Histoire@Politique : Politique, culture et société

Le dossier

Guérillas et contre-insurrections en Amérique latine et aux Caraïbes, de la guerre froide à nos jours

Coordination : Romain Robinet et Elie Tenenbaum

Entre Perón et Guevara : références insurrectionnelles et trajectoires politico-intellectuelles dans les espaces militants argentins (1955- 1975)

Humberto Cucchetti
Résumé :

Dans la deuxième moitié du XXe siècle, la guerre révolutionnaire en Argentine s’enracine dans plusieurs sources politiques et culturelles. Le nationalisme et l’engagement radical de militants catholiques en représentent (...)

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L’idée révolutionnaire, l’aspiration à transformer radicalement l’ordre établi, a été intimement liée, dans la seconde partie du XXe siècle, à la création d’organisations armées§. Il s’agit d’un phénomène qui s’amplifie progressivement dans la politique argentine depuis la deuxième moitié des années 1950 jusqu’au coup d’État de mars 1976, où les réseaux des différents partis armés sont pratiquement et définitivement écrasés[1]. Au cours de cette période, dans l’espace militant argentin, le développement de modèles révolutionnaires, analysés à partir d’expériences militantes et insurrectionnelles, présente des traits composites.

Certes, la Révolution cubaine constitue un élément phare dans le processus de radicalisation des militants. L’un de ses protagonistes est argentin, ce qui renforce l’attirance du phénomène dans les milieux activistes de la politique argentine. Pourtant, l’activisme insurrectionnel, qui ne débouche pas toujours sur la création d’une armée guérillera, s’incarne dans des acteurs, des épisodes, des discussions et des bifurcations d’une complexité certaine. Les propositions qui encouragent tel ou tel modèle de révolution peuvent être éclairées par des acteurs et des trajectoires militants, en exposant les discussions qui se déclinent sur la méthode de changement possible et légitime. En effet, le développement de la méthode révolutionnaire et de l’idée socialiste depuis la fin des années 1950 se heurte en Argentine à la présence d’un mouvement de masses solidement implanté : le péronisme. Antilibéral et antimarxiste, anticapitaliste et anticommuniste, il devient contestataire durant ses années de proscription, c’est-à-dire à partir du coup d’État de 1955. Dans les milieux favorables à la lutte insurrectionnelle, plusieurs questions se posent alors : la lutte, éventuellement armée, doit-elle être rurale ou urbaine, foquista[2] ou « prolongée », s’ancrer dans le péronisme ou recruter chez les dissidents communistes et socialistes ?

L’objectif de cet article est d’examiner les différentes références révolutionnaires à partir d’événements et de trajectoires concrètes. Seront abordées dans un premier temps les premières tentatives nées de la Résistance péroniste en dialogue, souvent conflictuel, avec la Révolution cubaine, puis les tentatives guévaristes qui favorisent la structuration d’une « voie cubaine » (línea cubana) en Argentine et ses projections sur le nord-ouest du pays, et enfin les trajectoires qui interrogent la viabilité du projet de guérilla et qui proposent un modèle révolutionnaire alternatif. Dans cette analyse, les récits d’engagement éclairent le rapport du militant à la cause révolutionnaire et les régimes de croyances (sacralisation d’un type d’adhésion intensive mais aussi phénomènes de désenchantement et reconversions militantes) développés par les acteurs.

Trajectoires insurrectionnelles, entre activisme péroniste et Révolution cubaine

Le coup d’État de septembre 1955, connu sous le nom de Revolución libertadora[3], ne signifie pas seulement la chute du péronisme, sa proscription, tantôt partielle, tantôt totale, en tant qu’organisation partisane et le très long exil de Juan Perón. Il rend possible l’émergence d’une vaste culture insurrectionnelle, souvent sans coordination et relativement spontanée, dans une partie de l’adhésion péroniste. Pour autant, plusieurs légitimités politiques, parfois en contradiction, coexistent au sein de ce vaste mouvement. En premier lieu, celle des acteurs du parti et d’une bonne partie des dirigeants syndicaux, victimes d’arrestations ou ayant perdu provisoirement le contrôle des instances syndicales et institutionnelles, qui essaient de reproduire une façade légaliste malgré toutes les proscriptions existantes. Ensuite, une légitimité, bien présente, incarnée par des officiers péronistes qui tentent de renverser, à plusieurs reprises, le pouvoir politique issu du coup d’État[4]. Puis une légitimité nationaliste qui articule activisme et propagande, l’absence de Perón offrant à toute une intelligentsia nationaliste[5] la possibilité de redéfinir le péronisme puisque le Général n’est plus à la tête de l’État, subissant un exil dans des conditions parfois dures. Finalement, une légitimité insurrectionnelle, elle-même hétérogène et non moins inorganique, qui va du sabotage industriel dans toutes ses modalités à la formation de groupuscules d’activistes agissant dans les quartiers ou aux côtés des syndicats combatifs ; on y trouve, par exemple, des dirigeants tels que John William Cooke, premier « délégué » de Perón, et César Marcos et Raúl Lagomarsino, les responsables du Commandement national[6].

