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« Vous avez décidé de gouverner autrement. Nous avons décidé de nous opposer autrement. » Le groupe parlementaire Union du Centre (UDC) sous le gouvernement Rocard (1988-1991)

Vincent Flauraud
Résumé :

Les élections législatives de 1988 ont placé les « centristes » au cœur des attentions et des possibilités de recomposition du paysage politique : (...)

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« Il y a dans cette Assemblée une majorité. Il y a dans cette Assemblée une opposition. Vous êtes la majorité et nous sommes l’opposition. Cela ne nous empêche ni de nous parler ni de travailler, les uns, les autres, dans l’intérêt du pays. Vous avez à plusieurs reprises exprimé votre intention de gouverner autrement. Nous avons décidé, quant à nous, de nous opposer autrement. » Ces propos sont ceux de Pierre Méhaignerie, président du groupe Union du centre (UDC) à l’Assemblée nationale, en réponse au discours de politique générale de Michel Rocard, le 29 juin 1988[1]. Au-delà de l’effet rhétorique, ils suggèrent toute la complexité, pour ce groupe parlementaire « centriste », de son positionnement politique au lendemain d’une nouvelle alternance[2] : celle qu’ont provoquée, dans la foulée de l’élection présidentielle de mai 1988, les élections législatives des 5 et 12 juin, les gouvernements Rocard I puis Rocard II remplaçant alors le gouvernement Chirac. Dans ce dernier, le Centre des démocrates sociaux (CDS, parti membre de la confédération Union pour la démocratie française [UDF]), dont est issue la grande majorité des députés de l’UDC, était représenté par deux puis trois ministres et quatre secrétaires d’État. La revendication d’appartenance à l’opposition renvoyait aussi à une campagne électorale conduite aux côtés des alliés de droite, Rassemblement pour la République (RPR) et UDF, au sein de l’URC (Union du Rassemblement et du Centre). Or la campagne présidentielle mitterrandienne, puis le premier gouvernement Rocard, ont mobilisé parallèlement des concepts-slogans (« La France unie », « L’ouverture », « Gouverner autrement ») qui ont laissé entendre que la porte restait ouverte, pour l’exercice du pouvoir, aux modérés (aux « centristes ») disposés à saisir la main tendue. Le premier gouvernement Rocard a d’ailleurs intégré à titre individuel trois ministres dits « d’ouverture » (mais venus de la galaxie radicale valoisienne[3]), le second en comptait sept (trois radicaux ou assimilés, trois CDS, un Parti républicain [PR] apparenté quatre jours au groupe UDC[4]). Le résultat très serré des élections législatives a donné encore plus d’acuité à cette idée de recomposition des forces ou des alliances politiques, en ne dégageant pas de majorité absolue pour le Parti socialiste (PS), alors que le Parti communiste (PC), contrairement à 1981, était dans une posture de prise de distance critique et de refus de participation à un gouvernement d’union de la gauche. Avec 275 membres ou apparentés, le groupe PS n’avait que 47,8 % des effectifs de députés ; il lui manquait treize sièges pour atteindre la majorité absolue. La gestion politique de la situation par le gouvernement supposait donc, malgré l’existence de garde-fous constitutionnels, de réduire au maximum les « passages en force ». D’où l’importance capitale des petits groupes parlementaires pouvant, par un vote positif ponctuel, ou par leur abstention, permettre de « passer en douceur ». Le PC possède alors 24 députés (4 %) et obtient de pouvoir reconstituer un groupe[5]. La plupart des députés membres du CDS fondent également leur propre groupe, la décision étant prise dès le 15 juin : 42 parlementaires s’y inscrivent ou s’y apparentent, soit un peu plus de 7 % des députés, le groupe enregistrant trois départs « d’ouverture », en 1988 et en 1990[6].

