Histoire@Politique : Politique, culture et société

Le dossier

La Grande Guerre comme initiation. Vivre et dire les premières expériences

Coordination : Franziska Heimburger et Nicolas Patin

Songes de guerre

Jacqueline Carroy
Résumé :

En se concentrant sur certaines expériences et sur certaines conceptions des rêves pendant et après la Première Guerre mondiale, cet (...)

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Si l’on s’inscrit dans un courant de recherche historique qui envisage les rêves, de diverses manières, sous l’angle d’une approche intellectuelle, culturelle et sociale[1], on peut se demander si l’irruption de la Grande Guerre a changé l’expérience des rêves et les manières d’en rendre compte et de les concevoir. En d’autres termes, la Grande Guerre a-t-elle suscité des « premières fois nocturnes » à la mesure des bouleversements qui ont affecté la société et la culture ?

Une réponse, bien connue, renverrait à Freud qui identifie un type de rêve inédit en proposant, après 1914, une nouvelle théorisation du psychisme. Les rêves traumatiques dans lesquels les combattants revivent indéfiniment chocs et effrois l’amènent à faire l’hypothèse que la compulsion de répétition et la pulsion de mort sont un mode de fonctionnement mental plus élémentaire que le principe de plaisir. Il envisage brièvement en 1923 la possibilité que les rêves traumatiques soient une exception à sa théorie antérieure, avancée en 1900, selon laquelle, après interprétation, le rêve serait toujours la réalisation d’un désir refoulé ou réprimé[2].

Or, si les combattants et les anciens combattants ont fait beaucoup de mauvais rêves tenaces, c’est probablement sous le terme traditionnel de cauchemar qu’ils les ont désignés et vécus. Il s’en faut, comme on le verra, que la notion de rêve traumatique se soit accréditée après-guerre, notamment chez les premiers psychanalystes français. Il faut donc se mettre à distance d’un freudisme rétrospectif, pour s’interroger sur des rêves vécus, racontés, mis en scène comme liés à la guerre, mais aussi liés aux savoirs et aux usages des rêves contemporains. Il est ainsi important de rappeler le contexte des conceptions, des représentations, et des pratiques de l’époque, en essayant de ne pas être anachronique.

Savoirs, pratiques et croyances touchant aux rêves au moment de la Grande Guerre

Il est largement reconnu, dans une perspective savante qui s’impose au cours du XIXe siècle, que les rêves renvoient au passé et non à l’avenir et que leur étrangeté peut s’expliquer notamment par l’action d’associations d’idées sous-jacentes. L’émergence de la psychanalyse se situe dans ce contexte. Les perspectives freudiennes commencent à être connues en France avant la guerre à travers des travaux de vulgarisation scientifique plutôt favorables comme ceux du psychologue Nicolas Vaschide[3]. La thèse du rêve « réalisation d’un désir » n’est pas rejetée, mais plutôt jugée partiellement vraie. Simultanément, dans la culture onirologique savante, raconter et écrire ses rêves pour les transformer en exemples scientifiques peut avoir, plus implicitement, valeur de délassement, de confession, de recherche du temps perdu, mais aussi de lien avec des vivants et des morts selon des modalités ludiques, curatives, salvatrices, effrayantes, sans que ces visions soient revêtues d’un sens surnaturel. Divulguer certains rêves peut enfin tenir lieu de fable, de pamphlet, ou de combat politique.

L’inconscient ou le subconscient apparaissent au début du XXe siècle en France, comme l’explication qui s’impose concernant les rêves, ainsi que le montre une enquête dans la revue de vulgarisation Je sais tout qui se termine par une interview de Henri Bergson, considéré comme une autorité prestigieuse en la matière, sans que Freud soit connu et cité[4]. Cette enquête débute significativement par la reproduction du Rêve de Detaille, tableau de 1888 conservé actuellement au musée d’Orsay[5]. Représentant un songe collectif et guerrier qui exauce les désirs victorieux de soldats endormis, ce tableau sera assez largement diffusé sous forme de carte postale pendant la guerre. Il sera comparé avec une photographie « réelle » de soldats couchés en bivouac dans le Sun du 20 août 1916 : le rêve devient ainsi réalité, comme le titrera le journal.

Les rêves sont aussi reliés à un merveilleux scientifique, pour reprendre un terme utilisé au XXe siècle. L’idée qu’ils puissent renvoyer à des pouvoirs inconnus, fait l’objet d’enquêtes et d’expériences dans le monde savant européen. Charles Richet, physiologiste et prix Nobel de médecine, s’intéresse aux phénomènes dits « psychiques » (nous dirions actuellement « parapsychologiques »), parmi lesquels figurent les rêves « prémonitoires » ou « télépathiques ». Richet se propose de fonder une nouvelle science, la métapsychique, qu’il veut distinguer d’un spiritisme lié à des croyances en l’au-delà.

Outre le tableau de Detaille, l’enquête de 1912 reproduit des gravures de clefs des songes. Objets d’un dédain savant ou cultivé, ces abécédaires souvent illustrés circulent en abondance et se vendent par colportage ou dans des bazars. Ils constituent des sources de profit pour des imprimeurs qui n’hésitent pas à se copier ou à se plagier. Publiées souvent anonymement, sous pseudonyme ou sous anagramme, les clefs des songes se réfèrent à une science appelée onirocritique liée aux anciens Égyptiens, aux prophètes bibliques, aux Grecs (notamment à Artémidore, le seul auteur dont on ait conservé une onirocritique complète) ou aux Arabes. Elles prescrivent des pratiques d’interprétation spécifiques assez codifiées concernant des songes, généralement nets et matinaux, visuels et non auditifs, qui auraient un sens prémonitoire et s’opposeraient aux rêves naturels liés à des besoins individuels. Il s’agit de prendre en compte un élément du songe et de s’interroger sur ce qu’il présage. Dans le cas de visions dites théorématiques, les présages sont clairs et directs. Dans celui des visions allégoriques, il faut décrypter : un contenu apparent peut renvoyer à un sens symbolique, analogique, antithétique, etc. Et c’est pour ce type de songes que des dictionnaires sont requis afin de mettre des mots sur ce que l’on a vu et afin d’en interpréter le sens[6].

