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L’historiographie française du fascisme et de l’antifascisme italiens

Olivier Forlin
Résumé :

Renouvelée depuis les années 1980 sous l’influence des travaux de Renzo De Felice et d’Emilio Gentile, l’historiographie française du fascisme italien (...)

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Dynamique depuis plusieurs décennies, l’historiographie française du fascisme repose sur des fondements qui ont été renouvelés depuis le début des années 1980. Cette évolution doit beaucoup à l’influence acquise en France par les travaux de Renzo De Felice et Emilio Gentile. Il s’agit ici de mettre en relief, dans une perspective comparatiste, les problématiques et les axes de recherche communs entre historiographies italienne et française du fascisme, ainsi que les spécificités de cette dernière. L’examen de l’historiographie française du fascisme italien recèle d’autres enjeux. Parmi eux, il conviendra de mesurer sa portée sur les lectures du fascisme français, en lien avec les fortes controverses qui ont émaillé la question depuis plus de trente ans. Dans le cadre d’une approche en termes de circulations culturelles internationales, le rayonnement de l’historiographie française du fascisme italien en direction de l’Italie sera abordé. Elle s’inscrit, par ailleurs, dans l’ensemble d’une production historique française sur l’histoire de l’Italie des XIXe-XXIe siècles dont il faut tenir compte et qui, évaluée à l’aune des historiographies françaises de la période contemporaine d’autres nations occidentales, semble avoir pris un essor plus précoce. L’analyse de ces thématiques s’articulera autour de la césure des années 1980.

C’est aussi à partir de la même décennie que l’histoire de l’antifascisme italien s’est développée en France grâce à l’activité de centres de recherche et aux efforts conjugués de spécialistes de l’histoire des migrations et de l’histoire des relations franco-italiennes.

Les premiers travaux français sur le fascisme italien (années 1960-1970)

Le rôle de Pierre Milza dans l’essor des travaux français sur le fascisme italien fut déterminant. Ses fonctions de professeur à l’Institut d’études politiques (IEP) de Paris et de directeur du Centre d’histoire de l’Europe du XXe siècle (CHEVS) eurent pour effet de conférer une place importante à l’institution parisienne dans les études sur l’Italie fasciste en France. Ses recherches se sont inscrites, en premier lieu, dans le cadre de l’école française de l’histoire des relations internationales fondée par Pierre Renouvin et continuée sous l’impulsion de Jean-Baptiste Duroselle. Elle a donné naissance en 1974 à la revue Relations internationales et contribué au lancement du Comité italo-français d’études historiques (CIFEH) en 1976. Ses représentants se préoccupèrent de l’étude des rapports franco-italiens, à l’instar de la thèse de Pierre Milza publiée en 1981 sur les relations bilatérales au tournant des XIXe et XXe siècles[1]. Au même moment, Juliette Bessis achevait sa thèse sur la politique mussolinienne en direction de la Tunisie française. L’historienne contribuait à inaugurer le renouvellement d’un champ – l’histoire de la colonisation en Italie – très marqué par une approche bienveillante envers « l’œuvre » coloniale italienne[2].

Les colloques organisés par le CIFEH à partir de la seconde moitié des années 1970 furent dédiés à l’analyse des relations bilatérales au XXe siècle. La période du Ventennio fut privilégiée, comme en témoignent, issus de ces rencontres, un premier volume intitulé Italia e Francia dal 1919 al 1939[3], puis les volumes consacrés aux relations pendant la Seconde Guerre mondiale[4], aux liens culturels des années 1920-1940[5], etc. À côté des études sur les rapports diplomatiques ou militaires franco-italiens entre 1922 et 1945, les recherches, à la suite de Renouvin, s’orientaient vers l’analyse des « forces profondes » : liens économiques et financiers[6], opinions publiques, échanges culturels[7], transferts d’idéologies[8] et représentations de l’Autre[9]. Une histoire totale des relations franco-italiennes des années 1920-1940 fut ainsi écrite.

En cette fin des années 1970-1980, les études sur les réactions des opinions publiques aux enjeux internationaux ou aux événements de la politique intérieure des pays voisins étaient alors en plein essor et des travaux marquants en avaient balisé le champ[10]. Appliqué au domaine des rapports France-Italie sous le fascisme, c’est bien évidemment le régime de Mussolini, aux structures et à l’idéologie complexes à saisir depuis l’étranger, en quête de gloire sur la scène internationale, qui suscitait les réactions les plus vives et interrogeait les Français. Plusieurs études s’attelaient ainsi à l’analyse de ces thématiques[11]. Pierre Milza avait anticipé cette tendance en publiant dès 1967 L’Italie fasciste devant l’opinion française 1920-1940 (A. Colin), réédité en 1987 chez Complexe sous le titre Le fascisme italien et la presse française (1920-1940).

Dans la foulée de ce premier opus, l’historien a livré plusieurs manuels sur le fascisme qui, devenus des classiques, firent longtemps autorité. Après L’Italie fasciste publié en 1970 (A. Colin), rédigé avec Serge Berstein et réédité sous le titre Le fascisme italien 1919-1945 en 1980 (Seuil), il faisait paraître en 1973, avec Marianne Benteli, Le fascisme au XXe siècle, remanié et rebaptisé Les fascismes en 1985 (Imprimerie nationale), puis en 1991 (Seuil).

Force est de constater la relative précocité de l’essor des études françaises sur le fascisme italien qui, comparativement, ne se vérifie pas à propos de l’histoire contemporaine d’autres nations occidentales (Royaume-Uni, Espagne, États-Unis ou Allemagne). Parmi les facteurs explicatifs de cette singularité figure la présence en France d’une population issue de l’immigration transalpine qui fut massive entre la fin du XIXe siècle et les années 1960. L’intérêt de Pierre Milza pour l’histoire de l’Italie n’est bien évidemment pas étranger à ses ascendances italiennes[12]. L’exil d’antifascistes italiens dans la France de l’entre-deux-guerres est un autre élément. Tout d’abord parce qu’ils ont laissé là des documents liés à leurs activités (des fonds ont été déposés à la Bibliothèque de documentation internationale contemporaine) susceptibles d’inciter des historiens français à travailler sur le fuoruscitismo. Ils ont également noué des contacts avec des politiques et des intellectuels français dans le cadre de leurs engagements et, pour certains, de leur participation à la Résistance en France en 1940-1943. Des liens furent maintenus dans des milieux politiques et culturels français après 1945 où une mémoire de leurs combats contre le fascisme fut transmise. Le processus a contribué à la constitution en France de courants italophiles dont les représentants furent vivement intéressés par l’Italie politico-culturelle de gauche, dont ils savaient ou avaient pris conscience qu’elle s’enracinait pour partie dans l’entre-deux-guerres[13]. Ainsi, Gilles Martinet (1916-2006), marié à la fille de Bruno Buozzi, dirigeant syndical en exil à Paris, connut par son beau-père nombre de représentants du fuoruscitismo. Engagé dans la Résistance où il côtoya des exilés italiens, il conserva ou noua après 1945 des contacts dans les milieux politiques italiens de gauche, ceux du Parti socialiste italien (PSI) en particulier dont il était proche idéologiquement. À L’Observateur qu’il contribua à fonder en 1950, l’information sur l’Italie passait par lui. Ambassadeur de France à Rome en 1981-1985, lié au milieu des historiens de Sciences Po, il a déposé ses archives à la Fondation nationale des sciences politiques (FNSP). Les premiers spécialistes français du fascisme italien se sont inscrits dans ce filon italophile.

