Histoire@Politique : Politique, culture et société

Le dossier

La Grande Guerre comme initiation. Vivre et dire les premières expériences

Coordination : Franziska Heimburger et Nicolas Patin

L’arrivée des réfugiés de Galicie en Bohême pendant la Première Guerre mondiale : rencontre problématique et limites du patriotisme autrichien

Claire Morelon
Résumé :

Cet article examine l’évolution de la situation des réfugiés venant de l’Est de la monarchie austro-hongroise (Galicie et Bucovine) à (...)

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À partir du mois d’août 1914, l’invasion de la Galicie et de la Bucovine par les troupes russes provoqua le départ de centaines de milliers de personnes vers l’arrière austro-hongrois, certaines évacuées par l’armée et d’autres fuyant par peur de l’avancée russe. La plupart de ces réfugiés, en tant que citoyens de Cisleithanie (partie autrichienne de l’Empire)[1], se dirigèrent vers Vienne et les Pays tchèques. La Hongrie, bien que plus proche géographiquement, ne prévoyait aucun soutien financier aux réfugiés et la politique officielle était de les envoyer en Cisleithanie. Les premières arrivées de ces réfugiés à Prague en septembre 1914 mirent en contact des populations qui, jusqu’alors, n’avaient été que peu confrontées les unes aux autres. À l’inverse de Vienne, destination de nombreux immigrés galiciens, cette vague de réfugiés ne s’inscrivait pas dans la continuité des migrations économiques de l’avant-guerre[2]. En effet, la plupart des immigrés juifs de Prague au XIXe siècle venaient de Bohême et l’immigration depuis l’Est de l’Empire était négligeable[3]. La venue des réfugiés des provinces orientales constitue donc une « première fois » dans le cas pragois, incarnant une réalité de l’Empire austro-hongrois à laquelle la population était jusqu’ici peu exposée. La prise en charge de ces réfugiés par les autorités et les associations impliqua une redéfinition des pratiques de charité locales et d’assistance de la part de l’État. Quelles formes prirent les rencontres entre les réfugiés des provinces orientales et la police et les autorités municipales en Bohême ? Comment la population locale a-t-elle accueilli ces réfugiés ?

L’accueil des réfugiés pendant la guerre mit à l’épreuve la conception du patriotisme autrichien. L’historiographie récente sur l’Autriche-Hongrie a mis en lumière l’existence d’une loyauté envers l’Empire dans l’avant-guerre, battant en brèche les conceptions plus anciennes d’un Empire incapable de contenir ses problèmes de nationalités[4]. Elle a également révélé les limites de cette loyauté, notamment pendant la guerre[5]. Comme David Rechter l’a expliqué, l’aide aux réfugiés permettait aux autorités autrichiennes de montrer l’unité des diverses nationalités de l’Empire et le ralliement autour d’un destin commun[6]. Il est important de souligner ce moment et de percevoir au début de la guerre les éléments de solidarité avec les victimes de guerre. Cependant, là où la mobilisation pour d’autres causes patriotiques connut un certain succès pendant la première moitié de la guerre, l’accueil des réfugiés et l’aide leur étant accordée ont vite tourné à l’hostilité, comme le montre l’exemple pragois[7].

Les récentes études sur l’État autrichien en guerre montrent à la fois des revendications de la part des citoyens qui s’attendaient à ce que l’État pourvût mieux à leurs besoins au vu du sacrifice consenti par la population et une réponse inadéquate de la part de l’État qui ne fut pas en mesure de faire face et qui dut faire appel à la société civile pour pallier ses manques. Le livre de Maureen Healy illustre ainsi la présence accrue de l’État dans la vie quotidienne des Viennois pendant la guerre et sa perte de légitimité associée à la mauvaise gestion de la crise du ravitaillement[8]. Ke-Chin Hsia a étudié un processus similaire dans la prise en charge des invalides de guerre en insistant notamment sur le recours à des agences non étatiques[9]. Julie Thorpe a défendu un argument semblable dans le cas de l’aide aux réfugiés[10] et le cas pragois corrobore cette hypothèse. Une analyse de l’accueil des réfugiés dans le contexte local d’une ville de province majeure telle que Prague offre un aperçu des dynamiques d’interaction entre les différentes populations de l’Empire austro-hongrois. C’est également à l’échelle locale que la prise en charge des réfugiés avait lieu : bien que le cadre général fût élaboré à Vienne, il était mis en application par les municipalités. Les archives de la direction de police pragoise, qui contrôlait l’arrivée et le séjour des réfugiés dans la ville, constituent les sources principales utilisées dans cet article. La police était en contact étroit avec la municipalité de Prague et les municipalités des faubourgs, et leur correspondance révèle les conditions d’accueil des réfugiés dans la ville. En 1914, Prague comptait environ 200 000 habitants (en centre-ville) et 600 000 en incluant les faubourgs[11]. Lors du recensement de 1910, 7 % de la population indiquait l’allemand comme langue d’usage. La grande majorité de la population se déclarait catholique alors que la minorité juive représentait 5 % de la population et que la minorité protestante était très réduite[12]. La composition des réfugiés de Galicie et de Bucovine reflétait la composition complexe de la population de ces deux régions, entre polonophones, paysans ukraïnophones (ou roumanophones) et juifs yiddishophones[13].

Un accueil patriotique ?

Les premiers réfugiés arrivèrent à Prague en septembre 1914 mais, en raison de la lenteur des transports, leur nombre demeura limité jusqu’aux mois de novembre et de décembre de la même année. Ainsi, Prague n’avait accueilli que 1 878 réfugiés à la fin du mois d’octobre 1914. Cependant, ils étaient 17 667 à la fin de l’année 1914[14]. Ces chiffres (provenant des archives de la police) ne sont pas entièrement fiables car de nombreux réfugiés ne s’enregistraient pas auprès de la police lors de leur arrivée. Le nombre de réfugiés présents dans la ville était donc probablement plus élevé. Les autorités militaires ne communiquaient pas le nombre de réfugiés potentiels se dirigeant vers l’arrière de manière précise aux autorités civiles et celles-ci eurent par conséquent tendance à sous-estimer le nombre d’arrivées[15]

