Histoire@Politique : Politique, culture et société

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Modernisation, progrès et guerre froide : la Guinée et le Mali vus par les partis communistes français et italien (1958-1968)

Gabriele Siracusano
Résumé :

La vague de décolonisation de l’Afrique subsaharienne francophone entre 1958 et 1960 était caractérisée par deux expériences particulières de socialisme africain au Mali et en Guinée. La nouvelle historiographie sur (...)

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L’évolution des États postcoloniaux d’Afrique subsaharienne après leurs indépendances a été analysée selon différents points de vue. Pour les chercheurs travaillant avec le concept de « global cold war », les dynamiques transnationales de la guerre froide ont influencé la politique, la société et l’économie de ces nouvelles Républiques. Plusieurs spécialistes ont reconstruit une histoire croisée de ces dynamiques en enquêtant dans les archives des acteurs globaux qui sont intervenus activement ou indirectement dans les territoires subsahariens (USA, URSS, Chine ou Cuba)[1]. Il s’agit donc là d’études qui cherchent à expliquer le déroulement du conflit bipolaire, en observant l’activité des grandes puissances dans des terrains locaux. Dans cette perspective, on vise soit à donner une image globale de la guerre froide, soit à étudier cet affrontement dans les endroits les plus « chauds », c’est-à-dire dans le Tiers Monde. On ouvre, ainsi, de nouvelles pistes qui conduisent à faire du monde postcolonial une question centrale. On remarque cependant aussi dans la période analysée l’existence d’une multipolarité effective, car l’opposition entre le Nord et le Sud du globe s’ajoute à celle, idéologique, entre le monde socialiste et le monde capitaliste.

Dans cette perspective, on essaiera ici de retracer les positions prises par les deux plus grands partis communistes d’Europe occidentale (français et italien) à l’égard de deux États indépendants : la Guinée et le Mali. On prendra donc ici en compte les instruments culturels et politiques utilisés par les dirigeants du Parti communiste italien (PCI) et du Parti communiste français (PCF) face aux expériences guinéennes et maliennes et dans leurs relations avec les gouvernements de ces pays. Il s’agira de s’inscrire dans ce nouveau courant historiographique en prenant pour objet les conceptions développées sur un plan international par le PCF et le PCI. Pour comprendre la vision des deux partis communistes en matière africaine, cette étude s’appuie notamment sur les documents des deux formations politiques, conservés dans les archives de la Fondation Gramsci de Rome (pour le PCI) et dans les Archives départementales de la Seine-Saint-Denis (pour le PCF). Il s’agit de notes d’informations envoyées aux deux partis par des militants et des dirigeants intéressés par les événements africains. Ces sources concernent notamment des comptes rendus de voyage rédigés par les communistes italiens et français qui se sont rendus en Afrique ou qui ont rencontré des délégations des mouvements politiques africains. La correspondance de ces partis européens avec leurs interlocuteurs africains sera également étudiée. La presse liée aux communistes italiens et français, comme les deux journaux l’Unità et l’Humanité et les périodiques Rinascita, Cahiers du communisme et Critica marxista, est également utile pour saisir le discours officiel de ces partis en matière africaine.

Cette recherche se fonde également sur l’historiographie des partis communistes occidentaux, en la déclinant à l’échelle globale, car on souhaite reconstruire comment ils présentent le contexte international et comment ils se positionnent dans la « Global Cold War ».

Pour ce faire, il faut prendre en compte le rôle des grandes puissances sur l’échiquier international et en Afrique. L’URSS cherchait à coopérer avec les pays africains « progressistes » nouvellement indépendants, pour élargir l’alliance anti-occidentale[2], tandis que les États-Unis proposaient aux pays africains leur modèle de développement, pour contrer les avancées du communisme[3]. Le modèle idéologique et social maoïste avait également, depuis les années 1950, un impact considérable, et la Chine dialoguait avec les mouvements politiques africains, notamment avec les Guinéens et les Maliens. Les contacts fréquents et les collaborations diverses entre Chinois et Africains posaient ainsi les bases de l’intervention économique de la Chine en Afrique, particulièrement active à partir de 1963-1964, dans un contexte de rivalité avec l’URSS[4]. D’autres pays socialistes, tels la Tchécoslovaquie et la RDA, coopéraient également avec les pays africains nouvellement indépendants et offraient une aide technique et culturelle à la Guinée et au Mali[5].

Les Africains sont loin d’être passifs face à ces antagonismes et rivalités. Ils jouent leur propre partition, essayant de tirer bénéfice des uns et des autres, selon des critères plus ou moins idéologiques et pragmatiques. Ces dynamiques globales seront ici analysées au prisme des conceptions développées par les deux plus importants partis communistes occidentaux.

Il sera donc question de deux points de vue très différents sur la théorie marxiste-léniniste, qui se croisent, se rencontrent et parfois s’opposent entre eux. Le PCF avait une conception très orthodoxe de l’idéologie communiste et du matérialisme historique marxien, qui le conduisait à privilégier l’ouvriérisme et le patriotisme – qu’on a défini comme jacobin[6] – les problématiques nationales se trouvant ainsi au cœur de son action. Ce « gallocentrisme », pour reprendre une catégorie utilisée par l’historien Alain Ruscio[7], guida la politique des communistes français en Afrique à partir de 1945, lorsque la section coloniale du PCF favorisa la création des Groupes d’études communistes (GEC) dans les colonies de l’Afrique occidentale et équatoriale française. Cela, selon l’avis des communistes français, aida à la formation du premier parti anti-impérialiste des territoires subsahariens : le Rassemblement démocratique africain (RDA), créé à Bamako en 1946[8]. Le RDA ne visait pas aux indépendances et ne se déclarait pas communiste : selon la perspective du PCF, cette position de retrait s’expliquait par l’absence d’une classe ouvrière en Afrique qui ne permettait pas une prise de conscience. Pour le PCF, selon une conception adoptée par le Comité directeur du RDA en 1948, il fallait qu’une France démocratique et égalitaire modernisât les territoires d’outre-mer pour développer des rapports de production et une structuration en classes sociales qui auraient amené à une grande société socialiste franco-africaine[9].

Le PCI, quant à lui, n’avait pas la même approche des questions africaines que le PCF. La colonisation italienne en Lybie et dans la Corne de l’Afrique s’était renforcée, notamment dans une période où le Parti communiste était interdit, sous le fascisme. La guerre contre l’Éthiopie en 1935-1936 avait été faiblement condamnée par les Soviétiques, car l’URSS, craignant un rapprochement entre Mussolini et Hitler, ne voulait pas aggraver les tensions avec l’Italie fasciste[10]. Toutefois les communistes italiens avaient mené une véritable propagande antifasciste et anticolonialiste contre l’invasion de l’Éthiopie[11]. Après la Seconde Guerre mondiale, l’Italie avait perdu ses colonies mais avait gardé la tutelle sur la Somalie jusqu’à l’indépendance du pays, en 1960[12]. Cependant, le PCI n’avait jamais eu de politique coloniale, contrairement au Parti communiste français, puisque le colonialisme italien avait été intrinsèquement lié à l’idéologie oppressive fasciste. L’intérêt du Parti communiste pour le continent africain ne s’était donc développé qu’à partir du milieu des années 1950, au moment de la conférence de Bandoeng (1955) et avec l’essor des mouvements de libération[13]. En outre, cet intérêt portait sur le développement des luttes indépendantistes certes dans les anciennes colonies italiennes mais surtout dans des territoires encore inconnus du PCI jusqu’alors, c’est-à-dire l’Afrique de l’Ouest et du Nord. Les indépendances des colonies françaises attiraient l’attention des communistes italiens, qui se rapprochaient de l’Afrique en une attitude anti-colonialiste, et ouverte au dialogue avec les « bourgeoisies nationales ». Cette attitude favorisait les contacts avec le FLN algérien alors même que le PCF avait une attitude ambiguë à son égard, de par son « gallocentrisme » et sa fidélité aux principes ouvriéristes du marxisme-léninisme[14]. On verra toutefois que les relations PCI-PCF-Guinée-Mali étaient liées à d’autres dynamiques, tenant à l’analyse du rôle des grandes puissances dans le développement des États nouvellement indépendants.