Un autre élément ayant favorisé le développement précoce des travaux français sur le fascisme italien et au-delà, sur l’histoire de l’Italie concerne le rôle de l’École française de Rome qui accueille, en résidence ou pour des séjours plus courts, des chercheurs français et contribue à animer l’activité scientifique (publications de travaux, organisation de colloques, etc.).

Le tournant des années 1980 de l’historiographie française du fascisme italien : un fort consensus autour des approches de Renzo De Felice et Emilio Gentile

Les premiers opus des années 1970 sur le fascisme de Pierre Milza, rédigés seul ou en collaboration, étaient tributaires du cadre d’analyse antifasciste ; le caractère totalitaire du régime et sa volonté de forger l’homme nouveau étaient toutefois déjà évoqués. Au cours des années 1980, Pierre Milza intégra les interprétations de Renzo De Felice, ce qui le conduisit parfois à modifier ses textes à l’occasion de rééditions[14]. Les recherches de De Felice, avec le volume de la biographie de Mussolini sur les années 1929-1936 paru en 1974[15], et l’Intervista sul fascismo publiée en 1975[16], proposaient une lecture radicalement nouvelle du fascisme. Pierre Milza reprenait à son compte la thèse du consensus que le régime avait bâti autour de lui, et la distinction entre fascisme-régime et fascisme-mouvement. Après la publication en 1981 du cinquième volume de la biographie de Mussolini[17], il suivait De Felice lorsqu’il mit en évidence la dimension totalitaire imprimée par le Duce au fascisme après 1936. Il contribua de manière décisive à introduire ses thèses en France, notamment en faisant traduire, en 1988, une partie de ce volume sous le titre Le fascisme, un totalitarisme à l’italienne ?[18].

Dans les années suivantes, peu d’ouvrages de De Felice ont été traduits en français[19]. Malgré cette carence, en partie compensée par deux articles dédiés aux interprétations défélicéennes du fascisme[20] et la biographie de De Felice par Emilio Gentile[21], son influence est décisive sur les historiens français du fascisme.

Les recherches d’Emilio Gentile exercent, elles aussi, un fort ascendant en France. Plusieurs d’entre elles – articles et livres[22] – ont fait l’objet d’une traduction. Ses problématiques concernant la « voie italienne » au totalitarisme, le rôle politique du Parti national fasciste (PNF) et son approche du fascisme en termes de religion politique ont connu une large diffusion dans la communauté historienne française.

La centralité des travaux de De Felice et d’Emilio Gentile a des effets décisifs sur les recherches françaises. Celles-ci privilégient, en premier lieu, une approche du fascisme par la sphère politique et par celle de la culture et de l’idéologie, considérées comme autonomes. Inversement, l’histoire socio-économique de la période fasciste est délaissée. Ce trait est également marqué en Italie où nombre d’historiens, à la suite de De Felice et de Emilio Gentile, ont approfondi la question des rapports entre le Duce, l’État et le PNF, et celle du consensus en étudiant les fonctions dévolues aux intellectuels, à l’idéologie et à la culture dans sa fabrication et sa diffusion aux masses. À côté de ce facteur italien, il convient d’invoquer des motifs endogènes à cette entrée par le politique et le culturel : l’histoire politique du contemporain a connu un important renouvellement en France depuis les années 1980 sous l’impulsion de René Rémond. L’ouvrage qu’il a dirigé en 1988, Pour une histoire politique, a défini des méthodes et des axes de recherche qui ont guidé la réflexion des spécialistes français du fascisme. Cet aggiornamento fut suivi d’une domination des approches par une histoire culturelle « englobante » à partir des années 1990, dont la feuille de route historiographique et épistémologique était présentée dans l’ouvrage Pour une histoire culturelle[23].

La deuxième conséquence de l’influence de De Felice et de Emilio Gentile concerne l’approche du fascisme italien comme régime totalitaire qui est l’objet d’un fort consensus en France (malgré les analyses parfois contradictoires de De Felice sur ce sujet). La question ne suscite pas de débats analogues à ceux qui se sont développés en Italie en prenant parfois une tournure polémique[24], ni la production de travaux proposant une interprétation alternative comme celui de Sabino Cassese paru en 2010, Lo Stato fascista[25]. Peut-être la récente traduction de ce livre[26] infléchira-t-elle cette tendance lourde ?

Toutefois, en regardant de plus près les travaux des historiens français, on constate que si tous s’accordent sur la nature totalitaire du fascisme, ils sont plus partagés à propos de l’idée chère à Emilio Gentile d’un projet totalitaire présent dès la constitution du fascisme en parti-milice en 1921. Tandis que certains la reprennent (Didier Musiedlak), d’autres (Marie-Anne Matard-Bonucci pour expliquer l’adoption de la politique antisémite) préfèrent s’en tenir à l’analyse défélicéenne du « tournant totalitaire » de 1937-1938. Quant à Enzo Traverso, sa grille de lecture se démarque à la fois des interprétations de De Felice et de celles de Emilio Gentile. Héritier des lectures issues de l’antifascisme, il cherche à renouer les fils distendus entre antifascisme et antitotalitarisme. Soulignant les fortes similitudes entre fascisme et nazisme, il les inscrit parmi les idéologies issues des anti-Lumières et les classe dans la catégorie des totalitarismes. Il insiste au contraire sur ce qui les distingue des régimes communistes dont il fait les héritiers des idéologies de progrès[27].

De la même manière, la lecture proposée par Emilio Gentile du fascisme comme religion politique est reprise par certains historiens français (Didier Musiedlak[28]), tandis qu’elle semble laisser d’autres chercheurs (Enzo Traverso) plus sceptiques. Cependant, la problématique ne provoque pas en France des débats analogues à ceux qui se déploient dans les communautés historiennes italiennes et anglo-saxonnes et opposent les tenants d’une lecture culturaliste du fascisme[29], à ceux d’une approche par l’idéologie (Roger Griffin[30]) ou en tant que religion politique[31].