Les autorités austro-hongroises avaient l’intention de séparer les réfugiés en deux groupes : ceux qui avaient les moyens de subvenir à leurs besoins (bemittelt) et ceux qui étaient sans ressources (mittellos). Ces derniers devaient être envoyés dans des camps d’internement en Bohême, en Moravie et en Basse-Autriche, tandis que les réfugiés mieux lotis étaient autorisés à s’installer dans les grandes villes, telles que Prague, Brno /Brünn  ou Vienne. Cette séparation sur la base de la richesse et de la classe sociale, également appliquée dans le cas des internés civils, était plus particulièrement marquée dans l’Empire austro-hongrois que dans les autres pays belligérants[16]. De plus, les réfugiés étaient séparés selon leur nationalité : les Ruthènes (ukraïnophones) étaient envoyés dans des villages et des camps en Basse-Autriche et en Carinthie, les Polonais en Bohême et en Moravie (notamment au camp de Choceň/Chotzen en Bohême), et les juifs en Moravie, en Bohême, en Basse et Haute-Autriche (avec des camps d’internement en Moravie)[17]. Ce plan théorique ne se matérialisa pas. Les camps devaient d’abord être construits, avant que les réfugiés pussent y être envoyés. D’autre part, beaucoup d’entre eux se dirigèrent vers les grandes villes, soit à la recherche de parents et de connaissances (à Vienne par exemple), soit parce qu’ils espéraient y trouver un emploi. Par conséquent, les réfugiés qui se trouvèrent à Prague à la fin de 1914, loin d’être tous « bemittelt », étaient également divers en termes de nationalité (environ la moitié d’entre eux étaient signalés comme juifs et la nationalité des autres n’était pas précisée à cette période). Cette division par nationalité constituait une rupture avec les pratiques de l’administration autrichienne d’avant-guerre. La population de confession juive avant 1914 n’était pas légalement reconnue par l’Empire en tant que nationalité mais simplement comme groupe religieux. Face à l’afflux de réfugiés pendant la guerre, cependant, le gouvernement catégorisa les juifs comme une nationalité à part[18]. Cette nouvelle catégorisation ainsi que la division par groupe national des diverses associations d’entraide vinrent renforcer les identités nationales et les stéréotypes ethniques. Julie Thorpe a bien montré, à l’instar de l’exemple russe étudié par Peter Gattrell[19], que ces séparations entre différents groupes de réfugiés eurent des conséquences sur le développement des nationalismes pendant la guerre[20].

Les autorités impériales commencèrent cependant par promouvoir l’aide aux nouveaux arrivants. Les réfugiés galiciens étaient considérés par l’administration civile en Bohême comme des victimes de guerre au même titre que les blessés qui étaient également envoyés à l’arrière à cette période. Chaque réfugié avait le droit à 70 hellers par personne et par jour payés par les autorités locales. Le conseil municipal pragois mit deux maisons municipales et une ancienne caserne à disposition des réfugiés les plus pauvres[21]. Le gouverneur de Bohême, le comte Thun, publia un avis dans la presse qui faisait appel au sentiment patriotique de la population pour qu’elle participe à l’aide aux réfugiés. Comme l’hiver approchait, il l’invitait aux dons de vêtements chauds et de nourriture et il exprimait sa confiance dans la réponse patriotique en Bohême[22]. Ce discours sur les réfugiés comme victimes de guerre pourrait être comparé, à ce moment du conflit, à la mobilisation en faveur des réfugiés en Grande-Bretagne et en France[23]. L’historien Alexander Watson considère que la solidarité au profit des réfugiés de Galicie et de Bucovine fut inexistante, contrairement à celle observée en Allemagne pour les réfugiés de Prusse orientale. Bien que ce constat soit dans l’ensemble vérifié dans le cas pragois, quelques initiatives de solidarité eurent lieu au début du conflit qu’il convient de souligner[24].

L’action des associations de bienfaisance venait en complément des programmes d’assistance officiel. Ces associations offraient souvent de l’aide en fonction des divisions nationales ou religieuses. La communauté juive pragoise s’organisa ainsi rapidement pour prendre en charge ses coreligionnaires arrivant de l’Est. Un comité d’aide fut créé dès septembre 1914[25], il se proposait de prendre en charge les réfugiés juifs[26]. La communauté de culte juive (Israelitische Kultusgemeinde) payait directement les subventions accordées par l’État aux réfugiés juifs et était ensuite remboursée par l’État (le conseil municipal pragois remplissait cette fonction pour les autres réfugiés). Son action était motivée par une solidarité avec ses coreligionnaires et une volonté de soutenir l’effort de guerre autrichien. Pour loger les réfugiés sans ressources, le comité loua des appartements dans la Vieille Ville et plaça d’autres réfugiés dans l’hospice de Taussig[27]. La principale organisation à venir en aide aux réfugiés non juifs (mis à part le conseil municipal pragois) était le « Comité des réfugiés polonais » (Komitét uchodźców polskich), créé par les réfugiés eux-mêmes. Un secrétariat tchéco-polonais vit également le jour, ainsi que le plus officiel « Comité régional d’aide aux réfugiés de guerre particulièrement aux Polonais » (Landeshilfskomittee für Kriegsflüchtlinge, insbesondere Polen). Des salles de classe dans les écoles pragoises étaient réservées aux élèves réfugiés avec des cours en polonais ou même en ukrainien (la communauté juive avait également organisé des cours pour les réfugiés juifs)[28]. Un journal fut publié en polonais à Prague (Wiadomości Polskie z Pragi) et une section polonaise parut dans le journal tchèque Národní listy[29]. D’autres groupes nationaux plus petits établirent aussi des comités d’entraide. Un comité de soutien pour les réfugiés allemands fut créé en septembre 1916, subventionné par les associations allemandes locales, ainsi qu’un comité roumain la même année[30]. D’autres initiatives virent le jour : l’association des professeurs d’allemand privés, par exemple, collecta de l’argent et distribua de la nourriture et des vêtements aux réfugiés[31]. Une vie culturelle centrée autour des réfugiés se développa dans la ville : un théâtre judéo-polonais jouait dans l’un des hôtels de Prague[32], tandis que le Théâtre National tchèque organisa une soirée polonaise au cours de laquelle furent joués des morceaux de compositeurs polonais dans le but de lever des fonds[33]. Dans l’ensemble, cependant, l’aide ne fut pas aussi importante que pour les blessés : moins d’associations se mobilisèrent pour cette cause. Par exemple, l’accueil des réfugiés dans les gares et l’organisation de collations à leur arrivée ne générèrent pas le même engagement de la part de la population. Même dans les premiers mois de la guerre, la municipalité de Prague dut acheter deux cents miches de pain en urgence pour accueillir un convoi de réfugiés, affamés, qui arrivait, à la gare de Smíchov/Smichow[34]. La communauté juive pragoise distribuait régulièrement de la nourriture aux réfugiés dans les gares, mais cette activité s’arrêta en 1915 en raison de l’augmentation du prix des denrées alimentaires[35]. Un médecin, indigné face au traitement réservé aux réfugiés et au manque d’accueil dans les gares, écrivit au journal Prager Tagblatt en novembre 1914 :