Tels pourraient être, évoqués à grands traits, les univers, en grande partie hétérogènes, des savoirs et des pratiques oniriques à la veille de la guerre. Après ce rappel, on peut se demander en retour ce que celle-ci a fait à tous ces rêves, et aux pratiques et conceptions, scientifiques ou non, qui les ont accompagnés, stimulés, voire suscités. Cette période de sommeils transformés et troublés de diverses manières a-t-elle affecté ou changé les savoirs et les cultures nocturnes ?

Rêver et écrire ses rêves dans les tranchées au début de la guerre

Étienne Tanty (1890-1970), un jeune homme célibataire qui part en guerre sans enthousiasme, entretient une correspondance presque quotidienne avec sa famille : son père, sa mère et ses deux sœurs surnommées Jacquot et Balie. Il a fait des études de philosophie et de lettres à la Sorbonne. Il a participé à de très durs combats en août et en septembre 1914 près de Charleroi[7]. Lorsqu’il reprend ensuite sa correspondance, il raconte régulièrement une quarantaine de rêves, entre curiosité psychologique, nostalgie et délassement. Dès le 28 septembre 1914, il soutient une théorie selon laquelle les rêves expriment les besoins de l’individu et sont des « élaborations subconscientes » ressemblant à des romans. A-t-il lu Vaschide ou même Freud, qui n’est pas traduit à l’époque ? Est-il imprégné aussi par l’iconographie, sans doute à ses yeux naïve, véhiculée par les cartes postales proposées dans les cantonnements, qui représentent à foison, sous forme de montages photographiques et parfois de dessins, des rêves et des rêveries exauçant des besoins et des désirs, de nourriture, d’alcool, de colis, d’argent, de victoire, de permission, de sexe, d’amour et d’affection[8]. En tous les cas, Tanty énonce une théorie qui donne sens à ses rêves.

Bien qu’il dise avoir des cauchemars, il détaille en effet surtout des songes heureux ne concernant pas la guerre qui le ramènent au passé de ses vacances en Creuse, son pays d’origine, ou de sa vie civile, à Versailles et à Paris, et dans lesquels il revoit les siens. Face à l’ennui et à la dureté de sa vie en escouade, le rêve est donc un moyen de revoir les absents redevenus présents la nuit et de dialoguer avec eux. Ce dialogue se poursuit par un échange de récits oniriques, puisqu’à plusieurs reprises Tanty fait état des rêves – malheureusement non conservés – que lui racontent sa mère et ses sœurs.

Le 9 novembre 1914, il communique cependant un rêve « impressionnant », inédit dans sa correspondance, qui lui fait revoir un mort des Ardennes, puis une absente :

« Je veille une heure comme sentinelle avec un camarade, à plat ventre dans le champ, à quelques mètres en avant de la tranchée ; je n’ai pas envie de dormir, et dans l’obscurité je déniche ce petit pied de trèfle pour Jacquot – je suis énervé. Je me rendors et j’ai un rêve impressionnant. Un de mes anciens camarades, tué des premiers à Châtelet et auquel j’ai souvent pensé depuis, m’apparaissait vivant et venait d’être blessé à la main ; je le pansais et lui disais toute ma joie de le voir en vie et c’était si bien lui que je restai longtemps certain du réel, m’étant éveillé. Tiens ! Balie, ce serait un bel exemple de rêve pour montrer comme nous interprétons le réel. Je note le cas, il pourra me servir – ou te servir. Les associations d’idées y sont manifestes [… ]

Après je rêvais que nous étions de passage à Versailles, je voulais demander à passer à la maison ; à ce moment, je voyais arriver maman, je m’élançais tout bouleversé de joie, en lui ouvrant les bras ; elle restait immobile, l’air gêné et semblait ne plus me reconnaître. A cet instant je me suis encore éveillé et j’avais les yeux tout mouillés. Je me suis entortillé dans ma couverture avec une envie de pleurer ! Le sommeil enfin est venu[9]. »

Le récit débute comme une histoire de fantôme qui pourrait être aussi une dénonciation de la guerre. Pour y couper court, à l’attention de sa sœur Balie, Tanty analyse, en s’inspirant de la psychologie de l’époque, les associations d’idées qui ont fait revenir sur terre ce défunt, le caporal Creteau, et il transforme sa vision en un exercice de psychologie. Les spectres n’existeraient pas et le rêve est une sorte de roman auquel il a failli croire. Dans la seconde séquence, le retour à la vie civile à Versailles est une rencontre manquée, sous le signe du cafard, terme qui revient de façon répétitive dans la correspondance de Tanty et qui circule alors au front et à l’arrière avant de faire l’objet d’une attention savante, linguistique et médicale[10]. La lettre du 9 novembre est ainsi une offrande et un apologue tout à la fois botanique, quelque peu fantastique et politique, mais aussi scolaire et mélancolique, aux femmes de sa famille.

