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« Redécouvrir Jean Moulin. Collections inédites »

musée Jean Moulin de la ville de Paris 18 avril-29 décembre 2013

Expositions | 16.07.2013 | Bénédicte Vergez-Chaignon
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Musée Jean Moulin de la ville de ParisAu mois de juin 1943, on ne compte plus les expositions consacrées à Jean Moulin, à l’occasion du 70e anniversaire de sa disparition. Au nombre de celles-ci, on remarquera « Jean Moulin résistant et artiste provençal » à Saint-Andiol (dans le cadre de « Marseille capitale européenne de la culture »), « Jean Moulin et la galerie Romanin » à Béziers (complétée par une exposition dans sa maison natale dorénavant propriété de la ville), « Jean Moulin artiste et collectionneur de tableaux » à Lyon. C’est aussi autour des différents visages du héros qui symbolise la Résistance que s’articule l’exposition du musée Jean Moulin de la ville de Paris, « Redécouvrir Jean Moulin, collections inédites » jusqu’en décembre 2013.

La forme de l’exposition est classique. Elle suit la chronologie pour présenter la famille de Moulin, sa jeunesse, sa carrière préfectorale, son amitié avec Pierre Cot et son implication dans le Front populaire, sa confrontation à l’invasion et à l’occupation allemandes en tant que préfet de Chartres, son adhésion à la France libre, son rôle de fédérateur de la Résistance intérieure, sa mort et la célébration nationale dont il a fait l’objet. Sont présentés des documents originaux tels que des lettres de Jean Moulin ou de ses proches, des archives de la France libre ou de la Résistance, mais aussi des œuvres exécutées ou possédées par Jean Moulin. Les vitrines (un peu basses) permettent de bien lire ou d’examiner ces documents, mais la pénombre qui les préserve rend la lecture des cartons plus hésitante. On remarque la présence, originale, de quelques objets tels que la boîte d’allumettes et la toile cirée dans lesquelles Jean Moulin transporta au début de 1942 ses ordres de mission et leur microphotographie. Ainsi que diverses cartes d’identité – vraies ou fausses – où les photos révèlent un physique changeant au gré de lunettes ou de moustaches.

Des photographies, dans des tirages de qualité, montrent les visages de Jean Moulin, de son enfance à sa mort. Certaines, peu connues, présentent un homme jeune et détendu à Saint-Tropez, en randonnée cycliste, en Bretagne, au ski. Figure au début de l’exposition un beau portrait de Jean Moulin à 17 ans, réalisé par son ami d’enfance Marcel Bernard, auteur de « la » fameuse photo emblématique prise à Montpellier plus de vingt ans plus tard. On notera aussi un film amateur tourné lors d’un comice agricole en Eure-et-Loir en 1939, où le préfet Jean Moulin, en grande tenue, apparaît, y compris en plan rapproché. Ce film, assez touchant dans son involontaire drôlerie, peut être également vu sur le site memoire-ciclic.fr.

La part belle est faite à Jean Moulin dessinateur, collectionneur et galeriste, comme lors de l’exposition tenue en 2011 au Mémorial Charles de Gaulle (« Romain, l’autre Jean Moulin »). La présentation chronologique permet de percevoir l’évolution du trait et des sujets du dessinateur. Après beaucoup de dessins humoristiques, volontiers caricaturaux ou grivois, publiés dans la presse et traduisant leur époque, apparaissent des eaux-fortes aux tonalités beaucoup plus graves (les illustrations des poèmes de Tristan Corbière, Les chômeurs en 1935). Les quelques dessins à l’encre de la période dela guerre sont des paysages presque abstraits. Très tôt collectionneur d’art contemporain, Jean Moulin s’est servi de sa passion pour se fabriquer, en ouvrant une galerie d’art à Nice au début de 1943, une couverture plus plausible que celle de cultivateur. Un échantillon des œuvres qu’il possédait, provenant du musée des Beaux-Arts de Béziers, est accroché dans une petite rotonde et quelques documents évoquent l’activité de la galerie Romain.

Dans son parti pris de simplicité et son effort pour être complète à défaut de pouvoir être exhaustive, cette exposition prouve la difficulté des expositions biographiques, quand il s’agit d’évoquer un homme qui a vécu une vie très peu publique, avant d’être clandestine. Elle est très heureusement complétée par un site très riche (itinéraires-jean-moulin-fr). Les commissaires de l’exposition, Christine Levisse-Touzé et Dominique Veillon, publient Jean Moulin artiste, préfet, résistant, avec une préface de Jean-Pierre Azéma et une postface de Daniel Cordier (Tallandier).

Bénédicte Vergez-Chaignon

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  • ISSN 1954-3670