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Comptes rendus
   

Les réseaux socialistes dans le Morbihan

Journées d'études | 21.01.2008 | François Ploux
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Le 29 septembre 2007 s'est tenue à l'université de Bretagne-Sud (Lorient) une journée d'étude consacrée aux réseaux socialistes dans le Morbihan, des années 1930 aux années 1980. François Prigent, doctorant à l'université de Rennes II, était le maître d'œuvre de cette manifestation. L'objectif fixé aux intervenants consistait à étudier l'implantation de la SFIO et du PS dans le département à l’aide d’outils tels que la prosopographie, la mise au jour des trajectoires sociales des élus, l'étude de la structuration et du fonctionnement des réseaux...

François Chappé, maître de conférences à l'université de Bretagne-Sud, inaugurait cette journée par un rapide et brillant exposé sur les enjeux de l’histoire politique. Ce fut sa dernière intervention publique au « Paquebot », où il avait tant aimé enseigner. Il est en effet décédé le 18 novembre dernier. Il avait tenu à participer à cette journée où furent abordées toute une série de questions qui le passionnaient, en tant qu'historien bien sûr, mais aussi en tant que citoyen très impliqué dans la vie intellectuelle locale.

Les deux premières communications étaient centrées sur les trajectoires individuelles de quelques figures majeures du socialisme morbihannais. Jacques Girault, professeur à l'université de Paris XIII, s'est attaché à l'itinéraire de Joseph Rollo, secrétaire du Syndicat national des instituteurs (SNI), qui mourut en déportation. Né à Vannes, membre du parti communiste, puis, après son exclusion en 1931, de la SFIO, Rollo siégea au bureau national du SNI à partir de 1935. Il y joua le rôle d'ardent défenseur de la laïcité. La seconde intervention, présentée par Gilles Morin (docteur en histoire contemporaine), portait sur les trajectoires comparées des parlementaires lorientais Louis L'Hévéder et Jean Le Coutaller (élus respectivement à partir de 1930 et 1945).

Avec l'exposé de François Prigent c'est la question des réseaux socialistes qui était abordée de front. Il s'est intéressé plus particulièrement aux réseaux « seconds », dont l'importance est habituellement sous-estimée (à tort, car leur assise géographique correspondant au canton, ils sont en position intermédiaire entre, d'une part les instances dirigeantes du parti, d'autre part les militants et les électeurs). L'analyse proposée du groupe des conseillers généraux socialistes était très riche et stimulante. Elle mettait notamment en évidence l'importance des milieux enseignants : enseignants du supérieur dans les années 1930, instituteurs à la Libération, enseignants du secondaire à compter des années 1980). François Prigent s'est aussi efforcé, et de manière très convaincante, de montrer l'imbrication des réseaux proprement politiques et des réseaux syndicaux, associatifs ou encore intellectuels, avant de conclure par une typologie de l'implantation du socialisme dans le Morbihan. L'exposé de Christophe Rivière, doctorant à l'université de Bretagne occidentale, portait sur l'implantation socialiste dans l'arrondisement de Pontivy au cours des années 1930. À la faveur de la crise du monde rural, et dans un contexte d'intense mobilisation paysanne, les militants socialistes sont parvenus à diffuser leurs idées dans un territoire autrefois dominé par les conservateurs et où les radicaux s'étaient implantés durant l'entre-deux-guerres. Christophe Rivière mettait en évidence l'action du syndicalisme agraire, et le rôle des instituteurs au sein de ces formations, qui dénoncaient l'emprise de la grande propriété et la montée du fascisme (incarné ici par le dorgérisme). Ces mobilisations seront, semble-t-il, des matrices des réseaux d’élus socialistes à la Libération.

David Bensoussan, docteur en histoire et professeur au lycée Châteaubriand, s'est intéressé à l'image du socialiste et aux représentations du socialisme dans le discours des droites morbihannaises au cours des années 1920 et 1930. La dénonciation du péril socialiste visait en particulier à discréditer les radicaux qui menaient la lutte contre le bloc agraire (défini comme l'alliance de l'aristocratie foncière, du clergé et de la paysannerie conservatrice). La démocratie chrétienne aura, elle, recours à la rhétorique antisocialiste pour tenter de détacher les républicains modérés de la gauche socialiste. Dans le discours des droites bretonnes, le socialisme apparaît comme une doctrine répulsive. Par conséquent, a observé David Bensoussan, le regard des droites morbihannaises sur le socialisme en dit plus sur ce que sont les droites que sur la réalité de la SFIO dans le département. Dans les années 1930, le discours s'articule autour de la dénonciation de quelques figures, en particulier celle du fonctionnaire, incarnation d'une bureaucratie parasitaire (vision inversée du rôle du militant instituteur).

La communication de Vincent Porhel, maître de conférences à l'IUFM de Lyon, portait sur « La CFDT en terre cégétiste : représentations croisées autour des forges d'Hennebont. 1952-1966 ». Il s’agissait, dans le cadre d’un mouvement social puissant, de présenter l’imbrication des réseaux syndicaux et des milieux partisans pour les différentes familles politiques communiste, socialiste et démocrate-chrétienne.

La discussion finale, animée par Jean-Noël Retière (université de Nantes) puis François Prigent, dresse un bilan de la journée. Les actes de la journée seront publiés début 2008 dans le prochain numéro de Recherche socialiste, revue de l’Office universitaire de recherches sur le socialisme (OURS).

François Ploux

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  • ISSN 1954-3670