Le PCF et le PCI et l’Afrique à l’heure des indépendances. La voie de développement « non capitaliste » en Guinée et au Mali (1958-1963)

Après la violente répression des années 1949-1950 contre le RDA, qui en brisa l’unité[15], le PCF mit en veilleuse sa politique africaine, car il avait été ébranlé par les événements algériens et par l’échec politique subi dans les territoires subsahariens[16]. En même temps, le soutien donné par les communistes à des mouvements anticoloniaux (comme l’Union des populations du Cameroun [UPC] au Cameroun) ne trouva pas réellement place dans la politique des cadres dirigeants du PCF, centrée surtout sur la France[17].

Les communistes italiens commencèrent à s’intéresser aux questions du Tiers Monde à partir du XXe congrès du PCUS, en 1956, qui entérina l’existence de voies nationales vers le socialisme et abandonna la seule imitation du modèle soviétique. Cela permit aux communistes italiens de développer leur propre conception du communisme, intégré à la doctrine d’une « coexistence pacifique » avec l’Occident et visant à développer un socialisme guidé par les particularités locales des terrains où il se développait[18]. La vision d’une révolution progressive, qui renonçait à la rupture et à la destruction de la société capitaliste mais qui la transformait par étapes, visait à élargir les horizons du socialisme, en l’appliquant aussi aux sociétés du Tiers Monde. Cette « voie italienne vers le socialisme » était présentée en exemple aux mouvements africains revendiquant l’indépendance[19]. L’intérêt du PCI pour l’Afrique s’inscrivait aussi dans une stratégie d’élargissement du camp anti-impérialiste, conçue par l’URSS et visant à soustraire le Tiers Monde à l’influence occidentale[20]. Cela était évident déjà à la conférence de Bandoeng, à laquelle les Soviétiques participaient en observateurs très intéressés et où les États afro-asiatiques s’inséraient dans l’ordre international post-conflit en révolutionnant les dynamiques globales de la guerre froide[21].

L’année 1958 fut le « tournant » de la politique africaine des deux partis communistes. En effet, l’indépendance de la Guinée suscita le très grand intérêt tant du PCF que du PCI. La victoire du « non » guinéen au référendum pour la création de la Ve République gaulliste et la mise en place d’une Communauté française avec l’outre-mer donnaient à Conakry l’indépendance nationale mais en même temps elles bouleversaient les rapports entre la nouvelle République africaine et l’ancienne métropole : de Gaulle coupait tous les liens diplomatiques et retirait tous les techniciens et les technologies que les colonisateurs avaient amenés dans l’ex-colonie[22]. Selon Alessandro Iandolo, c’est l’isolement de la Guinée qui conduisit Sékou Touré à coopérer avec l’URSS, les Soviétiques appréciant d’ailleurs l’idéologie du président guinéen, ex-syndicaliste de la CGT[23]. Les communistes français, au moment de l’indépendance de Conakry, réactivèrent leurs contacts africains et envoyèrent beaucoup de coopérants, de syndicalistes et d’enseignants, pour aider le nouvel État dans la voie du socialisme. Cela passa – selon l’opinion du PCF – par une différenciation des classes, et donc l’industrialisation du pays et l’émergence d’un vrai prolétariat[24]. Les Italiens, en revanche, furent séduits par l’organisation du Parti démocratique de Guinée (PDG), guidé par Sékou Touré, et par la gestion de l’État par cette organisation. La théorie politique du leader guinéen intéressa les dirigeants du PCI, qui y voyaient le développement d’une voie démocratique vers le socialisme. Sékou Touré affirma que la révolution se distinguait de la révolte parce que la violence n’était pas nécessaire pour aboutir à un changement qualitatif[25]. L’indépendance guinéenne, en effet, avait été acquise en utilisant les méthodes mises en place par l’ancienne métropole, c’est-à-dire la consultation référendaire[26].

Les dirigeants envoyés en Guinée par les deux partis communistes observèrent la situation pour en rendre compte à leur parti. Jean Suret-Canale, historien africaniste et membre du comité central du PCF, emménagea dans le pays africain juste après l’indépendance pour y occuper un poste de professeur. Ce dirigeant communiste avait été membre de la section coloniale du PCF (dirigée par Raymond Barbé) et des groupes d’études communistes de Dakar en 1946 et il avait enseigné dans plusieurs lycées du Sénégal. Il était toujours engagé dans la lutte anti-impérialiste et anticoloniale en Afrique subsaharienne[27]. Avec Yves Benot – militant communiste, intellectuel et historien spécialiste de l’esclavage et des révoltes anticoloniales[28] –, il devint le lien principal entre son parti et le PDG, en envoyant de nombreuses notes d’informations à la section de politique extérieure. Il analysait les efforts de modernisation accomplis par le gouvernement de Conakry pour développer son économie et devenir réellement indépendant. Pour lui, l’apport de la coopération soviétique sur ce terrain était fondamental, parce que cela devait finalement transformer la société et l’économie du pays africain, en créant une classe ouvrière, ce qui permettrait enfin d’accéder au socialisme[29]. Selon les chercheurs Alessandro Iandolo et Sergei Mazov, l’aide de Moscou à la République de Guinée fut considérable, car l’URSS versait un important flux de roubles dans les caisses du pays africain avec des taux d’intérêt très bas. Les Soviétiques proposaient aux pays décolonisés une « voie non capitaliste » de développement : à l’intérieur d’une stratégie de « compétition pacifique », ce modèle de développement était utile pour soustraire le Tiers Monde à l’influence occidentale, mais aussi pour élargir le camp socialiste[30]. C’était en fonction de cette aide que les communistes français et italiens se rapprochèrent du PDG, car ils voyaient un nouveau modèle de société socialiste en construction. Le journal du PCF, l’Humanité, envoya ainsi à plusieurs reprises son correspondant Robert Lambotte en Afrique pour décrire la formation des nouvelles Républiques indépendantes à partir de l’année 1958[31]. Lambotte était un militant communiste déjà actif pendant la guerre. Il avait été déporté à Auschwitz. En rentrant de captivité, il était devenu reporter, et très intéressé par les questions africaines. Il s’était rendu en Tunisie et en Algérie, avant de devenir spécialiste de l’Afrique noire[32]. En 1960, en effet, une grande vague de décolonisation traversa le continent africain et la majorité de colonies françaises d’Afrique obtinrent leur indépendance. Parmi celles-ci, la nouvelle République du Mali – née de l’éclatement de la Fédération du Mali, expérience unitaire tentée par l’ancien Soudan français (actuel Mali) et le Sénégal[33] –, choisit la « voie non capitaliste » de développement. Le président malien Modibo Keita accepta l’aide des pays socialistes et les dossiers publiés par l’Humanité témoignent de l’appréciation positive du PCF à l’égard de cette coopération[34]. Les communistes français, grâce aux dossiers de leur journal, écrits notamment par Lambotte, purent observer les efforts de modernisation et de développement économique et social accomplis par les gouvernements du PDG et de l’Union soudanaise-RDA (USDRA) malienne. Robert Lambotte avait apprécié la mise en place d’un socialisme africain qui préservait ce qui relevait, selon lui, d’une tradition africaine collectiviste dans l’économie villageoise. Mais les communistes français étaient surtout enthousiasmés par les plans d’industrialisation faits par Sékou Touré et Modibo Keita qu’ils voyaient comme le fruit de la collaboration avec l’URSS. Ce qui, selon le PCF, permettait la création d’une classe ouvrière qui poussait la Guinée et le Mali vers l’option socialiste[35].