« Il n’y a pas de preuve plus affreuse de leurs souffrances que les circonstances que j’ai pu observer à la gare de Buštěhrad : ils se servaient de l’eau chaude de la locomotive pour pouvoir avoir quelque chose de chaud par le froid matinal. Un service d’accueil à la gare ne serait-il pas de rigueur[36] ? »

Distance et exclusion de la communauté urbaine

En dépit des efforts officiels et privés fournis pour leur porter assistance, les réfugiés étaient souvent perçus par les habitants des Pays tchèques comme étrangers, presque déjà orientaux. L’aide accordée était parfois accompagnée d’une certaine condescendance envers ces compatriotes « moins développés ». Un journal de Plzeň/Pilsen (ville de l’ouest de la Bohême) louait, par exemple, l’effet civilisateur de ces nouveaux contacts :

« Au départ ils n’aimaient pas notre ordre. Notre goût pour le travail leur paraissait excessif […] et notre propreté corporelle et notre attachement à l’éducation scolaire étaient également très frappants pour beaucoup de nos frères polonais. Mais, très vite, des voix polonaises se firent entendre dans les journaux déclarant que les Polonais avaient appris à apprécier l’hospitalité tchèque et le travail et la propreté tchèques et qu’ils allaient en tirer profit[37]. »

Le journal Národní politika citait fièrement un journal cracovien qui mentionnait l’influence positive de leur séjour à Prague sur des étudiants polonais qui parlaient maintenant quelques mots tchèques et avaient pris le goût du travail (pracovitost) tchèque[38]. Les membres des comités d’aide juifs pouvaient également faire preuve d’une certaine ambivalence à l’égard des juifs de Galicie. Là aussi, la guerre mettait en contact des populations qui ne s’étaient pas côtoyées auparavant. Un sioniste pragois fit ainsi remarquer à un collègue de Cracovie : « C’est la première fois qu’on voit de la populace juive à Prague. Avant la guerre, on connaissait la populace tchèque ou allemande mais pas de populace juive[39]. » Ce commentaire soulignait l’éloignement social aussi bien que géographique entre les deux populations.

Malgré leur très importante contribution financière et pratique aux œuvres d’aide, notamment au début de la guerre, les juifs assimilés pragois se plaignaient parfois des Galiciens, plus traditionnels.  

Certains craignaient que le costume porté par les hommes hassidiques ne provoque des réactions antisémites qui pourraient ensuite se retourner contre les juifs assimilés. Les juifs pragois partageaient le même espoir que les Tchèques de voir les réfugiés exposés aux valeurs occidentales abandonner leurs coutumes.[40]. Cette attitude contrastait avec celle des juifs de Vienne, dont beaucoup avaient immigré récemment de Galicie et qui accueillirent les réfugiés avec un regard moins critique.

Les interactions quotidiennes avec les Pragois révélaient également la distance entre les deux groupes[41]. Même une description positive des nouveaux arrivants dans le Prager Tagblatt inclut une description pittoresque des « juifs de Galicie avec leurs longues barbes et leurs longs caftans » et des plus rares paysans galiciens, « dont plusieurs portent leur costume national coloré et marchent sur le pavé avec leurs solides bottes hautes[42] ». Les relations pouvaient également se faire plus hostiles. Les rapports de police montrent plusieurs cas d’attaque physique de réfugiés dans la rue[43]. Leur présence dans les magasins pouvait être mal perçue. Ainsi, un groupe de commerçants d’un passage à Prague se plaignit à la police du « flot de réfugiés » qui non seulement mettait en danger leur sûreté mais faisait fuir les autres clients : « Avec ce flot de réfugiés, qui ne sont absolument pas habitués à faire la queue de manière ordonnée, la fréquentation par le public venant acheter ou simplement de passage est rendue impossible[44]. » Les pénuries alimentaires de plus en plus fréquentes menèrent également à de nouvelles tensions dans les longues queues pour obtenir de la nourriture. Des réfugiés signant sous le nom de « Polonais de Brewnow » (un faubourg de Prague) se plaignirent auprès du comité de réfugiés polonais que les marchands tchèques refusaient de les servir, arguant qu’ils n’avaient rien pour les Polonais[45]. De manière similaire, des réfugiés juifs se plaignirent auprès des autorités centrales à Vienne en 1917 qu’on les empêchait d’acheter de la nourriture à Prague. Des enquêtes policières dans divers quartiers de Prague révélèrent qu’en effet les réfugiés étaient souvent exclus des queues par d’autres acheteurs. La police ne semblait pas toujours prête à intervenir et dans certains cas défendait même l’attitude des autres clients (leur peur d’être contaminés par la vermine, par exemple)[46].

