Histoire@Politique : Politique, culture et société

MaillageCette rubrique présente un inventaire raisonné et commenté de liens vers des sites Internet de Centres de recherche et de départements d’histoire contemporaine répartis entre les différents continents.

Western Cape University et l'université du Witwatersrand (Wits, Johannesburg)

Patrick Clastres

© 20080224U-MAfricaTrip. Source : http://picasaweb.google.com/lh/photo/MCYPWZ91P-Y0P4yOWNjYrAEn 1981, Marc Ferro alertait la communauté historienne sur la persistance d’une « histoire blanche » dans le cas unique de l’Afrique du Sud (Comment on raconte l’histoire aux enfants, Paris, Payot, rééd. 1992). Plus récemment, François-Xavier Fauvelle-Aymard (Histoire de l’Afrique du Sud, Paris, Le Seuil, 2006) attirait l’attention sur les black histories, sur les compétitions identitaires (cas des funérailles quasi nationales de la Vénus hottentote en 2002), sur la forêt de lieux de mémoire et de sites touristiques et sur le rôle joué par la Commission Vérité et réconciliation de 1996 dans la production d’une histoire commune à la nation sud-africaine.

Les institutions qui sont présentées ici ont incontestablement joué un rôle essentiel dans ce mouvement de rééquilibrage de l’histoire au profit de la « nation arc-en-ciel ».

Histoire blanche, histoire noire, histoire post-moderne

Il est possible de prendre la mesure de l’historiographie sud-africaine en consultant l’article mis en ligne sur le site de l’université de Stellenbosch par Wessel Visser.

L’auteur repère cinq écoles historiographiques : l’école impériale britannique dès 1855 avec William C. Holden, l’école des pionniers blancs avec George McCall Theal en 1871, l’école nationaliste afrikaner dès 1876, l’école libérale de l’entre-deux-guerres née en réaction contre la paupérisation des Blancs et la misère des Noirs et qui aboutira, en 1969-1971, à l’incontournable Oxford History of South Africa, l’école révisionniste ou radicale à compter des années 1970.

Dans ce dernier cas, il s’est agi de combler un vide historiographique en réintroduisant les Noirs dans l’histoire de l’Afrique du Sud. Ici, l’histoire sociale a dominé, influencée d’ailleurs par l’École des Annales, jusqu’à l’apparition d’une histoire politique (mouvements populaires, développement d’une conscience politique) et culturelle dans les années 1980. D’abord envisagé comme une histoire de l’African National Congress (ANC), le projet de recherche piloté par le South African Democracy Education Trust s’est finalement transformé en une histoire du processus démocratique couvrant les décennies 1960-1990.

Depuis les changements survenus en 1994, toutes ces historiographies se retrouvent plus ou moins orphelines. Des tendances nouvelles se dégagent pourtant, mais qui aboutissent à un éclectisme ne permettant pas encore l’écriture de nouvelles synthèses historiques :
- Gender studies, masculinité, homosexualité ;
- mémoire et sa valeur rédemptrice : par exemple, l’histoire de la Commission Vérité et réconciliation de 1996 ;
- politique patrimoniale, lieux de mémoire, mythes nationaux ;
- identités des minorités ;
- sports et politique ;
- loisir et tourisme ;
- écologie et environnement (politiques de l’eau, histoire animalière et végétale) ;
- médecine et maladies ;
- histoire orale.

Pour finir, l’auteur signale deux nouvelles perspectives, l’une qui relève davantage de la sociologie universitaire – que l’histoire de l’Afrique du Sud ne soit plus seulement écrite par « des mâles de langue anglaise » –, l’autre qui interroge « l’exceptionnalisme sud-africain » dans le cadre d’une histoire pensée à l’échelle continentale.

Wessel Visser et ses collègues mettent à disposition une quarantaine d’articles académiques. Leur université est un Gymnasium protestant hollandais, devenu college en 1881 et université en 1918.

