Histoire@Politique : Politique, culture et société

Le dossier

Guérillas et contre-insurrections en Amérique latine et aux Caraïbes, de la guerre froide à nos jours

Coordination : Romain Robinet et Elie Tenenbaum

Vers une histoire critique de la guérilla au Mexique. Genèse de la gauche armée durant la « guerre froide globale »

Romain Robinet
Résumé :

Cette contribution cherche à accompagner un mouvement historiographique récent : le passage, dans l’étude des guérillas du Mexique postrévolutionnaire, d’une « histoire justicière » à une « histoire critique ». Pour ce faire, (...)

  • imprimer
  • version pdf
  • réduire la taille du texte
  • augmenter la taille du texte

Le 1er janvier 1994, la prise soudaine de la ville de San Cristóbal de Las Casas par l’Armée zapatiste de libération nationale (EZLN) renvoya une large partie de la population mexicaine à un passé qu’elle croyait révolu. La guérilla zapatiste, dont le « sous-commandant » Marcos ne se voulait qu’un porte-parole, plongeait en effet ses racines dans des luttes antérieures[1]. Dès lors, historiens et praticiens des sciences sociales se saisirent de l’irruption du « néo-zapatisme » pour repenser l’éclosion des premières guérillas survenue plusieurs décennies auparavant. Cette période, qui correspondait peu ou prou aux « années 1968 », est désormais aussi appelée « guerre sale » par les chercheurs, comme par les anciens participants à ses multiples conflits. Au Mexique, les « années 1968 » se caractérisèrent, de manière générale, par l’irruption de mouvements protestataires extrêmement puissants, remettant en cause l’autoritarisme du Parti révolutionnaire institutionnel (PRI, parti au pouvoir de 1946 à 2000). Si la période fut essentiellement rythmée par l’insubordination des cheminots (1958-1959) et le mouvement étudiant massif de l’été 1968, elle ne saurait être intelligible sans prendre en compte les multiples invasions de terre organisées par l’Union générale des ouvriers et paysans du Mexique (UGOCM) à partir de 1958, la fronde des enseignants (1956-1960), la contestation des médecins (1964-1965), ainsi que la multiplication des conflits étudiants à Mexico (1956, 1958), comme dans d’autres villes du pays (1966 à Morelia, 1967 à Hermosillo ou 1971 à Monterrey). Le caractère explosif et imprévisible de ces protestations provoqua la fébrilité croissante des élites politiques et les conduisit à employer une violence ciblée, parfois massive, pour réprimer ces mouvements dissidents, lesquels cherchaient généralement à parvenir à une issue négociée avant de durcir leur action. Soulignons que cette fébrilité s’expliquait également par l’entrelacement de ce cycle protestataire et des réceptions, hostiles ou favorables, paranoïaques ou idéalisées, de la Révolution cubaine : le massacre de trois cent étudiants, le 2 octobre 1968 à Mexico, ordonné par le président Gustavo Díaz Ordaz (1964-1970), persuadé que leur mouvement résultait d’un complot ourdi par Fidel Castro, suffit à donner son nom à une période qui vit également la formation d’une trentaine de guérillas, dont le premier embryon remontait à 1965. Les plus célèbres d’entre elles furent le Parti des pauvres (1967), l’Association civique nationale révolutionnaire (ACNR, 1968) et la Ligue communiste du 23 septembre (LC23S, 1973). Au-delà des étiquettes « rurales » et « urbaines », l’immense partie des groupes armés s’implantait à la fois dans les villes et dans les campagnes : les guérillas d’origine « urbaine » cherchaient à former des « foyers » dans les montagnes ; les guérillas d’origine « rurale » disposaient de réseaux urbains de soutien et d’action.

Dans ce cadre, le qualificatif « guerre sale » désigne plus précisément l’extrême brutalité et le caractère extralégal des pratiques répressives du régime priiste, à l’encontre des guérilleros, des militants de gauche les plus radicalisés et de leurs proches. À l’image des différents « terrorismes d’État » sud-américains, la stratégie de criminalisation des organisations politico-militaires et l’usage de la torture se traduisirent par plusieurs centaines d’assassinats et de disparitions forcées[2]. Le bilan humain de cette période apparaît aujourd’hui étonnamment lourd pour un régime civil se présentant alors comme un modèle de stabilité en Amérique latine et se parant de la légitimité d’une Révolution passée, celle de 1910, synonyme de démocratie et de « justice sociale »[3].

L’alternance politique, la victoire électorale du Parti action nationale (PAN) à l’élection présidentielle de l’an 2000, l’incertaine « transition démocratique » qui en découla, facilitèrent largement le travail des chercheurs qui souhaitaient sonder ce passé. L’ouverture des archives policières favorisa la multiplication des travaux portant sur les guérillas[4]. Fait significatif, le retour du PRI au pouvoir, en 2012, signifia la fermeture de ces mêmes archives, provoquant l’indignation de la communauté historienne. Notons que la numérisation récente de nombreux documents est toutefois venue pallier, en partie, ce problème d’accès aux sources[5].

À maints égards, l’histoire de la guérilla dans le Mexique des « années 1968 » relève de l’histoire du temps présent. S’ils déplorent le choix délibéré de restreindre l’accès aux archives, les historiens de la lutte armée travaillent aussi sous le regard des anciens guérilleros[6]. Dans ce cadre, les récits des anciens « révolutionnaires » se sont logiquement multipliés, fournissant un matériau précieux que l’historien ne saurait ignorer[7]. D’anciens militants, devenus chercheurs, ont par ailleurs livré des travaux importants pour la compréhension des guérillas et de la « guerre sale »[8].

Cet article a pour but de contribuer à ce mouvement collectif, lequel vise à écrire une « histoire critique » de la guérilla. Ce terme, déjà employé pour analyser le cas chilien[9], ne saurait être considéré comme un simple pléonasme : il souligne, en réalité, la nécessité de relier l’analyse du phénomène guérillero mexicain à d’autres objets historiques. Il se différencie de l’établissement des faits, certes éminemment nécessaire, animé par le juste et légitime témoignage. Ainsi, au-delà d’une histoire purement « justicière », dont l’horizon est lié à la défense des droits de l’homme et à une volonté de réparation dans le cadre de la « transition démocratique », cette contribution cherche à aiguiser le questionnement portant sur la genèse de la lutte armée, à partir d’un dialogue avec plusieurs champs historiographiques, en particulier l’histoire des mouvements étudiants[10] et celle de la « guerre froide globale[11] ». Cette dernière expression renvoie essentiellement à l’extension d’un conflit géopolitique et idéologique initialement européen puis asiatique. En Amérique latine, la guerre froide se caractérisa, en effet, par la « politisation et l’internationalisation de la vie quotidienne », laquelle permet désormais de considérer cette période comme une phase d’intensification et de radicalisation des conflits sociaux, c’est-à-dire comme une « guerre civile internationale » entre des individus et des groupes animés par des conceptions politiques antagonistes[12].  

