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Les Français en Grèce : du tourisme de lettrés au tourisme de masse (années 1930-années 1990)

Mathilde Chèze
Résumé :

Aux voyages de Français désireux de retrouver la Grèce éternelle s’est progressivement substitué, des années 1930 aux années 1990, un tourisme (...)

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Dans son numéro de 1934, la revue Le Voyage en Grèce s’ouvre sur une enquête destinée à saisir l’image que les Français – en particulier les intellectuels – ont de la Grèce. À la question « Qu’attendiez-vous de la Grèce ? », ils sont nombreux à répondre et, souvent, se livrent à un examen détaillé de leur perception de la nation grecque. En marge des longues considérations, Raymond Queneau livre, lui, en une phrase, sa pensée : « Je n’en attendais rien ; j’en suis revenu autre. »

Cette déclaration originale tranche avec l’image de la Grèce qui prévaut dans l’esprit de bon nombre de Français au début du XXe siècle. Pour beaucoup, il n’est de Grèce qu’antique. Dans cette perspective, la France est perçue comme le dépositaire exclusif de l’héritage grec, qu’elle sait, mieux que tout autre pays, mettre en valeur « de la manière la plus large, la plus originale, la plus créatrice ». De plus, du fait du rayonnement extraordinaire de ses lettres, elle sait rendre la tradition grecque vivante en la diffusant dans le monde. Cette relation quasi filiale entre les deux nations définit donc une communauté spirituelle franco-grecque.

C’est conscient de cette relation particulière « d’intimité » qu’il convient donc d’envisager l’étude du tourisme français en territoire grec du début des années 1930 aux années 1990.

En mettant en exergue une « échelle locale », l’analyse des voyages de Français en territoire grec vise à illustrer un phénomène plus général d’entrée de la France dans la société des loisirs.

Le voyage en Grèce : un couronnement des humanités  (années 1930-début des années 1960)

Un « retour à l’Histoire »

Après la Première Guerre mondiale, les flux touristiques français vers le territoire grec concernent une clientèle lettrée et aisée (et donc souvent des intellectuels[1]) et se conçoivent comme un voyage de vérification destiné à renouer avec une Grèce éternelle qui rassure et réconforte dans un climat européen d’extrêmes tensions. Au début des années 1930, les intellectuels français commencent peu à peu à s’abstraire de l’image d’une Grèce exclusivement attique et périclésienne :

« Nous avons retrouvé en Grèce, plus haut que ce siècle de Périclès où commença la décadence, les témoins (œuvres et sites) de l’âge héroïque, créatif, agissant, l’homme devant la nature, en cette heure de clairvoyance où il sut faire la part des dieux et celle des droits humains, le sourire étant son attitude naturelle. Ce sourire dans la chasse, la guerre, l’amour, les jeux[2]. »

La découverte d’une Grèce archaïque semble donc ouvrir des horizons jusque-là inconnus. Nouvelle, cette perception se limite cependant à une ouverture d’esprit vis-à-vis d’une Grèce plurielle – et non plus seulement antique – sans trouver d’implication sur la manière de penser en France. La Grèce de la génération des années 1920-1930 rompt avec la Grèce « décevante » de la génération précédente[3] pour devenir celle de l’émerveillement, mais n’en reste pas moins aussi peu réaliste. Cette ouverture a toutefois des répercussions sur la compréhension de la Grèce moderne puisqu’elle affranchit les esprits du recours à une comparaison systématique avec une Grèce idéale et figée. La Grèce moderne devient un élément de l’appréhension de la Grèce, au même titre par exemple que la Grèce minœnne, acceptée avec ses particularismes.

L’examen de l’enquête intitulée « Que pensez-vous de la Grèce ? », parue dans le premier numéro du Voyage en Grèce au printemps 1934, offre un éclairage pertinent des attentes des Français voyageurs et amène Sophie Basch à la conclusion suivante :

« La Grèce telle qu’elle est nouvellement perçue semble une sorte de “Sacre du Printemps”, guère plus réaliste peut-être que la Grèce attique de Maurras, mais offrant au spectateur une plus vaste palette de reconnaissances possibles. Il est clair que, dans cette Grèce accueillante et primitive, la génération des années 1920-1930 se projette au moins autant, sinon plus, que celles qui l’ont précédée dans la Grèce académique[4]. »

Le regain de faveur du voyage en Grèce dans les années 1930 s’accompagne d’ailleurs d’une indifférence pour son état présent : « De moins en moins pittoresque, de moins en moins exotique, la Grèce moderne n’inspire plus[5]. » Le développement du tourisme, l’uniformisation due aux progrès techniques[6], la perte d’intérêt pour l’histoire contemporaine encouragent la méditation sur les ruines sur le modèle des XVIIIe et XIXe siècles. Certains intellectuels revenant de Grèce se félicitent de l’œuvre missionnaire de la culture française dans ce pays. Ainsi Georges Duhamel ressent-il une grande satisfaction d’être Français lorsque la mauvaise route de Delphes est interrompue par un confortable tronçon où il reconnaît avec gratitude l’œuvre de l’ingénierie française[7].

Des croisières au départ de France sont organisées afin de parcourir la Grèce éternelle[8]. Ainsi la cinquième croisière de l’association Guillaume-Budé en septembre 1933 qui conduit en Grèce et en Asie Mineure 350 touristes, dont 120 étudiants des universités, de l’École normale supérieure de Sèvres, de Polytechnique ou de l’École supérieure d’électricité, à bord du paquebot « Théophile Gautier »[9]. La croisière fonctionne comme un voyage d’études et d’enseignement animé par M. Albertini, professeur au Collège de France et M. Boulanger, professeur de lettres à l’université de Strasbourg. « Soucieuse avant tout du rayonnement de la France à l’étranger, l’Association Guillaume-Budé a toujours pensé qu’un des meilleurs moyens de s’attirer de façon durable l’amitié des peuples visités, consiste à leur marquer de la curiosité[10]. » Selon son directeur, Jean Malye, la croisière est un succès puisqu’aux escales les voyageurs sont salués par les plus grandes personnalités locales[11]. Un intérêt nouveau, et pour l’heure pionnier, est porté par l’association à la Grèce contemporaine. En effet, une escale est faite sur la petite île de Skiathos, voisine de l’Eubée, afin de rendre hommage à Papadiamandis, prosateur grec parmi les plus estimés : « l’escale […], le geste en l’honneur de l’écrivain grec furent vite connus et suscitèrent le plus vif enthousiasme. Pendant de longs jours, des articles parurent dans la presse grecque concernant l’association Guillaume-Budé et la France[12] ». Jean Malye ne doute pas que cette croisière contrebalancera l’effet produit par les croisières nombreuses et répétées organisées par les Italiens et les Allemands notamment. De plus, chaque escale est marquée par une visite aux établissements religieux français « admirables défenseurs de l’influence française, dont l’action est d’autant plus digne d’éloges, et surtout d’appuis efficaces, que les nouvelles lois scolaires de Grèce entravent l’enseignement de la langue française au point de risquer de le tuer complètement[13]». La société grecque Neptos, créée en commun par les compagnies grecques de navigation et de chemins de fer, ainsi que l’Office national du tourisme grec[14] participent au développement, au même titre que d’autres compagnies grecques, des déplacements franco-grecs.

À partir des bases existantes, c’est-à-dire des croisières organisées par l’Association Guillaume-Budé (300 à 400 touristes par an), les gouvernements tentent de développer le tourisme français en Grèce. Les Messageries Maritimes mettent en place des croisières destinées à découvrir le patrimoine grec sous l’égide (et avec la participation) de figures du monde littéraire français[15]. Des voyages d’études viennent renforcer les contingents de Français en Grèce. Dans le cadre de leurs études agronomiques, les élèves de Grignon deviennent des « touristes » réguliers en territoire grec[16]. De même, des croisières médicales font systématiquement escale à Athènes dans la seconde moitié des années 1930[17]. Ces voyages, s’ils ont des motifs très variés, contribuent au renforcement des liens franco-grecs. Ces croisières assurent en outre la permanence de la présence française en Grèce par le passage continuel de voyageurs, auxquels on offre souvent une réception en présence de représentants de la Ligue franco-hellénique, voire de représentants diplomatiques, si leur importance le justifie[18]. Une preuve de cet essor touristique n’est visible dans le fait qu’à partir de 1936, des cartes touristiques de la Grèce sont éditées par la France et distribuées aux consulats et à l’ambassade afin de subvenir aux besoins des touristes français, qui en dehors des croisières, optent pour le voyage en autonomie[19].

