Histoire@Politique : Politique, culture et société

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Dangereux virage ? Les choix politiques des sociaux-démocrates finlandais à la fin des années 1920

Maurice Carrez
Résumé :

En 1927, les sociaux-démocrates finlandais exercent seuls pour la première fois le pouvoir dans le cadre d’un gouvernement minoritaire. Mais ils (...)

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Indépendante depuis le 6 décembre 1917, la jeune république finlandaise est, moins de deux mois après sa création, le théâtre d’une terrible guerre civile. La répression menée à partir du printemps 1918 par les « blancs » contre les « rouges » est particulièrement sanglante (près de 20 000 morts). Néanmoins, début avril 1918, alors que l’ancienne direction du Parti social-démocrate[1] (SPD) est repliée à Vyborg, un groupe de dissidents hostiles au soulèvement parvient à faire admettre par les futurs vainqueurs la recréation d’un SDP révisionniste, qui condamne sans appel le recours à la voie révolutionnaire, et envoie son unique député (les 91 autres sont emprisonnés ou en fuite) siéger au parlement croupion, venu s’installer à nouveau dans la capitale (elle-même reconquise par les troupes allemandes du général von der Goltz appelées au secours par les conservateurs). Lors des élections législatives du début 1919, cette formation récupère, en l’absence d’offre concurrente, la grande majorité de l’électorat traditionnel de la gauche (entre un tiers et 40 % des voix). La droite nationaliste et ses alliés (le Parti national suédois et l’Union agraire) échouent donc à imposer leur domination sans partage sur la vie politique. Leur échec est d’autant plus cinglant que quelques mois plus tard, la gauche social-démocrate et les sympathisants du Parti communiste (SKP) en exil parviennent à créer leur propre formation politique, le Parti socialiste ouvrier, malgré les incessantes tracasseries policières et les menaces pesant sur son existence même. La vie politique se structure donc dès 1920 autour de trois grands pôles : conservateur (autour de 60 % des voix), social-démocrate réformiste (SDP, autour de 25 à 30 %) et contestataire de gauche (le parti ouvrier socialiste de Finlande [SSTP], puis après l’interdiction de ce dernier en 1923, l’Union socialiste des ouvriers et des petits paysans [STPL], de 10 % à 15 %). Mais la stabilité gouvernementale n’est pas toujours au rendez-vous car les partis « bourgeois » sont divisés, entre autres sur l’attitude à tenir vis-à-vis des anciens rebelles et sur la question linguistique (fennomanes contre svécomanes). Quant aux anciens frères d’armes de la gauche, ils ne cessent de se déchirer pour obtenir l’hégémonie sur les organisations et l’électorat ouvriers.

Ces rapports de force devraient en principe fermer les portes du pouvoir au SDP mais, à la suite d’un concours de circonstances, le 13 décembre 1926, pour la seconde fois de leur histoire[2], les sociaux-démocrates finlandais sont amenés à diriger le gouvernement de la jeune république. En effet, l’équipe dirigée par Väinö Tanner, principal dirigeant du nouveau SDP[3], obtient le nombre de voix nécessaire à son investiture. Mais, contrairement à l’expérience précédente, les sociaux-démocrates ne disposent pas d’une majorité parlementaire et doivent compter sur l’appui fragile du Parti national suédois[4] (RKP) pour faire passer leurs projets. Malgré la modération de leur programme, qui leur vaut les critiques acerbes de la gauche et des syndicats procommunistes, ils finissent par jeter l’éponge un an plus tard sous la pression de forces contraires. Les jongleurs de la rue du Cirque[5] n’ont pas réussi non plus à convaincre leur électorat dont une partie rejoint aux élections législatives de 1927 celui de l’Union socialiste des ouvriers et des petits paysans (STPL), la formation légale d’extrême gauche recomposée en 1924.

Rejetés dans l’opposition en décembre 1927, les dirigeants du SDP se montrent toutefois moins virulents vis-à-vis de leurs adversaires de droite que leurs discours de dépit ne semblent d’abord l’indiquer. Ils se contentent de critiquer des mesures ponctuelles et se gardent bien de pousser les feux d’une contestation populaire pourtant déterminée. Ils préfèrent creuser le fossé déjà béant avec la STPL en usant d’une rhétorique anticommuniste fort peu originale. Il faut dire que depuis la prise du pouvoir par les bolcheviks à la fin de 1917 en Russie, les rapports entre les deux pays sont tendus. L’existence d’un Parti communiste en exil, disposant d’un capital de sympathie dans une partie du prolétariat urbain et rural ainsi que d’un réseau d’influence au sein des syndicats, du mouvement sportif et de la gauche, est perçue comme une menace non seulement par les gouvernements en place, mais aussi par le mouvement ouvrier réformiste qui estime être la victime collatérale de la vindicte conservatrice née de la guerre civile. Bien qu’ils aient condamné les expéditions de 1919-1920 en Carélie soviétique, perpétrées par des organisations ultranationalistes, les dirigeants du SDP sont très hostiles à l’URSS. Comme les conservateurs, ils sont persuadés que la gauche contestataire est directement manipulée par Moscou et n’a pas, de ce fait, de vraie légitimité. Ils ont en outre une attitude assez ambiguë quant à la répression dont le SSTP puis le STPL sont l’objet. À partir du milieu des années 1920, les courants favorables à l’unité d’action sont ainsi en chute libre au sein du SDP, ce qui donne le champ libre aux amis de Väinö Tanner, l’homme qui dès 1917 avait rompu avec la direction de son propre parti qu’il jugeait trop influencée par les événements de Russie. Les critiques qu’il subit durant son mandat de Premier ministre ne font que renforcer sa détermination à intégrer totalement son parti dans le système politique et économique dominant.