Les autorités municipales étaient également inquiètes au sujet des standards d’hygiène des réfugiés car elles craignaient que ceux-ci puissent transmettre des épidémies au reste de la population. Le médecin municipal recommanda même d’éviter tout contact entre la population et les réfugiés pour prévenir les infections[47]. Les autorités municipales redoutaient leur manque de propreté et insistaient pour qu’ils soient régulièrement inspectés par les médecins municipaux[48]. Pourtant, les blessés étaient tout aussi susceptibles d’apporter des maladies à l’arrière (vingt-sept cas de typhus sont reportés en septembre 1915 parmi les blessés pragois, par exemple)[49], mais les mesures prises contre eux ne semblent pas aussi drastiques. En outre, les mauvaises conditions d’hygiène dans les bâtiments où la ville avait logé les réfugiés pouvaient expliquer leur situation sanitaire[50]. Le conseil municipal pragois créa une station spéciale d’épouillage à Bulovka en mai 1916[51]. La procédure durait un maximum de trois heures : les réfugiés devaient retirer tous leurs vêtements qui étaient désinfectés, leurs cheveux étaient examinés et leur tête rasée si l’on y trouvait des poux, ils étaient ensuite lavés à l’eau chaude. Le médecin recommandait de faire preuve de patience et d’éviter à tout prix l’usage de la violence[52]. Cette recommandation suggère que certains réfugiés étaient réticents au traitement. Ils devaient se soumettre à de nombreux contrôles médicaux et développèrent des stratégies pour éviter cette confrontation. Un médecin faisant son inspection dans le faubourg de Žižkov/Žižkow se plaignait que beaucoup étaient absents des appartements où ils étaient censés vivre et qu’il n’avait pu examiner que les deux tiers des personnes inscrites[53]. La peur des épidémies encouragea la municipalité à des campagnes de désinfection préventives. Un journal rapportait, en mars 1917, qu’en raison d’une potentielle épidémie de typhus parmi les réfugiés de Galicie, des familles entières avaient été transportées à Bulovka pour être désinfectées et qu’elles ne seraient renvoyées chez elles que lorsque le risque d’infection serait éliminé[54]. L’historien Paul Weindling a bien montré, pour le contexte germanophone, comment un tel discours hygiéniste – lié à la crainte de la propagation de maladies – se transforma à cette période en un discours racialisé à l’encontre des juifs d’Europe de l’Est, perçus comme principaux porteurs de maladies[55]. Dans le cas tchèque, ce discours antisémite liant épidémies et immigration juive existait déjà de manière marginale avant la guerre[56], mais le conflit créa une situation inédite dans la mesure où ces idées furent alors mises en pratique.

Cependant les autorités pragoises essayaient de limiter les contacts entre la population locale et les réfugiés pour d’autres raisons également. Les réfugiés représentaient en effet un signe visible de la défaite de l’Empire. L’auteur d’une lettre anonyme antisémite se moquait ainsi de la propagande officielle, ironisant : « Bien sûr que nous gagnons, c’est pour cela que les réfugiés viennent de Cracovie[57]. » Par leurs récits, mais également par leur simple présence, les réfugiés remettaient en question la version officielle des nouvelles du front et contribuaient à réduire la confiance en l’État autrichien. Ils pouvaient également mettre en lumière les déficiences de l’État. En 1916, quand des réfugiés s’échappèrent du camp d’internement de Choceň/Chotzen et vinrent mendier à Prague, les autorités incitèrent la population à ne pas croire à leurs récits, inquiets que ceux-ci ne « discréditent l’aide fournie par l’État aux réfugiés[58] ». Les soupçons envers les réfugiés pouvaient également concerner leur loyauté envers l’Empire. Des habitants ukraïnophones de Galicie étaient ainsi soupçonnés de nourrir des sympathies pro-russes, et beaucoup d’entre eux devenaient donc suspects d’espionnage dans les grandes villes[59]. Cette image des réfugiés comme traîtres se retrouve également dans l’accueil mitigé réservé aux réfugiés du Trentin dans le Sud de l’Empire[60]. La suspicion envers de nombreux réfugiés et les mesures d’internement contre certaines nationalités suspectes (Ruthènes et Italiens notamment) eurent des conséquences délétères pour l’État autrichien[61]. Les réfugiés étaient également accusés d’acheter trop de nourriture afin de la revendre à un prix plus élevé. Ils étaient alors tenus responsables de l’augmentation des prix des denrées de base. Une rumeur commune était que les réfugiés étaient embusqués et qu’ils évitaient le service militaire. Dans une lettre à la police, un invalide accusait les « Juifs polonais » de se faire injecter des maladies pour être infectés et ainsi être inaptes au service[62]. Ces diverses accusations étaient souvent réunies et marquaient l’exclusion des réfugiés en dehors de la communauté urbaine. Le maire du faubourg de Královské Vinohrady/KöniglicheWeinberge se plaignait par exemple de la présence des réfugiés. Dans un avis affiché dans les rues du faubourg, il demandait qu’une liste précise des personnes séjournant dans la commune soit fournie aux concierges des immeubles et il interdisait l’élevage de volailles dans les immeubles :

« Le nombre d’immigrés galiciens de confession juive à Král.Vinohrady est en augmentation constante. Certaines maisons en sont pleines. […] Ces immigrés galiciens sont très mobiles et font plein usage de nos équipements publics. En particulier, ils viennent en masse au marché couvert public où ils touchent la marchandise, en demandant un prix comparativement très bas, et se rendent ensuite à un autre étalage[63]. »

La simple présence des réfugiés dans la ville est perçue ici comme hostile et mettant en péril la « santé » de la communauté. Le maire du faubourg de Karlín/Karolinenthal se plaignait des réfugiés dans des termes très similaires, accusant les « créatures fluctuantes » de toujours bouger d’un appartement à l’autre, rendant ainsi le contrôle médical très difficile[64]. La municipalité de Žižkov/Žižkow déclarait, de son côté, que 8 000 réfugiés juifs séjournaient dans le faubourg, faisant augmenter les prix et mettant en péril la santé de la population dans les immeubles, les tramways et « d’autres lieux sociaux », se soustrayant au travail et à la conscription dans l’armée. Les autorités de cette commune recommandaient enfin que les réfugiés  soient complètement séparés du reste de la population[65].

