Histoire@Politique : Politique, culture et société

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Engagement et connaissance historique selon René Rémond

Charles Mercier
Résumé :

Cet article cherche à explorer comment l’engagement peut nourrir la production scientifique des historiens, à travers l’analyse des écrits de (...)

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Gérard Noiriel[1] et, dans son sillage, Nicolas Offenstadt[2] ont récemment interrogé la place de l’historien dans l’espace public et la manière dont il peut s’y engager, soit comme militant (l’histoire constituant la déclinaison intellectuelle d’une affiliation convictionnelle structurante), soit comme expert au service des pouvoirs constitués, soit comme « auxiliaire d’intelligibilité », livrant, à partir de ses recherches, des savoirs utiles aux citoyens, sans pour autant prescrire des solutions. Nous souhaiterions ici explorer la relation entre l’engagement et le métier d’historien dans l’autre sens : nous ne nous demanderons pas comment l’historien peut, à travers son métier, s’engager mais comment il peut, en métabolisant son engagement, produire de la connaissance historique. Cette question, qui n’est pas nouvelle, s’inscrit dans un contexte de regain d’intérêt pour l’étude des implications de l’engagement du chercheur en sciences humaines et sociales[3].

Nous voudrions y réfléchir à partir du cas de l’historien René Rémond, né en 1918, décédé en 2007, dans le prolongement du livre collectif qui lui a été récemment consacré[4]. Ce spécialiste reconnu de l’histoire politique et religieuse de la France contemporaine n’a eu de cesse, à côté de son métier d’historien universitaire, d’assumer de multiples engagements, à la fois dans les sphères catholique (présidence notamment entre 1965 et 1975 du Centre catholique des intellectuels français), gouvernementale (membre, entre autres, du Conseil de développement culturel[5], du Conseil supérieur de la magistrature[6], du Conseil supérieur des archives[7], de la commission Stasi[8]), universitaire (présidences de Paris X-Nanterre, de l’Institut d’histoire du temps présent, et de la Fondation nationale des sciences politiques[9]) et médiatique (participation aux soirées électorales à la radio puis à la télévision du milieu des années 1950 à la fin des années 1980, administrateur de l’ORTF[10], de Radio France puis d’Antenne 2[11]). En cela, il s’inscrit dans une génération d’historiens, celle de Marc Ferro, Jacques Le Goff, François Furet, Georges Duby, nés aux lendemains de la Première Guerre mondiale, qui ont dominé l’université française de la fin des années 1960 jusqu’au début des années 1980, tout en s’investissant dans de nombreux autres champs de la vie sociale[12].

Nous verrons que, selon René Rémond, ses engagements ont déterminé son épistémologie et nourri sa capacité à connaître le passé sans pour autant compromettre son objectivité.

Engagement et épistémologie

Vision du monde

Dans sa contribution aux Essais d’ego-histoire, René Rémond affirme que le cadre interprétatif avec lequel il donne sens aux faits du passé s’enracine dans son engagement dans l’Église catholique. Après avoir expliqué que l’anthropologie chrétienne dont il a hérité se caractérise par une « vision de l’homme qui comporte une confiance foncière dans ses possibilités et qui proclame sa grandeur », il présente les conséquences pour l’historien :

« [Cette vision de l’homme] le conduit à refuser de voir dans les motivations profondes, les croyances religieuses, les convictions philosophiques et les choix politiques le simple reflet de sa position sociale ; elle écarte toute explication par trop réductrice et récuse la distinction entre un ordre de faits sociaux réputés déterminants et d’autres qui seraient déterminés. Sans méconnaître les conditionnements sociaux, ni les interactions, elle postule que les faits d’ordre culturel, psychologique, intellectuel ou idéologique ont bien une consistance propre et disposent d’une certaine autonomie[13]. »

Ce modèle interprétatif non déterministe repose sur « une longue tradition issue d’une expérience et d’une pratique pluriséculaires[14] ». Selon René Rémond, c’est ce profond enracinement dans une philosophie chrétienne de l’homme, qu’il tient pour valable du fait de son ancienneté, qui aurait favorisé sa liberté d’esprit en l’immunisant contre les différentes modes théoriques ayant successivement traversé le paysage historiographique au long de sa carrière, en particulier le marxisme[15].

Au sein de l’univers catholique, l’engagement de René Rémond à la Jeunesse étudiante chrétienne nourrit spécifiquement la construction de son cadre interprétatif d’historien. René Rémond intègre ce mouvement d’Action catholique créé en 1929 à 14 ans, au cours de l’année 1932-1933[16]. Il y exerce d’importantes responsabilités, devenant notamment, au cours de l’année 1946, secrétaire général<[17]. René Rémond a expliqué dans un livre d’entretiens paru en 1976 que cette expérience de militantisme a constitué une sorte de naissance sociologique qui a profondément structuré sa personnalité à la fois sur le plan religieux (en l’inclinant vers l’engagement collectif et l’action), politique (en l’orientant vers un christianisme démocratique et pluraliste) et intellectuel : il serait à l’origine de l’importance que l’historien accorde aux facteurs institutionnels dans la causalité historique[18]. Reprenant cette idée dans les Essais d’égo-histoire, il écrit :

« C’est encore à mon appartenance ecclésiale que je dois la découverte d’une réalité essentielle de l’histoire comme de la vie des sociétés : l’institution. Bien avant que je n’en fasse l’expérience par le truchement d’une responsabilité administrative et longtemps aussi avant que la réflexion sur le politique ne me convainque de l’importance de la dimension institutionnelle, j’en avais entrevu et pressenti l’influence, souvent déterminante, par ma participation à des mouvements qui avaient précisément pour caractéristique d’être des institutions et d’aspirer à agir sur des structures figées en institutions. J’ai expérimenté alors la façon dont une action individuelle se fond dans un effort collectif, comment elle s’incorpore à un mouvement qui traverse les générations et comment elle lui emprunte en retour une efficacité décuplée. [...]. C’est ainsi que j’ai acquis la conviction, que la suite n’a fait qu’affermir, que les institutions concourent puissamment à dessiner la figure d’une société et à façonner le destin des peuples[19]. »