Malgré des divergences, tous les groupes de la Résistance péroniste partagent un but central : le retour de Perón. Pourtant, rien n’est moins évident à l’époque. Pour ce faire, les péronistes résistants encouragent la réalisation d’une grève générale insurrectionnelle — croyant par ailleurs que cette modalité de retour au pouvoir était légitime pour Perón. La méthode insurrectionnelle, en réalité faiblement coordonnée, ne pouvait toutefois masquer une lutte pour le leadership du mouvement : Perón, depuis la tentative de coup d’État militaire réalisée en juin 1956 en son nom mais à son insu, voyait son autorité sur les forces péronistes[7] menacée. Cette tension se reflète aussi dans le contexte des négociations entre Perón et le candidat d’une des fractions du radicalisme, Arturo Frondizi, pour les élections présidentielles de 1958. Exilé à l’époque en République dominicaine, l’ex-président appelle à voter pour Frondizi ; en contrepartie, ce dernier s’engage, entre autres choses, à légaliser l’activité des syndicats péronistes. El Guerrillero, publication du Commandement national, n’accepte pas le pacte[8], et ses militants essaient de diffuser d’autres documents (apocryphes) où Perón désavoue son accord avec Frondizi[9].

Il est vrai que cette image de Perón-chef insurrectionnel correspond peu à la trajectoire du fondateur du « justicialismo »[10] : officier des Forces armées, Perón est devenu président, porteur d’une conception plébiscitaire de la démocratie et organique de la communauté nationale. Contrairement aux principes du Général, les résistants voient dans le péronisme l’incarnation de dynamiques protestataires et anticapitalistes de type sorélien : la violence populaire fait partie du changement politique[11]. De ce point de vue, tant la protestation ouvrière que la révolte sociale allaient se généraliser jusqu’à l’aboutissement du renversement du régime en place. Dans les faits, la contestation péroniste échoue et la répression s’impose. Cette défaite se manifeste par des phénomènes « héroïques » pour les réseaux de la Résistance péroniste, par exemple l’occupation de l’entreprise frigorifique Lisandro de la Torre, fin 1958-début 1959, dans le quartier ouvrier de Mataderos, à Buenos Aires.

Le modèle gréviste-insurrectionnel, même idéalisé (solidarité entre voisins, ouvriers, activistes, tous fédérés par l’identité péroniste), est combattu par les forces répressives. Il ne parvient d’ailleurs pas à orchestrer le retour de Perón. A contrario, dès janvier 1959, ces mêmes acteurs disposent d’une expérience triomphante, celle d’une guérilla : la Révolution cubaine. Et le fait que la rébellion cubaine ait été définie par Ernesto Guevara comme « nationaliste-révolutionnaire[12] » permet d’établir un pont de communication entre des péronistes combatifs et la Révolution cubaine. Dans la province de Tucumán, au nord du pays, les tensions sociales et politiques sont aiguisées par le syndicat des sucriers, la FOTIA, et le « Commandement 17 octobre », réseau local de la Résistance péroniste. Dans le contexte de grèves de l’année 1959, et bien que la FOTIA obtienne des conventions salariales favorables[13], le Commandement 17 octobre maintient la décision de radicaliser la lutte politique.

Il convient de souligner le rôle joué par trois acteurs qui encouragent cette décision : Manuel Mena, John William Cooke et Abraham Guillén. Mena, « le Gallego », ex-communiste qui devient péroniste dans les années 1940, tente d’organiser un foyer de rébellion (foco) dans les montagnes de Tucumán pour agir dans cette province et dans celle de Santiago del Estero. Cette petite force, nommée les Uturuncos, faiblement entraînée et fort peu disciplinée, se caractérise par sa jeunesse[14] (l’âge de la plupart des membres se situe entre 15 et 20 ans), et par son extraction ouvrière et populaire. Mena est encouragé par Cooke, qui n’est plus représentant de Perón, mais qui, fasciné par l’expérience cubaine, tente de convaincre Perón de s’installer dans l’île pendant son exil. Ainsi que par l’intellectuel espagnol Abraham Guillén, ancien combattant anarchiste de la guerre civile espagnole, exilé en Argentine pendant le péronisme, membre de groupes de la Résistance péroniste, et qui devient théoricien de la lutte armée. Dès le début, face à l’échec de la stratégie insurrectionnelle, Guillén préconise logiquement l’idée de faire une guérilla dans les montagnes[15].

Ainsi, pendant presque une année, entre octobre 1959 et juin 1960, les Uturuncos, première guérilla péroniste, favorisent un projet de foyer de rébellion. Si la tentative dure quelques mois, le passage à l’acte présente de sérieux problèmes. L’un d’eux, assez élémentaire s’agissant de la construction d’un parti armé, est celui de l’armement. Les guérilleros parviennent à prendre un poste policier dans la ville de Frías (qui regroupe à l’époque 25 000 habitants) de la province de Santiago del Estero. Bien que renforcée par des activistes de la jeunesse péroniste de Buenos Aires, l’expérience des Uturuncos se solde par un échec. Au fond, elle demeure une amicale péroniste : les membres, parfois trop jeunes, sans aucune discipline militaire, désertent ou vont et viennent entre les montagnes et leurs maisons. Les rescapés de cette expérience se rendent toutefois à Cuba pour discuter de la viabilité d’une implantation en Argentine du projet de continentalisation prôné par le « Che ». Les hommes du « Che » et les militants péronistes ne sont pas toujours d’accord[16], les différences entre les uns et les autres autour du rôle à jouer par le péronisme et le milieu sociogéographique d’implantation de la lutte armée n’étant pas sans importance[17]. Par-delà ces divergences, la question d’une guérilla sur le territoire argentin et au cœur du péronisme se trouve posée. La voie cubaine arrive ainsi en Argentine.