Vers un développement du tourisme français en Grèce

Le tourisme, mis en sommeil pendant les années de guerre, redevient dès 1945 un enjeu de taille pour la France. Une note de l’attaché commercial adressée à l’ambassadeur de France en Grèce au mois de mars[20] fait mention des revendications de l’agence de tourisme et de voyages Hermès. Celle-ci, dirigée par M.C.G. Athanassoulas, organisait avant-guerre les plus importantes croisières annuelles françaises en Grèce : celles des Amis du Louvre, de l’Association Guillaume-Budé, du musée Carnavalet, du Voyage en Grèce, du Tourisme Français… Appréciée de la légation pour sa contribution au « développement du mouvement touristique entre la France et la Grèce », l’agence rend pendant la Deuxième Guerre mondiale des services, en prenant par exemple en charge l’agencement des bateaux suédois de la Croix-Rouge Internationale sur nomination directe de Genève, et elle se tient à l’écart de toute collaboration avec l’ennemi. Dans une lettre adressée à l’attaché commercial, l’agence Hermès insiste sur son rôle depuis le début de l’expansion du tourisme français en Grèce. Visant une clientèle mêlant élite, classes intellectuelles et modernes, étudiants boursiers, elle se targue d’avoir su créer, à bord du « Champollion » ou encore du « Théophile Gautier » : « des souvenirs inoubliables d’avant-guerre pour les touristes français ». Et d’ajouter que : « L’Association Guillaume-Budé, les Amis du Louvre, le Tourisme Français ont été nos meilleurs collaborateurs dans l’organisation des croisières, des itinéraires, et pour le recrutement du public le plus sélecte. » La guerre mondiale ayant suspendu toute évolution du mouvement touristique que l’agence appelle de ses vœux, elle propose, pour le relancer, d’axer les futurs séjours sur « un accueil simple et cordial, non seulement pour ceux qui ont des études de lettres et de sciences à compléter, mais aussi pour ceux qui comme des militaires convalescents, des prisonniers libérés, des personnes fatiguées se voient prescrits un climat doux et une cure dans des stations balnéaires ». Elle mise donc sur des séjours de convalescence, ce qui, aux yeux des autorités françaises, « donnerait du travail aux agences de voyages françaises pour la préparation du voyage au départ de Paris, de Marseille et d’autres villes de France ». Et Hermès de conclure qu’elle se chargera de tout à partir de l’embarquement, en relation avec toutes les principales organisations françaises, dans le but de « resserrer le nœud qui nous unit à la France, tant comme Hellènes, que comme agence touristique professionnelle au service de la majorité de la clientèle française ». L’idée est désormais lancée que le voyage en Grèce n’est plus seulement l’apanage d’une élite lettrée…

Des infrastructures rudimentaires

Jusqu’à la fin des années 1950 pourtant, la faible accessibilité de la Grèce rend toute forme de voyage difficile. Le pays, alors en reconstruction, ne fait pas du tourisme sa priorité[21] et la plupart des tentatives de développement en la matière sont plutôt le fait d’initiatives individuelles internes et étrangères, même si un organisme de représentation institutionnelle du tourisme grec (EOT, Office hellénique du tourisme) est mis en place en 1950[22]. En dehors des grands centres urbains et de certaines régions touristiques très convoitées (telles que Corfou et Rhodes), il n’existe pas d’unités hôtelières répondant aux exigences de la clientèle étrangère. Le gouvernement lance pourtant une chaîne hôtelière historique Xenia dans les principales zones et cités touristiques du pays– en plus des grands complexes privés mis en place à Athènes, Corfou et Rhodes – qui convainc progressivement les investisseurs de la manne que représente le tourisme. Par ailleurs, après-guerre, il manque à la Grèce des agences organisées[23]. En effet, les premières agences qui, à partir des années 1950, font de la Grèce une destination de voyage opèrent à l’étranger soit en tant que bureaux de représentation de compagnies aériennes ou d’agences étrangères en Grèce, soit en tant qu’agences assurant le transit des migrants et des Grecs vivant à l’étranger. Dans les années 1955-1960, les premières excursions organisées se développent et de petits groupes arrivent par voie ferrée ou maritime via Brindisi ou Venise pour un séjour n’excédant en général pas deux jours tant le réseau routier, les infrastructures et le personnel sont déficients et transforment souvent la visite en aventure, ce qui ne manque pas de susciter des plaintes de la part des voyageurs.

Les zones visitées peuvent être réparties en trois catégories. La première correspond logiquement à des régions à fort intérêt archéologique et regroupe principalement le Péloponnèse, la région de Delphes et l’Attique. Les premières entreprises organisées pour faciliter la circulation intérieure des touristes (agences de voyages, sociétés de location de véhicules collectifs) se développent ainsi dans les années 1950 et font de l’autocar le moyen privilégié de déplacement du visiteur, souvent en résidence à Athènes.

La deuxième zone de tourisme correspond aux deux grandes villes grecques, Athènes et Thessalonique, qui, par leur taille, leur histoire respective et leurs capacités hôtelières (la plupart des rares hôtels de luxe y sont concentrés[24]), attirent des visiteurs et constituent une catégorie à part.

La fin de la période est marquée par le développement de nouveaux pôles de vacances de courts séjours (tourisme insulaire) : Hydra[25], Spetsai, Poros puis Mykonos au milieu des années 1950 qui révèle les Cyclades[26] comme la nouvelle région touristique. Les tour-opérateurs étrangers ainsi que les chaînes hôtelières y apparaissent pour la première fois. L’exemple du Club Méditerranée est révélateur de cette croissance d’un tourisme nouveau visant d’abord une clientèle bourgeoise urbaine moderne qui rompt avec les valeurs conservatrices de la bourgeoisie traditionnelle[27]. D’abord fait de tentes, le « Club Méd » d’Ipsos, sur la côte Est de Corfou, est ouvert en 1952 et devient dès 1955 le premier village de cases du groupe auxquels s’ajoutent en 1953 le village de Paléokatrisa (sur la côte Sud-Ouest)[28].

Le voyage, durant ces premières années, reste difficile puisque trente-six heures sont nécessaires pour rallier le village. Parti de la gare de Lyon à Paris à bord du « Simplon Express », le touriste rallie Venise puis embarque, après un temps libre, sur les « S/S Agamemnon » ou « Miaoulis » jusqu’à Kerkira (Corfou ville) via Brindisi. L’ouverture d’un village du Club Méditerranée à Corfou au début des années 1950 a valeur de symbole et de détonateur d’un phénomène qui se massifie dans les décennies suivantes.

Curiosité pour les Grecs, le touriste français des années 1950, véritable aventurier des temps modernes jonglant entre déplacements maritimes, ferroviaires et routiers (en autocar[29]), se caractérise donc par sa grande endurance face aux longs trajets et son autonomie[30].

