Histoire@Politique : Politique, culture et société

MaillageCette rubrique présente un inventaire raisonné et commenté de liens vers des sites Internet de Centres de recherche et de départements d’histoire contemporaine répartis entre les différents continents.

Université Urbana-Champain (Illinois)

Patrick Clastres

Fondée en 1867, l'université d’Illinois à Urbana-Champain (UIUC) s’enorgueillit de ses 11 prix Nobel et de ses 18 prix Pulitzer, de sa capacité à accueillir 37 000 étudiants répartis entre plus de 100 disciplines, et de son Memorial Stadium dédié au football américain.

À quoi il convient d'ajouter l'ensemble de ses bibliothèques classé au troisième rang des universités américaines, parmi lesquelles la Bibliothèque centrale, la bibliothèque spécialisée en histoire, et la bibliothèque liée au musée du président Lincoln.

Le département d'histoire de l'université d’Illinois à Urbana-Champain est l’un des plus anciens des États-Unis. Sa création remonte à l’année 1893-1894. Ses orientations actuelles vont bien au-delà de l'histoire de la civilisation occidentale qui fut sa spécialité dès les années 1920. Trente champs de spécialité sont aujourd'hui proposés aux étudiants, qui balayent l'espace mondial et les périodes de l'histoire, avec une ouverture tout particulièrement favorisée sur la science politique, la sociologie, l'économie, l'anthropologie, la critique littéraire, les études de cinéma.

Cinq enseignements de spécialité parmi d’autres

L'histoire de la Grande-Bretagne depuis 1688 est envisagée aux trois échelles nationale, coloniale/impériale et globale. Les approches comparées et interdisciplinaires sont favorisées sans faire disparaître pour autant les études du récit strictement national.

L'histoire du colonialisme et du post-colonialisme opère un renversement des perspectives en examinant la diversité des histoires coloniales, la variété des attitudes des colonisés et leur rôle dans la période d'émancipation politique et dans l'ère des indépendances. Au-delà des expériences coloniales européennes et américaines, l'accent est mis sur les empires russe, japonais et ottoman. Sont abordés des concepts aussi variés que la « racialisation », l'orientalisme, le genre en situation coloniale, les zones de contact, l'adaptation à l'environnement, les économies de plantation, les sociétés esclavagistes, les territoires frontaliers, la culture populaire, le « middle-ground », les réseaux de connaissance et de savoir, le transnationalisme, les diasporas, l'hégémonie, la résistance, le modernisme culturel, les empires informels, les formes coloniales du savoir, la nostalgie impériale.

L'histoire comparée de la classe ouvrière multiplie les entrées : migration et formation de la classe ouvrière, identités croisées (genre, race, peuple, classe), réalités du travail, travail et politiques socialistes, travail et autoritarisme, communautés de travailleurs et vie familiale. Des liens sont tissés avec l’Institute for Labor and Industrial Relations.

Après avoir été dénigrée dans les années 1970 et 1980 pour son positionnement élitiste et convenu, l'histoire culturelle et intellectuelle connaît désormais une phase de particulière vitalité au confluent de plusieurs disciplines comme l'histoire sociale, l'histoire des mentalités, l'anthropologie, la linguistique, la théorie littéraire, et l'histoire de l’art. C'est aujourd'hui une discipline en expansion, intellectuellement stimulante, à l'avant-garde de l'histoire. Les entrées sont multiples : histoire « hautement » intellectuelle, histoire socioculturelle, politiques culturelles, histoire psycho-culturelle, histoire transculturelle, études portant sur la culture et l'appartenance de classe, sur la consommation et la culture matérielle, sur les cultures de l'imprimé, sur la culture et la mémoire collective, sur la culture et le corps, sur la culture et le post-colonialisme, sur les cultures postmodernes.

L'histoire de l'Europe depuis 1789 est consacrée en particulier à des études nationales (Grande-Bretagne, Allemagne, France) que complètent des entrées thématiques comme les identités collectives (classe, race, nation), la mémoire collective, l'organisation du pouvoir et les catégories de culture, la formation de la vie intellectuelle, les usages de la violence, la vie quotidienne et vie privée, les interactions coloniales et postcoloniales, et les politiques de représentation.