Entre deux échecs : trajectoires du guévarisme

Depuis 1959, de nombreux militants argentins se rendent à Cuba pour adhérer au processus révolutionnaire et participer au projet du « Che » d’étendre son modèle révolutionnaire au continent[18]. Cooke et l’ancienne militante nationaliste Alicia Eguren essaient de renforcer ce proto-péronisme révolutionnaire. Néanmoins, les visions de l’insurrection à venir sont distinctes et les séjours de formation des militants argentins pour apprendre la technique de la guerre de guérillas, préconisée par Guevara, s’avèrent fort chaotiques[19]. Il n’empêche que plusieurs dirigeants d’organisations armées passent par Cuba pour acquérir une formation militaire en milieu rural[20]. Le projet foquista du « Che » a un but ultime, la Cordillère des Andes, et une destination, l’Argentine, en passant par la frontière bolivienne. Son bras droit est le journaliste argentin, fondateur et ex-directeur de Prensa Latina, Jorge Ricardo Masetti. Il s’agit certes du choix du « Che ». Issu de l’Alliance libératrice nationaliste (ALN), Masetti noue une relation intime avec le « Che » depuis l’interview réalisée dans la Sierra Maestra en 1958, en pleine rébellion. Masetti, démontrant un grand courage, devient l’homme de confiance du « Comandante ». Son rôle, aussi bien que celui d’autres dirigeants argentins fascinés par le « Che », atteste de la relative solitude du révolutionnaire argentin au sein du régime castriste[21].

Faisant de nécessité vertu, le projet de Guevara se diffuse comme phénomène de croyance[22]. Masetti, d’éducation catholique et formé dans les rangs nationalistes de l’ALN, se rend à Cuba en février 1958 en tant que journaliste. Son objectif est professionnel : prendre contact avec les « barbus » (barbudos) rebelles, obtenir un entretien avec leurs chefs pour la radio El Mundo. En tant que journaliste, Masetti a aussi des motivations politiques nationalistes : sur place, il veut constater si l’opposition à Batista est financée par un « empire » (yankee, soviétique ou anglais), ou s’il s’agit du peuple lui-même qui donne corps à la révolte[23]. Aimanté par la guérilla de Castro et par Guevara, il confirme les racines nationales de l’armée rebelle.

Mais c’est un autre acteur qui permet le mieux d’analyser les deux projets de foyers de rébellion du « Che » et son objectif de répandre le modèle cubain en Argentine. Ainsi, le peintre Ciro Bustos participe à deux tentatives sanglantes, celle de l’Armée guérillera du Peuple (EGP), dans le département d’Oran (nord de la province de Salta) en 1964[24], puis celle de Guevara en Bolivie en 1967.

L’ouvrage autobiographique rédigé par Ciro Bustos nous livre de riches éléments historiques pour comprendre la guérilla guévariste[25]. Ciro Bustos arrive à Cuba en 1961, fasciné par l’expérience cubaine mais sans appartenir à aucune structure partisane — le fait d’y pénétrer sans sauf-conduit détermine dans une certaine mesure son parcours dans l’île. Dans un premier temps, il prend contact avec Cooke et Eguren. Toutefois, par solidarité avec le nouvel État dépourvu d’une partie de sa bourgeoisie économique, de ses techniciens et diplômés émigrés, Bustos, artiste de formation, commence à réaliser des travaux au même moment comme directeur de constructions et maçon[26]. Quelques semaines plus tard, il prend contact avec Alberto Granados, médecin et ami du « Che » et, par son intermédiaire, il approche le révolutionnaire argentin. Bustos intègre alors le groupe de Masetti dans le but de créer le « petit moteur » (motor pequeño) dans l’Amérique du Sud, en attendant l’arrivée future de Guevara. Comme Masetti, Bustos s’entraîne avec d’autres militants argentins résidant à Cuba (Federico Méndez et Leonardo Werthein, parmi d’autres). Avec l’appui de combattants cubains (Hermes Peña, ex-combattant de la Sierra, Alberto Castellanos, garde-corps du « Che », et Abelardo Colomé Ibarra « Furry »[27], qui rejoint l’expédition en Bolivie), ils élaborent le plan d’établissement d’un foco dans la province de Salta. La période de formation inclut, après Cuba, un passage par l’Algérie, avant d’arriver en Bolivie mi-1963. Vers juin, le groupe décide d’entrer à Salta. Dans l’idée de Masetti, esquissée avec Guevara, la géographie et le milieu social de la forêt tropicale du Chaco salteño ressemblaient à ceux de la Sierra Maestra. Bustos a la responsabilité de nouer des liens entre les villes argentines pour créer un réseau d’appui et de recrutement afin d’augmenter la puissance du groupe rebelle avant le passage à l’acte. Il établit quelques contacts à Mendoza, au sein de l’Université nationale de Buenos Aires et notamment avec le groupe marxiste de la publication Pasado y Presente, animée par des intellectuels tels qu’Oscar del Barco et José Aricó[28]. Pourtant, la guérilla est loin de déclencher la guerre révolutionnaire : les infections, la faim, les maladies, les exécutions ordonnées par Masetti pour défaitisme et l’absence de paysannerie pour construire une base de solidarité et d’adhésion font que cette tentative tourne au désastre. La gendarmerie occupe le territoire entre mars et avril 1964. Il n’y a pas de véritable combat et le bilan est lourd : douze guérilleros morts, treize emprisonnés. Les nouvelles arrivent à Ciro Bustos alors qu’il se trouve à Córdoba, où il effectue son travail de liaison.