Le dernier rêve raconté par Tanty est écrit le 4 septembre 1915, juste après le réveil, et comme légué dans l’urgence aux siens, avant un départ en première ligne à Neuville-Saint-Vaast. Tanty revoit toujours, cette nuit-là, des lieux et des personnages familiaux et familiers. Puis, blessé, il peut alors dormir dans un vrai lit à l’hôpital. Ensuite, écrit-il dans les commentaires ajoutés après coup sur sa correspondance, il reprend les combats dans une meilleure escouade avec un « moral amélioré[11] ». Comme beaucoup de combattants, il s’est accoutumé dans la durée, au sein d’une société elle-même accoutumée à la guerre[12]. On ne sait pas s’il a raconté ses rêves dans sa correspondance non conservée ou non publiée.

Pressentiments

Charles Richet lance, dans les Annales des sciences psychiques, – la publication qu’il dirige et que des poilus lisent au front, comme le montrent certaines correspondances publiées par la revue –, et dans le très officiel Journal des armées de la République, une enquête sur les « pressentiments ». Celle-ci reçoit plusieurs centaines de réponses venues du front et de l’arrière. Une synthèse en est publiée par César de Vesme en 1919. Il s’agit de prouver l’existence de forces inconnues permettant aux consciences de communiquer à distance télépathiquement ou de pressentir l’avenir. L’investigation a donc une visée « scientifique » : c’est pourquoi dans les consignes données, il est demandé que les rêves allégués soient notés précisément au réveil et qu’il y ait plusieurs témoins.

César de Vesme cite ainsi la réponse d’un soldat :

« Ce [cas] date des premiers jours de juin 1916 et a été écrit, avec plus de sincérité que d’orthographe, par le soldat Joseph Tissot, de l’artillerie.

"...Une nuits, vère le matin je rêve qu’un aéro boche survole nos lignes, aussitôt nos canon anti-aérien entre en jeu et voilà qu’après quelques cous un obus éclate en plein dedans l’aéro et je le vois désendre en spirale et s’écrasée sur le sole. Le matin a mon réveil je die à mes camarades qu’un aéro boche serais descendu dans la journée par nos canons. Touses se foute à rire et à se moquée de moi mais vère le midi mon rêve se réalise telle que je l’avais rêvé...Plusieurs fois déjà mes rêves se sont réalisés..."

(suivent les signatures de divers témoins)[13]. »

Tissot se présente comme un homme connu pour ses dons au sein de son escouade. Dans un registre de plaisanterie et de croyance, ses camarades se moquent de lui mais contresignent et authentifient son récit. Dans la promiscuité du réveil, on peut se dire ses rêves propitiatoires et en partager la narration. Tanty, pour sa part, réserve plutôt ses songes à sa famille parce qu’il ne se sent pas à l’aise au sein de son escouade en début de guerre.

Le texte de Tissot est le seul exemple dont l’orthographe n’ait pas été corrigée. Tout se passe comme s’il fallait laisser à la réponse sa saveur de pittoresque, mais aussi d’authenticité sans artifice. De Vesme met de même en exergue des rêves naïfs de très jeunes enfants racontés à leurs mères en langage puéril. L’un d’entre eux dit par exemple au matin : « Oncle Edgar trou rouge à la tête », et l’on apprend ensuite que cet oncle vient d’être tué. Contrairement à celle de Tissot, beaucoup des visions citées portent sur des blessures ou sur des morts. Ainsi, revenu chez lui pour une permission, le sergent Jean-Jules Bigard voit la nuit un acte de décès en son nom. Il en rit au réveil, puis apprend ensuite qu’au moment même où il dormait, son oncle, qui porte le même prénom et le même patronyme que lui et qui lui ressemble, a été tué[14]. Ce qui apparaît au premier abord comme une « farce macabre » devient rétrospectivement une prémonition télépathique, après vérification de la coïncidence des dates du rêve du neveu et de la mort de l’oncle. Contrairement aux rêves diurnes ou encore à ce que la métapsychique appelle des « hallucinations véridiques », les rêves nocturnes sont cryptés et demandent une interprétation personnelle, ainsi que le fait Bigard, en soulignant qu’un mort peut en remplacer un autre.

Si l’investigation scientifique n’a pas été très pertinente, selon de Vesme, elle s’est révélée intéressante pour comprendre la psychologie du soldat et apporter une contribution à l’étude de ce qu’Apollinaire appelle le « folklore du front[15] ». La recherche participerait de ces mises en enquêtes des phénomènes psychologiques et sociaux suscités par une guerre installée dans la durée. Elle renverrait, à sa manière, à une sorte de laboratoire des sciences humaines émergentes auquel elle contribuerait à un double titre, en accréditant, à propos des pressentiments, une psychologie de l’inconscient, entendu en un sens large, en même temps qu’elle ébaucherait une « ethnographie » du soldat. Cette analyse est cependant à énoncer au conditionnel, parce que le compte rendu de César de Vesme est assez laconique et que les archives de cette enquête ont été perdues ou demeurent introuvables. 

