Histoire@Politique : Politique, culture et société

Le dossier

La Grande Guerre comme initiation. Vivre et dire les premières expériences

Coordination : Franziska Heimburger et Nicolas Patin

La première histoire allemande de la Grande Guerre. Hermann Stegemann, Geschichte des Krieges (1917)

Gerd Krumeich
Résumé :

Au début de l’année 1917 parut le premier volume d’un livre que tout le monde attendait depuis 1915, Geschichte (...)

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Au début de l’année 1917 parut le premier volume d’un livre que tout le monde attendait depuis 1915 : l’auteur en était Hermann Stegemann, reconnu non comme historien de métier mais comme écrivain et journaliste. Il publiait, depuis août 1914, des analyses quotidiennes sur la situation des fronts de l’Ouest et de l’Est pour le journal Der Bund, qui paraissait à Berne en Suisse ; celles-ci suscitaient l’admiration des spécialistes, des militaires et des hommes politiques, en Allemagne comme à l’étranger[1]. Stegemann acquit ainsi une réputation mondiale pendant la Grande Guerre, grâce à ses observations sur la situation de la guerre qu'il donnait régulièrement dans le journal Der Bund. Des trois ou quatre commentateurs analogues de la guerre, tels que le « Student of War » du Times, ou le capitaine norvégien Nörregaard du Morgenbladet d’Oslo, Stegemann fut le plus connu. Ses rapports, lus minutieusement par les états-majors généraux, ne furent pas sans influence sur le déroulement de la guerre.

Cette attente se justifiait par les qualités de l’auteur, par l’intensité, l’objectivité et la précision de ces descriptions des batailles, qu’il fondait sur les rapports officiels de tous les belligérants et sur une connaissance profonde des opérations : des structures des différents corps engagés dans les batailles, d’une part ; du terrain dans lequel se jouèrent les batailles, d’autre part. Cet homme savait lire et comprendre les cartes d’état-major de tous les pays avec une profondeur qui fit même l’admiration des spécialistes, alors qu’il n’avait reçu aucune formation spécialisée à cet effet. Et il sut les expliquer au grand public d’une façon précise, claire, mais où l’on sentait aussi cette grande capacité d’imagination qui était la sienne. On en était venu à croire qu’il disposait d’informations secrètes, spécifiques, en provenance des états-majors des différentes armées eux-mêmes, ce qui n’était, pourtant, pas le cas. Aucun document ne permet de confirmer cette rumeur à ce jour.

Qui était Hermann Stegemann[2] ? Né à Coblence en 1870, Stegemann vécut à Colmar dans le « Reichsland » dans sa prime jeunesse. Il obtint son baccalauréat à Altkirch en 1890, et se fit connaitre, dès l’époque, par ses romans, ses pièces de théâtre et ses poèmes. Il resta fidèle à cette vocation d’écrivain, qui lui conféra une assez bonne notoriété chez les contemporains (cette œuvre est complétement oubliée de nos jours).

À partir de 1891, il s’installa en Suisse. « Libéral de gauche » il ne voulait pas vivre dans l’Allemagne de Guillaume II, par trop rétrograde à ses yeux. En 1901, il se fit même citoyen suisse. À compter de 1895, il fut rédacteur du feuilleton des Basler Nachrichten et écrivit régulièrement pour un grand nombre de journaux et de revues en Suisse et en Allemagne. Après 1912, il dirigea le feuilleton du journal de la ville de Berne, intitulé Der Bund (« La confédération »). Comme il l’a écrit dans ses Mémoires, son contrat avec Der Bund ne fut pas limité aux seules affaires culturelles et littéraires. On lui laissait aussi prendre position et analyser la politique internationale[3]. C’est qu’on savait qu’il était féru d’histoire militaire et de géographie. Stegemann a décrit, dans ses Mémoires, sa fascination pour la chose militaire et pour la géographie, bien qu’il n’en ait jamais fait un métier. Il fut à ce niveau un vrai dilettante, dans le meilleur sens du mot, réservant une heure sacrée du petit matin à l’étude de tout ce qu’il pouvait trouver à Berne, en histoire militaire et en géographie. Ses amis savaient qu’il était doué, mais lui-même n’eut jamais l’idée de professionnaliser ses connaissances et ses savoirs accumulés[4].