La Grèce, terre d’héliotropisme (début des années 1960 – début des années 1980)

« Il y a le ciel, le soleil et la mer »

Longtemps fleuron de la culture classique, le voyage en Grèce change progressivement de nature à partir des années 1960 et tend à répondre à des aspirations nouvelles. La société des loisirs alors en pleine expansion en Europe – et au-delà aux États-Unis – est en quête de destinations touristiques et la Grèce, par ses nombreux attraits, en devient un haut-lieu. L’épanouissement personnel, la redécouverte de la nature, la pratique du sport sont mis en avant et le voyage se fait injonction de plus en plus pressante dans une société où l’hédonisme se développe. La mise en place de la troisième, puis de la quatrième semaine de congés payés contribue à l’élargissement progressif de la clientèle française[31]. Un modèle de tourisme estival caractérisé par la demande des quatre « S » (Sun, Sand, Sex and Sea) s’impose alors aux dépens d’un tourisme culturel relégué au second rang : les sites archéologiques ne font désormais plus que l’objet d’une visite rapide. Le cinéma agit dans le même sens. Les canons de Navarone, production anglo-américaine de 1961, suscite un engouement certain pour Rhodes[32]. Plusieurs films français réalisés sur place mettent en scène les paysages et contribuent à faire naître une envie de Grèce chez les Français : Sur la route de Corinthe de Claude Chabrol (1967) ou encore Le Casse de Henri Verneuil (1971) tournés à Athènes. Par ailleurs, deux films, produits à la même époque, ont sans doute, plus que d’autres, transformé les représentations de la Grèce. Le premier, Jamais le dimanche (plus connu sans doute sous le nom Les Enfants du Pirée) de Jules Dassin (1960) dans lequel un jeune Américain philhellène tente de faire rentrer dans le droit chemin une prostituée du Pirée (Mélina Mercouri), contribue, en particulier par sa bande originale, à la création chez les spectateurs français d’un imaginaire bien éloigné du bréviaire de la culture classique. Le second est Zorba le Grec réalisé en 1964 par Michael Cacoyannis[33] dans le cadre d’une coproduction américano-anglo-grecque. Basil (Alan Bates), jeune écrivain britannique, se rend en Crète pour prendre possession de l’héritage de son père et rencontre le Grec Zorba (Anthony Quinn) qui devient son guide. En tous points différents (Zorba boit, rit et danse, alors que Basil est enfermé dans le carcan de sa bonne éducation), les deux hommes deviennent amis et s’associent pour exploiter une mine. Obtenant la confiance de Basil, Zorba entreprend de construire un téléphérique mais échoue. Face à cette expérience malheureuse, Zorba reste plein de joie et, vaincu et conquis, Basil lui demande de lui apprendre à danser le sirtaki. Créée pour les besoins du film par Theodorakis, cette musique fait le tour du monde et Zorba devient l’incarnation du Grec bon sauvage, faune libre, sans inhibition, faisant fantasmer les touristes. Désormais libéré de toute contrainte intellectuelle vis-à-vis de la Grèce antique, le touriste peut s’adonner aux plaisirs d’une Grèce séduisante, faite de soleil, de mer, et éventuellement de quelques sites archéologiques.

À mesure que les décennies passent, le tourisme vers la Grèce semble donc de plus en plus motivé par le couple « mer-soleil », par l’idée d’une « nature retrouvée » et par l’attraction qu’opère un peuple grec jugé « malicieux et fraternel[34] ». Loin d’être antithétiques, ces diverses séductions sont présentées comme complémentaires. La Grèce cumule le soleil et la mer, atouts essentiels pour le tourisme et l’attrait du « retour aux sources » : « Chacun de nous se sent, peu ou prou, héritier de la Grèce. […] L’histoire récente en témoignait encore, quand nous suivions avec tristesse, mais toujours avec espoir, les infortunes du pays[35]. » Aller en Grèce ne relève plus de l’expérience intimidante d’humilité face à la civilisation antique mais sonne comme un retour ensoleillé à la maison. Cette nouvelle donne, ou plutôt cette nouvelle représentation des mentalités françaises, accroît, en conséquence, les flux touristiques à destination de la Grèce. Le développement est en effet considérable puisque dans les années 1970 on estime que le nombre de voyageurs a quadruplé par rapport à 1968.

Nombre de visiteurs étrangers en Grèce et part des voyageurs français entre 1950 et 1980[36]

Année

Nombre de touristes

Part des Français

1950

33 000

 

1960

315 805

7,6 %

1968

1 018 000

 

1970

1 454 629

7,2 %

1971

2 058 277

 

1976

4 070 411

 

1980

5 271 115

5,7 %

À titre complémentaire, signalons que les devises tirées du tourisme s’élèvent en 1950 à 4 734 000 dollars contre 49 260 000 en 1960.

Au total, on peut donc distinguer trois types de touristes français en Grèce entre les années 1960 et le début des années 1980. Le premier, largement majoritaire, est celui qui opte pour un itinéraire classique organisé et rompt par la même avec le modèle de l’autonomie qui avait prévalu lors de la période précédente. Le second fuit le caractère massif du tourisme engendré par le premier dans certaines régions et contribue, malgré lui, à diffuser le modèle du tourisme organisé de masse dans les zones qu’il fréquente désormais à savoir la Chalcidique, les îles Ioniennes, la Crète, les Sporades du Nord, Samos, Kos. Le troisième enfin, perpétuant le modèle du tourisme itinérant autonome (qu’il soit motivé par la quête de civilisation, de tradition ou de nature), évite peu à peu l’été et gagne des régions intérieures, lorsqu’il ne fuit tout simplement pas le pays lui-même.

La grécomanie : le temps du développement d’un tourisme populaire

Jusque-là curiosité, le touriste devient, à partir des années 1960, un « client » et le tourisme un levier majeur de l’expansion de la Grèce[37]. L’augmentation du pouvoir d’achat dans les sociétés européennes et américaines entraîne l’accroissement tout à la fois du nombre de visiteurs (et une diversification sociale) et de la durée moyenne des séjours. Face à une demande croissante, on assiste sur le terrain à la mise en place accélérée d’une infrastructure destinée à subvenir aux besoins des voyageurs consommateurs de la période. Le mandat de Karamanlis entre 1958 et 1963 ouvre la voie en encourageant les travaux et les infrastructures. Dans ce contexte, l’économie touristique devient un enjeu politique et avive les concurrences nationales, mais aussi étrangères. Sur le terrain, on met tout en œuvre pour développer plus systématiquement l’ensemble du secteur. L’offre d’hébergement se multiplie et s’élargit à toutes les catégories, en particulier à celles du « self catering » (repas libres, non compris dans l’hébergement) susceptibles de toucher la clientèle massive de la petite bourgeoisie européenne (et française) désireuse de vacances estivales peu coûteuses (locations de meublés, chambres d’hôtels). Les prêts accordés par la dictature (1967-1973)[38] sont ici décisifs, même si l’essor se fait sans aucune planification rationnelle concernant les volumes et les sites d’implantation des unités hôtelières, ce qui, à terme, aboutit à une incapacité à rembourser les prêts, à un développement déséquilibré du territoire en matière touristique et à une dégradation de l’environnement et des services.

Les efforts portent principalement sur les zones accueillant le plus d’arrivées dans le cadre du tourisme organisé de masse, telles la Crète, Corfou, les îles d’Égée, la Chalcidique. Des services publics de transports routier, aérien et maritime s’organisent. Le nombre d’agences dédiées au tourisme étranger s’accroît, que ces agences soient internes au pays, en liaison avec des tour-opérateurs étrangers ou bien de simples prestataires de services (organisation d’excursions, locations de chambres, de voitures…).

Athènes se meut en terrain de bataille de la grande hôtellerie alors que les gouvernements œuvrent à la mise en place d’un programme national pour la qualité des équipements, en particulier à Rhodes, dans le Péloponnèse et en Chalcidique. En dépit des pressions des tour-opérateurs, les Français décèlent dans les mesures gouvernementales une volonté de ne pas céder au tourisme hyper-populaire comme en Espagne. Les aménagements touristiques se multiplient  et associent de plus en plus capitaux locaux et internationaux, bien que dans les années 1970 le marché soit encore balbutiant[39]. Par ailleurs, même si les efforts sont nombreux, les insuffisances en matière de planification du tourisme suscitent de nombreuses interrogations. Entrée avec retard dans la course au soleil[40], la Grèce œuvre au comblement de son handicap en développant les lignes de charters, les équipements et les voies de communication. En 1964, l’académicien Thierry Maulnier se fait le témoin des bouleversements en cours :