Une clef des songes de guerre

D’autres rêveurs ou rêveuses peuvent chercher, non seulement dans leur for intérieur, mais aussi dans des dictionnaires, le sens de leurs songes. Une nouvelle clef des songes entend prendre en compte et en charge les rêves suscités par la guerre. Elle est publiée par la Librairie des romans choisis qui édite des romans aux titres accrocheurs destinés aux lecteurs du front et réédite la prophétie de frère Johannès, très probablement un faux diffusé par Joséphin Péladan en 1914[16]. Cette clef des songes illustrée – imprimée sans trop de soin et dans l’urgence au vu de ses coquilles – est vendue au prix modique de 60 centimes. Elle se présente comme « la dernière », car, éditée probablement en 1916, elle porte sur l’année 1917. Tout en se référant à la tradition du « prophète Daniel », d’« Apomazor » [en réalité « Apomasar »], du « devin Artémidore » et de « l’illustre médecin Hippocrate », elle donne « une large place aux songes de guerre », en prenant acte du fait que : « La terrible guerre actuelle étant la préoccupation de tous, le nombre des rêves y ayant trait, s’est multiplié d’une façon extraordinaire. Il est peu de personnes, surtout parmi les femmes et les jeunes filles, qui ne rêvent de soldats ou de batailles, de sous-marins ou d’avions […][17]. » La couverture en couleur (contrairement aux gravures à l’intérieur de la publication) représente cette lectrice (et acheteuse) attendue : une jeune femme assise songeant à un soldat absent dans une scène de rêverie ou d’assoupissement rappelant les cartes postales déjà évoquées. En contrepoint de cette couverture, à l’article « lettre », un poilu est représenté en train de lire son courrier dans les tranchées. Si le lectorat escompté est féminin, ce petit livre de 16 cm de haut et 13 cm de large, épais de 1,2 cm, peut aisément se glisser dans une musette, voire dans une poche d’uniforme, et être ainsi envoyé et lu au front[18].

La Dernière clef des songes repose en grande partie sur un fonds traditionnel d’entrées, peut-être repris d’une publication antérieure, mais actualisé par des vocables nouveaux ou prenant des sens inédits en situation de guerre : on peut approximativement en décompter environ 140 sur les 1 692 entrées du dictionnaire. Le ciel des rêveuses et des rêveurs semble être notamment hanté d’avions et d’aérostats allemands en tous genres désignés en termes techniques (« Aviatik », « Fokker », « Taube », etc.). L’argot militaire fait son entrée dans l’abécédaire avec « cagna » (abri des tranchées), « cuistot », « crapouillot » (lance-bombe), « shrapnell » (fayot), « toto » (pou). « Rosalie » n’est plus un prénom de femme, mais celui, donné par Théodore Botrel, à la baïonnette, laquelle doit être « luisante et claire » si l’on veut obtenir « succès, victoire ». On verrait désormais la nuit des « canons », des « mitrailleuses », des « mortiers », des « sous-marins », des « tranchées », des « paréclats ». Les songes seraient peuplés d’« adjudants », d’« aviateurs », d’« aviatrices », d’« artilleurs », de « blessés », de « fantassins », d’« embusqués », d’« espions », de « généraux », d’« infirmières », de « majors », de « marraines », de « poilus », de « prisonniers », de « réfugiés », de « Sénégalais ». Voir un « boche » serait signe de « ruine et d’incendie » et voir le « Kaiser » signe de « honte », tandis que voir « les Alliés » le serait de « triomphe obtenu par l’aide de vos amis ».

Revisités par la guerre, des mots civils habituels prennent un double sens. Ainsi de la « grenade » arme et fruit, de la « batterie » et de la « marmite » qui restent liées à la cuisine mais sont devenues guerrières, ou encore de la « bague » ou du « chien » qui peuvent être dorénavant « de poilu » ou « de guerre ». Si un « entonnoir à bouteilles » est signe d’« ivrognerie », s’abriter dans un « entonnoir creusé par un obus » l’est de « sécurité qui ne durera pas ». Une partie de l’univers linguistique et visuel familier se clive et s’étend. La guerre est censée infiltrer beaucoup de nuits. La dernière clef des songes distribue des croix à valeurs multiples : « croix de bois » pour « affliction », « croix de guerre » pour « honneur et gloire », « croix de fer » pour « trahison ». L’horizon onirique se leste de bons et de mauvais présages en fonction d’une perspective dans l’ensemble conformiste et patriotique.

Il est cependant important de ne pas s’en tenir là et d’évoquer la complexité de l’offre d’entrées et de sens parfois proposée. Les interprétations, souvent allégoriques et parfois antithétiques, comme il est d’usage dans les clefs des songes, peuvent à la fois euphémiser ou annuler le poids guerrier des entrées, ou encore, à l’inverse, le souligner. « Bataille », s’il s’agit d’une « bataille d’hommes » et non de femmes, présage par exemple une « brouille due à la jalousie », tandis que l’illustration correspondante représente l’assaut glorieux de fantassins suivant leur officier. À lire le sens plutôt négatif assigné à la « permission » : « obstacle à vos projets », un avenir incertain s’annonce, puisque l’illustration donnée (un combattant casqué enlaçant une femme à l’expression grave, tous deux nimbés dans un cœur) pourrait être tout aussi bien celle d’un retour que d’un départ de soldat[19] : la prédiction et son image sont ambigües. Il en est de même si l’on consulte les entrées correspondant à des rêves de blessures et de morts, probablement fréquents, si l’on se réfère au récit de Tanty et à l’enquête de Richet : « Blessé. – En voir, argent dépensé pour une œuvre utile ; – L’être soi-même, succès prochain, récompense honorifique[20]. » Les interprétations peuvent suggérer une assez large possibilité d’avenirs allant du financement de l’effort de guerre, à des « décorations » (terme qui fait l’objet d’une entrée et d’une illustration dans le dictionnaire) ou, plus implicitement peut-être, à l’espoir d’une bonne blessure. Quand il s’agit de vie et de mort, les choix de sens sont sans appel. À l’article « mort », l’interprétation se veut carrément rassurante en procédant par antithèse : « Rêver de votre propre mort est un brevet de bonne santé. » Mais elle peut être aussi brutale, si l’on se rapporte à l’article « cadavre » qui renvoie à une réalité quotidienne crue et sanglante, et qui dit que « voir son propre cadavre » est « signe de mort ».