La guerre, il commença à l’analyser publiquement en 1912, au moment du déclenchement des guerres balkaniques. Mais comme ses commentaires furent publiés par nombre de revues et de journaux différents, son travail n’attira pas une attention particulière[5].

En plein milieu de la crise de juillet 1914, il publia un premier article d’analyse de la situation internationale, qui avait pour titre : « Vom kranken Frieden » (La paix malade), et quand il prit connaissance du libellé de l’ultimatum de l’Autriche-Hongrie contre la Serbie, il jugea avec pertinence que celui-ci, « en cavalier indépassable » n’était pas rédigé pour être rendu acceptable par les Serbes[6]. Il pensa même qu’il devait y avoir eu un accord tacite entre Autrichiens et Russes pour mater les révolutionnaires serbes, car sinon, cette attitude implacable de l’Autriche-Hongrie était inexplicable[7]. Nous savons que ce n’était pas le cas, mais du point de vue de l’observation rationnelle, le raisonnement de Stegemann n’était sans doute pas dépourvu de réalisme… Stegemann, à ce moment-là, avait sans doute aussi un certain penchant pour la cause allemande. Et il défendit fermement l’avis suivant : la mobilisation russe avait été planifiée depuis bien longtemps et le tsar n’avait attendu, pour la déclarer, que le départ des représentants de son allié français de Saint-Pétersbourg. Or, c’est un argument tout à fait particulier puisque à l’époque, ceux qui analysaient la crise diplomatique d’un point de vue « allemand » conclurent de la visite de Poincaré et de Viviani à Saint-Pétersbourg que c’étaient les Français qui avaient affermi la décision russe en leur promettant tout le soutien désiré.

Les articles quotidiens sur la guerre que Stegemann publia à partir du 10 août 1914 pour Der Bund, n’étaient pas signés. Mais ces récits véridiques des batailles qui intéressaient tant le grand public furent bientôt considérés un peu partout comme étant formidablement bien informés et « objectifs », à un degré que personne ne soupçonnait ni n’attendait même à cette époque de mobilisation idéologique et de propagande généralisée. Le tirage du Bund doubla quasiment en quelques semaines[8]. Ces publications créèrent un tel intérêt que le 16 décembre 1914, Stegemann se vit contraint, à son grand dam, de révéler son nom. L’étonnement fut d’autant plus grand qu’on ne le connaissait pas ; voire qu’on le connaissait comme citoyen allemand, naturalisé Suisse, de tendance « progressiste », lutteur infatigable dans les organisations de la paix et poète d’une valeur certaine, mais pas du tout comme possédant la moindre qualification dans les choses militaires, avant la guerre. Et cet écrivain-journaliste se révéla être celui qui maîtrisait – voire, qui savait expliquer au public – mieux que tous les experts, les questions de la grande stratégie, des opérations sur tous les fronts, ainsi que la tactique des corps engagés sur le terrain.

On a dit que jamais aucun journaliste de son époque ne fut tant lu, écouté et discuté[9]. Les analyses de Stegemann étaient envoyées au front où les soldats les lisaient avec un intérêt toujours grandissant[10], tant cet écrivain savait expliquer le pourquoi et le comment de la guerre qu’ils vivaient dans les batailles mais dont ils ne connaissaient rien ou presque[11].

La meilleure preuve de l’impact qu’eut Stegemann, fut, à mon avis un poème que publia le poète renommé Ludwig Thoma dans la revue satirique Simplicissimus, le 2 mars 1915. Ce poème ironisait sur le culte des grands chefs, et des informations dont ils étaient censés disposer et se terminait par le refrain suivant : « Hindenburg dit […] qu’on fait ce qu’on peut… Mais – que va en dire Stegemann[12] ? »

La précision de ces analyses et le réalisme de ses prévisions firent croire un peu partout qu’il avait été « nourri » par des informations en provenance des Grands quartiers généraux (GQG) des différentes forces belligérantes. Cependant, comme nous l’avons déjà dit, jamais aucun document prouvant une telle connexion n’a pu être présenté. L’excellence de Stegemann tint uniquement à sa capacité toute particulière à savoir « lire » et décrypter les communiqués officiels des différentes puissances et les cartes de terrain de l’état-major. Il y voyait les ravins, les hauteurs, il connaissait les particularités géologiques de telle ou telle zone. Il analysait mieux que les autres le temps qu’il faisait, de manière à intégrer dans son récit et ses prévisions les questions de savoir, si un chemin était praticable pour les camions ou non. Un pont était-il vraiment praticable pour les gros engins ? Stegemann le devinait, l’imaginait. On sait que très souvent, ces éléments pourtant primordiaux de l’organisation et de la logistique militaires faisaient défaut chez les gradés eux-mêmes.