Au-delà du militantisme religieux[20], René Rémond relève que d’autres engagements ont influé sur sa philosophie de l’homme et de la vie. Il relie le rôle qu’il accorde à la contingence en histoire à ses expériences de responsable universitaire de la faculté puis de l’université de Nanterre au cours des années 1968[21] : « La responsabilité d’une université dans une phase critique, me mettant en contact étroit avec les pouvoirs publics, me fera toucher du doigt le caractère aléatoire de toute action politique et les incertitudes qui accompagnent toute décision[22]. » René Rémond avait-il relu, avant d’écrire ces lignes, celles d’Henri-Irénée Marrou qui établissent un lien entre l’expérience de l’homme d’action et la valorisation du rôle de la contingence en histoire[23] ? Toujours est-il que l’expérience du pouvoir paraît produire, pour lui, une conception spécifique de la causalité historique.

Déontologie

Le militantisme dans l’Action catholique semble par ailleurs avoir nourri les conceptions déontologiques de René Rémond, en imprégnant ses conceptions de l’éthique en histoire.

La Jeunesse étudiante chrétienne, contrairement à d’autres mouvements catholiques, invitait ses membres à s’engager dans la société de leur temps, sur laquelle était porté un regard bienveillant, et non à idéaliser le passé ou à se réfugier dans des groupes affinitaires. Cette injonction semble avoir renforcé chez René Rémond un attrait, préalablement acquis, pour l’actualité et le présent[24]. On peut formuler l’hypothèse d’un lien entre le militantisme jéciste et les choix, d’une part de privilégier une histoire très contemporaine, d’autre part de lier, comme dans son ouvrage le plus connu, La Droite en France, « exploration du passé et explication du présent[25] ». La démarche historique, pour René Rémond, n’a pas pour but de préserver les traces d’un passé révolu, pas plus que de fournir un dépaysement ou une consolation face à la grisaille du présent. Elle doit permettre d’éclairer l’aujourd’hui pour y agir de manière plus judicieuse : « J’ai acquis à l’usage la conviction de l’utilité, de la vertu – je serais même tenté de dire de la nécessité – d’une certaine connaissance de l’histoire, au moins de l’histoire récente, pour être tout bonnement contemporain de son temps[26]. »

Parallèlement à ce « présentisme épistémologique[27] », René Rémond semble avoir également tiré de son engagement chrétien une certaine exigence éthique de dépassement du point de vue de son milieu d’origine. La référence confessionnelle est décrite comme un « principe d’élargissement » :

« L’appartenance consentie, avec toutes ses implications, à une Église tendanciellement universaliste a été pour moi l’équivalent de ce que je suppose d’autres trouvent dans la référence à l’internationalisme prolétarien et la solidarité active avec le mouvement ouvrier. J’ai seulement la faiblesse de croire que l’universalisme chrétien qui, au lieu d’épouser la cause d’une fraction de l’humanité contre une autre érigée en ennemie de classe, tend à embrasser l’humanité tout entière, est plus universel que l’autre[28]. »

René Rémond revendique de s’être intéressé « à la droite comme à la gauche » et d’avoir eu « de la sympathie pour toutes les expériences sans exception, avec un faible pour les vaincus qui [le] porterait à prendre la défense des causes perdues, des régimes déchus et à [s]’inscrire en faux contre les légendes noires[29] ». Cette capacité d’empathie avec les émotions collectives de tous bords, désignée quelques années plus tôt par Marc Bloch comme l’une des qualités fondamentales de l’historien[30], est donc rattachée par René Rémond à son engagement chrétien.

L’engagement comme moyen de connaître le passé

S’ils l’ont aidé à structurer son cadre épistémologique, les différents engagements auraient également permis à René Rémond de produire des contenus de recherche en histoire.

L’engagement, catalyseur de projets de recherche

Tout d’abord, les engagements sont, selon René Rémond, à l’origine d’un certain nombre de ses projets de recherche. L’action donne naissance à une intuition, une hypothèse ou à une question qui génère le besoin d’une enquête.

Ainsi René Rémond explique que son engagement catholique suscite un désir, en tant que chrétien, « de voir clair dans l’articulation du temporel et du spirituel et de délimiter ce qu’il y a de légitime et aussi d’excessif ou de désuet dans la prétention d’une Église à énoncer les règles de l’organisation sociale[31] ». Ce désir est à l’origine de ses nombreux travaux sur les relations entre religion et politique[32]. Dans un autre domaine, à partir de 1954, les nombreuses interventions de René Rémond à la radio puis à la télévision « nourrissent [ses] réflexions sur information et politique » et l’amènent à formuler l’hypothèse que les médias ne jouent pas de rôle déterminant dans le comportement des électeurs. Le référendum de 1962, par lequel les Français valident l’élection du président de la République au suffrage universel proposée par de Gaulle, est l’occasion pour l’historien de tester son intuition, forgée dans l’engagement. Avec Claude Neuschwander, il cherche à mesurer l’impact réel de la télévision[33]. Dans les années 1970, l’engagement comme président de l’université de Nanterre l’amène à fréquenter les différents conseillers des ministres de l’Éducation nationale et à s’entourer lui-même de collaborateurs dans l’exercice de sa fonction. En 1982, il co-dirige et préface un livre sur les entourages ministériels dont la préface laisse apparaître en filigrane ce qu’il doit à l’expérience vécue :

« L’idée d’une recherche jaillit ordinairement de la conjonction entre le constat d’une ignorance et l’intuition que tenter de réparer la lacune en question peut mettre sur la voie de découvertes précieuses. Le constat, en l’occurrence, concernait un sujet auquel il semblait que ni l’histoire ni la science politique n’avaient jusqu’alors prêté grande attention : l’existence et le rôle des entourages politiques. L’une et l’autre ont naturellement réservé une certaine place à l’action des premiers rôles, mais négligé ceux qui les secondent, les assistent, les conseillent[34]. »

L’engagement, pour René Rémond, est donc l’un des lieux privilégiés d’où surgissent les projets de recherche. Il constitue par ailleurs un moyen pour mieux comprendre certains aspects du passé.