Quelques très rares entrées peuvent enfin renvoyer en sourdine à une actualité liée à la période de lassitude et de révolte qui conduira aux mutineries de 1917, ou encore à un vécu guerrier prosaïque et peu glorieux. La clef des songes donne deux sens à « émeute » : l’un renvoyant à « discussion, procès » et l’autre, dont il est bien spécifié que c’est « en Allemagne », prédisant « pauvreté, famine ». « Coliques » est signe de « danger imminent » et « diarrhée » de « frayeur, danger couru ». Quant à la « victoire », le lecteur est averti : « Soyez prudent. Petite déception. »

Lorsque le livre de 1916-1917 est republié presque à l’identique chez un autre éditeur en 1925 sous le titre La dernière clef des songes par Mme Athéna[21], l’avertissement initial au lecteur ne comporte plus d’évocation des « songes de guerre ». L’actualité des années 1916-1917 s’estompe : les avions et aérostats allemands, les « Alliés », le « Kaiser », « Rosalie », la « diarrhée » disparaissent du dictionnaire. La couverture représente non plus une femme rêvant à un soldat mais une dormeuse alanguie aux cheveux courts et au décolleté avantageux dont on ne sait ce qu’elle voit à travers ses yeux clos. Les « coliques » demeurent, mais acquièrent un sens militaire et civil : « –danger imminent (pour un militaire) ; – pour les civils, promesses d’argent. » Cependant les rubriques « boche », « poilu », ainsi que beaucoup de celles renvoyant à l’argot de la guerre, parfois même précisées et un peu augmentées, sont toujours censées être mobilisables par des rêveurs dont le sexe n’est plus indiqué aussi nettement d’entrée de jeu. Une nouvelle entrée « cafard », absente en 1916-1917, fait son apparition pour désigner le « rêve que font tout éveillés les soldats qui s’ennuient », et auquel « Madame Athéna » conseille de ne pas céder[22]. Après le temps des tranchées, reviendrait celui des casernes. Outre l’ancienne rubrique « émeute » qui est conservée, une nouvelle rubrique « émeute, révolution » présage des « querelles de ménage »…

Il est évidemment difficile de savoir s’il y a effectivement eu beaucoup de « songes de guerre » conformes au livre de 1916-1917, même si on peut penser, au vu d’autres sources, que La dernière clef des songes porte témoignage d’un univers onirique infiltré par la guerre, à l’image de la société globale, comme on l’a vu. On ignore si ce texte, édité pour répondre à une attente commerciale, a eu du succès et a beaucoup circulé. Il faudrait enfin se demander s’il a existé des publications analogues en France[23] et dans d’autres pays belligérants.

Se métamorphoser en ennemi

Il peut être intéressant de comparer cette clef des songes avec un livre de 1932 plutôt favorable à Freud et préfacé par une autorité de l’époque, le philosophe André Lalande. Marguerite Combes, fille du botaniste Gaston Bonnier, elle-même naturaliste, s’y interroge sur les métamorphoses et plus précisément sur « l’androgynat » qui amène des rêveuses à changer parfois de sexe la nuit pour se voir et se vivre comme des hommes. À cette occasion, Combes exhume un rêve « extrêmement curieux » de mars 1918, dans lequel une jeune fille patriote devenait, écrit-elle, « un aviateur boche (nous respectons le style d’alors) blond, élégant et poseur, le vrai type du hobereau prussien ». Combes esquisse une interprétation freudienne, en évoquant « une identification du rêveur avec son contraire, avec ce qu’il juge hostile et incompréhensible. » Elle remarque dans une note : « Les personnages de Guillaume II, de l’impératrice, du Kronprinz, la cour d’Allemagne, le palais de Potsdam, ont figuré parfois avantageusement pendant la guerre et même après, dans beaucoup de rêves provenant de personnes toutes ardentes patriotes[24]. »

Marguerite Combes intitule l’exemple qu’elle rapporte : « le rêve de l’aviateur allemand » et elle marque ses distances par rapport au terme de « boche », employé dans la notation onirique initiale de 1918. Sa note confirmerait que les nuits de certains rêveurs ont pu être affectées durablement par la guerre, comme le postulait déjà en 1916-1917 La dernière clef des songes. À l’encontre de celle-ci, Combes suggère en revanche des interprétations des « songes de guerre » moins rassurantes et moins patriotiques. Il est probable qu’en 1918 des rêves de métamorphose en ennemi auraient été moins dicibles et surtout moins publiables, compte tenu d’un contexte de « culture de guerre ». Mais ils auraient été aussi moins explicables par une référence à la psychanalyse dont les conceptions sont en train d’être vulgarisées en France entre les deux guerres.

Les descriptions de Combes demanderaient à être corroborées par d’autres sources. Elles montrent en tous les cas que certains dormeurs et certaines dormeuses ont eu conscience que la guerre pouvait et avait pu métamorphoser visions et identités nocturnes. 