Radicalisation du rejet et antisémitisme

Comme on peut le voir, le discours de méfiance envers les réfugiés était souvent plus spécifiquement dirigé contre les réfugiés juifs de Galicie. Tandis qu’au début de la guerre le discours sur les réfugiés dans la presse les mentionne en tant que « réfugiés galiciens » ou « réfugiés polonais », le terme « juif » devient de plus en plus fréquent au fur et à mesure de l’avancée du conflit. Cela ne reflète pas nécessairement l’évolution de leur proportion parmi les réfugiés. La proportion de réfugiés juifs passe d’environ 50 % dans les derniers mois de 1914 à 68 % en août 1915, mais elle redescend à 38 % en mars 1917. Les réfugiés non juifs étaient probablement dans leur immense majorité polonophones. Comme nous l’avons vu, les Polonais étaient envoyés en priorité vers la Bohême par les autorités. À Prague, la police n’indiqua la nationalité des réfugiés dans son recensement que de janvier à mars 1917 (jusqu’ici les réfugiés n’étaient séparés qu’entre « juifs » et « autres »). En mars 1917 étaient ainsi reportés 6 621 Polonais, 990 Ruthènes, 928 Allemands, 90 Hongrois, 175 Tchèques, et 435 autres[66]. Ces chiffres ne doivent être considérés que comme le reflet de ce que les individus choisissaient de déclarer aux autorités[67]. La présence des réfugiés dans la ville suivait les variations du front oriental. Après la reprise des territoires par les Allemands et les Autrichiens à l’été 1915, certains réfugiés retournèrent dans leurs communes d’origine. L’offensive Broussilov en 1916 généra un nouveau flot de réfugiés. Quelques milliers de réfugiés du camp d’internement de Choceň/Chotzen où les conditions étaient déplorables[68] se rendirent également à Prague à cette période, expliquant ainsi l’augmentation de réfugiés sans ressources. Le nombre total de réfugiés se réduisit ensuite jusqu’à la fin de la guerre. Le maximum fut atteint en juin 1915 alors que 24 295 réfugiés se trouvaient à Prague. En mai 1918, seuls 2 688 réfugiés subventionnés par l’État demeuraient dans la ville (dont 2 415 juifs)[69].

Réfugiés de Galicie et de Bucovine à Prague, 1914-1917

Réfugiés de Galicie et de Bucovine à Prague, 1914-1917[70]

À plusieurs moments durant la guerre, les autorités municipales pragoises tentèrent de limiter le nombre de réfugiés présents. Dès janvier 1915, la ville était officiellement fermée aux arrivées de nouveaux réfugiés, toutefois, dans les faits, cela ne les empêchait pas de venir[71]. Les autorités essayèrent de les envoyer dans des camps d’internement et encouragèrent leur rapatriement quand les troupes austro-hongroises reconquirent la Galicie en 1915. Durant les dernières années de la guerre, les municipalités de Prague et des faubourgs demandèrent à maintes reprises leur départ[72]. L’opinion publique condamnait également leur présence. Par exemple, une lettre anonyme envoyée en septembre 1917 au gouverneur de Bohême menaçait d’agir si les réfugiés n’étaient pas expulsés : « Nous travailleurs de Prague demandons pour la dernière fois au gouverneur de Bohême comte Coudenhove d’expulser complètement tous les réfugiés de l’Est, car ces villes sont libres, c’est-à-dire tout au plus d’ici la fin du mois d’octobre, sinon nous arrêterons le travail et il y aura des scandales […][73]. » En septembre 1917, un article du journal social-démocrate Právo lidu exigeait que les réfugiés s’en aillent « à cause de la haine générale envers eux » due aux difficultés d’approvisionnement[74]. Dans un contexte de pénuries alimentaires accrues, les réfugiés apparaissaient comme un fardeau supplémentaire pour une ville qui n’arrivait pas à nourrir ses habitants. La réticence des réfugiés à retourner dans leurs anciens foyers pouvait s’expliquer par la destruction des villages et des villes de Galicie, ainsi que par les ruptures de liens familiaux causées par le conflit. De nombreuses bourgades de Galicie et de Bucovine furent complètement anéanties[75]. Certains réfugiés étaient parvenus à trouver un emploi à Prague ou bien n’étaient pas dans un état de santé physique qui leur permettait d’entreprendre ce voyage. La proportion relativement plus importante de réfugiés juifs qui resta peut également s’expliquer par la peur des pogroms dans la région (et les rumeurs de violences réelles qui parvenaient en Bohême). Certains d’entre eux revinrent après novembre 1918 et les pogroms en Galicie[76]. Les demandes de prolongement de séjour adressées à la police pragoise retracent le départ traumatique de Galicie et les difficiles conditions de vie à Prague. Beaucoup de réfugiés étaient trop malades pour voyager (notamment affaiblis par les problèmes de ravitaillement) ou ne voulaient pas laisser un membre de la famille souffrant. Ces pétitions témoignent également d’un degré d’intégration dans la société pragoise par le travail[77]. La création de la Tchécoslovaquie en 1918 donna un nouveau prétexte aux demandes d’expulsion : ces réfugiés n’étaient désormais plus considérés comme compatriotes et pouvaient donc être renvoyés en tant que citoyens d’un État étranger[78]. Le caractère antisémite de la politique du conseil municipal pragois et des réactions de la population locale fut de plus en plus manifeste au fur et à mesure du conflit. Les réfugiés juifs furent par exemple spécifiquement exclus des tramways publics en 1917[79]. Comme ce fut le cas pour les précédentes mesures d’exclusion, cette décision fut justifiée par des préoccupations de santé publique (peur de propagation des épidémies). Nous voyons ici le glissement qui s’opère entre des mesures sanitaires concernant tous les réfugiés et une exclusion qui ne vise que les juifs de Galicie. Cette mesure fut cependant révoquée après une protestation publique sur le sujet[80]. En octobre 1918, un rapport du conseil municipal pragois signalait que seuls les réfugiés juifs demeuraient dans la ville et les accusait de pratiquer le marché noir et de profiter des subventions étatiques qu’ils recevaient. Les recommandations du conseil incluaient l’arrêt de la distribution des subventions et des tickets de rationnement aux réfugiés[81]. Il convient cependant d’être conscient des précédents d’avant-guerre. Cathleen Giustino a par exemple montré la manière dont l’assainissement du ghetto de Josefov à la fin du XIXe siècle reflétait déjà l’entrecroisement de considérations hygiénistes sur la santé publique et de l’antisémitisme[82]. L’antisémitisme tchèque était déjà présent dans de nombreux aspects de la politique du tournant du siècle, il s’était notamment manifesté lors des émeutes de 1897 à propos des ordonnances Badeni et de l’affaire Hilsner ; les préjugés économiques contre les juifs n’étaient pas un phénomène nouveau dans le discours national tchèque[83]. La présence des réfugiés accentua ce discours qui fut accompagné pour la première fois de mesures concrètes d’exclusion de la part du conseil municipal.

