Histoire@Politique : Politique, culture et société

Le dossier

Entre fascisme et République : gouverner l'Italie

Coordination : Marc Lazar et Marie-Anne Matard-Bonucci

La Résistance et la question du gouvernement

Simone Neri Serneri

En 1943, la chute du fascisme et l’occupation allemande imposèrent aux forces antifascistes italiennes de s’engager dans la résistance à l’occupant, mais aussi dans l’élaboration de nouvelles institutions démocratiques, rivalisant avec le projet conservateur de la maison de Savoie. Au travers des Comités de libération nationale (CLN), les partis antifascistes construisirent une direction unitaire du mouvement de résistance et ébauchèrent des formes de gouvernement démocratique, durant la période de la clandestinité elle-même. Puis, dans l’Italie libérée par les Alliés, à partir du printemps 1944, les CLN furent la base politique des gouvernements nationaux et locaux et soutinrent la convocation de l’Assemblée constituante. Cet article reprend les moments essentiels et les résultats de ce projet politique : les raisons de la force mais aussi des faiblesses des CLN, la compétition qui s’instaura entre les CLN, la monarchie et les autorités alliées. Dépassant les traditionnelles approches dichotomiques, on insiste ici sur le caractère progressif de la transition de la dictature fasciste au nouveau régime démocratique et on souligne la diversité des contextes et des acteurs qui en furent les protagonistes. Si, malgré des particularités, le dénouement des événements italiens ne se distingue guère des réalités européennes analogues, où prévalut une stabilisation modérée, cela ne signifie pas que le mouvement de Résistance, n’ait pas contribué, de façon déterminante dans ce contexte historique, à la reconstruction démocratique du pays.


Le gouvernement provisoire en Sicile : un laboratoire pour une Italie nouvelle ? (1943-1947)

Rosario Mangiameli

Cet article étudie l’influence du gouvernement militaire allié en Sicile sur la Seconde Guerre mondiale et son héritage sur la reconstruction politique de l’Italie d’après-guerre. La Sicile a été la première région européenne libérée par les Alliés. Le gouvernement militaire allié des territoires occupés (AMGOT) était un terrain d’essai pour les formules du gouvernement militaire allié qui auraient été utilisées ou remodelées plus tard dans le reste de la péninsule. En Sicile, avec une avance considérable sur le reste de l’Italie et de l’Europe, les forces politiques ont pu s’organiser librement et devenir des interlocuteurs des commandements alliés et des institutions italiennes qui renaissent laborieusement après la ruine provoquée par la défaite militaire. Le profond retard de la société insulaire accentué par la longue guerre n’aurait pas pesé lourd, avec la réapparition de problèmes anciens tels que ceux des biens fonciers archaïques, de la mafia et du banditisme. Après le passage de la Sicile sous le contrôle du gouvernement italien, des épisodes de violence sont apparus, la résistance des propriétaires terriens à toute forme de démocratie a été très forte, mais les nouveaux partis politiques qui dirigeaient la lutte de libération dans le nord de l’Italie ont suscité un vif succès populaire. Ils ont dirigé la région vers la démocratie.


Épuration et procès en Italie durant la transition démocratique

Marcello Flores

Lors des années de transition du fascisme vers la démocratie, la question de la justice et de l’épuration est décisive en Italie pour reconstruire un système démocratique. Les sanctions contre le fascisme, le processus laborieux et contradictoire d’épuration, l’amnistie très controversée proposée par le communiste Togliatti forment le contexte dans lequel se préparent des procès plus spectaculaires : contre les criminels nazis, les hiérarques fascistes mais aussi les résistants accusés de violences à la Libération.