Mais quels sont les facteurs conjoncturels qui poussent à ce nouveau recentrage rendant presque caduc le programme déjà bien édulcoré du congrès de 1926 ? Quelles conséquences a-t-il sur le parti lui-même et sa lecture des rapports de force sociaux et politiques ?

Le point de départ : la recomposition politique du milieu des années 1920

Cette période est marquée par un affaiblissement de la droite, des querelles constantes au sein de la direction social-démocrate et un regain d’activité de la gauche contestataire, liée en principe au SKP et qui se remet alors de la dure répression des années 1923-1924.

Les divisions à droite ne sont pas nouvelles, mais elles prennent à ce moment précis une tournure défavorable à l’ensemble des partis bourgeois, sur fond de crise rurale et de querelles linguistiques toujours vives[6]. La principale formation conservatrice, le Parti de la Coalition nationale, vit une période délicate : le projet monarchiste qu’il soutenait en 1918 a échoué, provoquant la dissidence du Parti progressiste, une petite formation de droite républicaine qui a gagné contre son candidat, le général Mannerheim, l’élection présidentielle de 1919[7]. En outre, une partie de son électorat rural et paysan, mécontente des difficultés croissantes liées à la baisse des cours et à la croissance de l’endettement, a tendance à rejoindre l’Union agraire, autre parti républicain encore très modeste en 1918, mais qui ne cesse de progresser électoralement, au point de gagner l’élection présidentielle de 1925 avec Lauri Kristian Relander. Le Parti national suédois, quant à lui, fait cavalier seul; la relance par les milieux nationalistes fennophones de la querelle linguistique aurait dû en principe se terminer avec le compromis de 1922 qui accordait le statut de langue officielle aux deux langues, mais les courants droitiers de la Coalition et de l’Union agraire ne cessent d’alimenter des polémiques, ce qui incite les « Suédois » à se montrer de plus en plus pointilleux sur leurs alliances à droite. De ce fait, les conservateurs ne présentent pas un front uni et les sociaux-démocrates, qui restent le premier parti de Finlande en termes de poids électoral ont en principe une plus grande marge de manœuvre pour négocier des accords parlementaires.

Mais le SDP n’est pas lui-même très serein. Si Väinö Tanner, homme énergique et impérieux, a réussi à imposer une ligne réformiste, il doit compter sur des oppositions aussi diverses que résolues. La gauche du parti a longtemps prôné une alliance à la carte avec les communistes ; elle a abandonné cette position après 1923, mais elle redoute désormais une marginalisation croissante du courant social-démocrate au sein du mouvement syndical en raison du modérantisme de Tanner. Au centre, sur fond de querelles personnelles, un courant s’est structuré autour de Väinö Hupli qui reproche à Tanner son autoritarisme et son « ultra-réformisme » Au congrès de 1926, Väinö Tanner est bien réélu président du SDP, mais il n’a pas de majorité à la Commission exécutive, ce qui l’oblige à démissionner. La nouvelle équipe ne crée pas de difficultés au gouvernement minoritaire de 1927, puisque ses principaux leaders reçoivent des portefeuilles, mais l’ambiance reste tendue, surtout après l’épisode du 18 mai 1927 où Väinö Tanner accepte de remplacer le président Lauri Kristian Relander au défilé annuel commémorant la victoire des blancs sur les rouges en 1918. L’émoi est considérable dans le monde ouvrier où d’innombrables familles ont souvent perdu un ou plusieurs des leurs dans des circonstances atroces.

Or, à la gauche du SDP, le courant procommuniste[8] a surmonté les effets de la répression de 1923 qui avait décapité le groupe parlementaire et la direction du Parti socialiste ouvrier finlandais (SSTP), désormais interdit. Électoralement en plein redressement grâce à la création de la STPL (voir supra) et dopée par des mouvements sociaux puissants, la gauche de la gauche domine le mouvement syndical[9] et le mouvement sportif ouvrier[10]. Sa ligne politique plus ouverte durant les années 1925-1926, celles de l’époque boukharinienne du Komintern[11], lui permet de marquer des points. C’est un concurrent redoutable pour des sociaux-démocrates eux-mêmes en plein doute.

Face à ces défis divers, le SDP semble un peu décontenancé, d’autant que la croissance économique, relativement rapide et continue de 1919 à 1926, commence à se gripper et à provoquer du mécontentement tant dans les centres industriels que dans les campagnes. Néanmoins, son intérêt à court-terme va l’orienter vers le choix, entre 1927 et 1929, d’une rupture définitive avec son héritage révolutionnaire et le choix d’une confrontation directe avec les communistes. Aux yeux de sa direction, c’est un moyen d’assurer une nouvelle identité et de resserrer les rangs.

« La croyance dans la révolution s’est transformée en croyance dans un travail constructif »

C’est ainsi que Väinö Hupli, nouveau président du SDP, fait l’apologie, dans une déclaration au Conseil du parti[12], du virage à prendre en cas de participation gouvernementale. Mais qu’entend-t-il exactement par « travail constructif » ? En fait, il s’agit de gagner le bras de fer contre les communistes pour apaiser les conflits sociaux et se ménager des alliances contractuelles avec d’autres formations politiques, bref de s’inscrire dans le jeu parlementaire plutôt que de mener la lutte des classes, naguère proclamée.

