Histoire@Politique : Politique, culture et société

Comptes rendus
   

L’économie sociale, une histoire enfin accessible

Ouvrages | 18.07.2017 | Timothée Duverger

L’histoire de l’économie sociale occupe une place marginale dans l’histoire sociale, comme en témoigne notamment son absence dans la monumentale Histoire des mouvements sociaux en France dirigée par Michel Pigenet et Danielle Tartakowsky. Si l’ouvrage classique d’André Gueslin, publié il y a trente ans, donne une connaissance exhaustive de l’économie sociale au XIXe siècle, il manquait jusqu’à aujourd’hui l’équivalent pour le XXe siècle. C’est désormais chose faite avec le livre de Michel Dreyfus, qui s’inscrit dans le prolongement de L’invention de l’économie sociale, dont il peut être considéré comme le deuxième tome

Connu pour ses travaux sur la CGT, la mutualité et plus récemment la coopération, Michel Dreyfus est l’une des principales « plumes » de l’histoire du mouvement ouvrier. Situé au carrefour des histoires de la mutualité et de la coopération, il était le mieux placé pour achever l’histoire de l’économie sociale. Si les travaux sur l’économie sociale, prise comme un ensemble qui surdétermine ses composantes coopératives, mutualistes et associatives, sont rares, il existe quelques études, encore trop peu développées, sur chacune des familles.


«Présumées coupables, XIVe-XXe siècles»

Expositions | 18.07.2017 | Emmanuel Naquet

Ce sont à des homo criminalis « présumées coupables » que sont consacrés l’exposition aux Archives nationales et le catalogue éponyme qui l’accompagne. Ce sont encore aux traces des archives judiciaires à leur sujet, notamment les fonds du parlement de Paris, comme à leurs représentations – y compris celles sensationnalistes que les médias suscitent ou portent. L’ensemble, tout à fait bienvenu, reflète assurément les progrès de l’histoire du droit, de ce regard rétrospectif sur le passé pénal avec un recul et une mise en perspective suggestifs qui permettent, au-delà des réalités – la délinquance féminine enregistrée fut et demeure marginale –, de dépasser les mythes. Car les auteurs, plus qu’à une chronique des faits divers, s’attachent d’abord à déconstruire des imaginaires sexués et à construire des récits historicisés qui dépassent les hypertrophies rhétoriques et les silences archivistiques.


Face à l’histoire : retour sur l’exposition «Soulèvements»

Expositions | 11.07.2017 | Sophie Cras et Hélène Valance

En 1996, Jean-Paul Ameline organisait au Centre Pompidou une exposition qui fit date, intitulée « Face à l’Histoire (1933-1996) : l’artiste moderne face à l’événement historique. Engagement, Témoignage, Vision ». Vingt ans après, le problème ne cesse d’être reposé : celui du rapport entre les images – dans leurs dimensions visuelles, plastiques, créatives et discursives – et les événements, dont elles rendent compte et auxquelles elles participent tout à la fois. L’actualité de ce sujet, sa complexité et sa délicatesse sont sensibles dans les vifs débats qui ont accompagné l’exposition « Soulèvements », organisée par le philosophe et historien d’art Georges Didi-Huberman au Jeu de Paume du 1er octobre 2016 au 15 janvier 2017. Complétée par un riche site internet et un imposant catalogue, l’exposition réunissait un grand nombre d’images, artistiques et non artistiques, principalement des photographies, mais aussi des documents de presse, des tracts, des films et vidéos, des dessins, des gravures, des sculptures et des installations, du XIXe siècle à aujourd’hui. Il ne s’agissait pas tant de réfléchir sur les représentations de soulèvements historiques, de la Commune à la Libération, de Mai 68 aux rébellions anti-franquistes, que d’interroger les figures visuelles du soulèvement, dans le sillage de l’iconologie politique inspirée de la méthodologie warburgienne. L’accent est ainsi mis sur les gestes corporels – poings brandis, bouches ouvertes, foules en liesse, jets de pierre, comme sur la photographie de Gilles Carron qui fait office d’affiche et de couverture pour le catalogue – et sur les formes plus métaphoriques, humaines ou non-humaines, de l’élan, de la subversion, du souffle ou de la résistance.