Des projets de recherche transversaux

Le projet de recherche « histoires globales » enjambe les périodes moderne et contemporaine de même qu'il combat les catégorisations spatiales et continentales traditionnelles. Un certain nombre de questions sont ici posées. Comment envisager le global sans perdre de vue le local ? Les spécificités régionales sont-elles accessibles sans fétichisme localiste ? Est-ce la fin des histoires nationales ? Comment articuler les histoires transnationales et les histoires nationales ? Où finit l'histoire impériale et commence l'histoire globale ? Quel sort faire aux catégories opposées Est/Ouest dans le cadre d'une histoire globale ? À qui peut bien s'adresser l'histoire mondiale ? Les catégories d'analyse comme la race, le peuple, la classe sociale sont-elles opératoires au-delà de l'échelon national ? Comment positionner l'histoire de l'Occident dans l'enseignement de l'histoire mondiale ? De quelle manière l’histoire globale conduit-elle à reconsidérer les histoires du capitalisme, du libéralisme, du fascisme (...) ? Comment les différences langagières et linguistiques peuvent-elles faciliter ou limiter les échanges de biens, de culture et de savoirs ? L'intérêt accordé à l'histoire globale doit-il s’accompagner de la mise au point de nouvelles formes pédagogiques ? Comment former les futurs citoyens de l'âge global ?

Le projet de recherche « histoire des sciences, des technologies, et de la médecine » est concerné par des sujets aussi variés que l'évolutionnisme, les zoos et le monde animal, les technologies de la reproduction, les maladies, le système de santé, les législations médicales, l'éthique en matière de recherche, les nouvelles formes d'information, le désarmement nucléaire.

Le projet de recherche « histoire des femmes et du genre » est particulièrement dynamique comme le prouve la localisation du Journal of Women History à l’UIUC depuis juillet 2004. Les sommaires depuis le volume 11 du printemps 1999 sont accessibles à partir du site miroir Project Muse de la John Hopkins University.

Le projet de recherche « race et ethnicité » est organisé autour de concepts majeurs comme race et racisme, identité ethnique, et surtout hybridité et symbiose qui permettent de dépasser l'approche classique oppression/résistance. L'accent est donc mis sur les techniques de contrôle social (physique, juridique, économique, sociale, psychologique), les généalogies intellectuelles du racisme, les représentations et les justifications de la différence (langage, coutume, religion, climat, géographie, phénotype, sang, pseudo-sciences), l'histoire comparée des systèmes d'oppression raciale, les évolutions de l’oppression raciale au temps de la colonisation européenne ou bien de la construction des États-nations, les usages du concept de race par les groupes racialisés (ethnogenèse, sentiment national, construction communautaire), les circonstances extrêmes (terreur et extermination, effondrement démographique, répression culturelle, assimilation au sein des groupes dominants).

Les concepts de métissage et d'hybridation sont désormais connotés positivement et permettent de nouveaux questionnements : rôle des individus métissés dans les processus de répression ou de résistance, développement de nouvelles identités et création de groupes racialisés intermédiaires, tabous et privilèges, réduction du métissage à un processus biologique, conséquences culturelles de l'hybridité (syncrétismes religieux, nouvelles formes de la culture populaire).

Le projet de recherche transdisciplinaire en sciences humaines (IPRH) existe depuis 1997 et prend la forme de séminaires communs, de leçons académiques, d’accueils d’artistes, de semaines cinématographiques. Les thèmes annuels depuis 1998-1999 sont « diaspora, identité et expressions culturelles », « cités », « significations de la production », « le Sud », « la violence », « la différence », « la croyance », « la beauté », « la rupture », « la disciplinarité », « la représentation » (2009-2010).

Ils enseignent l'histoire contemporaine de l'Europe à l'Université d’Illinois/Urbana-Champain :

- Antoinette Burton : Grande-Bretagne, culture victorienne, genre, féminisme et empire, Inde coloniale.

- Peter Fritzsche : Allemagne, République de Weimar, Berlin 1900, mémoire et identité, usages du passé, populisme et mobilisation politique, passage au nazisme.

- Harry Liebersohn : voyageurs européens, philosophes, Indiens d'Amérique, cosmopolitisme, pensée globale et transnationale.

- Tamara Matheson : France, histoire culturelle et intellectuelle, femme, genre et sexualité, histoire des médias, révolutions sexuelles en Europe après 1945.

- Mark Micale : histoire intellectuelle et culturelle, France fin de siècle, science et médecine, psychiatrie, masculinité.

- David Prochaska : France, Algérie coloniale, orientalisme et photographie.

Patrick Clastres

[Liens consultés le 07/11/2008]

 

Patrick Clastres

 


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  • ISSN 1954-3670