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« Les sœurs de Napoléon. Trois destins italiens »

(musée Marmottan-Monet, 3 octobre 2013-26 janvier 2014)

Expositions | 17.01.2014 | Antonin Durand
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musée Marmottan-Monet, du 03/10/2013 au 26/01/2014Croiser l’histoire familiale de Napoléon avec l’histoire diplomatique de l’Italie, telle est la principale ambition de l’exposition que le musée Marmottan-Monet a consacrée aux « Sœurs de Napoléon. Trois destins italiens », du 3 octobre 2013 au 26 janvier 2014. Un constat sert de point de départ à cette exposition aussi originale qu’ambitieuse : les trois sœurs de Napoléon ont chacune une relation particulière avec l’Italie, où elles ont été amenées à vivre aussi bien pour renforcer les alliances françaises avec les princes locaux ou pour y suivre leur époux que par un goût véritable pour la péninsule.

Dans l’intérêt que le musée Marmottan porte à la plus âgée des sœurs de Napoléon, Élisa, née en 1777, on peut voir un lointain écho des travaux que Paul Marmottan a menés sur ce personnage, et qui expliquent la particulière richesse de sa collection sur la moins connue de la fratrie [1] . Installée en Italie en 1805, à l’appel de Napoléon qui l’a promue princesse de Piombino et de Lucques avant d’en faire la grande duchesse de Toscane, Élisa y demeure jusqu’à sa mort qui survient à Trieste où elle s’est retirée après avoir perdu tous ses titres. Pauline, née en 1780, n’est envoyée en Italie qu’à l’occasion de son second mariage avec un prince Borghese et y demeure une partie de sa vie avant de revenir s’installer à Paris. Caroline, enfin, la plus jeune des sœurs de l’empereur, mariée à Joachim Murat, partage son aventure à la tête du Royaume de Naples avant de vivre avec lui la chute de son régime, et de finir sa vie à Florence après un long exil en Autriche.

L’unité familiale se doublant d’une – relative – unité de lieu, l’exposition offre une solide cohérence intellectuelle, qui contraint néanmoins à passer complètement sous silence des épisodes pourtant essentiels du parcours des sœurs Bonaparte comme le passage de Pauline à Saint-Domingue en compagnie de son premier mari Charles Leclerc. S’il est vrai que cette première vie ne cadre guère avec l’argument principal de l’exposition, on ne peut qu’être étonné de ne la trouver qu’à peine mentionnée aussi bien dans les textes biographiques d’accompagnement que dans le catalogue de l’exposition [2] . Pour autant, l’exposition peine à pousser trop loin le rapprochement entre des itinéraires qui ont moins en commun qu’il n’y paraît, et se contente pour l’essentiel de juxtaposer des salles consacrées à chacune des trois sœurs, le contexte politique, culturel et social dans lequel elles évoluaient étant par trop différent malgré leur relative proximité géographique.

L’exposition apporte à n’en pas douter un éclairage neuf sur la famille Bonaparte, aussi bien sur les relations entre les différents membres de la fratrie que sur leur vie familiale à proprement parler. Elle vient ainsi réactiver à point nommé une historiographie riche mais ancienne et un peu délaissée sur Napoléon et sa famille [3] . D’impressionnantes séries de portraits permettent surtout de suivre avec minutie les différentes étapes de la vie de femme de ces personnages qu’on aurait tort de réduire à des instruments politiques entre les mains de leur frère. Le talent des portraitistes donne à voir l’évolution physique et sociale de femmes qui sont successivement des enfants, des épouses, des mères, des reines… Il permet également d’avoir une intuition des raisons qui ont fait de la beauté de Pauline une légende dès sa prime jeunesse, restituée dans la fleur de l’âge par l’inoubliable sculpture de Canova conservée à la Galerie Borghese de Rome et que l’exposition présente dans la version réduite d’Adamo Tadolini que possède l’hôtel de Charost. Les représentations d’Élisa, qui soulignent davantage sa ressemblance avec l’empereur, mettent plutôt en avant l’autorité se dégageant de son visage, comme dans le Portrait d’Élisa Baciocchi, grande-duchesse de Toscane de Joseph Franque. Il est en revanche difficile de comprendre pourquoi l’affiche de l’exposition, qui reprend un fort beau portrait anonyme de Caroline Murat, lui coupe le haut du visage, en focalisant l’attention sur sa robe, ce qui travestit un peu la portée du tableau.

Les textes d’accompagnement de l’exposition permettent souvent de restituer avec finesse les différents marqueurs symboliques qui font de ces portraits de véritables enjeux dans la construction des représentations de la famille Bonaparte. Ils jettent aussi une lumière neuve sur l’art du portrait en Italie au début du XIXe siècle, qui est considérablement enrichi par les notices du catalogue.

Si la focalisation sur l’Italie et sur les alliances des Bonaparte dans la péninsule invite à une lecture politique du thème choisi par le musée Marmottan-Monet, c’est dans ce domaine que l’exposition fera le plus de déçus. Le fait qu’avec des destins et des ambitions tout à fait différents, les trois sœurs de l’Empereur soient durablement passées par l’Italie est certes un indice de l’importance que l’Empereur français accordait à la péninsule. Il reste pourtant difficile, dans cette exposition très largement dominée par des portraits, de voir cette réalité représentée. Les rares tableaux en situation, comme la Toilette avant le sacre de Viger du Vigneau empruntée au musée de Marseille, ne suffisent pas à restituer la portée politique de la présence en Italie des sœurs de l’empereur. De même, on ne peut que regretter que, malgré les nombreuses allusions des cartons au rôle des sœurs Bonaparte dans la promotion des arts en Italie, on trouve si peu d’œuvres qui témoignent effectivement de cette implication dans la vie artistique, et si peu d’explications précises sur le rôle des mécènes dans la conception de tel meuble ou de tel élément de décoration qui jalonne l’exposition.

 

Notes :

[1] Paul Marmottan, Élisa Bonaparte, sœur de Napoléon et princesse des arts, Paris, Sotecca Napoléon, 2012 [1901]. La bibliographie du catalogue recense également tous les articles de Paul Marmottan sur Élisa.

[2] Maria Teresa Caracciolo (dir.), Les sœurs de Napoléon. Trois destins italiens, catalogue de l’exposition du musée Marmottan, Paris, Hazan, 2013.

[3] On songe en particulier aux œuvres de Frédéric Masson, Napoléon et sa famille, Paris, Paul Ollendorf, 1897-1919.

Antonin Durand

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  • ISSN 1954-3670