Néanmoins, Bustos poursuit son travail politique malgré ou en raison de l’échec de Masetti. Les convictions qui avaient précédé sa décision de se rendre à Cuba l’animent toujours. Sa croyance en Guevara demeure sans failles. Il renoue ses liens avec Cuba, poursuit son activité militante en Argentine avec des socialistes dissidents, établit des liens avec plusieurs dirigeants de la guérilla uruguayenne (les Tupamaros)[29]. Pour une partie des partisans de Guevara, la défaite de Salta représente un choc profond. Un rapport que Bustos fait parvenir à Guevara en 1966 renforce toutefois les convictions de celui-ci. En décembre de cette même année, Bustos est contacté à Córdoba par Tania (Tamara Bunke, militante germano-argentine et agente cubaine), qui le somme de rejoindre Guevara. Depuis mars 1967, le foco est installé près de la ville pétrolière de Camiri, en suivant le fleuve amazonien Ñancahuazu. Le groupe est formé par des combattants boliviens (pour la plupart, sans grande formation politique, parfois des paysans enrôlés contre rétribution), des Cubains (parmi les plus importants, les officiers Orlando Pantoja, José María Tamayo et Antonio Sánchez Díaz), Tania, Danton (Régis Debray), Ramón (le « Che »). Après quelques combats, la guérilla se trouvant complètement isolée de ses soutiens urbains (en avait-elle ?), sans aucune possibilité de traverser la frontière pour arriver en Argentine, Guevara décide d’exfiltrer Debray, Bustos et le journaliste anglo-chilien George Roth, qui avait récemment rejoint le foyer pour réaliser un reportage, afin de renouer les liens avec les appuis urbains. Au cours de la deuxième moitié du mois d’avril, dans le village de Muyupampa, les trois exfiltrés sont arrêtés ; quelques mois plus tard, en plein procès contre Bustos et Debray, Guevara est abattu. Le projet de guérilla sur le continent subit un coup extrêmement dur sur le plan militaire et symbolique[30], bien que le « Che » demeure un modèle incontournable de lutte révolutionnaire[31].

Bifurcations et sortie de la guérilla : la révolution autrement

Le militantisme argentin des années 1960, avec deux phénomènes qui invitent les jeunes activistes à adopter des modèles héroïques (la Révolution cubaine et la Résistance péroniste), est traversé par une pluralité d’acteurs, d’organisations contestataires, de scissions, d’activités terroristes, d’actions politiques de rue et de réseaux de politisation transnationale[32]. Avec la séquestration et l’assassinat de l’ex-président Pedro Aramburu en mai-juin 1970, l’organisation Montoneros fait irruption dans la vie politique argentine. Une façon de comprendre l’essor des partis armés et des projets de guérillas, forcément adaptés à un contexte urbain, consiste à aborder des parcours de bifurcation : si l’initiation politique dans ces années-là tend à justifier, voire à naturaliser, l’idée de guérilla, il existe des parcours individuels et collectifs qui, formés politiquement dans l’activisme radical de la Résistance péroniste ou proche des espaces philo-castristes, s’éloignent de la lutte armée jusqu’à s’opposer, dans les années 1970, aux groupes guérilleros[33].

