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Comptes rendus
   

Noëlline Castagnez, Laurent Jalabert, Marc Lazar, Gilles Morin, Jean-François Sirinelli (dir.), Le Parti socialiste unifié. Histoire et postérité,

Paris, Presses universitaires de Rennes, 2013.

Ouvrages | 03.04.2014 | Pierre-Emmanuel Guigo
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Presses universitaires de Rennes, 2013Consacrer un livre au Parti socialiste unifié (PSU) n'était pas une tâche aisée. Cet éphémère parti (1960-1989) a toujours représenté un véritable casse-tête pour les journalistes et les historiens en raison des fortes divisions qui l'ont animé, alors même qu’il a déployé une hyperactivité dans divers domaines.

Pourtant c'était une œuvre nécessaire pour mieux comprendre comment, malgré sa marginalité apparente (il n'a conquis guère plus de 3 % de l'électorat et a obtenu à peine quelques élus nationaux, tout en déployant un large tissu d'élus locaux), ce parti a exercé une influence tant intellectuelle (il suffit pour s'en convaincre de citer les noms de François Furet, Emmanuel Leroy Ladurie, Pierre Rosanvallon, Patrick Viveret) que programmatique (autogestion, pacifisme, critique du nucléaire, écologie politique), comme en témoigne l'ouvrage par son approche thématique. Pionnier le parti l'a été dans plusieurs secteurs, défrichant des problématiques encore confidentielles à l'époque comme l'émancipation des femmes (Bibia Pavard), l'écologie politique (Tudi Kernalegenn), ou le développement des collectivités locales (Maryvonne Prévot). Mais sur d'autres sujets comme la jeunesse, sa position est moins en pointe qu'il n'y paraît comme le souligne Ludivine Bantigny. Le PSU a également nourri la réflexion de l'ensemble de la gauche en renouvelant les vues sur un grand nombre de domaines comme les questions agricoles (Fabien Conord), ou encore l'économie (Mathieu Fulla montre d'ailleurs que les distinctions avec le Parti socialiste sont en réalité bien plus minces qu'il n'y parait). Si l'approche pratique est privilégiée, le renouveau idéologique prôné par le PSU n'est pas absent, comme en témoigne l'article de Frank Georgi autour de la notion d'autogestion.

Surtout l'ouvrage se situe parfaitement dans le renouvellement de l'approche des partis politiques, croisant histoire politique, histoire culturelle et histoire sociale. L'ouvrage relie d'ailleurs pour chaque période de son histoire le parti aux évolutions sociales qui lui sont contemporaines (article de Ludivine Bantigny consacré aux jeunes au PSU, article de Sylvie Guillaume sur « Le PSU et sa vision de la société française », article de Vincent Porhel sur « Le PSU dans les luttes sociales après 1968 »).

Mais les événements ne sont pas pour autant oubliés. Le PSU a ainsi joué un rôle central dans la mobilisation pour la décolonisation (article de Noëlline Castagnez) dans Mai 68 (sans être pour autant "le chef d'orchestre" du mouvement qu'imaginaient alors les Renseignements généraux comme le souligne Xavier Vigna dans son article). On suit ainsi le parti depuis ses origines au sein du PSA, scission de l'aile SFIO opposée à la politique mollettiste et surtout au retour de De Gaulle (comme le montre bien Gilles Morin, à la gauchisation post-68. On lira ainsi avec intérêt les articles de Vincent Porhel sur « Le PSU dans les luttes sociales après 1968 » et de Philippe Buton sur « Le PSU et l'extrême gauche », ce dernier éclairant par une étude de la presse partisane la forte gauchisation du discours après 1968. La phase qui suit les Assises du socialisme en 1974 n'est pas le déclin irréversible généralement décrit comme le montre Yannick Drouet. Même si le parti a perdu nombre de ses dirigeants historiques et ainsi son aura sur le plan national, il bénéficie encore d'un réseau important d'élus locaux. Surtout en 1983, pour la première fois, il obtient un poste ministériel avec Huguette Bouchardeau. Mais ce moment est aussi l'occasion d'une forte division qui entraîne son déclin, cette fois-ci irréversible.

