Histoire@Politique : Politique, culture et société

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Histoire du logo de deux « partis frères » entre France et Italie (1972-2016)

Valérie Igounet, Pauline Picco
Résumé :

« Histoire du logo de deux “partis-frères” entre France et Italie (1972-2016) » Quarante ans d’histoire de gestion d’un logo par deux « partis-frères », le (...)

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Nous sommes en octobre 2011, en Italie. Marine Le Pen présente l’édition de sa biographie À Contre-flots[1]. Un dialogue s’instaure entre Assunta Almirante – la veuve de Giorgio Almirante, fondateur du Movimento sociale italiano (MSI) –, un homme de l’assistance et la toute nouvelle présidente du Front national (FN). Les quelques paroles au sujet du logo des deux partis d’extrême droite sont révélatrices. Assunta Almirante rappelle à Marine Le Pen la filiation italienne dans la genèse du FN :

« Assunta Almirante : « Elle le sait qu’on lui a donné notre symbole.

L’homme : Vous avez conservé la flamme.

Marine Le Pen : Ah, on vous l’a empruntée, on a soufflé dessus.

Assunta Almirante : J’aimerai dire un mot à mon amie que je connais depuis de nombreuses années. Je vous rappelle que le FN a vu le jour avec Jean-Marie Le Pen et Giorgio Almirante. Nous sommes très heureux qu’elle prenne la relève de son père[2]. »

Des liens idéologiques et financiers, un logo commun et quasi similaire, des présidents-fondateurs qui sont restés en contact pendant plusieurs décennies : FN et MSI entretiennent des relations pendant de nombreuses années. Fondé en décembre 1946, le Movimento sociale italiano rassemble des groupes, des mouvements et des fronts créés au sortir de la guerre et qui se réclament plus ou moins explicitement du régime fasciste et/ou de la République sociale italienne (RSI)[3]. S’il ne participe à aucun gouvernement dans l’après-guerre, le MSI est toutefois loin d’être une force négligeable au sein du paysage politique italien. Solidement enraciné dans la péninsule grâce à un réseau ramifié de sections locales, le parti recueille lors des élections législatives, de 1953 à 1968, une moyenne de 5,5 % des voix à l’échelle nationale et obtient une vingtaine de représentants à la Chambre des députés. Il constitue, de ce fait, un exemple pour l’extrême droite européenne.

L’admiration des militants français pour le modèle italien renvoie à un héritage politique et culturel qui s’inscrit dans le temps long de l’histoire des extrêmes droites au XXsiècle. Déjà dans les années 1930, les militants du Parti populaire français (PPF) de Jacques Doriot témoignaient de leur fascination pour le régime fasciste. Près de quatre décennies plus tard, Ordre nouveau (ON), le groupuscule politique à l’origine du FN, manifeste un intérêt continu pour le MSI, érigé en véritable mythe politique[4]. L’idéologue d’extrême droite François Duprat porte un regard intéressé sur ses homologues italiens. Il leur consacre d’ailleurs un ouvrage intitulé L’Ascension du MSI[5], publié par Maurice Bardèche aux éditions des Sept Couleurs. Alors que le MSI connaît, entre 1970 et 1972, des résultats électoraux sans précédent[6], Ordre nouveau s’approprie la « victoire permanente[7] » des Italiens. L’Italie est érigée en horizon politique de substitution pour ses militants. Parallèlement, le MSI s’impose comme un modèle organisationnel et stratégique pour une extrême droite française en cours d’unification. En février 1972, le parti italien conclut une alliance avec les monarchistes du Partito democratico italiano di unità monarchica (PDIUM). Il poursuit ainsi la stratégie politique d’Almirante qui vise à faire du MSI-Destra nazionale le pôle d’agrégation de toutes les forces anticommunistes en Italie. À cette occasion, le parti modifie son logo : la flamme tricolore est désormais encerclée et l’expression Destra nazionale (Droite nationale) y figure, symbolisant l’intégration du parti monarchique au sein du parti d’extrême droite[8] (Figure 1).

Logo du MSI-DN. Sources : Archives privées. Ces archives sont constituées de documents internes au FN. © Droits réservés.

Figure 1 : Logo du MSI-DN. Sources : Archives privées. Ces archives sont constituées de documents internes au FN. © Droits réservés.

En octobre 1972, lors du lancement du Front national, Ordre nouveau s’empare de la formule « Destra nazionale » : il s’agit alors de signifier officiellement, « aux yeux de tous, que le nouveau Front entend suivre en France la même tactique de Destra nazionale – Droite nationale que pratique depuis deux ans le MSI d’Almirante en accumulant les succès[9] ».

C’est à partir de ce transfert culturel, dans une relation de dépendance et dans une perspective résolument mimétique à l’égard de son homologue italien, qu’est créé le Front national à l’automne 1972. Il faudra au parti de Jean-Marie Le Pen de longues années pour s’émanciper de son modèle[10]. Sur ce point, l’appropriation de la flamme italienne par le FN ne fait pas que montrer l’importance du modèle et de l’héritage italiens. La circulation du symbole et sa reprise par le FN témoignent également des liens idéologiques et financiers qui unissent les partis d’extrême droite des deux côtés des Alpes. Surtout, la flamme symbolise une affiliation à une certaine mystique fasciste[11]. Elle enjoint à la fidélité au passé et projette vers l’avenir[12].

La flamme tricolore représente bien un enjeu pour le FN qui cherche à s’imposer comme le seul interlocuteur français du MSI. Les premiers succès électoraux du Front national en 1983-1984 permettent au parti français de rééquilibrer ses relations avec le « parti frère[13] » italien. Dès sa création en 1969, Ordre nouveau emploie en effet cette expression pour désigner le MSI et souligner son rapport privilégié avec le parti italien. Puis, pendant les années 1990, Bruno Mégret cherche à s’émanciper officiellement de l’héritage et du modèle italiens. Pour le délégué général, si le FN veut parvenir au pouvoir, il doit évoluer et changer d’image. Le Front national doit dès lors s’affranchir des périodes précédentes, notamment celle de la fondation du FN. Il s’agit là de l’un des piliers de la stratégie de « dédiabolisation » mise en place par Bruno Mégret.