Deux exemples montrent des dynamiques de « nébuleuses militantes[34] » dans les univers contestataires de l’époque, où les frontières entre les acteurs, les représentations révolutionnaires et les espaces d’appartenance politique sont extrêmement poreux. Le premier cas est la trajectoire organisationnelle de la Garde de Fer. Cette organisation, véritable groupuscule au moment de sa fondation entre 1961 et 1962, née des entrailles du Commandement national, c’est-à-dire du péronisme combatif qui prône la préparation du retour de Perón à partir du déploiement de tout un ensemble de pratiques radicales. Le noyau fondateur de la Garde et surtout son leader Alejandro Álvarez se politisent dans un contexte d’interdiction du péronisme et de légitimation d’une culture contestataire insurrectionnelle. Álvarez lui-même est proche des membres des Uturuncos[35] et participe à plusieurs manifestations et révoltes caractérisées par la présence d’ouvriers et de syndicats péronistes. Lorsque, dans la première moitié des années 1960, la première jeunesse péroniste essaie de s’organiser, la Garde de Fer en fait partie. Une délégation de ses responsables se rend à Madrid en 1967 pour se réunir avec le Général. Durant ces entretiens, ils manifestent au leader leur volonté de créer un parti armé. D’après Álvarez, Perón n’est pas d’accord avec ce projet et les encourage à renforcer leur présence politique par l’intermédiaire du travail militant dans les quartiers. Au début de la décennie de 1970, la Garde de Fer entame une unification organisationnelle avec le Front des étudiants nationaux (FEN) et crée l’Organisation unique du Transfert générationnel (OUTG), implantée dans les principales villes du pays pour effectuer un travail politique dans les quartiers et contribuer à la « peronización » des militants étudiants issus des couches moyennes et sans expérience dans le péronisme. L’OUTG s’oppose farouchement à la voie cubaine, et surtout à la lutte armée de laquelle elle se démarque âprement, en considérant qu’« il est possible que [le marxisme] fonctionne à Cuba et aide à la libération nationale, mais ici cela ne marche pas[36] ».

Quant aux critiques de la Révolution cubaine, le cas de Roberto Grabois est particulièrement éclairant, puisqu’il émane de l’un des groupes politiques où cette idée s’enracine, le Parti socialiste argentin (PSA)[37]. Le récit autobiographique de Grabois, construit tant dans ses récentes mémoires[38] que dans des entretiens réalisés avec lui en 2005 et 2007, se présente en termes d’expériences de déceptions. Grabois se politise très jeune, dès le lycée, dans un Parti socialiste traversé tant par la revitalisation combative du péronisme que par l’ampleur du guévarisme. Ces deux expériences concrètes l’éloignent du communisme et du castrisme, qu’il accuse « d’infiltrer » la guérilla argentine[39]. En 1961, représentant de la jeunesse du parti au Festival mondial de la jeunesse à Moscou, il découvre « l’oppression » existant dans le monde soviétique. Après l’échec d’Oran en 1964, proche des adhésions guévaristes en train de se construire autour du dirigeant du PSA David Tieffenberg, il rend visite aux prisonniers de la guérilla de Masetti. Peu avant, dans son appartement de Buenos Aires, une réunion s’organise avec des militants et des intellectuels liés à l’EGP (parmi eux, Tieffenberg, Bustos, Aricó). Grabois n’y participe pas mais il écoute les conversations qui se déroulent autour des dimensions logistiques, opérationnelles et militaires de la guérilla. Aucune mention n’est faite des combattants décédés ; lui-même connaît pourtant certains des membres abattus[40]. Grabois rompt dès lors définitivement avec le guévarisme. Ayant connu la vie communiste, il s’en éloigne ; ayant été témoin des discussions des protagonistes de la théorie du foyer de rébellion, il abandonne l’idée de guérilla. Fondateur dans la deuxième partie des années 1960 du FEN, il dénonce l’ingérence cubaine même s’il se définit toujours comme « marxiste-léniniste »[41]. Cette dénonciation n’empêche pas Grabois de reconnaître que son travail politique de « nacionalización » et de « peronización » des étudiants, concepts qu’il forge en milieu militant[42] pour expliquer et organiser le passage des militants universitaires au péronisme, s’apparente à celui mené par d’autres groupes révolutionnaires de la fin des années 1960. C’est le cas, par exemple, des Forces armées révolutionnaires (FAR), issues des milieux de gauche et qui s’approchent elles aussi du péronisme[43]. Avec, cependant, une vision cubaine[44] que Grabois rejette. Ce dernier finit par adhérer au péronisme et contribue à favoriser un passage collectif des membres du FEN au mouvement péroniste. En 1971, il rencontre Perón à Madrid. Un an plus tard, il participe à la création de l’OUTG (Organización Única del Trasvasamiento Generacionale). Le désenchantement de l’utopie guérillera entraîne, dans ce processus biographique, une sacralisation du rôle de Perón dans une démarche qui est partagée par une partie de la nouvelle génération militante.

Conclusion : péronisme et voie cubaine

Une analyse par les trajectoires militantes individuelles et organisationnelles ne peut être séparée des significations construites autour de l’engagement. De cette façon, l’essor de différents régimes de croyances (le péronisme comme acteur révolutionnaire, la figure du « Che », la validité de tel ou tel modèle de changement social) et les déceptions conséquentes aident à comprendre la reproduction de la ligne cubaine aussi bien que les critiques dont elle est l’objet au sein des mêmes milieux contestataires. Certes, le guévarisme gagne du terrain en tant que mouvement d’adhésion tandis qu’il échoue militairement. En même temps, les critiques sont souvent portées par des acteurs issus des mêmes mouvances de politisation radicale qui s’éloignent, bon gré mal gré, des principes de la théorie du foco.

