Histoire@Politique : Politique, culture et société

Le dossier

Violences et espaces. Perspectives sur la Lorraine, 1870-1962

Coordination : Lucas Hardt

Lorraine 1870 : la construction progressive d’un « espace de violence »

Jakob Vogel
Résumé :

Contrairement à l’idée reçue qui fait de la Lorraine un lieu d’importants combats de la guerre franco-allemande, l’ancien duché ne (...)

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« Un tiers de siècle s’est déjà presque écoulé depuis ces tragiques événements [de 1870], et il ne semble pas qu’à l’heure actuelle le souvenir s’en soit sensiblement atténué. Chaque année, en effet, quand les champs de Lorraine couverts de luxuriantes moissons étalent sous le plein soleil d’août, parmi les épis lourds et dorés, l’éternel et touchant symbole de leurs blanches marguerites, de leurs pâles bluets et de leurs éclatants coquelicots, ceux qui se souviennent et espèrent, accourent nombreux encore vers cette terre, chère entre toutes, payer le tribut muet de leur fraternel hommage à ceux qui trouvèrent là un inutile, mais glorieux trépas. Comme tant d’autres rencontrés là-bas, au milieu de la campagne messine, je suis allé accomplir l’an passé vers ces champs de carnage encore tout bosselés de tombes et de monuments funèbres, un patriotique pèlerinage[1]. »

Quand Régis Bochet, avocat originaire de Vendée, entreprit à l’été 1900 son voyage vers les champs de bataille de la guerre franco-allemande, toute la Lorraine lui apparaissait comme un paysage avant tout défini par la violence et les morts de 1870. Pour Brochet, qui dressait un tableau incroyablement vivant des violences commises trente ans auparavant, les tombes et les monuments formaient un espace qui non seulement proposait un contraste saisissant en offrant désormais l’image d’un paysage apaisé, mais était également parcouru par un esprit patriotique quasi religieux.

En ce début du siècle, une génération après la guerre, le récit de Brochet montrait à quel point la Lorraine occupait dans l’esprit des contemporains une place centrale dans le souvenir de la guerre de 1870-1871 – un fait qui n’a rien aujourd’hui de surprenant, même si les deux guerres mondiales et d’autres conflits ont ajouté bien d’autres couches à la singulière histoire de la violence de cette région, les contributions à ce numéro le montrent. Dans des expositions, comme celle qui a ouvert au printemps 2017 au musée de l’Armée à Paris « France Allemagne(s) 1870-1871. La guerre, la Commune, les mémoires » (13 avril-30 juillet 2017)[2], dans des musées, comme le Musée de la guerre de 1870 et de l’annexion à Gravelotte[3], ainsi que dans des publications sur le sujet[4], la Lorraine est à chaque fois décrite comme un paysage historique qui a été particulièrement marqué par la guerre. L’histoire de la violence (Gewaltgeschichte[5]) a commencé ici avec les événements militaires de l’été 1870.

À partir de là, on peut s’étonner que l’espace historique de la Lorraine ne soit que très rarement évoqué dans les articles publiés au moment de la guerre. Un examen systématique des articles qui lui sont consacrés en août et au début de septembre 1870 dans les deux journaux Le Temps et Le Petit Journal montre que les écrits sur les événements militaires se réfèrent bien peu à l’ancien duché pour parler de la violence guerrière[6]. Ainsi, à la lecture des écrits de Brochet en 1900 et de l’association qu’il fait naturellement entre la Lorraine et les morts et victimes de la guerre, l’historien est amené à se demander comment cette articulation s’est opérée dans les trente années qui se sont écoulées et comment elle est devenue une évidence.

En nous appuyant sur un large corpus de témoignages contemporains, de souvenirs de guerre, de récits de batailles, d’écrits commémoratifs et de récits de voyages[7], nous montrerons comment ce paysage historique (Geschichtslandschaft[8]) s’est formé lors des événements violents de l’été 1870 sur les champs de bataille autour de Metz. Quand on observe les récits, aussi bien ceux écrits directement pendant la guerre que ceux dans l’immédiat après-guerre, on peut en effet parler d’une expérience ou d’un souvenir qui a été initialement essentiellement local. La progressive association de la Lorraine avec l’histoire des violences de 1870-1871 ne vient pas tant du déroulement des combats eux-mêmes que de l’annexion par l’Allemagne d’autres parties de la Lorraine. La construction d’une mémoire « lorraine » de la guerre a donc été le résultat d’un processus relativement lent de travail de mémoire, qui n’a été terminé qu’une génération après 1870 et qui a installé une autre « carte mentale[9] » de la guerre[10].

Si la couverture médiatique n’accorde qu’une faible place à l’échelon régional au départ, c’est – comme nous le montrerons ici – parce que la violence s’est exercée à une échelle très locale, parce que journalistes et militaires sont habitués à rendre compte de la guerre avec cette focale et parce que le discours contemporain sur la Lorraine est singulier. En effet, la Lorraine était en 1870-1871 présente avant tout comme un espace mémoriel construit autour de références historiques et culturelles qui étaient difficilement mobilisables dans le processus quotidien d’expérience et de traitement de la violence. Il faut ajouter que dans les années qui suivent la guerre, le culte mémoriel publique (öffentlicher Erinnerungskult)[11] autour de la guerre de 1870 se fait essentiellement à un niveau local. Cependant, au cours des décennies suivantes, les souvenirs locaux de la guerre se fondent avec un discours orienté vers la nation, avant tout préoccupé par l’occupation prusso-allemande et l’annexion de la Lorraine. C’est ce mouvement de va-et-vient entre les échelles locale, régionale et nationale que nous décrirons ici.