L’analyse faite par les communistes italiens à l’égard des indépendances guinéenne et malienne était très différente. Pendant le VIIIe congrès du PCI, en 1956, le secrétaire général Palmiro Togliatti déclara qu’une « voie italienne vers le socialisme » était sans doute liée aux rapports avec le Tiers Monde, car il y avait un vrai changement structurel dans le monde, les pays socialistes se renforçant et l’Union soviétique se libérant de son isolement grâce à la solidarité et à l’amitié avec les pays décolonisés. Togliatti était convaincu qu’en exploitant la tendance des peuples du Tiers Monde à aller vers le socialisme « sans une direction politique communiste », il pourrait se constituer un rassemblement unitaire mais hétérogène sous la houlette de Moscou[36]. Influencés par cette théorie, les dirigeants italiens qui se rendaient dans les pays africains s’intéressaient à l’expérimentation d’un socialisme soit national (guinéen ou malien) soit panafricain, fondée sur une politique prenant en compte les conditions locales. Par exemple, le sénateur communiste Velio Spano – dans son livre Risorgimento africano – présentait l’expérience guinéenne comme l’exemple d’une mise en place du socialisme dans un terrain où il n’y avait pas de classes sociales définies et où le Parti représentait le peuple entier et lui permettait d’accéder au pouvoir en établissant un État révolutionnaire permanent[37]. Velio Spano était le dirigeant communiste italien le plus intéressé aux problématiques africaines et par le Tiers Monde. Il avait vécu en Tunisie à la fin des années 1930 et s’y était lié aux groupes antifascistes de ce pays. Lorsqu’il était devenu le responsable de la Section de politique extérieure du PCI, entre 1956 et 1958, il avait apporté son expérience personnelle[38]. Même Dante Cruicchi, ancien résistant, journaliste de l’Unità, dirigeant du PCI en Émilie-Romagne, puis maire du village de Marzbotto (lieu d’un massacre perpétré par les nazis pendant la guerre et symbole de la résistance italienne)[39], s’était rendu en Guinée en 1960 et au Mali en 1961. Il était convaincu qu’il ne fallait pas essayer de diriger le socialisme africain, mais qu’il fallait au contraire laisser se développer sur leur propre terrain les instruments originaux utilisés. Un quelconque essai d’imposition idéologique aurait provoqué un recul de l’avancée vers le communisme[40].

Pour les communistes, le progrès et la modernisation étaient nécessaires pour améliorer la place de l’Afrique dans le paysage mondial. Les Français pensaient qu’un passage temporaire par une industrialisation capitaliste (du moins un capitalisme d’État) et une différenciation de classe étaient nécessaires[41]. En revanche, les Italiens Velio Spano et Dante Cruicchi croyaient à l’avènement d’une société socialiste de manière autonome grâce à l’apport des masses travailleuses[42]. Rejoignant la théorie de Sékou Touré, ils pensaient que la lutte de classe était désormais dépassée par un état révolutionnaire permanent où le peuple était incarné par le PDG[43]. Le PCF n’adhérait pas à cette idée, y voyant l’influence dangereuse du maoïsme qui opposait le Nord industrialisé du monde (la « ville globale ») au Sud appauvri par l’impérialisme ; Suret-Canale, en effet, affirmait que cette division idéologique ne prenait pas en compte les différences entre Occident et pays socialistes, qui – au contraire – auraient été toujours solidaires avec le Tiers Monde[44].

Velio Spano, dans son discours au Comité central du PCI en 1961, affirmait qu’il était nécessaire de comprendre que la lutte des peuples colonisés n’était pas dirigée par les communistes : en ce sens, selon le sénateur italien, les essais du PCF de renfermer les expérimentations africaines (et surtout guinéenne) dans des limites doctrinaires étaient nocifs pour l’élargissement du communisme en Afrique. Et il ajoutait : « Dans ce sens, les responsabilités de nos camarades français sont très graves[45]. » Il s’alignait sur la position de Togliatti en s’opposant à ceux qui – comme Cesare Luporini – au sein même du PCI n’appréciaient pas que le mouvement anticolonial en Guinée et en Afrique ne fût pas guidé par des communistes[46]. Le discours prononcé par Spano se rapprochait beaucoup aussi des déclarations de Josip Broz Tito, président de la Yougoslavie, qui, en 1961 s’était engagé sérieusement dans la course au leadership du mouvement des non-alignés en organisant la grande conférence de Belgrade (novembre 1961)[47]. C’était le témoignage des nouvelles relations amicales du Parti communiste italien avec la Ligue des communistes yougoslaves, un rapport qui s’était reconstruit autour des convergences sur les thèmes internationaux[48]. D’ailleurs, ce rapprochement était favorisé aussi par les essais de réconciliation entre Khrouchtchev et Tito à la fin des années 1950 et au début de la nouvelle décennie[49]. Mais si au PCI on était convaincu que la montée en puissance du Tiers Monde – et surtout de l’Afrique – pouvait élargir le camp socialiste, Tito pensait que la création d’une union des « petits États » pouvait être l’instrument pour détruire le système bipolaire et il le confirma dans son discours au parlement ghanéen en 1961. Les États africains devaient rester à égale distance les deux camps qui se partageaient le monde[50]

Le désengagement guinéen par rapport au bloc socialiste arrivait à la fin de l’année 1961, lorsque Sékou Touré réprima une vague de protestations d’étudiants et professeurs, partie des écoles guinéennes et bientôt arrivée auprès des étudiants africains en France. Le président guinéen accusa l’ambassadeur soviétique d’avoir organisé un coup d’État en collaboration avec les enseignants et les élèves et cela bouleversa les rapports du PDG avec les pays socialistes et les communistes français[51]. Beaucoup de documents, gardés dans les archives du Parti communiste français, révèlent les contacts des dirigeants du PCF et les milieux étudiants qui s’opposaient à Sékou Touré et à Modibo Keita au Mali en les présentant comme des dictateurs[52] ; mais cette situation délicate venait d’être résolue par un nouveau rapprochement entre l’URSS, la Guinée et le Mali, ainsi que par l’éloignement des communistes français des syndicats des enseignants. Suret-Canale et d’autres dirigeants du PCF (comme Raymond Guyot, responsable de la Section de Politique Extérieure (POLEX), et Georges Lachenal, ancien chargé du secteur « Afrique » de son parti[53]) soutenaient que la protestation avait été organisée par des milieux politiques gauchistes qui auraient voulu gâcher le rapport entre Moscou et les pays africains progressistes[54].

La crise du modèle de développement « non capitaliste » (1964-1968)

La coopération soviétique avec Conakry et Bamako continua jusqu’en 1964, moment où la chute de impliqua la forte diminution de l’aide de l’URSS en Afrique[55]. À partir de ce moment, le Kremlin privilégia une coopération d’aide militaire en opposition à la force de frappe “occidentale”[56]. En outre, la situation internationale toujours plus tendue poussa Moscou à diriger cette assistance militaire (mais aussi financière et technique) vers des mouvements qui se présentaient ouvertement comme marxistes-léninistes, veillant ainsi à ne pas gaspiller son aide[57]. En effet, la coopération soviétique se renforça notamment avec les mouvements de libération des colonies portugaises et dans des pays comme la Somalie, qui se déclaraient marxistes-léninistes[58], alors qu’elle s’affaiblissait en Afrique occidentale. En effet, ce gaspillage avait été souligné, entre autres, par Romano Ledda, journaliste, vice-directeur de la revue Critica Marxista et dirigeant de la section de politique extérieure du PCI, qui en 1964 affirma que l’argent soviétique avait financé des infrastructures inutiles et des usines inutilisées. Les efforts accomplis par les Soviétiques, selon le dirigeant italien, ne tenaient pas compte des réalités locales africaines et l’aide élargie par Moscou risquait de rester sur un plan abstrait. Cela avait favorisé la coopération technique chinoise, inaugurée par le voyage de Zhou Enlai en Afrique, lorsque les gouvernements malien et guinéen avaient signé des accords avec Pékin[59]. Même si l’USRDA et le PDG, selon leurs déclarations, ne s’alignaient pas sur les Chinois, ils n’auraient pas compris la volonté soviétique d’aboutir à une compétition pacifique avec les USA : ils pensaient que cette stratégie visait seulement à préserver les intérêt des deux grands puissances mondiales, le mouvement communiste renonçant ainsi à la lutte révolutionnaire contre l’impérialisme[60].