Les travaux de De Felice et Emilio Gentile ont eu, par ailleurs, des incidences sur ceux de leurs collègues français à propos de la question du fascisme français, qui, elle, a provoqué des controverses, en particulier autour des publications de Zeev Sternhell.

Avant les travaux de l’historien israélien, les thèses de René Rémond concluant à la marginalité du fascisme en France et à son extériorité vis-à-vis des cultures politiques nationales étaient hégémoniques. Certes, l’influence du paradigme antifasciste dans les premiers manuels sur le fascisme signés Serge Berstein et Pierre Milza conduisait à une conception du fascisme comme phénomène international. La France n’aurait donc pas dû y échapper. Mais cette lecture en faisait aussi le produit de processus transcendants (la réaction du capital et de la bourgeoisie pour les marxistes, les déséquilibres de l’histoire italienne pour les socialistes libéraux). Toute autonomie politique ou culturelle lui étant déniée, il était dès lors identifié à des groupes très minoritaires faisant usage uniquement de la violence et de la propagande pour prendre et conserver le pouvoir. Ce cadre interprétatif faisait écho aux analyses sur les organisations fascistes en France décrites comme groupusculaires, aux mains de militants transposant les méthodes et le programme du fascisme italien[32]. Il corroborait également les lectures du régime de Vichy dominantes jusqu’au début des années 1970, le considérant comme totalement étranger au fascisme puisque, au moins en ce qui concerne le « premier » Vichy (1940-1942), le système était vu comme autoritaire-paternaliste, pourvu d’une fonction de bouclier et dénué d’intention collaboratrice comme de politique répressive et antisémite. La fascisation de 1943-1944, avec la création de la Milice et l’entrée au gouvernement de collaborationnistes, était envisagée comme imposée par l’Allemagne.

A priori, la lecture défélicéenne du fascisme, qui tend à le considérer comme phénomène proprement italien, semble conforter, paradoxalement, les effets du paradigme antifasciste sur les interprétations du fascisme français. Mais la question est plus complexe car si les conceptions de De Felice et de Zeev Sternhell divergent sur ce thème de « l’italianité » ou du caractère international du fascisme, elles convergent sur d’autres points.

Remettant en cause les schémas interprétatifs forgés par René Rémond, Zeev Sternhell affirmait la naissance de l’idéologie fasciste en France entre la fin du XIXe siècle et 1914 (livres sur Barrès en 1972 et sur la « droite révolutionnaire » en 1978), puis son essor dans les années 1920-1930 où elle aurait été véhiculée par des intellectuels et de petits groupes politiques à la recherche d’une « troisième voie » entre les systèmes communiste et capitaliste (Ni droite ni gauche en 1983). Ses thuriféraires auraient sapé les fondements de la République préparant ainsi le terrain de l’avènement du régime de Vichy estampillé fasciste. Son acceptation par les Français et la rapidité avec laquelle Pétain mit en œuvre la Révolution nationale résulteraient de la profonde imprégnation du fascisme en France[33].

En 1973, La France de Vichy de Robert Paxton démontrait l’autonomie de décision de Vichy en matière de collaboration et de mesures antisémites ; il appréhendait le régime d’un « bloc » en pointant le lien étroit établi entre Révolution nationale et politique de collaboration. En quelques années, les thèses de « l’école française de Sciences Po » sur Vichy et le fascisme français étaient contestées, et les débats sortaient des cercles académiques pour se déployer dans des médias de masse à l’instar de ce qui se passait en Italie autour des travaux de De Felice.

Les recherches de Zeev Sternhell corroboraient celles de De Felice sur la dimension révolutionnaire du fascisme incarnée dans ce que l’historien italien a baptisé le fascisme mouvement. Elles les recoupaient aussi à propos de la filiation de ce dernier, à la fin du XIXe siècle et jusqu’en 1914, avec des courants de gauche issus du syndicalisme révolutionnaire, du socialisme, d’une partie du filon républicain et, au-delà, en ce qui concerne le seul De Felice, avec la pensée de Mazzini et le jacobinisme.

L’influence des travaux de De Felice et la visibilité acquise par ceux de Zeev Sternhell ont incontestablement incité leurs collègues français à réexaminer la question du fascisme français. Plusieurs d’entre eux, dont Pierre Milza, ont admis l’émergence en France à la fin du XIXe siècle d’une droite radicale distincte des trois filons isolés par René Rémond. Ce courant partageait de nombreux thèmes avec un pré-fascisme dont il était admis qu’il avait aussi des racines françaises (et non des racines prioritairement françaises avant de se diffuser en Italie comme le soutient Sternhell)[34]. Certains (Pierre Milza, Philippe Burrin) ont revu à la hausse l’expansion du fascisme dans l’entre-deux-guerres, admettant qu’au-delà des seuls militants et des groupes authentiquement fascistes, il y avait eu une fascisation plus large touchant des milieux intellectuels et leurs périodiques, et des représentants de la droite classique. Philippe Burrin estimait ainsi que la France avait été prise dans le « champ magnétique » du fascisme[35]. Parallèlement, la mise en évidence des racines de gauche du fascisme incitait les historiens à se pencher sur les contributions idéologiques de syndicalistes révolutionnaires à la construction d’un pré-fascisme à la fin du XIXe et au début du XXe siècles. Concernant l’entre-deux-guerres, les itinéraires de militants politiques[36], d’intellectuels[37], révisionnistes du marxisme, vers le fascisme, étaient analysés.

Par ailleurs, les réflexions de Sternhell ont incité à reconsidérer la dimension internationale du fascisme. Moyennant une approche en termes de circulations culturelles internationales, l’influence du régime mussolinien à l’extérieur, par le biais des instituts de langue Dante Alighieri, la nomination de lecteurs d’italien pro-fascistes dans certaines universités françaises, l’organisation d’expositions et de conférences[38], par le rayonnement du corporatisme[39], a été revue à la hausse par la recherche[40]. Le rôle de voyageurs français en Italie fasciste, leur instrumentalisation par le régime mussolinien, la mise en place par certains d’entre eux d’une véritable para-diplomatie tendue vers un rapprochement politique entre les deux nations, ont été examinés[41].