De manière plus précise, cette contribution porte sur la formation d’un des groupes politico-militaires les plus médiatisés de cette période, la Ligue communiste du 23 septembre, organisation dont le projet initial était de réunir l’ensemble des guérillas du pays pour mener à bien une « révolution prolétarienne ». Plus qu’un simple cas d’étude, la LC23S fut la traduction d’un projet d’union révolutionnaire : présente de Monterrey à Oaxaca, la Ligue fut la seule guérilla réellement nationale que connut le Mexique du second XXe siècle. En se centrant sur cette organisation, cet article cherche à explorer un ensemble de pistes de réflexions, potentiellement pertinentes pour d’autres groupes guérilleros. Se fondant sur les archives de la police politique du régime priiste (la Direction fédérale de sécurité), sur les différents écrits des militants révolutionnaires et sur les mémoires des anciens guérilleros, notre réflexion se concentre sur la genèse et la formation de la LC23S, du surgissement d’un ensemble de groupes, essentiellement étudiants et radicalisés par l’action répressive de l’État, à l’enclenchement d’une dynamique guerrière, en lien avec la « guerre froide globale ». Cette période (1964-1974) permet d’analyser deux aspects spécifiques, le caractère graduel du passage à la lutte armée, ainsi que la mutation des références idéologiques et insurrectionnelles qui animaient ces groupes. Avant d’en discuter, il convient cependant de fournir un premier signalement de la LC23S.

Aux origines de la Ligue

La LC23S fut fondée le 15 mars 1973 par un ensemble de militants passés à la clandestinité antérieurement et représentant une série de groupes armés extrêmement disparates[13]. Par la diversité des groupuscules qui se réunirent sous son égide, la LC23S fut dès sa fondation une organisation à vocation nationale (tableau 1). De combien de militants disposait-elle alors ? Entre septembre 1973 et décembre 1974, les agents de la Direction fédérale de sécurité (DFS) identifièrent 450 guérilleros[14]. Si ces données d’origine policière, extraites avant la fermeture des archives, ne permettent évidemment pas de calculer l’effectif global de l’organisation entre ces deux dates, il n’est pas invraisemblable de considérer que la LC23S comptât alors plus d’un millier de militants.

Le travail d’unification des groupes armés, entrepris par les Procesos et les Guajiros, se traduisit par la création de « l’Organisation partisane » en 1971[15]. Par une série d’accords successifs, cette organisation fut la matrice de la LC23S, réunissant progressivement plusieurs autres fractions d’une gauche armée en plein essor.

Tableau 1. L’agrégation progressive des groupes armés : de « l’Organisation partisane » à la LC23S (1971-1973)

Nom du groupe

Origines

Date de formation

Implantations principales (État)

Lacandones

Groupe radicalisé, issue d’une fraction du MIRE (Mouvement de gauche révolutionnaire, organisation de jeunesse de la Ligue communiste Spartacus)

1968

District fédéral (DF)

Sonora

Chihuahua

Macías

Groupe radicalisé

1968

Tamaulipas

Nuevo León

Chihuahua

FER (Front étudiant révolutionnaire)

Fusion entre des membres de la JCM, de la Ligue communiste Spartacus et « les Vikings »

1970

Jalisco

Guajiros

Groupe radicalisé, comprenant des membres de la Jeunesse communiste mexicaine (JCM)

1971

DF

Chihuahua

Basse Californie

Procesos

Fusion entre des membres de la JCM et du Mouvement étudiant professionnel (MEP, organisation catholique)

1971

DF

Nuevo León

MAR23S

(Mouvement d’action révolutionnaire

23 septembre)

Fusion entre le Mouvement d’action révolutionnaire (MAR, 1966) et le Mouvement du 23 septembre (M23S, 1965)

1971

Michoacán

Chihuahua

Guerrero

Enfermos

Fusion entre des membres de la JCM et des étudiants de la Fédération étudiante universitaire de Sinaloa (FEUS)

1972

Sinaloa

Sources : L. Castellanos, Le Mexique…, op. cit. ; G. Santos Villarreal (coord.), Historia…, op. cit. ; F. Calderón, A. Cedillo (dir.), Challenging Authoritarianism…, op. cit.

Les groupes énumérés ci-dessus étaient le produit d’une série de radicalisations parallèles, liées à l’enchevêtrement des luttes sociales, locales, nationales et de la « guerre froide globale ». Depuis 1959, la réception de la Révolution cubaine provoquait une polarisation politique extrême et conduisait une partie des gauches mexicaines à une critique sévère des réalisations de la Révolution de 1910, comme des gouvernements s’en réclamant[16]. Il est tout à fait possible de comparer ce thème de la Révolution trahie à celui de la « Résistance trahie » qui caractérisa ensuite la génération de 1968 en Italie[17]. Les gauches mexicaines tentèrent même de s’unir au sein du Mouvement de libération nationale (1961-1964) qui agrégea momentanément le Parti communiste mexicain (PCM), l’ancien président Cárdenas (1934-1940) et ses soutiens, ainsi que le Parti populaire socialiste (PPS) de Vicente Lombardo Toledano.

Si plusieurs des nouveaux groupes armés étaient formés en majeure partie d’« étudiants », le terme renvoyait alors à des réalités tout à fait distinctes : il pouvait s’agir d’élèves de la prestigieuse Université nationale autonome de Mexico (UNAM), de son rival « plébéien » (l’Institut polytechnique national, IPN) ou d’universités provinciales comme celles de Culiacán, Guadalajara ou Monterrey. À Mexico, l’UNAM recrutait essentiellement parmi les classes moyennes et supérieures alors que le vivier de l’IPN correspondait davantage aux classes moyennes et populaires[18]. Les universités, comme l’IPN, comprenaient par ailleurs des lycées en leur sein (escuelas preparatorias ou vocacionales) et des écoles aux statuts relativement différents. Tous les étudiants qui prirent les armes n’étaient donc pas « universitaires ». Il faut ici souligner le rôle crucial joué par les élèves des écoles normales rurales, issus de la paysannerie et profondément liés à la vie des campagnes[19]. Un univers pouvait ainsi séparer la discipline quasi militaire et le dénuement des écoles normales rurales, internats disséminés dans les zones les plus reculées du pays, de la trépidante vie au sein de la flamboyante « Cité universitaire », vaste campus se trouvant au sud de Mexico. Ce dernier aspect permet notamment de mettre en lumière le continuum militant existant entre les guérillas « urbaines » et « rurales ». Il permet aussi de rappeler que la base sociale du phénomène guérillero ne se limitait absolument pas aux « enfants terribles » des classes moyennes.

La LC23S et les groupes qui la constituèrent étaient à l’image de cette sociologie composite. Certains de ces groupes comprenaient des militants radicalisés depuis le début des années 1960, d’autres depuis les massacres d’État perpétrés contre les étudiants les 2 octobre 1968 et 10 juin 1971[20]. Pour l’ensemble d’entre eux, le passage à la lutte armée se fit de manière graduelle. En premier lieu, le recours à la violence, contre les biens, voire contre les personnes, cohabitait initialement avec l’action politique légale. Même quand la violence devenait de moins en moins marginale, il y eut systématiquement une « zone grise », dans laquelle se mêlait autodéfense armée et lutte politique traditionnelle. Soulignons, enfin, que plusieurs des milieux sociaux qui virent éclore des guérillas se mobilisaient généralement avec des formes de violence souvent oubliées. Il y eut, en effet, une mutation anthropologique radicale dans les répertoires d’actions étudiants à la fin des années 1950. Si les grèves étudiantes du premier XXsiècle s’accompagnaient déjà de multiples violences contre les biens (immeubles vandalisés, wagons de tramway paralysés) et contre les forces de l’ordre (jets de pierre, affrontements directs), la massification scolaire, la relocalisation des établissements en périphérie et l’urbanisation chaotique favorisèrent visiblement un saut qualitatif. Le détournement forcé des bus devint rapidement un modus operandi classique des conflits étudiants : à partir du mouvement de 1956 à l’IPN, les étudiants commencèrent à détourner, c’est-à-dire à voler, des bus urbains pour organiser des « meetings éclairs[21] ». En 1968, les jeunes grévistes qui s’emparaient de ces véhicules les renversaient désormais pour couvrir le centre de Mexico de barricades. Dans l’éventualité d’une attaque des forces de l’ordre, certains manifestants prévoyaient de les incendier. Ariel Rodríguez Kuri a bien montré la violence des « premiers jours » du mouvement étudiant de l’été 1968 : face à des lycéens, alliés à des bandes urbaines (pandillas) habituées à affronter les forces de l’ordre, la police perdit, en quelques jours, la « bataille de Mexico[22] ». Si le gouvernement fit rapidement appel à l’armée, c’était bien parce que les pierres, les barres à mine et les explosifs artisanaux, employés par les jeunes étudiants, avaient semé la panique au sein des forces policières.