L’arrivée à Prague des réfugiés de Galicie et de Bucovine représenta une mise en contact inédite de diverses populations de l’Empire. Les subventions que ces réfugiés recevaient et les efforts de la population envers eux constituèrent une mise à l’épreuve de la mobilisation pour l’effort de guerre autrichien. Bien que des actions publiques et privées d’assistance se mirent en place pour les aider et qu’une forme de solidarité ait existé dans les premiers mois, une attitude hostile prévalut assez vite et s’aggrava avec la progression du conflit. L’État austro-hongrois supranational organisa l’accueil des réfugiés en les séparant, pour la première fois, par nationalité renforçant ainsi les divisions nationales de l’avant-guerre. Cherchant à s’appuyer sur les réseaux de charité juifs, l’État sépara les réfugiés juifs laissant leur prise en charge à la communauté juive pragoise. Les divers autres comités d’entraide se structurèrent également sur des lignes nationales laissant peu de place à une solidarité impériale. Les difficultés croissantes d’approvisionnement jouèrent un rôle majeur dans le repli des Pragois sur leurs propres souffrances. La peur des maladies infectieuses manifestée par le conseil municipal et au sein de la population montrait une volonté de préserver Prague des conséquences de la guerre. La ville s’enferma sur une conception de la communauté urbaine qui excluait les nouveaux arrivants. Les réfugiés étaient perçus par la population et les autorités comme une menace plus que comme une population à secourir. Ils étaient suspects de trahison et de représenter un danger sanitaire pour la ville. Auprès du reste de la population, ils mettaient également en lumière la prise en charge défaillante de ses citoyens par l’État, ceux-là étant forcés d’avoir recours à des associations pour survivre. Comme ce fut le cas dans d’autres secteurs d’assistance pendant la guerre, la démission de l’État autrichien ou, dans certains cas, la stigmatisation d’une partie de la population durcirent les clivages et affaiblirent la loyauté envers l’Empire[84]. La présence des réfugiés à Prague met en lumière la supériorité perçue par la partie occidentale et urbaine de l’Empire sur les confins orientaux. Cette division entre Est et Ouest était visible à la fois envers les réfugiés juifs et non juifs. Toutefois, ce discours de mise à distance de ces compatriotes était également lié à un discours antisémite qui tenait les réfugiés pour responsables de nombreux maux liés à la guerre (difficultés d’approvisionnement, embusqués, maladies). L’animosité croissante des autorités municipales pragoises à l’encontre des réfugiés illustre parfaitement ce glissement au fur et à mesure du conflit, du patriotisme à l’antisémitisme. La question des réfugiés et leur rejet furent de plus de plus compris par les autorités et la population locales en termes antisémites. Les émeutes anti-juives de 1918 et des années suivantes témoignèrent d’ailleurs du prolongement de ce conflit.

Pour citer cet article : Claire Morelon, « L’arrivée des réfugiés de Galicie en Bohême pendant la Première Guerre mondiale : rencontre problématique et limites du patriotisme autrichien », Histoire@Politique, n° 28, janvier-avril 2016, www.histoire-politique.fr

Notes :

[1] Marsha L. Rozenblit, Reconstructing a National Identity : The Jews of Habsburg Austria during World War I Oxford, Oxford University Press, 2001, p. 66 ; sur les réfugiés en Hongrie, voir Rebekah Klein-Pejšová, « Among the Nationalities: Jewish Refugees, Jewish Nationality, and Czechoslovak Statebuilding » thèse de doctorat, Columbia University, 2007, p. 19.

[2] Sur les réfugiés à Vienne : Beatrix Hoffmann-Holter, « Abreisendmachung »: Jüdische Kriegsflüchtlinge in Wien 1914-1923, Wien, Böhlau, 1995 ; David Rechter, « Galicia in Vienna : Jewish Refugees in the First World War », Austrian History Yearbook, tome 28, 1997, p. 113-130 ; David Rechter, The Jews of Vienna and the First World War, London, Littman, 2001, p. 67-100. Pour un aperçu des travaux sur les réfugiés du Trentin: Francesco Frizzera, « L’evacuazione dei profughi durante la Prima guerra mondiale. Tutelati dallo Stato o considerati inaffidabili ? », Qualestoria, volume XLII, n° 1-2, 2014, p. 15-40.

[3] Hillel Kieval, The Making of Czech Jewry : National Conflict and Jewish Society in Bohemia, 1870-1918, New York, New York University Press, 1988, p. 14 ; Michal Frankl, « Emancipace od židů »: český antisemitismus na konci 19. století, Praha, Paseka, 2007, p. 80.

[4] Laurence Cole, Daniel L. Unowsky (dir.), The Limits of Loyalty: Popular Allegiances, and State Patriotism in the Late Habsburg Monarchy, New York, Berghahn Books, 2007.

[5] Laurence Cole, Military Culture and Popular Patriotism in Late Imperial Austria, New York, Oxford University Press, 2014, conclusion.

[6] David Rechter, “Galicia in Vienna…”, op. cit., p. 115.

[7] Sur la mobilisation des Pragois au profit des œuvres de guerre, voir Claire Morelon, Street fronts: War, State Legitimacy and Urban Space in Prague, 1914-1920, thèse de doctorat, University of Birmigham et Sciences Po, 2015, chapitre 2.

[8] Maureen Healy, Vienna and the Fall of the Habsburg Empire : Total War and Everyday Life in World War I, Cambridge, Cambridge University Press, 2004.

[9] Ke-Chin Hsia, “War, Welfare and Social Citizenship: The Politics of War Victim Welfare in Austria, 1914-1925”, thèse de doctorat, Univerity of Chicago, 2013.

[10] Julie Thorpe, « Displacing Empire : Refugee Welfare, National Activism and State Legitimacy in Austria-Hungary in the First World War », dans Panikos Panayi et Pippa Virdee (dir.), Refugees and the End of Empire: Imperial Collapse and Forced Migration in the Twentieth Century, Basingstoke, Palgrave Macmillan, 2011, p. 102-126.

[11] Jiří Pešek, Od aglomerace k velkoměstu: Praha a středoevropské metropole, 1850-1920, Praha, Scriptorium, 1999, p. 169.