L’engagement comme moyen de connaissance

Tout d’abord, l’engagement permet à René Rémond d’être témoin de processus historiques. Cette connaissance directe des événements nourrit son analyse d’historien. Ainsi, l’engagement dans l’Action catholique, qui l’amène à travailler avec les responsables de la Jeunesse agricole chrétienne, lui donne de saisir sur le vif le processus de transformation des campagnes françaises et de comprendre de l’intérieur les recompositions de la société française :

« J’ai été le témoin de la révolution silencieuse qui a bouleversé en un quart de siècle les structures, les modes de vie, les habitudes du monde rural et dont l’initiative a été le fait principalement de militants formés à l’école de l’action catholique rurale. À ce stade, mon expérience débouchait sur l’histoire générale de la société française[35]. »

Dans certains cas, l’expérience de l’engagement l’amène à contester les résultats des enquêtes effectuées par ceux qui n’ont des événements qu’une connaissance par traces. Ainsi, sa participation à la Résistance, à travers le réseau de renseignement Jade-Fitzroy qu’il intègre à l’automne 1943[36], lui a fait éprouver « la différence radicale entre les situations dites normales, où la vie en société est régie par le droit et grossièrement se conforme aux règles, et les situations d’exception ou d’anomalie[37] ». Elle l’amène à s’inscrire en faux contre les jugements qu’il juge trop tranchés sur l’attitude des Français sous l’Occupation. La sortie en 1969 du film Le Chagrin et la Pitié, qui dynamite le mythe d’une France unanimement résistante en superposant aux souvenirs des habitants de la région de Clermont-Ferrand des images d’archives des années 1940-1944, l’incite à s’investir, aux côtés de Georgette Elgey, dans l’écriture d’un documentaire présentant une vision plus nuancée de la période[38]. Celui-ci propose une troisième voie mémorielle, à égale distance du mythe résistantialiste et de la vision corrosive du film de Marcel Ophüls : « Les Français, tous des héros ou des collaborateurs, c’est faux » déclare René Rémond au Monde juste avant la diffusion du premier volet de l’émission. Il parle d’un essai pour « faire comprendre aux Français d’aujourd’hui comment on vivait dans un pays en morceaux, les différences de mentalité entre la zone occupée et la zone libre, comment les Français de cette époque ont ressenti la défaite, la présence des Allemands et la guerre qui continuait sur d’autres terrains ». René Rémond, qui reproche implicitement au Chagrin et la Pitié de « figer des instantanés », essaye aussi de saisir les comportements dans leur temporalité, en montrant qu’ils évoluent tout au long de la période[39]. Les images d’archives sont utilisées pour donner à voir une vérité qu’il a existentiellement éprouvée : « Avec René Rémond, nous savions ce que nous voulions montrer » explique Georgette Elgey, racontant notamment comment ils ont cherché des films d’époque corroborant leurs souvenirs de jeunesse de Champs-Élysées déserts au moment de l’entrée des Allemands dans Paris[40].

Pour René Rémond, l’engagement sert aussi à développer l’intelligence des périodes qu’il n’a pas vécues, en lui permettant de les comprendre par analogie[41]. L’expérience du gouvernement de l’université de Nanterre, entre 1970 et 1976, constitue une aide pour mieux analyser le fonctionnement politique et plus particulièrement les mécanismes de la prise de décision[42]. La confrontation avec les universitaires de droite et d’extrême droite, refusant avec intransigeance les évolutions ouvertes par mai 68 et la loi d’Edgar Faure, lui donne l’opportunité de mieux saisir l’univers mental des légitimistes du xixe siècle :

« C’était très exactement l’état d’esprit des émigrés refusant en 1789 de reconnaître la transformation des États généraux en Assemblée nationale constituante, ou, mieux encore, des légitimistes de 1830 pour qui la monarchie constitutionnelle était une trahison du principe monarchique et une usurpation. L’Université française connaît ainsi depuis une dizaine d’années ses émigrés et ses légitimistes. […]. Je n’ai jamais mieux compris l’état d’esprit et les nostalgies de mes ultras d’antan qu’en observant la conduite de cette fraction intraitable[43]. »

René Rémond revendique l’importance de ces expériences dans sa formation, en déclarant qu’elles ont autant compté que les enseignements, les lectures et la pratique du métier. Il met en doute qu’on puisse être historien « sans être jamais sorti de son cabinet[44] ». Par ce positionnement, il s’inscrit dans le sillage de Marc Bloch et de Lucien Febvre qui ont insisté sur le rôle du vécu de l’historien dans le développement de ses capacités de compréhension du passé. René Rémond, qui a intégré l’École normale supérieure en septembre 1942, n’a pu entendre la conférence que Lucien Febvre a donnée aux élèves à la rentrée de 1941, mais ses propos en paraissent tout imprégnés :