Les principaux axes de la recherche

Loin d’être isolée, la recherche française sur le fascisme italien s’inscrit dans le cadre d’une production historique française plus ample sur l’Italie contemporaine. Concernant le XIXe siècle et jusqu’à la Grande Guerre, les travaux se concentrent, sous l’impulsion de Gilles Pécout et de Catherine Brice[42] et, dans le cadre d’une histoire politique, culturelle et sociale, sur les thématiques du processus d’unification, de ses acteurs, des résistances à l’Unité, de la politisation des campagnes et des efforts de la monarchie libérale pour nationaliser les masses.

Les recherches françaises concernent aussi la période de l’Italie républicaine sur laquelle on dispose d’un manuel de référence de Frédéric Attal[43] et d’un ouvrage collectif faisant le bilan des travaux et lançant de nouvelles pistes de recherche[44]. Elles s’inscrivent dans le champ de l’histoire des cultures politiques (étude des crises de la République et de l’identité nationale ; histoire comparée des forces politiques ; analyse des violences criminelle et politique au cours des années de plomb). Elles concernent l’histoire culturelle et celle des intellectuels, l’histoire politique et sociale des pratiques sportives.

Depuis les années 1990, les travaux français sur le fascisme italien ont connu un essor sensible qui s’est accompagné de la parution d’un manuel en 2006 (L’Italie fasciste, A. Colin) et d’un Dictionnaire de l’Italie fasciste (Vendémiaire, 2014) signés Philippe Foro. Ils s’articulent autour de quatre principaux axes d’étude, comme en témoigne le sommaire d’un numéro de 2008 sur le fascisme italien de la Revue d’histoire moderne et contemporaine coordonnée par Marie-Anne Matard-Bonucci et Pierre Milza[45].

L’antisémitisme de l’Italie fasciste

La violence fasciste, dont les chercheurs mettent en relief l’importance tout au long du Ventennio, est une thématique particulièrement étudiée en Italie et par l’historiographie anglo-saxonne depuis les années 1990-2000. L’historiographie française ne déroge pas à la règle en se focalisant sur l’antisémitisme du fascisme. Auteur d’une thèse (1990) dans laquelle l’usage de la violence par le fascisme en Sicile est mis en évidence, Marie-Anne Matard-Bonucci a, depuis les années 2000, étudié l’antisémitisme fasciste (propagande et lois antisémites en 1938, persécutions de la période 1943-1945)[46]. Ses travaux ont une audience en Italie, son ouvrage ayant été traduit chez Il Mulino en 2008 tandis qu’elle a co-dirigé la Storia della Shoah in Italia sortie en 2010[47]. Elle analyse l’antisémitisme fasciste comme le résultat de la dynamique totalitaire insufflée au régime à partir de 1937-1938. Cette lecture se démarque de celle de chercheurs italiens qui fixent plus tôt la phase de basculement dans l’antisémitisme ; ils estiment surtout que cette politique répondait à un projet spécifiquement tourné contre les juifs et n’était pas le produit d’un processus tendu vers d’autres buts politiques[48]. Marie-Anne Matard-Bonucci discute par ailleurs le lien de cause à effet établi par d’autres chercheurs (dont Nicola Labanca) entre la politique de ségrégation raciale introduite en Afrique orientale italienne (AOI) en 1937 et les lois antisémites. Si elle admet des analogies entre les deux phénomènes, elle pointe les spécificités des secondes[49]. Une thèse d’histoire comparée – en cours –réalisée par Nina Valbousquet, sous la direction de Marc Lazar, explore les « circulations et usages de l’antisémitisme entre la France et l'Italie durant l’entre-deux-guerres ». Ces recherches sur l’antisémitisme fasciste sont prolongées par celles de Paola Bertilotti dont la thèse, dirigée par Marc Lazar, porte sur la mémoire de l’antisémitisme dans la communauté juive d’Italie après 1945[50].

Les mécanismes du régime fasciste

Si ce domaine est influencé par les thèses de De Felice sur le consensus, il l’est plus encore par les réflexions d’Emilio Gentile qui conteste l’idée d’une liquidation politique du PNF après 1926 et insiste sur la construction d’un régime totalitaire au moyen d’un processus d’hybridation entre l’État et le PNF. Didier Musiedlak et Pierre Milza, dont les ouvrages ont été traduits en italien[51], se sont intéressés à la figure du dictateur. Ils ont tendance, dans le sillage d’Emilio Gentile, à remettre en cause les lectures d’Alberto Aquarone et de De Felice qui concluaient à une absorption du fascisme par Mussolini. Tout en lui accordant un rôle déterminant dans le système fasciste imputable à sa centralité dans le régime[52] et aux ressorts de son pouvoir (Didier Musiedlak insiste sur son autorité charismatique[53]), ils soulignent les difficultés auxquelles il s’est heurté : maintien d’une haute administration héritée du régime libéral sur laquelle Mussolini s’est appuyé en raison de ses compétences ; prolifération d’une bureaucratie parallèle issue du secteur parapublic ; poids du PNF avec sa fonction d’intégration des masses indispensable pour renforcer le consensus. Mussolini fut ainsi confronté aux rivalités entre ces entités et à la dérégulation du système qui en résultait[54].

Les hiérarques et les cadres du régime fasciste n’ont pas fait l’objet d’étude particulière en France, à l’exception de Galeazzo Ciano dont Michel Ostenc a publié la biographie en 2007[55]. Parmi ses sources, l’auteur s’est appuyé sur le Journal des années 1939-1943 du gendre de Mussolini, objet de trois publications en français en 2013-2015[56].

Des travaux s’intéressent aux autres centres du pouvoir du régime fasciste, permettant d’affiner la connaissance de ses mécanismes de fonctionnement. C’est le cas des recherches de Didier Musiedlak consacrées à la classe politique du fascisme[57] et à l’étude des Chambres du Parlement et de leur personnel. L’historien met en lumière le processus de fascisation progressive orchestré par le régime, avec comme aboutissement la transformation de la Chambre en Chambre des faisceaux et corporations en 1939 et l’avènement d’une nouvelle élite sélectionnée pour son expertise technique. Par ailleurs, Didier Musiedlak confirme les thèses d’Emilio Gentile sur le rôle politique continûment joué par le PNF, y compris dans les années 1930, en montrant la capacité du parti à pénétrer les rouages de l’État[58]. Les recherches de Jean-Yves Dormagen dédiées aux organismes publics (Enti pubblici) et à leurs élites sur lesquelles l’auteur a réalisé une socio-histoire, s’inscrivent dans la même perspective : il met en évidence une dédifférenciation entre l’État et le PNF[59].