Le gros obstacle mis en travers de cette stratégie d’intégration tous azimuts reste néanmoins, entre 1927 et 1929, la combativité ouvrière face à un patronat lui aussi très déterminé. Depuis 1925, les effectifs de la centrale syndicale SAJ sont en hausse régulière, passant de 52 000 membres environ en juin 1926 à 90 000 en décembre 1928[13]. Cette croissance rapide correspond à une conjoncture économique plutôt favorable qui incite les salariés à réclamer non seulement de meilleures conditions de travail, mais également des conventions collectives que les fédérations patronales[14] refusent de toutes leurs forces. L’extrême gauche, qui dirige sans interruption la SAJ depuis 1918, est plutôt réservée quant à cette dernière revendication, mais elle finit par s’y rallier sous la pression de la base. Celle-ci est d’ailleurs demandeuse d’action, comme le prouve l’augmentation du nombre de journées de grèves comptabilisées entre 1925 (113 000) et 1928 (502 000) avec un pic en 1927 à 1 528 000[15]. Le grand conflit des métallurgistes en 1927 en est un exemple caractéristique : commencé sur le chantier naval de la Chrichton Vulcan à Turku[16], il s’étend peu à peu au reste de la ville et suscite dans tout le pays et à l’étranger un grand mouvement de solidarité ; le recours habituel au lock out et aux briseurs de grèves ne fait que le renforcer, si bien qu’il dure du 28 février au 19 décembre. L’année suivante, la grève nationale des dockers se prolonge pendant dix mois malgré le déchaînement d’une campagne anticommuniste hystérique et le recours à 15 000 « jaunes » venus des campagnes conservatrices. La solidarité est là aussi de très grande ampleur ; même le patronat suédois essaie de raisonner son homologue finlandais dont les méthodes musclées apparaissent contreproductives[17] ! Face à cette détermination populaire, qu’il est impossible de réduire aux effets d’une campagne d’agitation communiste ou d’un complot moscoutaire[18], comme s’y emploie en vain la presse conservatrice[19], les dirigeants sociaux-démocrates sont dans une position inconfortable. Certains, en particulier les partisans de Tanner, voudraient bien mettre en difficulté la direction très à gauche de la SAJ en l’accusant de surenchère et en essayant de créer une centrale dissidente qu’ils contrôleraient, mais l’intransigeance farouche du patronat et le soutien affiché par la base à ses dirigeants syndicaux ne sont pas de nature à favoriser cette stratégie. En outre, le résultat mitigé des élections législatives de 1927 (léger recul des voix sociales-démocrates) oblige à la prudence. Cela dit, l’idée d’un apaisement social accompagné d’une rupture avec les communistes gagne des adeptes au sein de la direction, malgré les mises en garde de la gauche (de plus en plus atténuées toutefois)[20].

Le premier pas en ce sens consiste paradoxalement à se décharger du poids du pouvoir qui donne à la gauche contestataire l’occasion de critiquer sans ménagement les faibles dividendes de cette compromission, scandaleuse à ses yeux. Procéder de la sorte permet de se présenter en victime devant son électorat et de montrer à la gauche du parti que l’on n’a pas renoncé, au moins en apparence, à certaines ambitions. D’où l’usage d’une tactique parlementaire éprouvée pour chuter en beauté : présenter un projet dont on sait à l’avance qu’il n’aura pas l’assentiment d’une majorité, mais laissera penser aux militants qu’on n’a pas oublié les principes. C’est ainsi qu’après le tassement des élections législatives de juillet 1927, il est décidé de ne plus rechercher à tout prix le compromis sur les projets gouvernementaux, quitte à être mis en minorité[21]. L’occasion se présente lors des discussions budgétaires de l’automne 1927. Avec l’accord du groupe parlementaire, le gouvernement propose une baisse du budget militaire, la fin de l’aide publique aux gardes civiques[22], une hausse de l’impôt sur le revenu dans les tranches les plus hautes et une baisse des impôts indirects sur les produits de première nécessité. Les dirigeants sociaux-démocrates savent que le Parti national suédois ne les suivra pas dans cette voie. Et quand le couperet tombe, à savoir le rejet de ces propositions par une majorité parlementaire bourgeoise, Tanner présente sa démission. L’honneur est sauf… C’est sans doute cette sortie qui amène les conférences fédérales à approuver l’expérience gouvernementale après-coup.

Une fois réalisée cette opération, il n’est plus question de revenir à une opposition trop musclée, malgré les déclarations martiales de la presse du parti qui fustige l’entêtement des conservateurs. Désormais, il faut profiter des divisions bourgeoises pour créer des alliances au centre et obtenir un socle minimal de réformes qui, sans plus mettre en cause l’organisation capitaliste, soit de nature à consolider le parlementarisme (confondu désormais avec la démocratie) et à prouver aux électeurs de gauche qu’ils ont matériellement à y gagner. Pour cela, les surenchères programmatiques sont bannies et les signes d’apaisement envers les agrariens, les progressistes et la frange la moins conservatrice des nationaux suédois se multiplient. Quand Johan Emil Sunila (Union agraire) est chargé par le Président Relander de constituer un gouvernement, ce dernier sonde la direction sociale-démocrate pour savoir si elle souhaite une participation minoritaire. Il lui est très poliment répondu que non, mais certains députés ne se gênent pas pour faire la réclame du programme de Sunila qui ambitionne, au moins verbalement, de développer l’assurance vieillesse et d’améliorer la situation de la petite paysannerie. Même la gauche du parti se laisse séduire. Finalement, tous finissent par se partager les présidences de commissions parlementaires afin de sceller ce qui n’est pas officiellement une alliance, mais lui ressemble beaucoup[23]. Durant la grève des dockers, le SDP adopte une attitude ambiguë qui consiste à condamner à la fois l’attitude fermée du patronat (ce qui n’engage à rien) et l’intransigeance de la direction de la SAJ, pourtant toute relative. Quand la STPL dépose une motion de censure contre les nouvelles arrestations de militants ouvriers accusés sans preuves d’espionnage au profit de l’URSS, le groupe parlementaire social-démocrate ne s’y joint pas. Il refuse également, dans sa majorité, de critiquer la politique conservatrice des agrariens en matière de lutte contre le chômage. On observe la même attitude conciliante sur la question des langues : alors que la ligne du parti a toujours été l’apaisement, il laisse passer sans réagir les propos svécophobes de nombreux députés de la majorité[24]. On ne saurait être plus conciliant, au nom du moindre mal, bien entendu[25]. Il faut attendre la fin de l’année 1928 pour voir le groupe parlementaire retrouver quelques vertus combatives lors d’un débat sur les provocations des gardes civiques dans divers endroits du pays[26] qui conduit à la chute du gouvernement Emil Sunila (22 décembre 1928). En principe, le gouvernement Oskari Mantere, composé de membres du Parti progressiste et de « ministres techniciens[27] », est davantage ancré au centre droit que le précédent. Les sociaux-démocrates choisissent néanmoins de ne pas l’attaquer frontalement, se contentant de critiquer certains aspects de sa politique, en particulier sa proposition de loi sur les assurances maladies qui, selon le groupe parlementaire, laisse les plus pauvres à l’écart. Les premiers signes de la crise économique se font déjà sentir et la croissance diminue fortement alors que le chômage augmente à grande vitesse. Peut-être est-ce l’une des causes de cette modération. Toujours est-il que la proposition d’augmenter les salaires des fonctionnaires de haut rang, qui ont subi dans les années 1920 une érosion inquiétante par rapport à l’inflation, met le feu aux poudres. Les partis bourgeois se divisent sur la question et les sociaux-démocrates se dressent en bloc contre cette mesure. Oskari Mantere chute et le Président Relander appelle à de nouvelles élections législatives où le SDP recule en pourcentage alors que la gauche contestataire poursuit sa progression[28].