Le logo de deux « partis frères »

La flamme : un transfert culturel et idéologique

Le 5 octobre 1972, le Front national pour l’unité française (FNUF) voit le jour à la salle des Horticulteurs, à Paris, dans le cadre d’une réunion privée. Sa constitution légale date du 27 octobre 1972, jour du dépôt de ses statuts à la préfecture de Police de Paris. Dès son apparition, le parti est appelé Front national. Son logo représente une flamme bleu-blanc-rouge, plantée sur un socle rouge, où le nom du parti se détache en lettres blanches. Elle se substitue à la croix celtique d’Ordre nouveau. Dès les origines du FN, la flamme tricolore est utilisée de manière continue et évolutive. Elle représente d’ailleurs une « constante dans la tradition visuelle du nationalisme français et le Front national n’est pas le premier parti moderne à s’en saisir[14] ».

Figure 2. Première flamme du FN, 1972. Sources : Archives privées. © Droits réservés

Figure 2. Première flamme du FN, 1972. Sources : Archives privées. © Droits réservés

Mis à part les couleurs du drapeau français, le graphisme du logo se superpose trait pour trait à celui du MSI. Quelques jours après la création du FN, Jean-Marie Le Pen justifie ce mimétisme ainsi :

« Je crois qu’il ne faut pas tirer des conclusions de ces graphismes identiques. Nous avons utilisé cette flamme tricolore parce qu’elle nous paraît la plus jolie sur le marché graphique. Quant au slogan, qui a peut-être été utilisé par le MSI et que nous utilisons, il correspond peut-être à une identité de situation et de danger mais je peux vous dire personnellement que je n’ai aucun contact avec le MSI italien[15]. »

Le président du Front national omet volontairement plusieurs données fondamentales pour tenter d’expliquer le choix du premier logo de son parti. Si le FN l’adopte, c’est parce qu’il n’a pas les moyens financiers de faire autrement. Durant sa première décennie d’existence, le parti d’extrême droite n’a ni les réserves financières, ni les moyens logistiques pour conceptualiser un logo. Lorsqu’ils arrivent avec les affiches italiennes, explique Frank Marest (le graphiste de l’Atelier de propagande du Front national pendant les années 1990), les hommes du FN « ne se cassent pas la tête. La flamme est dans un rond et ils ne vont même pas essayer de faire une nouvelle forme. Pas besoin de la détourer. C’est pratique. Ils enlèvent simplement ce qu’il y a dans le rond et y mettent leur flamme[16] ».

Mais c’est évidemment, avant tout, dans la filiation idéologique que s’expliquent et que se justifient la genèse et l’histoire de la première flamme du FN. La formation politique italienne représente une organisation phare pour le parti français émergent qui ne cesse de suivre son ascension, de s’inspirer de l’exemple de ses « camarades italiens[17] » et de lui apporter un « soutien sans réserve[18] ». Appui symbolique et moral mais également soutien financier qui marquent durablement les relations entre les partis d’extrême droite, de part et d’autre des Alpes.

Le soutien financier du MSI

C’est au cours d’un congrès à Rome (7-9 novembre 1969), pendant lequel se réunissent des mouvements de jeunes nationaux révolutionnaires à l’initiative du MSI et de la revue portugaise Vanguardia, que des rapports amicaux se seraient établis entre les dirigeants du MSI et l’avocat parisien Jean-François Galvaire, accompagné d’une délégation de six personnes appartenant au Front anticommuniste français. À partir de cette date, Jean-François Galvaire retourne en Italie pour y rencontrer des responsables du mouvement italien. En retour, ces derniers participent aux travaux du « pré-congrès » puis au congrès constitutif d’Ordre nouveau de mai 1970. Le groupe français obtient alors l’assurance de recevoir gratuitement divers matériels et fournitures. Le MSI s’engage à faire fabriquer, à ses frais, deux mille insignes représentant la croix celtique et à procéder à l’impression de deux séries de 5 000 affiches – qui permettent à Ordre nouveau de faire connaître la tenue de son meeting à la Mutualité – et de diverses brochures[19].

Dès lors, les dirigeants d’Ordre nouveau se rendent régulièrement à Rome où ils rencontrent les responsables du MSI. En 1972, François Brigneau et François Duprat concluent un accord avec le MSI afin que ce dernier fournisse gratuitement des imprimés pour les élections législatives de 1973. Au total, selon un rapport des services de renseignements français, l’aide matérielle du parti italien pour les élections législatives doit porter, sur la fourniture, à « titre gratuit, de travaux d’impression pour un montant global évalué à 1 300 000 francs, ainsi réparti :

- 100 000 affiches dites « d’entretien » (1 000 par candidat) ; (novembre-décembre 1972) ;

- 500 000 affiches dites « géantes » (5 000 par candidat) (janvier et février 1973) ;

- 500 000 journaux (5 000 par candidat) (début 1973) ;

- 1 000 000 (10 000 par candidats) de papillons autocollants.

Il semble que, pour l’essentiel, cette aide ait été fournie[20] ».

La somme mentionnée par les services français de renseignements – 1 300 000 francs – parait extrêmement élevée[21]. Le FN des années 1970 se caractérise, notamment, par sa faible capacité financière. S’agit-il d’anciens francs ? Le montant de la somme est-il erroné ? Une ou des personnes ont-elles profité personnellement de ce gain ?

Roger Holeindre l’affirme : c’est le MSI qui a « fourni les tonnes d’affiches avec la flamme[22] », utilisées pour les premières campagnes. Jean-Marie Le Pen confirme bien plus tard, et du bout des lèvres, le financement italien[23]. Il ajoute que les animateurs du FN étaient « extrêmement pauvres et démunis et cet apport que faisait Ordre Nouveau (sic) à la campagne Front National a été accueilli avec beaucoup de plaisir[24] ». Plus tard, des affiches électorales du FN s’inspireront directement de celles du MSI. Il en est ainsi du slogan « Avec nous, avant qu’il ne soit trop tard ! ».