Une approche locale des combats d’août 1870

Lorsque l’on examine la couverture médiatique des événements militaires de l’été 1870 dans le Nord de la France[12] à travers Le Temps et Le Petit Journal, et plus particulièrement la façon dont l’espace y est décrit, on comprend à quel point les marqueurs topographiques, comme les villes, les fleuves, les vallées, les collines ou les forêts étaient essentiels pour les journalistes. Par exemple, les comptes rendus exhaustifs des batailles du 14 et 16 août, auquel Le Petit journal accorde une large place le 21 août, ont pour titre « Longville – Borny (14 août) » et « Vionville (16 août) »[13]. Les articles décrivent de façon très détaillée chaque combat que livre l’armée française sous le commandement du maréchal Bazaine contre les troupes prusso-allemandes qui s’approchent[14]. Outre les noms des petites communes où ont eu lieu des combats (Mars-la-Tour, Gravelotte, Saint-Privat ou encore Rezonville), le journal évoque surtout « la route de Metz à Verdun », le long de laquelle la majorité des combats se sont déroulés.

Cette voie est également au centre des billets écrits par Georges Jeannerod, le correspondant envoyé dans l’Est de la France par le journal Le Temps[15]. Dans ses articles, Jeannerod évoque sa fuite précipitée, quand il est parti à pied pour Verdun depuis Metz encerclée par les Allemands, et le spectacle chaotique des civils également en fuite[16] ; dans les jours suivants, il se concentre avant tout sur l’évocation topographique du paysage entre Metz, Verdun et Reims, d’où il envoie le 23 août son bulletin[17]. Dans tous ses papiers, que le journal présente à ses lecteurs avec un léger retard dû à la lenteur de la circulation des informations en temps de guerre, Jeannerod localise l’action le plus exactement possible, afin de donner une image précise de chaque combat, des pertes des troupes françaises et allemandes (le plus souvent appelées « prussiennes »), des rumeurs incessantes sur l’ampleur des défaites françaises, mais également du courage dont font preuve les différents régiments. Le début de son article envoyé de Reims le 23 août est à cet égard exemplaire : il se plaint de l’insuffisante localisation des « carrières de Jaumont » dans les articles que certains correspondants ont publiés dans les dernières 48 heures[18] :

« Je ne voulais pas avoir l’air de m’ériger en correcteur des erreurs d’autrui mais je possède un plan très détaillé des environs de Metz, c’est là tout mon avantage, et je crois devoir bien fixer le public sur la position des carrières de Jaumont dont on s’entretient depuis quarante-huit heures, et que je vois assez mal indiquées dans plusieurs journaux[19]. »

Et Jeannerod d’expliquer que les combats n’auraient pas eu lieu, contrairement à ce qui a été écrit ailleurs, le long de la voie ferrée de la « plaine de Thionville », mais plutôt sur le plateau de la « route de Briey » que lui-même aurait emprunté lorsqu’il a fui Metz. Cette discussion montre à quel point Jeannerod et d’autres correspondants sont attentifs au cadre spatial local et veulent donner au lecteur l’image la plus précise possible de la situation sur le terrain. La citation montre que plusieurs facteurs entrent en compte : l’expérience directe de la guerre, mais aussi les cartes topographiques auxquelles Jeannerod renvoie – tout le discours de la presse française sur l’évolution de la guerre s’appuie en effet constamment sur des marqueurs topographiques.

La circulation des informations et des textes entre les différents journalistes et journaux ont, à n’en pas douter, une grande influence dans l’uniformisation de ce discours orienté vers la topographie. Le Temps comme Le Petit Journal publient en effet régulièrement au cours de la guerre, à côté des déclarations officielles, un grand nombre des « correspondances » déjà parues dans d’autres journaux français et internationaux. Les discussions rapportées dans la presse, comme celle entre Jeannerod et ses collègues journalistes à propos des carrières de Jaumont, montrent l’intensité des échanges entre les correspondants. Doit également être prise en compte l’étroite collaboration entre journalistes et militaires qui ont été formés depuis l’Ancien Régime à l’utilisation des cartes topographiques[20]. Comme d’autres auteurs d’articles[21], Jeannerod a d’ailleurs une carrière d’officier derrière lui. Dans la continuité de ce qui s’est passé lors d’autres conflits du XIXe siècle[22], plusieurs correspondants, comme celui du Gaulois[23], travaillent, pour reprendre une expression du XXe siècle, comme des embedded journalists : ils accompagnent les troupes françaises directement dans les combats et envoient leur papier depuis les camps militaires. Ce fait explique qu’ils reprennent dans leurs textes facilement la perspective des militaires et la façon dont ils voient les combats. Il semblerait même que quelques articles du front aient été écrits directement par des soldats[24]. La proximité avec l’armée conduit le correspondant du Figaro à adopter le point de vue des troupes : « Ce matin, à cinq heures, nos soldats, toujours placés sur les mêmes positions de Sainte-Marie-aux-Chênes à Saint-Privat, sondaient la forêt à coups de canon; mais l’ennemi ne répondait pas[25]. » Mais la plupart des papiers apparus dans Le Temps ne vont pas aussi loin dans l’identification et s’efforcent de parvenir à une description plus distante. Dans Le Petit Journal, la séparation entre les articles qui laissent la parole aux correspondants de guerre et ceux qui commentaient la situation n’était pas aussi nette[26].

Même si, comme en Allemagne[27], les relations entre les journalistes et l’armée n’ont certainement pas été sans tension[28], la prédominance du regard topographique des journalistes dans leurs description des combats de l’été 1870 souligne néanmoins à quel point ils épousent le regard des officiers sur les combats et la façon dont ils s’orientent dans le paysage. Par contre, Jeannerod ne fait référence à la « Lorraine » qu’une seule fois à cette période, quand il veut montrer l’importance stratégique de Metz pour le contrôle militaire du Nord de la France[29].

Le « lotharingisme » : la Lorraine comme espace historique

Si la presse quotidienne française s’attache à décrire le cadre très local des affrontements quand elle veut rendre compte de la violence à l’été 1870, certaines évocations de la Lorraine dans les deux journaux dépouillés, comme dans d’autres publications, renvoient à une autre carte mentale, qui met en avant le rôle de l’ancien duché parfaitement intégré à une histoire identifiée comme française, même si celui-ci avait disparu à la Révolution française de la carte politique du pays au profit du découpage de l’État en départements[30]. Dans quelques cas, le terme « Lorraine » émerge donc, quand il n’est pas directement question des combats militaires. Le Petit Journal fait, par exemple, allusion au duché indépendant jusqu’en 1716 quand il évoque la ville de Nancy, désignée comme « l’ancienne capitale de la Lorraine »[31]. Dans le feuilleton littéraire publié sous le titre « Route de Berlin » et signé par l’écrivain Émile Gaboriau (1832-1873), l’espace lorrain est également évoqué, notamment au moment de l’épisode de la canonnade de Valmy (ce feuilleton mêle les événements militaires avec des impressions historiques remontant à l’époque révolutionnaire et napoléonienne)[32]. De même, d’autres correspondants de guerre utilisent l’identification patriote de « Lorraine » pour parler de la mobilisation des habitants de cette région en faveur de la France[33].