Or, l’une des clés de compréhension du virage de 1927-1929 est justement la dégradation des rapports entre la social-démocratie et le STPL. Depuis la fin de 1918 et la première amnistie de prisonniers rouges, la rivalité entre le SDP, reconstitué autour de Tanner, et les courants de gauche, plus ou moins proches du SKP en exil, est une constante de la vie politique finlandaise. Après l’expulsion de ces derniers hors du parti et la formation d’un parti d’extrême gauche légal, le SSTP (voir supra), la compétition pour s’emparer des suffrages populaires est très forte. Le SSTP s’appuie sur sa majorité au sein des syndicats et du milieu sportif pour contrer des sociaux-démocrates qui ont un groupe parlementaire plus étoffé et dirigent davantage de municipalités. Durant la période 1925-1926, les relations réciproques semblent s’améliorer : ainsi le social-démocrate Matti Paasivuori obtient la présidence de la SAJ, bien que sa formation y soit minoritaire[29], et des votes communs ont lieu au Parlement. Les choses se gâtent néanmoins à nouveau durant l’année 1927. Pour l’expliquer, on évoque souvent le tournant qui s’esquisse en URSS cette année-là, à la suite de la rupture des relations diplomatiques avec le Royaume-Uni, à la montée de l’opposition contre Staline et à la fin programmée de la Nouvelle politique économique (NEP). Ces événements auraient entraîné un raidissement de la direction stalinienne et un tournant sectaire au sein des partis communistes et alliés. En Finlande, cela se serait manifesté par une campagne de l’extrême gauche contre le gouvernement Tanner qui aurait en quelque sorte incité les sociaux-démocrates à prendre leurs distances avec des alliés improbables[30]. L’explication n’est pas absurde, mais ne rend pas suffisamment compte de la complexité de la situation. En effet, les sociaux-démocrates ont une grande part de responsabilité dans cette rupture. Depuis longtemps au sein de la SAJ, ils font tout pour saboter, le mot n’est pas trop fort, les efforts de la direction d’extrême gauche pour favoriser la discussion avec les syndicats norvégiens et le Profintern (ou Internationale syndicale rouge), donc du même coup entre ladite organisation, dominée par les Soviétiques, et la Fédération syndicale internationale d’Amsterdam, de sensibilité social-démocrate, à laquelle adhère l’organisation finlandaise. Au printemps 1928, une convention entre Norvégiens, Soviétiques et Finlandais est signée. Les sociaux-démocrates de la SAJ en appellent à l’Internationale d’Amsterdam qui non seulement menace la direction de la SAJ, mais refuse une conférence commune avec le Profintern. Cette décision déclenche une guerre au sein de la SAJ qui se déchire dans le courant de l’année 1929, les sociaux-démocrates réalisant leur rêve de créer une organisation dissidente[31]. Quelques mois plus tard, la droite dure, à la suite des pressions exercées par le mouvement populiste violent de Lapua, décide d’interdire la SAJ et la STPL. Cette offensive coïncide avec la captation par les sociaux-démocrates, dans des conditions douteuses, de la direction de l’Union sportive ouvrière (TUL), où les clubs à majorité communiste sont rapidement ostracisés pour avoir osé organiser des rencontres avec des sportifs soviétiques sans permission expresse du centre[32]. De fait, la direction du SDP, en rivalité permanente avec une organisation concurrente qui lui rend la vie difficile et peut à tout moment lui prendre une partie de son électorat, n’hésite pas à utiliser la manière forte pour s’imposer. Elle le fait d’autant plus volontiers que la gauche contestataire finlandaise est confrontée à partir de 1928 à de graves difficultés internes[33]. En effet, un certain nombre de responsables syndicaux et politiques de cette mouvance acceptent mal la nouvelle orientation du Komintern « classe contre classe » qu’ils jugent trop schématique et inadaptable en tant que telle à la situation finlandaise. Ils refusent de l’appliquer en bloc. La direction du SKP ayant déclenché contre eux une campagne de dénigrement, ils se regroupent dans une formation appelée Groupe de gauche ouvrier finlandais (STVR) assez bien implantée dans les villes industrielles du sud. Celle-ci continue de se démarquer du SDP qu’elle juge beaucoup trop réformiste et souligne la nécessité pour les partis nationaux de conserver une marge d’indépendance. Le STVR demeure néanmoins très minoritaire au sein du mouvement ouvrier, mais reste influent dans les syndicats et le mouvement sportif. Il dispose en outre de deux organes de presse à Helsinki et à Vaasa. Le SKP accepte très mal cette concurrence et le ton monte très vite entre les dissidents socialistes de gauche et ceux qui restent fidèles au Komintern. Cette situation met la gauche contestataire en position de faiblesse au moment même où la social-démocratie finlandaise retrouve davantage de sérénité et d’unité autour d’une ligne qui ressemble à s’y méprendre à celle de Tanner, bien que mise en œuvre par une équipe en principe plus à gauche, celle de Väinö Hupli. Dès lors, le recentrage peut se poursuivre sans que cela suscite de fortes oppositions au sein du parti.