Enfin, la première flamme et le sigle « MSI » qui y figurent ont un sens étroitement lié à la mystique fasciste : « Mussolini Sempre immortale » (« Mussolini toujours immortel »)[25]. Le socle de la flamme représente la tombe de Mussolini à Predappio, renaissant éternellement. Les paroles du président du FN n’expriment donc, en aucun cas, la réalité historique. À la fondation du FN, les relations entre les formations politiques française et italienne sont déjà anciennes. Elles perdurent pendant plusieurs années.

Pour les élections suivantes, le FN disposera d’une importante réserve d’affiches. Des milliers d’affiches « flammes », imprimées par le MSI, restent entassées au siège ; un stock d’affiches à plat d’environ 1 m 30 de hauteur, réparti dans la cuisine du siège du FN, rue de Surène, approvisionne pendant plusieurs années les fédérations. Aussi, le Front national n’a-t-il aucune dépense immédiate sur ce plan.

C’est donc un substantiel soutien financier, dédié notamment à la propagande, qui est apporté par le MSI à son « parti-frère », soutien qui devient dès lors un véritable enjeu de légitimation et de survie pour les extrêmes droites françaises.

Le double-jeu du MSI

Le déséquilibre structurel des forces entre les deux partis se maintient jusqu’au début des années 1980 et marque profondément les relations italo-françaises du sceau de la dépendance. Les enjeux politiques et financiers sont donc majeurs pour l’extrême droite française, de nouveau divisée à partir de 1973 et qui se dispute le soutien du MSI tout au long des années 1970.

Dans ce contexte, le MSI s’adonne à un double jeu qui lui permet de maintenir son ascendant sur les partis français. Un rapport de la Direction centrale des Renseignements généraux (DCRG) portant sur « l’activité du Front National », daté du 11 mars 1974, souligne que, face aux difficultés rencontrées par le FN à la suite de la scission d’Ordre nouveau, une « approche » aurait été effectuée auprès du Mouvement social italien[26]. Le trésorier adjoint du Front national aurait rencontré, au printemps 1974, à Rome, le secrétaire général Giorgio Almirante, « qui lui aurait donné l’assurance que son parti reconnaissait désormais le “front national” comme le représentant du nationalisme français et le seul interlocuteur du MSI en France ». L’aide matérielle apportée à Ordre nouveau « pourrait donc éventuellement profiter dans l’avenir au “Front National”[27] ». Les services de renseignements perçoivent très nettement la concurrence à laquelle se livrent les partis français. Ils soulignent, en juillet 1974, que « les dirigeants du Front national s’attachent à nouer de solides relations avec le MSI et d’évincer auprès de celui-ci les dirigeants de l’ex Ordre Nouveau qui avaient pris des contacts antérieurs[28] ».

Le parti italien cherche, sans doute, à ménager les deux forces en présence. Il leur accorde tour à tour son attention : ainsi, un représentant du MSI est présent lors du 2e congrès du Front national en juillet 1974, mais c’est également le cas, quelques mois plus tard, lors du congrès constitutif du Parti des forces nouvelles (PFN), organisé du 9 au 11 novembre 1974[29]. Avec l’apparition de cette nouvelle formation politique, essentiellement composée d’anciens d’Ordre nouveau, l’extrême droite française renoue avec une longue tradition de divisions internes.

FN et PFN cherchent tous deux à représenter la famille de l’extrême droite française. La fin de l’année 1973 constitue bien, en France, une période de transition et de scission cruciale pour l’extrême droite en recomposition, après l’expérience unificatrice du Front national. L’ « affrontement » entre les deux partis est sanctionné, en 1978, par la victoire du PFN dans le cadre de sa participation à l’Eurodroite[30]. Ce n’est qu’à la faveur de la disparition progressive du PFN à la fin de l’année 1984 que les états-majors du FN et du MSI reprennent une collaboration active, désormais marquée par une émancipation des Français à l’égard de leur « parti frère » transalpin.

L’union des deux flammes

À partir du début des années 1980, chaque type d’élections – les municipales à Dreux en septembre 1983, les européennes de juin 1984, les cantonales de mars 1985, les législatives un an plus tard et la présidentielle de 1988 – devient synonyme d’ascension pour le FN et, de plus en plus, gage d’indépendance politique.

Le tournant des élections européennes de 1984

Les élections européennes de 1984 doivent être considérées comme une césure fondamentale dans l’histoire du FN. La liste de Jean-Marie Le Pen – le « Front d’Opposition nationale pour l’Europe des patries » – obtient 10,95 %[31] des suffrages exprimés et, par conséquent, dix élus. Le paysage politique français sort profondément modifié du scrutin de juin ; le parti d’extrême droite aussi. C’est sa première victoire politique nationale, qui s’accompagne d’un apport financier conséquent.

Les Italiens du MSI s’en félicitent. Dans un numéro spécial consacré aux quarante ans du parti italien, le rédacteur du Secolo d’Italia – le quotidien du MSI – fait du « triomphe » du FN aux élections de 1984 une conséquence de l’alliance des flammes, italienne et française : « Ainsi, la flamme française bleu blanc rouge, s’unit à la flamme italienne[32]. » C’est donc par l’intermédiaire de la flamme que le parti italien se réapproprie la victoire du parti français. Les élections européennes constituent indéniablement un tournant rhétorique et symbolique qui met au jour le progressif renversement du rapport de force entre partis français et italien d’extrême droite.