« Et puisque j’ai le bonheur de savoir, dans cette salle, des jeunes hommes décidés à consacrer leur vie à la recherche historique, c’est avec certitude que je leur dis : pour faire de l’histoire, tournez le dos résolument au passé et vivez d’abord. Mêlez-vous à la vie. À la vie intellectuelle sans doute, dans toute sa variété. […]. Mais vivez aussi d’une vie pratique. Ne vous contentez pas de regarder du rivage, paresseusement, ce qui se passe sur la mer en furie. Dans le bateau menacé, ne soyez point Panurge qui se salit de mâle peur, ni même le bon Pantagruel qui se contente, tenant le grand mât embrassé, de lever les yeux au Ciel et d’implorer. Retroussez vos manches, comme Frère Jean. Et aidez les matelots à la manœuvre. Est-ce tout ? Non. Ce n’est même rien si vous devez continuer à séparer votre action de votre pensée, votre vie d’historien et votre vie d’homme. Entre l’action et la pensée, il n’est pas de cloison. Il n’est pas de barrière. Il faut que l’histoire cesse de vous apparaître comme une nécropole endormie, où passent seules des ombres dépouillées de substance[45]. »

René Rémond s’inscrit également dans la filiation d’Henri-Irénée Marrou qui ne craint pas d’affirmer en 1954 :

« La valeur, j’entends la vérité, du travail historique sera à proportion de la richesse humaine de l’historien. Plus il sera intelligent, cultivé, riche d’expérience vécue, ouvert à toutes les valeurs de l’homme, plus il deviendra capable de retrouver de choses dans le passé, plus sa connaissance sera susceptible de richesse et de vérité[46]. »

L’engagement comme élément qui situe l’historien ?

Rémond ne suit pas pour autant en tout le grand spécialiste de saint Augustin avec lequel il a pourtant beaucoup d’affinités[47]. Ce dernier, réfléchissant au rôle de l’expérience de l’historien dans son appréhension du passé, en vient à dénoncer le mythe de l’objectivité en histoire :

« Ni objectivisme pur, ni subjectivisme radical; l’histoire est à la fois saisie de l’objet et aventure spirituelle du sujet connaissant : elle est ce rapport h = P/p établi entre deux plans de la réalité humaine : celle du Passé, bien entendu, mais celle aussi du présent de l’historien, agissant et pensant dans sa perspective existentielle avec son orientation, ses antennes, ses aptitudes et ses limites, ses exclusives (il y a des aspects du passé que, parce que je suis moi et non tel autre, je ne suis pas capable de percevoir ni de comprendre). Que dans cette connaissance il y ait nécessairement du subjectif, quelque chose de relatif à ma situation d’être dans le monde, n’empêche pas qu’elle puisse être en même temps une saisie authentique du passé[48]. »

Cette approche qui assume la part de subjectivité et de partialité du discours est reformulée dans les années 1970 par une autre grande figure d’historien chrétien, Michel de Certeau[49]. Elle semble assez étrangère à René Rémond qui, s’il reconnaît que son cadre interprétatif est orienté par son appartenance religieuse, perçoit assez négativement les injonctions à élucider les déterminations de l’opération historiographique. En 1987, il prend la peine de mentionner en incipit de sa contribution aux Essais d’ego-histoire que sa participation à cette entreprise collective ne signifie pas adhésion à un subjectivisme même tempéré :

« Plus récemment, l’esprit de 68 a radicalisé la critique ; il n’est aucun de ceux qui ont eu alors des auditoires qui n’ait été sommé de s’expliquer sur ses ‘‘présupposés’’ : il leur a fallu indiquer, selon le jargon de l’époque fait d’emprunts à un pseudo-vocabulaire philosophique, ‘‘de quel lieu ils parlaient’’. Critique assurément excessive, commode alibi pour s’épargner l’ascèse de l’accès à une certaine objectivité et imposer à autrui ses préjugés comme autant de vérité. Mais contestation qui fait à l’historien un devoir plus impérieux encore de brider sa subjectivité[50]. »

Dix ans plus tard, dans le chapitre qu’il rédige dans L’historien et la foi, il défend l’idée que ses engagements ne sont pas incompatibles avec l’objectivité. Constatant qu’en trente ans de commentaires électoraux à la radio et à la télévision, il n’a été pris à partie qu’une seule fois, par Georges Marchais, il écrit :

« Aucun des millions d’auditeurs ou de téléspectateurs n’a pu deviner, à travers mes propos, à qui avait pu aller le vote que j’avais émis dans la journée. Preuve qu’il n’est pas au-dessus des forces humaines d’imposer silence à sa subjectivité sur les sujets politiques : pourquoi n’en irait-il pas de même pour les convictions religieuses[51] ? »

Il explique qu’en matière d’histoire du catholicisme, sa foi ne l’empêche pas d’être objectif dans la mesure où il opère une distinction des plans : il étudie l’Église comme société et, à ce titre, mobilise les méthodes et les problématiques que les sciences sociales fournissent pour l’analyse des groupes[52]. Dans ses écrits, des procédés textuels sont utilisés pour manifester un souci d’équilibre et de justice entre croyants et non-croyants, mais aussi entre les différents groupes qui composent le monde catholique. Quand il essaye d’analyser l’intégrisme catholique, dont il est personnellement et intellectuellement très éloigné, il s’emploie à manifester son impartialité. Constatant que contrairement aux partisans de l’Action française, les intégristes de la fin du xxe siècle mènent un combat sur des questions de dogme, il écrit : « Il convient au contraire de rendre à Mgr Lefebvre et à ses affidés cette justice que le principe de leur dissidence est essentiellement d’ordre religieux[53]. » Une page plus loin, il commence une phrase par « l’équité en effet oblige à reconnaître[54]… ».