Même si la Lorraine n’apparaît pratiquement pas dans la presse quotidienne française comme un espace de violence (Gewaltraum) en tant que tel, ces exemples montrent que la région est perçue par les contemporains comme une partie d’un espace mémoriel français plus large, que les journalistes s’adressant à un public éduqué et bourgeois n’hésitent pas à mobiliser. Pour cela, ils peuvent s’appuyer sur le discours diffusé depuis les années 1820 autour du « lotharingisme », qui était alors essentiellement porté par la noblesse et la bourgeoisie régionales de Nancy et ses environs et qui se manifestait lors des initiatives culturelles du musée municipal et de la société archéologique mettant en scène une longue histoire et une culture spécifiquement régionale[34]. À l’époque du Second Empire, ce mouvement culturel lotharingiste (qui doit être intégré dans les différents mouvements romantiques vantant les cultures régionales ou nationales respectives dans l’Europe du milieu du XIXe siècle)[35] a pris une tournure politique, culminant en 1865 avec la publication du manifeste « Un projet de décentralisation », aussi appelé « programme de Nancy », qu’un cercle de notables locaux lance lors du débat sur la réforme de l’Empire[36]. D’une certaine façon, la réponse à cette revendication régionale et politique a été le voyage officiel de l’impératrice et du prince impérial à Nancy en juillet 1866 à l’occasion de la fête de « l’anniversaire séculaire de la réunion à la France de la Lorraine »[37].

Le livre La France envahie publié en 1871 par Jules Claretie (1840-1913), correspondant de guerre pour le journal L’Opinion nationale, montre que, quelques années après ces célébrations, les journalistes ont encore à l’esprit ce qui s’est passé dans les années précédentes et que leur regard sur la guerre s’en trouve affecté. À noter que Claretie a retravaillé pour ce livre ce qu’il avait écrit pendant la guerre. Il cite en tout cas les célébrations officielles de Nancy de 1866, tout comme il s’estime obligé de rappeler la pugnacité des Lorrains lors de la guerre de 1806 contre les Prussiens[38]. Claretie franchit une nouvelle étape dans son livre en donnant, contrairement aux articles de la presse quotidienne analysés ici et de la plupart des autres publications[39], une vision régionale du déroulement de la guerre, en particulier quand il l’inscrit dans une description du paysage lorrain :

« Ce matin, dans un lever d’aurore, après les longues plaines de la Champagne, nous apercevions ces collines lorraines, ces petites maisons aux toits rouges, nichées dans des bouquets d’arbres, ces claires et chastes fumées qui montaient bleuâtres dans le ciel encore pâle, ces rivières où, paisiblement, quelque paysan matinal pêchait des goujons, une friture pour son dimanche, et nous ne pouvions croire qu’à quelques lieues de là, presque à quelques pas, était la guerre prochaine, la mort certaine. L’idylle cachait la canonnade sous un rideau de verdure[40]. »

Claretie n’est pourtant pas le seul intellectuel français à regarder la guerre dans cet espace à travers le prisme du « lotharingisme ». Les articles que La Revue des Deux Mondes consacre à la Lorraine à l’automne 1870 et en 1871 témoignent également de l’influence du discours régionaliste[41]. Le premier de ces articles, paru le 1er octobre 1870 sous le titre « L’invasion de la Lorraine[42] » et écrit par Alfred Mézières (1826-1915), professeur de littérature né à Metz, enseignant à Nancy puis à la Sorbonne, donne le ton : Mézières, de sympathie républicaine, met en avant le fait qu’il est né en Lorraine et il présente la guerre comme une attaque contre son « pays », en brouillant de façon habile les interprétations lorraines et françaises de ce terme :

« La journée du 6 août 1870 comptera dans l’histoire de la Lorraine comme une des plus douloureuses qu’ait traversées un pays si souvent éprouvé par la guerre. Ce jour-là, deux armées allemandes pénétraient à la fois sur notre territoire par deux portes qu’il paraissait facile de fermer, dont nos généraux tenaient les clés dans leurs mains depuis deux semaines, par lesquelles ils espéraient entrer en Allemagne, et qui, contre leur attente, s’ouvrirent tout à coup pour livrer passage à l’invasion[43]. » 

Pour Mézières, il s’agit moins d’évoquer les combats consécutifs à l’invasion que l’échec des autorités régionales qui ont laissé la ville de Nancy à l’ennemi sans combattre – il reproche également à l’armée de l’Empire d’avoir échoué à défendre la patrie. Le texte renvoie aux tumultueux débats politiques autour de la responsabilité du régime impérial et de ses généraux dans la conduite de la guerre, après la captivité de l’empereur et la proclamation de la République le 4 septembre[44]. Il révèle aussi comment la perspective régionale a pu être mobilisée par les opposants républicains à l’Empire pour aboutir à une lecture politique de la défaite. Mais l’article invite surtout à prendre en compte l’évolution chronologique des débats, dans la mesure où le regard de l’opinion française sur la Lorraine subit d’importants changements au cours de la guerre.

« Alsace-Lorraine »

L’un des points les plus intéressants dans l’analyse de la couverture médiatique de l’été 1870 est justement le fait que la Lorraine, dès les derniers jours d’août, est de plus en plus fréquemment évoquée, mais non pas pour parler des actions militaires, plutôt pour discuter des buts de guerre allemands et de l’occupation de territoires à l’Est de la France[45]. Le mot de « Lorraine » suit le plus souvent celui d’« Alsace » (un article du Petit Journal du 26 août 1870 a par exemple pour titre « Les Prussiens en Alsace et en Lorraine[46] »), tandis que les combats dans les deux régions ne sont pas terminés et que les sièges de Metz et de Strasbourg continuent.