C’est dans ce contexte que le FN constitue, au sein du Parlement européen avec les députés italiens du MSI et les Grecs de l’EPEN (l’Union nationale politique), le Groupe des droites européennes (GDE). Au FN, certains estiment cette création « étonnante et logique à la fois[33] ». Jusqu’à cette date, le MSI était devenu « tabou pour le FN[34] ». Un an avant l’apparition du groupe parlementaire, le sigle du MSI – comme ceux de l’ensemble des mouvements d’extrême droite – était « banni du FN », explique Jean-François Touzé[35]. Les « militants qui faisaient acte de leurs liens avec eux passaient en commission de discipline. La fin justifie les moyens[36] ». La recherche de respectabilité du FN et son refus affiché d’appartenir à la mouvance d’extrême droite expliquent ce positionnement. L’émergence du FN ne se réalise pas avec la flamme. Cette stratégie perdure et vise un double objectif : s’affranchir d’un symbole idéologique afin de brouiller la marque FN et attirer une autre clientèle politique, loin de celle de l’extrême droite traditionnelle. Lors des élections législatives de 1986, c’est la dénomination « Rassemblement national » qui qualifie le parti. Pour la campagne présidentielle de 1988, le nom du FN et son logo sont tout simplement absents des affiches.

Jean-Marie Le Pen ne peut toutefois se priver du soutien de son homologue transalpin qu’il rencontre régulièrement, entre 1984 et 1988[37]. Le président du Front national mène une stratégie politique ambiguë : tandis qu’il prend ses distances officiellement avec la flamme et l’héritage fasciste qu’elle invoque, il entretient des relations régulières avec Giorgio Almirante.

En 1986, le leader français participe aux festivités du quarantième anniversaire du MSI. Il apparaît, à Rome, aux côtés de Giorgio Almirante, alors que la flamme tricolore s’étire derrière eux – par un effet visuel suggestif – vers le ciel (figure 3).

Figure 3 : Quarantième anniversaire du MSI, Rome, décembre 1986. Sources : Fondazione Ugo Spirito e Renzo de Felice, Fonds Adalberto Baldoni, Busta foto da 1 a 107, Busta Jean-Marie Le Pen. © Droits réservés.

Figure 3 : Quarantième anniversaire du MSI, Rome, décembre 1986. Sources : Fondazione Ugo Spirito e Renzo de Felice, Fonds Adalberto Baldoni, Busta foto da 1 a 107, Busta Jean-Marie Le Pen. © Droits réservés.

Le Secolo d’Italia se félicite de la présence de Jean-Marie Le Pen, alors que le FN exerce dorénavant une influence notable sur les extrêmes droites européennes. Le quotidien italien retrace à cette occasion l’histoire des relations entre les extrêmes droites françaises et italiennes depuis la création de l’Eurodroite et conclut par ces mots :

« Ce chemin, que la flamme tricolore a entrepris seule, il y a quarante ans, dans une Europe encore jonchée de ruines, est un chemin qui nous a amené loin. Et aujourd’hui, fièrement, c’est à cette flamme que nous devons l’honneur d’avoir préservé intact les idéaux autour desquels nos amis français, grecs et espagnols se sont retrouvés[38]. »

Le flou sémantique qui entoure ces « idéaux » fait ainsi de la flamme un mot-valise et un symbole aisément mobilisable par les extrêmes droites.

L’apparition de la flamme Mégret

C’est une nouvelle histoire, une autre phase qui commence en 1988 avec Bruno Mégret. Pratiquement dès son accession à ses fonctions de délégué général, en novembre 1988, l’homme ne cache pas son ambition : le FN doit parvenir au pouvoir. Le parti de Jean-Marie Le Pen doit afficher un nouveau visage. La modification du logo est donc essentielle.

Bruno Mégret cherche à s’affranchir de la flamme originelle du FN. Son message est transparent : avec lui, le parti change dans tous les domaines, notamment dans son rapport à l’héritage historique et, par conséquent, à son logo. Pour ces raisons, Bruno Mégret entend modifier totalement l’emblème du parti.

Figure 4 : Flamme style « fer de lance » mise en place par Bruno Mégret, 1989. Sources : Archives privées. © Droits réservés.

Figure 4 : Flamme style « fer de lance » mise en place par Bruno Mégret, 1989. Sources : Archives privées. © Droits réservés.

Un nouveau logo est adopté. Les lignes de la flamme Mégret sont géométriques et fines. C’est le style « fer de lance », sans sigle, qui n’a pas grand-chose en commun avec le logo originel (Figure 4). Pour l’imposer, Bruno Mégret a demandé une étude sur la flamme à Frank Marest. Cet ancien de Publicis, en charge de la conception graphique du FN, s’appuie sur l’évolution des logos de marques de voiture. « Citroën est parti d’un chevron, d’un engrenage pour arriver à un nouveau logo », argumente-t-il. « C’est pareil pour le FN. Il ne doit pas rester dans le souvenir du MSI, ni dans celui des périodes antérieures. Les premières flammes étant datées, il est nécessaire de les faire évoluer. En plus, et d’un point de vue pratique, une flamme droite sera plus facile à utiliser, à détourer sur un fond de couleur que les précédentes avec leurs barbules ! », explique le publicitaire.

La flamme Mégret représente un choc. Frank Marest explique qu’elle est mise un peu « partout. Elle plaît beaucoup à Mégret car elle lui ressemble : lui-même est très rationnel, (…) c’est son image. C’est un graphisme froid, intellectuel[39] ». Cette réflexion sur la marque identitaire du FN provoque alors une controverse entre les anciens et les nouveaux militants. La première génération n’accepte pas ce symbole, imposé par une équipe « rapportée » et obtient gain de cause. La flamme de Bruno Mégret est rapidement abandonnée par le FN. Elle est, en revanche, reprise momentanément par le Front national de la jeunesse (FNJ).

Les années 1987-1988 sont aussi celles où le parti d’extrême droite italien, après la mort de son leader historique, Giorgio Almirante, se réapproprie la rhétorique xénophobe du FN. Il fait de la dénonciation d’un supposé péril migratoire l’une de ses thématiques de campagne et met en lumière l’influence nouvelle exercée par l’extrême droite française sur la ligne politique du MSI[40]

Au début de l’année 1990, une nouvelle flamme remplace donc la flamme Mégret. Son graphisme revient à un symbole plus consensuel et ancien, la flamme reprend le corps du premier modèle, les lettres bâtons de couleur bleue (en général) se substituent au socle rouge. « Traditionnel et sobre, le changement dans la continuité en quelque sorte[41] », note une publication interne au FN opposée à la réflexion politique du cercle mégrétiste.