Le passage à la lutte armée : une rationalisation dans l’économie de la violence ?

Examinons à présent la genèse des différents groupes qui formèrent la LC23S en 1973 et leur apprentissage d’une violence régulée. La fraction du « Mouvement du 23 septembre » (M23S) qui rejoignit la Ligue était l’une des héritières directes de la première guérilla d’inspiration castriste du Mexique postrévolutionnaire, le Groupe populaire guérillero (GPG), organisation formée en 1964 par des instituteurs, des étudiants et des paysans de l’État de Chihuahua[23]. Mené notamment par l’instituteur Arturo Gámiz, ancien participant au mouvement de l’IPN en 1956 et ancien étudiant de l’École normale de Chihuahua, et le maire du village de Cebadilla de Dolores, Salvador Gaytán Aguirre, le GPG chercha à prendre d’assaut la caserne de la petite ville de Madera, le 23 septembre 1965, s’inspirant explicitement de l’attaque de la Moncada par Fidel Castro et ses compagnons. Au-delà de l’appropriation de l’exemple cubain, le choix des armes avait été graduel : il s’expliquait aussi par la répression féroce dont étaient victimes localement les militants du PPS et de l’UGOCM, laquelle défendait le droit des paysans à la terre en envahissant des propriétés. Si l’entreprise du GPG se traduisit par un échec sanglant, elle fut ensuite largement mythifiée, tout comme la figure de son principal dirigeant, Arturo Gámiz, devenu l’image mexicaine du « Che ». En 1965, les survivants du GPG fondèrent le M23S, faisant de l’attaque de la caserne de Madera une référence centrale pour la lutte armée au Mexique. Par la suite, une fraction de ce M23S fusionna avec un groupe issu du MAR. Fondé à Moscou en 1966, par de jeunes Mexicains venus étudier à l’Université Patrice Lumumba, le « Mouvement d’action révolutionnaire » (MAR) regroupait d’anciens militants de la Jeunesse communiste mexicaine (JCM), de la Ligue communiste Spartacus (LCE)[24] et d’anciens dirigeants étudiants du mouvement qu’avait connu l’Université de Morelia (Michoacán) en 1966[25]. Fait notable, plusieurs de ses membres avaient bénéficié d’un entraînement militaire en Corée du Nord[26]. Cette longue généalogie explique que la LC23S put aussi bien compter parmi ses membres des vétérans de la lutte de Madera (comme l’ancien maire Salvador Gaytán Aguirre et le frère d’Arturo Gámiz, Jacobo), inspirés par Guevara et Castro, que des experts de la subversion formés à l’étranger.

La plupart des autres groupes (Procesos, Guajiros, Macías, Lacandones) se radicalisèrent dans le sillage des massacres de 1968 et de 1971. Notons, là encore, que cette radicalisation se faisait également aux rythmes de la guerre froide, comme le montre la formation du groupe des « Lacandons ». Souhaitant répondre militairement à l’assassinat d’Ernesto Guevara, plusieurs membres du MIRE (Mouvement de gauche révolutionnaire, organisation de jeunesse de la Ligue communiste Spartacus) et du Parti mexicain des travailleurs décidèrent de poser une bombe, le 13 octobre 1967, à l’ambassade de Bolivie. Ce fut un échec. Fin novembre 1967, la police arrêta plusieurs membres du MIRE. Poursuivie, l’organisation se sépara alors en plusieurs commandos aux noms mêlant références cubaine et mexicaine : « Lacandons », « La Patrie ou la Mort », « Arturo Gámiz »[27]. Toutefois, le « commando Lacandons » n’optait pas encore clairement pour la lutte armée. Quand l’armée envahit l’IPN en septembre 1968 afin d’étouffer le mouvement étudiant, certains « lacandons » se défendirent violemment face aux militaires[28]. Néanmoins, le passage de l’autodéfense à l’action armée ne fut pas automatique. Si plusieurs « lacandons » assistèrent à la brutale répression du 2 octobre 1968, seule une partie d’entre eux commença dès lors à opérer militairement. À Mexico, la violente attaque du 10 juin 1971, menée contre une manifestation étudiante par les « Faucons », un groupe paramilitaire entraîné aux États-Unis, acheva de convaincre de nombreux « lacandons »[29]. Pour préparer leur lutte, ces derniers commencèrent à effectuer des vols à main armée à Mexico et à désarmer des policiers[30].

Le même processus de radicalisation affecta une partie des étudiants communistes. À l’issue du IIIe congrès de la JCM, en décembre 1970, une partie des militants opta pour la scission : le groupe des futurs Procesos suivit Raúl Ramos Zavala, membre du Comité central exécutif de la JCM, ainsi que son suppléant, Héctor Escamilla Lira. Ramos, ancien étudiant de l’Université de Monterrey et jeune professeur d’économie à l’UNAM, avait alors souligné le séisme politique représenté par le mouvement de 1968, une « insurrection essentiellement étudiante » ayant mis à l’épreuve « toutes les organisations de gauche[31] ». Prenant la mesure de la répression déclenchée par le régime priiste, Ramos appelait à la rupture définitive des liens entre le PCM et la gauche du régime postrévolutionnaire : « Les secteurs progressistes (Lombardo, Cárdenas, etc.) sont nos fiancées obséquieuses pour lesquelles il est possible de tout tolérer afin de ne pas rompre la relation amoureuse[32]. » Selon Ramos, cette « aliénation organisationnelle », établie depuis la tactique des fronts populaires, avait en réalité liquidé toute « potentialité révolutionnaire[33] ». Face au caractère massif de la répression, le chef de file des jeunes communistes plaidait logiquement pour une « autodéfense armée », considérée comme le « pivot basique et immédiat pour le développement du mouvement[34] ». Pour Ramos, « l’action armée » devait à la fois « conscientiser » le mouvement révolutionnaire et assurer son repli en cas de répression[35]. Elle n’était pas une « condition suffisante pour développer pleinement le mouvement », seulement une « réponse[36] ». Considérant que 1968 avait été « l’effet catalyseur » d’un nouveau « processus d’affirmation révolutionnaire », l’iconoclaste Ramos invitait à l’union des gauches radicales, saluant à la fois les trotskystes, « l’attitude honnête et combative de l’intégralisme spartakiste, ainsi que les catholiques qui [soutenaient] un révolutionnarisme authentique[37] ». Tout en soulignant l’importance du mouvement étudiant de l’été 1968, d’autres membres des JCM rappelaient également l’ampleur du traumatisme provoqué par le « printemps de Prague »[38]. Néanmoins, si 1968 conduisit une fraction des JCM à une rupture avec le PCM, le véritable passage à la lutte armée s’opéra, là encore, après le 10 juin 1971[39].