Le rôle des fondations philanthropiques dans la diplomatie culturelle des États-Unis après 1945 : le cas de l’Italie

Frédéric Attal

Cet article entend mettre en perspective le débat portant sur l’hégémonie culturelle supposée des États-Unis en Europe par le biais d’une diplomatie publique fondée sur le transfert de savoirs disciplinaires en sciences sociales capables d’agir sur la formation des élites dirigeantes du pays cible. À travers l’exemple du centre bolonais de la School of Advanced International Studies ou de la diffusion en Italie de la théorie de l’économie du développement, il entend montrer les liens étroits et les objectifs distincts des fondations philanthropiques (Rockefeller, Ford) et du département d’État. La conclusion de l’article dément l’idée d’une américanisation ou d’une volonté hégémonique commune de conquête du champ académique en Italie entre le Département d’État et les fondations.


Sovereignty, Democracy and the Risk of Essentialism. Some Reflections on US-Italian Relations during the Cold War

Mario Del Pero

Cet article étudie les relations entre l’Italie et les États-Unis pendant la guerre froide, et le rôle joué par les États-Unis dans la formation et l’histoire de la République italienne. Il examine les nombreuses spécificités d’une relation fortement asymétrique, celle entre Washington et Rome, et son impact sur la politique italienne. Enfin, il lie l’évolution de la guerre froide et de la politique étrangère des États-Unis au contexte italien particulier, essayant de proposer une périodisation de la guerre froide en Italie.


Démocratie ou partitocratie ? Le rôle des partis dans les premières années de l’Italie républicaine

Virgile Cirefice

La République italienne est régulièrement dénoncée, dans l’opinion publique comme dans une partie de l’historiographie, comme une « partitocratie », où les partis, oligarchies fermées, auraient confisqué le pouvoir. Revenant sur les différentes phases de cette dénonciation, née dès l’immédiat après-guerre, cet article se penche également sur l’action des partis à la Libération qui ont joué un rôle central dans la pacification sociale, l’apprentissage de la démocratie et la promotion, pour certains d’entre eux du moins, d’une diversité sociale.


Heri dicebamus ? La franc-maçonnerie entre fascisme et démocratie

Fulvio Conti

L’article étudie le rôle de la franc-maçonnerie italienne durant la période de transition du fascisme à la démocratie (1943-1948). Il examine tout d’abord la façon dont se sont reconstituées les deux principales obédiences maçonniques : le Grand Orient d’Italie et la Grande Loge d’Italie, qui avaient dû se dissoudre en application d’une loi fasciste de 1925. L’article se concentre ensuite sur l’engagement politique de ces organisations maçonniques, en soulignant les profondes différences qui les distinguent. Le Grand Orient suivit en effet une orientation nettement démocratique, anticléricale et républicaine et accueillit dans ses loges de nombreux socialistes et communistes. Les divers groupes maçonniques héritiers de la tradition de la Grande Loge d’Italie furent, en revanche, surtout conservateurs, monarchistes et philo-catholiques. Dans son ensemble toutefois, la franc-maçonnerie n’eut plus alors – et à la différence de la période dite libérale – la capacité d’influencer l’opinion publique et de structurer le champ politique. Dans la nouvelle société de masse, malgré la vocation toujours bien vivante de ses membres à l’engagement politique, elle apparaît soudainement comme une forme d’association obsolète, incapable de faire entendre sa propre voix et de dicter l’agenda politique.


Le Vatican du fascisme à la démocratie : les limites d’une transition

Daniele Menozzi

Pie XII, qui au début de son pontificat avait promu un rapprochement avec le fascisme, adresse, en décembre 1942, un appel aux fidèles afin qu’ils interviennent directement dans la vie collective en vue de la reconstruction d’une société chrétienne. Deux années plus tard, il désigne la démocratie comme une voie pour sa réalisation. Il pose toutefois des conditions précises, en particulier l’attribution au gouvernement ecclésiastique du choix de son personnel de direction. S’établit alors un équilibre ‑ qui limitera toutefois le plein accomplissement d’un ordre démocratique en Italie : l’Église assure l’adhésion populaire à la Démocratie chrétienne et cette dernière s’emploie à maintenir les privilèges garantis à l’Église par les accords du Latran de 1929.


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  • ISSN 1954-3670