presses universitaire de Strasbourg, 2004 ; Falk Bretschneider et Christophe Duhamelle (dir.), Le Saint-Empire, une histoire sociale (XVIe-XVIIIe siècles), Paris, Éditions de la Maison des Sciences de l’Homme, 2018.

[36]  On pourra citer notamment Betül Başaran, Social Control and Policing in Istanbul at the End of the Eighteenth Century: Between Crisis and Order, Leyde et Boston, Brill, 2014 ; Ali Yaycioglu, Partners of the Empire: The Crisis of the Ottoman Order in the Age of Revolutions, Stanford, Stanford University Press, 2016 ; Aysel Yıldız, Crisis and Rebellion in the Ottoman Empire: The Downfall of a Sultan in the Age of Revolution, Londres et New York, I. B. Tauris, 2017.

[37] Noel Malcolm, Bosnia, a Short History, New York, New York University Press, 2002 (1996).

[38] Uroš Daki, The Sokollu Family Clan and the Politics of Vizierial Households in the Second Half of the Sixteenth Century, mémoire de master d’histoire médiévale, Central European University, 2012 et Şefik Peksevgen, “Sokollu Familly”, dans Gábor Ágoston et Bruce Alan Masters (dir.), Encyclopedia of the Ottoman Empire, New York, Facts on Files, 2009, p. 534-536. À titre de comparaison : Halil İnalcık, « The Khan and the Tribal Aristocracy : The Crimean Khanate under Sahib Giray I », Harvard Ukrainian Studies 3–4 (1979–1980), p. 445–466 et M’hamed Oualdi, « Trop loin d’Istanbul. L’historien, sa province et sa métropole », Monde(s), 2, 2012, p. 111-122.

[39] William Beik, « The absolutism of Louis XIV as social collaboration », Past & Present, n° 188/1, 2005, p. 194-224 et Ali Yaycioglu,Partners of the Empire…, op. cit.

[40] On soulignera ici les apports du projet ANR-DF « Euroscientia : Localisation et circulation des savoirs d’État en Europe, 1750-1850 », sous la direction de Christine Lebeau, Jakob Vogel et Petra Overath, notamment Christine Lebeau, « Circulations internationales et savoirs d’État au XVIIIe siècle », dans Pierre-Yves Beaurepaire et Pierrick Pourchasse (dir.), Les circulations internationales en Europe, années 1680-années 1780, Rennes, PUR, 2012 et Lothar Schilling, Jakob Vogel (dir.), The Transnational Culture of Expertise: Circulating State-related Knowledge in the 18th and 19th Centuries, Augsburg, de Gruyter, 2019.

[41] « rather than being driven by simple class struggle, factional strife, the fractious nature of the traditional military classes or atavistic anti-modernization tendencies, the May uprising of 1807 was a popular-military uprising engendered by the socio-economic and political problems of the late eighteenth and early nineteenth centuries. It properly forms apart of the late eighteenth-century crisis, and its roots have much in common with other parts of the world; indeed, the Ottoman Empire’s wider problems stemmed from the global economic, environmental and political crises of the period, which were experienced in related ways in many regions (…).The same period also corresponds to the Age of Revolutions (1760-1840), a worldwide series of revolutions and upheavals, including the devasting French revolutionary wars (…). This was a period of fiscal crisis, economic recession, political decentralization and social discontent, as well as mounting international tension and warfare », Yıldız, Crisis and Rebellion…, op. cit., p. 4-5.

[42] William Beik, « A Social Interpretation of the Reign of Louis XIV », dans Neithard Bulst, Robert Descimon et Alain Guerreau (dir.), L’État ou le roi. Les fondations de la modernité monarchique en France (XIVe-XVIIe siècles), Paris, Éditions de la Maison des Sciences de l’Homme, 1996, p. 147-148.

[43] Pierre Goubert, L’Ancien Régime, 2 volumes, Paris, Armand Colin, 1969 et 1973, Denis Richet, La France moderne, l'esprit des institutions, Paris, Flammarion, 1973, Katia Béguin, Les princes de Condé. Rebelles, courtisans et mécènes dans la France du Grand Siècle, Paris, Champ Vallon, 1991 et Fanny Cosandey et Robert Descimon, L’absolutisme en France : histoire et historiographie, Paris, Seuil, 2002.

[44] Jeroen Duindam, Myths of Power. Norbert Elias and the Early Modern European Court, Amsterdam, Amsterdam University Press, 1995 ; id. Vienna and Versailles: The Courts of Europe’s Dynastic Rivals, 1550-1780, Cambridge, Cambridge University Press, 2003 et Dynasties. A Global History of Power, 1300-1800, Cambridge, CUP, 2016.

[45] Die Habsburgermonarchie, T. Winkelbauer et P. Mat’a, op. cit. ; Eric Hassler, La cour de Vienne, 1680-1740.Service de l’empereur et stratégies spatiales des élites nobiliaires dans la monarchie des Habsbourg, Strasbourg, Presses universitaires de Strasbourg, 2013, p. 261-299.