Ces marqueurs de l’objectivité n’empêchent pas que le fond de l’argumentation soit parfois imprégné par la subjectivité de l’historien engagé. Si René Rémond cherche à appuyer ses analyses par la mobilisation d’exemples, la sélection qu’il opère parmi ceux qui sont à sa disposition est de temps à autre au service de ses présupposés. Ainsi, en 1992, à une époque où il pense que le catholicisme a trouvé sa place dans la modernité et que le processus de sécularisation est enrayé, il prend l’exemple du traitement positif des événements religieux dans le journal Le Monde pour affirmer : « Ainsi la religion se trouve-t-elle occuper depuis une trentaine d’années dans l’information générale, et par voie de conséquence, dans la conscience publique, une place plus étendue qu’auparavant[55]. » Les indicateurs d’une déprise du catholicisme sont certes mentionnés, mais minorés par d’autres considérations. Davantage marqué, à la fin de sa vie, par la montée de ce qu’il considérait comme un « nouvel antichristianisme », il a consacré plusieurs livres d’entretien à une défense de la place du catholicisme dans la société[56].

Sur le plan non plus religieux mais politique, Annie Lacroix-Riz dénonce en 2004, dans un contexte où les historiens sont de plus en plus consultés et sollicités par les décideurs, la manière dont l’engagement de René Rémond dans les structures gouvernementales aurait commandé ses recherches. Elle remet notamment en cause la manière dont René Rémond, en tant que président du Conseil supérieur des archives[57], s’est acquitté du travail d’enquête commandé par Jack Lang, alors ministre de la Culture, sur un fichier retrouvé par Serge Klarsfeld, relatif à l’organisation de la déportation des juifs français par le gouvernement de Vichy :

« Qu’a-t-elle fait [cette commission] entre la rédaction, le 19 mars 1992, par le ministre Jack Lang de la lettre au ‘‘Président du Conseil Supérieur des Archives’’, René Rémond, la réponse, le 1er juillet suivant, du second, qui se déclarait déjà convaincu de l’inexistence du ‘‘fichier central’’ évoqué par Serge Klarsfeld, et le bilan publié en 1996 ? Où peut-on trouver trace du ‘‘long travail de recherches […] mené […] en silence […] selon les méthodes éprouvées des historiens’’ […]. En dépit de l’autosatisfaction affichée, l’opération aboutit en 1996 à la conclusion que René Rémond avait annoncé en 1992 : la République française avait, par républicanisme et respect des victimes, détruit en 1948 le ‘‘fichier central’’ des juifs de France : ‘‘nous sommes à peu près certains que le fichier du recensement d’octobre a été détruit.’’ Bref les auteurs n’en savent rien. On se doute à les lire qu’ils ne se sont pas donné les moyens de le savoir […]. Les commissions étatiques ont-elles pour objectif de tirer les gouvernements de mauvais pas et de sauver l’honneur de l’État français ? Dans sa lettre à J. Lang, le 1er juillet 1992, René Rémond se déclarait déjà assuré que ‘‘le fichier de la honte […] ce fichier maudit a[vait] disparu’’[58]. »

Le réquisitoire est à charge, dans la mesure où l’objet de la commission était moins d’étudier l’authenticité des fichiers que d’établir dans quelle mesure des archives publiques, relevant du patrimoine national, pouvaient être conservées au Mémorial du martyr juif inconnu[59]. L’idée d’une intention délibérée de dissimuler la vérité, pour satisfaire le commanditaire de la commission paraît singulièrement réductrice.

De manière plus nuancée, Gérard Noiriel considère que l’activité scientifique de René Rémond est tout imprégnée de son engagement d’expert au service des pouvoirs et qu’elle vise à rapprocher les élites scientifiques, politiques et médiatiques. Ce programme passe notamment par l’organisation de colloques à la Fondation nationale des sciences politiques, mêlant historiens, journalistes et décideurs[60]. À travers son exemple et celui d’autres historiens (François Furet, Jacques Julliard…), Gérard Noiriel s’emploie à montrer que la voie suivie par ceux qu’il appelle « les intellectuels de gouvernement », – se rendre utile en mobilisant les compétences universitaires pour éclairer l’opinion et guider l’action des hommes d’État –, constitue une impasse. Selon lui, cette ambition, qui suppose un rapprochement avec les puissants, amène à sacrifier la dimension proprement scientifique du métier d’historien en se conformant aux cadres définis par les détenteurs du pouvoir. L’étude détaillée de l’itinéraire de René Rémond permet de nuancer ces analyses : ainsi, en tant que président de la commission chargée d’enquêter sur le Fichier juif, il réussit à faire évoluer et à élargir l’objet de la mission qui lui avait été confiée par Jack Lang, en obtenant de pouvoir faire un inventaire précis de tous les « fichiers juifs » présents sur le territoire français ainsi qu’un historique de leur itinéraire :

« Il ne s’agissait plus seulement de répondre aux quelques questions énoncées par la lettre de mission de mars 1992 et de formuler des recommandations, mais bien d’entreprendre une véritable recherche qui demanderait du temps et pour laquelle nous était nécessaire le concours des administrations publiques[61]. »

René Rémond est parvenu à réintroduire une dimension proprement historique là où le gouvernement ne voulait qu’un avis lui permettant de dénouer une situation embarrassante. Il n’en demeure pas moins que Gérard Noiriel interroge ce qui semble constituer un angle mort du discours de René Rémond : dans quelle mesure sa proximité avec les sphères du pouvoir influe-t-elle, par acculturation, sa manière d’écrire l’histoire ?

Pour René Rémond, l’engagement personnel apparaît comme un ingrédient fondamental de la fabrique de l’histoire, en cela qu’il suscite l’envie de connaître et favorise la compréhension. Il est proche en cela des positions de Marc Bloch et de Lucien Febvre, avec lesquels il revendique d’ailleurs une filiation[62], alors même qu’il était historiographiquement éloigné de la deuxième et de la troisième générations des Annales. Ingrédient fondamental, l’engagement n’est pas vu pour autant comme un élément situant le discours de l’historien. René Rémond reconnaît qu’il implique un cadre interprétatif, mais, à l’intérieur de ce cadre, il revendique une forme d’objectivité pour ses jugements et ses diagnostics.