Bien avant que le gouvernement allemand n’exige officiellement l’annexion des deux régions dans le traité de paix avec la France (la signification de cette annexion dans la politique de Bismarck a fait l’objet de nombreux débats entre historiens allemands[47]), la Lorraine et l’Alsace apparaissent ainsi dès la fin de l’été 1870 comme un espace particulier. En effet, les journalistes français reprennent dans ce contexte souvent des expressions du haut commandement ennemi et des gouvernements allemands[48]. Le 29 août, Le Temps cite en couverture des billets publiés quelques jours plus tôt dans le Frankfurter Zeitung, où l’on pouvait lire non seulement les débats à l’intérieur du gouvernement prussien sur l’annexion des deux territoires, mais aussi les plans concrets pour mettre en place une administration d’occupation propre à l’Alsace et à la Lorraine[49]. Par conséquent, alors que la guerre est encore en cours, c’est de l’Allemagne en construction que vient dans la presse française l’idée de présenter la Lorraine comme une région, un espace qui n’est pas tant marqué par la violence physique de la guerre que par le régime d’occupation et, à terme, par l’annexion.

Ce sont donc les projets discutés en Allemagne qui secouent l’opinion publique française et conduisent son attention sur les deux régions de l’Est. Certains observateurs de l’époque ont bien perçu ce glissement, provoqué depuis l’étranger ; en témoigne la remarque d’un des inspirateurs et meneurs du mouvement régional lorrain, Auguste-Prosper-François Guerrier de Dumast (1796-1883), qui écrit dans la préface de la Couronne poétique de la Lorraine que les changements diplomatiques des dernières années « ont forcément, par exemple, ramené l’œil des Français vers l’image, si noblement belle, de la Lorraine d’autrefois[50] ».

Du souvenir local au souvenir régional

Les trois éléments sur lesquels s’appuient le discours sur la Lorraine et sur les événements militaires dans la région (le regard local sur les violences, l’influence limitée du discours régionaliste et l’influence du discours sur l’occupation) perdurent après la fin de la guerre et marquent de différentes façons les diverses publications, discours et fêtes commémoratives des années suivantes. Ainsi, dans l’opinion française, l’annexion relie inéluctablement la Lorraine (comme l’Alsace) au souvenir de la guerre, si bien que la référence aux deux « provinces perdues » est maintes fois répétée par les journalistes, les écrivains et les personnalités politiques[51]. Dans le même temps, le caractère plus local du souvenir de guerre est perpétué dans les décennies suivantes par les différents monuments et les célébrations très localisées[52].

Les historiens ont vu dans un tel ancrage local du souvenir français de la guerre l’une des pièces d’un processus plus général de « transfiguration de la défaite » : les actions militaires qui ont localement réussi et la bravoure individuelle des soldats permettent à l’opinion publique française de se confronter à la défaite collective[53]. Même si une telle dimension relevant de la psychologie collective est certainement indéniable, on doit également comprendre à quel point, déjà en temps de guerre, la perception des combats militaires par l’opinion publique se faisait dans une perspective locale ; il y a donc, sur ce point, une continuité entre le temps de guerre et celui de l’après-guerre. C’est ce que confirment différentes publications des décennies suivantes, particulièrement attentives aux batailles autour de Metz. En effet, dans l’après-guerre, paraissent de nombreux écrits sur cet épisode crucial, qui est au centre des débats autour de la stratégie militaire de Bazaine et de l’armée de Metz et autour de son rôle dans la défaite générale de la France[54]. Le « catalogue des livres et documents imprimés du Fonds lorrain de la Bibliothèque municipale de Nancy », imprimé en 1898, montre très clairement le flot de publications sur cet épisode – seules les publications consacrées à l’occupation allemande en Alsace-Lorraine sont plus nombreuses[55]. Parmi tous ces titres, un seul présente la Lorraine comme une région de combats : un livre sur l’histoire des francs-tireurs dans la région[56].

Même dans les représentations de l’action militaire en tant que tel, la plupart des publications suivent le cadre topographique mis en place lors de la guerre. Dans les premières années de la République, nombreuses sont les publications autour de la bataille de Metz qui renoncent à parler de la région[57] ; si elles évoquent la Lorraine, c’est simplement pour parler de l’occupation par les troupes prusso-allemandes et de l’annexion[58]. L’absence de référence à la région est éclatante dans le guide officiel qui présente le « panorama national » réalisé sur les Champs-Élysées à Paris par les deux peintres militaires Édouard Détaille et Alphonse de Neuville à propos de la bataille de Rezonville (Gravelotte)[59]. Dans la continuité de la couverture médiatique au moment de la guerre, les auteurs de la brochure considèrent de toute évidence le cadre régional comme négligeable lorsqu’ils veulent donner à voir la bataille autour de Metz au public parisien. Au lieu de parler, par exemple, d’un « paysage lorrain » comme théâtre des combats, ils indiquent aux lecteurs que les événements ont eu lieu tout au Nord du « territoire français » et que les mouvements des troupes se sont faits le long de la Moselle et entre Metz et Verdun[60].

Quelques publications seulement, essentiellement des récits publiés par des témoins des combats de Metz après la guerre, font néanmoins mention de la Lorraine comme lieu des combats[61]. Mais rares sont ceux dont la perspective sur la guerre est comparable au texte de Brochet de 1901 cité au début de cet article : le commandant Thomas, par exemple, désigne la ville comme la « forteresse lorraine[62] » mais il parle du reste peu de la Lorraine comme cadre des combats. Seul l’un des auteurs, le futur général Émile Jourdy (1845-1941), adopte dans son livre «  Les vaincus de Metz » (1871) vraiment une perspective régionale sur les combats en intitulant même un des chapitres « La guerre en Lorraine[63] ».