Pendant les années 1990, la filiation graphique avec le MSI subsiste dans un autre domaine. Des affiches, créées par l’Atelier de propagande, de la série « Produisons Français » s’inspirent du style MSI pour présenter un FN plus « social », plus « populaire[42] », plus populiste et plus mobilisateur ; une sorte de graphisme néo-fasciste modernisé (figure 5).

Figure 5 : Cette affiche du FN reprend le style et le graphisme des affiches du MSI. Elle est imprimée par l’Atelier de Propagande du FN (APFN) au début des années 1990. Sources : Archives privées. © Droits réservés.

Figure 5 : Cette affiche du FN reprend le style et le graphisme des affiches du MSI. Elle est imprimée par l’Atelier de Propagande du FN (APFN) au début des années 1990. Sources : Archives privées. © Droits réservés.

Désunion des flammes

La flamme tricolore devient officiellement le symbole du FN en 1997, comme le stipulent les statuts du parti lors du congrès de Strasbourg. À l’automne 1998, la stratégie frontiste se précise dans un contexte particulier, analysé ainsi par Bruno Mégret : les élections régionales du printemps ont vu l’effondrement de la droite. La stratégie mégrétiste s’est concrétisée : l’alliance RPR-UDF s’est défaite dans quatre régions pour se recomposer avec le FN[43]. Incapable de s’opposer à la gauche plurielle, la droite n’a plus d’existence politique. Pour certains journalistes d’extrême droite, le FN apparaît comme le « pivot et l’arbitre de la vie politique française face à une fausse droite en perdition[44] ». Le FN s’impose comme une véritable alternative, tout en préservant son identité originelle et ses fondamentaux politiques.

Sur ce point précis, le délégué général se défend de reproduire la stratégie politique italienne. Son ambition n’aurait même rien à voir avec celle de Gianfranco Fini qui, selon le numéro deux français, aurait renoncé à son programme et dénaturé son mouvement afin qu’il devienne présentable et, en se normalisant, qu’il s’insère au sein de « l’établissement ». Bruno Mégret, en accord avec Jean-Marie Le Pen, considère que l’homme politique italien a « trahi ses électeurs en tournant le dos à ce qui faisait la spécificité du MSI, sa particularité[45] ».

Le numéro deux du FN fait ici allusion à la mue du MSI, devenu Alleanza nazionale (l’Alliance nationale)[46] en janvier 1995, au congrès de Fiuggi. À la suite de ses succès électoraux aux élections municipales de 1993, Gianfranco Fini, dauphin de Giorgio Almirante, prend progressivement ses distances avec l’héritage fasciste et engage son parti sur la voie du libéralisme[47]. Dans la perspective des élections législatives de mars 1994, il s’agit, en effet, de faire du MSI-Alliance nationale un parti susceptible de rallier les voix de la droite de la démocratie-chrétienne, alors que le système politique italien connaît d’importantes recompositions[48]. Par ce changement de nom, le MSI entend prendre ses distances avec le fascisme mussolinien[49] et s’afficher en grand parti de rassemblement de la droite italienne. Alleanza nazionale rompt également avec sa rhétorique antisystème. Cette stratégie électorale est payante : les élections de 1994 sont un succès pour le parti qui devient, dès lors, la troisième force politique du pays et participe au gouvernement de Silvio Berlusconi. Le leader d’Alleanza nazionale saisit cette opportunité politique pour accélérer la rupture avec l’héritage fasciste[50]. La modification du logo du parti en témoigne. La flamme y figure. Mais elle est désormais de taille réduite et, surtout, elle est intégrée dans un cercle où figure le nouveau nom du parti, Alleanza nazionale, sur fond bleu (figure 6). Si l’héritage visuel du MSI n’est pas intégralement rejeté[51], la flamme est clairement reléguée au second plan. En réalité, à travers ce changement de logo, c’est l’identité du parti qui est, ici, progressivement redéfinie.

Figure 6 : Logo d’Alleanza nazionale, 1995. Sources : https://fr.wikipedia.org/wiki/Alliance_nationale_(Italie)#/media/File:Alliance_nationale_logo.png © Droits réservés.

Figure 6 : Logo d’Alleanza nazionale, 1995. Sources : https://fr.wikipedia.org/wiki/Alliance_nationale_(Italie)#/media/File:Alliance_nationale_logo.png © Droits réservés.

Désormais, l’héritage fasciste – et celui de la flamme – sont assumés par le parti MSI-Flamme tricolore fondé en 1995 par un des anciens dirigeants du MSI, Pino Rauti.

La rupture

En juin 1998, dans un article intitulé « Pourquoi nous avons rompu avec le Front national », Gianfranco Fini revient sur « l’impossibilité de définir des valeurs communes avec le FN » qui aurait déterminé, en 1989, la « rupture de tous les contacts » entre les partis d’extrême droite français et italiens[52]. Le leader italien réécrit l’histoire : au début des années 1990, le MSI ne manque pas de rappeler sa proximité avec le parti de Jean-Marie Le Pen qu’il félicite pour ses résultats électoraux de 1992[53]. Néanmoins, en 1998, le dialogue est rompu et les « valeurs de référence[54] » des deux partis sont bien devenues incompatibles.

En février 1998, lors de la conférence théorique de Vérone, l’Alleanza nazionale a achevé sa mue libérale. Le choix de cette ville du Nord de l’Italie fait écho, dans les mémoires militantes, à la Charte de Vérone, texte programmatique et fondateur de la République sociale italienne. Alleanza nazionale opère un remplacement symbolique fort et scelle la conversion du parti qui affirme appartenir à la famille de la droite conservatrice et modérée. Dès lors, pour Gianfranco Fini, Alleanza nazionale est un parti de « centre droit ». Il s’affranchit du stigmate que l’appartenance à la « droite » – la destra – constituait en Italie[55]. Alleanza nazionale peut désormais participer de plein droit au jeu politique. Les déclarations de Gianfranco Fini suscitent toutefois, au sein du parti, débats et divisions. L’héritage fasciste demeure une question épineuse pendant plusieurs années[56].