Le rêve d’un patient raconté et interprété après la guerre

Un an après la parution de La dernière clef des songes par Madame Athéna, au début de l’année 1926, paraît un livre collectif dirigé par René Laforgue, l’un des pionniers français de la psychanalyse, et consacré aux rêves. René Allendy (1889-1942) y développe notamment l’interprétation psychanalytique de nombreux exemples racontés dans des cures. En cours d’année, la Traumdeutung de Freud est traduite sous le titre La science des rêves et, en fin d’année, se constitue le premier mouvement psychanalytique français affilié à l’organisation freudienne internationale. Alors que Freud envisage que certains cauchemars de combattants puissent faire exception à sa théorie des rêves, cette révision possible n’est pas intégrée aux nouvelles éditions allemandes de son livre et les lecteurs de La science des rêves n’en ont pas connaissance.

René Allendy a été gazé en Champagne pendant la guerre, puis, considéré comme tuberculeux, il a été réformé et reçoit une pension d’invalidité. Parmi les nombreux exemples oniriques publiés en 1926, il rapporte et analyse ainsi le rêve d’un patient ancien combattant :

« RÊVE. – Je suis soldat, pendant la guerre, à la Main de Massiges. Je fais une patrouille, seul entre les lignes. Des fusées partent de tous côtés et éclatent ; le canon tonne. J’ai une peur affreuse d’être découvert mais je passe inaperçu.

ASSOCIATIONS : Soldat. – Turpitudes de la vie militaire.

Main de Massiges. – Curieuse disposition des collines comme les doigts d’une main. J’ai été en réalité dans ce secteur. Je me rappelle un officier tué par un obus, la tête en bouillie : nous étions tous couverts des débris de sa cervelle.

Patrouille. – J’en ai fait de très dangereuses. Peur d’être vu et tué. J’en tremblais au retour.

Fusées. – Éclatement. Éjaculation.

INTERPRÉTATION. – Le rêveur réalise son désir de n’être pas découvert. Sur cette ligne générale il faut grouper les idées de solitude, main, éjaculation. Il s’agit de l'onanisme. L’éclatement de l'obus, la tête en bouillie, la cervelle répandue deviennent des symboles clairs. Ce rêve est le rappel d'une émotion intense, quand, dès ses premiers essais de masturbation, le sujet a été découvert par sa mère, a été grondé par elle et a éprouvé une honte extrême[25]. »

Dans la Science des rêves, Freud spécifie que le désir à l’origine du rêve renvoie au bout du compte à la sexualité infantile. Allendy est donc de ce point de vue orthodoxe dans son interprétation finale, confortée par l’ambiguïté de l’expression « ne pas être découvert », qui peut renvoyer à une expérience d’enfant mais aussi de soldat. Le rêve manifeste et les associations insistent en effet sur une scène réelle, dans un lieu réel, la Main de Massiges, ce dont l’interprétation finale ne tient pas compte. Par ailleurs l’assimilation de l’éclatement des obus et des marmites avec l’éjaculation est courante pendant la guerre : on la retrouve dans des cartes postales grivoises de l’époque.

L’analyse semble cadenassée par une interprétation univoque excluant plus ou moins que le rêve puisse être surdéterminé, à l’encontre de ce que souligne Freud lui-même. On peut juger rétrospectivement l’interprétation d’Allendy caricaturale et dérisoire, en ce qu’elle ne tient pas compte de la dimension traumatique et culturelle du rêve. Il faut cependant rappeler que cette interprétation se fait à deux, dans le cadre d’une relation thérapeutique décrite comme transférentielle. Rien ne dit que l’ancien combattant n’ait pas accepté, voire suscité, ce que lui propose son psychanalyste.

Dans ce parcours historique, mon propos a été d’attirer l’attention sur des sources fragmentaires et méconnues, et d’ouvrir un chantier à partir de quelques études de cas, forcément disparates, plus que de proposer des analyses exhaustives et exclusives, et encore moins des diagnostics. La diversité des documents mobilisés est significative de celle des expériences oniriques et des discours sur les rêves mobilisables en 1914, avant que la psychanalyse ne prenne statut de théorie dominante en France.

Tanty avait sans doute au départ une curiosité pour les rêves et il est même possible qu’il se soit exercé à noter ses productions nocturnes avant 1914, comme le montre la dextérité avec laquelle il décrypta les associations à l’origine du rêve portant sur le caporal Creteau. Sa vie de tranchées semble cependant avoir aiguisé son intérêt psychologique et déclenché chez lui une expérience onirique originale qui lui a permis de se soigner de la guerre en adressant des rêves. On pourrait, mutatis mutandis, comparer les récits de Tanty à ceux du poète Jean Cayrol lorsqu’il décrit les rêves concentrationnaires bénéfiques – parce qu’ils ne portaient surtout pas sur les camps – que partageaient les déportés au matin[26]. Si la Grande Guerre a pu être le temps des corps et des psychismes convulsés et stupéfiés par des troubles nerveux, ainsi que des hallucinations, de la mélancolie, des cauchemars et du cafard[27], elle a pu être aussi celui des rêves réparateurs. En rendant public un questionnaire sur les pressentiments dans une publication officielle, Richet a donné du sérieux à des phénomènes prémonitoires jusque-là réservés notamment à des conversations de tranchées. Il en a autorisé l’étude et la divulgation, à la frontière indécise entre ce qui relève et relèvera du psychologique et du parapsychologique. Même si elle a été peu probante aux yeux de ses initiateurs, l’enquête a contribué à conforter l’idée, déjà présente avant 1914, que les rêves renvoient à un inconscient ou à un subconscient[28]. La dernière clef des songes pour 1917 a voulu permettre à ses lectrices et à ses lecteurs de mettre des mots et des interprétations sur des visions nocturnes nouvelles liées à un univers diurne bouleversé. Cette publication témoigne de l’adaptabilité potentielle d’un genre d’écrit traditionnel qui s’est perpétué, avec des aléas divers, depuis l’Antiquité jusqu’à nos jours. On pourrait lui appliquer l’oxymore de « Première fois traditionnelle ». Les expériences nocturnes ont pu être bouleversées par la guerre de façon moins conformiste et plus troublante, puisqu’elles ont pu inverser les identités et les valeurs diurnes, comme le remarque Marguerite Combes. Le rêve du patient d’Allendy suggérerait enfin que certaines interprétations psychanalytiques ont pu servir après-guerre à euphémiser des souvenirs insistants de l’horreur des combats pour remonter plus loin dans le temps. Interpréter un rêve de guerre comme infantile a pu après coup permettre à un patient (et à son psychanalyste ?) de se mettre à distance de la Main de Massiges, pour n’y voir désormais qu’une main d’enfant.