Bien sûr, comme la grande majorité des contemporains, la chose militaire lui était familière. N’ayant jamais accompli son service militaire (pour cause de maladie), il savait cependant parfaitement bien ce qu’était une compagnie, une brigade, un régiment… Il avait même aspiré à une carrière d’officier mais avait d’emblée été refusé, dans les années 1880, en raison de sa santé toujours assez fragile.

Le plus important sans doute, ce fut sa facilité à interpréter les communiqués journaliers des GQG, arrivant sans aucune censure en Suisse, et où il vit les lacunes, les exagérations et surtout, les silences. Il n’empêche que les militaires français qui lisaient les analyses de Stegemann avec curiosité étaient et restaient convaincus que Stegemann tenait ses informations du GQG allemand et que ses reportages avaient pour but de les induire en erreur. Gabriel Hanotaux, dans son Histoire illustrée de la guerre, l’utilisa beaucoup en faisant remarquer à tout propos que Stegemann écrivait une histoire infiltrée par le GQG allemand[13]. Ce n’était pas le cas, et il fut facile de le deviner, un peu plus tard, à lire la description faite par Stegemann de la bataille de la Marne, très critique envers le GQG allemand[14].

Son prestige grandissait. Moltke qui fut, après la défaite de la Marne, relégué au rang du chef d’état-major général à Berlin (il y mourut en 1916), le fit appeler, tout comme le chancelier du Reich, Bethmann Hollweg, qu’il fréquenta, à partir de ce moment, jusqu’en 1917. Ces contacts n’allaient pas de soi, évidemment. Mais Stegemann avait un ami au sein du Reichstag très respecté et influent, le député Konrad Haussmann, chef du groupe des libéraux de gauche au Parlement. La correspondance continue entre Haussmann et Stegemann est conservée en bonne partie[15]. Hausmann fut fasciné par les analyses de Stegemann et il les transmit au chancelier, ainsi qu’à Moltke. Il en résulta un va-et-vient entre Berne et Berlin. Bethmann Hollweg semble avoir sollicité et interrogé Stegemann à plusieurs reprises, l’invitant même à lui résumer ses idées dans un mémoire, qui fut lu et discuté au Parlement même, de sorte que ces échanges firent l’objet, après la guerre, des séances de la Commission d’enquête de l’Assemblée constituante sur les causes de la défaite allemande[16]. Mais jamais on ne suivit les conseils que Stegemann ne manqua pas de donner. L’exemple le plus intéressant était sa volonté de convaincre le gouvernement allemand de rechercher une paix de compromis, étant donné que l’Italie déclarera la guerre à l’Allemagne. Ce pronostic, Stegemann le fit auprès du chancelier Bethmann Hollweg dès mars 1915 ; le chancelier ne donna aucun crédit à cette recommandation[17]. Cependant on ne peut exclure que la fameuse « opération Alberich » de 1917, à savoir le raccourcissement du front de la Somme et le retrait des troupes allemandes sur la ligne Hindenburg, ne soit due à une idée de Stegemann. Le journaliste, en effet, avait suggéré, dans un article paru en septembre 1916, de procéder exactement comme Ludendorff décida de le faire un mois plus tard[18]. Et puisqu’il est avéré que Hindenburg et Ludendorff appréciaient fort ce journaliste suisse…

Évidemment, les grands journaux allemands lui demandèrent de travailler pour eux. Ce qu’il refusa constamment, restant fidèle au Bund et à la neutralité que lui conférait ce journal suisse. Moltke, chef d’état-major de l’armée à Berlin, voulait obtenir qu’il y vienne durablement pour le conseiller, mais Stegemann refusa avec opiniâtreté, parce que cela ne lui aurait pas laissé la neutralité nécessaire.