Western Cape University (Le Cap) : une histoire émancipatrice

L’université de Western Cape présente son histoire comme liée à la lutte contre l’apartheid : loi de création en 1959 comme « college for coloured people », statut universitaire en 1970, premier recteur noir en 1975 à l’issue d’une campagne de protestation, rejet formel de l’idéologie de l’apartheid en 1982, autonomie universitaire en 1983 qui en fait un foyer intellectuel pour la gauche et permet une politique d’ouverture sociale, projets de recherche innovants, formation d’une partie des cadres de la nouvelle Afrique du Sud.

Le département d’histoire a développé un certain nombre de spécialités : histoire des femmes et du genre, histoire officielle, histoire visuelle, histoire agraire et de la propriété du sol, histoire de l’émancipation, histoire urbaine, histoire de l’Afrique.

La revue annuelle Kronos est une publication du département d’histoire et du Centre for Humanities Research. Il est possible d’accéder à la liste des articles publiés depuis 1979.

Wits (Johannesburg) : l’histoire des travailleurs et des miséreux

L’université du Witwatersrand (Wits) est établie à Johannesburg depuis 1922, sur les fondations d’une ancienne École des mines. Depuis lors, et malgré les injonctions des gouvernements d’apartheid, Wits a entretenu une réputation d’université anti-discrimination.

Installé au sein de l’École des sciences sociales et spécialisé en histoire sociale, le département d’histoire organise sa recherche autour d’un Atelier ad hoc depuis 1977. On accède en ligne à une liste d’ouvrages publiés sur l’histoire des travailleurs et des miséreux sud-africains, sur l’histoire de la culture ouvrière et populaire. Comme l’autre objectif du département est de mettre à disposition du grand public des outils et des synthèses, on ne manquera pas de télécharger un remarquable livret méthodologique d’histoire orale à destination des enseignants. Des conseils judicieux sont en outre donnés à qui veut connaître les exigences de l’essai historique à la manière anglo-saxonne (écriture et présentation).

Une production historique naissante dans les anciens bantoustans et nouveaux États voisins

Par manque de moyens économiques et humains, certains départements d’histoire peinent à développer leur secteur recherche, souvent au sein de jeunes universités, comme au Zululand.

Le département d’histoire du Howard College au sein de l’université du KwaZulu-Natal à Durban publie, depuis 1978, le Journal of Natal and Zulu History, une revue intégralement en ligne.

On signalera également le cas de l’université du Swaziland. Issue de l’université primitive du Lesotho/Bostwana/Swaziland et du collège universitaire catholique Pie XII à Rome, l’université du Swaziland offre une large palette d’enseignements d’histoire regroupés par grandes aires régionales pour la seule Afrique (du Sud, du Nord, de l’Ouest, de l’Est, centrale) ou pour le large monde (Europe depuis 1789, Russie depuis 1861, États-Unis depuis 1865, Amérique latine, Chine et Asie du Sud-Est).

South Africa History on Line

South Africa History on Line est un site dédié à l’histoire des black communities, avec comme devise « Réécrire l’histoire, soumettre à la critique notre passé, renforcer l’enseignement de l’histoire ». Financé par deux organisations non gouvernementales (ONG) – Fondation Ford et Ireland Aid –, ce site à destination du grand public et des scolaires veut redonner leur place dans l’histoire de l’Afrique du Sud à « tous ceux qui se sont battus pour construire une communauté d’êtres humains, une démocratie non-raciale, une diversité culturelle ».

De très nombreuses ressources sont disponibles en ligne, de qualité très variable : chronologies, biographies, monographies.

On pourra, par exemple, consulter le portail consacré à l’apartheid ou bien celui dédié à Nelson Mandela qui vaut essentiellement pour ses documents et archives (lettres de prison, enregistrements audio et vidéo, discours, galerie photographique, etc.).

Patrick Clastres

 


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  • ISSN 1954-3670