Tandis qu’Alleanza nazionale envisage de « resserrer la collaboration[57] » avec les députés du RPR français au Parlement européen, le FN se trouve confronté à deux stratégies rivales incarnées par Jean-Marie Le Pen et par Bruno Mégret. Le président du FN refuse de voir son parti allié à la droite républicaine. Alors que pour Bruno Mégret, si le FN veut parvenir au pouvoir, il ne peut que passer par une « alliance » – imposée par le Front national – avec les principaux partis de droite. Le numéro deux du FN pense que les résultats électoraux du parti d’extrême droite suivront. Sa stratégie de « dédiabolisation » et sa volonté de faire éclater la droite pour mieux la satelliser lui servent de ligne de conduite. Deux stratégies électorales opposées qui confirment deux visions politiques antinomiques : la « diabolisation » lepéniste contre la « dédiabolisation », prônée par le cercle de Bruno Mégret.

Plusieurs flammes se sont succédé pendant la présidence de Jean-Marie Le Pen (1972-2011). Leur choix, leur évolution graphique témoignent d’une histoire originelle qui puise ses racines dans celle de l’Italie fasciste. L’extrême droite française, à commencer par le FN, a toujours montré ses difficultés à s’émanciper de son modèle politique et idéologique... et, par là même, à s’affranchir d’un symbole. Le choix et la perpétuation du logo mettent en lumière la question lancinante de l’identité et du positionnement politiques du FN. D’où le débat, depuis l’accession à la présidence de Marine Le Pen au congrès de Tours – 15-16 janvier 2011 – sur la préservation du logo et le changement de nom. Le Rassemblement Bleu Marine (RBM) ne constituerait-il pas une première étape pour accréditer l’idée d’un « nouveau » parti, rattaché à un nouveau logo ?

La flamme Marine Le Pen (figure 7) s’impose à partir du congrès de Tours. Le parti poursuit une tradition mise en place dès 1972 : un signe d’identification pour une période politique précise. Le graphisme de la flamme de l’équipe de Marine Le Pen rompt totalement avec la précédente… tout en ressemblant à la flamme de Bruno Mégret. Elle se veut plus dansante, plus féminine et affiche une volonté de séduire un électorat plus large, notamment féminin.

Figure 7 – La flamme du FN de Marine Le Pen s'impose après le congrès de Tours (15-16 janvier 2011). Sources : Archives privées. © Droits réservés.

Figure 7 – La flamme du FN de Marine Le Pen s'impose après le congrès de Tours (15-16 janvier 2011). Sources : Archives privées. © Droits réservés.

En Italie, alors que l’extrême droite est en proie à de profondes divisions et que l’Alleanza nazionale disparaît en 2009, l’utilisation de la flamme est l’objet de querelles lancinantes. En 2013, le parti Fratelli d’Italia[58], qui entretient des relations avec Marine Le Pen, a été officiellement autorisé par la Fondation Alliance nationale à faire figurer la flamme sur son logo[59].

Le logo du parti de Giorgia Meloni et Ignazio La Russa, validé par les militants lors de primaires organisées sur internet, assume, cette fois, tous les héritages : celui du MSI – dont la flamme connaît à nouveau une réduction drastique de ses dimensions – et celui d’Alleanza nazionale (figure 8). Les trois cercles de la droite italienne y sont représentés. Giorgia Meloni affirme, en février 2014, lors de la présentation officielle du logo à la Chambre des députés, puis sur twitter, que « ce symbole relie la tradition d’Alleanza nazionale et l’innovation de Fratelli d’Italia » et ajoute : « c’est un rappel, pas un retour[60] ».

Figure 8 – Logo du parti Fratelli d’Italia, 2014. Sources : http://www.fratelli-italia.it/. © Droits réservés.

Figure 8 – Logo du parti Fratelli d’Italia, 2014. Sources : http://www.fratelli-italia.it/. © Droits réservés.

Lors de la campagne électorale qui précède les élections régionales du printemps 2015, Giorgia Meloni ajoute en outre son nom sur le logo du parti (figure 9), signe d’une personnalisation croissante du pouvoir au sein du parti. Cette réappropriation suscite l’ire d’une partie de l’extrême droite italienne, témoignant, une nouvelle fois, des enjeux symboliques, identitaires et mémoriels soulevés par cet énième retour de flamme.

Figure 9 – Logo du parti Fratelli d'Italia, Naples, avril 2015. Sources : Archives privées. © Droits réservés.

Figure 9 – Logo du parti Fratelli d'Italia, Naples, avril 2015. Sources : Archives privées. © Droits réservés.

Pour citer cet article : Valérie Igounet et Pauline Picco, « Histoire du logo de deux "partis frères" entre France et Italie (1972-2016) », Histoire@Politique, [en ligne], n° 29, mai-août 2016, www.histoire-politique.fr

 

 

 

Notes :

[1] Marine Le Pen, À contre-flots, Éditions Jacques Grancher, 2006.

[2] La face cachée du nouveau Front, documentaire de Mathias Hillion et Karim Rissouli, diffusé le 18 décembre 2012 par Canal Plus. Sur ce voyage, voir « Marine Le Pen en Italie : l’ombre portée du MSI », http://droites-extremes.blog.lemonde.fr/2011/10/22/marine-le-pen-en-italie-lombre-portee-du-msi/, consulté le 17 mai 2016.

[3] Sur le MSI, voir notamment : Piero Ignazi, Il polo escluso. Profilo del Movimento sociale italiano, Bologne, Il Mulino, 1998 ; Marco Tarchi, Cinquant’anni di nostalgia, Milan, Rizzoli, 1995. Sur les années de l’immédiat après-guerre, voir Giuseppe Parlato, Fascisti senza Mussolini. Le origini del neofacismi in Italia, 1943-1948, Bologne, Il Mulino, 2006. Myriam Aït-Aoudia, Alexandre Dézé, « Contribution à une approche sociologique de la genèse partisane. Une analyse du Front national, du Movimento sociale italiano et Front islamique de salut », Revue française de science politique, vol. 61, n° 4, 2011.