L’histoire des intellectuels et l’histoire culturelle pendant le Ventennio

Ce domaine a été marqué dans les années 1980 par les recherches de Michel Ostenc sur l’éducation pendant le fascisme[60] et sur les rapports entre les intellectuels et le fascisme entre 1915 et 1929[61]. Plus récemment, les travaux de Jean-Yves Frétigné consacrés aux conceptions éducatives de Giovanni Gentile[62] et ceux de Frédéric Attal, dont plusieurs chapitres du livre sur les intellectuels italiens au XXe siècle portent sur la période fasciste[63], s’inscrivent eux aussi dans la réflexion sur la nature du consensus que le régime a bâti autour de lui. Les modalités de l’organisation du consensus chez les élites intellectuelles, puis sa diffusion en direction des masses, sont au cœur des analyses.

L’histoire culturelle – tout comme l’histoire du sport dont Paul Dietschy, auteur d’une thèse sur le football à Turin de 1920 à 1960, est le spécialiste en France[64] – est elle aussi envisagée dans ses rapports avec les mécanismes et la dynamique totalitaire du régime fasciste. Marie-Anne Matard-Bonucci s’est intéressée aux réformes culturelles, notamment celle concernant la langue lors du durcissement des années 1937-1940[65]. La thèse de Jérémie Dubois, dirigée par Gilles Pécout, sur l’enseignement de l’italien en France entre la fin du XIXe siècle et 1940 rejoint ces problématiques des rapports entre régime fasciste et volonté de contrôle totalitaire de la langue[66].

La thématique des voyageurs français dans l’Italie fasciste, centrée sur l’étude de la séduction du fascisme sur une partie d’entre eux et de leur instrumentalisation par le régime à des fins de propagande, a été étudiée par Christophe Poupault dans sa thèse, codirigée par Didier Musiedlak et Emilio Gentile[67], et par Marie-Anne Matard-Bonucci en ce qui concerne les intellectuels[68].

La politique extérieure de l’Italie fasciste

Ces travaux d’histoire culturelle sur le voyage dans l’Italie fasciste, comme ceux sur la langue italienne en France, s’inscrivent également dans le champ de l’histoire de la politique extérieure du fascisme, quatrième axe d’étude exploré par des historiens français. Les recherches s’orientent dans deux directions. La première, sans surprise, se rapporte aux relations entre l’Italie fasciste et la France. On a rappelé la précocité et l’ampleur des travaux réalisés sur cette thématique qui est aujourd’hui moins exploitée. Le sillon continue toutefois à être creusé par Anne-Sophie Nardelli-Malgrand, auteur d’une thèse sur la Rivalité franco-italienne dans l’Europe balkanique et danubienne entre 1919 et 1933, dirigée par George-Henri Soutou et soutenue en 2011. Concernant la période de la guerre, deux ouvrages ont été publiés : l’un signé par Frédéric le Moal et Max Schiavon sur la guerre des Alpes de juin 1940 (Économica, 2010) ; l’autre par Jean-Louis Panicacci sur l’occupation italienne de la France (PUR, 2010).

Le second axe des recherches françaises sur la politique extérieure du fascisme concerne la politique coloniale. Les travaux ont suivi le renouvellement de l’histoire de la colonisation en Italie inauguré à la fin des années 1970 par Giorgio Rochat et Angelo Del Boca. Après les thèses de Juliette Bessis (1981) sur l’Italie fasciste et la Tunisie et de Fabienne Le Houérou (1994) sur les soldats italiens en Éthiopie en 1936-1938[69], François Dumasy a soutenu en 2006 un doctorat sur la politique italienne d’urbanisme à Tripoli entre 1911 et 1940 et sur les aspects sociaux de la colonisation[70]. Depuis, il oriente ses recherches sur le racisme et la violence ordinaires déployés en Libye par l’administration coloniale et les colons dès 1922[71]. Nadia Vargaftig a achevé en 2011 une thèse sur la propagande coloniale au Portugal et en Italie dans l’entre-deux-guerres à travers les expositions coloniales[72].

L’historiographie française de l’antifascisme italien

Deux domaines d’étude, dont les problématiques ont convergé, sont à l’origine de l’histoire de l’antifascisme italien. Le premier est celui de l’histoire de l’émigration italienne en France dans l’entre-deux-guerres et pendant la Seconde Guerre mondiale, dont les recherches se sont multipliées à partir des années 1980. D’orientation socio-économique, cette histoire s’est également intéressée aux dimensions culturelles et politiques de l’émigration. La réflexion s’est alors concentrée vers la frange des migrants engagés dans l’antifascisme et vers les organisations antifascistes qui cherchaient à obtenir l’appui de leurs compatriotes. Dirigé par Pierre Milza jusqu’en 1995, puis par Michel Dreyfus, le Centre d’étude et de documentation de l’émigration italienne (CEDEI) a contribué à animer la recherche sur l’histoire de l’émigration italienne au moyen de colloques, d’un bulletin, La Trace, et en accueillant des chercheurs dans son centre-ressource. Parmi ceux-ci, plusieurs ont réalisé des thèses qui ont marqué l’histoire de l’émigration italienne en France (entre autres Marie-Claude Blanc-Chaléard et Laurent Couder). Actuellement, Sophie Gagnard consacre sa thèse, sous la direction de Marie-Anne Matard-Bonucci, aux Italiens en France entre 1940 et 1945.

Le second domaine est celui de l’histoire des relations internationales. Des membres de la revue Relations internationales et du Comité italo-français d’études historiques, dont on a indiqué le rôle dans l’histoire du fascisme, se sont aussi intéressés aux organisations antifascistes et à leur action en direction des milieux politiques et intellectuels français afin d’obtenir leur soutien contre le régime fasciste[73].

Ces institutions et leurs chercheurs spécialisés dans l’histoire de l’émigration italienne et dans celle des relations internationales ont associé leurs efforts pour explorer l’histoire de l’antifascisme. Plusieurs publications collectives issues de colloques, consacrées à l’histoire de l’émigration, ont constitué des jalons importants pour la recherche entre 1986 et 1995[74].

D’autres publications concernent spécifiquement l’antifascisme. Bon nombre d’entre elles sont dédiées à l’histoire du courant socialiste libéral qui est d’assez loin le plus étudié en France (sans doute en raison de l’activisme de ses militants et des liens qu’ils tissèrent en France). Les figures et les engagements de Piero Gobetti, de Silvio Trentin[75], d’Emilio Lussu[76], de Carlo et Nello Rosselli ont fait l’objet de publications auxquelles ont contribué des historiens français. Les travaux de Leonardo Casalino sont consacrés au Turinois Franco Venturi. Les autres sensibilités de l’antifascisme, sans susciter autant d’attention que le courant gielliste, ont néanmoins fait l’objet de recherches. Ainsi, la mouvance socialiste a retenu l’attention de Michel Dreyfus, le filon anarchiste celle de Gaetano Manfredonia ; l’antifascisme d’obédience catholique, avec la figure de Luigi Sturzo, a été analysé par Jean-Luc Pouthier, tandis que les communistes l’ont été par Loris Castellani et Éric Vial.