Neutralité ? Il s’agissait bien de cela. Mais ce fut une neutralité d’autant plus remarquée et d’autant plus intéressante que Stegemann fut dans tout ce qu’il écrivit un ardent patriote allemand, mais qui, dans les débuts de la guerre, était le seul à ne pas confondre ce patriotisme sincère mais raisonné avec le nationalisme déchainé, de mise normalement. Le fait qu’il n’ait pas trempé un seul moment dans l’enthousiasme guerrier des débuts, mais qu’il ait ressenti et dénoncé la guerre, dès le départ, comme une catastrophe culturelle pour l’Europe, lui conféra un grand crédit international.

Pourtant, Stegemann ne fut pas exempt d’erreurs aux niveaux stratégique et tactique. Il ne connaissait nullement le Plan Schlieffen. C’est la raison, pour laquelle il eut parfois du mal à comprendre la situation dans ses articles d’août 1914, autour des opérations militaires en Belgique et dans le nord de la France. Il pensait que l’armée allemande allait, depuis Liège et Namur, rechercher un choc frontal vers l’est avec les troupes françaises déployées sur la ligne Reims-Rethel, et il ne sut expliquer la marche forcenée qu’ils entreprirent après la bataille de Mons. Dans ses Mémoires, publiées dès 1930, il rend lui-même compte de ces errements initiaux[19].

Puisque tout le monde le pressait d’écrire une histoire d’ensemble de la guerre in situ, il s’y attela. À l’automne 1915, le premier volume de son Histoire de la guerre était prêt à être imprimé, mais Falkenhayn, qui, en plus d’être le chef de l’état-major, était chef de la censure militaire, l’interdit. La raison en était simple : la description de la bataille de la Marne, telle que la présentait Stegemann, risquait de nuire grandement à l’autorité du GQG allemand, tant ce patriote ardent mais réfléchi était critique pour l’organisation de l’opération et son déroulement même[20].

C’est vers la fin 1916 que le nouveau généralissime allemand Hindenburg permit enfin la publication de ce volume, qui parut en effet dès février 1917. Hindenburg et Ludendorff étaient, eux aussi, parfaitement conscients de l’enjeu, mais ils jugèrent utile la publication parce que la critique de Stegemann leur permettait de prendre leurs distances vis-à-vis de la stratégie de leurs prédécesseurs. Il est vrai aussi que les événements de la Marne furent beaucoup discutés à ce moment-là, parce que la droite se montra rancunière face à un commandement supérieur qui avait « gâché », pensait-on, la victoire certaine sur la Marne en 1914.

Le livre eut un formidable succès[21]. On peut l’évaluer encore aujourd’hui, car l’histoire de Stegemann est disponible chez tous les bouquinistes… Le titre même en était révélateur : Stegemanns Geschichte des Krieges (L’histoire de la guerre par Stegemann), qui présupposait une familiarité avec ce nom inscrit sur la couverture même du livre[22] ! Il y eut aussi nombre de traductions, mais curieusement seul le premier volume, paru en 1917, eut un réel retentissement à l’étranger[23].

Les trois autres volumes de cette histoire générale de la guerre parurent de 1918 à 1921. L’ouvrage dans son ensemble était constitué en grande partie d’une histoire des batailles, les considérations d’histoire politique, voire économique et sociale, restant clairsemées et parfaitement marginales. Elles étaient elles aussi empreintes, cependant, d’une grande objectivité, quand il peignait, par exemple, le déroulement de la révolution de novembre 1918 sans autre forme de commentaire. Elle était considérée comme un fait parmi d’autres.

L’ensemble du travail de Stegemann peut donc être considéré comme la première histoire de la Grande Guerre, écrite d’un point de vue aussi impartial ; en historien, en somme. Pour illustrer la méthode et la manière d’écrire de Stegemann, on étudiera, dans la suite de cet article, deux épisodes tout à fait exemplaires de son récit.