[12] Jan Havránek, « Structure sociale des Allemands, des Tchèques, des chrétiens et des juifs à Prague, à la lumière des statistiques des années 1890-1930 », dans Maurice Godé, Jacques Le Rider, Françoise Mayer (dir.), Allemands, Juifs et Tchèques à Prague 1890-1924, Montpellier, Université Paul-Valéry, 1996, p. 72.

[13] Sur les allégeances nationales complexes en Galicie et en Bucovine, voir : Timothy Snyder, The Reconstruction of Nations : Poland, Ukraine, Lithuania, Belarus 1569-1999, New Haven, Yale University Press, 2003, p. 105-132 ; Keely Stauter-Halsted, The Nation in the Village : The Genesis of Peasant National Identity in Austrian Poland, 1848-1914, Ithaca, Cornell University Press, 2001 ; H. F. van Drunen, « A sanguine bunch »: Regional Identification in Habsburg Bukovina, 1774-1919, thèse de doctorat, Université d’Amsterdam, 2013.

[14] Rapports sur le nombre de réfugiés à Prague, Národní Archiv [Archives nationales tchèques, NA], Prezidium policejního ředitelství 1916-1920 [Présidium de la direction de police de Prague PP], ka 3015, sig. M 34/1/I, 29 octobre 1914; et ka 3018, sig. M 34/1/I, n° 26528, 31 décembre 1914.

[15] Walter Mentzel, « Weltkriegsflüchtlinge in Cisleithanien, 1914-1918 », dans Gernot Heiss, Oliver Rathkolb (dir.), Asylland wider Willen. Flüchtlinge in Österreich im europäischen Kontext seit 1914, Wien, Jugend und Volk, 1995, p. 17-44.

[16] Matthew Stibbe, « Enemy Aliens, Deportees, Refugees : Internment Practices in the Habsburg Empire 1914-1918 », Journal of Modern European History, tome 12, n° 4, 2014, p. 479-499.

[17] Sur la séparation des réfugiés par groupes nationaux : Julie Thorpe, « Displacing Empire… », op. cit.

[18] David Rechter souligne ce point et les réactions sur ce sujet : David Rechter, « Galicia in Vienna… », op. cit., p. 117.

[19] Peter Gatrell, A Whole Empire Walking : Refugees in Russia during World War I, Bloomington, Indiana University Press, 2005.

[20] Julie Thorpe, « Displacing Empire… », op. cit.

[21] Věstnik obecní královského hlavního města Prahy [Bulletin municipal], XXII, n° 1, 14 janvier 1915, p. 2.

[22] Čech, 17 novembre 1914, p. 6.

[23] Pierre Purseigle, « "A Wave on to Our Shores" : The Exile and Resettlement of Refugees from the Western Front, 1914–1918 », Contemporary European History, tome 16, n° 4, novembre 2007, p. 427-444.

[24] Alexander Watson, Ring of steel: Germany and Austria-Hungary at War, 1914-1918, London, Allen Lane, 2014, p. 200.

[25] Martin Welling, « Von Hass so eng umkreist »: Der Erste Weltkrieg aus der Sicht der Prager Juden, Frankfurt am Main, Peter Lang, 2003, p. 123.

[26] Sur les activités de la communauté juive, voir : Jiří Kuděla, « Die Emigration galizischer Juden und osteuropäischer Juden nach Böhmen und Prag zwischen 1914-1916/17 », Studia Rosenthalia, tome 12, 1989, p. 119-134, et Marsha Rozenblit, Reconstructing a National Identity, op. cit., p. 65-81.

[27] Direction de police au bureau du gouverneur de Bohême, NA, PP 1916-1920, ka 3015, sig. M 34/1/I, n° 17850, 5 octobre 1914.

[28] Sur les écoles pour les réfugiés, voir le dossier : NA, PP 1916-1920, ka 3129, sig. St 34/4.

[29] Národní listy, 26 février 1915, p. 4.

[30] Rapport d’activité de septembre 1916 à septembre 1917, NA, PP 1916-1920, ka 3096, sig. S 11/17.

[31] Prager Tagblatt, 9 janvier 1915, p. 6.

[32] Théâtre “Orfeum”, voir le programme, NA, PP 1916-1920, ka 3117, sig. T 15/4, n° 1174, 7 janvier 1917.  

[33] Národní politika, 20 janvier 1915, p. 7.

[34] Conseil municipal pragois à la direction de police, NA, PP 1916-1920, ka 3015, sig. M 34/1/I, 13 novembre 1914.

[35] NA, PP 1916-1920, ka 3017, sig. M 34/1/I, n° 28278, 23 septembre 1915.

[36] Prager Tagblatt, 14 novembre 1914 (2nd supplément), p. 1.

[37] Čech, 15 avril 1915, p. 4.

[38] Národní politika, 14 août 1915, p. 6.

[39] Cité par Kieval, Making of Czech Jewry, op. cit., p. 175. 

[40] Rozenblit, Reconstructing a National Identity, op. cit., p. 77-78.

[41] Sur les tensions entre les réfugiés et la population locale en France, voir Philippe Nivet, Les réfugiés français de la Grande guerre, 1914-1920 : les « Boches du Nord », Paris, Économica, 2004. Et pour une étude locale sur le nord-ouest de la France: Ronan Richard, « ‘Étrangers’ et ‘indésirables’ en temps de guerre: représentations, politiques et pratiques à l’égard des populations nouvelles dans l’Ouest de la France en 1914-1918 », Annales de Bretagne et des Pays de l’Ouest, tome 109, n° 4, 2002, p. 147-161.

[42] Prager Tagblatt, 25 décembre 1914, p. 7.

[43] Voir par exemple: rapport de police sur les événements du jour, NA, Prezidium českého místodržitelství 1911-1920 [Présidium du bureau du gouverneur de Bohême, PM], ka 5062, sig. 8/1/92/19, n° 22614, 13 mai 1915 et rapport de police sur les événements du jour, NA, PM 1911-1920, ka 5064, sig. 8/1/92/19, n° 29356, 17 juin 1915.

[44] NA, PP 1916-1920, ka 3017, sig. M 34/1/I, n° 162, 20 janvier 1915. Pour une plainte similaire dans une banque, ibid., n° 80, 13 janvier 1915.

[45] Lettre en polonais, NA, PP 1916-1920, ka 3021, sig. M 34/1/I, n° 283, 1er avril 1917.