Une même dynamique de radicalisation pouvait être observée chez une fraction des étudiants catholiques. L’infiltration policière avait montré, dès novembre 1966, l’importance, auprès des étudiants de l’UNAM et de l’IPN, du sacrifice du prêtre colombien Camilo Torres, mort les armes à la main en février de la même année[40]. Ce fut néanmoins chez les jeunes catholiques de Monterrey que le lien entre « christianisme de libération » et lutte armée se noua le plus solidement. La trajectoire d’Ignacio Salas Obregón est à cet égard éloquente : né dans une famille extrêmement pieuse le destinant à la prêtrise, Salas effectua finalement des études d’ingénierie au « Tec » de Monterrey, un prestigieux établissement privé fondé par la bourgeoisie industrielle de la ville. Formé par les jésuites, il participa de manière temporaire à la revue Liberación, dirigée par deux prêtres de la Compagnie[41]. La revue rendait compte des luttes du Tiers Monde, du Pérou au Vietnam, tout en évoquant la Révolution cubaine et le sort des prisonniers politiques au Mexique. En octobre 1971, ces deux fondateurs, les pères Martín de la Rosa et Luis del Valle écrivaient que le dialogue entre marxisme et christianisme était devenu indispensable. D’autres pères jugeaient que le Christ avait en réalité été le « premier communiste du monde ». Les prenant au mot, Salas et ses camarades passèrent à la clandestinité en 1971, révulsés par le massacre du 10 juin, jour du Corpus Christi. Ces étudiants, issus du Mouvement étudiant professionnel (MEP, une branche de l’Action catholique mexicaine), étaient en contact depuis 1969 avec Ramos Zavala[42]. Ils passèrent ensemble à la lutte armée et le dévot Salas devint le prophète « Oseas ». Après la mort de Ramos en 1972, il devint le chef incontesté et l’idéologue de la LC23S, de la fondation de l’organisation en 1973 jusqu’à son assassinat en avril 1974.

Pour une fraction des étudiants de Guadalajara et de Culiacán, le passage à la lutte armée, tout en s’inscrivant dans une même dynamique de radicalisation liée au moment 1968-1971, se fit dans le cadre de luttes locales spécifiques. Dans la capitale du Jalisco, l’Université était tenue d’une main de fer par la Fédération des étudiants de Guadalajara (FEG), soutenue par le gouverneur de l’État. S’opposant au monopole mafieux de la FEG et initialement aidé par une puissante famille de Guadalajara, les Zuno, les étudiants dissidents formèrent le Front étudiant révolutionnaire (FER), fin septembre 1970. Réunissant des membres de la JCM et de la LCE, le FER était aussi et surtout formé par des jeunes d’une bande locale, liée au quartier de San Andrés et surnommée les « Vikings », en référence à un film hollywoodien où Tony Curtis et Kirk Douglas se disputaient l’affiche. Il faut ici écouter le témoignage de José de Jesús Morales Hernández, ancien « viking » devenu par la suite guérillero de la LC23S, décrivant les affres de la « politique étudiante » dans les écoles de la ville et la naissance du FER :  

« Quand nous avons soutenu les candidatures de trois camarades qui étaient candidats vikings aux présidences [des sociétés d’élève] de la Preparatoria Jalisco, Preparatoria 2, de la Escuela vocacional […] il s’est produit une bataille rangée contre les candidats d’opposition et contre la FEG qui les soutenait, de laquelle je suis sorti avec un bras cassé […] et une trace de balle à la jambe gauche. La bataille rangée dura tellement que nos amis des quartiers proches eurent le temps de nous soutenir et la balance s’inclina en notre faveur […] nous avons continué durant la nuit la chasse aux combattants de la FEG et celui que l’on trouvait recevait une bastonnade terrible. Un de ceux que nous avons trouvé fut emmené dans une camionnette et laissé nu à la lisière de la ville, après avoir reçu ce qu’il méritait […] Ces bastons devinrent une habitude, elles survenaient quasiment chaque jour dans les écoles, dans les quartiers […] Cela nous a endurci physiquement et nous a appris à ne pas avoir peur de la police. Sans le vouloir, il se créait une des conditions nécessaires pour le développement et le renforcement d’un mouvement révolutionnaire […] Si à cela on rajoute une formation idéologique, nous avons comme résultat un potentiel cadre dirigeant […] toutes les organisations […] voulaient dans leurs rangs des militants du FER d’ascendance viking[43]. »

La violence contre les personnes, parfois à main armée, était bien une des règles de la politique lycéenne locale, notamment au sein des établissements où se trouvaient les jeunes « vikings ». La fusion entre ces jeunes issus des quartiers populaires, aux références mexicaine et cubaine, et les « théoriciens », provenant souvent des classes moyennes, s’opérera donc au sein du FER :

« Je veux préciser que politiquement et idéologiquement nous étions assez en retard, mais nous sentions dans nos rangs une grande sympathie pour la figure du Che, pour Ricardo Flores Magón, pour la pureté de Zapata […] À ce moment s’étaient déjà incorporés des camarades avec plus de clarté idéologique, académique, provenant de tous les courants politiques de gauche qui existaient au sein de l’Université et qui voyaient le potentiel que nous représentions[44] […] »    

Les affrontements de plus en plus violents entre la FEG et le FER conduisirent une partie des membres de ce dernier à la clandestinité à partir de 1972[45]. De manière similaire, la formation des Enfermos, dans la ville de Culiacán, procéda de la radicalisation d’un mouvement étudiant localisé, liée à la conjonction des luttes pour la démocratisation de l’Université de Sinaloa et d’un activisme pour le droit à la terre, lequel prenait la forme d’invasions armées de propriétés[46]. Toutes ces organisations, socialement diverses, parvinrent à s’unir au sein de la Ligue communiste du 23 septembre, à Guadalajara, en mars 1973[47]. Dès sa fondation, l’organisation propagea un « marxisme de guerre » pour justifier ses actions. Ainsi, le passage à la lutte armée fut en partie une rationalisation dans l’économie de la violence. Ceci semble presque indéniable en ce qui concerne la violence contre les biens, largement répandue lors des conflits étudiants antérieurs. Cela apparaît plus discutable concernant la violence contre les forces de l’ordre, où les différents militants disposaient de champs d’expériences relativement inégaux. 

Du marxisme critique au marxisme de guerre

Il est frappant de voir la distance existant entre les textes du jeune Ramos Zavala, avant son passage à la lutte armée, et ceux de son héritier, Salas Obregón, qui rompit avec le catholicisme pour embrasser le marxisme-léninisme et théoriser l’action de la Ligue. Cette distance permet d’observer la transformation de l’idéologie marxiste, d’une phase de révision extrême à une phase guerrière, cherchant à justifier la violence et s’inscrivant dans une historicité révolutionnaire apocalyptique[48]

La position de Ramos, en 1970, était à la fois le fruit de la crise du mouvement communiste international depuis le rapport Khrouchtchev (1956) et du mouvement étudiant de 1968. Les communistes mexicains étaient à la recherche d’une nouvelle révolution, qui dut s’apparenter un temps à un « mouvement de libération nationale », au début des années 1960, puis, à partir de 1967, à une révolution « démocratique, populaire et anti-impérialiste[49] ». Selon Ramos, ceci impliquait une forme d’alliance avec la « bourgeoisie ». Or cette dernière était coupable du massacre de 1968. L’iconoclaste de la JCM pensait, à l’inverse, que « l’État bourgeois » ne ferait pas d’« ouvertures démocratiques[50] ». Il préconisait donc une « révolution socialiste » contre l’autoritarisme du PRI. Si ses références étaient multiples, de Mao Zedong, Hô Chi Minh, Fidel Castro à José Carlos Mariátegui et Antonio Gramsci, l’auteur le plus cité était incontestablement Lénine. Considérant que « l’esprit de dogme [était] l’exact contraire de l’esprit léniniste », Ramos proposait de remettre en cause l’existence historique du PCM, soulignant ses défauts (« rachitisme historique », « faiblesse organique » et « politique opportuniste »), lesquels résultaient de la greffe ratée de 1919[51] : le PCM était né inadapté à la société mexicaine d’alors. En lieu et place de la forme « parti », il fallait, comme Lénine en 1917, penser à une forme organisationnelle adaptée au processus révolutionnaire que connaissait le Mexique depuis 1968.