Août 1914 : La prise des forts de Liège et les « atrocités allemandes[24] »

Stegemann retrace d’abord le coup de main des brigades sous le commandement du général Emmich, dans la chaleur extrême de ce mois d’août 1914. Il montre comment plusieurs colonnes allemandes ont tout de suite rencontré une résistance qu’elles n’avaient pas anticipée. Des unités belges de gendarmerie et cyclistes s’approchèrent avec une grande habileté. De toutes les directions le feu s’ouvrit sur les soldats allemands. « Hommes en blouse (paysans) et femmes participaient à la bataille. Une lutte où ne fut pas respectée, sous la chaleur des passions nationales et sous le coup de l’émotion face à la violation de la neutralité belge, ni l’humanitaire ni la convention de La Haye. C’est ainsi que la guerre pour la liberté du peuple belge a été trempée dans le sang et appelait des mesures de répression terribles… ». Stegemann était donc convaincu – comme pratiquement tous les Allemands – que les Belges avaient commis des atrocités sur les soldats allemands et que la répression allemande, à savoir les vraies atrocités telles que nous les connaissons aujourd’hui[25], étaient légitimes. Mais il fit acte d’une compréhension, face aux motivations des Belges, sans doute unique dans la littérature historique allemande à ce moment-là.

La bataille de la Marne

Dans les rubriques du Bund, Stegemann fit un récit particulièrement détaillé de toutes les étapes de la bataille de la Marne. Par sa précision et par sa perspicacité, elle reste étonnante, même pour le lecteur actuel.

Dans ce chapitre, publié – on le rappelle – en 1917 même, il reprit pour beaucoup les analyses en effet magistrales, qu’il avait livrées de cette bataille au jour le jour dans le journal Der Bund. Là, il avait fait remarquer, le 6 septembre 1914 déjà, qu’au vu de la position des troupes françaises à l’époque, rien n’indiquait une défaite prochaine. Il les vit bien positionnées pour faire durer la guerre sur le front ouest en attendant des poussées russes à l’Est pour obliger les Allemands à dégarnir leur front face à la France. Il eut des doutes concernant cette question, mais l’important c’est qu’à l’inverse de l’état-major allemand, il était loin de penser que les armées françaises se trouvaient pour ainsi dire en déroute et qu’il fallait les « poursuivre » et « annihiler » les troupes de l’ennemi[26]. La retraite des troupes allemandes était le symbole pour lui (à l’encontre de tous les récits allemands officiels et publics) que les Français n’avaient certes pas réussi à regagner du terrain perdu, mais qu’ils avaient en réalité renversé complètement la situation stratégique des deux armées. « Les rôles sont inversés » écrit-il, le 16 septembre[27]. Et de conclure, dès le 17 septembre, que la bataille décisive, refusée par les Allemands, avait changé profondément le caractère de la guerre. À partir de cette date, il ne crut plus à une victoire rapide de l’Allemagne et il vit comment la guerre allait s’enkyster dans le sol. Comme il l’a dit dans ses Mémoires et comme on peut le lire dans ses récits des batailles à partir de la fin août, ce fut cette conscience qui l’amena à une « objectivité » toujours croissante face aux événements de la guerre. Il regarda, scruta, jugea, mais il n’y eut plus trace, dans son récit distancié, du moindre enthousiasme pour la cause allemande.

Pour lui, le 30 août était le point de départ de ce retournement. C’était le moment où les Allemands approchèrent de Paris. Or, il introduisit tout de suite un grand « mais » en citant Clausewitz : « Toute action dans la guerre est dirigée non pas vers des succès certains mais vers les succès possibles. Et où courir le plus grand risque constitue le comble de la sagesse. »

C’était une critique bien sévère du commandement allemand, dont Stegemann considérait qu’il n’avait pas réussi à évaluer correctement les forces françaises en présence, leur possibilité et leur volonté de résistance. On se risqua à faire entreprendre des marches de quarante-cinq kilomètres par jour aux troupes de l’aile gauche. Mais la question était bien sûr de savoir si, par ces marches forcenées, on ne risquait pas de fatiguer outre mesure les soldats. On aurait dû savoir que l’ennemi n’était pas en fuite, mais qu’il subsistait des nids de résistance un peu partout, et que la place forte d’Anvers, qui n’était toujours pas tombée, restait un danger à l’arrière de la ligne de front. Cette analyse parfaitement correcte des erreurs du commandement allemand, Stegemann l’avait effectuée au moment même du déroulement des faits, fin août-début septembre. C’est dans son feuilleton qu’il fit remarquer, quelques jours avant que le GQG allemand ne s’en aperçoive, à son grand dam, que les troupes françaises n’avaient nullement « fui » après les « batailles des frontières », mais qu’elles se retiraient en bon ordre et que leur structure restait solidement ancrée sur le terrain.