« La Grèce a cessé depuis quelques années d’avoir pour seuls visiteurs les archéologues, les automobilistes aventureux et les riches amateurs de croisière. Athènes n’est plus qu’à trois heures de Caravelle, et bien qu’il soit devenu démodé d’admirer le Parthénon, les plages d’une nation qui, quatre fois plus petite que la France, possède une longueur de rivages quatre fois plus grande, ont commencé d’accueillir le trop-plein de la Côte d’Azur saturée. La Grèce reçoit maintenant la manne des voyages collectifs et des caravanes à moteur. Nous savons bien que le tourisme industrialisé abîme tout ce qu’il touche. Ce n’est pas sans tristesse qu’on voit des hôtels ennuyeux s’élever dans les sites du Cap Sounion ou d’Olympie. Mais il faut bien qu’un peuple vive. Il ne peut vivre que de ce qu’il a. Et la Grèce n’est riche que de passé, de lumière et de marbre. Au reste, la Grèce n’est pas encore détruite par le tourisme, ni, en dépit de la menace, près de l’être[41]. »

Quelques années plus tard, Jacques Lacarrière, rédacteur d’un chapitre intitulé « La Grèce buissonnière » dans l’édition du Guide Bleu de 1979, constate, non sans une pointe d’amertume :

« Aujourd’hui, la voiture ne rencontre plus guère d’obstacles en parcourant un pays comme la Grèce. Partout, il y a des routes carrossables et même celles qui le sont moins restent praticables aux véhicules autres que des DS noires et présidentielles. Être touriste il y a 50 ans était encore une aventure qui contraignait le voyageur à vivre à l’indigène, faute de lieux prévus pour lui. D’où d’ailleurs le regain d’intérêt que l’on porte aujourd’hui à ces vieux récits, à ces voyages du siècle dernier, quand tout était encore vierge ou presque. Plus tard, dans quelques années ou quelques décennies, on parlera de cette époque héroïque comme de l’ère AT (avant le Tourisme) comme on dit tout naturellement avant ou après JC. »

Dans cette nouvelle ère qui s’ouvre, les moyens de gagner la Grèce se diversifient. Dans les années 1950, la croisière (et notamment celles organisées par l’Association Guillaume-Budé) restait la formule privilégiée, même si le voyage consistant à rayonner en circuits depuis Athènes était présenté comme une possibilité. Dans les années 1970, l’avion arrive en première place en matière de transports[42]. Des lignes régulières d’Air France, d’Olympic Airways (compagnie grecque), ou encore de l’américaine Trans World Airlines (TWA) offrent, à raison d’une quarantaine de liaisons hebdomadaires, un Paris-Athènes en 2 heures 55 minutes. Des vols au départ de Lyon, de Marseille ou encore de Nice complètent le maillage[43]. Les lignes maritimes constituent une solution de rechange pour gagner la Grèce via les dessertes régulières entre Marseille et Le Pirée (par les compagnies Hellenic Mediterranean Lines ou Türkiye Denizcilik Bankasi) qui, moyennant une escale à Gênes ou à Naples, rallient en trois jours la capitale grecque. L’augmentation du tourisme en voiture entraîne le développement des lignes de ferry-boat entre l’Italie et Patras. Le chemin de fer est présenté comme la solution la plus économique, mais aussi la plus consommatrice de temps : un départ quotidien depuis la Gare de Lyon à Paris rallie, via Lausanne-Milan-Belgrade-Thessalonique, Athènes en 60 heures (aucune amélioration n’ayant été faite entre 1950 et 1979). La voiture, plaçant Athènes à quelques 3 000 kilomètres, est aussi évoquée. Enfin, le développement des voyages organisés (Jet Tours, Kuoni, Havas Voyages par exemple) facilite la tâche des touristes les plus timides et notamment ceux du type « prenez le volant » qui garantissent pour un prix forfaitaire global le transport vers la Grèce, le séjour en hôtels et la mise à disposition d’une voiture, l’essence restant à la charge du consommateur. Le système de transports intérieurs en Grèce est mis en valeur : on insiste sur la densité du réseau de bus, sur l’utilité du réseau ferré, sur le caractère bon marché du réseau aérien et sur la pléthore de bateaux permettant de rallier les îles au départ du Pirée. Le maillage routier s’étend et s’améliore, même si de nombreux chantiers sont susceptibles de ralentir (c’est là le prix de la modernisation !) le voyageur, de même que les quelques ânes et mulets, reliques de la « Grèce à papa ». Cette cohabitation improbable entre ancien et moderne est particulièrement bien décrite par Thierry Maulnier lorsqu’il évoque l’île de Mykonos :

« Il y a sans doute d’autres îles aussi belles dans la mer Égée. Mais Mykonos est celle dont la beauté est la plus célèbre et la plus fréquentée : et, par voie de conséquence, la plus menacée. Déjà les yachts des milliardaires viennent rendre visite au port. Il y a quatre ans, au moment de la grande foule, au milieu d’août, nous ne devions pas être plus de trois cents à séjourner à Mykonos. Nous étions bien mille cette année, et parfois plus de cent sur une même plage. Ce n’est pas encore insupportable. Il y a beaucoup de plages à Mykonos, certaines restent désertes. Il y a quatre ans, le parc automobile de Mykonos ne comportait que deux taxis, dont la navette active [...] assurait le service des plages, et un vieil autocar pour la liaison avec le village de l’intérieur. Les chemins sont toujours aussi mauvais. Mais les taxis sont six au moins, il y a trois autocars, deux plus grands, un plus petit, trois ou quatre voitures à chevaux comme au Rond-Point des Champs-Élysées ; tout cela frôle dangereusement les petits ânes chargés de vieilles femmes, de paniers, de jarres, d’enfants, harcèle les promeneurs, parvient à se croiser par on ne sait quel prodige lorsque au détour d’un chemin large de trois mètres et bordé de murs, deux capots se trouvent soudain nez à nez. On a même construit un grand hôtel pour les touristes. Il est heureusement caché dans un pli de terrain, et dispersé en pavillons de peu de hauteur[44]. »

La rubrique « Votre séjour » du Guide Bleu de 1979 illustre bien la nature nouvelle du voyage en Grèce. Le Parthénon, Delphes ou Olympie ne sont plus présentés comme des priorités du séjour, au profit des plages et des stations balnéaires, telles que Mykonos, Hydra ou Spetsai. Aux pôles « traditionnels » ayant connu un essor dans les années 1950-1960[45], viennent s’ajouter de nouveaux espaces dédiés d’une part au tourisme programmé et d’autre part au voyage individuel (à travers la mise en place de campings) : Kavala, la Chalcidique, Larissa… La liste des hôtels (dont on salue d’ailleurs les progrès autant en termes de qualité que de quantité) côtoie les indications – absentes jusque-là – portant sur les auberges de jeunesse (à Athènes, à Thessalonique et en été à Rethymnon) et sur les campings[46].

Des années 1960 aux années 1980, la Grèce vend donc, sur le marché international et donc français, l’image d’une destination offrant le soleil et la mer à un prix satisfaisant et concurrentiel. La politique touristique très ouverte des colonels (1967-1973) fondée sur les investissements privés, la priorité à l’aviation et le développement de zones côtières et littorales jusque-là inexploitées conduit à une augmentation sans précédent des arrivées touristiques, en même temps qu’elle donne à un régime conservateur une légitimité internationale (par les témoignages des visiteurs étrangers) et un moyen de stabiliser l’économie nationale[47]. L’hédonisme du «gentil membre » tenant du « prêt-à-bronzer » contraste avec le désir de retrouvailles avec la Grèce classique qui animait les lettrés du début du siècle.