Cette forme non partisane fut finalement la « Ligue ». Si Ramos ne put la connaître, son héritier, Salas, poursuivit son œuvre. Sa pensée imprégna la rédaction du journal de la guérilla, Madera, qui vint définir une nouvelle situation révolutionnaire, à partir de la crise économique de 1973 :

« […] la situation actuelle est prodigue en signes qui nous parlent encore une fois de la présence de la crise et de son imminente aggravation : jour après jour, nous observons une hausse de l’intérêt du crédit, en étroite relation avec une baisse des valeurs d’une infinité d’actions industrielles, peu de branches de la production ne sont pas entrées dans une franche détérioration aboutissant à une baisse du taux de profit […] Le chômage forcé est une réalité qui pèse dans les différents États capitalistes mais qui n’est même pas encore l’ombre de ce qui s’approche […] l’intensification des activités purement spéculatives est un fait évident  […] la crise va nécessairement s’aggraver […][52]. »  

Face à ce constat, une conclusion s’imposait : « l’unique sortie […] se trouve dans l’organisation pour la révolution[53] ». La violence politique, au Mexique, se justifiait par une eschatologie où s’articulaient analyse économique, croyance d’origine catholique et conscience de crise. En effet, « parmi les cauchemars terrifiants qui [torturaient] la bourgeoisie, [émergeait] brusquement le spectre du communisme la balayant du globe terrestre[54] ». Or, pour Madera, « l’avancée du mouvement révolutionnaire prolétaire à niveau international [était] un fait ». Au Mexique, « les masses [avaient] redoublé d’énergie, consolidant l’offensive historique qu’elles [avaient] commencé 15 ans avant[55] », c’est-à-dire depuis la grève des cheminots de 1958-1959. Deux facteurs expliquaient cette situation : « le résultat du travail d’agitation politique qu’avaient développé depuis 68 les combattants et les détachements les plus avancés » ainsi que les « conditions matérielles », la crise économique engendrant la mobilisation du prolétariat[56]. La Ligue voyait ainsi un « torrent révolutionnaire latent dans les quartiers populaires », dû mécaniquement au chômage, à la baisse du pouvoir d’achat et à la répression[57]. La Révolution était globale :

« […] au Vietnam et au Cambodge avec des énergies redoublées on passe à l’offensive définitive […] dans les pays du Moyen Orient nous avons contemplé un développement considérable du mouvement révolutionnaire […] dans quelques pays européens, surtout dans ceux où le prolétariat souffre plus fortement du joug du capital, nous assistons de même à un accroissant du mouvement, en Irlande, en Italie et en Espagne le mouvement ouvrier renaît avec une force surprenante […][58]. »

L’Amérique latine était bien évidemment au cœur de cette révolution prolétarienne :

« […] mais surtout nous assistons tous à une ascension générale du mouvement latino-américain  […]  le cône sud est une véritable poudrière : le mouvement ouvrier en Argentine, peut-être le plus solide et le plus combatif d’Amérique latine, développe une lutte armée contre la bourgeoisie […] l’ERP [Armée révolutionnaire du peuple] avance une victoire après l’autre […] En Uruguay cette année-même on a vu une grève générale qui a fait trembler le régime bourgeois de cet État […] au Chili le coup d’État militaire, expression tangible de la contre-révolution, vint mettre au clair que le libéralisme et le réformisme bourgeois des Allende, ne peut être en définitive la politique du prolétariat révolutionnaire[59]. »

L’essor des luttes révolutionnaires sud-américaines offrait un miroir qui confortait le choix des armes. Parallèlement, le coup d’État du 11 septembre 1973, au Chili, fut perçu comme une justification de la stratégie de militarisation de la Ligue. Il faut dire que Salvador Allende n’était guère apprécié des étudiants mexicains : sa visite à l’hiver 1972-1973, à Mexico puis à Guadalajara, fut lue, par les plus radicaux, comme un soutien explicite au président Luis Echeverría (1970-1976), directement responsable des massacres du 2 octobre 1968 (il était alors Premier ministre) et du 10 juin 1971[60]. Dans ce cadre, la LC23S se considérait comme « l’avant-garde » du « prolétariat ». Détentrice du marxisme légitime, l’organisation sacralisait logiquement les ouvriers :

« La discipline, l’organisation, l’exploitation et l’oppression auxquelles les soumet le processus de production dans la grande industrie, leur permet d’assimiler en grande partie la théorie révolutionnaire, leur permet de développer une organisation solide et précisément en cela ce sont les seuls à pouvoir se convertir en détachements d’avant-garde du mouvement révolutionnaire[61]. »

Alors qu’elle était largement formée d’anciens étudiants et disposait même d’une fragile base paysanne, l’organisation tendait à dénigrer, par dogmatisme, ces prolétaires impurs :

« Les étudiants malgré leur grande combativité, n’ont pas atteint les caractéristiques propres qu’acquièrent les ouvriers dans les usines avec le développement de la grande industrie ; conditions objectives qui rendent possible que les ouvriers des usines développent une discipline, énergie et combativité révolutionnaire beaucoup plus grande ; les ouvriers agricoles n’atteignent pas encore ce niveau, bien qu’il faille reconnaître la grande poussée que ce détachement a donné au mouvement[62]. »

Le journal de la guérilla, tout en reconnaissant la « combativité » des étudiants, réintroduisait donc le soupçon quant à leur caractère révolutionnaire : ce type d’écrit ne pouvait qu’encourager les jeunes militants de l’organisation à intensifier la violence « révolutionnaire », afin de conjurer le doute sur leurs qualités. La politiste Isabelle Sommier a d’ailleurs bien éclairé ce ressort : « Le mécanisme de radicalisation s’auto-nourrit : il est nécessaire pour "garder son rang" dans l’échelle révolutionnaire, faute d’être rétrogradé jusqu’à tomber dans la catégorie infamante du "réformiste"[63]. »

Convaincue de détenir le monopole de la révolution légitime, la LC23S ne se contentait pas d’annoncer la liquidation de la bourgeoisie comme classe[64]. Elle procédait également à une critique virulente de la gauche non armée. Pour le journal de la Ligue, les partis « ouvriers bourgeois » étaient de « véritables organisations contre-révolutionnaires[65] » qui suivaient la politique « opportuniste » du Parti communiste d’Union soviétique[66]. Madera avertissait aussi les ouvriers quant aux syndicats :

« Si vos "dirigeants" tentent de vous tromper, s’ils essayent de rabaisser votre lutte, s’ils vous demandent une politique d’appui envers tel ou tel pilier du gouvernement, s’ils essayent de vous emmener sur le chemin des luttes pacifiques et légaloïdes qui ne bénéficient qu’à eux, s’ils essayent de vous faire croire que les choses ne sont pas si graves, que la révolution n’avance pas : fusillez-les[67]. »

Enfin, les groupes guérilleros qui avaient refusé, à l’instar du Parti des Pauvres de Lucio Cabañas, de se rallier à la LC23S étaient dénoncés avec mépris. En réalité, les paysans qui prenaient les armes avec les guérillas rurales pour imposer une réforme agraire « [développaient] une lutte pour récupérer [leur] situation privilégiée » de « petits producteurs[68] ». Au banc des accusés, se trouvaient « les gens des OLAS avec Fidel à leur tête », c’est-à-dire « le plus grand traître du prolétariat en Amérique latine », ainsi que Lucio Cabañas, qui prolongeait « la politique réactionnaire de la CCI ou de l’UGOCM[69] ». La spirale de violence dans laquelle s’était plongée la LC23S expliquait ce sectarisme, celui-là alimentant celle-ci. La dénonciation du régime castriste était par ailleurs liée aux bonnes relations, apparentes, entre Cuba et le Mexique priiste. Se voulant l’organe théorique suprême, le journal Madera demeurait d’ailleurs inaccessible, par son style et son contenu, à l’immense majorité des ouvriers.