« Gilles Martinet : un parcours intellectuel et politique à gauche »

Colloques | 07.07.2017 | Thomas Maineult

© Sciences Po Centre d'histoire,  2016.Le colloque qui s’est tenu à Sciences Po le 22 mars 2016 a étudié dans ses différentes dimensions le parcours intellectuel et politique d’une figure importante de la gauche française : Gilles Martinet. Marc Lazar a introduit ce colloque en rappelant la concomitance de plusieurs dates : 1916, année de la naissance de Gilles Martinet ; 2006, année de sa mort ; et 1995-1996, date de la remise des archives de Gilles Martinet au Centre d’histoire de l’Europe du Vingtième siècle (CHEVS) alors dirigé par Pierre Milza. Marc Lazar a ensuite posé les jalons du parcours de Gilles Martinet, depuis son adhésion au communisme à l’âge de 17 ans jusqu’aux procès de Moscou, puis de son passage en tant que journalise chez Havas à son poste de rédacteur en chef à l’AFP après la guerre. Dirigeant la Revue internationale avec Pierre Naville, il créa L’Observateur en 1950 avec Roger Stéphane et Claude Bourdet, et appartint au courant de la nouvelle gauche, à l’Union de la gauche socialiste (UGS), puis au Parti socialiste unifié (PSU). Il entra au Parti socialiste (PS) en 1972, d’abord au sein du Centre d’études, de recherches et d’éducation socialiste (CERES), puis dans le courant rocardien. Sa carrière se poursuivit au Parlement européen. Gilles Martinet fut également directeur de la revue Faire. Ambassadeur de France en Italie de 1981 à 1984, il enseigna ensuite à l’ENA (1984-1990). Proche de la Fondation Saint-Simon, son intérêt se focalisa sur l’Europe (avec la revue Nouvelle Europe). Mais comment se situait-il par rapport au marxisme, au communisme, au socialisme ? Comment concilier une volonté de changement radical et les possibilités de réalisation de ce même changement ? Il s’agissait donc, lors de ce colloque, de repérer les invariants et les évolutions du parcours intellectuel et politique de Gilles Martinet, tout en les contextualisant.


Julie Maeck, Matthias Steinle (dir.), L’image d’archives. Une image en devenir,

Ouvrages | 08.06.2017 | Martine Floch

Rennes, Presses universitaires de Rennes, coll. «Histoire», 2006, 336 p.Les images d’archives ou dites d’archives sont omniprésentes dans notre culture visuelle et sont, depuis les années 1980, l’objet de multiples études et publications concernant leurs fonctions, leurs formes d’usage et de réemploi et leur avenir dans l’univers numérique. Le vocable est utilisé massivement par les médias et l’historiographie. C’est précisément là que l’ouvrage L’image d’archives. Une image en devenir trouve son origine : dans la volonté de définir précisément et scientifiquement ce vocable. Car « on ne naît pas image d’archives, on le devient » (François Niney, p. 44). Chaque image est une image potentielle, « une belle au bois des archives dormantes », quun prince – si l’on file la métaphore – transformera en image-document dès lors qu’il s’en saisira. Partant de ce postulat, il convient d’interroger ce potentiel archivistique de l’image : comment une image devient-elle document d’archives et pourquoi certaines images échappent-elles à cette qualification ? Pourquoi peut-on affirmer que La Joconde (1503) ne sera jamais une image d’archives mais que l’image emblématique du garçon aux mains levées, prise en 1943 au ghetto de Varsovie, en est une ?


Emmanuel Jousse, Les hommes révoltés. Les origines intellectuelles du réformisme en France (1871-1917)

Ouvrages | 08.06.2017 | Gilles Candar

Paris, Fayard, « Histoire », 468 p.Ce livre porte un titre un peu étrange, vite explicité par son auteur : les hommes révoltés renvoient aux « réformistes intransigeants » évoqués par Camus lorsqu’il prépare L’homme révolté. Ces hommes et ces femmes ont en commun de vouloir changer le monde en refusant la violence et la limitation des libertés, ce qui les fait placer par Camus sous le patronage de Tolstoï, le grand écrivain tant admiré par Jaurès… L’appellation a le mérite de sortir les personnalités et les doctrines étudiées de la gangue terminologique « réformiste » devenu un passe-partout de la vie politique.