Les recherches d’Éric Vial occupent une place importante dans cette historiographie française de l’antifascisme. Auteur d’une thèse sur la Ligue italienne des droits de l’homme (LIDU) en exil entre 1924 et 1934 soutenue en 1986, l’historien a ensuite travaillé sur l’Union populaire italienne (UPI, 1936-1940) créée par le PCI afin de rassembler une partie de l’émigration italienne sous la bannière d’un antifascisme unitaire[77]. Éric Vial effectue par ailleurs un utile travail de traduction de textes de militants antifascistes. Il a ainsi traduit Libéralisme et révolution antifasciste de Piero Gobetti (Éd. Rue d’Ulm, 2010) et un extrait des mémoires d’Ada Gobetti dans la revue La Pierre et l’Écrit[78].

Les historiographies françaises du fascisme et de l’antifascisme italiens ont connu un essor important depuis les années 1980. Le dynamisme est maintenu comme en témoignent les travaux récents et ceux en cours. Concernant le fascisme, les recherches se placent depuis plusieurs décennies, via les traductions et la circulation des idées, dans une perspective transnationale favorisant le dialogue et les influences réciproques de part et d’autre des Alpes. Les effets de cette situation sont décisifs sur l’approche du fascisme italien comme sur celle du fascisme français dont les enjeux, bien sûr d’ordre historiographique en premier lieu, s’inscrivent aussi dans les registres mémoriel et politique.

Pour citer cet article : Olivier Forlin, « L’historiographie française du fascisme et de l’antifascisme italiens », Histoire@Politique, n° 32, mai-août 2017 [en ligne, www.histoire-politique.fr]

Notes :

[1] Pierre Milza, Français et Italiens à la fin du XIXe siècle. Aux origines du rapprochement franco-italien de 1900-1902, 2 vol., Rome, École française de Rome, 1981.

[2] Juliette Bessis, La Méditerranée fasciste. L’Italie mussolinienne et la Tunisie, Paris, Presses universitaires de la Sorbonne-Karthala, 1981.

[3] Jean-Baptiste Duroselle et Enrico Serra (dir.), Italia e Francia dal 1919 al 1939, Milan, ISPI, 1981.

[4] Id. (dir.), Italia e Francia (1939-1945), 2 vol., Milan, ISPI/F. Angeli, 1984.

[5] Id. (dir.), Il vincolo culturale fra Italia e Francia negli anni trenta e quaranta, Milan, ISPI/F. Angeli, 1986. Enrico Decleva et Pierre Milza (dir.), La Francia e l'Italia negli anni venti : tra politica e cultura, Milan, ISPI/SPAI, 1998.

[6] Pierre Guillen, « Les relations économiques entre la France et l’Italie, de 1936 à 1939 », dans Italia e Francia dal 1919 al 1939, op. cit., p. 367-384.

[7] Voir, par exemple, Jean-Pierre Viallet, « Statistiques et histoire des relations culturelles franco-italiennes : l'exemple des traductions (1932-1939) », dans Il vincolo culturale…, op. cit., p. 246-294.

[8] Voir, par exemple, D. Grange, « La Revue universelle et le fascisme italien (1932-1939) », dans Enrico Decleva et Pierre Milza (dir.), Italia e Francia. I nazionalismi a confronto, Milan, ISPI/F. Angeli, 1993, p. 205-223.

[9] Voir, entre autres, Pierre Milza, « L’image de l'Italie fasciste dans la France des années 1936-1939 », dans Italia e Francia dal 1919 al 1939, op. cit., p. 271-302.

[10] Notamment la thèse de Jean-Jacques Becker, 1914, comment les Français sont entrés dans la guerre, Paris, PFNSP, 1977.

[11] Voir Ralph Schor, « La presse niçoise face aux revendications territoriales de l’Italie fasciste (1922-1939) », dans Italia e Francia. I nazionalismi…, op. cit., p. 134-146.

[12] Pierre Milza, Voyage en Ritalie, Paris, Plon, 1993.

[13] Olivier Forlin, Les intellectuels français et l’Italie (1945-1955). Médiation culturelle, engagements et représentations, Paris, L’Harmattan, 2006.

[14] Voir Pierre Milza, Les fascismes, Paris, Le Seuil, 1991, p. 7.

[15] Mussolini, Il Duce, I : Gli anni del consenso (1929-1936), Turin, Einaudi, 1974.

[16] Rome-Bari, Laterza, 1975.

[17] Mussolini, il Duce, vol. II : Lo Stato totalitario (1936-1940), Turin, Einaudi, 1981.

[18] Renzo de Felice, Le fascisme, un totalitarisme à l’italienne ?, Paris, Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, 1988.

[19] Ont été traduits Les Rouges et les Noirs. Mussolini, la République de Salò et la Résistance, 1943-1945 (Genève, Georg, 1999) et Les interprétations du fascisme (Éd. des Syrtes, en 2000) – 31 ans après sa parution en Italie ! Mais l’essentiel de son œuvre n’est pas traduit, en particulier sa biographie de Mussolini ou l’Intervista de 1975 qui fut pourtant un succès éditorial.

[20] Didier Musiedlak, « Renzo De Felice et l’histoire du fascisme », Vingtième Siècle. Revue d’histoire, n° 21, janvier-mars 1989, p. 91-100. P. Foro, « Renzo De Felice, un rénovateur de l’histoire du fascisme », Cahiers d’histoire immédiate, n° 26, automne 2004, p. 9-22.

[21] Emilio Gentile, Renzo De Felice. L’Historien dans la cité, Monaco, Éditions du Rocher, 2008.

[22] Emilio Gentile, La religion fasciste, Paris, Perrin, 2002 ; Qu’est-ce que le fascisme ? Histoire et interprétation, Paris, Gallimard (Folio), 2004 ; La voie italienne au totalitarisme. Le Parti et l’État sous le régime fasciste, Monaco, Éd. du Rocher, 2004 ; Pour ou contre César ? Les religions chrétiennes face aux totalitarismes, Paris, Aubier, 2013 ; Soudain le fascisme. La marche sur Rome, l’autre révolution d’octobre, Paris, Gallimard, 2015.

[23] Jean-Pierre Rioux et Jean-François Sirinelli (dir.), Pour une histoire culturelle, Paris, Le Seuil, 1997.