Une approche culturelle de l’idée guérillera de l’époque[45] montre bien comment le nationalisme façonne et préfigure les éléments symboliques de l’engagement héroïque, de la violence transformatrice au rôle central que la jeunesse doit jouer dans toute transformation radicale[46]. Ce travail culturel est bien présent sur le plan de la sociabilité et s’incarne notamment dans plusieurs trajectoires nationalistes que nous avons abordées dans cette contribution. Le nationalisme, les groupes catholiques[47] et une version contestataire du péronisme dans un contexte de proscriptions partisanes offrent un terrain de prolifération aux différents modèles révolutionnaires. Néanmoins, force est de constater que dans le péronisme se structure une modalité de sortie de la guérilla[48]. Dans cette modalité, le castrisme est défini comme une révolution nationaliste[49], ou une voie nationale vers le socialisme, mais il n’est pas un modèle à importer. Au sein de ces milieux contestataires se construit donc un barrage à la guérilla car le retour de Perón en Argentine représente, chez certaines organisations de militants, une révolution réussie qu’il faut soutenir et concrétiser définitivement. Entre 1971 et 1973 se structure ainsi une opposition aux guérillas qui est plus une anti-guérilla qu’une contre-guérilla car la légitimité qui se construit vise davantage à se démarquer de la violence politique qu’à la reproduire autrement. Cette reproduction est bien présente dans la logique d’un terrorisme d’État qui annonce la troisième présidence de Juan Perón entre octobre 1973 jusqu’à sa mort le 1er juillet 1974[50].

Pour citer cet article : Humberto Cucchetti, « Entre Perón et Guevara : références insurrectionnelles et trajectoires politico-intellectuelles dans les espaces militants argentins (1955-1975) », Histoire@Politique, n° 34, janvier-avril 2018 [en ligne, www.histoire-politique.fr]

Notes :

§ Je tiens à remercier Laura Ehrlich pour la lecture minutieuse de cette contribution et Héléna Garciandía pour sa correction en langue française.

[1] Même s’il y eut ensuite plusieurs actions d’envergure, à l’instar de la contre-offensive des Montoneros en 1979, qui se solde par une nouvelle défaite sanglante.

[2] En allusion à l’expression de « foco », foyer d’insurrection ou de rébellion, thèse soutenue par Ernesto Guevara pour défendre son projet révolutionnaire.

[3] Pronunciamiento, c’est-à-dire rébellion militaire contre le gouvernement péroniste appuyée par l’opposition politique et civile au régime et, notamment, par les groupes catholiques, en conflit avec Perón depuis la fin de l’année 1954.

[4] Pour l’historien Melón Pirro, il s’agit d’un messianisme militaire qui se combinait à des modalités d’organisation clandestine : Julio Melón Pirro, El peronismo después del peronismo, Buenos Aires, Siglo XXI, 2009.

[5] Laura Ehrlich, Rebeldes, intransigentes y duros en el activismo peronista 1955-1962, Tesis de Maestría, Universidad nacional de General Sarmiento, 2010.

[6] Il s’agit de l’un des groupes les plus combatifs de la Résistance péroniste, implanté dans les quartiers populaires de la ville de Buenos Aires.

[7] Julio Melón Pirro, El peronismo…, op. cit., p. 76-77.

[8] Le journal encourage l’abstention et prône la voie de l’insurrection car, selon le Commandement national, il s’agit d’une décision de Perón lui-même ; voir El Guerrillero, n° 16, 20 février 1958, n° 15, 13 février 1958.

[9] Entretien avec Alejandro Alvarez, 2005. « Le Gallego » Alvarez, leader dans les années 1960 de la Garde de Fer, était quelques années auparavant un jeune militant du Commandement national.

[10] Synonyme de péronisme, provenant de l’idée de justice sociale, expression proposée par Perón pour différencier la doctrine péroniste de ses ennemies libérales et socialistes.

[11] Selon Alvarez, dans la deuxième partie des années 1950, un projet pour ramener Perón au pays par la frontière argentino-bolivienne avec la participation d’un régiment de la ville de Jujuy avait vu le jour ; il devait provoquer le retour du leader en Argentine ; Alejandro Alvarez, Así se hizo Guardia de Hierro, San Andrés, ULAFI, 2013, p. 260.

[12] Gabriel Rot, Los orígenes perdidos de la guerrilla en la Argentina, Buenos Aires, Waldhuter, 2010, p. 68.

[13] Ernesto Salas, Uturuncos. El origen de la guerrilla peronista, Buenos Aires, Biblos, 2006, p. 59.

[14] Ibid., p. 127.

[15] Installé depuis 1962 à Montevideo, Guillén va réadapter cette stratégie. Il reste proche des Tupamaros et penche en faveur de la guérilla urbaine ; voirHernán Reyes, « Abraham Guillén : teórico de la lucha armada », Lucha Armada en la Argentina, n° 4, 2005, p. 56-67 ; Guillermo Daniel Ñañez, « Los remotos orígenes de la guerrilla peronista, 1955-1960 », Revista Historia, n° 3, 2008. Voir version électronique : http://www.peronlibros.com.ar/sites/default/files/pdfs/daniel_nanez_-_abraham_guillen.pdf [lien consulté le 22 mars 2018].

[16] Ernesto Salas, Uturuncos…, op. cit., p. 111-114.