Il y a, dans cette configuration, un éclatement des cadres attendus : des membres du cartel UDF, l’une des deux grandes forces de l’opposition, ont saisi l’occasion de s’en détacher, sans qu’il ait été possible, au départ, de savoir si cette décision préfigurait un changement d’alliance, ou si l’objectif était d’abord d’exploiter des opportunités d’influence supplémentaire, inconcevables dans les habituelles configurations d’alternance majoritaire, et par là même de gagner en autonomie. Cette configuration nous semble ainsi constituer un cas limite pour la Ve République à système majoritaire, propre à interroger la question de l’opposition après alternance en la poussant jusque dans ses retranchements. Soulignons la forte part d’incertitude au lendemain des élections. Certains, à l’instar de Michel Debré[7], craignaient une réminiscence de la IVe République, avec un gouvernement minoritaire pouvant nouer des alliances diverses, et où les notions d’opposition et d’alternance se trouveraient alors remises en cause par la muabilité des positionnements. Maurice Duverger y voyait au contraire la configuration la plus gaullienne qui soit, permettant au gouvernement de gouverner grâce aux garde-fous de la VRépublique, mais le plaçant au point d’équilibre entre le président et le parlement – procédant des deux, en somme[8]. Pour le politiste, la situation de 1988 constituait un cas d’école de « semi-majorité » où le parti présidentiel mène les affaires, mais où l’opposition est trop nombreuse pour être négligée.

L’approche se limitera ici à la période du gouvernement Rocard (mai 1988-mai 1991) : trois années qui sont plus particulièrement celles de l’expérimentation, des marques à trouver, d’ouverture (et de fermeture) des horizons, avec en arrière-plan une opinion publique qui, jusqu’au premier trimestre 1990, soutient le gouvernement voire les expériences d’ouverture (sans éviter d’importants mouvements sociaux), avant de basculer vers une phase de désenchantement marquée par une chute de popularité de l’exécutif et le retour de manifestations d’antiparlementarisme sur fond de baisse  du moral des Français[9].

La quête d’une « autonomie dans l’interdépendance de l’opposition[10] »

La question du positionnement politique est alors brouillée par l’extension du champ des pratiques parlementaires possibles du fait de l’absence de majorité absolue. Le groupe UDC est pris entre deux champs magnétiques : celui de l’ouverture, qui le fait regarder avec attention du côté du gouvernement mené par le PS, et celui de l’opposition, avec laquelle il s’emploie à ne pas rompre. En outre, le jeu se complexifie en raison de la succession de configurations contextuelles qui peuvent réactiver le schéma de fonctionnement et de positionnement bipolaire, en particulier à l’approche de scrutins électoraux intermédiaires, ou lorsque se manifestent des tentatives plus ou moins poussées de formalisation d’une coordination de l’opposition. Les stratégies sont ainsi réajustées en permanence.

Le mot « ouverture », promu d’abord par les barristes[11], puis par les mitterrandiens[12], est aussi fascinant qu’ambigu, comme le montrent les échos dans la presse de l’époque[13]. Attractif ou repoussoir, il a pu être entendu comme « décrispation » ou trahison, ralliement (perçu positivement ou négativement) ou convergence et hybridation des programmes. La mise en œuvre de cette ouverture par le président réélu et son Premier ministre s’est dessinée surtout comme un mouvement de ralliements individuels d’hommes politiques, mais aussi de représentants de la société civile[14]. Alain Duhamel a qualifié cette dernière option de « centrisme sociologique ou de substitution », ayant d’abord « pour vocation d’élargir l’assise de l’exécutif et de préparer les esprits à l’ouverture vers le centrisme politique[15] ». Du côté de la galaxie dite centriste, démarchée en premier lieu, dont le noyau était le CDS[16] mais qui englobait aussi une bonne partie de l’UDF et des barristes demeurés en dehors de ces structures, l’attente exprimée au sortir des élections législatives était celle d’un accord formel de gouvernement, soit entre le PS et une nouvelle formation à faire émerger par agrégation (à l’image du Freie Demokratische Partei [FDP, parti libéral-démocrate] allemand – c’est l’option barriste[17]), soit dans une configuration de gouvernement d’union nationale – option évoquée en mai-juin 1988 par les dirigeants du CDS, Jean Lecanuet au premier chef[18], mais aussi par Valéry Giscard d’Estaing[19] et Simone Veil[20]).