[4] Pauline Picco, Liaisons dangereuses. Les extrêmes droites françaises et italiennes (1960-1984), Rennes, PUR, 2016.

[5] François Duprat, L’Ascension du MSI, Paris, Les Sept Couleurs, 1972.

[6] En 1972, le MSI obtient environ 9 % des suffrages (jusqu’à 16 % dans le Latium), score qui n’a, à cette période, aucun équivalent, au sein de l’extrême droite européenne.

[7] Étranger Italie, Pour un Ordre Nouveau, 8, février 1972.

[8] Alexandre Dézé, Essai d’iconographie politique comparée : la propagande par l’affiche de l’extrême droite française et italienne (1970-1995), mémoire de DEA, IEP de Paris, 1996, p. 41.

[9] François Duprat, « Le néofascisme en France en 1973 », Supplément à la Revue d’histoire du fascisme, 3-4, mai 1974, p. 18.

[10] Valérie Igounet, Le Front national, Paris, Seuil, 2014.

[11] Sur l’analyse de l’iconographie politique du MSI, voir : Luciano Cheles, « Le noir et le rouge : les années de plomb dans l’affiche », dans Marc Lazar, Marie-Anne Matard-Bonucci (dir.), L’Italie des années de plomb. Le terrorisme entre histoire et mémoire, Paris, Autrement, 2010, p. 233-261 ; Luciano Cheles, « Nostalgia dell’Avvenire. The Visual Propaganda of the Italian Far Right between Tradition and Innovation », dans Luciano Cheles, Ronnie Ferguson, Michalina Vaughan (dir.), The Far Right in Western and Eastern Europe, Longman, Londres – New York, 1995 ; Alexandre Dézé, Essai d’iconographie politique comparée : la propagande par l’affiche de l’extrême droite française et italienne (1970-1995), mémoire de DEA, IEP de Paris, 1996. Sur l’iconographie de l’extrême droite française, voir Zvonimir Novak, Tricolores. Une histoire visuelle de l’extrême droite, Montreuil, L’Échappée, 2011.

[12] Le slogan du MSI, « Nostalgia dell’avvenire » (Nostalgie de l’avenir), exprime cette idée. Il est lancé en 1970, quelques mois après le retour d’Almirante à la tête du parti.

[13] Rubrique « Étranger Italie », Pour un Ordre Nouveau, 8, février 1972. L’expression « parti-frère » est employée par Ordre nouveau dans ses publications pour désigner le MSI. Le groupe français souligne ainsi son rapport privilégié avec le parti d’extrême droite italien, alors en pleine ascension électorale. On notera, sur ce point, l’influence de la rhétorique communiste.

[14] Zvonimir Novak, Tricolores. Une histoire visuelle de la droite et de l’extrême droite, op. cit., p. 85-86. Sur le « parcours de flammes » dans les différentes organisations nationalistes, collaborationnistes, voir p. 85-87.

[15] Jean-Marie Le Pen au journal de 20 heures, 3 novembre 1972, archives de l’Institut national de l’audiovisuel (INA).

[16] Entretien de Frank Marest avec Valérie Igounet, 5 novembre 2013.

[17] « Victoire pour le MSI », Pour un Ordre Nouveau, mai 1972, n° 11.

[18] Ibid.

[19] Archives nationales (AN), Ministère de l’Intérieur (MI), 19860581, Article 39, Pochette sans titre, « Les rapports d’Ordre Nouveau avec le MSI », mercredi 27 juin 1973.

[20] Ibid.

[21] Cette somme correspond à 1 129 900, 33 euros de 2014 (données Insee).

[22] Roger Holeindre dans La naissance du FN , documentaire de Grégoire Kauffmann réalisé par Véronique Samouiloff, France Culture, La Fabrique de l’histoire, 3 janvier 2012.

[23] Jean-Marie Le Pen dans « La « naissance du FN », op. cit.

[24] Entretien de Jean-Marie Le Pen, 24 mai 2011, dans Le diable de la République. 40 ans de Front national, documentaire écrit par Grégoire Kauffmann et Emmanuel Blanchard, réalisé par Jean-Charles Deniau, France 3, 2011.

[25] Ou « Mussolini sei immortale » : « Mussolini tu es immortel » (Il existe plusieurs déclinaisons du sigle).

[26] AN, MI, 19970002, Article 56, Pochette Italie, Sous-dossier « L’extrême droite française et le MSI (Movimento socialisto italiano) depuis les élections législatives de 1973 », Direction centrale des Renseignements généraux (DCRG), Sous-dossier 1974, Note du 2 mars 1974.

[27] Ibid.

[28] AN, MI, 19970002, Article 56, Pochette Italie, Sous-dossier « L’extrême droite française et le MSI (Movimento socialisto italiano) depuis les élections législatives de 1973 », DCRG, Sous-dossier 1974, 1er juillet 1974.

[29] AN, MI, 19970002, Article 56, Pochette Italie, Sous-dossier « L’extrême droite française et le MSI (Movimento socialisto italiano) depuis les élections législatives de 1973 », DCRG, Sous-dossier 1974, 12 novembre 1974.

[30] L’Eurodroite est une alliance électorale qui rassemble le MSI, Fuerza Nueva et le PFN en vue des élections européennes de 1979.

[31] Les résultats révèlent un fort taux d’abstention (41 % environ).

[32] L’expression « bleu, blanc, rouge » est en français dans le texte. Il s’agit d’une référence explicite à la fête annuelle du Front national. Silvano Moffa, « Il cammino della “Fiamma” in Europa », Il secolo d’Italia, 14 décembre 1986, p. 23.

[33] Entretien de Jean-François Touzé avec Valérie Igounet, 11 septembre 2013.