Le rapprochement entre la perspective locale et la perspective régionale au fur et à mesure que le souvenir de la guerre s’éloigne est opéré pourtant dans le livre La Lorraine. Souvenirs de la guerre de 1870, que l’ancien inspecteur général de l’enseignement primaire Hippolyte Durand (1833-1917) publie en 1887 sous le pseudonyme de Guy Delaforest dans une petite maison d’édition de Tours. Le livre est écrit à la suite d’un voyage sur les champs de batailles à Metz et ses environs et livre une synthèse évocatrice entre le discours lotharingiste sur la Lorraine historique d’une part et le discours usuel sur la guerre d’autre part : alors qu’il présente dès le début la Lorraine comme une partie du paysage historique français qui forme avec lui un ensemble cohérent (en rappelant non seulement les canons de Valmy, mais aussi le rôle de Nancy comme ancienne capitale et centre intellectuel de la Lorraine), les passages consacrés aux combats autour de Metz reprennent exactement la focale locale et topographique des correspondants de guerres qui l’ont précédé[64]. En faisant ce rapprochement, le livre de Durand participe à cette nouvelle vision que développent des publications présentant les combats de Metz aux lecteurs français et servant aux anciens soldats de guides de voyage lors de leur parcours commémoratif sur les champs de bataille[65]. Le Drame de Metz, un livre commémoratif riche en illustrations de l’écrivain militaire Gustave Marchal paru dans la série « La France moderne », participe du mouvement qui accorde une place croissante à un souvenir régionalisé, dans lequel la Lorraine est de plus en plus prise comme cadre pour le récit des événements militaires[66].

Les différents fils discursifs parviennent ainsi à se nouer les uns avec les autres, dans ce moment charnière où la génération qui a connu la guerre est progressivement remplacée par celle qui ne l’a pas connue. Le changement de perspective sur cet espace de violence, de l’échelle locale à l’échelle régionale, trouve son illustration et son aboutissement en 1912 quand Raymond Poincaré, un Lorrain, accède aux plus hautes fonctions de la République. Né en 1860 à Bar-le-Duc, Poincaré appartient à ce que l’on nomme en allemand la Bekenntnisgeneration (« génération de témoignage »)[67], à savoir la génération de Lorrains qui n’a vécu la guerre qu’indirectement, mais qui se sent très directement et durablement affectée par ses conséquences pour la région et pour la France. Par conséquent, il était pour Poincaré essentiel de maintenir vivant le souvenir de 1870-1871 dans la société française. À côté de ses activités politiques et littéraires, Poincaré s’engage dans le mouvement des anciens combattants, qui lui semble être un des principaux piliers de la politique mémorielle nationale[68]. Dans ses discours publics, Poincaré répète à quel point la guerre de 1870-1871 représente une exhortation pour la France républicaine. Comme il l’explique par exemple en 1910 dans une allocution à l’occasion des quarante ans de la guerre dans la commune devenue limitrophe de Mars-la-Tour, le paysage de la Lorraine est précisément un continuel appel moral pour placer l’unité du pays au centre de la conscience nationale, au-delà des différences politiques :

« Ces plaines, ces ravins et ces bois, dont la physionomie paisible est demeurée immuable, ont été les témoins d’un duel grandiose entre les deux nations ; les champs étaient labourés par la mitraille et arrosés de sang ; les flammes ont ravagé ces villages et ces fermes dont les habitants vivaient alors sous les mêmes lois et appartenaient à la même patrie. De part et d’autre, il s’est dépensé, dans ces terribles combats, des trésors de bravoure et d’énergie humaine. [….] Comment des lieux qui évoquent tant d’épisodes glorieux et aussi tant de tristesses, ne seraient-ils pas pour les Français de toute opinion et pour les Lorrains séparés de la France une incomparable station de recueillement et de méditation[69] ? »

Conclusion

L’éloignement croissant par rapport aux événements militaires a donc modifié inévitablement le regard des contemporains en France sur l’histoire violente de 1870-1871. L’historicisation de la guerre, qui se manifeste de diverses façons dans le culte mémoriel officiel du tournant du siècle[70], a ainsi aidé à inscrire la violence des combats dans un cadre historique plus large, dans lequel la Lorraine comme région représentait désormais un important point de référence. La division durable de la région entre l’Allemagne et la France et donc l’existence d’une « Lorraine allemande » à côté d’une « Lorraine française » rappelaient en effet en permanence au public les conséquences du conflit, si bien que l’histoire violente de la guerre même est replacée dans ce cadre régional. Si c’est donc la Lorraine qui devient le théâtre de la guerre et non plus le paysage local, le récit de la violence guerrière se détache de plus en plus de l’expérience concrète qui était d’abord plutôt très locale, pour s’insérer de plus en plus dans un récit plus abstrait dans lequel la violence physique de la guerre renvoyait directement aux effets politiques « violents » de la guerre : l’annexion d’une partie de la Lorraine à l’Allemagne. Une telle présentation donnait un nouveau sens au discours régionaliste : la Lorraine, dont l’évocation renvoyait avant 1870 essentiellement au temps long de l’histoire régionale liée à l’ancien territoire du duché et qui était alors surtout utilisé par le courant régionaliste, acquerrait ainsi une réalité contemporaine dans le contexte d’un État républicain qui accordait de plus en plus d’importance dans son discours patriotique au sentiment régional[71]. Cette synthèse, dont les propos de Poincaré donnent une parfaite illustration, permettait alors de lier différentes perspectives sur les événements qui, encore en 1870, étaient initialement séparés.

Dans une perspective plus large encore, cet exemple nous rappelle à quel point les processus de la mémoire peuvent faire évoluer à travers le temps la perception d’un certain « espace de violence ». Étant donné que celui-ci n’est pas seulement défini par un ensemble plus ou moins cohérent de pratiques de violences et par leurs logiques spécifiques (comme le conçoit, entre autres, Jörg Barberowski[72]), mais qu’il se construit aussi dans le regard des acteurs contemporains, il est donc nécessaire de prendre également en compte la temporalité du regard et ses changements à travers le temps. Si la Lorraine semble donc, de plus en plus, constituer au XXe siècle une échelle légitime pour une description des combats en 1870-1871, force est de constater que ceux-ci étaient d’abord locaux et concentrés autour de quelques lieux de batailles emblématiques. Insister sur ce point, c’est donc restituer l’histoire de la guerre et de ses violences dans le paysage concret du Nord-Est de la France, à une époque où sa désignation comme « lorrain » n’avait rien d’évident pour les contemporains.