[24] Voir Pierre Milza, « Le totalitarisme fasciste, illusion ou expérience interrompue ? », Vingtième Siècle. Revue d’histoire, n° 100, oct.-déc. 2008, p. 63-67.

[25] Sabino Cassese, Lo Stato fascista, Bologne, Il Mulino, 2010.

[26] Sabino Cassese, L’Italie, le fascisme et l’État. Continuités et paradoxes, trad. et préf. d’Éric Vial, Paris, Éd. Rue d’Ulm, 2014.

[27] Enzo Traverso, Le Totalitarisme. Le XXe siècle en débat, Paris, Le Seuil, 2001. L’histoire comme champ de bataille. Interpréter les violences du XXe siècle, Paris, La Découverte, 2011, p. 91-125.

[28] Didier Musiedlak, « Fascisme, religion politique, religion de la politique. Généalogie d’un concept et de ses limites », Vingtième Siècle. Revue d’histoire, n° 108, oct.-déc. 2010, p. 71-84.

[29] Voir les travaux de S. Falasca-Zamponi, Fascist Spectacle. The Aesthetic of Power in Mussolini’s Italy, Berkeley, University of California Press, 1997.

[30] Voir Roger Griffin « The Palingenetic Political Community. Rethinking the Legitimation of Totalitarian Regimes in Interwar Europe », Totalitarian Movements and Political Religions, vol. 3, n° 3, hiver 2002, p. 24-43.

[31] Emilio Gentile, « Fascisme, totalitarisme et religion politique : définitions et réflexions critiques sur les critiques d’une interprétation », Raisons politiques, n° 22, mai 2006, p. 119-173.

[32] Voir Pierre Milza, Les fascismes, op. cit., p. 55-65 et 339-360. Discutant les thèses de René Rémond et celles de Zeev Sternhell, il se veut nuancé, faisant siennes certaines démonstrations de l’historien israélien, en récusant d’autres.

[33] Outre l’ouvrage Ni droite ni gauche, voir l’article de Zeev Sternhell à propos de Vichy, « Sur le fascisme et sa variante française », Le Débat, n° 32, nov. 1984, p. 28-51.

[34] Pierre Milza, Fascisme français. Passé et présent, Paris, Flammarion, 1987, p. 11-58. Id., Les fascismes, op. cit., p. 55-65. Voir Zeev Sternhell, M. Sznajder, M. Ashéri, Naissance de l’idéologie fasciste, Paris, Gallimard, (1989), 1994.

[35] Philippe Burrin, « La France dans le champ magnétique des fascismes », Le Débat, n° 32, nov. 1984, p. 52-72. Id., « Le fascisme : la révolution sans révolutionnaires », Le Débat, n° 38, janvier-mars 1986, p. 164-176.

[36] Philippe Burrin, La dérive fasciste. Doriot, Déat, Bergery, Paris, Le Seuil, 1986.

[37] Patrice de Villepin, « Plutôt la servitude que la guerre ! Le pacifisme intégral dans les années trente », Relations internationales, n° 53, printemps 1988, p. 53-67. Zeev Sternhell, « Emmanuel Mounier et la contestation de la démocratie libérale dans la France des années trente », RFSP, vol. 34, n° 6, déc. 1984, p. 1141-1180.

[38] Jérémie Dubois, L’enseignement de l’italien en France. Une discipline au cœur des relations franco-italiennes, Grenoble, Ellug, 2015. Catherine Fraixe, Lucia Piccioni et Christophe Poupault (dir.), Vers une Europe latine. Acteurs et enjeux des échanges culturels entre la France et l’Italie fasciste, Bruxelles, INHA-Peter Lang, 2014.

[39] Didier Musiedlak (dir.), Les expériences corporatives dans l'aire latine, Berne-Berlin-Bruxelles, PIE Peter Lang, 2010.

[40] La tendance concerne aussi les historiographies italienne et anglo-saxonne. Voir Olivier Forlin, Le fascisme. Historiographie et enjeux mémoriels, Paris, La Découverte, 2013.

[41] Marie-Anne Matard-Bonucci, « Intellectuels français en Italie fasciste », dans Anne Dulphy, Yves Léonard et Marie-Anne Matard-Bonucci (dir.), Intellectuels, artistes et militants. Le voyage comme expérience de l’étranger, Bruxelles, Peter Lang, 2009, p. 29-47. C. Poupault, À l’ombre des faisceaux. Les voyages français dans l’Italie des chemises noires (1922-1943), Rome, École française de Rome, 2014.

[42] Gilles Pécout, Naissance de l’Italie contemporaine, 1770-1922 (1997), Paris, A. Colin, 2004. Voir le dossier coordonné par Catherine Brice et Gilles Pécout, « L’Italie du Risorgimento. Relectures », Revue d’histoire du XIXe siècle, 44, 2012/1.

[43] Frédéric Attal, Histoire de l’Italie de 1943 à nos jours, Paris, Armand Colin, 2004.

[44] Marc Lazar (dir.), L’Italie contemporaine, de 1945 à nos jours, Paris, Fayard, 2009.

[45] Marie-Anne Matard-Bonucci et Pierre Milza (dir.), Le fascisme italien : débats, historiographie et nouveaux questionnements, Revue d’histoire moderne et contemporaine, n° 55-3, juillet-septembre 2008.

[46] Marie-Anne Matard-Bonucci, L’Italie fasciste et la persécution des juifs, Paris, Perrin, 2007.

[47] Marcello Flores, Simon Levis Sullam, Marie-Anne Matard-Bonucci, Enzo Traverso (dir.), Storia della Shoah in Italia. Vicende, memorie, rappresentazioni, 2 vol., Turin, UTET, 2010.

[48] Michele Sarfatti, Gli ebrei nell’Italia fascista. Vicende, identità, persecuzione, Turin, Einaudi, 2000. Giorgio Fabre, Mussolini razzista. Dal socialismo al fascismo : la formazione di un antisemita, Milan, Garzanti, 2005.

[49] Marie-Anne Matard-Bonucci, « D’une persécution à l’autre : racisme colonial et antisémitisme dans l’Italie fasciste », dans Le fascisme italien : débats…, op. cit., p. 116-137.

[50] Paola Bertilotti a publié plusieurs articles sur son sujet de thèse, dont celui-ci : « Contrasti e trasformazione della memoria dello sterminio in Italia », dans Storia della Shoah in Italia, op. cit., vol. 2, p. 58-112.

[51] Pierre Milza, Mussolini, Paris, Fayard, 1999 (Rome, Carocci, 2000). Id., Les derniers jours de Mussolini, Paris, Fayard, 2010 (Milan, Longanesi, 2011). Didier Musiedlak, Mussolini, Paris, Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, 2005 (Il mito di Mussolini, Florence, Le Lettere, 2009).