Un bilan très mitigé à court et moyen terme

Pour être considérée comme réussie, la stratégie social-démocrate supposait trois acquis principaux : une consolidation du socle électoral, la fin de l’isolement grâce à des alliances durables au centre, ainsi que l’obtention de négociations collectives et de lois sociales ouvrant la voie à l’État-providence. S’il y eut effectivement après 1936 quelques progrès en ce sens, force est de constater que les adhérents et les sympathisants durent se contenter de bien peu avant la fin des années 1940. C’est surtout entre 1929 et 1933 que les déceptions furent les plus grandes, révélant au fond les apories d’une politique se heurtant à des réalités plus fortes qu’elle.

Les élections de 1927 sont un premier coup d’arrêt marqué par un tassement en pourcentage ; celles de 1929 voient le SDP reculer encore d’environ 1 % et perdre un siège[34]. Ce n’est pas un désastre, mais il faut comparer ces chiffres à ceux de l’ennemi plus ou moins déclaré, le STPL. Or, ce dernier, qui a déjà gagné plus de 2 % et deux sièges en 1927, poursuit sa progression en récoltant près d’un point et demi supplémentaire et trois sièges, en dépit de ses divisions et des arrestations qui visent à le décapiter en 1928. Il s’agit de suffrages populaires vraisemblablement gagnés sur la social-démocratie qui a compensé une partie de ces pertes en progressant dans les milieux de la petite bourgeoisie. La stratégie du SDP n’est donc pas entièrement validée par les couches qu’elle prétend représenter.

En ce qui concerne les alliances, les progrès sont pour le moins ténus. Le rapprochement amorcé sous le gouvernement Sunila et les bons rapports entre le Président Relander et Väinö Tanner[35], n’ont pas permis la construction d’une véritable confiance car les deux partis sont séparés, qu’ils le veuillent ou non, par le fossé de sang de 1918, ainsi que par leurs approches différentes de la question des langues et de l’aide sociale. Il s’écoulera près de huit ans avant que les deux partis ne consentent à une expérience commune de gouvernement, à la suite des événements tragiques de 1930-1932 (mouvement de Lapua, putsch de Mäntsälä) qui feront trembler sur ses bases la démocratie parlementaire. Le Parti progressiste pour sa part est en déclin électoral accéléré (il perd dix sièges sur dix-sept en deux élections) et ne peut guère servir de partenaire privilégié. Quant à la droite la plus conservatrice, elle aussi en perte de vitesse, elle n’a aucune envie de rechercher des compromis avec les sociaux-démocrates. En 1930-1931, elle couvre les exactions du mouvement de Lapua et profite des circonstances non seulement pour interdire l’extrême gauche, mais aussi pour placer à la tête du gouvernement un homme qui symbolise la Finlande blanche de 1918 dans ce qu’elle a de plus revanchard, Pehr Evin Svinhufvud[36]. Elle est d’ailleurs suivie à ce moment-là par la majorité des députés du centre et de la droite réunis.

Sur plan social, le rêve des négociations collectives est renvoyé aux calendes grecques par un patronat prêt à tout pour conserver son hégémonie. Les employeurs finlandais ont en effet une longue tradition d’intransigeance vis-à-vis des revendications ouvrières. Avant la Première Guerre mondiale, ils font obstruction au Parlement, par députés interposés, à tous les projets les obligeant un tant soit peu à des dépenses supplémentaires[37], tout en s’appuyant sur les forces de l’ordre tsariste en cas de conflits du travail. Les événements de 1917-1918 sont vécus par eux comme un affreux cauchemar et ils financent généreusement l’armée blanche et les forces de répression. Dans les années 1920, leur haine implacable des rouges et des syndicalistes les mène à employer des méthodes musclées pour s’opposer aux grèves : en 1920, les grosses firmes exportatrices mettent en place une vaste organisation de briseurs de grèves recrutés dans les couches modestes des campagnes conservatrices. Cette Paix des exportations (Vientirauha) est dirigée par un ancien instituteur, militant ultranationaliste et futur animateur du mouvement de Lapua, Martti Pihkala[38]. Elle joue un rôle central dans les grands conflits sociaux des années 1926-1928, entretenant la psychose d’une tentative de déstabilisation révolutionnaire du pays. Dans ces conditions, parler de rapports du travail négociés entre employeurs et syndicats est encore une vue de l’esprit, à moins d’obtenir des accords de branches par une lutte acharnée, donc par une voie différente de celle préconisée par la direction du SDP. Quant aux fruits sociaux de la participation gouvernementale, ils se réduisent à peu de choses avant 1937, date à laquelle se met en place un gouvernement dit de « terre rouge », à savoir une alliance entre agrariens et sociaux-démocrates qui rappelle de loin les alliances à la scandinave entre sociaux-démocrates et partis paysans. Au demeurant, les réformes votées à la fin des années 1930 sont très en retard par rapport à celles votées dans les autres pays du Nord, Islande exceptée.