Texte traduit par Jérôme Bazin

Pour citer cet article : Jakob Vogel, « Lorraine 1870 : la construction progressive d’un "espace de violence" », Histoire@Politique, n° 32, mai-août 2017 [en ligne, www.histoire-politique.fr]

Notes :

[1] Régis Brochet, Trente ans après. Metz et ses champs de bataille, La Rochelle, 1901, p. 6.

[2] Voir par exemple la description des événements dans Mathilde Benoistel et al. (dir.), France Allemagne(s) 1870-1871. La guerre, la Commune, les mémoires, Paris, Gallimard/Musée de l’Armée, 2017, pp. 63-67.

[4] François Roth, La guerre de 1870, Paris, Fayard, 1990, notamment pp. 20-26 ; Stéphane Audoin-Rouzeau, 1870, la France dans la guerre, Paris, Armand Colin, 1989, p. 96.

[5] Pour une présentation de cette « histoire de la violence » [Gewaltgeschichte] développée dans l’historiographie allemande, voir l’introduction de Lucas Hardt de ce dossier.

[6] Pour cet article, l’usage du mot Lorraine dans deux journaux a été particulièrement examiné pour la période allant d’août à début septembre 1870, à savoir les semaines des batailles décisives à Metz et Sedan. Une différence essentielle entre les deux journaux vient de son lectorat : Le Temps, journal de tendance libérale et républicaine, s’adresse à des lecteurs ayant reçu une éducation avancée et intéressés par la politique ; Le Petit journal, quant à lui, est moins directement politique et s’adresse à un lectorat plus large et populaire.

[7] Je remercie Alexander van Wickeren (Cologne/Paris) pour son aide dans le rassemblement du matériel analysé dans l’article présent.

[8] Sur la notion de « Geschichtsregion » (qu’on peut traduire par « région historique » ou « paysage historique »), voir Frithjof B. Schenk, Martina Winkler, « Einleitung », dans Frithjof B. Schenk, Martina Winkler (dir), Der Süden. Neue Perspektiven auf eine europäische Geschichtsregion, Francfort/M., Campus, 2007, pp. 7-20; Maria Todorova, « Der Balkan als Analysekategorie: Grenzen, Raum, Zeit », dans Geschichte und Gesellschaft 28, 2002, pp. 470-492 ; Stefan Troebst, « Introduction: What‘s in a Historical Region ? A Teutonic Perspective », dans European Review of History – Revue européenne d’histoire, 10, 2003, pp. 173-188. 

[9] Pour une discussion méthodique sur la signification des « cartes mentales » en histoire, voir entre autres Frithjof Benjamin Schenk, « Mental Maps : Die kognitive Kartierung des Kontinents als Forschungsgegenstand der europäischen Geschichte », dans Europäische Geschichte Online (EGO), éd. Leibniz-Institut für Europäische Geschichte (IEG), 2013-06-05. URL: http://www.ieg-ego.eu/schenkf-2013-de [lien consulté le 31 mai 2017].

[10] Contrairement à une grande partie de l’historiographie sur les « espace de violences » (voir par exemple, Jörg Barberowski, Räume der Gewalt, Francfort/M., Fischer, 2016 ; Timothy Snyder, Bloodlands. Europe between Hitler and Stalin, New York, Basic Books, 2010), c’est donc moins la nature et les pratiques des violences commises et les logiques de leurs occurrences dans un espace donné qui sera au centre de notre attention, mais plutôt la façon dont la narration de combats les intègre dans un certain espace géographique. Pour une discussion plus large de la notion d’« espace de violence », voir également l’introduction de Lucas Hardt de ce dossier. 

[11] Sur la notion de culte mémoriel de la guerre, voir entre autres Annette Maas, « Der Kult der toten Krieger. Frankreich und Deutschland nach 1870/71 », dans Étienne François, H. Siegrist, Jakob Vogel (dir.), Nation und Emotion. Deutschland und Frankreich im Vergleich. 19. und 20. Jahrhundert, Göttingen, Vandenhoeck 1995, pp. 215-230 ; Jakob Vogel, Nationen im Gleichschritt. Der Kult der Nation in Waffen in Deutschland und Frankreich, 1871-1914, Göttingen, Vandenhoeck 1997, pp. 178-202.

[12] Pour une analyse plus large de l’opinion française pendant cette période de la guerre à travers notamment les rapports préfectoraux et la surveillance de la presse par le ministère de la Guerre, voir Stéphane Audoin-Rouzeau, 1870…, op. cit., pp. 96-106.

[13] Le Petit Journal, 21.8.1870, p. 2.

[14] Sur l’histoire militaire des combats dans la Lorraine actuelle, voir François Roth, La guerre de 1870, op. cit., pp. 63-100. Un résumé se trouve également dans Mathilde Benoistel et al., France Allemagne(s)…, op. cit., pp. 63-66.

[15] Georges Jeannerod (1832-1890), journaliste au Temps et rédacteur en chef de L’Indépendant du Tarn à Castres. Il sera nommé par Gambetta préfet de l'Oise en septembre 1870.

[16] Le Temps, 21.8.1870, p. 1.

[17] Le Temps, 22.8.1870, p. 2 ; 23.8.1870, p. 1 ; 25.8.1870, p. 2.

[18] Le Temps, 25.8.1870, p. 2.

[19] Ibid.

[20] Nicholas Verdier, « Modeler le territoire : les ingénieurs de Ponts et leurs usages de la carte (fin XVIIIe-début XIXe siècle », dans Isabelle Laboulais (ed.), Les usages des cartes (XVIIIe-XIXe siècles), Strasbourg, Presses universitaires de Strasbourg, 2008, pp. 51-66.

[21] C’est par exemple le d’Alfred Mézières, auteurs de plusieurs articles dans La Revue des Deux Mondes, et d’autres auteurs d’articles du Temps. Voir par exemple, Arndt Weinrich, « Militaires et opinion publique en France et en Russie, 1870-1914. Le prisme des « affaires » militaires. Vers une histoire transnationale des cultures militaires européennes », dans Histoire@Politique, n° 28, janvier-avril 2016 [en ligne : https://www.histoire-politique.fr/index.php?numero=28&rub=pistes&item=34, lien consulté le 20 juin 2017].