Ainsi, en écho aux expériences nouvelles qui se sont imposées à la majorité des dormeurs et dormeuses, la guerre, avant et après coup, a-t-elle pu favoriser la fréquence de certains types de songes, voire susciter des rêves nouveaux. Dans les différents exemples que j’ai cités, elle a provoqué en tous les cas interrogations et besoin de raconter et de comprendre ce que l’on vivait ou avait vécu la nuit. On ne doit pas écarter cependant le fait que le monde nocturne de certains rêveurs n’ait pas ou peu été affecté. Le biologiste Yves Delage, qui avait l’habitude de longue date de noter ses productions nocturnes, s’étonnait ainsi de ne pas avoir eu en août 1914 de rêves touchant à l’événement qui frappait alors tout le monde. Dans les différents exemples qui ont été évoqués, la guerre a incité à tout le moins à écrire et à interpréter des rêves.

Pour revenir enfin à Allendy, ses analyses donneraient, plus généralement, à réfléchir sur la relativité et l’équivocité de ce que l’on appelle une « première fois ». Il est possible en effet que, si son patient avait raconté son rêve vers 1920 à d’anciens  camarades de combat non-psychanalystes, ceux-ci y auraient reconnu l’un de ces nouveaux cauchemars qui les hantaient parfois. Aux yeux d’Allendy, cet exemple confortait en revanche l’idée que la psychanalyse avait inventé une onirologie inédite, à valeur universelle et exclusive de toute autre, sur laquelle la guerre n’avait pu avoir réellement prise. Or, paradoxalement, la « première fois traumatique » des anciens combattants pourrait apparaître plus freudienne, et rétrospectivement plus « moderne », que celle d’Allendy. Les « premières fois » des bouleversements de l’Histoire ne coïncident pas nécessairement avec les changements et les ruptures qui ponctuent l’histoire intellectuelle et culturelle, même s’il peut y avoir des résonances.

Pour citer cet article : Jacqueline Carroy, « Songes de guerre », Histoire@Politique, n° 28, janvier-avril 2016, www.histoire-politique.fr

Notes :

[1] Sur l’historicisation des rêves, voir deux articles pionniers de Peter Burke, « L’histoire sociale des rêves », Annales. Économies, sociétés, civilisations, vol. 28, n° 2, 1973, p. 329-342 et de S.R.F. Price, « The future of dreams : From Freud to Artemidorus », Past and Present, 113, November 1986, p. 3-37. Pour des travaux sur les 19e et 20e siècles, voir Yannick Ripa, Histoire du rêve. Regards sur l’imaginaire des Français au XIXe siècle, Paris, Olivier Orban, 1988 ; Charlotte Beradt, Rêver sous le IIIe Reich, Paris, Payot, 2002, 1ère éd. 1981 ; Lydia Marinelli et Andreas Mayer, Rêver avec Freud. L’histoire collective de L’interprétation du rêve, Paris, Aubier, 2009, 1ère éd. 2002 ; Jacqueline Carroy, Nuits savantes. Une histoire des rêves (1800-1945), Paris, EHESS Éditions, 2012.

[2] « Remarques sur la théorie et la pratique de l’interprétation du rêve », dans Sigmund Freud, Résultats, idées, problèmes, II, Paris, PUF, 1985,1ère éd. 1923, p. 79-91.

[3] Nicolas Vaschide, Le sommeil et les rêves, Paris, Flammarion, 1911.

[4] « Notre enquête sur les rêves », Je sais tout : magazine encyclopédique illustré, août-décembre 1912, p. 355-367.

[5] Pour voir, en ligne, le tableau conservé au musée d’Orsay, http://www.musee-orsay.fr/fr/collections/oeuvres-commentees/recherche/commentaire_id/le-reve-7075.html?no_cache=1 (page consultée le 5 janvier 2016).

[6] Pour une histoire de longue durée du genre d’écrits très répandus qu’ont constitué les clefs des songes, voir Jacqueline Carroy et Juliette Lancel (dir.), Clefs des songes et sciences des rêves. De l’Antiquité à Freud, Paris, Les Belles Lettres, à paraître en avril 2016.

[7] Sur la bataille de Charleroi, voir Damien Baldin et Emmanuel Saint-Fuscien, Charleroi : 21-23 août 1914, Paris, Tallandier, 2012.

[8] Sur les cartes postales de guerre, voir par exemple Pierre Brouland et Guillaume Doizy, La Grande Guerre des cartes postales, Paris, Hugo Image, 2013. Sur ce que j’ai appelé les cartes postales de rêve, je me permets de renvoyer à Nuits savantes, chap. 12.

[9] Étienne Tanty, Les violettes des tranchées. Lettres d’un poilu qui n’aimait pas la guerre, préface d’Annette Becker, Paris, Italiques, 2002, lettre du 9 novembre 1914, p. 159.