[17] L’expérience de la Sierra Maestra et le succès de la Révolution cubaine légitiment l’idée de la guérilla rurale. L’article de Régis Debray « Le castrisme : la longue marche de l’Amérique latine », Les Temps modernes, n° 224, janvier 1965, implique la théorisation de la guerre révolutionnaire à partir de son implantation en milieu rural. La contribution de Debray est publiée aussitôt en Argentine dans la revue marxiste Pasado y presente, n° 7-8, octobre 1964-mars 1965.

[18] La diplomatie cubaine soutient que le rôle de Cuba consistait à appuyer les mouvements révolutionnaires par la formation militaire et la disposition de moyens, sans infiltrer et sans intelligence avec les membres de tels mouvements ; Gabriel Rot, Los orígenes…, op. cit., p. 139-140.

[19] À partir de l’expérience de ses parents, la romancière Laura Alcoba, née à La Havane en 1968, montre avec une grande richesse historique et anthropologique les caractéristiques de la vie cubaine des militants révolutionnaires en train de se former. Son récit dévoile le contexte parfois chaotique de l’arrivée d’activistes étrangers, la division sexuée de la formation des combattants, les caractéristiques de la formation militaire, tactique et théorique, l’existence de mécanismes de sanctions de certaines indisciplines (par exemple, la dégradation du Fou, el loco, membre du groupe d’Argentins, qui avait promis aux Cubains d’envoyer un groupe de spécialistes en explosifs ou de hauts responsables syndicaux, alors qu’il s’agissait de jeunes sans expérience politique), les conflits entre ces mêmes apprentis guérilleros, les erreurs logistiques des appareils cubains de liaison avec les militants étrangers ; voir Laura Alcoba, Les passagers de l’Anna C., Paris, Gallimard, 2012.

[20] C’est le cas de Joe Baxter, qui était déjà membre du Mouvement nationaliste Tacuara et avait intégré l’escadre qui avait braqué la Clinique bancaire de Buenos Aires en 1963 pour un butin de 100 000 dollars. Baxter devient plus tard membre de l’ERP, Armée révolutionnaire du Peuple. C’est le cas également des catholiques Emilio Mazza, Fernando Abal Medina et Gustavo Ramus, membres fondateurs des Montoneros. Ibid., p. 107-111, 164-167. Au lycée, Abal Medina et Ramus auraient aussi été des tacuaristas ; voir Richard Gillespie, Soldados de Perón, Buenos Aires, Sudamericana, 2011 (1982), p. 98. Les acteurs mentionnés séjournent à Cuba entre 1966 et 1968.

[21] Gabriel Rot, Los orígenes…, op. cit., p. 151.

[22] À notre avis, c’est cette dimension qu’il faut analyser, sans limiter l’étude au jugement axiologique d’une méthode extrêmement simpliste. En 1960, l’écrivain argentin Osvaldo Bayer, accompagné d’autres compatriotes, se réunit avec le « Che » à Cuba et celui-ci leur explique comment démarrer la révolution en Argentine à partir d’un foyer d’insurrection dans la province de Córdoba. Le plan est fort simple : implanter tel foyer dans les montagnes, descendre pour prendre tel village, attaquer tel commissariat et annoncer la révolution latino-américaine. Du petit au grand moteur, dans une dynamique ascendante, la révolution devait se répandre et atteindre la Plaza de Mayo et la Casa Rosada, siège du gouvernement central à Buenos Aires. Timidement, Bayer signale au « Che » que, bien avant la prise de pouvoir, les forces militaires auraient écrasé les rebelles. La réponse de Guevara n’aborde point les faiblesses analytiques du principe d’extension du foco et se limite à constater : « Mais tous ces types-là [les membres des différentes forces armées] sont des mercenaires », cité dans Hugo Gambini, Historia del peronismo. La violencia (1956- 1983), Buenos Aires, Vergara, 2008, p. 114.

[23] Voir Gabriel Rot, Los orígenes…, op. cit., p. 61.

[24] Le corps de Masetti n’a jamais été retrouvé.

[25] Ciro Bustos, El Che quiere verte, Buenos Aires, Zeta, 2011 (2007).

[26] Ibid., p. 55.

[27] Officier militaire cubain qui a effectué une longue carrière dans les rangs militaires et politiques castristes.

[28] Ibid., p. 55.

[29] Ibid., p. 221.

[30] À partir de la lecture de sources biographiques des acteurs de ces événements (tels Debray et Bustos qui s’éloignent l’un de l’autre après cette expérience et qui portent sur Guevara des opinions divergentes), il ressort que le projet de Ñancahuazu pâtissait de nombreuses faiblesses. Pour cette raison, parmi d’autres, Debray soutient dans un essai autobiographique : « Tel est le tabou qu’il m’a moi-même fallu vingt ans pour m’avouer ce paradoxe, corroboré par cent indices, que le Che n’est pas allé en Bolivie pour gagner mais pour perdre » (Régis Debray, Loués soient nos seigneurs. Une éducation politique, Paris, Gallimard, 1996, p. 238).