Attribuer a posteriori la paternité de l’État-providence et de la démocratie au virage social-démocrate de 1926-1928, comme le font implicitement trop d’auteurs, est en réalité une reconstruction historique qui tient peu compte d’une conjoncture complexe et des contradictions du processus. Au demeurant, beaucoup de dirigeants sociaux-démocrates impliqués dans ce virage[39] choisiront en 1944 de rejoindre les communistes au sein de SKDL (Union des démocrates populaires de Finlande), ce qui en dit long sur leurs déceptions intimes.

La social-démocratie finlandaise avait amorcé son virage réformiste dès avril 1918. Mais jusqu’en 1925, elle restait encore fidèle à certains principes pour lesquels elle avait été fondée, en particulier la lutte de classe et la construction d’une société socialiste. À partir de 1926, elle entre dans une autre phase, que l’expérience gouvernementale minoritaire de 1927 ne fait que consolider. Désormais, il est surtout question de s’intégrer dans la société dominante et d’utiliser ses règles pour obtenir quelques avantages en faveur de l’électorat populaire et des classes moyennes. Se dirigeant à vive allure vers de nouveaux horizons, le Parti social-démocrate finlandais pense laisser définitivement en arrière son concurrent communiste en recherchant les faveurs d’un centre introuvable et celle des agrariens. La perspective d’une marginalisation de la gauche de contestation, jamais épargnée par les arrestations et les tracasseries policières, ne l’émeut guère car il pense tirer les marrons du feu.

C’est sans compter sur les nombreux obstacles qui se dressent sur sa route : les chaos du mouvement social, qui ne s’en laisse pas compter par les vagues promesses de changement ; l’entêtement des électeurs de gauche, dont une partie rêve encore d’unité prolétarienne ; la détermination, enfin, des hommes de main de la Vientirauha ou celle des revanchards de 1919 qui n’ont pas digéré la renaissance de la gauche et du mouvement ouvrier.

De fait, la direction du SDP a mal calculé, semble-t-il, les problèmes inhérents à la situation politique et à ses espérances encore chimériques d’alliance. Les milieux populaires, ne voyant venir aucun acquis social, risquent à terme de se détourner d’elle. De fait, la triste expérience de la profonde crise économique de 1930-1932, les violences du mouvement de Lapua contre tous ceux qu’il baptise sans distinction de « marxistes », ainsi que le retour de Svinhufvud à la tête d’une droite à l’offensive bouchent bientôt la voie qu’elle souhaitait emprunter, ouvrant des jours amers pour toute la gauche et les pauvres gens. « On ne fait pas de bois sans copeaux » dit un proverbe finlandais. Mais est-ce vraiment une consolation ?

Pour citer cet article : Maurice Carrez, « Dangereux virage ? Les choix politiques des sociaux-démocrates finlandais à la fin des années 1920 », Histoire@Politique, n° 31, janvier-avril 2017, [en ligne], www.histoire-politique.fr

Notes :

[1] Le Parti social-démocrate finlandais (SDP) est né en 1903 au congrès de Forssa. Il devient peu après membre de la IIe Internationale. En son sein coexistent dès l’origine diverses tendances, les unes plutôt révisionnistes, les autres proches du courant inspiré par Karl Kautsky en Allemagne. Leurs rapports réciproques se sont tendus dès avant 1914 et les événements de 1917 n’ont fait qu’éloigner la droite et la gauche du parti. Quand la direction kautskiste finit par céder fin 1917-début 1918 aux injonctions des Gardes rouges et d’une classe ouvrière radicalisée, la rupture est déjà consommée. La droite du SDP, autour de Väinö Tanner, choisit de se tenir à l’écart, accusant la gauche et le centre de suivre une ligne d’aventure en se mettant à la remorque du nouveau pouvoir bolchevique. En fait, la plupart des dirigeants du soulèvement ignorent pratiquement tout des idées de Lénine et les bolcheviks, bien qu’ayant vivement incité ces derniers à déclencher une révolution, se trouvent rapidement dans l’incapacité de les aider du fait de la négociation puis de la signature des accords de Brest-Litovsk.

[2] Ils avaient été à la tête du gouvernement autonome de mars à juillet 1917 (gouvernement Oskari Tokoi).

[3] Väinö Tanner n’était pas avant 1917 un dirigeant social-démocrate de premier plan. Il était surtout l’un des chefs de la tendance la plus droitière du parti. En revanche, il avait un certain poids au sein du groupe parlementaire et fut désigné par les instances dirigeantes en mars 1917 comme membre du Sénat (gouvernement autonome) à majorité social-démocrate, dirigé par Oskari Tokoi. Durant l’été 1917, après la dissolution par le gouvernement de Kerenski du parlement à majorité social-démocrate, il quitta son ministère de très mauvais gré, sous la pression de la commission exécutive du SDP, dont il contestait déjà l’autorité.

[4] L’existence d’une minorité linguistique et une interminable querelle à propos de la langue officielle ont favorisé l’émergence de cette formation dès les années 1850.

[5] Le siège du Parti social-démocrate se trouvait alors rue du Cirque (Sirkuskatu) à Helsinki.

[6] Il existe une synthèse en français sur la vie politique en Finlande : Osmo Jussila, Seppo Hentilä & Jukka Nevakivi, Histoire politique de la Finlande XIXe-XXe siècle, Paris, Fayard, 1999. On peut l’utiliser avec profit pour les années 1920, même si elle toujours très bienveillante avec les sociaux-démocrates…

[7] C’est K. J. Ståhlberg qui est élu avec l’apport des grands électeurs sociaux-démocrates car il a fait campagne autour de la question de l’amnistie contre laquelle la Coalition nationale est vent debout.