En cela, René Rémond diverge d’Henri-Irénée Marrou. Quand le premier affirme : « J’ai trouvé dans l’exercice de mon métier d’historien la confirmation expérimentale de mes intuitions[63] », il semble ne pas reprendre à son compte les analyses du second pour qui l’historien « trouve ce qu’il cherche » dans la mesure où les données en histoire sont tellement nombreuses qu’elles « se prêtent complaisamment à sa démonstration et s’accommodent également de tout système[64] ». On pourra voir dans cette volonté de maintenir une revendication à l’objectivité un moyen de domination symbolique, révélant la recherche d’une influence, ou encore la manifestation périmée d’une position de surplomb. Avec davantage d’empathie, on peut aussi interpréter ce positionnement comme un témoignage de sa méfiance face aux différentes modes intellectuelles et de sa volonté de rappeler que l’intentionnalité d’objectivité et de vérité fondent la démarche historique.

Faire retour sur la manière dont René Rémond a nourri sa production d’historien de ses engagements peut peut-être aider ceux qui lui succèdent dans le métier à réfléchir à cette question : comment ne pas refouler hors du périmètre de son activité scientifique ses engagements tout en assumant la manière dont ils déterminent sa sensibilité d’historien ?

Pour citer cet article : Charles Mercier, « Engagement et connaissance historique selon René Rémond », Histoire@Politique, [en ligne], n° 29, mai-août 2016, www.histoire-politique.fr

Notes :

[1] Voir notamment : Penser avec, Penser contre, itinéraire d’un historien, Paris, Belin, 2014 [2003] ; Les Fils maudits de la République : lavenir des intellectuels en France, Paris, Fayard, 2005.

[2] Voir notamment : « Histoires et historiens dans l’espace public » dans Christophe Granger (dir.), À quoi pensent les historiens ? Faire de l’histoire au xxie siècle, Paris, Autrement, 2013, p. 80-97 ; L’Histoire un combat au présent, conversation avec Myriam Meyran, Paris, Textuel, 2014.

[3] Voir notamment : Delphine Naudier et Maud Simonet (dir.), Des sociologues sans qualités ? Pratiques de recherche et engagements, Paris, La Découverte, 2011. Deux colloques ont récemment été organisés autour de cette thématique. Le premier, « Les sciences sociales embarquées », s’est tenu à Paris 1 – Panthéon Sorbonne les 13 et 14 janvier 2012. Le second, organisé par Julie Garda et Florent Le Bot, « Pour une cartographie des engagements du chercheur en SHS » s’est déroulé à l’École normale supérieure de Cachan le 21 juin 2013. Cet article reprend une communication qui y fut présentée.

[4] Jean-Noël Jeanneney et Jean-François Sirinelli (dir.), René Rémond historien, Paris, Presses de Sciences Po, 2014.

[5] Le Conseil de développement culturel (octobre 1971-octobre 1973) avait été créé par le gouvernement de Jacques Chaban-Delmas pour faire du développement culturel un objectif aussi important que le développement économique. Présidé par le ministre de la Culture, le conseil devait produire des avis consultatifs pour éclairer les prises de position publique. René Rémond, déjà accaparé par la présidence de Nanterre, avait hésité à répondre positivement à la sollicitation de Jacques Duhamel, alors ministre de la Culture, par peur de ne pouvoir assister aux quatre réunions annuelles. Il a néanmoins accepté, sans doute par intérêt pour la question, mais aussi comme moyen de développer ses connexions avec les élites dirigeantes : le conseil présidé par le poète Pierre Emmanuel comptait trente membres dont plusieurs chefs d’entreprise comme Paul Delouvrier, – PDG d’EDF –, des artistes, des hommes d’édition, des responsables d’institutions culturelles comme Jack Lang, à l’époque directeur du Festival mondial du théâtre universitaire à Nancy. Voir Charles Mercier, René Rémond, Nanterre et l’Université, les enfantements de 68 (1968-1976), thèse de doctorat de l’université Paris I-Panthéon Sorbonne, 11 décembre 2011, p. 687-689.

[6] De 1975 à 1979.

[7] De 1988 à 2007.

[8] En 2003.

[9] Entre, respectivement, 1971 et 1976, 1979 et 1990, 1981 et 2007.

[10] De 1968 à 1972. Sollicité en septembre 1968 par le ministre de l’Éducation nationale alors que l’ORTF est en pleine crise à la suite de la grève de juin 1968 et aux licenciements qui ont suivi, René Rémond a beaucoup hésité sur la réponse à donner, avant d’accepter en considérant qu’il vaut mieux être à l’intérieur qu’à l’extérieur d’une institution pour la faire évoluer. René Rémond et sa femme ont consigné leurs réflexions relatives à l’opportunité d’accepter ou non cette proposition sur une feuille de brouillon conservée à la Bibliothèque nationale de France, Manuscrits, NAF 28390, 27, 1.

[11] Respectivement entre 1974 et 1978 et entre 1982 et 1989. Pour une vue synoptique des différents engagements de René Rémond, voir Charles Mercier, « Essai de bio-bibliographie », dans Jean-Noël Jeanneney et Jean-François Sirinelli (dir.), René Rémond historien, op. cit., p. 141-148.

[12] Voir notamment Rémy Rieffel, « Les historiens, l’édition et les médias », dans François Bédarida (dir.),L’histoire et le métier d’historien en France 1945-1995, Paris, Éditions de la Maison des sciences de l’homme, 1995, p. 57-73.