Tous ces sujets sont d'ailleurs abordés sans redite et sans empiéter sur les travaux précédents, rassemblés notamment dans l’ouvrage Le PSU vu d'en bas [1] . Le livre ici présenté, Le Parti socialiste unifié. Histoire et postérité, et le colloque qui l'a précédé exploitent en outre un large panel de sources désormais à la disposition de l'historien soucieux de poursuivre ces recherches. D'abord le fonds du PSU qui n'avait été jusqu’alors que peu exploité, à l'exception de la thèse de Gilles Morin, ainsi que l'intégralité de Tribune socialiste et de tous les dossiers de presse consacrés au PSU numérisés pour l'occasion par Sciences Po.

Le très intéressant article comparatif de Roberto Colozza (« Socialismes face à face. Les cas du Parti socialiste unifié et du Partito Socialista italiano di unità proletaria ») nous permet néanmoins de penser qu'une analyse plus internationale aurait permis de comprendre en quoi le PSU s'inscrit dans un mouvement plus global de redéfinition de la gauche. On sait en particulier que le parti a eu des contacts importants avec l'étranger et notamment avec la Yougoslavie, le Vietnam, et plus généralement tous les terrains de lutte politique de la fin des années 1960 et du début des années 1970.

En outre, si les campagnes sont ici étudiées au travers des articles d'Alain Bergounioux, de François Prigent et d'Ismail Ferhat, il aurait été intéressant de se pencher plus précisément sur le rapport du PSU à l'opinion et aux nouveaux modes de communication. Ainsi comme l'avait souligné Fabrice d'Almeida dans Images et propagande [2] , c'est aussi dans cette gauche que se définit une nouvelle manière de penser la propagande de manière horizontale et bilatérale, prélude à l'appropriation par la gauche des nouveaux outils de communication (les campagnes de Michel Rocard en 1967, en 1968 et en 1969 sont à cet égard tout à fait éclairantes). Ce souci de mieux s'adresser au grand public passe également par un renouveau de l'affiche politique bien mis en lumière par le récent ouvrage, Le PSU s’affiche. 30 ans d’affiches politiques [3] .

Pour bien cerner l'impact du PSU sur le reste de la gauche et en particulier comme lieu de socialisation d'une bonne partie de futurs leaders tant écologistes que socialistes, une étude prosopographique serait particulièrement pertinente, comme le souligne Marc Lazar.

Enfin, l'approche très thématique adoptée par cette étude du PSU néglige peut-être un peu les rapports de force au sein du parti que de nouvelles sources permettront d'éclairer (fonds Jacques Heurgon conservé à l’Institut Tribune socialiste, fonds Michel Rocard conservé aux Archives nationales 680AP, ainsi que le fonds Michel Rocard conservé à Conflans-Sainte-Honorine et recouvrant la période 1967-1980). Même si les réflexions sur le multipositionnement des militants PSU transparaissent à plusieurs reprises dans l'ouvrage, des études sur les rapports entre le PSU et les syndicats (CFDT, FO, CGT) et les associations (ADELS, GAM, clubs) restent encore à faire. Cela amènerait par exemple à s'interroger sur la notion de « deuxième gauche ».

Du point de vue des sources, on regrettera l'absence des témoignages qui avaient émaillé le colloque, même si leur publication aurait bien sûr rendu le présent ouvrage extrêmement volumineux.

Notes :

[1] Tudi Kernalegenn, François Prigent, Gilles Richard et Jacqueline Sainclivier (dir.), Le PSU vu d'en bas. Réseaux sociaux, mouvement politique, laboratoire d'idées (années 1950-années 1980), Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2009.

[2] Fabrice d'Almeida, Images et propagande, Paris, Castermann, 1995.

[3] Le PSU s'affiche. 30 ans d'affiches politiques, Paris, Éditions Bruno Leprince, 2013.

Pierre-Emmanuel Guigo

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  • ISSN 1954-3670