[8] Qualifier ce courant de communiste est un abus de langage. Il regroupe en fait des éléments radicalisés de diverses origines. Ses liens avec le SKP (sigle finnois du Parti communiste finlandais) sont réels, mais il n’y a pas de subordination absolue à la ligne fixée par Moscou.

[9] L’Organisation syndicale finlandaise (SAJ) est née assez tardivement en 1907. Avant 1914, elle est loin d’avoir la puissance de ses homologues scandinaves, allemande ou britannique. Au sortir de la guerre civile, elle se remet peu à peu en état de marche malgré la perte de nombreux cadres, tués ou emprisonnés. Il s’avère rapidement que la gauche de la gauche domine une majorité de fédérations professionnelles et de sections, en particulier dans la capitale. Les militants sociaux-démocrates se trouvent dans l’impossibilité de faire scission. Finalement un compromis est trouvé : Matti Paasivuori, l’un des chefs sociaux-démocrates, est placé à la tête de l’organisation, comme avant-guerre, tandis que le secrétariat reste aux mains du SSTP. Mais l’équilibre reste constamment fragile.

[10] Maurice Carrez, « Des muscles et de la moelle : le sport ouvrier en Finlande avant 1930 », Recherche socialiste, n° 70-71, juin 2015, pp. 85-102.

[11] Cette inflexion de la ligne du Komintern sous Boukharine est mise en évidence par Serge Wolikow, l’Internationale communiste (1919-1943). Le Komintern ou le rêve déchu du parti mondial de la révolution, Paris, Les éditions de l’Atelier, 2010, 1ère partie, chap. 3.

[12] Cité par Hannu Soikkanen, Kohti kansanvalta  (Vers la démocratie), Helsinki, SDP : n toimikunta, 1975, tome 1 : « 1899-1937 », p. 449. Ces paroles sont prononcées lors de la réunion du Conseil du parti du 2 décembre 1926 qui entérine l’idée d’une participation gouvernementale.

[13] Ilkka Hakalehto, Suomen kommunistinen puolue ja sen vaikutus poliittiseen ja ammatilliseen työväenliikkeeseen 1918-1928 (Le Parti communiste finlandais et son influence sur le mouvement ouvrier syndical et politique 1918-1928), Helsinki, WSOY, 1966, p. 290 ; en anglais, une courte synthèse de David Kirby sur le mouvement ouvrier finlandais, dans Steven Salter & John Stevenson (dir.), The Working Class and Politics in Europe and America 1919-1945, Oxon/New York, Routledge, 2e édition, 1994, pp. 41-61.

[14] La principale, la STK (Centrale des employeurs finlandais) regroupe, en 1928, 489 groupes d’entreprises employant au total 82 000 personnes dans tous les secteurs économiques.

[15] Chiffres officiels cités par Pirjo Ala-Kapee et Marjaana Valkonen, Yhdessä elämä turvalliseksi. SAK :laisen ammattiyhdistysliikkeen kehitys vuoteen 1930 (Ensemble pour une vie plus sûre. L’évolution du mouvement syndical SAK jusqu’en 1930), Helsinki, SAK, 1982, pp. 714-15.

[16] Située à l’ouest d’Helsinki sur la côte, face à Stockholm, cette ville portuaire et industrielle est alors la deuxième de Finlande. La ville de Turku a été pendant six siècles et jusqu’en 1819 la capitale du pays.

[17] Pirjo Ala-Kapee et Marjana Valkonen, op. cit., pp. 718-729.

[18] Tauno Saarela, Suomen kommunismi ja vallankumous 1923-1930(Le communisme finlandais et la révolution 1923-1930), Helsinki, SKS, 2008, pp. 257-270. L’auteur montre clairement que le SKP n’est pas derrière les grèves de 1927 et 1928, même s’il appelle à les soutenir.

[19] En pointe de ladite campagne, on retrouve Hufvudstadsbladet (Le Journal de la capitale), le principal organe du Parti suédois, mais aussi Helsingin Sanomat (Le messager de Helsinki), organe de centre droit très anticommuniste.

[20] Hannu Soikkanen, op. cit., pp. 418-422 et pp. 476-486 ; Marjaliisa Hentilä, Sovittelija. Matti Paasivuori (Le conciliateur. Matti Paasivuori), Helsinki, Työväenarkisto, 2013, chap. 6.

[21] Hannu Soikkanen, op. cit., pp. 457 sq.

[22] Il s’agit de milices paramilitaires légales qui sont les héritières des gardes blanches de 1917. Organisées à l’échelle nationale, elles ont une section dans pratiquement chaque commune. Certaines soutiendront en 1932 le putsch d’extrême droite de Mäntsälä.

[23] Ibidem, p. 476.

[24] Ibidem, p. 481.

[25] D’après la rhétorique du parti, le mal absolu serait une alliance gouvernementale de tous les partis pro-finnois (fennomanes) qui tirerait les agrariens vers la droite.

[26] À Tampere, ville social-démocrate par excellence, où la répression des blancs a fait en 1918 des milliers de morts, des gardes civiques en civil viennent par exemple planter leur drapeau sur le toit de la mairie, au grand scandale de la population.

[27] Parmi ces « techniciens », Anton Kotonen, un ancien social-démocrate passé à droite (puis à l’extrême droite dans les années 1930) et qui fut le mentor de Tanner (et un temps son employeur) dans les années 1907-1914.

[28] Entre 1924 et 1929, le SDP a reculé en pourcentage de 1,6 % alors que STPL a gagné 3 %. Ce dernier a d’ailleurs une progression en voix sept fois plus importante que les sociaux-démocrates. Le grand perdant du scrutin de 1929 reste toutefois la Coalition nationale (recul de plus de 3 % par rapport aux élections de 1927) au profit de l’Union agraire.