Le GQG allemand a commis la grande faute de laisser courir les armées à la poursuite des soldats français, alors qu’il aurait dû les brider. On a oublié, dit Stegemann, de mettre en regard et d’adapter le plan stratégique aux possibilités opérationnelles. Ceci d’autant plus que la place de Paris restait une grande inconnue. Et comme on ne savait pas si les soldats de Paris étaient prêts à affronter une bataille, on n’aurait pas dû les négliger comme ce fut le cas. Joffre, un généralissime intelligent et perspicace, parvint à remonter le moral et la capacité de résistance des troupes françaises après les horribles défaites de la « bataille des frontières ». Mais les Allemands ne comprirent pas que l’armée française était certes entamée, mais pas battue. On sous-estima la volonté et la capacité de résistance du peuple français dans son ensemble. On n’avait pas réalisé que les retraites françaises ne furent pas réalisées sous le coup de la panique, mais de manière tactique ; on fut surpris par la contre-offensive.

Le récit de la bataille de la Marne est beaucoup plus critique dans le livre que dans les récits au jour le jour. Stegemann connaissait évidemment, au moment de l’écriture postérieure du livre, les conséquences de la bataille et put à maintes reprises éclairer les suites funestes de celle-ci pour la situation sur le front Ouest. La hauteur de vue qui se dégage du livre est impressionnante[28]. Le fait primordial, c’est que Joffre avait réussi à organiser une retraite en bon ordre après les catastrophes de la « bataille des frontières ». Il permit à l’armée française d’être « battue mais pas détruite », en mesure de livrer une bataille décisive contre les Allemands. Par le déplacement de l’armée Maunoury, la ligne du front entre la Meuse et Paris eut une grande robustesse et ne put en aucun cas être débordée par l’Ouest. C’est pourquoi toute manœuvre allemande pour dépasser l’armée française en passant la Seine à l’Ouest de Paris était devenue complètement illusoire. De plus, Stegemann ajoute un point de vue, qui avait complètement manqué dans ses analyses des débuts de la guerre. Il insiste sur la force du moral des soldats français :

« Ce qui est sûr c’est que dans les derniers jours d’août et le début septembre 1914, le peuple français était prêt à une résistance à outrance, après qu’il eut dépassé l’horreur qui l’avait saisi lors des écroulements de la Sambre et de l’Oise. C’est à ce moment-là seulement que la guerre est entrée en entier dans la volonté de la nation française. Quand l’ennemi s’approcha de Paris et que la patrie fut déclarée en danger, toutes les énergies qui couvaient se déchaînèrent[29]. »

Bien évidemment, cette analyse, était, en 1917, plus qu’un rappel des faits historiques. Le peuple allemand, en 1917, ne fit-il pas preuve d’un profond manque de volonté et d’entrain ?

Stegemann fut un des auteurs les plus lus en Allemagne dès 1917, les deux premiers volumes, qui parurent avant la fin même des hostilités, furent imprimés à plus de 500 000 exemplaires.

Stegemann, homme de gauche, voire très à gauche dans la culture politique de l’époque, se transforma en nationaliste non repenti à la suite du traité de Versailles et de l’occupation du Rhin et de la Ruhr par les Français. Il écrivit un livre très connu aussi sur « les illusions de Versailles[30] » où il exposa surtout (et à juste titre, en bonne partie) le manque de considération pour l’Allemagne dans le nouveau partage géographique de l’Europe. L’histoire ne lui a pas donné tort.