Du culte de l’ancien au produit de consommation

Les années 1970 scellent une prise de conscience progressive, née dans les années 1950, de l’intérêt de considérer une Grèce vivante. On véhicule alors dans les guides l’idée d’une patrie qui, pendant longtemps désignée comme « pauvrette » par ses habitants et vouée à un sous-développement certain, se trouve désormais à la hauteur des pays de la Communauté économique européenne (CEE). On brise l’image pittoresque d’un pays où le mulet est roi pour montrer que « la prochaine accession au rang de membre à part entière de la CEE doit être entendue comme une confirmation de ces progrès[48] ». Des films français tournés en Grèce œuvrent en ce sens : Une femme à sa fenêtre de Pierre Granier-Deferre (1976) qui montre un visage moderne du pays sous la dictature de Métaxas (août 1936-janvier 1941), ou encore On a volé la cuisse de Jupiter de Philippe de Broca (1980) qui, sur une musique de Georges Hatzinassios, dévoile les paysages des Météores, d’Athènes, de Livadia et de Corfou. Des documentaires de Robert Manthoulis réalisés pour l’ORTF, intitulés Mikis Theodorakis (1970), La Grèce ou le cri du silence (sur la dictature des colonels) (1974), ou encore Les rescapés de l’Histoire (1977), révèlent aux Français la Grèce vivante. Deux œuvres littéraires, véritables best-sellers, participent aussi de cette découverte d’une Grèce du quotidien : L’été grec : une Grèce quotidienne de 4 000 ans de Jacques Lacarrière paru en 1976 et devenu le livre que chaque touriste français a dans sa poche ; ainsi que Le balcon de Spetsai de Michel Déon (1984) dans lequel l’auteur raconte les six mois passés sur l’île avant de s’y fixer pour plusieurs années[49]. Le miracle économique grec fait l’objet de nombreuses analyses dans les guides touristiques et dans la presse, et celles-ci contribuent à bouleverser les stéréotypes. En 1974, le quotidien anglais The Financial Times attribue à la Grèce l’oscar de la meilleure performance économique de l’année. Dans les années qui précèdent le choc pétrolier de 1979, la Grèce connaît une croissance de 7 à 8 % par an, ce qui lui confère une place avantageuse parmi les pays de l’OCDE et attire les firmes et les investissements étrangers, dont Renault et Peugeot. Pays vivant et en quête de modernité, la Grèce est présentée comme pouvant bâtir son avenir sur la ressource touristique avec plus de 5 millions de visiteurs en 1978 et une affluence qui a quadruplé en dix ans. Les mentions des guides des années 1950 sur « l’intelligence rapide et un peu superficielle » des Grecs chez lesquels survivent « certains traits de caractères et de mœurs de la Grèce antique » disparaissent dans les années 1970, au même titre que les clichés sur l’absence de raffinement de la gastronomie locale et sur l’ascétisme d’un peuple pour lequel « l’eau de source, souvent exquise, est peut-être l’article qui excite le plus [sa] gourmandise[50] ». Dans les années 1970, une rubrique nouvelle témoigne à merveille de ce changement de perception et de cette ouverture à l’Autre : « le logement chez l’habitant ». Présenté comme une pratique fréquente dans les îles, ce type d’hébergement, s’il n’offre pas le confort des palaces, est mis en valeur comme étant le « moyen idéal pour découvrir les Grecs[51] ». On invite enfin le touriste à s’adapter à « une ponctualité qui se pare souvent en Grèce d’une souplesse toute méditerranéenne[52] ».

Pour autant, cette appréhension nouvelle, en mettant à bas un certain nombre de stéréotypes et de fantasmes, contribue à en fabriquer de nouveaux. En s’ouvrant à la contemporanéité, les Français recomposent leur imaginaire de la Grèce avec des clés de lecture parfois tout aussi biaisées que les précédentes. Le 20 avril 1977, à l’Institut français d’Athènes (IFA), le président de la République grecque, Konstantínos Tsátsos, assiste, avec quatre cents invités, à la projection d’un documentaire réalisé par Daniel Creusot pour la chaîne de télévision française TF1 intitulé « La Grèce pourquoi ? ». Tentant de répondre à la question « comment au cours de 5 000 ans d’une histoire agitée l’identité et la totalité helléniques se sont-elles perpétuées ? », le film d’une heure présente un double intérêt. Pour la Grèce, il constitue une opération publicitaire quasi gratuite présentant « à des millions de téléspectateurs une image sympathique de ce pays » et servant « le prestige personnel du président de la République dont la pensée, l’expression en français et la présence à l’écran sont remarquables[53] ». Pour la France, « cette réalisation de très bonne qualité »  permet « d’affirmer notre place dans les domaines de l’information et de la télévision de façon quelque peu prestigieuse[54] ». L’audiovisuel contribue à diffuser en France une autre image de la Grèce à travers des documentaires, mais aussi grâce aux apparitions fréquentes de l’actrice Mélina Mercouri exilée en France pendant la dictature des colonels[55]. Pourtant séjourner à Corfou n’est pas s’immerger dans la Grèce, pas plus qu’aller de site archéologique en site archéologique en quête du Beau sans rencontrer les Grecs véritables. Et c’est bien là la nature de la critique émise par Jacques Lacarrière dans son chapitre « La Grèce buissonnière » dans le Guide Bleu de 1979 :

« Aujourd’hui, […] chaque pays possède ce que l’on nomme son infrastructure d’accueil [en italique dans le texte]. Chaque voyageur qui confie à une agence sa personne et ses rêves ira donc se faire infrastructurer [en italique dans le texte] en Grèce. Soit. Cela signifie qu’elle passera son temps d’une quarantaine à l’autre, d’un lazaret à l’autre, je veux dire de l’univers aseptisé d’un village de toile (où jamais «l’indigène» ne pénètre) à la verrière climatisée d’un bus. Mais pour tous ceux qui ne veulent pas se faire infrastructurer à la légère, je dis qu’il y a d’autres moyens de voir, de connaître la Grèce, d’y rencontrer des Grecs (ce qui me paraît être un des avantages d’être en Grèce) sans dépenser plus d’argent et même en en dépensant moins qu’avec les forfaits... »

Et de conclure :

« Je ne comprends toujours pas pourquoi les guides – et récemment encore le Guide Bleu lui-même n’échappait pas à la critique – traitent le touriste comme au temps de Flaubert, comme un riche désœuvré allant de villes thermales ou balnéaires en casinos et jetant à la rigueur au passage un œil blasé sur l’Acropole ou sur le Théséion[56]. »

Indéniable découverte d’un pays vivant et ancré dans la modernité, ce changement de la perception française de la Grèce définit de nouvelles représentations, qui pour modernes qu’elles soient n’en restent pas moins truffées d’écueils et toujours sans doute bien en deçà de la Grèce véritable.

Le temps du tourisme de masse (début des années 1980-années 1990)

La Grèce : une destination « classique »

Alors qu’après-guerre le modèle de tourisme dominant en Grèce était celui du wanderlust – c’est-à-dire du périple recherchant la connaissance de nouveaux lieux et de nouvelles cultures –, les années 1980 amplifient le tournant amorcé à partir des années 1960. En effet, le voyage en Grèce s’oriente massivement vers le sunlust – c’est-à-dire la quête du soleil et de la détente. La Grèce rejoint donc le groupe homogénéisé des pays-produits à destination estivale dont l’activité touristique se concentre sur quelques mois. Pourtant, si elle est réelle à partir des années 1980, cette entrée dans le tourisme de masse a été retardée par le fait que la Grèce est relativement loin de ses principaux pays-clients. Ce positionnement nouveau dans les années 1980 est largement l’œuvre des tour-opérateurs qui développent et promeuvent la Grèce comme l’une de leurs destinations méditerranéennes clés en s’engageant (encore plus dans les années 1990 d’ailleurs) dans la mise en place de voyages organisés et de vols charters. Au début des années 1990, la Grèce est ainsi la seconde destination du tour-opérateur français Nouvelles Frontières et constitue une destination importante pour un organisme comme le « Club Méd ».

Le triomphe des forfaits complets de tourisme organisé sur la période contribue à modifier la pratique du voyage en Grèce. Beaucoup d’étrangers arrivent ainsi en vols charters et limitent leurs visites et leurs séjours à leurs zones de destination, telles Rhodes ou Corfou. Leur connaissance du pays se cantonne donc volontairement à la superficialité et, quand on passe par exemple par Athènes, la visite se résume à l’Acropole, ce qui ne consomme qu’une journée du voyage. De fait, les grands centres urbains (Athènes, Thessalonique, Héraklion, Patras) sont peu à peu délaissés par la demande touristique et ne deviennent que des points d’entrée dans le pays. La tendance enregistrée sur la période précédente se confirme donc, voire se renforce : le touriste mène un voyage à destination exclusive ou envisage son voyage comme une succession de destinations précises pré-établies. La Grèce devient une destination « classique » des tour-opérateurs qui œuvrent, en amont, à la mise en place de forfaits touristiques susceptibles de séduire des acheteurs et, sur place, pour la circulation dans les zones touristiques.