[13] René Rémond, « Le contemporain du contemporain », dans Pierre Nora (dir.), Essais d’ego-histoire, Paris, Gallimard, 1987, p. 332.

[14] Ibid.

[15] Ibid. ; René Rémond, « Ce que la foi apporte à l’historien », dans Jean Delumeau (dir.), L’historien et la foi, Paris, Fayard, 1996, p. 284.

[16] René Rémond et Aimé Savard, Aimé Savard interroge René Rémond. Vivre notre histoire, Paris, Centurion, 1976, p. 16.

[17] Ibid., p. 392.

[18] Charles Mercier, René Rémond, Nanterre et l’Université, op. cit., p. 790-792.

[19] René Rémond, « Le contemporain du contemporain », op. cit., p. 333 ; René Rémond, « Ce que la foi apporte à l’historien », op. cit., p. 292-293.

[20] Le militantisme religieux est la source d’autres apports théoriques pour René Rémond. Il les détaille dans : René Rémond, « Ce que la foi apporte à l’historien », op. cit., p. 293.

[21] 68 a constitué, pour René Rémond, une bifurcation dans son itinéraire académique. Bien qu’initialement inquiet vis-à-vis du mouvement étudiant, qu’il a vu naître à Nanterre où il était en poste, il décide, après réflexion, de l’accompagner plutôt que de le dénoncer. S’appuyant sur les « gauchistes participationnistes », il s’engage dans les responsabilités universitaires dans une perspective réformiste. Voir Charles Mercier, « René Rémond à Nanterre en 1968 », Vingtième Siècle. Revue d’histoire, n° 104, octobre-décembre 2009, p. 141-152.

[22] René Rémond, « Le contemporain du contemporain », op. cit., p. 345.

[23] « Mais l’expérience vécue nous suggère aussi l’hypothèse opposée d’une contingence radicale […]. L’expérience de l’homme d’action rejoint ici celle de la vie quotidienne : c’est pour avoir tiré à pile ou face l’emploi d’une journée de loisir que j’ai fait cette rencontre imprévue qui a orienté le développement de toute ma vie… L’historien alors se prendra à songer : ‘‘le nez de Cléopâtre, s’il eût été plus court…’’ […]. » Henri-Irénée Marrou, De la connaissance historique, Paris, Seuil, 1959 [1954], p. 189.

[24] René Rémond et Aimé Savard, Vivre…, op. cit., p. 303.

[25] René Rémond, « Le contemporain du contemporain », op. cit., p. 347.

[26] René Rémond et Aimé Savard, Vivre…, op. cit., p. 187.

[27] Nous empruntons le terme à Patrick Garcia (Patrick Garcia, « Histoire du temps présent », dans François Dosse, Patrick Garcia et Christian Delacroix (dir.), Historiographies : concepts et débats, t. I, Paris, Gallimard, 2010, p. 282).

[28] René Rémond, « Le contemporain du contemporain », op. cit., p. 332.

[29] Ibid., p. 303.

[30] À propos de l’insensibilité des patrons face à la noblesse d’une grève ouvrière, Marc Bloch écrit en 1940 ces phrases récemment réinvesties dans le débat politique : « Il est deux catégories de Français qui ne comprendront jamais l’histoire de France, ceux qui refusent de vibrer au souvenir du sacre de Reims ; ceux qui lisent sans émotion le récit de la fête de la Fédération. Peu importe l’orientation présente de leurs préférences. Leur imperméabilité aux plus beaux jaillissements de l’enthousiasme collectif suffit à les condamner. » (Marc Bloch, L’Étrange défaite, Paris, Gallimard, 1990 [1946], p. 198-199). René Rémond déclare qu’il aime citer ces phrases à ses étudiants (René Rémond et Aimé Savard, Vivre…, op. cit., p. 192).

[31] René Rémond, « Le contemporain du contemporain », op. cit., p. 334.

[32] Ses travaux sont notamment rassemblés dans un essai (Religion et société en Europe: la sécularisation aux xixe et xxe siècles. 1789-2000, Paris, Seuil, 2001) et dans deux livres qui constituent des recueils d’articles (Le Catholicisme français et la société politique : écrits de circonstance, 1947-1991, Paris, L’Atelier, 1995 ; Vous avez dit catholique ?, Paris, DDB, 2007).

[33] Claude Neuschwander et René Rémond, « Télévision et comportement politique », Revue française de science politique, vol. 13, no 2, 1963, p. 325-347.

[34] René Rémond, « Préface », dans René Rémond, Aline Coutrot et Isabel Boussard (dir.), Quarante ans de cabinets ministériels : de Léon Blum à Georges Pompidou, Paris, Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, 1982, p. 9-10.

[35] René Rémond, « Le contemporain du contemporain », op. cit., p. 335.

[36] Stéphane Israël, Les Études et la guerre. Les Normaliens dans la tourmente, Paris, Éditions rue d’Ulm, 2005, p. 260.

[37] René Rémond, « Le contemporain du contemporain », op. cit., p. 335.

[38] Le documentaire est diffusé par l’ORTF en deux parties, les mardi 25 juin et 2 juillet 1974.

[39] Le Monde, 26 juin 1974, p. 20. Sur l’analyse par René Rémond de la collaboration, voir la contribution critique de Jean-Pierre Azéma (« L’historien et Vichy », dans Jean-Noël Jeanneney et Jean-François Sirinelli [dir.], René Rémond historien, Paris, Presses de Sciences Po, 2014, p. 125-130) qui, lors du colloque de décembre 2010 au cours duquel elle fût présentée, suscita la polémique.

[40] Georgette Elgey, entretien avec l’auteur, 25 juin 2009.