[46] Jeroen Duindam, « Introduction », dans Jeroen Duindam et Sabine Dabringhaus (dir.), The Dynastic Center and the Provinces. Agents and Interactions, Leide/Boston, Brill, 2014, p. 3.

[47] Oliver Volckart, Max-Stephan Schulze and David Chilosi, « Benefits of Empire: Capital Market Integration North and South of the Alps, 1350-1800 », TheJournal of Economic History 78, n° 3, 2018, pp. 637-672 ; Oliver Volckart, « The Dear Old Holy Roman Realm: How Does it Hold Together ? Monetary Policies, Cross-cutting Cleavages and Political Cohesion in the Age of Reformation », German History, n° 38/4, 2020 ; Max-Stephan Schulze and David Chilosi, « Money, States, and Empire : Financial Integration and Institutional Change in Central Europe, 1400—1520 », The Journal of Economic History, n° 71/3, 2011, p. 762-791 ; voir aussi Max-Stephan Schulze et N. Wolf, « Economic Nationalism and Economic Integration : the Austro-Hungarian Empire in the late 19th Century », Economic History Review, n° 65/2, 2012, pp. 652–673.

[48] Regina Grafe, Distant Tyranny: Markets, Power, and Backwardness in Spain, 1650-1800, Princeton, Princeton University Press, 2012 et id., « Polycentric States: The Spanish Reigns and the ‘Failures’ of Mercantilism », dans P. Stern and C. Wennerlind (dir.), Mercantilism Reimagined: Political Economy in Early Modern Britain and its Empire, Oxford, Oxford University Press, 2013, p. 241-262. Voir aussi Fernando Ramos Palencia et Bartolomé Yun-Casalilla (dir.), Economía política desde Estambul a Potosí. Ciudades estado, imperios y mercados en el Mediterráneo y en el Atlántico ibérico, c. 1200-1800, Valencia, Universitat de Valancia, 2012.

[49] Parmi les réalisations du projet on citera Guillaume Calafat, Une mer jalousée. Contribution à l’histoire de la souveraineté (Méditerranée, XVIIe siècle), Paris, Seuil, 2019 ; Rémi Dewière, Du lac Tchad à la Mecque: le sultanat du Borno et son monde (XVIe-XVIIe siècle), Paris Éditions de la Sorbonne, 2017 ; Mathieu Grenet, La fabrique communautaire : les Grecs à Venise, Livourne et Marseille 1770-1840, Rome/Athènes, EFR-AFA, 2016 ; Johann Petitjean, L’intelligence des choses: une histoire de l’information entre Italie et Méditerranée, XVIe-XVIIe siècles, Rome, EFR, 2013. Voir aussi Claudia Moatti et Wolfgang Kaiser, Gens de passage en Méditerranée de l’Antiquité à l’époque moderne : procédures de contrôle et d’identification, Paris, Maisonneuve et Larose, 2007.

[50]« Cross-Confessional Diplomacy and Diplomatic Intermediaries in the Early Modern Mediterranean », Maartje van Gelder et Tijana Krstić (dir.), Journal of Early Modern History, n° 2/3, 2015 et « Transformations of Intercultural Diplomacies. Comparative Views on Asia and Europe (1700 to 1850) », Nadine Amsler, Henrietta Harrison et Christian Windler (dir.), International History Review, n° 41/5, 2019.

[51] Christopher H. Johnson, David Warren Sabean, Simon Teuscher and Francesca Trivellato (dir.), Transregional and Transnational Families in Europe and Beyond. Experiences since the Middle Ages, New York/Oxford, Berghahn, 2011.

[52] Sur les acteurs des relations extérieures : Hillard von Thiessen,  iplomatie und Patronage: Die Spanisch-Römischen Beziehungen, 1605–1621 in Akteurzentrierter Perspektive, Epfendorf, Bibliotheca Academica Verlag, 2010 ; Tracy Sowerby et Jan Hennings (dir.), Practices of Diplomacy in the Early Modern World, 1410–1800, Londres et New York, Routeledge, 2017 ; Claudia Garnier et Christine Vogel (dir.), Interkulturelle Ritualpraxis in der Vormoderne: Diplomatische Interaktion an den östlichen Grenzen der Fürstengesellschaft, Berlin, Dunker & Humblot, 2016, Zeitschrift für Historische Forschung, 52 ; Hillard von Thiessen et Christian Windler (dir.), Akteure der Außenbeziehungen: Netzwerke und Interkulturalität im Historischen Wandel, Cologne/Vienna, Böhlau, 2010.

