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Comptes rendus
   

Claire Garnier et Laurent Le Bon (dir.), 1917. Catalogue de l’exposition tenue au Centre Pompidou de Metz du 26 mai au 24 septembre 2012 , en partenariat avec la Direction de la Mémoire, du Patrimoine et des Archives du ministère de la Défense

Expositions | 28.09.2012 | François Cochet
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Affiche de l'exposition "1917", Centre Pompidou de MetzL’exposition 1917 a connu à Metz un bon succès. Construite sur l’idée d’une exposition dédiée à une unique année, elle n’est pas la première du genre. Séville s’y est essayée en 1992 dans « L’art autour de 1492 », l’année « 1912 » a fait l’objet de deux expositions, l’une à Cologne en 1962 et l’autre à Winnipeg. En 2000 a été montée, au Grand Palais, une exposition consacrée à « 1900 ». L’idée de dédier une exposition à une année précise a donc déjà été expérimentée. Pourquoi l’année 1917 ? Les auteurs de l’exposition ont voulu en faire l’année d’un changement de paradigme et l’apparition de la mondialisation. On pourrait leur rétorquer que la « mondialisation » n’attend certes pas 1917 pour s’exprimer dans bien des registres et qu’il y a là plutôt une ignorance du passé qu’une vraie nouveauté. De manière plus intéressante, cette année se situe effectivement en termes de mutation par rapport aux évolutions artistiques, notamment dans l’œuvre de Picasso. « Date-écrin », selon Laurent Le Bon, c’est effectivement aussi une date-prétexte, appuyée sur une des années les plus complexes dans la Grande Guerre. Année des espoirs militaires, puis d’un doute majeur dans l’armée française, année de lassitude dans les sociétés de l’arrière, année de deux révolutions en Russie, ce millésime mérite effectivement que l’on s’interroge sur sa signification artistique, mise en relation avec le climat de la guerre. L’exposition n’a pas prétendu à l’exhaustivité, ce qui aurait d’ailleurs été inepte, et le catalogue reprend une formule identique. « 1917 » revendique le fait d’être une exposition chronologico-thématique. Il s’agit « d’une carte visuelle d’un moment précis accrochée au mur comme un immense collage et pas seulement "une unité factice entre éléments hétérogènes", selon les mots d’Antoine Prost », comme l’avance Laurent Le Bon.

La justification du choix de l’année étant faite, il reste à parler de l’organisation interne du catalogue de l’exposition. La première partie est consacrée à une série « d’essais ». Ceux de Laurent Le Bon et de Claire Garnier légitiment les choix de thématiques, ce qui paraît naturel de la part des commissaires de l’exposition. Claire Garnier, visiblement peu au fait des réalités militaires, confond stratégie et tactique, entre autres. Philippe Dagen remet en perspective les questions de la création artistique en temps de guerre. Il s’interroge sur la compromission de l’artiste face à la guerre, par rapport aux autres modes de représentations – dont la photographie – en plein développement lors du premier conflit mondial. Il en déduit des solutions d’esquive ou de refus de l’engagement de la part des artistes, ce qui semble assez compatible avec certaines stratégies des combattants eux-mêmes. Annette Becker reprend une part de son ouvrage consacré à Apollinaire en y associant la notion de camouflage, qu’elle tente de conceptualiser. Jean-Jacques Lebel se référant à l’esprit dada comme à Apollinaire, décidément fort sollicité, inscrit sa contribution intitulée « une concomitance énigmatique » dans sa proximité personnelle avec André Breton et dans la foulée des travaux de Levi-Strauss, à ses yeux méconnus des historiens, et jette une filiation intellectuelle entre les mutineries de 1917 et le dadaïsme, ce qui ne va pas sans interroger l’historien. Les contributions de Nicholas J. Saunders et de Patrice Warin sur l’artisanat de « tranchées » posent des questions intéressantes, ne précisant pas, pour autant, que ces productions relèvent bien davantage de l’arrière-front que des combattants eux-mêmes.

La deuxième partie de l’ouvrage explore l’année 1917 « de A à Z » par plusieurs centaines de rubriques, allant de Pierre Abadie à Henri-Achille Zo. Il s’agit là d’une entreprise de définition et de « savoir en miettes » intéressant, qui reprend partiellement le travail encyclopédique construit autour de 2008 par plusieurs dictionnaires et encyclopédies.

La troisième partie est constituée par un almanach de l’année 1917. Là aussi, le terrain a été bien défriché par une récente et excellente Chronologie commentée de la Première Guerre mondiale, due à Remy Porte et parue chez Perrin avant la publication du catalogue. La dernière partie de l’ouvrage présente l’appareil scientifique de l’exposition. Liste des contributeurs et des œuvres exposées, index, constituent un outil de travail qui subsistera après la fin de l’exposition.

Au final, le catalogue, luxueux et avec des reproductions de qualité, s’inscrit dans la durée et constitue une base intéressante d’approche de l’année 1917. Les choix éditoriaux des commissaires de l’exposition s’appuient surtout sur des approches littéraires et de l’histoire de l’art. Il est dommage que des lectures sociales et militaires n’aient pas été retenues pour compléter l’ensemble.

Notes :

 

François Cochet

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  • ISSN 1954-3670