[22] Voir les articles de Ute Daniel, Frank Becker et Andreas Steinsieck dans Ute Daniel (dir) Augenzeugen. Kriegsberichterstattung vom 18. zum 21. Jahrhundert, Göttingen, Vandenhoeck, 2006.

[23] Voir le rapport du Gaulois cité dans : Le Temps, 24.8.1870.

[24] Voir par exemple le rapport du Journal des Débats, imprimé dans Le Petit Journal, 24.8.1870, p. 2, qui relate par exemple une mission de reconnaissance.

[25] Voir le rapport du Figaro. Le Temps, 22.8.1870, p. 2.

[26] Voir par exemple l’article de l’écrivain et journaliste Jules Claretie au titre suggestif : « Sus aux barbares », d’abord publié dans L’Opinion nationale : Le Petit Journal, 25.8.1870, p. 3.

[27] Voir l’analyse de Frank Becker de la couverture médiatique de la guerre du côté allemand dans : Frank Becker, « Deutschland im Krieg von 1870/71 oder die mediale Inszenierung der Einheit », dans ute Daniel, Augenzeugen…, op. cit., pp. 68-86.

[28] Voir par exemple les propos de Jeannerod sur les discussions des correspondants de guerre dans Le Temps, 25.8.1870, p. 2.

[29] Le Temps, 22.8.1870, p. 2.

[30] On peut remarquer que dans les articles les départements ne sont pas non plus mobilisés comme catégorie spatiale. Leurs noms apparaissent dans les articles des correspondants généralement quand il est question des autorités politiques ou des « chefs-lieux ».

[31] Voir par exemple l’article « Les Prussiens à Nancy » (repris du Courrier de Nancy), dans Le Petit Journal, 16.8.1870, p. 2. Voir aussi ibid., 1.9.1870, p. 2.

[32] Le Petit Journal, 2.9.1870, p. 2.

[33] Le Monde illustré, 10.9.1870, p. 167.

[34] Voir par exemple les différents numéros du Journal de la Société d'archéologie et du Comité du Musée lorrain.

[35] Anne-Marie Thiesse, La création des identités nationales. Europe XVIIIe-XXe siècle, Paris, Seuil, 1999 ; Gabriele Clemens, « Regionaler Nationalismus in den Historischen Vereinen des 19. Jahrhunderts? », dans Westfälische Forschungen, 52 (2002), pp. 133-159.

[36] Mireille Meyer, « Vers la notion de « cultures régionales » (1789-1871) », dans Ethnologie française, 33 (2003), p. 409-416.

[37] Fêtes qui ont eu lieu à Nancy les 14, 15, 16 et 17 juillet 1866 à l'occasion de l’anniversaire séculaire de la réunion à la France de la Lorraine et du Barrois et de la visite de Sa Majesté l'impératrice et du prince impérial. Pour le contexte des voyages de l’Empereur en province sous le Second Empire, voir Nicolas Mariot, Bains de foule. Les voyages présidentiels en province, 1888-2002, Paris, Belin, 2006.

[38] Jules Claretie, La France envahie (Juillet à Septembre 1870) Forbach et Sedan. Impressions et souvenirs de guerre, Paris, Georges Barba, 1871, p. 103.

[39] C’est ce que l’on constate également à la lecture du livre du librettiste et dramaturge Ludovic Halévy, paru en 1872, L’invasion. Souvenirs et récits (éd. Jean-Claude Yon, Paris 2014). Alors que Halévy voit dans l’Alsace une partie essentielle de l’espace militaire et alors qu’il célèbre ses habitants pour leur courage (p. 43), il n’a pas un mot pour la Lorraine.

[40] Ibid., pp. 29/30.

[41] Alfred Mézières, « L’Invasion de la Lorraine », dans Revue des Deux Mondes, 2e période, tome 89, 1870, pp. 546-558 ; Alfred Rambaud, « La Lorraine sous le régime prussien. Les Allemands à Nancy », dans Revue des Deux Mondes, 2e période, tome 93, 1871, pp. 138-177 ; Alfred Mézières, « La Lorraine pendant l’armistice », dans Revue des Deux Mondes, 2e période, tome 92, 1871, pp. 72-86.

[42] Alfred Mézières, « L’Invasion de la Lorraine », op. cit.

[43] Ibid., p. 547.

[44] François Roth, La guerre…, op. cit., pp. 181-193, 208-211 ; Stéphane Audoin-Rouzeau, 1870…, op. cit., pp. 143-173.

[45] Le Petit Journal, 25.8.1871, p. 2 ; 26.8.1870, p. 2 ; Le Petit Journal, 28.8.1870, p. 2 ; Le Temps, 26.8.1870, p. 2 ; 30.8.1870, p.  2 ; 31.8.1870, p. 2.

[46] Le Petit Journal, 26.8.1870, p. 2.

[47] Sur ce débat voir entre autres. Eberhard Kolb, « Bismarck und das Aufkommen der Annexionsforderung 1870 », dans Historische Zeitschrift, vol. 209/2 (oct. 1969), pp. 318-356.

[48] Le Petit Journal, 28.8.1870, p. 2. L’article se réfère au général prussien Werder, qui commandait les troupes assiégeant Strasbourg. Voir aussi ibid., 25.8.1871, p. 2. 

[49] Le Temps, 29.8.1871, p. 1.

[50] August Prosper-François Guerrier de Dumast, Couronne poétique de la Lorraine, recueil de morceaux écrits en vers sur des sujets lorrains, Nancy, 1871.

[51] Voir par exemple Alfred Mézières, Récits de l’invasion – Alsace et Lorraine, Paris, 1871.

[52] Voir notamment Annette Maas, « Kriegerdenkmäler und Gedenkfeiern um Metz. Formen und Funktionen kollektiver Erinnerung in einer Grenzregion (1870/71-1918) », dans Rainer Hudemann (dir.), Stadtentwicklung im deutsch-französisch-luxemburgischen Grenzraum, Saarbrücken 1991, pp. 89-119 ; Jakob Vogel, Nationen im Gleichschritt…, op. cit., pp. 178-202.