Max Schiavon, Mussolini, un dictateur en guerre,

Ouvrages | 08.06.2017 | Philippe Foro

Paris, Perrin, 2016, 250 p.Les grands dirigeants politiques ayant conduit leur pays en guerre ont, bien sûr, bénéficié de biographies de qualité. Mais les études portant sur la manière dont ils ont exercé « l’art militaire » sont plus rares. Il convient de citer celles de Gert Bucheit, Hitler chef de guerre publiée chez Arthaud en 1961, de Philippe Masson qui, sous le même titre, publie un ouvrage chez Perrin en 2005, de François Kersaudy, Churchill, stratège passionné, livre paru chez Tallandier en 2016. Max Schiavon, spécialiste de l’histoire militaire, déjà l’auteur d’une étude de la campagne des Alpes en juin 1940, d’une biographie du général Georges, d’une intéressante synthèse sur l’Autriche-Hongrie pendant la Première Guerre mondiale, nous propose un ouvrage consacré à Mussolini chef de guerre sous le titre Mussolini, un dictateur en guerre.


Olivier Feiertag, Michel Margairaz (dir.), Les banques centrales et l’État-nation. The Central Banks and the Nation-State,

Ouvrages | 23.05.2017 | Laurent Warlouzet

Presses de Sciences Po, 2016La très active Mission historique de la Banque de France livre un nouvel opus à travers cette étude collective sur « les banques centrales et l’État-nation » couvrant deux siècles. Les vingt-cinq contributions en français et en anglais qui rythment ces presque 700 pages sont encadrées par deux chapitres introductifs et conclusifs relativement courts mais incisifs et surtout complémentaires, dus aux deux animateurs de la Mission, Olivier Feiertag et Michel Margairaz. Joints à l’index, ils apportent une transversalité bienvenue, même si cet ouvrage est plus qu’une juxtaposition de cas d’études isolés.


Silence, directed by Martin Scorsese. On the Crossroads of History and Fiction

Films | 23.05.2017 | Hitomi Omata Rappo

Silence, directed by Martin Scorcese. On the Crossroads of History and FictionThe Martin Scorsese film Silence is a fairly faithful adaptation of a novel of the same name written by the Japanese writer Endō Shūsaku (1923-1996) in 1966. Previous academic reviews of this film have provided excellent hindsight into the historical background surrounding the events it depicts. However, while the book Silence is based on some research, above all, it is a work of fiction; that is, historical elements are largely adapted to fit the purpose of the story.

As one can infer from Endō’s various testimonies and also from Scorsese’s foreword found in a recent English edition, both the book and the film were designed to present a spiritual theme : to show the challenges of faith in the modern world. Scorsese considers these challenges as a whole. Endō focusses on the particular challenges for a Japanese Christian. In this review, we will not only present, briefly, the historical context around Silence, but also assess Endō’s and Scorsese’s motives. In each case, we will consider how their motives had an impact on their depictions of history.


Jean-Noël Jeanneney, Un Attentat. Petit-Clamart, 22 août 1962,

Ouvrages | 23.05.2017 | Andrew Knapp

The writer Frederick Forsyth, formerly Paris correspondent for The Observer, once recalled that the Paris press corps spent the summer of 1962 waiting for someone to take a shot at de Gaulle. They stopped waiting on the evening of 22 August. As the General’s Citroën DS sped from the Élysée through the Paris suburb of Petit-Clamart on its way to Villacoublay aerodrome, a group of thirteen men led by the Air Force lieutenant-colonel Jean-Marie Bastien-Thiry opened fire on the presidential convoy. Over 150 spent cartridges were found on the scene. Eight bullets pierced the coachwork of the presidential car. Two more punctured a tyre each. But the convoy of two cars and two motorcycles drove through to Villacoublay, drivers and passengers unhurt. In Petit-Clamart, a TV and radio salesroom was sprayed with bullets; it had shut ten minutes before. So was the terrace of Le Trianon café –on its weekly closing day. One bullet hit a Panhard travelling in the opposite direction to the president’s car; a plastic splinter from the steering-wheel cut the thumb of its driver, Guy Fillon. In all, the attack caused three casualties, all indirect: the gendarmerie commander in charge of de Gaulle’s security in the Haute-Marne, who suffered a stroke on hearing the news and died the next day; a major Niaux, wrongly rounded up as a suspect, who committed suicide in a police cell; and Bastien-Thiry himself, caught in September, tried with the other conspirators by a military court, and shot on 11 March 1963, de Gaulle having refused to commute the sentence.


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  • ISSN 1954-3670