[34] Entretien de Jean-François Touzé avec Gilles Bresson et Chritian Lionet, 25 mai 1992, dans Gilles Bresson, Christian Lionet, Le Pen. Biographie, Paris, Seuil, coll. « L’Épreuve des faits », 1994.

[35] Jean-François Touzé entre au FN à l’automne 1983. Il est alors secrétaire administratif de Jean-Pierre Stirbois. S’il s’éloigne du parti à la fin des années 1980, il le réintègre en 1998 pour y prendre diverses responsabilités. Il s’occupe notamment de l’image de Jean-Marie Le Pen par le biais de la cellule Idées-Image qu’il pilote. Il quitte définitivement le FN en 2007.

[36] Entretien de Jean-François Touzé avec Valérie Igounet, 11 septembre 2013.

[37] Ces rencontres ont lieu, notamment, dans le cadre des réunions du groupe des droites européennes. Le Pen est présent aux XIVe et XVcongrès du MSI en décembre 1984 et en décembre 1987. Il rencontre le Pape Jean-Paul II en 1987, accompagné par Giorgio Almirante.

[38] Silvano Moffa, « Il cammino della “Fiamma” in Europa », art. cité.

[39] Entretien de Frank Marest avec Valérie Igounet, 5 novembre 2013.

[40] Roberto Chiarini, « La tentazione della protesta anti immigrati », dans Roberto Chiarini, La destra allo specchio. La cultura politica di Alleanza nazionale, Venise, Marsilio, 2001, p. 171 et suivantes.

[41] Collectif, 20 ans au Front. L’histoire vraie du Front national, éditions nationales, 1993, p. 143.

[42] Entretien de Frank Marest avec Valérie Igounet, 5 novembre 2013.

[43] Jean-Pierre Soisson (UDF apparenté, Bourgogne), Charles Baur (UDF-FD, Picardie), Jacques Blanc (UDF-DL, Languedoc-Roussillon), Charles Million (UDF-DL, Rhône-Alpes), Bernard Harang (UDF-DL, Centre) et Jean-François Humbert (UDF-PPDF, Franche-Comté) accèdent à la présidence de leur région avec les voix du FN. En désaccord avec cette alliance électorale, les deux derniers démissionnent.

[44] Camille-Marie Gallic, « Penser d’abord aux militants », Rivarol, 11 décembre 1998.

[45] Entretien de Jean-Marie Le Pen dans France soir, « Je suis un monarque », 5 novembre 1998.

[46] Voir Roberto Chiarini, Destra italiana, Venise, Marsilio, 1995 ; Piero Ignazi, Postfascisti. Dal Movimento sociale italiano ad Alleanza nazionale, Bologne, Il Mulino, 1994. Marco Tarchi, Dal MSI ad AN, Bologne, Il Mulino, 1997.

[47] Dans les Tesi politiche per il XVII congresso nazionale del MSI DN (décembre 1994), Fini affirme que « la Droite n’est pas fille du fascisme ». Voir Roberto Chiarini (dir.), La destra allo specchio…, op. cit.  

[48] La démocratie-chrétienne italienne, pivot de la vie politique italienne pendant quarante ans, est en effet fortement décrédibilisée et durablement affaiblie par le scandale de corruption dit de Tangentopoli et par l’opération « Mains propres ». Parallèlement, le scrutin majoritaire est introduit pour les élections législatives de mars 1994.

[49] Sur ce point, voir Roberto Chiarini, La destra allo specchio. La cultura politica di Alleanza nazionale, Venise, Marsilio, 2001, p. 77 et suivantes.

[50] Piero Ignazi et Pascal Perrineau, « Chapitre 10. L’extrême droite en Europe : marginalité du néo-fascisme et dynamique de l’extrême droite post-industrielle », dans Gérard Grunberg et al., Le vote des Quinze, Paris, Presses de Sciences Po (P.F.N.S.P), « Chroniques électorales », 2000, p. 223-242.

[51] Gianfranco Fini cherche sans doute à ménager une partie de sa base militante, encore attachée à la référence fasciste.

[52] Gianfranco Fini, « Pourquoi nous avons rompu avec le FN », Le Monde, 26 juin 1998, p. 1 et 16.

[53] Il Secolo d’Italia, 4 avril 1992. Sur ce point, voir Roberto Chiarini, « La tentazione della protesta anti immigrati », dans Roberto Chiarini (dir.), La destra allo specchio, op. cit., p. 174.

[54] Gianfranco Fini, « Pourquoi nous avons rompu avec le FN », art. cit., p. 16.

[55] Stéphanie Dechézelles, « Visages et usages de l’“extrême droite” en Italie », Revue internationale de politique comparée, 2005/4, vol. 12, p. 451- 467 ; p. 461.

[56]Carlo Ruzza and Stefano Fella (eds.), Re-inventing the Italian Right, Londres-New York, Routledge, 2009.

[57] Gianfranco Fini, « Pourquoi nous avons rompu avec le FN », art. cit., p. 16.

[58] La référence à l’hymne national italien – l’Inno di Mameli – est explicite.

[59] La Fondation a été créée en 2011.

[60] Compte twitter de Giorgia Meloni (@GiorgiaMeloni), 26 février 2014.

Valérie Igounet

Chercheuse associée à l’Institut d’histoire du temps présent, Valérie Igounet est spécialiste de l’histoire de l’extrême droite et du négationnisme. Son dernier ouvrage : Le Front national de 1972 à nos jours. Le parti, les hommes, les idées (Seuil, 2014).

Pauline Picco

Agrégée et docteure en histoire, Pauline Picco a soutenu en 2013 une thèse intitulée « Histoire entrecroisée des extrêmes droites françaises et italiennes : cultures politiques, itinéraires, réseaux (1960-1984) ». Elle est chercheur partenaire de l’UMR IRICE 8138. Son ouvrage intitulé Liaisons dangereuses. Les extrêmes droites françaises et italiennes (1960-1984) est paru aux Presses universitaires de Rennes au printemps 2016.

Mots clefs : flamme; FN ; MSI ; modèle ; héritage / Flame ; FN ; MSI ; Model; Heritage.

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  • ISSN 1954-3670