Passé le moment électoral initial, une « fermeture » s’est vite imposée[21], assumée par le président Mitterrand, justifiant la dissolution de l’assemblée le 14 mai par l’échec – qu’il dit espérer momentané – de l’ouverture[22]. Pourtant, le mot est encore utilisé, le concept débattu, pendant toute la durée du gouvernement Rocard car des « ministres d’ouverture » restent au gouvernement. Et à l’occasion d’un remaniement tardif, à l’automne 1990, la notion est une nouvelle fois réactivée par la nomination de Bruno Durieux (UDC) comme ministre délégué à la Santé, puis par le maintien de trois « transfuges » au sein du gouvernement Cresson nommé en mai 1991, puis du gouvernement Bérégovoy en avril 1992[23]. Une partie de la gauche (Jean Poperen, Robert Vigouroux…[24]) réactive également le concept après le résultat jugé décevant des centristes aux élections européennes de juin 1989, pour expliquer que face aux signaux de durcissement de sa ligne donnés par l’opposition, il faut rester ouvert aux modérés refusant une « droitisation ». L’aile gauche du PS et le PC active également ce ressort pour protester contre une politique rocardienne qu’ils jugent « trop à droite », comme en témoignent les prises de parole publiques de Lionel Jospin, de Louis Mermaz et d’Henri Emmanuelli[25]. Inversement, au PR ou au RPR, évoquer l’ouverture est un moyen d’afficher une suspicion à l’égard de l’UDC ou du CDS, propre à les pousser à donner de meilleurs gages encore d’appartenance à une opposition ferme[26]. Mais dans les premiers temps, l’idée qu’une ouverture politique à part entière, après une ouverture surtout caractérisée par l’appel à des ministres issus de la société civile, serait possible, une fois dégagées des convergences sur des dossiers concrets abordés au parlement, fut défendue quelque temps par des acteurs tant gouvernementaux que de l’UDF. C’est la proximité des élections locales, municipales notamment, contraignant le PS à retourner très vite dans les jeux d’alliance à gauche, qui a visiblement accéléré la sortie hors champ de l’hypothèse – Pierre Méhaignerie date l’épisode d’une rencontre avec Michel Rocard lui demandant de ne plus le soutenir en février 1989[27]. À défaut d’une alliance de gouvernement, l’UDC, en ses premiers mois d’existence, se percevait plutôt comme l’embryon d’un parti centriste autonome, s’élargissant à partir du noyau CDS[28]. Ses dirigeants pensaient, sondages pro-ouverture à l’appui[29], que ce schéma correspondait à une attente, avant que le résultat décevant de la liste centriste aux élections européennes (8,4%) ne vienne obscurcir cette perspective.

Il y avait en fait, sur ce champ du « grand parti [dit] centriste », ou « central », une concurrence entre plusieurs acteurs politiquement proches. Mais la création de l’UDC à partir du CDS (34 députés sur 41) signifie combien a primé l’existence en amont d’une structure à la fois formelle et bénéficiant d’un nombre conséquent de députés grâce aux alliances conclues antérieurement à droite. Elle a pu capter rapidement la marque d’un « centrisme » revalorisé, mieux que les barristes aux appartenances plus éclatées[30] et qui mettent trop tardivement en place la CLES (Convention libérale européenne et sociale, à l’automne 1988[31]) pour être vraiment en mesure de transformer la dynamique de l’élection présidentielle. De même, le regroupement de « centristes » ralliés à la sphère rocardienne dans l’Association des démocrates créée par Michel Durafour[32], puis en mars 1990 dans le mouvement France unie de Jean-Pierre Soisson[33], sans parvenir à constituer un groupe parlementaire, ne bouleverse guère le paysage. Et les petites composantes de l’UDF en quête d’investitures avaient trop besoin de la confédération pour s’en affranchir. Une des clés du mélange d’audace et de relative cohésion qui a porté une bonne part des 41 députés UDC à se distinguer par l’engagement dans un groupe parlementaire autonome tient peut-être en partie à un effet générationnel : 66 % n’ont pas plus de deux ans d’expérience à l’Assemblée (élus au plus tôt lors de la « vague » de 1986), et 15 % seulement ont plus de dix ans de mandat, contre respectivement 52 % de « jeunes députés » et 26 % d’« anciens » chez ceux inscrits au sein du groupe UDF[34]. Les profils socio-professionnels des deux groupes ne sont pas non plus identiques : le groupe UDC est caractérisé par une répartition équitable entre députés issus du secteur public et du secteur privé, quand ces derniers sont surreprésentés (60 % contre 40 %) dans le groupe UDF. On constate également que les catégories supérieures (surtout du public) l’emportent à l’UDC (48 %), quand ce sont les catégories moyennes (64 %) et les professions libérales (24 %) qui dominent le groupe UDF[35]. Les critères de différenciation entre les deux groupes relevant de la même confédération ne tiennent donc pas seulement aux inscriptions partisanes et aux corps de valeurs qui pouvaient différencier entre elles les « composantes » du cartel UDF[36].