[29] Marjaliisa Hentilä, op. cit., pp. 241-242.

[30] C’est la thèse retenue par Hannu Soikkanen, op. cit., pp. 462-464, Marjaliisa Hentilä, op. cit., p. 248 ; John Hodgson, Communism in Finland : a History and Interpretation, Princeton, PUP, 1967, chap. 5 ; Anthony Upton, Kommunismi Suomessa (Le communisme en Finlande), Helsinki, kirjayhtymä, 1970, pp. 102-103 (il existe une version anglaise « Communism in Finland », dans History of the Communist Parties of Scandinavia and Finland, Londres, Weidenfeld & Nicolson, 1969).

[31] Ilkka Hakalehto, op. cit., pp. 299-302.

[32] Maurice Carrez, « Des muscles et de la moelle… », art. cit.

[33] Tauno Saarela, op. cit., pp. 293-302 ; Anthony Upton, op. cit., pp. 90-104 ; de bons éléments aussi dans Jorma Virtanen, Suomen ammattijärjestö poliittisen työväenliikkeen eri suuntausten toimintakenttänä 1928-1930 (La SAJ comme champ d’action des différents courants du mouvement ouvrier 1928-1930), Turku, Turun yliopiston poliittisen historian laitos, 1983.

[34] Le SDP reste de justesse le premier parti du pays avec 27 %, mais il n’a plus le groupe parlementaire le plus nombreux puisque les agrariens obtiennent 60 sièges contre 59.

[35] Voici par exemple ce qu’écrit Tanner à Relander le 24 décembre 1927, quelques jours après sa démission du poste de Premier ministre : « L’année écoulée au sein de notre attelage commun a été pour moi, sous maints rapports, instructive et profitable… La relation confiante et ouverte qui a régné entre nous appartient aux souvenirs les plus lumineux de cet exercice. Grâce à ta douceur naturelle et à ta spontanéité tu as réussi à la faire exister… ». Archives nationales finlandaises, Fonds Relander.

[36] P.E. Svinhufvud est alors un homme politique très expérimenté. Opposant de la première heure à la normalisation que voulait imposer Saint-Pétersbourg à la Finlande, il a connu plusieurs fois la prison ou l’exil avant 1917, d’où sa popularité. Nommé président du Sénat (c’est-à-dire chef du gouvernement) fin 1917, c’est lui qui négocie l’alliance avec l’Allemagne pendant la guerre civile et se met à la tête du courant monarchiste. Écarté au profit de Mannerheim fin 1918, parce que trop lié à Berlin, il s’éloigne quelque peu de la vie politique pour s’occuper des gardes civiques. Il est toutefois candidat malheureux lors de l’élection présidentielle de 1925 et ne revient vraiment au premier plan qu’après l’émergence du mouvement de Lapua.

[37] Maurice Carrez, La fabrique d’un révolutionnaire. Otto Wilhelm Kuusinen (1881-1918). Réflexions sur l’engagement politique d’un dirigeant social-démocrate finlandais, Toulouse, Méridiennes, 2008, tome 1, chap. VI à VIII.

[38] Martti Pihkala appartient à la célèbre famille Gummerus, très impliquée dans le mouvement activiste. Fils de pasteur, ses frères sont l’évêque de Tampere, Jaakko Gummerus, le célèbre idéologue du sport, homme de droite résolu, Lauri « Tahko » Pihkala, et l’agronome Rurik Pihkala. Son oncle n’est autre que le célèbre éditeur et écrivain Jaakko Gummerus. Martti Pihkala est un adepte de la stérilisation et de l’amélioration de la « race » finlandaise, comme son frère Tahko. À noter que la «  finnisation » des noms de famille était très à la mode au début du XXe siècle dans les milieux nationalistes.

[39] Par exemple, Karl Wiik, Reinhold Svento et Johan Helo, tous membres de la Commission exécutive entre 1926 et 1930.

Maurice Carrez

Maurice Carrez, né en 1955, ancien élève de l’École normale supérieure, agrégé d’histoire, est professeur d’histoire contemporaine à l’Université de Strasbourg (IEP). Il est directeur adjoint de l’UMR 7367 « Dynamiques européennes », délégué scientifique du Haut conseil d’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (HCERES), directeur scientifique de la Revue d’histoire nordique/Nordic Historical Review. Spécialisé en histoire socio-politique des pays du Nord et en histoire du sport, il a notamment publié : « Les violences de la guerre civile finlandaise de 1918 : enjeux d’histoire, enjeux de mémoire » (Las violencias de la guerra civil finlandesa : los retos historicos y memoriales/ The Finnish Civil War violences : historical and mémorial challenges), Hispania Nova. Primera revista de historia contemporanea on-line en castellano. Secunda Época, n° 13, dossier spécial sur les guerres civiles en Finlande, Grèce et Argentine, mars 2015, pp. 247-265,  http://e-revistas.uc3m.es/index.php/HISPNOV/index.) ; « La neutralité scandinave durant la Première Guerre mondiale : un pari plutôt risqué ? » (Relations internationales, n° 160, février 2015, pp. 71-93) ; « Les débuts de la Première Guerre mondiale dans l’Espace baltique et en Scandinavie : introduction » (Revue d’histoire nordique [Nordic Historical Review], n° 15, décembre 2012, pp. 11-14) ; Edgar Faure (1908-1988). La robe, la plume et la politique (Pontarlier/Fleurier, Éditions du Belvédère, 2012, 256 p.).

Mots clefs :  Parti social-démocrate finlandais ; années 1920 ; recentrage ; alternance ; anticommunisme ; Social-Democratic Party of Finland; 1920s; Recentering; Political Alternation; Anti-Communism.

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  • ISSN 1954-3670