Cependant, la dispersion des entreprises touristiques dans les diverses régions du pays, l’absence d’ordre et d’organisation à l’échelle globale poussent l’État à mettre en œuvre une véritable politique du tourisme destinée à imposer un cadre à la croissance du secteur. Les années 1980 sont marquées par le développement du principe de la chambre à louer[57]. Encouragé par des prêts étatiques et indirectement par les tour-opérateurs[58], le mode d’hébergement a pour objectif d’accroître l’offre touristique dans les campagnes grecques. Cependant il concurrence l’hôtellerie et dévalorise la qualité de l’offre dans la mesure où la conformité aux normes d’accueil (personnel employé, constructions) n’est pas toujours respectée. De plus, le nombre de « lits illégaux » s’envole[59] ; non seulement ceux-ci devancent l’offre hôtelière et les chambres à louer légales mais ils sont souvent de médiocre qualité, se concentrant sur les régions touristiques déjà saturées et contribuant à dévaloriser l’image de la Grèce sur le marché touristique international. Conséquence logique de ce phénomène nouveau, le rythme de croissance des hébergements hôteliers se réduit sur la période. Le camping se développe, quant à lui, notablement et conquiert tous les espaces touristiques du pays : 44 camps en 1967 (soit une capacité de 14 750 places) contre 327 en 1992 (soit 88 445 places)[60]. Les croisières connaissent aussi un regain de faveur après une période de restructuration difficile à la fin des années 1970 qui a fait évoluer la branche vers des changements qualitatifs[61] au point de devenir l’un des produits touristiques les plus populaires du pays (55 525 passagers en 1960 contre 424 652 en 1992[62]). Enfin, à partir des années 1980, fleurissent les salles et les centres de congrès haut de gamme et naît donc une nouvelle forme de tourisme, concentré surtout dans les grandes villes (Athènes, Thessalonique) et les régions touristiques, mais détaché cette fois de toute saisonnalité.

Systématisant une pratique mise en place dans l’après-guerre, l’État se lance à partir de 1981 dans une campagne de publicité de la Grèce à l’étranger (à travers des organismes d’État tels que l’EOT ou Olympic Airways) et met l’accent sur la promotion combinée d’un pays de culture (référence aux régions d’intérêt culturel) et d’un pays de vacances (régions dotées d’infrastructures touristiques ou de sites : Rhodes, Corfou, Mykonos…). Il s’appuie pour cela jusqu’en 1990 sur des agences de publicité dans les pays clients qui sont chargées de définir des messages propres aux clientèles nationales. À partir de 1991, le message publicitaire, défini par l’EOT, est commun à tous les pays où l’EOT a un bureau. Par ailleurs, l’EOT engage une politique de co-publicité du pays financé par les tour-opérateurs et les agents qui proposent la Grèce dans leur catalogue. Décidé par le service central, le message n’est donc plus spécialisé par pays mais diffuse l’idée d’une identité unique : « Greece – chosen by the Gods » (entre 1991 et 1993), « Greece makes your heart beat » (en 1995) ou encore « Greece – a never ending story » (en 1996).

Les motivations des touristes français : permanences et mutations

La crise économique généralisée en Europe pousse les voyageurs à revoir à la baisse leur budget dédié au tourisme. Dans cette dernière période, les touristes choisissent l’avion pour se rendre en Grèce : en 1992, ils sont trois sur quatre à utiliser un vol charter[63] et par ricochet à opter pour une formule de voyage organisé. La Grèce devient donc une destination pour touristes aux revenus moyens dont la motivation principale est les vacances estivales. Toutefois, ce type de séjour, s’il séduit la clientèle anglo-saxonne et scandinave, ne concerne qu’un tiers des touristes français dans les années 1980[64].

La Grèce reste une destination très convoitée par les Français. Dans une enquête de 1986 intitulée « Europeans and their holidays[65] », si 8 % des Français ont déjà visité une fois la Grèce, 53 % voudraient le faire. Par ailleurs, 25 % y ont séjourné plusieurs fois, ce qui est impressionnant et révélateur à la fois d’une satisfaction vis-à-vis de leur voyage et du rapport des Français à la Grèce. Les Français recherchent en Grèce « le climat et l’Antiquité[66] » et optent pour un voyage plutôt autonome où les déplacements sont assez nombreux. Les représentations associées à la Grèce par les Français recoupent largement les motivations que le pays génère chez les touristes étrangers en général dans les années 1980-1990. Perçu comme un « pays de plages », la Grèce est aussi décrite comme une « destination de culture prestigieuse » et « à l’environnement naturel satisfaisant[67] ». Par ailleurs, elle apparaît aussi comme « le pays que l’on se doit d’avoir visité », ce qui fait d’elle un membre du groupe assez réduit des pays qui constituent des choix potentiels de tourisme pour un grand groupe de consommateurs aux caractéristiques socio-économiques très différentes.

Depuis les années 1980, le tourisme français en Grèce change toutefois de nature. Alors qu’il a longtemps constitué une des formes classiques du voyage en Grèce, le tourisme étudiant organisé s’affaiblit au profit d’un tourisme scolaire et surtout d’un tourisme de retraités, lui aussi organisé. En outre, si le phénomène des clubs s’est développé dans les années 1980, il connaît des difficultés à partir des années 1990. En témoignent par exemple les nombreuses fermetures enregistrées par le « Club Méd » : celle du village de Aighion dans le golfe de Corinthe en 1993, puis celles des villages d’Olympie, de Corfou Helios et de Kalamata en 1998, et enfin celle du village de Corfou Ipsos en 2004. Enfin, à partir des années 1990 – et la tendance s’amplifie au début des années 2000 avec l’arrivée de l’euro –, un tourisme nouveau se développe. En effet, de très nombreux Européens, dont de nombreux Français, acquièrent des maisons ou des appartements (qu’ils font d’ailleurs parfois construire), afin d’y passer leurs vacances, puis d’y résider plus longuement ensuite. Dans ce cadre, les principales régions prisées par les Français se concentrent à Pélion, dans les Cyclades, en Argolide (Ermioni en particulier). Les motivations, les buts de ces étrangers sont variés et concernent toutes les catégories socio-professionnelles et culturelles. Des Français ayant travaillé à Athènes et dans l’Attique choisissent par ailleurs d’y demeurer à la retraite.

Un modèle de développement en panne ?

La politique d’investissements menée par l’État dans la deuxième moitié des années 1970 a favorisé les régions touristiques connues au détriment de l’environnement (naturel et bâti) et de la structure socio-économique. À partir des années 1980, la loi 1262 entreprend via des subventions et des incitations, à remédier à cette situation en tentant de déconcentrer l’activité touristique. Cependant, même si le nombre de lits s’accroît (croissance de 35,8 % entre 1981 et 1991), la loi ne parvient pas aux effets escomptés. En effet, la majorité des investissements se porte sur des régions déjà fortement attractives (Crète, Égée méridionale, Égée septentrionale, îles Ioniennes, Macédoine centrale). Par ailleurs, la croissance des établissements illégaux participe aussi de cette saturation des régions touristiques et encourage une spéculation sur les légalisations continuelles de bâtiments illégaux. Les années 1980 sonnent donc comme le temps de la crise de la politique touristique grecque et du modèle de développement qu’elle a promu. D’une part, l’incitation aux investissements n’a pas fait l’objet d’un accompagnement planifié par l’État et échoue. D’autre part, l’objectif de développer de nouvelles régions touristiques n’est pas atteint dans la mesure où les régions les mieux dotées sont les mêmes depuis trente-cinq ans. Il manque à la Grèce un modèle constant et précis de développement des infrastructures au service du tourisme de masse organisé.