Le regard extérieur

Le marxisme de guerre et le projet révolutionnaire de la LC23S étaient largement inaudibles dans la société mexicaine de l’époque. Le 17 septembre 1973, le premier coup d’éclat de la LC23S, le rapt de Garza Sada, s’acheva par la mort accidentelle de ce dernier. Le rapt de Garza Sada, un des grands patrons de Monterrey, aurait dû permettre la libération de cinquante prisonniers politiques et leur transfert en Corée du Nord. Cette opération aurait pu être rendue possible grâce aux contacts des anciens du MAR avec le régime de Pyongyang. L’autre objectif était la publication, dans les journaux, d’un manifeste national[70]. Le second fait d’arme de la LC23S fut le double rapt, à Guadalajara, du consul britannique Duncan Williams et de l’industriel Aranguren Castiello. Les enlèvements devaient permettre d’obtenir « la liberté de 51 prisonniers politiques et deux millions et demi de pesos[71] », ainsi que la publication de communiqués guérilleros. Si Duncan fut relâché le 14 octobre 1973, sans rançon en échange, Aranguren fut abattu froidement le 16. Il est notable que les deux opérations aient eu lieu après le coup d’État au Chili, qui semble avoir conditionné la stratégie de militarisation.

L’assassinat d’Aranguren fit la une du grand quotidien Excélsior[72]. Ses journalistes relatèrent à leurs lecteurs qu’un homme, à la voix « rauque et autoritaire », leur avait brièvement expliqué les raisons du meurtre : « Nous l’avons exécuté parce qu’il était bourgeois. » Indignés par ce qui leur apparaissait comme un acte incompréhensible, les habitants de Guadalajara respectèrent une semaine de deuil pour l’industriel : l’immense majorité des entreprises et lieux publics ferma[73]. L’éditorial du quotidien condamna un « crime vil et stérile », soulignant l’irrationalité de l’acte : « Tuer une personne, "parce qu’elle est bourgeoise", est non seulement une preuve de cruauté mais aussi un manque absolu de critère rationnel sur ce qu’est la lutte révolutionnaire[74]. »

Porteuse d’une « révolution prolétarienne » qui dénonçait autant le caractère bourgeois de l’URSS, de Cuba, du Chili d’Allende que celui des autres guérillas mexicaines, la LC23S ne bénéficia jamais d’appuis extérieurs dans sa lutte. Après avoir représenté une porte de sortie pour toute une série de luttes locales, en majorité liées aux mouvements étudiants des « années 1968 » et façonnées aux rythmes de la « guerre froide globale », l’organisation fit le choix de la militarisation à outrance, notamment à Mexico. Elle se replia par la suite sur un travail idéologique, à partir de la seconde moitié des années 1970. Elle interrogeait encore, en 1979, le caractère « socialiste » du régime castriste[75]. Ce n’était pas sans paradoxe pour une organisation dont le nom faisait écho à un instituteur du Chihuahua qui avait cherché à reproduire la geste du 26 juillet 1953. En somme, l’histoire de la Ligue permet d’éclairer une partie importante du phénomène guérillero mexicain : comme le Parti des Pauvres au Guerrero, l’organisation s’inscrivait dans une séquence révolutionnaire longue, initiée à la fin des années 1950, au moment où l’élan de la Révolution cubaine pointa crûment l’inachèvement de la Révolution de 1910 et l’indignité des gouvernements s’en parant. La « guerre froide globale » favorisa l’intensification des conflits sociaux, notamment étudiants, qui firent le lit de cette nouvelle situation révolutionnaire. Le temps vécu des guérilleros articulait la mémoire idéalisée des premières années de la Révolution mexicaine, les luttes sociales des années 1960, la geste de Madera, les blessures ouvertes de 1968 et 1971, et la violence rédemptrice des guérillas argentine, vietnamienne ou cambodgienne. Néanmoins, pour la Ligue, la « guerre froide globale » fut davantage un miroir déformant qu’une interaction incarnée : ses militants se nourrirent de références insurrectionnelles étrangères, sans pouvoir disposer d’un accès réel et pérenne aux ressources stratégiques qu’aurait pu procurer une alliance avec des guérillas frontalières ou avec le régime castriste. Relativement isolée, comparée à ses homologues du cône Sud, la gauche armée mexicaine dût affronter seule le régime priiste, sans bénéficier d’appuis transnationaux. Le lien ténu et éphémère entre une poignée de guérilleros et la Corée du Nord fut l’exception qui confirma la règle : les militants révolutionnaires cherchèrent en vain à briser le cercle existant autour d’eux, alors que le régime priiste qu’ils combattaient pouvait s’enorgueillir d’entretenir des relations avec Nixon, Castro ou Allende. Fort de ses appuis, le gouvernement de Luis Echeverría eut ainsi toute latitude pour réduire à néant une « révolution prolétarienne », dont l’une des principales justifications était la conscience eschatologique d’une crise globale.

Pour citer cet article : Romain Robinet, « Vers une histoire critique de la guérilla au Mexique. Genèse de la gauche armée durant la "guerre froide globale" », Histoire@Politique, n° 34, janvier-avril 2018 [en ligne, www.histoire-politique.fr]

Notes :

[1] Lincoln Krause, « The Guerrillas Next Door: A Short History of Mexico’s Armed Revolutionaries from the 1960s to the EZLN Uprising of 1994 », Low Intensity Conflict & Law Enforcement, vol. 8, n° 1, 1999, p. 34-56.

[2] Jorge Luis Sierra Guzmán, El enemigo interno: contrainsurgencia y fuerzas armadas en México, Mexico, UIA, 2003.

[3] Héctor Aguilar Camín, Lorenzo Meyer, A la sombra de la Revolución mexicana, Mexico, Cal y Arena, 1989, p. 189-235. Paul Gillingham, Benjamin T. Smith (dir.), Dictablanda: Politics, Work, and Culture in Mexico, 1938-1968, Durham, Duke University Press, 2014.

[4] Alberto Guillermo López Limón, Historia de las organizaciones político-militares de izquierda en México, Mexico, thèse de science politique, FCPYS/UNAM, 2003. Verónica Oikión Solano, Marta Eugenia García Ugarte (dir.), Movimientos armados en México : siglo XX, Zamora, Colmich/CIESAS, 2006. Laura Castellanos, Le Mexique en armes : guérilla et contre-insurrection, 1943-1981, Montréal, Lux, 2009. Fernando Calderón, Adela Cedillo (dir.), Challenging Authoritarianism in Mexico: Revolutionary Struggles and the “Dirty War”, 1964-1981, New York, Routledge, 2012.

[5] Les sites The Mexico Project (http://nsarchive.gwu.edu/mexico/) et Movimientos Armados (movimientosarmados.colmex.mx) permettent ainsi l’accès à de très nombreux documents [liens consultés le 15 février 2018].