Si – aux yeux des communistes occidentaux – l’aide de la Chine confirmait la volonté des gouvernements PDG et USRDA de ne pas développer des rapports de classe et de se rapprocher d’une politique maoïste, l’approbation de la « loi-cadre » guinéenne de 1964 visant au développement des différenciations sociales était appréciée tant par Suret-Canale que par Ledda. En ce sens, le dirigeant français notait que cette loi-cadre se donnait pour but d’arrêter une dégénérescence sociale liée aux tentatives du « néocolonialisme occidental » pour regagner du terrain dans le pays africain. La nationalisation de plusieurs entreprises et du commerce, selon Suret-Canale, avait pour but de prendre le contrôle effectif de l’économie nationale pour répondre aux pressions impérialistes qui poussaient Conakry vers le rapprochement avec les États-Unis et la Communauté européenne[61]. Les politiques de nationalisation accomplies par Sékou Touré et Modibo Keita entre 1964 et 1967 avaient suscité des réactions controversées dans les milieux communistes, car on observait que – d’une part – ces initiatives s’opposaient à l’intrusion occidentale en même temps qu’elles avaient des liens évidents avec l’idéologie maoïste. La volonté soudaine de détruire la mentalité traditionnelle pour créer une pensée et une société nouvelles, montrait que la révolution culturelle chinoise était bien un modèle. Un exemple en était le projet de Keita de développer une « révolution active » au Mali, en détruisant les structures sociales traditionnelles pour bâtir un nouvel État socialiste[62]. En ce sens, le plan révolutionnaire mis en place par le gouvernement de Bamako s’inscrivait dans la même ligne de la loi-cadre pensée en 1964 par Sékou Touré. Les essais de ces États pour modifier leur société dans le sens socialiste – selon l’avis de Ledda – étaient une réponse à une situation de très grande crise et au recul de l’anti-impérialisme en Afrique après la chute de N’Kruma en 1966[63]. Les pressions des entreprises et des puissances occidentales sur les États progressistes, ainsi que la présence de couches sociales de planteurs et commerçants aisés, témoignaient de cette situation. En revanche, Ledda remarquait la volonté des Maliens et des Guinéens de construire un lien étroit avec le PCI, pour renforcer les rapports avec le mouvement ouvrier occidental. Le dirigeant italien jugeait très important de construire des liens solides avec les États progressistes de l’Afrique occidentale pour engager une action politique commune à l’égard des rapports euro-africains. Ledda affirmait que la volonté des Guinéens et des Maliens était d’élargir le plus possible les rapports avec les partis communistes, même s’ils avaient déjà un bon rapport avec le PCF[64]. Cela montre qu’à l’intérieur du Parti communiste italien, il y avait l’intention de se présenter aux Africains comme des interlocuteurs alternatifs aux communistes français ou, au moins, de les côtoyer dans des zones qui avaient toujours été considérées sous l’influence exclusive du PCF. Les nombreux articles parus sur Sékou Touré et Keita dans la presse du parti, dont ceux de l’Unità, de Rinascita (parfois signés par Ledda)[65] ou de Il Pioniere, ce dernier étant un journal pour enfants[66], témoignent de cet effort des Italiens. La revue de théorie politique Critica marxista, dont Ledda était le vice-directeur, avait publié aussi des interventions du président guinéen au sujet de la lutte contre le colonialisme, le néo-colonialisme et l’impérialisme, avec une attention particulière portée au rôle actif des masses africaines dans la perspective révolutionnaire d’un continent sans classes sociales[67].

Les dirigeants du PCF étaient conscients de l’action politique du PCI en Guinée et au Mali. Jacques Arnault, membre de la Section de politique extérieure (POLEX) du Parti communiste français et journaliste à l’Humanité, en 1964 prévenait ses camarades de l’intention du PCI de « remplacer notre influence en Afrique[68] ». La fin du monopole de l’influence du communisme français sur les mouvements anti-impérialistes de l’Afrique francophone au bénéfice des communistes italiens était considérée comme un obstacle pour la politique du PCF. En effet, l’objectif du PCF était de prendre les rênes de la nation française, et de mettre ainsi en place une république démocratique, ancrée à gauche qui aurait ainsi pu être le point nodal de la solidarité avec le Tiers Monde et les pays socialistes. Mais cela nécessitait de conserver un rapport bilatéral avec les États progressistes africains, ceux-ci pouvant ainsi être les meilleurs amis d’une France socialiste[69] ; néanmoins, l’intérêt du bureau politique communiste à l’égard de l’Afrique francophone continuait à s’affaiblir malgré les efforts de Suret-Canale, de Jacques Arnault, de Martin Verlet, de Jacques Varin et d’autres membres de la POLEX qui se rassemblaient pour créer un « collectif Afrique »[70]. La crainte de perdre une position de premier plan en Guinée et au Mali avait été raffermie chez Suret-Canale par Sékou Touré lui-même lorsque celui-ci avait demandé lors d’un de leurs rendez-vous, en 1972 : « Est-il normal que nous avions des relations plus étroites et fructueuses avec le Parti communiste italien qu’avec le PCF[71] ? »

En effet, les contacts des Italiens en Afrique, notamment avec la Guinée, se poursuivirent, tandis que le PCI envoya à Conakry Ugo Pecchioli, ancien résistant italien, haut dirigeant du parti et représentant du CC à l’occasion du congrès du PDG en 1967[72]. En même temps, les Guinéens avaient déjà envoyé le ministre Léon Maka au congrès des communistes italiens, qui s’était déroulé en Italie l’année précédente[73]. La présence des Italiens en Guinée était favorisée par les cadres du parti à partir de 1960 pour faire face au monopole idéologique français en Afrique qui risquait de ruiner l’image et les positions du PCI[74]. Les liens entre Guinéens et Italiens sont consignés aussi dans les documents concernant les initiatives de solidarité organisées par Sékou Touré en faveur des mouvements de libération des colonies portugaises qui étaient basés dans la petite République africaine (avril 1967)[75].

En 1967, la crainte des communistes français d’être remplacés par les Italiens en Afrique aurait poussé Suret-Canale et le « collectif Afrique » à reconnaître la possibilité que dans le Tiers Monde il était possible de développer des nouvelles formes de gouvernement socialiste, en dépassant la conception de la lutte de classe pour créer une société de masse[76]. Mais cette théorie n’était pas prise en considération par le bureau politique du parti, car il était engagé dans une lutte idéologique contre les Chinois et les Yougoslaves. On ne pouvait pas accepter de céder sur les problématiques liées à la lutte de classe comme seul moyen d’aboutir au socialisme et il n’était pas possible non plus d’accepter une massification interclassiste qui consacrait l’existence d’une opposition entre Nord et Sud du monde à la place de celle entre Est et Ouest. Donc, le bureau politique du PCF, à la fin des années 1960, ne discutait pas des problématiques africaines et Suret-Canale aussi s’était déjà opposé à une division Nord-Sud qui aurait mis sur le même plan l’URSS et les USA[77]. L’action des communistes français restait limitée aux contacts occasionnels avec les gouvernements des États progressistes et au soutien aux mouvements de libération qui y étaient basés, mais cela était surtout confié aux dirigeants qui avaient toujours été les plus proches des Guinéens et des Maliens, c’est-à-dire ceux membres du « collectif Afrique ». En 1967, Pierre Morlet, militant du PCF qui avait fait partie des Groupes d’études communistes de Bamako et avait participé à la fondation du RDA en 1946, prenait acte de la volonté de Keita de différencier les classes sociales du pays pour échapper à l’isolement dans lequel il se trouvait[78] : mais cette politique de rénovation sociale – appliquée avec un langage proche du maoïsme – avait provoqué des tensions avec la France et aliéné au gouvernement de Bamako les milieux liés à Moscou.