Passée la déception électorale des élections européennes, si le mot « autonomie » continue à ponctuer le discours des dirigeants, il prend des significations concurrentes : création d’un grand parti « élargi » du centre, toujours, mais à moyen ou long terme désormais (ligne barriste[37]), ou reconnaissance, dans la structuration plus unifiée de l’opposition, de la sensibilité centriste, qui pourrait même ne l’être que sous forme de courant (c’est l’option des rénovateurs[38]). Une voie médiane s’impose au nom du pragmatisme : la reconnaissance de la sensibilité centriste dans l’opposition par le maintien d’une structure propre et le refus d’une fusion des groupes, s’accompagnant d’un argumentaire faisant valoir que l’affichage explicite d’une telle sensibilité est une garantie contre le glissement à gauche d’électeurs qui ne percevraient plus, dans un parti et un groupe unitaires de l’opposition, qu’une tendance globalement droitière[39].

L’appartenance à l’opposition se pose certes en termes de valeurs et de programme, mais aussi de pratique parlementaire, d’affichage identitaire et de structures. De ce dernier point de vue, les jeux se compliquent en raison de l’organisation de la droite de gouvernement française, non pas dominée alors par un grand parti comme l’UMP après 2002, mais dissociée entre RPR et UDF, cette dernière étant elle-même une confédération de partis. Pour la première fois, l’UDF a eu plus de députés que son rival gaulliste. Or la constitution d’un groupe UDC en a annulé les gains parlementaires possibles. Mais la plupart des membres de l’UDC continuent à appartenir à l’UDF-parti via le CDS (comme les sénateurs de l’Union centriste). Il y a ainsi le paradoxe d’une opposition qui a perdu de peu (20 000 voix), et en son sein d’une composante dont le renforcement du nombre de députés n’empêche pas une accentuation de son éclatement, alors même que ses leaders affirment de manière récurrente, mais non constante, leur volonté de voir l’opposition unie.  Ici, la chronologie est importante : dans un premier temps, la prise d’indépendance de l’UDC est perçue au RPR (affaibli par la défaite chiraquienne à l’élection présidentielle) à la fois comme source d’inquiétude et comme opportunité pour rejeter sur elle les problèmes de l’opposition à exister efficacement[40]. Et à l’UDF, les frictions CDS-PR facilitent l’accès de Valéry Giscard d’Estaing à la présidence du parti (avec un retour à l’Élysée en ligne de mire), qui se pose en réconciliateur désireux de sauver une structure électoralement efficace[41]. Mais l’ascendant giscardien, renforcé par son bon score à la tête d’une liste d’union RPR-UDF aux élections européennes de juin 1989 alors que l’échec de la liste Veil a brisé l’élan UDC, parvient à ressouder, en une alliance défensive, Pierre Méhaignerie et François Léotard, donc le CDS et le PR[42]. Parallèlement, la percée, entre avril et juin 1989, des jeunes « rénovateurs », issus à égalité du RPR et de l’UDF, du PR et du CDS (avec les « 3 B » : Baudis, Bosson, Bayrou), ré-impulse une logique de rapprochement des composantes de l’opposition, malgré leur échec final à la renouveler en faisant émerger un grand mouvement « recentré » aux cadres rajeunis[43]. Ils sont à l’origine des états généraux de l’opposition, avec la tenue de leurs « conventions pour un ressourcement doctrinal ». Ils sont compatibles avec les logiques d’action de l’UDC, puisqu’ils reprennent son vocabulaire sur la refondation nécessaire des cadres de la politique. Et ils accélèrent la formation d’un intergroupe de l’opposition à l’Assemblée nationale, à l’automne 1989[44]. Proposé par l’UDC dès sa naissance, comme gage de bonne volonté oppositionnelle, mais refusé jusque-là par ses partenaires, l’intergroupe devient le moyen de répondre au désir d’union magnifié par les rénovateurs tout en évitant une fusion (Pierre Méhaignerie avait plaidé devant les députés de son groupe pour « l’indépendance centriste dans l’interdépendance de l’opposition[45] »). Certes, il ne faut pas prêter à cette structure une capacité de coordination et d’alignement des composantes qu’il n’eut pas. Elle a surtout permis un affichage qui a conféré une meilleure lisibilité à l’existence d’une opposition à compter de 1990. Et pour l’UDC, elle a constitué une caution légitimante pour intégrer ensuite la nouvelle structure de coordination électorale en vue des élections législatives de 1993, l’UPF (Union pour la France), mise en place en juin 1990[46]. Même si les pratiques de vote favorisant l’adoption de textes d’initiative gouvernementale se sont maintenues, parallèlement, dans le groupe UDC, à compter de juin 1989 et plus encore de l’automne 1990 les signaux d’appartenance à l’opposition envoyés par le groupe centriste à ses partenaires deviennent plus réguliers. Pierre Méhaignerie passe beaucoup de temps dans les travées à convaincre ses députés de ne pas s’abstenir, sur des votes clivants pour l’opposition tels que le budget 1990 à l’automne 1989, ou pour le premier projet de loi présenté après le « débauchage » de Bruno Durieux un an plus tard[47]. L’ouverture s’est refermée. L’autonomie a été compromise par le piètre résultat aux élections européennes. Aussi bien Jacques Barrot que Pierre Méhaignerie font le constat, au printemps 1991, de la difficulté à « vendre » médiatiquement une position d’« opposition constructive » : « Dès que, au nom de l'intérêt du pays, nous acceptons certaines avancées, nous lisons le lendemain dans la presse : “Succès de Rocard, l'opposition divisée...”[48]. » Il y a ainsi retour à une stratégie de préservation des alliances électorales pour conserver une représentation politique au moins similaire lors des échéances suivantes. L’UPF, incluant les députés UDC, se dote, le 10 avril 1991, un mois avant la fin du gouvernement Rocard, d’un accord électoral prévoyant la reconduction d’une investiture commune pour les candidats aux élections régionales et législatives, et des primaires pour désigner un candidat commun à l’élection présidentielle[49]. Ce virage stratégique est alors perçu dans Le Monde comme un « raidissement[50] », un « durcissement » de l’UDC, et plus largement d’une « radicalisation » de l’opposition centristes[51], qui tranche avec l’accumulation en début de législature des appels pour une pratique oppositionnelle non rigide : « opposition souple », « flexible » (Valéry Giscard d’Estaing), « constructive », « non stérile » « coresponsable des intérêts supérieurs de la nation », « recherche du dialogue », « voter vrai »…