[6] Héctor Guillermo Robles Garnica, « Preface », dans F. Calderón, A. Cedillo (dir.), Challenging…, op. cit., p. xv-xvi.

[7] Gustavo Adolfo Hirales Morán, Memoria de la guerra de los justos, Mexico, Cal y Arena, 1996. José de Jesús Morales Hernández, Memorias de un guerrillero, 2006, https://www.marxists.org/espanol/tematica/guerrilla/mexico/memorias/index.htm [lien consulté le 15 février 2018]. Gabriel Santos Villarreal (coord.), Historia de la guerrilla en México. Fuentes orales y artísticas, Mexico, Palabra de Clío, 2012.

[8] Enrique Condés Lara, Represión y rebelión en México (1959-1985), Mexico, Porrúa, vol. 2, 2007, vol. 3, 2009.

[9] Eugénia Palieraki, « Une gauche nouvelle ? Histoire critique de l’extrême gauche chilienne des années 1960 », Bulletin de l’Institut Pierre Renouvin, vol. 33, n° 1, 2011, p. 103-107.

[10] Jaime Pensado, Rebel Mexico: Student Unrest and Authoritarian Political Culture during the Long Sixties, Stanford, Stanford University Press, 2013. Ariel Rodríguez Kuri, « Los primeros días. Una explicacíon de los orígenes inmediatos del movimiento estudiantil de 1968 », Historia Mexicana, vol. 53, n° 1, 2003, p. 179-228.

[11] Gilbert Joseph, Daniela Spenser (dir.), In from the Cold: Latin America’s New Encounter with the Cold War, Durham, Duke University Press, 2008.

[12] « While on one level the Cold War was a struggle over mass utopias – ideological visions of how to organize society and its accoutrements – what gave that struggle its transcendental force was the politicization and internationalization of everyday life and familiar encounters (…)  It was not only an event (what diplomatic historians usually call superpower rivalry) or a cause (as in the Cold War did this or that to this or that country) but also an intensified phase of a larger conflict, an “international civil war” not only between the United States and the Soviet Union or between capitalism and communism but between different views of the shape that social citizenship would take. » Greg Grandin, The Last Colonial Massacre: Latin America in the Cold War, Chicago, University of Chicago Press, 2011 [2004], p. 17.

[13] Sur la LC23S, voir Alberto Guillermo López Limón, « Proceso de construcción de la Liga Comunista 23 de Septiembre (1973-1975) », Cuadernos de Marte, 2, n° 1, 2011, p. 177-207. Rodolfo Gamiño Muñoz et. al., La Liga Comunista 23 de Septiembre. Cuatro décadas a debate: Historia, memoria, testimonio y literatura, México, UNAM/UAT, 2014.

[14] D’après les archives de la DFS, le premier identifié fut Ignacio Salas (Archivo General de la Nación, DFS, 11-235-73 H-7 L-1, le 4 septembre 1973). La dernière personne identifiée pour l’année 1974 fut María del Refugio Jauregui (AGN, DFS, 11-235-74 H-33 L-24).

[15] Voir les témoignages respectifs des anciens guérilleros J. L. Moreno Borbolla et J. L. Alonso Vargas, dans G. Santos Villarreal (coord.), Historia…, op. cit., p. 11-17 et p. 33-44.

[16] Renata Keller, Mexico’s Cold War: Cuba, the United States, and the Legacy of the Mexican Revolution, Cambridge, Cambridge University Press, 2015.

[17] Isabelle Sommier, La violence politique et son deuil, l’après-1968 en France et en Italie, Rennes, PUR, 1998, p. 153.

[18] J. Pensado, Rebel…, op. cit., p. 20-35.

[19] Tanalís Padilla, « Rural education, Political Radicalism and Normalista Identity in Mexico after 1940 », dans P. Gillingham, B. Smith (dir.), Dictablanda…, op. cit., p. 341-359. 

[20] E. Condés Lara, Represión…, op. cit., vol. 2, p. 111-126 et 195-205.

[21] J. Pensado, Rebel…, op. cit., p. 90-92.

[22] A. Kuri, « Los primeros…», art. cit., p. 189.

[23] Elizabeth Hanson, « Madera 1965 : Primeros Vientos », dans F. Calderón, A. Cedillo (dir.), Challenging Authoritarianism…, op. cit., p. 19-39.

[24] La LCE fut le résultat de la fusion, en décembre 1966, de la Ligue léniniste Spartacus (LLE), de l’UROC (Union revendicative ouvrière paysanne) et de la LCCPRP (Ligue communiste pour la construction du Parti révolutionnaire du prolétariat).

[25] Verónica Oikión, « In the Vanguard of the Revolution: The Revolutionary Action Movement and Armed Struggle », dans F. Calderón, A. Cedillo (dir.), Challenging Authoritarianism…, op. cit., p. 60-80.

[26] Entre 1969 et 1970, trois groupes de militants du MAR (53 personnes au total) reçurent une préparation militaire (démolitions, radiotélégraphie, arts martiaux) en Corée du Nord. À leur retour, les militants entraînés organisèrent des écoles de guérilla. J. Sierra, El enemigo…, op. cit., p. 73.

[27] Le terme « lacandon » fut une invention policière, non militante. Témoignage de J.L. Moreno Borbolla, dans G. Santos Villarreal (coord.), Historia…, op. cit., p. 13.

[28] J. Sierra, El enemigo…, op. cit., p. 72.

[29] L’opération avait pour but de terroriser les étudiants afin de pacifier définitivement les établissements d’enseignement secondaire et supérieur. Les « Faucons » firent une dizaine de morts. La répression eut néanmoins lieu sous le regard de la presse internationale et contraignit le président Luis Echeverría à nier de manière éhontée l’implication de son gouvernement.

[30] Krause leur attribue douze vols à main armée de 1970 à 1973, dans la capitale et sa banlieue. L. Krause, « The Guerrillas… », art. cit., p. 49.   

[31] Raúl Ramos Zavala, Material presentado al congreso de la JC, 1970, p. 3-4. Disponible sur : http://movimientosarmados.colmex.mx/files/docs/G446.pdf [lien consulté le 8 février 2018].

[32] R. Ramos, Material…, 1970, p. 10.

[33] Ibid., p. 11.

[34] Ibid., p. 10.

[35]Ibid., p. 29.

[36] Ibid., p. 29-30.

[37] Ibid., p. 32.

[38] G. Hirales, Memoria …, op. cit., p. 92. 

[39] Voir G. Hirales, Memoria…, op. cit., p. 147 ;  Héctor Guillermo Robles Garnica, Guadalajara: la guerrilla olvidada, Mexico, La otra Cuba, 1996, p. 79-80.

[40] AGN, Direction générale des recherches politiques et sociales, 2966, s/n, http://movimientosarmados.colmex.mx/files/docs/G369.pdf [lien consulté le 8 février 2018].

[41] Jaime Pensado, « El Movimiento Estudiantil Profesional (MEP): una mirada a la radicalización de la juventud católica mexicana durante la Guerra Fría », Mexican Studies/Estudios Mexicanos, vol. 31, n° 1, 2015, p. 156-192, p. 183-188.

[42] Selon la DFS, Ignacio Salas Obregón et José Luis Sierra Villareal rencontrèrent pour la première fois Raúl Ramos Zavala en faisant du travail social parmi les ouvriers de la construction et des petites industries à Netzahualcóyotl (État de Mexico). AGN, DFS, 100-6-1-74 H-256 L-24.

[43] J. Morales, Memorias…, op. cit., ch. 1.

[44]  Ibid.

[45] F. Calderón, « From Books to Bullets: Youth Radicalism and Urban Guerrillas in Guadalajara », dans F. Calderón, A. Cedillo (dir.), Challenging…, op. cit., p. 105-128.