En novembre 1968, après la grande vague étudiante globale qui frappa également l’Afrique, les militaires maliens opérèrent un coup d’État contre le président Keita en exploitant le mécontentement populaire causé par les politiques économiques du gouvernement. Le PCF analysa la situation en affirmant que ce coup d’État « a pu surprendre par la rapidité de son exécution et l’absence de réactions, tant dans les campagnes que dans les villes au niveau des cadres politiques et administratifs ». Cela tenait – selon la vision des communistes français – à une situation économique aggravée par la signature des accords financiers franco-maliens de mai 1967 qui avaient provoqué la dévaluation du franc malien et par une politique socialiste très ambiguë à côté des accords avec l’ex-métropole. Selon un document du PCF, l’option socialiste elle-même « n’était pas claire, non officiellement dénoncée entre l’URSS et la Chine ; vocabulaire gauchiste et pratiques opportunistes vis-à-vis de la France, des USA, de l’Allemagne fédérale, d’Israël ». La réaffirmation des principes du socialisme scientifique et la défense de l’intervention soviétique en Tchécoslovaquie auraient poussé le gouvernement de Paris à « téléguider » un coup d’État contre Keita. Les dirigeants français voyaient derrière cette initiative les caractéristiques des contradictions inter-impérialistes, car le Mali représentait l’arrière-pays d’une région, la Guinée, où les néocolonialismes français et américains s’affrontaient. Pour le PCF, cela montrait une politique française développée uniquement en fonction des intérêts des monopoles, sans poursuivre l’intérêt de la nation française : selon les communistes, le gouvernement gaulliste n’avait pas compris qu’il fallait se présenter comme un exemple de solidarité envers le Tiers Monde pour développer une coopération réelle entre la France et l’Afrique[79].

La chute de Nkrumah au Ghana, la fin de l’expérience malienne et les difficultés rencontrées par le gouvernement guinéen convainquirent les communistes italiens qu’il n’existait pas un « socialisme africain », qu’une négation des classes sociales dans la société africaine aurait favorisé seulement les couches bourgeoises qui « se configuraient déjà de façon embryonnaire[80] ». Ainsi on ne considérait plus les originalités africaines vues par Spano et Cruicchi et on s’éloignait de la conception d’un socialisme sans lutte de classe car les forces réactionnaires auraient exploité la présence des couches bourgeoises pour déstabiliser les États progressistes, comme cela s’était déjà passé à plusieurs reprises en Guinée et enfin au Mali en 1968. En 1970, un ressortissant malien en exil à Alger avait rencontré Massimo Loche, journaliste de l’Unità, et il avait réaffirmé cette dernière position : les gouvernements progressistes africains représentaient seulement une période de transition qui devait aboutir au socialisme scientifique[81]. Cette nouvelle conception du « socialisme africain » se liait beaucoup aux nouvelles positions de l’URSS à l’égard de la coopération avec le Tiers Monde et au refus de Moscou de financer des États qui ne se déclaraient pas socialistes.

Le PCI continua quand même d’avoir un rapport privilégié avec la République de Guinée pendant toutes les années 1970, mais ce lien servit surtout à renforcer les relations des communistes italiens avec les mouvements de libération lusophones basés à Conakry.

Conclusions

Le PCF avait laissé sa politique africaine aux mains des dirigeants les plus intéressés aux problématiques subsahariennes, dont Suret-Canale, Élie Mignot, Pierre Kaldor et Jacques Varin (tous membres de la Section de politique extérieure) étaient les plus importants. Le bureau politique se concentrait notamment sur la politique intérieure française, sur la lutte contre le scissionnisme chinois dans le mouvement communiste, et sur le rôle de la France dans l’Europe et dans le monde. Les rapports du parti avec la Guinée – toujours en train de se détériorer pendant les années 1970 – furent donc confiés exclusivement aux membres du collectif Afrique pendant que Pierre Kaldor (avocat de profession, qui avait créé des comités de solidarité pour les peuples d’Afrique) s’occupait des prisonniers politiques maliens[82].

On peut constater, en revanche, que les orientations de politique extérieure en matière africaine du PCI, qui se présentait comme un parti moins orthodoxe que le PCF et qui allait s’éloigner progressivement de l’URSS, étaient moins linéaires que la stratégie des communistes français. Ces derniers, comme toujours, avaient pour premier objectif une transformation socialiste de la France, de manière à gérer les affaires internationales selon une ligne non influencée par l’Occident, en mettant au deuxième plan la politique extérieure autonome du parti et, par conséquent les rapports avec les États africains dits « progressistes ». Cette transformation n’était possible que grâce à la création d’un nouveau front uni de la gauche, c’est-à-dire une alliance avec les socialistes autour d’un programme commun. Cela fut expliqué par Jeannette Vermeesch – membre du Comité central du PCF et veuve de Maurice Thorez – aux Guinéens, pendant son séjour à Conakry lors du congrès du PDG en 1967, pour les convaincre que la victoire de la gauche en France était dans l’intérêt tant du peuple français que des peuples d’Afrique[83]. La relance de l’unité des gauches dans la politique d’opposition au gaullisme s’inscrivait dans une stratégie intérieure au PCF – l’aggiornamento – qui lançait un processus de changement culturel et politique afin de réagir aux chocs subis par le parti tant en France qu’au niveau international, lors du XXe congrès du PCUS, du conflit sino-soviétique et des incompréhensions avec le parti italien[84].

En revanche, le PCI s’était ouvert aux idées nationalistes africaines dans la période du secrétariat de Togliatti et du leadership de Khrouchtchev à Moscou, car l’intérêt du monde socialiste envers les pays décolonisés permettait d’élargir les espaces de manœuvre du Parti communiste italien en se présentant comme interlocuteur pour la Guinée et le Mali[85]. Pour cela, les communistes italiens développèrent une politique extérieure autonome par rapport au gouvernement de leur pays et à l’URSS, tout en étant pensée en fonction de l’élargissement de l’influence du communisme mondial. En revanche, cette ouverture vers des théories politiques différentes du marxisme-léninisme classique et l’abandon des références à la lutte des classes pour les territoires où il n’y avait pas de différenciations sociales à la « manière européenne » furent âprement critiqués à l’intérieur du parti italien après la mort de Togliatti et la chute de Khrouchtchev. La fin de l’intervention économique soviétique en Afrique occidentale et le coup d’État contre Nkrumah au Ghana provoquèrent la progressive reconsidération des avis positifs donnés aux expériences guinéenne et malienne, trop inspirées du modèle chinois – en 1966 c’était la Chine de la révolution culturelle[86] – et miroir de la faillite des socialismes africains. Dante Cruicchi et Velio Spano, au début des années 1960, avaient fait l’éloge de la politique de Sékou Touré et Modibo Keita et de leur volonté de substituer graduellement ou parfois d’intégrer la nouvelle société non capitaliste aux anciennes structures africaines. En revanche, l’éloignement de Moscou du terrain africain provoqua des doutes idéologiques au sein du Parti communiste italien. Entre 1964 et 1968, la presse communiste italienne analysa différemment les expériences originales des nationalismes subsahariens qui avaient été bien appréciés publiquement par le PCI seulement quelques années auparavant. L’isolement des États dits progressistes d’Afrique occidentale et la conquête du continent par le néocolonialisme, comme nous l’avons vu, avait été analysés par Ledda lui-même comme une conséquence des erreurs soviétiques[87]. Au contraire, dans le discours public communiqué à la presse, il se montrait convaincu que la cause de l’échec des socialismes africains était notamment d’ordre idéologique : l’absence d’un processus révolutionnaire au sens marxiste ne permettait pas d’aboutir au socialisme, car il fallait détruire l’ancien système féodal africain (maintenu par le colonialisme) et le remplacer par une société de classe. Les gouvernements anti-impérialistes de Conakry et Bamako étaient encerclés par l’agression néocoloniale et risquaient d’échouer sans l’affirmation d’un net choix socialiste, encore trop vague[88]. Les erreurs des Soviétiques en Afrique – qui étaient remarqués aussi par le Memoriale di Yalta, le testament politique de Palmiro Togliatti[89] – concernaient l’application d’une voie de développement qui ne tenait pas compte des écarts entre les différents contextes géographiques et sociaux et cela avait empêché la construction d’une société socialiste en ouvrant des espaces aux idées chinoises[90]. À ce propos, en 1963, Togliatti avait déjà exprimé sa perplexité à l’égard de la capacité tant des Soviétiques que des Chinois à analyser la situation dans le Tiers Monde[91].

Les discussions au sein du parti avaient provoqué des résistances internes au PCI à l’égard des élaborations idéologiques de la période togliattienne. Ces querelles avaient éclaté lors du XIe Congrès en 1966 : la gauche du PCI – animée par les intellectuels Rossana Rossanda, Lucio Magri, Luciana Castellina, Luigi Pintor, Alberto Asor Rosa et Mario Tronti – s’opposa à la continuité politique à l’égard de la voie italienne au socialisme, en réélaborant le concept de révolution dans les pays capitalistes grâce à l’exemple des pays du Tiers Monde. Toutefois, cela provoqua une réaction de la droite du parti qui confirma les paradigmes théoriques-idéologiques traditionnels[92].