[53]  François Roth, La guerre…, op. cit., p. 689.

[54] Sur le scandale autour de Bazaine, voir Arndt Weinrich, « Militaires et opinion publique », op. cit., pp. 4-6. pp. 153-166.

[55] Jean Favier (dir.), Catalogue des livres et documents imprimés du Fonds lorrain de la Bibliothèque municipale de Nancy, tome 1, Nancy, 1898, Crépin-Leblond, pp. 106-107. À noter que le catalogue ne contient qu’une partie des publications réalisées en France dans ces années sur le sujet.

[56] Rambaux, La guerre de partisans en Lorraine (1870-1871), Paris, 1873.

[57] Voir par exemple Max Guilin, Souvenirs de la dernière invasion. Épisodes de la Guerre de six mois sous Metz et dans le Nord, Limoges, Charles Père, 1872 ; Ferdinand Quesnoy, Campagne de 1870 – Armée du Rhin, Paris, Furne, Jouvet et Cie., 1872 ; Alfred de la Gueronnière, L’Homme de Metz, Bruxelles, A.-N. Lebègne, 1871 ; Anonyme, La garde nationale de Metz pendant le siège, Metz, 1871.

[58] Voir par exemple, Émile de la Bédollière, Bazaine et la capitulation de Metz, Paris, Georges Barba, s.d. ; Camille Rambaud, Le siège de Metz. Journal d’un aumônier, Lyon, P.N. Josserand, 1871 ; Lieutenant-Colonel de Montluisant, 1870 – Armée du Rhin – Ses épreuves – Chute de Metz, Paris, C. Borrain, 1871 ; F.-M. Chabert, Journal du blocus de Metz, Metz, Sidot Frères, 1871 ; Comte de Hérisson, La légende de Metz, Paris, Paul Ollendorf, 1888.

[59] Panorama national, La bataille de Rezonville (Gravelotte) par MM. Édouard Détaille et Alphonse de Neuville, Paris, Panorama national, 1887.

[60] Ibid., pp. 1-2.

[61] Commandant Max. Thomas, Guerre de 1870 - Metz, Poitiers, Henry Oudin, 1871 ; Émile Jourdy, Les vaincus de Metz, Paris, A. Lacroix, 1871 ; Eduard-Auguste Spoll, Metz 1870 – Notes et souvenirs, Paris, A. Lemerre, 1873.

[62] Commandant Max. Thomas, Guerre de 1870, op. cit., p. 193.

[63] Émile Jourdy, Les vaincus…, op. cit., p. 1.

[64] Hippolyte Durand [pseud. Guy Delaforest], La Lorraine. Souvenirs de la guerre de 1870, Tours, 1887, pp. 143-170.

[65] Gaston de Godins de Soushesmes, Blocus de Metz de 1870 – Bazaine – Coffinières (avec une carte des environs de Metz), Verdun/Paris, 1872.

[66] Gustave Marchal, La France moderne - Le drame de Metz, Paris, Firmin Didot, 1890.

[67] Sur la distinction faite par l’historiographie allemande entre la génération qui a vécu un événement (Erlebnisgeneration) et la génération qui cherche à témoigner de l’événement (Bekenntnisgeneration), voir par exemple Aleida Assmann, Der lange Schatten der Vergangenheit: Erinnerungskultur und Geschichtspolitik, München, Beck, 2006, p. 194 ; Jakob Vogel, Nationen…, op. cit., pp. 205-209.

[68] Sur le lien entre Poincaré et l’association des anciens combattants, voir : Le vétéran, 20.1.1913, 20.3.1913.

[69] Ibid., 5.9.1910, p. 13.

[70] Voir à ce propos Jakob Vogel, « Les vétérans de la guerre de 1870-1871 à la veille de la Première Guerre mondiale », dans Jean-François Chanet, François Cochet, Olivier Dard, Éric Necker, Jakob Vogel (eds.), D’une guerre à l'autre. Que reste-t-il de 1870-1871 en 1914 ?, Paris, Riveneuve, 2016, pp. 42-64.

[71] Anne-Marie Thiesse, Ils apprenaient la France. L'exaltation des régions dans le discours patriotique, Paris, Éditions de la MSH, 1997. Voir aussi Jean-François Chanet, L’École républicaine et les petites patries, Paris, Aubier, 1996.

[72] Jörg Barberowski, Räume der Gewalt…, op. cit.

Jakob Vogel

Jakob Vogel est professeur d’histoire de l’Europe (XIXe-XXe siècles) au Centre d’histoire de Sciences Po, après avoir été professeur à l’université de Cologne de 2008 à 2011. Il est également rédacteur en chef de la revue Histoire@Politique. Ses domaines de recherche sont l’histoire des savoirs et des experts, l’histoire de l’État, l’histoire de la nation et des Empires. Il a notamment publié : (dir.) avec Étienne François, Thomas Serrrier et al., Europa notre histoire. L’héritage européenne depuis l’Homère (Paris, Les Arènes, à paraître 2017) ; (dir.) avec B. Struck et D. Rodogno, Shaping the Transnational Sphere. Experts, Networks, and Issues (c. 1850-1930) (Oxford/New York, Berghahn Publishers, 2015) ; (dir.) avec P. Laborier et al., Les sciences camérales. Activités pratiques et histoire des dispositifs publiques (Paris, PUF, 2011) ; Ein schillerndes Kristall. Das Salz im Wissenswandel zwischen Frühneuzeit und Moderne, (Cologne, Boehlau, 2008) ; Jakob Vogel, Nationen im Gleichschritt. Der Kult der Nation in Waffen in Deutschland und Frankreich, 1871-1914, (Göttingen, Vandenhoeck, 1997).

Mots clefs : guerre de 1870-1871 ; mémoire de guerre ; Lorraine ; correspondants de guerre ; Raymond Poincaré; War 1870/71; Memory of War; Lorraine; War Correspondents; Raymond Poincaré.

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  • ISSN 1954-3670