Il fut – curieusement – l’expert militaire le plus reconnu par le public. Ernst Jünger lui adressa même ses Orages d’acier pour lecture critique avant la publication. Ce qui fut fait et Ernst Jünger dédia cette œuvre « à Hermann Stegemann, en vénération[31] ». Une dédicace que Ernst Jünger retira cependant de ses éditions en 1934 quand lui-même commença à se méfier d’Hitler et qu’il adoucit par conséquent considérablement le style guerrier des Orages d’Acier. Alors que Stegemann se méprit, comme tant d’autres, sur Hitler dont il espérait la réalisation de la révision du traité de Versailles détesté. Stegemann, un homme de gauche, devint un nationaliste révisionniste du fait de la Paix de Versailles abhorrée[32]. Il fut même, après 1933, un partisan convaincu d’Hitler, jusqu’en 1938 quand, après la Nuit de Cristal, il comprit ce qui était en train de se passer et il se retira définitivement en Suisse. Jusqu’à sa mort en avril 1945, il n’écrivit plus que de la littérature et des poèmes, revenant ainsi à son point de départ.

Pour citer cet article : Gerd Krumeich, « La première histoire allemande de la Grande Guerre. Herman Stegmann, Geschichte des Krieges (1917) », Histoire@Politique, n° 28, janvier-avril 2016, www.histoire-politique.fr

Notes :

[1] Voir Wolgast Ernst, « Le Diplomate et ses fonctions. Déduits de la nature de l’organisation internationale publique du pouvoir externe de l’État », dans Académie de Droit International (ed.), Recueil des cours de 1937, Paris, Recueil Sirey, 1937, vol. II, p. 312

[2] Pour ce qui suit, voir : la biographie succincte, établie par le Bundesarchiv en préface à la description détaillée du Fonds Heinrich Stegemann, conservé depuis 1987 au Bundesarchiv, Berlin : http://www.argus.bstu.bundesarchiv.de/N1353-61699/index.htm ; on trouve aussi beaucoup de notices dans les Mélanges qu’on lui offrit lors de son 60e anniversaire, en 1930 : Hermann Stegemann. Persönlichkeit und Werk, Festschrift zu seinem 60. Geburtstage, Berlin/Leipzig, DVA, 1930 ; beaucoup de détails sur ses relations avec les hommes politiques se trouvent dans ses Mémoires : Hermann Stegemann, Erinnerungen aus meinem Leben und aus meiner Zeit, Stuttgart, DVA, 1930. J’ai aussi pu profiter des deux seuls études parues à ce jour : Hans Stubbemann, Hemann (HERMANN) Stegemann als politischer Journalist, Würzburg, Konrad Triltsch, 1940 ; Albrecht Bamler, Der Publizist und Schriftsteller Hermann Stegemann (1870-1945), Frankfurt u. a., Peter Lang, 1989. Bamler a largement profité du fonds Stegemann et du quotidien « Der Bund » (Berne) dont il n’existe malheureusement pas de version accessible via internet.

[3] Hermann Stegemann, Erinnerungen, op. cit., p. 193.

[4] Ibid., p. 109-111.

[5] Hans Stubbemann, op. cit., p. 50.

[6] Voir sur ce point : Gerd Krumeich, Le feu aux poudres. Qui a déclenché la guerre en 1914 ?, Paris, Belin, 2014.

[7] Hans Stubbemann, op. cit., p. 6.

[8] Voir Albrecht Bamler, op. cit., p. 118. Les archives du « Bund » de cette époque n’existent plus.

[9] Hans Stubbemann, op. cit., p. 119.

[10] « Autour de la bataille », La Lanterne, 6 mai 1918, p. 1 : « Stegemann croit à une manœuvre allemande de surprise ».

[11] Hermann Stegemann, Erinnerungen, op. cit., p. 294 ; voir ibid. p. 269 et suiv., plusieurs lettres de remerciements par des soldats du front.

[12] Ludwig Thoma, „Die Hauptsache“, dans Simplicissimus, 2. März 1915, p. 620 : „Hindenburg sagt auch deswegen [...] ‚Freilich tut man, was man kann, ... aber was sagt Stegemann ?“.

[13] Gabriel Hanotaux, Histoire de la guerre de 1914, Paris, Counouilhou, 10 vol., 1917-1920. Voir vol. 5, p. 229 : Herman Stegemann « historien presque officieux de la guerre » ; ibid., vol. 6, p. 206 : « publication officieuse » ; d´autre part, H. cite S. passim : vol 5, p. 288 ; vol. 6, p. 256 ;vol. 10, p. 24, p. 44 ; voir aussi Herman Stegemann, Erinnerungen, op. cit., l.c, p. 244 sur sa controverse avec Hanotaux concernant la bataille de la Marne.