L’analyse des dirigeants du PCI changea à nouveau au début des années 1970, après l’explosion des mouvements étudiants et notamment après l’invasion soviétique de Prague, qui marqua le début d’un éloignement progressif du PCI de l’URSS[93]. Le nouveau secrétariat de Enrico Berlinguer se présentait en Afrique comme symbole de paix et de justice sociale, mais n’utilisait plus de références à la lutte des classes ou au rôle central du pôle socialiste ; en revanche, il fallait construire une Europe solidaire avec l’Afrique qui ferait barrage à l’exploitation impérialiste dans le Sud du monde[94]. En ce sens, on reconnaissait l’originalité des socialismes africains et leur importance dans la lutte contre l’impérialisme et cela liant le PCI aux mouvements africains qui luttaient contre le colonialisme portugais et contre l’apartheid. En effet, ceux-là représentaient un nouveau modèle de socialisme qui montrait une structuration marxiste plus marquée et qui gardait en même temps ses caractères africains originaux. Ces expériences politiques, selon les communistes italiens, renforçaient la lutte de l’humanité contre l’exploitation et il fallait soutenir leurs efforts pour la libération et le progrès de l’Afrique. Pour cela, la première tâche du mouvement ouvrier des pays capitalistes concernait l’édification d’une Europe démocratique qui aurait fait barrage à l’impérialisme et appuyé la bataille des peuples africains contre l’oppression[95].

Ainsi, la faillite de la « voie de développement non capitaliste » en Afrique, de la politique économique de la Guinée et du Mali et la crise de l’idéologie panafricaniste après la chute de Nkrumah provoquèrent une réévaluation des expériences politiques de l’Afrique occidentale par le PCI. Elles étaient nées de révolutions inachevées, qui n’avaient pas pour but le changement de la structure de la société. Toutefois, les dirigeants italiens avaient connu les leaders des mouvements de libération des colonies portugaises lors de leurs voyages en Guinée : ils étaient, pour le PCI, les inspirateurs d’une nouvelle phase de la lutte contre l’impérialisme. Cette phase était celle où l’éducation politique marxiste-léniniste imprimait sa marque sur les processus indépendantistes et la guerre révolutionnaire contre le fascisme portugais et le racisme sud-africain. En revanche, comme on l’a vu, le rapprochement avec ces luttes africaines provoquait de profondes divisions au sein du PCI, car à la fin des années 1960 la gauche du Parti – appuyée par les jeunes et les étudiants – pensait que la situation dans le Tiers Monde (Afrique, Amérique latine et Vietnam) portait témoignage en faveur de la solution révolutionnaire, y compris en Europe. Plusieurs militants et dirigeants quittaient le Parti communiste italien entre 1969 et le début des années 1970, pour construire une nouvelle gauche radicale[96].

Le PCF analysait la faillite du modèle guinéen et la chute de Modibo Keita comme la conséquence d’une offensive impérialiste dont la France faisait partie. Il fallait donc s’engager encore davantage en faveur d’un programme commun avec les socialistes, pour prendre le pouvoir en France. En effet, pour les communistes français, seul un gouvernement progressiste à Paris aurait pu arrêter les manœuvres impérialistes françaises et occidentales en Afrique et dans le monde[97] .

Pour citer cet article : Gabriele Siracusano, « Modernisation, progrès et guerre froide : la Guinée et le Mali vus par les partis communistes français et italien (1958-1968) », Histoire@Politique, n° 38, mai-août 2019 [en ligne : www.histoire-politique.fr]

Notes :

[1] Voir O.A. Westad, The Global Cold War. Third World Interventions and Making of our Times, Cambridge, Cambridge University Press, 2005 ; S. Mazov, A Distant Front in the Cold War. The USSR in West Africa and the Congo, 1956-1964, Washington D.C.-Stanford, Woodrow Wilson Center Press-Stanford University Press, 2010 ; P. Gleijeses, Conflicting Mission. Havana, Washington and Africa, 1959-1976, Chapel Hill, University of North Carolina Press, 2002 ; J. Friedman, Shadow Cold War : the Sino-Soviet Competition for the Third World, Chapel Hill, University of North Carolina Press, 2015.

[2] V. Bartenev, « L’URSS et l’Afrique noire sous Khrouchtchev : la mise à jour des mythes de la coopération », Outre-Mer, 354-5, 2007, pp. 63-82 ; O.A. Westad, The Cold War : A World History, New York, Basic Books, 2017, p. 238.

[3] J. Byrne, « Africa’s Cold War », dans R.J. Macmahon (dir.), The Cold War in the Third World, Oxford, Oxford University Press, 2013, pp. 101-124.

[4] J.J. Eisenman, « Comrades in Arms: the Chinese Communist Party’s Relations with African Political Organization in the Mao Era, 1949-76 », Cold War History, 4, 2018, pp. 429-445 ; J. Friedman, Shadow Cold War , op. cit., pp. 45-179.

[5] Voir Q. Slobodian (dir.), Comrades of Colors. East Germany in the Cold War World, New York, Berghann Books, 2018 ; S. Mazov, A Distant Front in the Cold War, op. cit. ; S. Lorenzini, Due Germanie in Africa, Firenze, Polistampa, 2003.

[6] S. Courtois, M. Lazar, Histoire du Parti communiste français, Paris, PUF, 1995, p. 253.

[7] A. Ruscio, « Les communistes français et la guerre d’Algérie, 1956 », Le Parti communiste français et l’année 1956 (Bobigny, Archives départementales de la Seine-Saint Denis, 29-30 novembre 2006), Paris, Fondation Gabriel Péri, 2007, pp. 88-89.

[8] Voir J. Suret-Canale, Les Groupes d’études communistes (GEC) en Afrique noire, Paris, L’Harmattan, 1994.

[9] Archives départementales de la Seine-Saint-Denis (ADSSD), Fonds Suret-Canale (FSC), 229 J/99, Naissance et développement du Rassemblement démocratique africain, 2/10/1948.

[10] G. Procacci, « Le Internazionali e l’aggressione fascista dell’Etiopia », Annali della Fondazione Giangiacomo Feltrinelli, Milano, Feltrinelli,1977, pp. 58-72.

[11] Ibid. ; P. Borruso, Il Pci e l’Africa indipendente, Firenze, Le Monnier, 2009, pp. 20-24.

[12] A. Morone, « La Somalia a cinquant’anni dall’indipendenza », Africa, 4, 2010, pp. 174-192.

[13] Voir M. Galeazzi, Il Pci e il movimento dei paesi non allineati (1955-1975), Roma, Franco Angeli, 2011.

[14] M. Galeazzi, « Le PCI, le PCF et les luttes anticoloniales (1955-1975) », Cahiers d’Histoire, 112-113, 2010, pp. 77-97 ; A. Ruscio, « Les communistes français et la guerre d’Algérie, 1956 », op. cit., pp. 88-89.

[15] T. Chafer, End of Empire in French West Africa. France’s Successfull Decolonization ?, Oxford-New York, Berg, 2002, pp. 100-103 ; R.S. Morgenthau, Political Parties in French-speaking West Africa, Oxford, Clarendon Press, 1964, pp. 188-200.

[16] J. Moneta, Le PCF et la question coloniale, Paris, Maspero, 1971, pp. 278-280.

[17] A. Ruscio, « Les communistes français et la guerre d’Algérie, 1956 », op. cit. ; G. Siracusano, « Il Pci e il processo d’indipendenza dell’Africa nera francese (1958-1961) », Studi storici, 1, 2016, pp. 189-218.

[18] P. Borruso, Il Pci e l’Africa indipendente, op. cit., pp. 28-32.

[19] F. De Felice, « La via italiana al socialismo », dans G. Sorgonà, E. Taviani (dir.), Franco De Felice. Il Presente come storia, Roma, Carocci, 2016, pp. 369-416.

[20] R.E. Kanet, « The Superpower Quest for Empire : the Cold War and Soviet Support for “Wars of National Liberation”, Cold War History, 3, 2006, pp. 331-352.