[46] G. Hirales, Memoria…, op. cit., p. 194. Sergio Arturo Sánchez Parra, Estudiantes en armas: una historia política y cultural del movimiento de los enfermos (1972-1978), Culiacán, UAS, 2012.

[47] AGN, DFS, Exp. 11-235-73 H-7 L-1.

[48] François Hartog, Régimes d’historicité. Présentisme et expériences du temps, Paris, Seuil, 2003. Il convient aussi de mettre en parallèle le marxisme guerrier du catholique Salas, examiné ci-dessous, avec cette analyse éclairant le cas italien : « L’« espérance » catholique en l’au-delà, en se sécularisant, se convertit en une tension vers la "nouvelle société", placée "au-delà" de la société actuelle. Et en confluant dans le marxisme, elle en exaspéra les effets "messianiques", aux dépens de ceux d’un réalisme rationaliste et pragmatique que la doctrine possédait aussi ». Lucio Colletti, Le déclin du marxisme, Paris, PUF, 1984, p. 47, cité par I. Sommier, La violence…, op. cit., p. 148.

[49] R. Ramos, Material…, 1970, p. 25.

[50] Ibid., p. 28.

[51] Ibid., p. 15-18.

[52] Madera, n° 2, janv. 1974, p. 16-17.

[53] Ibid., p. 25.

[54] Madera, n° 3, avril 1974, p. 13.

[55] Madera, n° 2, janv. 1974, p. 2.

[56] Ibid., p. 3.

[57] Ibid., p. 45.

[58] Madera, n° 2, janv. 1974, p. 18.

[59] Ibid.

[60] Voir le passage éloquent de H. Robles, Guadalajara…, op. cit., p. 174-178.

[61] Madera, n° 4, mai 1974, p. 30.

[62] Ibid., p. 13.

[63] I. Sommier, La violence…, op. cit., p. 101.

[64] « [….] la bourgeoisie au Mexique doit mourir ». Madera, n° 2, janv. 1974, p. 23.

[65] Madera, n° 6, déc. 1974, p. 36.

[66] Madera, n° 4, mai 1974, p. 3.

[67] Maderai, n° 2, janv. 1974, p. 27.

[68] Madera, n° 3, avril 1974, p. 5.

[69] Ibid. La CCI (Centrale paysanne indépendante, 1963), fut une organisation réunissant plusieurs courants de gauche (PCM, PPS, gauche du PRI). Elle se rapprocha ensuite du PRI.

[70] G. Hirales, Memoria…, op. cit., p. 276-277. AGN, DFS, Exp. 100-6-1-74 H-256 L-24.

[71] D’après l’interrogatoire de José Ignacio Olivares Torres, AGN, DFS, 11-235-74 H-35 L-6.

[72] « Aranguren, muerto hace tres días, fue localizado anoche », Excélsior, 19/10/1973. Le quotidien Excélsior bénéficiait alors d’une liberté de ton très importante.

[73] « Cierran comercios, fábricas, bancos y escuelas de Guadalajara. Una semana de duelo por Luis F. Aranguren », Excélsior, 23/10/1973.

[74] « Crimen vil y estéril »,  Excélsior, 20/10/1973.

[75] Madera, août 1979.

Romain Robinet

Romain Robinet est maître de conférences en histoire contemporaine à l’Université d’Angers et chercheur à TEMOS (Temps, mondes, sociétés). Ses recherches portent sur l’histoire politique et sociale du Mexique révolutionnaire et post-révolutionnaire. Il est notamment l’auteur de La Révolution mexicaine : une histoire étudiante (Rennes, PUR, 2017) et de « Sympathy for the Kaiser. Students facing the Great War in Revolutionary Mexico » (Journal of Iberian and Latin American Research, 2017). 

Mots clefs : Mexique ; guérillas ; gauches ; histoire globale ; mouvements étudiants ;Mexico ; Guerrillas ; Left ; Global History ; Student Movements / Mexico; Guerilla Movements; Left; Global History; Student Movements.

imprimer

Newsletter

  • Consultez fréquemment les rubriques dynamiques de cette colonne. Elles sont régulièrement mises à jour.

Champ libre

  • • Le cauchemar espagnol. Quelques thèses sur la radicalisation de la question catalane (2010-2018)
  • La dépression économique, qui débuta à l’échelle mondiale fin 2007 (...)
  • lire la suite
  • Histoire@Politique est également disponible sur CAIRN
  • lire la suite

Comptes rendus

  • • Luc Chantre, Paul d’Hollander et Jérôme Grévy (dir.), Politiques du pèlerinage du XVIIe siècle à nos jours,
  • Placé sous la direction de Jérôme Grévy, Paul d’Hollander et (...)
  • lire la suite
  • • David Spector, La gauche, la droite et le marché,
  • Original, l’ouvrage de David Spector l’est à plusieurs titres. (...)
  • lire la suite
  • • Florence Tamagne, Le crime du Palace. Enquête sur l’une des plus grandes affaires criminelles des années 1930
  • Florence Tamagne (Université de Lille 3) est l’une des grandes (...)
  • lire la suite
  • • Commémorer la Révolution russe en 2017 : « Et 1917 devient Révolution »
  • L’année 2017 a marqué le centenaire de la révolution russe, (...)
  • lire la suite
  • • « Les jours sans 1939-1949. Alimentation et pénurie en temps de guerre »
  • L’exposition ouverte au Centre d’histoire de la résistance et (...)
  • lire la suite
  • Les Bienheureux, film réalisé par Sofia Djama (2017)
  • Avant de rendre compte du film Les Bienheureux pour (...)
  • lire la suite
  • • « Chrétiens d’Orient, 2000 ans d’histoire »
  • L’exposition « Chrétiens d’Orient, 2000 ans d’histoire » s’est tenue à l’Institut (...)
  • lire la suite
  • • Aline Angoustures, Dzovinar Kévonian et Claire Mouradian (dir.), Réfugiés et apatrides. Administrer l’asile en France (1920-1960),
  • L’année 2010 a vu la création du Comité d’histoire de (...)
  • lire la suite
  • Western, film de Valeska Grisebach (2017)
  • Le dernier film de la réalisatrice allemande Valeska Grisebach (...)
  • lire la suite
  • • Pauline Picco, Liaisons dangereuses. Les extrêmes droites en France et en Italie (1960-1984),
  • Traduit par Ulysse Jardat Dans l’ouvrage Liaisons dangereuses. Les extrêmes droites en (...)
  • lire la suite
  • • Richard Ivan Jobs, Backpack Ambassadors : How Youth integrated Europe,
  • Cette histoire du tourisme international de la jeunesse européenne (...)
  • lire la suite
  • • Noëlline Castagnez, Frédéric Cépède, Gilles Morin et Anne-Laure Ollivier (eds.), Les socialistes français à l'heure de la Libération. Perspectives française et européenne (1943-1947)
  • This volume, a collection of twenty essays, originated in (...)
  • lire la suite
  • • Raphaël Spina, Histoire du STO,
  • L’ouvrage de Raphael Spina sur le Service du travail (...)
  • lire la suite
  • • Anne Applebaum, Rideau de fer. L’Europe de l’Est écrasée, 1944-1956,
  • Depuis sa parution en 2014, l’ouvrage d’Anne Applebaum a rencontré (...)
  • lire la suite
  • • Retour sur l’exposition “World War I and the Visual Arts”
  • Pour commémorer « l’anniversaire de la Première Guerre mondiale », ou (...)
  • lire la suite

Partager

  • ISSN 1954-3670