Une « opposition souple[52] » concourant à des « majorités alternatives »

De même que l’expression « voter vrai » avait répondu au néologisme rocardien du « parler vrai[53] », Pierre Méhaignerie, en annonçant vouloir s’« opposer autrement » dans sa réponse du 29 juin 1988 à Michel Rocard[54], faisait allusion à la promesse de « gouverner autrement » : en respectant les acteurs politiques et sociaux, en agissant vite mais sans précipitation, en cherchant à dégager le plus large accord possible pour légiférer. Si une main tendue a été saisie initialement par l’UDC, c’est celle-là : mener un travail parlementaire approfondi sur les projets présentés, en n’excluant pas d’en voter ou d’en faire adopter par abstention.

La constitution donnait certes les moyens à un gouvernement ne disposant que d’une majorité relative de faire passer malgré tout son budget ou ses projets de loi : en engageant sa responsabilité par le 49-3 et en comptant sur l’absence ou l’échec d’une motion de censure dans la foulée (et il apparaissait initialement peu probable que le PC s’alliât à la droite dans une telle motion), en optant pour un vote bloqué remisant les amendements, ou en usant de la possibilité de faire entrer en vigueur par ordonnance un budget non adopté, soixante-dix jours après son dépôt[55]. Mais le gouvernement s’est employé à limiter au maximum ces passages en force. On a pu parler de « majorités Rocard » alternatives (« majorités stéréo », selon le mot de Guy Carcassonne[56]), s'appuyant sur les voix centristes ou communistes, plus rarement UDF. Un échantillon de 87 positionnements de votes (votes effectifs, ou intentions de vote négatif communes aux quatre groupes non PS ayant entraîné le recours au 49-3[57]) permet de mesurer le poids de l’absence de majorité absolue, puisque chaque groupe apparaît comme s’opposant à la majorité des textes : dans 55 % des cas pour le PC comme pour l’UDC, 68 % pour l’UDF, 73 % pour le RPR. Mais en ramenant le corpus aux 59 votes effectifs (une dizaine par session) ayant entraîné l’adoption d’un texte, il est possible de prendre la mesure de la diversité des configurations de « majorités alternatives » permettant au gouvernement, la plupart du temps, de faire adopter ses projets de loi.