[21] A. Acharya, « Studying the Bandung Conference from a Global IR Perspective », Australian Journal of International Affairs, 4, 2016, pp. 342-357 ; A. Philips, « Beyond Bandung : the 1955 Asian-African Conference and its legacies for international order », Australian Journal of International Affairs, 4, 2016, pp. 329-341 ; F. Gerits, « Bandung as the Call for a Better Development Project: US, British, French and Goald Coast Perceptions of the Afro-Asian Conference (1955) », Cold War History, 3, 2016, pp. 255-272.

[22] Voir E. Schmidt, Cold War and Decolonization in Guinea (1946-58), Athens, Ohio University Press, 2007 ; J. Suret-Canale, « L’indépendance de la Guinée », dans C.R. Ageron et M. Michel (dir.), L’Afrique noire française. L’heure des indépendances, Paris, CNRS, 1992, pp. 161-176 ; F.Cooper, Citizenship between Empire and Nation. Remaking France and French Africa, 1945-1960, Princeton, Princeton University Press, 2014, pp. 310-325.

[23] A. Iandolo, « The Rise and the Fall of the "Soviet Model of Development" in West Africa », Cold War History, 4, 2012, pp. 683-704.

[24] F. Blum, « Une formation syndical dans la Guinée de Sékou Touré : l’université ouvrière africaine. 1960-1965 », Revue historique, 3, 2013, pp. 661-691 ; A. Lewin, Ahmed Sékou Touré (1922-1984), Président de la Guinée, v. 3, Paris, L’Harmattan, 2009, pp. 147-163.

[25] B. Charles, « Un parti politique africain : le Parti démocratique de Guinée », Revue française de sciences politiques, 2, 1962, pp. 312-359.

[26] G. Siracusano, « Il Pci e il processo d’indipendenza dell’Africa nera francese (1958-1961) », op. cit., pp. 189-218.

[27] A. Dalançon, « Suret-Canale, Jean, Jules, Victor », Le Maitron, 29/05/2015, http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article173333 [lien consulté le 10 septembre 2019].

[28] M. Dorigny, « Yves Benot (1920-2005) », Révolution Française, 339, 2005, pp. 151-154.

[29] Sur l’activité de J. Suret-Canale et Y. Benot en Guinée Cfr. : ADSSD, Archive du PCF (APCF), 261 J 7/Afrique noire/52 ; ADSSD, FSC, 229 J/36.

[30] A. Iandolo, « The Rise and the Fall of the ‘Soviet Model of Development’ in West Africa », art. cit., pp. 683-704 ; voir aussi S. Mazov, A Distant Front in the Cold War, op. cit.

[31] R. Lambotte, « Guinée, le plus jeune État du monde », L’Humanité, 28/10/1958.

[32] J.P. Besse, C. Pennetier, « Lambotte Robert, Charles, Isidore », Le Maitron, 02/09/2011, http://maitron.univ-paris1.fr/spip.php?article138051&id_mot=191 [lien consulté le 10 septembre 2019].

[33] F. Cooper, Citizenship between Empire and Nation, op. cit., pp. 372-430.

[34] R. Lambotte, « L’éclatement de la Fédération du Mali », L’Humanité, 22/8/1960.

[35] R. Lambotte, « Guinée, un mois après », L’Humanité, 28/10/1958 ; R. Lambotte, « Guinée, un an qui ébranle le Continent Noir », L’Humanité Dimanche, 11/10/1959.

[36] F. De Felice, « La via italiana al socialismo », op. cit., pp. 369-416 ; voir aussi C. Spagnolo, Sul Memoriale di Yalta. Togliatti e la crisi del movimento comunista internazionale (1956-1964), Roma, Carocci, 2007.

[37] V. Spano, Risorgimento africano, op. cit., pp. 195-207 ; B. Charles, « Un parti politique africain : le Parti démocratique de Guinée », op. cit., pp. 312-359.

[38] S. Mattei, « Autonomia e rinascita. Velio Spano e Renzo Laconi nella Sardegna del secondo dopoguerra », Studi Storici, 2, 2018, pp. 493-524 ; voir aussi : A. Mattone, Velio Spano : vita di un rivoluzionario di professione, Cagliari, Edizioni della Torre, 1978.

[39] Cruicchi, Dante – Anpi, Donne e uomini della resistenza [en ligne], http://www.anpi.it/donne-e-uomini/2886/dante-cruicchi [lien consulté le 10 septembre 2019].

[40] Fondazione Gramsci (FG), Archivio del Pci (APCI), Mf 474, 1618-1625, Nota e osservazioni sulla Guinea, Marocco e Tunisia, 20/05/1960.

[41] ADSSD, APCF, 261 J 7/Afrique noire/13, Chronique de Guinée par J. Suret-Canale, 09/1965.

[42] V. Spano, Risorgimento africano, op. cit., pp. 157-207 ; FG, APCI, Mf 474, cit. ; FG, APCI, Mf 484, p. 0324-0329, Note su alcuni stati africani, 05/1961.

[43] FG, Fonds Spano-Gallico (FSG), b. 18, f. Opuscoli Africa, vol. V : Congrès du Parti Démocratique de Guinée, 1959.

[44] ADSSD, APCF, 261 J 7/Afrique noire/13, op. cit.

[45] Intervention de V. Spano au Comité central du PCI transcrit intégralement dans M.L. Righi (dir.), Il Pci e lo stalinismo. Un dibattito del 1961, Roma, Editori Riuniti, 2007, pp. 264-265.

[46] Intervention de C. Luporini au Comité central du PCI transcrit intégralement dans M.L. Righi (dir.), Il Pci e lo stalinismo, op. cit., pp. 230-235.

[47] FG, APCI, Mf 484, 0120, Discorso del presidente Tito alla Conferenze dei paesi non-allineati a Belgrado, 1961.

[48] M. Galeazzi, Il Pci e il movimento dei paesi non allineati, op. cit., pp. 73-78.

[49] S. Rajak, « No Bargaining Chips, no Spheres of Interest: the Yugoslav Origins of Cold War Non-alignment », Journal of Cold War Studies, 1, 2014, p. 160 ; M. Finucane, « Explaining Yugoslavia’s Turn to Non-Alignment », E-International relations, 2014 https://www.e-ir.info/2014/05/13/explaining-yugoslavias-turn-to-non-alignment/ [lien consulté le 10 septembre 2019].

[50] FG, APCI, Mf 483, Discorso del presidente Tito al parlamento del Ghana, 1961 ; S. Rajak, « No Bargaining Chips, no Spheres of Interest: the Yugoslav Origins of Cold War Non-alignment », art. cit., p. 167.

[51] ADSSD, APCF, 261 J 7/Afrique noire/52, Note sur l’évolution de la situation en Guinée, 4 /02/1962 ; F. Blum, « D’une révolte africaine à l’autre : passeurs et transferts », Monde(s). Histoire, Espaces, Relations. Les « années 68 » : circulation révolutionnaires, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2017, pp. 37-59.

[52] Cf. ADSSD, APCF, 261 J 7/Afrique noire/1.

[53] M. Giovaninetti, Guyot Raymond, Germain, « Le Maitron », 21/03/2010, http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article76700 [lien consulté le 10 septembre 2019] ; M. Giovaninetti, Lachenal Georges, Robert, 09/07/2011, http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article137502 [lien consulté le 10 septembre 2019].

[54] ADSSD, APCF, 261 J7/Afrique noire/52, Note sur les récents événements en Guinée, par R. Guyot et G. Lachenal, 26/12/1961 ; ADSSD, APCF, 261 J7/Afrique noire 52, Lettre de Roland à Monique, 23/01/1962.

[55] A. Iandolo, « The Rise and the Fall of the "Soviet Model of Development" in West Africa », art. cit., pp. 683-704.

[56] E. Schmidt, Foreign Intervention in Africa, New York, Cambridge University Press, 2013, pp. 57-77.

[57] A. Iandolo, « The Rise and the Fall of the "Soviet Model of Development" in West Africa», art. cit., pp. 683-704 ; A. Iandolo, « Imbalance of Power. The Soviet Union in the Congo Crisis, 1960-61 », Journal of Cold War Studies, 16, 2014, pp. 32-55.