[46] NA, PP 1916-1920, ka 3021, sig. M 34/1/I, n° 4406, 12 février 1917.

[47] Věstník obecní, XII, n° 1, 14 janvier 1915, p. 6.

[48] NA, PP 1916-1920, M 34/1/I, ka 3017, n° 378, 1er mars 1915.

[49] Ordres du commandement militaire pragois, Österreichisches Staatsarchiv, Kriegsarchiv, Territorialkommanden, General-, Korps- und Militärkommanden, Befehle, K 62, 2 octobre 1915.

[50] Par exemple voir un rapport d’un médecin municipal sur les nouveaux réfugiés logés dans différentes brasseries, NA, PP 1916-1920, ka 3020, sig. M 34/1/I, n° 19208, 3 juillet 1916.

[51] Věstník obecní, XIII, n° 10, 26 mai 1916, p. 169.

[52] NA, PP 1916-1920, ka 3020, sig. M 34/1/I, 8 mai 1916.

[53] NA, PP 1916-1920, ka 3020, sig. M 34/1/I, n° 5114/B, 3 mai 1916.

[54] Právo lidu, 3 mars 1917, p. 5.

[55] Paul Weindling, Epidemics and Genocide in Eastern Europe, 1890-1945, Oxford, Oxford University Press, 2003.

[56] Frankl, « Emancipace od židů », op. cit., p. 80.

[57] NA, PM 1911-1920, ka 5062, n° 23/747/15, 17 mai 1915.

[58] NA, PP 1916-1920, ka 3020, sig. M 34/1/I, n° 26564, 19 juin 1916; avis publié dans la presse, Národní politika, 21 juin 1916, p. 6.

[59] Par exemple: NA, PP 1916-1920, ka 3020, sig. M 34/1/I, n° 33702, 28 octobre 1916.

[60] Gerd Pircher, Militar, Verwaltung und Politik in Tirol im Ersten Weltkrieg, Innsbruck, Universitätsverlag Wagner, 1995, p. 59.

[61] Matthew Stibbe, « Enemy Aliens, Deportees, Refugees : Internment Practices in the Habsburg Empire 1914-1918 », Journal of Modern European History, tome 12, n° 4, 2014, p. 479-499.

[62] Lettre de l’invalide Gottfried L., NA, PP 1916-1920, ka 3013, M 30/12, n° 1907, sans date.

[63] Affiche en tchèque, NA, PP 1916-1920, ka 3019, 15 janvier 1915.

[64] NA, PP 1916-1920, ka 3017, sig. M 34/1/I, n° 8416, 16 février 1915.

[65] Ibid., n° 676, 23 avril 1915.

[66] NA, PP 1916-1920, ka 3021, n° 6825, 3 avril 1917.

[67] Kuděla mentionne par exemple que certains réfugiés juifs s’enregistraient en tant que Polonais : Kuděla, « Die Emigration galizischer Juden », op. cit., p. 125.

[68] Watson, Ring of Steel, op. cit., p. 202.

[69] Direction de police au bureau du gouverneur de Bohême, NA, PM 1911-1920, ka 4972, sig. 8/1/16/34, n° 15263, 6 mai 1918.

[70] Selon les rapports mensuels sur le nombre de réfugiés à Prague répartis dans NA, PP 1916-1920, ka 3015, 3018, 3020, et 3021. Après mars 1917, la police adopta un nouveau système de comptage des réfugiés qui ne prenaient plus en compte les réfugiés qui ne bénéficiaient pas d’aide de l’État.

[71] Národní politika, 17 janvier 1915, p. 6.

[72] Prager Tagblatt, 18 mars 1918, p. 2.

[73] NA, PP 1916-1920, ka 3022, sig. M 34/1/I, 28 septembre 1917.

[74] Večerník práva lidu, 1er septembre 1917, p. 3.

[75] Walter Mentzel, « Weltkriegsflüchtlinge in Cisleithanien », op. cit., p. 37.

[76] Sur le pogrom à Lemberg/Lwów/L’viv voir Christoph Mick, Kriegserfahrungen in einer multiethnischen Stadt: Lemberg 1914-1947, Wiesbaden, Harrassowitz, 2010, p. 232-255.

[77] Nombreux exemples dans le dossier : NA, PP 1916-1920, ka 3023, sig. M 34/1/I.

[78] Une situation similaire se retrouve dans la nouvelle république autrichienne voir Margarete Grandner, « Staatsbürger und Ausländer. Zum Umgang Österreichs mit den jüdischen Flüchtlingen nach 1918 » dans Asylland wider Willen, op. cit,. p. 60-85.

[79] Věstník obecní, XXIV, no 3, 2 février 1917, p. 41.

[80] Rozenblit, Reconstructing National Identity, op. cit., p. 79.

[81] Le rapport indique que la municipalité du faubourg de Žižkov/Žižkow a introduit une mesure similaire peu de temps auparavant qui a été révoquée par le ministère de l’Intérieur, Archiv hlavního města Prahy [Archives municipales pragoises], Magistrát hlavního města Prahy I [Municipalité de Prague], Protokoly sboru městké správy [Procès-verbaux de séances du conseil municipal], 17 octobre 1918.

[82] Cathleen M. Giustino, Tearing down Prague’s Jewish Town: Ghetto Clearance and the Legacy of Middle-Class Ethnic Politics around 1900, Boulder, Colo., East European Monographs, 2003.

[83] Pour une discussion de l’antisémitisme tchèque au tournant du siècle, voir  Michal Frankl, « Emancipace od židů », op. cit.

[84] Tara Zahra, « ‘Each Nation Only Cares for Its Own’ : Empire, Nation and Child Welfare Activism in the Bohemian Lands 1900-1918 », The American Historical Review, volume 111, 2006, p. 1378–1402 ; Alon Rachamimov, POWs and the Great War: Captivity on the Eastern Front, Oxford, Berg, 2002.

Claire Morelon

Claire Morelon est Junior Research Fellow à l’université d’Oxford (Queen’s College). Sa thèse, en cotutelle entre l’université de Birmingham et de Sciences Po, portait sur la vie quotidienne à Prague de 1914 à 1920.

Mots clefs : Première Guerre mondiale ; réfugiés ; Autriche-Hongrie ; Prague ; antisémitisme.

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  • ISSN 1954-3670