 

Les "majorités alternatives" de Michel Rocard

 

Il en ressort que le groupe PC tout comme l’UDC concourent à ces « majorités alternatives » dans les deux tiers des cas – quoique selon des configurations différentes –, le groupe RPR étant logiquement le moins enclin à permettre l’adoption d’un texte (dans 39 % des cas seulement) alors que l’UDF est dans une position médiane tout en restant bien dans l’opposition (47 %). Ces résultats diffèrent quelque peu de ceux que l’on peut déduire des pointages réalisés par le journal Le Monde à l’issue des trois années de gouvernement Rocard[58] (PC 66 % ; UDC 48 % ; UDF et RPR 30 %), mais son échantillon était composé de « 50 textes significatifs », ceux, par conséquent, qui non seulement avaient attiré l’attention médiatique (parmi les 270 présentés), mais aussi qui avaient suscité un débat pouvant être plus clivant. Si le niveau de contribution à l’adoption des textes s’émousse au fil des trois années de gouvernement Rocard, il se maintient relativement bien pour l’UDC : parti de très haut en 1988 (62 %, contre 54 % pour le groupe PC dans notre échantillon[59]), et subissant un reflux marqué en 1989 (38 %) qui peut notamment être mis en rapport avec la nécessité de donner des gages au reste de l’opposition du fait de l’échec centriste aux élections européennes et de la mise en place de l’intergroupe, il rebondit en 1990-1991 (50 %), se replaçant à un niveau équivalent à celui du groupe PC, ce qui suggère un décalage entre les postures de « raidissement » affichées alors comme nouveaux gages donnés à l’UPF naissante, et une pratique parlementaire qui malgré tout continue à expérimenter « l’opposition constructive ».

Le niveau de contribution de l’UDC à l’adoption de textes est donc suffisamment élevé pour signifier, dans cette période gouvernementale, une posture de coresponsabilité dans l’élaboration de la loi, à défaut de coalition. Certains ont parlé de « travail d’aiguille digne de la IVe République » (André Fontaine), mais aussi d’équilibrisme[60], pour caractériser ce travail parlementaire où rien n’était jamais acquis et où tout pouvait être discuté. Si, à l’automne 1988, l’UDC a paru franchir le Rubicon en s’abstenant sur la première partie du budget (article d’équilibre), permettant son adoption[61], elle a voté contre la totalité du même budget et a fait de même par la suite, considérant la portée symbolique du geste, pour tous les votes d’ensemble sur le budget, même si elle pouvait entretemps contribuer à l’adoption de certains budgets ministériels[62]. Hors discussions budgétaires, le repérage des textes à l’adoption desquels l’UDC a contribué en n’adoptant pas la position de rejet prise par tout ou partie du reste de l’opposition, laisse plutôt supposer la coexistence de plusieurs logiques : logique militante laissant transparaître le poids d’une éthique marquée par la filiation démocrate chrétienne et sociale (première lecture de la loi sur l’audiovisuel en décembre 1988, lorsque Jacques Barrot dit vouloir « d’abord mettre fin à la guerre de l'audiovisuel en fondant un authentique pluralisme[63] » ; loi Besson sur le logement des plus démunis, en 1989-1990 ; saisine du Conseil constitutionnel par les justiciables au printemps 1990…) ; logique « clientélaire » (jeu d’amendements à propos de l’imposition ou des cotisations sociales des agriculteurs, en décembre 1988 comme en novembre 1989 ; loi instituant une solidarité financière entre les communes en avril 1991…) ; logique gestionnaire (réforme des caisses d’épargne ou réforme de la fonction publique au printemps 1991…). Mais le degré d’activation de ces logiques a dépendu des modulations de la configuration politique immédiate, variable constante d’ajustement donc source d’incertitudes. En avril 1990, la réforme des procédures de saisie bénéficie de l’abstention de l’UDC, pourtant critique sur le texte (« Nous étions à peu près parvenus à un équilibre en commission des lois, mais vous avez quelque peu déséquilibré le dispositif retenu » reproche Jean-Jacques Hyest au Garde des Sceaux[64]), essentiellement en réaction à l’alliance inattendue entre l’opposition et le PC, qui se constitue pour la première fois depuis le début de la législature. Il semble s’agir en quelque sorte de « sauver » la possibilité de continuer à mener une « opposition souple », permettant de se ménager des marges d’influence. Inversement, en décembre 1988, alors que le travail parlementaire avait permis de trouver un compromis acceptable par l’UDC concernant l’impôt foncier sur le non-bâti pour les agriculteurs et exploitants forestiers, in extremis les centristes votent contre, tout en exprimant leur satisfaction : ils tiennent visiblement compte de l’examen qui s’annonce d’une motion de censure déposée par le reste de l’opposition et qu’ils se sont engagés à voter. Ces configurations changeantes peuvent ainsi entraîner des retournements entre la première et la deuxième lecture, lesquels ne tiennent pas uniquement aux modifications introduites dans les textes : en décembre 1988, le projet de loi créant le Conseil supérieur de l’audiovisuel passe en première lecture grâce à la non-participation au vote de l’UDC : « Dans l’état actuel du texte, (…) nous nous prononcerions négativement. Mais (…) nous devons donner le temps nécessaire à la confrontation indispensable entre le Sénat et l’Assemblée nationale, (…) nous voulons vous laisser la possibilité de présenter, sur certains points, de nouvelles propositions », déclare Jacques Barrot[65]. Or le gouvernement doit recourir au 49-3 en deuxième lecture, pour la seule fois de la session[66]. Inversement, à l’automne 1990, la loi réformant les professions juridiques et judiciaires a été repoussée en première lecture, mais adoptée en deuxième[67].