De plus, après les années 1980, les pays d’accueil des « packages » touristiques voient leur pouvoir d’attraction diminuer chez un grand nombre de touristes, devenant l’objet d’une critique sévère. Les principaux arguments avancés concernent les conséquences du développement du tourisme de masse sur la société et l’environnement, la forte dépendance vis-à-vis des pays émetteurs de flux touristiques, mais aussi vis-à-vis des sociétés de tourisme, le développement du seul tourisme de vacances, la constitution de « ghettos » touristiques qui ne permettent pas de rencontre avec le lieu qu’ils visitent, et les bénéfices réduits pour le pays d’accueil.

Par ailleurs, et il s’agit là sans doute d’un problème unique à l’échelle de l’Union européenne (UE), et donc révélateur des manques de la politique grecque en matière de tourisme, Athènes reste la seule capitale européenne à ne pas être une destination pour le week-end ou pour de courts séjours. Même les bâteaux de croisière ne restent, depuis toujours, que six heures en moyenne au Pirée et n’y passent jamais la nuit, au contraire d’Istanbul par exemple où ils restent parfois deux nuits. Comme si il n’y avait « rien à faire » à Athènes.

L’État échoue donc depuis les années 1980, par manque de planification, a évalué toutes les conséquences de la politique suivie sur l’environnement, la société et l’économie des régions touristiques. Bien que le pays dispose de ressources naturelles et culturelles capables de constituer la base du développement de formes de tourisme spéciales et alternatives, la politique d’investissements ne s’est tournée vers ces produits qu’après 1980, et ce de façon fragmentaire. Le rôle de l’UE dans l’élaboration d’un cadre visant d’une part à renforcer le développement de formes alternatives de tourisme, c’est-à-dire détaché des régions littorales et insulaires (agrotourisme, tourisme culturel, rural, écologique, montagnard… ), et d’autre part à améliorer les services offerts par le tourisme organisé de masse est à ce titre décisif afin de préserver l’image positive de la Grèce face à une concurrence internationale qui s’est intensifiée depuis les années 1990. Resterait à savoir si ces nouvelles formes de tourisme séduisent les Français et dans quelles mesures elles transforment leur pratique du voyage en Grèce.

 

« Et d’être allé délibérément vers la vie et non vers la légende m’a valu de n’être pas déçu mais enchanté[68]. » Pierre Reverdy, 1937.

« La Grèce n’est pas qu’un conservatoire de ruines antiques, si belles soient-elles, et ne se limite pas à son passé prestigieux. Elle a beaucoup à proposer à qui sait sortir des sentiers battus[69]. » Guide du Routard, 2012

Aux voyages de Français désireux de retrouver la Grèce éternelle et, à ce titre, souvent déçus, s’est peu à peu substitué, des années 1930 aux années 1990, un tourisme « désacralisateur », moins intellectuel et plus hédoniste. Une clientèle plus populaire et plus massive a progressivement pris le dessus sur un public exclusivement intellectuel et souvent aisé.

En effet, d’abord réservé à une élite intellectuelle et sociale qui aspire à retrouver la Grèce antique, le tourisme se « démocratise » progressivement à partir des années 1950 et tend à délaisser les colonnades, ou du moins, à s’ancrer plus fondamentalement dans l’héliotropisme. La profusion des guides de voyage enregistrée à la fin des années 1970, la multiplication des précis et autres grammaires de grec moderne, ainsi que les nombreuses manifestations (expositions, semaine du film grec) organisées par le ministère grec de la Culture, notamment à la Maison de la Grèce à Paris, témoignent de ce glissement et illustrent bien, à travers le cas précis de la Grèce, l’entrée de la société française dans l’ère de la consommation et des loisirs, en même temps qu’elles semblent réaliser la rencontre entre deux peuples, français et grec, que certains, au premier rang desquels Octave Merlier, appelaient de leurs vœux : « Il faut faire connaître en France, et si possible par le truchement de Français, dans le monde entier, ce pays [la Grèce] à la vitalité puissante, au comportement fier et noble, à l’intelligence spéculative et toujours en mouvement[70]. »

Pourtant force est de constater que la rencontre, si elle a bel et bien lieu, n’est que temporaire et incomplète. « Cadavre mangé par les mythes » pour le premier type de touristes, lieu du « prêt-à-bronzer » pour le second, ces deux modes de voyages ignorent superbement, l’un comme l’autre, la Grèce véritable. Et si l’on en croit les guides touristiques actuels, l’idée d’un immobilisme des voyageurs français pour lesquels il n’existe qu’une seule Grèce – la Grèce mythique et idéalisée – reste opérante de nos jours.

 Pour citer cet article : Mathilde Chèze, « Les Français en Grèce : du tourisme de lettrés au tourisme de masse (années 1930-années 1990) », Histoire@Politique, n° 28, janvier-avril 2016, www.histoire-politique.fr

Notes :

[1] Bertrand Réau, Les Français et les vacances, Paris, CNRS Éditions, 2011, 235 p.

[2] Le Corbusier, « Point de départ », Le Voyage en Grèce, n° 1, p. 4.

[3] La recherche de la Grèce antique éternelle provoquant souvent la déception.

[4] Sophie Basch, Le mirage grec : la Grèce moderne devant l’opinion française depuis la création de l’École d’Athènes jusqu’à la guerre civile grecque (1846-1946), Athènes-Paris, Hatier, 1995, p. 429.

[5] Ibid, p. 438.

[6] « N’importe quel touriste tient à photographier personnellement le Parthénon […] malgré l’existence de tirages impeccables », ibid., p. 438.

[7] Ibid, p. 440.

[8] À ce titre, notons d’emblée que l’enseignement des lettres classiques en France, particulièrement fastueux entre les années 1930 et 1975, génère des départs réguliers d’élèves et étudiants passionnés dans des voyages organisés, notamment par des associations universitaires telles que Guillaume-Budé.

[9] Archives du ministère des Affaires étrangères (MAE) Nantes, MAE, Athènes, Ambassade, Série B, carton 122.

[10] Archives du MAE Nantes, Rapport de Jean Malye sur la Ve croisière de l’Association Guillaume-Budé, 7-29 septembre 1933, à bord du « Théophile Gautier » des Messagers Maritimes.

[11] Le recteur de l’université d’Athènes par exemple, ibid.

[12] Ibid.

[13] Ibid.

[14] Né en 1929 sous le gouvernement de Vénizélos. Cf. Angelos Vlachos, Tourism Development and Public Policy in Modern Greece (1914-1950), Economia Pub, 2015.

[15] Archives du MAE, Athènes, Ambassade, Série B, carton 533, SOFE, Lettre d’André Bruère, ambassadeur français en Grèce, à Yvon Delbos, MAE, 29 janvier 1937.

[16] Des voyages annuels en Grèce sont organisés par l’École. Au printemps 1938, une délégation d’élèves parcourt la Grèce en marquant des étapes : a) Delphes, b) le lac Copaïs pour y voir les travaux d’assèchement et une filature de soie-modèle, c) Athènes, d) Pyrgos pour visiter l’Institut du raisin sec… Ces étapes sont l’occasion de rencontres avec des agronomes grecs. Archives du MAE, Athènes, Ambassade, Série B, Carton 90, Lettre n° 29 de Raymond Clouet, consul de France à Salonique, à Henri Cosme, ministre de France, Salonique, 23 avril 1938.

[17] Archives du MAE, Athènes, Ambassade, Série B, Carton  90, Lettre du Docteur J. Hussenstein, président du Comité d’organisation à l’ambassade de France en Grèce, 21 février 1934.

[18] L’université de Thessalonique organise ainsi un banquet pour les élèves de Grignon en présence du président de la Ligue franco-hellénique, le 21 avril 1938. Ces réceptions, qui symboliquement soudent les liens franco-grecs, montrent bien qu’on est loin d’un tourisme de masse qui rendrait absurde l’organisation systématique de telles manifestations d’amitié.

[19] Archives du MAE, Athènes, Ambassade, Série B, carton 90, Lettre d’Adrien Thierry, Ambassadeur de France en Grèce, à Monsieur Lachèze, Consul de France à Athènes, Le Pirée et Syra, 11 mai 1936.