[58] Voir R.A. Yordanov, Soviet Union and the Horn of Africa During the Cold War: Between Ideology and Pragmatism, Lanham, Lexington Books, 2016.

[59] FG, APC, Mf. 520, 451-475, Hsinua, 1964.

[60] FG, APC, Mf. 520, 1600-1627, Relazione sul viaggio in Malì e in Guinea del compagno R. Ledda, 07/1964.

[61] Cf. ADSSD, APCF, 261 J 7/Afrique noire/13, Chronique de Guinée par J. Suret-Canale, 09/1965 ; ADSSD, APCF, 261 J 7/80, Polex, Délégation en République de Guinée, 5-17/05/1967.

[62] O. Rillon, « Corps rebelles : la mode des jeunes urbains dans les années 1960-1970 au Mali », Genèses, 81, 2010, pp. 64-83.

[63] FG, APCI, Mf 536, 2535-2537, Informazioni sulla conversazione avuta con Touré Keita, membro della Direzione Nazionale dell’Unione Sudanese – RDA (Malì), R. Ledda, 1966.

[64] FG, APCI, Mf 545, 2008-16, Relazione di R. Ledda su un suo viaggio in Africa, 03-04/1967.

[65] R. Ledda, « Nazionalismo africano e neocolonialismo combattono una lotta decisiva per il mondo », l’Unità, 10/12/1960 ; R. Ledda, « Dove va l’Africa », Rinascita, n  34-35, 27/08/1966.

[66] D. Montaldo, « In una canzone la storia della Guinea», Il Pioniere, n  32, 12/08/1965.

[67] A. Sékou Touré, « Non allineamento, coesistenza e lotta antimperialista», Critica marxista, n° 6, 1964.

[68] ADSSD, APCF, 261 J 7/79, Polex, Note de J. Arnault sur son séjour dans quelques pays d’Afrique, 23/09/1964.

[69] Cfr.: ADSSD, APCF, 261 J 7/1b, « Sur la politique extérieure de la France », remarques en conclusion de la discussion de la POLEX présentées par J. Dénis, 7/05/1965.

[70] Sur le « collectif Afrique » Cf. ADSSD, Fonds P. Kaldor (FPK), 503 J/12, fascicule PCF collectif Afrique.

[71] ADSSD, APCF, 261 J 7/36, lettre de J. Suret-Canale à Elie Mignot, 30/10/1972.

[72] Ugo Pecchioli, guida agli archivi – Fondazione Gramsci, http://archivi.fondazionegramsci.org/gramsci-web/quickAccess/IT-GRAMSCI-GUI00001-0000018/result?startPage=40&fatherLevel=1 [lien consulté le 27/06/2019].

[73] FG, APCI, Mf. 545, 2019-2027, Intervento del compagno Pecchioli all’8° Congresso del Partito Democratico di Guinea, 25/09-02/10/1967 ; XI Congresso del Partito comunista italiano. Atti e risoluzioni, Roma, Editori Riuniti, 1966, p. 614-615.

[74] FG, APCI, Mf. 468, 2359-2372, Intervento di Scalia alla riunione della Sezione Esteri dopo il viaggio di Sandri a Praga e Berna, 11/1960.

[75] FG, APCI, Mf 546, 1795-1839, FMJD, Conferenza di solidarietà con i popoli sotto dominazione coloniale portoghese, Conakry 23-26/04/1967.

[76] ADSSD, APCF, 261 J 7/80, Polex, Délégation en République de Guinée, 5-17/05/1967.

[77] ADSSD, APCF, 261 J 7/Afrique noire/13, Chronique de Guinée par J. Suret-Canale, 09/1965.

[78] ADSSD, APCF, 261 J 7/Afrique noire/29, Note de Morlet sur sa conversation avec M. Keita en dehors de l’entretien, 26/08/1966.

[79] ADSSD, APCF, 261 J 7/Afrique noire/29, Note sur la situation au Mali, 4/10/1969.

[80] R. Ledda, « Problemi della lotta politica e sociale in Africa nera », Critica Marxista, n° 2, 1967.

[81] FG, APCI, Cl/Nc, 1971/Cl/256, Messaggio di M. Racine Kane alla S.E. del PCI e a Massimo Loche (l’Unità), 15/12/1971.

[82] ADSSD, FPK, 503 J/4, Procédure Touré, Mali – Correspondance générale, 1969-1970.

[83] ADSSD, APCF, CC, 4 AV/633-639, Compte rendu du voyage de J. Vermeesch en Guinée au Comité central, 17-18/10/1967.

[84] M. Di Maggio, Les intellectuels et la stratégie communiste. Une crise d’hégémonie (1958-1981), Paris, Editions sociales, 2013, pp. 23-45.

[85] G. Siracusano, « Il Pci e il processo d’indipendenza dell’Africa nera francese (1958-1961) », op. cit., pp. 189-218 ; M. Galeazzi, Il Pci e il movimento dei paesi non allineati, op. cit., p. 251.

[86] J. Friedman, Shadow Cold War, op. cit., 2015, pp. 148-179.

[87] FG, APC, Mf. 520, 1600-1627, Relazione sul viaggio in Malì e in Guinea del compagno R. Ledda, 07/1964.

[88] R. Ledda, « Problemi della lotta politica e sociale in Africa nera », Critica Marxista, n° 2, 1967.

[89] Voir C. Spagnolo, Sul Memoriale di Yalta, op. cit. ; P. Togliatti, « Il memoriale di Yalta », Rinascita, n° 35, 05/09/1964.

[90] FG, APC, Mf. 520, 1600-1627, Relazione sul viaggio in Malì e in Guinea del compagno R. Ledda, 07/1964.

[91] G. Sorgonà, La svolta incompiuta. Il gruppo dirigente del PCI dall’VIII all’XI Congresso (1956-1965), Roma, Aracne, 2011, pp. 202-209.

[92] M. Di Maggio, Alla ricerca della Terza via al Socialismo. I PC italiano e francese nella crisi del comunismo (1964-1984), Napoli, Edizioni scientifiche italiane, 2014, pp. 69-79.

[93] S. Pons, « Il Pci nel sistema internazionale della guerra fredda », dans R. Gualtieri (dir.), Il Pci nell’Italia repubblicana, Roma, Carocci, 2001, pp. 3-46.

[94] M. Di Donato, I comunisti italiani e la sinistra europea. Il Pci e i rapporti con le socialdemocrazie (1964-1984), Roma, Carocci, 2015, pp. 110-114 ; M. Galeazzi, Il Pci e il movimento dei paesi non allineati, op. cit., p. 251.

[95] P. Borruso, Il Pci e l’Africa indipendente, op. cit., pp. 136-142.

[96] Voir A. Ventrone, “Vogliamo tutto”. Perché due generazioni hanno creduto nella rivoluzione, 1960-1988, Roma-Bari, Laterza, 2012.

[97] Voir ADSSD, APCF, 261 J 7/192, La politique extérieure de l’impérialisme français et les bases d’une politique française de paix et d’indépendance nationale, 20-21/06/1970.

Gabriele Siracusano

Gabriele Siracusano est doctorant en histoire à l’Université de Rome « Tor Vergata » et à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Il étudie les relations entre les partis communistes français et italien et l’Afrique subsaharienne francophone pendant la guerre froide. Il est rédacteur de la revue Historia Magistra et collaborateur de la Fondation Gramsci à Rome. Il a notamment publié : « I comunisti francesi e il Rassemblement démocratique africain negli archivi del PCF (1946-51) », (Studi storici, 3, 2018, pp. 711-743) ; « Progresso, guerra fredda e vie nazionali al socialismo in Africa : il PCI e la Repubblica di Guinea (1958-1968) » (Quaderna, 4, 2018) ; « Il PCI e il processo d’indipendenza dell’Africa nera francese (1958-1961) » (Studi storici, 1, 2016, pp. 189-218).

Mots clefs : Parti communiste français ; Parti communiste italien ; Guinée ; Mali ; guerre froide ; décolonisation ; mouvement communiste international ; French Communist Party; Italian Communist Party; Guinea; Mali; Cold War; Decolonization; International Communis

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  • ISSN 1954-3670