[14] Voir ci-dessous.

[15] Hauptstaatsarchiv Stuttgart, correspondance exploitée par le travail de Albrecht Bamler, op. cit.

[16] Herman Stegemann, Erinnerungen, op. cit., p. 421 et suiv., avec les citations tirées des documents de la commission d’enquête.

[17] Albrecht Bamler, op. cit., p. 136, récit qui s’appuie sur la correspondance de Haussmann.

[18] Michael Geyer, « Rückzug und Zerstörung 1917 », dans G. Hirschfeld, G. Krumeich, I. Renz, Die Deutschen an der Somme, Essen, Klartext, 2006, p. 163 et suiv.

[19] Herman Stegemann, Erinnerungen, op. cit., p. 227.

[20] Karl Lange, Marneschlacht und deutsche Öffentlichkeit 1914-1939, Düsseldorf, Bertelsmann, 1974.

[21] Rien que pour l’année 1917, le tirage approcha les 100 000 exemplaires ; voir l’indication sur la page de titre de la 4e édition, parue en 1917.

[22] Difficile à traduire, mais de fait, par l’emploi de la flexion du nom, le nom de Stegemann fait partie du titre du livre même.

[23] Je suis la liste dressée par le Bundesarchiv, voir note 1 : Histoire de la guerre mondiale, Berne, 1918 ; Kriges historia, Stockholm 1918 ; Krigens Historie, Kopenhague 1918 ; Geschiedenis van de Oorlog, Amsterdam 1918, Prehistora de la Guerra europa , Madrid, 1917.

[24] T. 1, p. 118 et suivantes.

[25] John Horne et Alan Kramer, 1914. Les atrocités allemandes, Paris, Tallandier, 2006.

[26] L’étude la plus complète actuellement de la bataille de la Marne : Holger H. Herwig, The Marne, 1914. The Opening of World War I and the Battle that Changed the World, New York, Random House, 2000, p. 199 et suiv.

[27] Je suis l’analyse succincte de ces écrits par Stubbemann p. 62 et suiv., n’ayant pas accès moi-même aux anciennes éditions de « Der Bund ».

[28] « La bataille de la Marne », La Lanterne, 24 février 1917, p. 1 : « Les Dernières Nouvelles de Munich reproduisent un récit de la bataille de la Marne, contenu dans un livre sur la guerre que le critique militaire du "Bund", M. Stegemann, publie à Berlin et qui a paru en même temps dans le journal bernois. […] Les Français célèbrent la bataille de la Marne comme une grande victoire de leurs armes et, même en Allemagne, il y a des gens qui croient à la légende française de la bataille de la Marne. Le récit de M. Stegemann mettra au point bien des choses. »

[29] Stegemanns Geschichte des Krieges, t. 1, p. 173.

[30] Hermann Stegemann, Das Trugbild von Versailles, Berlin und Leipzig, Deutsche Verlags-Anstalt, 1926.

[31] Voir pour la genèse de cette dédicace, Helmuth Kiesel, Ernst Jünger. In Stahlgewittern, Historisch-kritische Ausgabe, t.  2, Stuttgart, Klett-Cotta, 2013, pp. 71-74.

[32] Hermann Stegemann, Das Trugbild von Versailles. Weltgeschichtliche Zusammenhänge und strategische Perspektiven, op. cit., 1926 ; id., Der Kampf um den Rhein. Das Stromgebiet des Rheins im Rahmen der großen Politik und im Wandel der Kriegsgeschichte, Berlin und Leipzig, Deutsche Verlags-Anstalt 1924.

Gerd Krumeich

Professeur émérite à l’université Heinrich-Heine de Düsseldorf et professeur associé à l’Institut d’histoire du temps présent (IHTP), Gerd Krumeich est un historien allemand spécialiste de la Première Guerre mondiale. Il est  également cofondateur et vice-président du Centre international de recherche de l’Historial de la Grande Guerre de Péronne.


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  • ISSN 1954-3670