[20] Archives du MAE Nantes, Note de l’attaché commercial en Grèce pour Monsieur le ministre de France à Athènes, Athènes, 12 mars 1945, n° 30/1433.

[21] Peu avant la fin de l’Occupation, la Banque nationale grecque missionne des experts, dont Dimitrios Papaefstratiou (considéré ensuite comme le père du tourisme grec), afin d’établir un rapport sur le potentiel touristique du pays. Preuve que s’il n’est pas une priorité, le tourisme est toutefois considéré comme un secteur à ne pas négliger dans la reconstruction, cf. Angelos Vlachos , op. cit.

[22] En réalité un tel organisme existe dès 1919, mais l’EOT en tant que tel est créé par E. Vénizélos en 1928-1929 et subit un certain nombre de refontes (en 1936, en 1945, puis en 1950, et enfin dans les années 1980).

[23] A. Tzortzatos, « Les premières années », Tourismos ke Ikonomia, mars 1993, p. 18-53.

[24] G. Karali, L’entreprise hôtelière en Grèce, Ikonomikos Tachydromos, 1971, p. 11-14.

[25] Notons ici que la mer Égée (et en particulier Hydra) et ses tavernes doivent leur célébrité et leur attractivité touristique au film Ombres sous la mer (Boy on a Dolphin) sorti en 1957 et mettant en scène Sophia Loren en Phèdre, pêcheuse d’éponges d’Hydra qui découvre une antique statue, dotée de pouvoirs, représentant un garçon sur un dauphin. De même, le film Celui qui doit mourir de Jules Dassin, sorti en 1957 et adapté du roman Le Christ recrucifié de Nikos Kazantzakis, fait de Kritsa en Crète une destination touristique importante.

[26] En 1936, sous le gouvernement de Métaxas, est engagé le blanchiment des maisons des Cyclades. L’entreprise, au-delà de sa vocation hygiéniste, a aussi l’ambition de rendre plus pittoresque les îles afin de développer leur potentiel touristique, cf. A. Vlachos, op. cit.

[27] Bertrand Réau, op. cit.

[28] Notons qu’en 1957, le groupe ouvre le club d’Aighion dans le golfe de Corinthe sur le même principe des cases, ce qui prouve bien le poids touristique de la région du Péloponnèse.

[29] En 1958, seuls 8 % des arrivées touristiques en Grèce se font en voiture et la part de l’avion est négligeable, un seul aéroport existant alors, celui d’Hellinikon à Athènes.

[30] On excepte ici les voyages sous forme de croisière, par définition organisés et non autonomes.

[31] Bertrand Réau, op. cit.

[32] Une ligne aérienne reliant Athènes à Rhodes en est d’ailleurs une des conséquences.

[33] C’est l’adaptation d’un roman de Nikos Kazantzakis écrit en 1946 sous le titre Alexis Zorbas.

[34] Les citations qui suivent proviennent des guides de voyage Guides Bleus, édités par Hachette et plus spécifiquement de l’édition de 1956 dirigée par Francis Ambière et celle de 1979 dirigée par Robert Boulanger (révisée par Jean Bousquet et Jean-Pierre Michaud, ancien secrétaire général de l’École française d’Athènes).

[35] Les « infortunes » renvoient à la lutte menée par les Grecs contre les Italiens d’abord, puis contre les nazis, entre l’automne 1940 et le printemps 1941.

[36] Sources EOT (Office hellénique du tourisme).

[37] C’est en effet une source de devises considérable en un temps où le déficit est un problème majeur pour le pays.

[38] N. Mavrakis, « Investissements touristiques », 6e congrès de la Société hellénique de sciences économiques, Rhodes, mai 1975, p. 36-38.

[39] La Grèce continentale et ses îles ne représentent que 4 % de la masse touristique en Méditerranée.

[40] Par rapport aux pays de Méditerranée occidentale et à l’Espagne en particulier. Notons que, sous les colonels (1967-1974), des efforts financiers destinés à multiplier les chambres à louer chez les particuliers sont réalisés.

[41] Thierry Maulnier, Cette Grèce où nous sommes nés, Paris, Flammarion, 1964, p. 7.

[42] En 1966, 53 % des arrivées touristiques sont le fait de l’avion.

[43] Il s’agit de vols Air France.

[44] Thierry Maulnier, op. cit., p. 132-134.

[45] L’Attique, l’Argolide, la Crète, Corfou, Rhodes, Mykonos, Paros, Santorin.

[46] Signe des temps, le camping « sauvage » est désormais interdit.

[47] M. Nikolakakis, Journal of Tourism History, « Representations and Social Practices of Alternative Tourists in Post-War Greece To The End of the Greek Military Junta », « The Colonels On The Beach : Tourism During the Greek Military Dictatorship (1967-1974) », vol. 7, Issue 1-2, 2015 p. 5-17.

[48] Guide Bleu, Paris, Hachette, 1979, p. 135-142.

[49] À la même époque, les traductions en français des romans et des essais de Nikos Kazantzakis participent aussi de cette évolution.

[50] Guide Bleu, Paris, Hachette, 1956.

[51] Ibid.

[52] Ibid.

[53] Archives du MAE Nantes, Lettre n°288/EU de Jean-Marie Mérillon, Ambassadeur de France en Grèce à S.E. Monsieur le ministre des Affaires étrangères, Direction Europe, Athènes, 4 mai 1977. Mérillon est en fonction du 13 octobre 1975 au 22 décembre 1977.

[54] Ibid.

[55] D’abord actrice, Mélina Mercouri devient ministre de la Culture en Grèce de 1981 à 1989.

[56] Guide Bleu, Paris, Hachette, 1979, p. 124.

[57] L’origine du phénomène remonte aux années 1970 mais le véritable boom se situe dans les années 1980. Voir Vassilios Kanellakis, International Tourism : Its Significance And Potential As An Instrument For The Economic Development Of Greece, Ph.D Dissertation, Kansas State University, 1975, p. 64-66.

[58] Ces derniers signent des contrats avec les propriétaires afin de leur garantir des clients.

[59] 250 000 selon une estimation de l’EOT pour la première moitié des années 1980 puis 1 060 000 en 1990. Voir SETE (Association des entreprises touristiques helléniques), Tourisme : évolution et problèmes, Athènes, 1993, p. 22-24.

[60] Sources EOT, 1993.

[61] Prix et durée des croisières revus / croissances des activités parallèles à la croisière telles que les congrès et séminaires et l’intégration du pays à un réseau méditerranéen comprenant entre autres la France, la Turquie et Chypre.

[62] Sources EOT, 1993.

[63] Ibid.

[64] Sources EOT, 1984-1985 : 77 % de Britanniques, 88 % de Suédois et Norvégiens contre seulement 33 % de Français.

[65] Sources EOT, 1984-1985.

[66] Ibid.

[67] Ibid.

[68] Pierre Reverdy, « À présent la Grèce », Le Voyage en Grèce, 1937, n° 6, p. 3-7.

[69] Le Guide du Routard, Îles grecques et Athènes, Paris, Hachette, édition 2012, Introduction.

[70] Octave Merlier, Lettres de Grèce, Florilège publié par l’Institut Français d’Athènes, Promotion Octave Merlier, Athènes, 1976.

Mathilde Chèze

Mathilde Chèze, docteur en histoire, professeur en section européenne au lycée Henri Darras de Liévin, est l’auteur d’une thèse soutenue en 2013 à l’Institut national des langues et civilisations orientales (INALCO), sous la direction de Joëlle Dalègre, intitulée La France en Grèce. Étude de la politique culturelle française en territoire hellène du début des années 1930 à 1981. Ses travaux de recherche portent sur l’histoire culturelle et l’histoire des représentations, la diplomatique française et l’histoire des mondes méditerranéen et balkanique. Elle a notamment publié « De l’Ancien au Moderne : la politique culturelle française en Grèce sous la dictature de Métaxas (1935-1939) », (Cahiers Balkaniques, n° 40, INALCO, 2011, p. 335-346).

Mots clefs :  France ; Grèce ; tourisme ; histoire des représentations ; XXe siècle.

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  • ISSN 1954-3670