[52] Jean-Yves Dormagen met en relief la soumission des élites au Duce assurée par un dispositif en étoile autour de son secrétariat particulier : « Le Duce et l’état-major du fascisme : contribution à une sociologie de la domination charismatique », dans Le fascisme italien : débats…, op. cit., p. 35-59.

[53] Didier Musiedlak, « Mussolini : le grand dessein à l'épreuve de la réalité », Parlement[s], Revue d’histoire politique, 2010/1, n° 13, p. 51-62.

[54] Ibid., p. 58-62.

[55] Michel Ostenc, Ciano. Un conservateur face à Hitler et Mussolini, Monaco, Éd. du Rocher, 2007.

[56] Galeazzo Ciano, Journal (1939-1943), préface et notes de Pierre Milza, Paris, La Baconnière-Payot, 2013. Journal politique, 1937-1943, notes et trad. E. Mattiato, Perrin, 2015. Journal, 1937-1943, intro., notes et trad. P. Foro, Toulouse, Presses universitaires du Midi, 2015.

[57] L’État fasciste et sa classe politique, 1922-1943, thèse de doctorat, Université Paris-Sorbonne/IEP de Paris, 1999. Dirigée par Pierre Milza, elle a été publiée en Italie (Bologne, Il Mulino, 2003).

[58] Didier Musiedlak, Parlementaires en chemises noires : Italie, 1922-1943, Besançon, Presses universitaires de Franche-Comté, 2007.

[59] Jean-Yves Dormagen, Logiques du fascisme. L’État totalitaire en Italie, Paris, Fayard, 2008.

[60] Michel Ostenc, L’Éducation en Italie pendant le fascisme, Paris, Publications de la Sorbonne, 1980.

[61] Michel Ostenc, Intellectuels italiens et fascisme (1915-1929), Paris, Payot, 1983.

[62] Jean-Yves Frétigné, Les conceptions éducatives de Giovanni Gentile. Entre élitisme et fascisme, Paris, L’Harmattan, 2006.

[63] Frédéric Attal, Histoire des intellectuels italiens au XXe siècle. Prophètes, philosophes, experts, Paris, Les Belles Lettres, 2013.

[64] Paul Dietschy, Football et société à Turin 1920-1960, Université Lyon II, 1997. Voir aussi son article, « Sport, éducation physique et fascisme sous le regard de l’historien », dans Le fascisme italien : débats..., op. cit., p. 61-84.

[65] Marie-Anne Matard-Bonucci, « L’Anti-lei : utopie linguistique ou projet totalitaire », dans MEFRM, t. 100, 1988-2, p. 971-1010 ; « Langue, fascisme et race : considérations autour d’un dessein totalitaire », dans Marie-Anne Matard-Bonucci (dir.), « Langue, langages et question nationale en Italie », dans MEFRIM, 1, 2005, p. 299-311.

[66] Jérémie Dubois, L’enseignement de l’italien en France…, op. cit. Elle a été soutenue à l’EPHE en 2011.

[67] Christophe Poupault, À l’ombre des Faisceaux…, op. cit. Elle a été soutenue à Paris X-Nanterre en 2011.

[68] Marie-Anne Matard-Bonucci, « Intellectuels français en Italie fasciste », art. cité.

[69] Fabienne Le Houérou, L’épopée des soldats de Mussolini en Abyssinie, 1936-1938. Les « Ensablés », Paris, L’Harmattan, 1994.

[70] François Dumasy, Ordonner et bâtir. Construction de l’espace urbain et ordre colonial à Tripoli pendant la colonisation italienne, 1911-1940, Université de Provence, 2006.

[71] François Dumasy, « Le fascisme est-il un "article d’exportation" ? Idéologie et enjeux sociaux du Parti national fasciste en Libye pendant la colonisation italienne », dans Le fascisme italien : débats…, op. cit., p. 85-115.

[72] Nadia Vargaftig, « Les expositions coloniales sous Salazar et Mussolini (1930-1940) », Vingtième Siècle. Revue d’histoire, n° 108, oct.-déc. 2010, p. 39-52. Id., Des empires en carton. Les expositions coloniales au Portugal et en Italie (1918-1940), Madrid, Casa de Velazquez, 2016.

[73] Pierre Guillen a publié plusieurs articles sur la question, dont celui-ci : « Les réfugiés antifascistes et les relations franco-italiennes dans l'entre-deux-guerres », Relations internationales, n° 74, été 1993, p. 137-151.

[74] Pierre Milza (dir.), Les Italiens en France de 1914 à 1940, Rome, École française de Rome, 1986. L’immigration italienne en France dans les années 1920, Paris, CEDEI, 1988. G. Perona (dir.), « Gli Italiani in Francia, 1938-1946 », dans Mezzosecolo, n° 9, 1993. Pierre Milza et Didier Peschanski (dir.), Exils et migration. Italiens et Espagnols en France, 1938-1946, Paris, L’Harmattan, 1994. Antonio Bechelloni, Michel Dreyfus et Pierre Milza (dir.), L’intégration italienne en France, Bruxelles, Complexe, 1995.

[75] Piero Gobetti e la Francia, Milan, Franco Angeli, 1985. Silvio Trentin e la Francia. Saggi e testimonianze, Venezia, Marsilio Editori, 1991.

[76] Éric Vial, Patrizia De Capitani-Bertrand et Christophe Mileschi (dir.), Emilio Lussu (1890-1975). Politique, histoire, littérature et cinéma, Grenoble, MSH-Alpes, 2007.

[77] Éric Vial, L'Union Populaire Italienne 1937-1940. Une organisation de masse du parti communiste italien en exil, Rome, École française de Rome, 2007.

[78] La Pierre et l’Écrit, n° 11, 2000, p. 198-230.

Olivier Forlin

Olivier Forlin est maître de conférences en histoire contemporaine à l’Université de Grenoble-Alpes. Ses recherches portent sur l’histoire des intellectuels en France aux XXe-XXIe siècles, l’histoire des relations franco-italiennes aux XXe-XXIe siècles, l’historiographie et la mémoire du fascisme en France et en Italie. Il a notamment publié : Les intellectuels français et l’Italie, 1945-1955. Engagements, médiation culturelle et représentations (L’Harmattan, 2006) ; Le fascisme. Historiographie et enjeux mémoriels (La Découverte, 2013).

Mots clefs : historiographie ; fascisme italien ; fascisme français ; antifascisme ; totalitarisme.

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  • ISSN 1954-3670