[41] Sur la manière dont l’historien fait appel à son expérience personnelle pour comprendre par analogie, voir : Antoine Prost, Douze leçons sur l’histoire, Paris, Seuil, 1996, p. 156-159.

[42] René Rémond, « Le contemporain du contemporain », op. cit., p. 336.

[43] René Rémond, La Règle et le Consentement : gouverner une société, Paris, Fayard, 1979, p. 43. Si René Rémond insiste sur le profit scientifique qu’il a tiré de sa fréquentation conflictuelle de ses collègues de droite et d’extrême droite, c’est sans doute parce qu’il est un spécialiste de la droite française. Des rapports, au demeurant plus apaisés, qu’il a entretenus avec ses collègues de gauche, notamment communistes, durant sa présidence, il tire quelques analyses, mais qui s’inscrivent davantage dans le champ d’un savoir pratique pour dirigeants universitaires. Voir notamment : René Rémond, La Règle et le consentement, op. cit., p. 45-51. Sur les rapports de Rémond président de Paris X-Nanterre avec les différentes nuances d’opinions politiques présentes dans le monde universitaire, voir Charles Mercier, René Rémond, Nanterre et l’Université, op. cit., p. 521-607.

[44] René Rémond, « Le contemporain du contemporain », op. cit., p. 336.

[45] Lucien Febvre, Combats pour l’histoire, Paris, Armand Colin, 1992 [1953], p. 32.

[46] Henri-Irénee Marrou, op. cit., p. 238.

[47] Sur la comparaison entre René Rémond et Henri-Irénée Marrou, voir Jean-Pierre Rioux, « Henri Irénée Marrou et René Rémond, historiens et chrétiens », Revue historique, n° 654, 2010, p. 427-439. Préfaçant la biographie que Pierre Riché a consacrée à Marrou (René Rémond, « Préface » dans Pierre Riché, Henri-Irénée Marrou, historien engagé, Paris, Cerf, 2003, p. 7-9), René Rémond met en valeur dans l’itinéraire de Marrou des éléments qu’il a lui-même développés dans sa propre trajectoire : indépendance d’esprit vis-à-vis des différentes écoles historiques qui permet d’ouvrir de nouvelles voies, capacité à lier l’étude du passé et l’attention aux questions de son temps, engagement dans l’espace public, prise au sérieux, y compris dans le champ professionnel, des exigences de la foi chrétienne.

[48] Henri-Irénéé Marrou, op. cit., p. 229.

[49] Michel de Certeau, L’Écriture de l’histoire, Paris, Gallimard, 1975, p. 70 et suivantes.

[50] René Rémond, « Le contemporain du contemporain », op. cit., p. 295.

[51] René Rémond, « Ce que la foi apporte à l’historien », op. cit., p. 282.

[52] Ibid., p. 290.

[53] René Rémond, Vous avez dit catholique ?, op. cit., p. 53.

[54] Ibid., p. 54.

[55] René Rémond, « Un chapitre inachevé (1958-1990) », dans René Rémond et Jacques Le Goff (dir.), Histoire de la France religieuse, t. 4 : Société sécularisée et renouveaux religieux, Paris, Seuil, 1992, p. 407.

[56] René Rémond et Jean Lebrun, Une laïcité pour tous, Paris, Textuel, 1998 ; René Rémond et Marc Leboucher, Le christianisme en accusation : entretiens avec Marc Leboucher, Paris, Desclée De Brouwer, 2000 ; René Rémond et Marc Leboucher, Le nouvel antichristianisme, Paris, Desclée De  Brouwer, 2005. Sur l’évolution de l’analyse de René Rémond sur la place du catholicisme dans la société française, voir Charles Mercier, « René Rémond et le catholicisme français des années 1990-2000 » dans Céline Béraud, Frédéric Gugelot et Isabelle Saint-Martin (dir.), Catholicisme en tensions, Paris, Éditions EHESS, 2012, p. 281-291.

[57] Créé par un arrêté du 21 janvier 1988, le Conseil supérieur des archives est consulté sur la politique du ministre chargé de la Culture en matière d’archives publiques et privées. René Rémond l’a présidé de sa création en 1988 jusqu’à son décès en 2007.

[58] Annie Lacroix-Riz, L’Histoire contemporaine sous influence, Pantin, Le Temps des cerises, 2004, p. 96-97.

[59] Voir la lettre adressée par Jack Lang à René Rémond, reproduite en annexe dans René Rémond (dir.), Le Fichier juif : rapport de la Commission présidée par René Rémond au Premier ministre, Paris, Plon, 1996, p. 190-191.

[60] Gérard Noiriel, Les Fils maudits, op. cit., p. 117-120.

[61] René Rémond (dir.), Le fichier juif, op. cit., p. 18.

[62] René Rémond, « Le contemporain du contemporain », op. cit., p. 317 : « Si j’étais sommé de me définir par rapport à ce qu’on appelle l’école des Annales […], je me proclamerais débiteur et disciple de la première génération des Annales, celle des années 1929-1939 : une génération qui, loin de privilégier les faits économiques, s’est intéressée aux faits de mentalité et a contribué à remettre en honneur l’étude des croyances. »

[63] René Rémond, « Ce que la foi apporte à l’historien », op. cit., p. 286.

[64] Henri-Irénée Marrou, De la connaissance historique, op. cit., p. 188.

Charles Mercier

Maître de conférences en histoire contemporaine à l’université de Bordeaux (ESPE/ LACES EA 4140), Charles Mercier a récemment publié : René Rémond et Nanterre, les enfantements de 68 : contribution à l’histoire d’un universitaire et d’une université iconiques (Le Bord de l’eau, 2016).

Mots clefs : historiographie ; épistémologie ; objectivité ; engagement ; René Rémond.

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  • ISSN 1954-3670