[31] Pour ne citer qu’un exemple, l’Armée révolutionnaire du peuple (ERP), trotskiste avec des éléments guévaristes, décide de créer un nouveau foyer de rébellion rural en 1974 dans les montagnes de la province de Tucumán. Vers la fin de l’année 1976, les forces armées argentines anéantissent cette tentative ; voir Santiago Garaño, « El monte tucumano como "teatro de operaciones" : las puestas en escena del poder durante el Operativo Independencia (Tucumán 1975-1977) », Nuevo mundo / Mundos nuevos, 2011, version en ligne : http://nuevomundo.revues.org/62119 [lien consulté le 05/01/2018]. Concernant l’ERP, lire Vera Carnovale, Los combatientes, Buenos Aires, Siglo XXI, 2009.

[32] Les caractéristiques de ces réseaux sont vastes, tout comme les espaces institutionnels et culturels qu’ils pouvaient traverser ; pour une analyse en termes de solidarités transnationales dans le contexte de la Guerre froide, voir Jessica Stites Mor (ed.), Solidarity and Human Rights in Cold War Latin America, Madison, University of Wisconsin Press, 2013 ; Christine Hatzky et Jessica Stites Mor, « Latin American Transnational Solidarities : Contexts and Critical Research Paradigms », Journal of Iberian and Latin American Research, n° 20, 2014, p. 127-140.

[33] Nous pouvons citer l’exemple de l’ex-officier de l’armée de terre Ciro Ahumada, membre de la RP à Mendoza et qui forme, à la fin des années 1950 et au début des années 1960, l’Union des guérilleros andins (UGA). Fin connaisseur des lieux de stockage d’explosifs, Ahumada s’occupait de les voler et de les distribuer aux noyaux de la Résistance péroniste dans le pays ; voir Yamile Alvarez, « La Resistencia peronista en Mendoza (1955-1960). Una aproximación a su estudio a través del relato de sus protagonistas », Revista de Historia americana y argentina, vol. 49/2, 2014, p. 187-216. Pour le retour de Perón le 20 juin 1973, Ahumada fait partie des groupes paramilitaires qui répriment férocement les colonnes de manifestants philo-Montoneros qui arrivent à l’emplacement de l’acte.

[34] Voir Humberto Cucchetti, Servir Perón. Trajectoires de la Garde de Fer, Rennes, PUR, 2013.

[35] Entretien avec Alvarez, 2005.

[36] Ernesto Rosas, « Teología de la liberación: su profundización a partir de la experiencia peronista », Hechos e Ideas, n° 4, mai-juin 1974, p. 84.

[37] María Cristina Tortti, El « viejo » partido socialista y los orígenes de la « nueva » izquierda, Buenos Aires, Prometeo, 2009.

[38] Roberto Grabois, Memorias de Roberto « Pajarito » Grabois, Buenos Aires, Corregidor, 2014.

[39] Ibid., p. 98.

[40] Ibid., p. 119, 125.

[41] En témoigne sa déclaration dans le film documentaire et militant La hora de los hornos (1968) de Fernando Solanas et Octavio Gettino.

[42] Pour une analyse problématisée, consulter le dossier « Théorie en milieu militant », Sociétés contemporaines, n° 81, 2011.

[43] Voir Mora González-Canosa, « Políticas de construcción del peronismo. El discurso de las FAR en los albores de la década del setenta en Argentina », Tempo & Argumento, n° 14, 2015, p. 179-215.

[44] Roberto Grabois, Memorias…, op. cit., p. 207-209.

[45] Voir Hugo Vezzetti, Sobre la violencia revolucionaria. Memorias y olvidos, Buenos Aires, Siglo XXI, 2009.

[46] Laura Ehrlich, « Nacionalismo y arquetipo heroico en la Juventud peronista a comienzos de la década del ‘60 », Anuario IEHS, n° 28, 2013, p. 37-57.  

[47] Au sujet de très fortes relations entre des trajectoires catholiques, des légitimités d’engagement et les Montoneros, lire Luis Donatello, Catolicismo y Montoneros : religión, política y desencanto, Buenos Aires, Manantial, 2010.

[48] Sortie qui s’élabore également dans d’autres organisations de cadres, par exemple le Parti communiste révolutionnaire (maoïste).

[49] C’est la définition fournie par Roberto Grabois dans La hora de los hornos.

[50] Voir Marina Franco, Un enemigo para la Nación: orden interno, violencia y « subversion », Buenos Aires, Fondo de Cultura Económica, 2012. Toutefois, il est important de nuancer et de différencier les caractéristiques répressives du gouvernement péroniste de l’ampleur de la répression militaire à partir du coup d’État de 1976. 

Humberto Cucchetti

Chercheur au CONICET-Argentine et habilité à diriger des recherches (HDR à l’Université Paris-Sorbonne, décembre 2017), Humberto Cucchetti travaille sur les relations entre biographie et trajectoire militante à partir de terrains de recherche réalisés en Argentine, en France et en Espagne. Il est l’auteur de l’ouvrage Servir Perón. Trajectoires de la Garde de Fer (Presses universitaires de Rennes, 2013) et de publications scientifiques dans des revues à comité de lecture.

Mots clefs : résistance péroniste ; « Voie cubaine » ; guévarisme ; lutte révolutionnaire ; activisme ; Peronist Resistance Movement; “Cuban Way”; Guevarism; Revolutionary Struggle; Political Activism / Peronist Resistance; “Cuban Path”; Guevarism; Revol

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  • ISSN 1954-3670