[10] Albert Dauzat, L’argot de la guerre d’après une enquête auprès des officiers et soldats, préface d’Alain Rey, introduction d’Odile Roynette, Paris, Armand Colin, 2007, 1ère éd. 1918, p. 63 ; Christophe Prochasson, « La langue du feu », revue d’histoire moderne et contemporaine, 2006, 53/3, p. 122-141 ; Odile Roynette, Les mots des tranchées. L’invention d’une langue de guerre 1914-1919, Paris, Armand Colin, p. 164-165 ; Louis Huot et Paul Voivenel, Le cafard, Paris, Bernard Grasset, 1918.

[11] E. Tanty, Les violettes…, op. cit., p. 553.

[12] Voir le livre classique de Georges L. Mosse, De la Grande Guerre au totalitarisme. La brutalisation des sociétés européennes, préface de Stéphane Audouin-Rouzeau, traduit de l’américain par Edith Magyar, Paris, Hachette, 1999.

[13] César de Vesme, « L’enquête du Prof. Charles Richet sur les faits métapsychiques aux armées », Annales des sciences psychiques, 1919, 2-3, p. 19.

[14] Ibid., p. 21.

[15] Guillaume Apollinaire, « Contributions à l’étude des superstitions et du folklore du front », Hésiode, 2, 1994, p. 17-25, 1ère éd. 1917.

[16] Sur cette prophétie, voir Albert Dauzat, Légendes, prophéties et superstitions de la guerre, Paris, La Renaissance du livre, s.d., p. 182-184 ; Jean-Yves Le Naour, Nostradamus s’en va-t-en guerre, préface de Jay Winter, Paris, Hachette, 2008, p. 110-113.

[17] « Avertissement au lecteur », La dernière clef des songes. Explication de tous les songes et visions ainsi que des rêves concernant la guerre, Paris, Librairie des romans choisis, 1917, p. III et V. Les guillemets que j’emploierai ensuite renvoient à des entrées ou à des citations de cette brochure. Sur la langue de guerre reprise par cette dernière, voir Albert Dauzat, L’argot…, op. cit. et Odile Roynette, Les mots…, op. cit. Cette clef des songes est brièvement évoquée par Jean-Yves Le Naour, Nostradamus…, op. cit., p. 95-96. Même si je suis d’accord avec cet auteur pour en souligner le caractère globalement conformiste et patriotique, je ne partage pas, comme on va le voir, ses jugements portés sur ce texte présenté univoquement comme « maladroit » et « risible ».

[18] Je remercie Monsieur Bruno Jeannet, responsable du service Conservation du Département Histoire de la BNF, de m’avoir obligeamment communiqué ces informations sur La dernière clef des songes, lisible actuellement sur Gallica, mais trop fragile pour être consultable.

[19] Sur l’ambiguïté du vécu des permissions, voir Emmanuelle Cronier, Permissionnaires dans la Grande Guerre, Paris, Belin, 2013.

[20] La dernière clef 1916-1917…, op. cit., p. 39.

[21] La dernière clef des songes par Mme Athéna, Paris, Éditions Prima, 1925. Cette publication est rééditée en 1927 et 1948. « Madame Athéna » semble s’être spécialisé(e) dans une littérature s’adressant aux femmes, sans que l’on puisse savoir si ce pseudonyme renvoie à un auteur masculin ou féminin et si cet auteur est déjà celui du livre de 1916-1917.

[22] La dernière clef des songes par Mme…, op. cit., p. 46.

[23] Il se peut que des clefs des songes analogues à celle de 1916-1917 aient échappé au dépôt légal.

[24] Marguerite Combes, Le rêve et la personnalité, préface d’André Lalande, membre de l’Institut, Paris, Boivin, 1932, p. 106-107.

[25] René Allendy, « Signification et interprétation des rêves », dans René Laforgue (dir), Le rêve et la psychanalyse, Paris, Maloine, 1926, p. 152-153. Sur Allendy et l’histoire de la psychanalyse en France, voir par exemple Annick Ohayon, Psychologie et psychanalyse en France. L’impossible rencontre (1919-1969), Paris, La Découverte, 2006, 1ère éd. 1999.

[26] Jean Cayrol, « les rêves concentrationnaires », Les Temps modernes, 36, 1948, p. 520-535.

[27] Hervé Guillemain et Stéphane Tison, Du front à l’asile 1914-1918, Paris, Alma, 2013 ; Laurence Guignard, Hervé Guillemain et Stéphane Tison (dir.), Expériences de la folie. Criminels, soldats, patients en psychiatrie (XIXe-XXe siècles), Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2013.

[28] Sur l’inconscient et les sciences psychiques, voir Régine Plas, Naissance d’une science humaine : la psychologie. Les psychologues et le « merveilleux psychique », Rennes, PUR, 2000. Sur les sciences psychiques après la guerre, voir Brady M. Brower, Unruly Spirits. The Science of Psychic Phenomena in Modern France, Urbana, Chicago, University of Illinois Press, 2010.

Jacqueline Carroy

Jacqueline Carroy travaille sur l’histoire des sciences humaines et de la psychologie à l’École des hautes études en sciences sociales et au Centre Alexandre-Koyré. Elle a récemment publié Nuits savantes. Une histoire des rêves (1800-1945) (EHESS Éditions, 2012).

Mots clefs : Première Guerre mondiale ; écriture des rêves ; rêves prémonitoires ; clefs des songes ; psychanalyse.

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  • ISSN 1954-3670