Ce travail parlementaire, souvent très technique et patient, a été également rendu possible par le temps réservé au débat en ne multipliant pas trop le nombre de textes : en moyenne une cinquantaine par saison de sessions[68]. Ici joue, par rapport aux alternances antérieures, la différence de contexte. La perspective des cinq années complètes de législature – dont ne bénéficiait pas la droite en 1986 – et la légitimité acquise par la gauche dans l’exercice du pouvoir – qu’elle n’avait pas en 1981 – permettent un rythme moins soutenu, n’impliquant pas de marquer aussi radicalement une rupture. Mais c’est aussi un intense travail relationnel transcendant les clivages qui a permis la constitution des « majorités alternatives » et d’une réserve de voix chez des non-inscrits ou chez des « frondeurs » capables de ne pas voter avec leur groupe. Les principaux acteurs du réseau ont été des conseillers de ministres (en particulier Guy Carcassonne, Jean-Paul Huchon ou Jean-Louis Gentile[69]). Parfois des ministres eux-mêmes : Pierre Bérégovoy et Michel Charasse ont pour interlocuteurs réguliers Edmond Alphandéry et Bruno Durieux, les spécialistes des finances à l’UDC, et ces relations s’exposent souvent au grand jour, alors que pour le groupe PC, André Lajoinie exige que les rencontres aient lieu dans son bureau[70]. Lionel Jospin vient rencontrer les présidents de groupe UDC et UDF, en 1988, avant le vote de son budget de l’Éducation. Chez les « ralliés », Jean-Pierre Soisson, avant d’être rejoint sur le tard par Bruno Durieux, est particulièrement actif dans l’entretien des relations avec l’UDC, débloquant très souvent les situations[71]. Le jeu de persuasion et/ou la négociation se déroulent tant à l’échelle du groupe qu’à celle de membres isolés de celui-ci ; les choix individuels de vote, même s’ils ne donnent lieu qu’à quelques unités de divergence, restent possibles pour les députés UDC, lors de la « période Rocard »[72]. Ce n’est que sous le gouvernement Cresson que Gérard Vignoble et Jean-Jacques Jégou sont momentanément exclus du groupe pour ne pas avoir respecté les consignes de vote[73]. Un gros travail préparatoire a également lieu en commission et les présidents Michel Sapin (lois) et Dominique Strauss-Kahn (finances) y jouent un rôle régulateur essentiel, de même que le rapporteur général du budget Alain Richard[74]. Tous les relais gouvernementaux apprennent, au fil du temps, à mieux connaître leurs interlocuteurs, à envisager les stratégies en amont. La discussion est souvent lancée par des « amendements tests » de l’UDC qui peuvent prendre trois formes : l’amendement pour lequel la réponse est pré-négociée, afin que l’UDC puisse arguer d’une écoute du gouvernement ; l’amendement-contribution, souvent extrêmement technique[75] ; l’amendement-opposition, qui fait volontairement monter les enchères pour conduire éventuellement à un vote contre (par exemple pour le budget de l’Éducation nationale, qui sanctionne Lionel Jospin, ministre jugé « trop politique »). Mais l’instrumentalisation joue dans les deux sens : Pierre Bérégovoy accepte une baisse de la TVA à l’automne 1988, concession qui contribue à obtenir l’abstention de l’UDC sur la partie recettes du budget, avant d’indiquer plus tard qu’il l’envisageait de toute façon à cause de la contrainte de convergence européenne[76]. Dans son travail sur « les conditions de l’ouverture d’opportunités parlementaires dans un système décisionnel fermé », conduisant à réévaluer le « pouvoir de contribution [du parlement] à la confection législative » et à nuancer la perception de celui-ci comme simple chambre d’enregistrement sous la Ve République, Marc Milet met ainsi en avant le rôle de l’adoption d’amendements d’origine parlementaire modifiant les propositions de lois gouvernementales. Il souligne que la période du gouvernement Rocard correspond de ce point de vue à un « pic historique » en dehors duquel « le rapport établi entre l’adoption d’amendements gouvernementaux et parlementaires a relativement faiblement varié depuis une trentaine d’années[77] ». Tous les textes ne suscitent pourtant pas une participation aussi poussée de l’UDC à leur discussion : simplement parce que dans un effectif d’une quarantaine de députés, il n’est pas évident de trouver sur tous les sujets des spécialistes avertis. Montent donc en première ligne essentiellement des députés techniciens, économistes comme Edmond Alphandéry ou Bruno Durieux, juristes comme Jean-Jacques Hyest ou Jacques Barrot, ou bons connaisseurs d’une thématique spécifique : Bernard Bosson sur l’Europe, René Couanneau (surtout) ou François Bayrou sur l’éducation, Gérard Vignoble sur les PTT.