[53] Kurz,MartinScheutz,Karl Vocelka,and Thomas Winkelbauer (dir.), Das Osmanische Reich und die Habsburgermonarchie. Akten des inter-nationalen Kongresses zum 150-jaährigen Bestehen des Instituts für Österreichische Geschichtsfor-schung. Wien, 22.-25. September 2004, Cologne/Vienna, Böhlau, 2005 ; Paula Sutter Fichtner, Terror and Toleration: The Habsburg Empire Confronts Islam, 1529–1850, Chicago, The University of Chicago Press, 2008.

[54] Mathilde Monge et Natalia Muchnik, L’Europe des diasporas, XVIe-XVIIIe siècle, Paris, Presses universitaires de France, 2019.

[55] http://luxfass.nec.ro/home [lien consulté le 03/10/2019].

[56] Olga Katsiardi-Hering et Maria A. Stassinopoulou (dir.), Across the Danube: Southeastern Europeans and Their Travelling Identities (17th–19th C.), Leyde/Boston, Brill, 2017.

[57] Marco Dogo, « Merchants Between Two Empires - The Ottoman Colonies of Trieste in the XVIII Century », Études balkaniques, 3-4 (1997), p. 85-96 et Mária Pakucs, Sibiu-Hermanstadt: Oriental Trade in Sixteenth Century Transylvania, Cologne, Böhlau, 2007. David Do Paço, « La ville contre la diaspora : les Ottomans dans l’espace urbain de la monarchie des Habsbourg au XVIIIe siècle », Diasporas, n° 28, 2017, p. 71-96.

[58] Simona Cerutti, Étrangers. Étude d’une condition d’incertitude dans une société d’Ancien Régime, Paris, Bayard, 2012.

[59] David Do Paço, L’Orient à Vienne au XVIIIe siècle, Oxford, Voltaire Foundation, 2015.

[60] E. Natalie Rothman, Brokering Empire: Trans-Imperial Subjects Between Venice and Istanbul, Princeton, Princeton University Press, 2011 et Noel Malcolm, Agents of Empire: Knights, Corsairs, Jesuits and Spies in the Sixteenth‑Century Mediterranean World, Oxford, Oxford University Press, 2015.

[61] David Do Paço, « Una storia adriatica globale nel Settecento : Antonio Rossetti de Scander e il rosolio di Trieste tra Fiume, Venezia e New York », dans Antonio Trampus (dir.), Venezia dopo Venezia. Città-porto, reti commerciali e circolazione delle notizie nel bacino portuale veneziano tra Settecento e Novecento (Trieste, Fiume, Pola e l’area istriano-dalmata), Trieste, IRCI, 2019, p. 27-38.

[62] David Do Paço, « A Trans-Imperial Sociability: Ottoman Embassies in 18th-Century Vienna », dans Jan Hennings and Tracey Sowerby (dir.), Practices of Diplomacy in the Early Modern World c. 1410-1800, Londres, Routledge, 2017, p. 166-184.

[63] Ces éléments sont également mis en valeur sur d’autres terrains : John Paul Ghobrial, The Whispers of Cities: Information Flows in Istanbul, Paris and London in the Age of William Trumbull, Oxford, Oxford University Press, 2013 ; Michael Talbot, British-Ottoman Relations, 1661–1807. Commerce and Diplomatic Pratice in Eighteenth Century Istanbul, Suffolk, Boydell & Brewer, 2017 et Pascal Firges, French Revolutionnaries in the Ottoman Empire : Diplomacy, Political Culture and the Limiting of Universal Revolution, Leyde, Brill, 2017.

[64] David Do Paço, « A social history of trans-imperial diplomacy in a crisis context: Herbert von Rathkeal’s circles of social belonging in Pera (1779-1802) », International History Review, n° 41/5, 2019, p. 981-1002.

[65] David Do Paço, « Une collaboration économique et sociale : consuls et protecteurs des marchands ottomans à Vienne et à Trieste au XVIIIe siècle », Les Cahiers de la Méditerranée, n° 98, 2019, p. 57-74 et « Trieste : Les horizons d’une ville centre-européenne », Monde(s). Histoire, Espaces, Relations, n° 14, 2018, p. 71-96.

[66] David Do Paço, « Una storia adriatica globale », art. cit., p. 33-36 ; id., « Trieste, les horizons d’une ville centre-européenne », art. cit., p. 74-81 ; id. « A social history of trans-imperial diplomacy », art. cit., p. 981-984 ; id., « Une collaboration économique et sociale », art. cit.

David Do Paço

David Do Paço est adjunct assistant professor au Centre d’histoire de Sciences Po. Docteur de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, ancien Max Weber fellow de l’EUI et Core fellow du CEU-IAS, son travail se situe au croisement de l’histoire urbaine, de l’histoire transimpériale et de l’histoire socio-politique. Il est l’auteur de L’Orient à Vienne au dix-huitième siècle (Oxford, Voltaire Foundation, 2015) et est actuellement co-directeur du PFR CIERA « Trieste, ville d’empire(s) ». Il développe également une recherche sur l’histoire des musulmans dans les villes de l’Europe moderne.


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  • ISSN 1954-3670