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Comptes rendus
   

Anne-Aurore Inquimbert, Un officier français dans la guerre d'Espagne. Carrière et écrits d'Henri Morel (1919-1944)

Rennes, PUR, 2009, 304 p.

Ouvrages | 14.12.2009 | Rémy Porte
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© PUR, 2009Après avoir été critiqué ou méprisé, le genre biographique retrouve depuis quelques années toute sa place dans la production d’ouvrages historiques, qu’il s’agisse de collections « grand public » ou d’études plus scientifiques. Ces travaux s’attachent pourtant encore souvent à des personnages connus, voire « populaires », et il faut féliciter Anne-Aurore Inquimbert de s’être lancée, comme elle s’en explique en introduction, dans une recherche consacrée à un officier, le lieutenant-colonel Morel, qui n’accéda pas aux plus hautes fonctions de la hiérarchie militaire, mais dont les compétences, les hasards de la vie et d’une carrière en ont fait un acteur et un témoin important d’événements majeurs.

Parmi les passages les plus intéressants dans les chapitres qui précèdent le cœur de l’étude et la période de la guerre d’Espagne, il faut souligner les pages consacrées au professeur d’histoire et à l’écrivain militaire (p. 52-62 et p. 64-88) ainsi que celles qui traitent de l’officier du 2e bureau de l’État major de l’armée (EMA) (p. 117-143). Certains beaux paragraphes d’ailleurs, relatifs à la presse militaire du temps (p. 64-78) ou aux influences qui s’opposent au sein du 2e bureau (p. 130-143), auraient sans doute mérités quelques développements complémentaires et confirment, pour le moins, qu’il existe dans ces domaines d’intéressantes pistes de nouvelles recherches.

Le lieutenant-colonel Morel prend ses fonctions d’attaché militaire à Madrid le 18 juillet 1936 et reste en poste jusqu’en février 1939. Il est donc un témoin privilégié de l’ensemble de la guerre civile, des convulsions politiques et des évolutions militaires du camp républicain, des relations entre la France et l’Espagne et de l’implication des autres puissances dans ce conflit. Ses rapports à Paris sont marqués par une compréhension très large de tous les problèmes, mais on lui reproche bientôt, au sein de l’institution militaire, une attitude et des synthèses « trop favorables » au gouvernement républicain, que ses écrits du premier semestre 1938 semblent confirmer. Au fil de l’étude détaillée des rapports et de la correspondance du lieutenant-colonel Morel, on trouve de très utiles observations évoquant plus largement la place qui doit (ou peut) être celle d’un attaché militaire par rapport au pays hôte certes, mais aussi par rapport aux autorités de sa double tutelle, les ministères des Affaires étrangères et de la Guerre. L’analyse d’Anne-Aurore Inquimbert rejoint ici, à travers un cas particulier soigneusement « décortiqué », les meilleurs ouvrages de référence sur ce thème (p. 221-228).

Ce livre, au carrefour de l’histoire militaire, de l’histoire diplomatique, de l’histoire sociologique et des représentations, est important pour tous ceux qui s’intéressent à l’évolution de l’outil militaire français entre les deux guerres mondiales mais, surtout, indispensable pour ceux qui travaillent sur la question fondamentale des rapports politico-militaires, du processus de prise de décision et, dans ce cadre, sur le rôle et la place relative des services de renseignement et de leurs officiers. La quatrième de couverture évoque un « personnage paradoxal » et un « officier atypique », ouvert « aux idées de l’Action française » mais dont les rapports témoignent de « ses opinions antifascistes ». Le paradoxe n’est qu’apparent pour qui connaît l’influence des idées maurrassiennes sur une large frange des élites intellectuelles au début du XXe siècle. L’« engagement républicain » que l’on peut attribuer à Morel en Espagne tient ainsi, sans doute, plus à des préoccupations de sécurité nationale française (maintenir l’influence de la France chez son voisin méridional tout en limitant celle de l’Allemagne) qu’à de réels choix idéologiques. L’« anticonformisme » qui semble le caractériser est bien réel, mais n’a rien de rare ou d’exceptionnel au sein d’une institution militaire qui est tout sauf monolithique.

Un officier français dans la guerre d’Espagne, d’Anne-Aurore Inquimbert : à lire, à annoter, à conserver, à utiliser pour poursuivre des travaux connexes.

Rémy Porte

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  • ISSN 1954-3670