Ce faisant, les blocages sont rares. Si l’on observe, sur toute la durée du gouvernement Rocard, les motions de censure ou les utilisations du 49-3, on relève surtout le poids d’une chronologie budgétaire, avec une poussée automnale cyclique et une moindre virulence au fur et à mesure que l’on avance dans la législature, le nombre de motions de censure (au vote desquelles tout ou partie de l’UDC participe) diminuant d’année en année : leur échec récurrent montrait leur limite, même face à une majorité relative.

Sessions

Motions de censure

(voix)

Recours au 49-3

Automne 1988

1

(258)

2

Printemps 1989

2

(192 et 264)

3

Automne 1989

4

(159 [rénovateurs], 240, 254, 265)

13

Printemps 1990

1

(262)

1

Automne 1990

2

(218, 284)

8

Printemps 1991

1

(261)

1

Automne 1991

1

(264)

 

Source : JO (http://www.assemblee-nationale.fr/connaissance/stat-49-3.pdf)

Il faut attendre la session de printemps 1990 pour qu’un projet de loi soit repoussé : celui sur la réforme des professions juridiques et judiciaires, à trois voix près. Un rejet aussitôt qualifié du côté de la majorité de « bavure », mais qui résultait d’une mobilisation serrée orchestrée par l’intergroupe de l’opposition juste après l’échec de sa dernière motion de censure. Jean-Jacques Hyest, qui plaidait pour l’abstention, s’était fait rappeler à l’ordre : l’entrée de l’UDC dans une logique plus affirmée de connexion avec le reste de l’opposition a été capitale dans ce retournement[78]. Le deuxième rejet d’un texte intervient lors de la session suivante, celui du projet Soisson sur l’intéressement et la participation dans les entreprises. Le RPR, l’UDF, le PC et l’UDC votent contre, alors que cette dernière était régulièrement l’alliée de fait de Jean-Pierre Soisson, qui diagnostique une sanction après le « débauchage » de Bruno Durieux[79]. Le vote positif du groupe en deuxième lecture, de même que la remontée globale, cette année-là, des participations de l’UDC à l’adoption de textes, suggèrent néanmoins qu’il y a là surtout des « marquages » ponctuels et médiatiques. Mais la « surveillance » des parlementaires UDC jugée nécessaire lors de ces moments-sanctions, tout comme la récurrence de votes individuels divergents, suggèrent les limites de la cohésion de groupe.

« Il n'est pas évident que tous les députés UDC aient vraiment la fibre centriste » (Edmond Alphandéry[80])

L’accompagnement critique du pouvoir n’a pas entraîné, durant toute la période du gouvernement Rocard, de reconfiguration de l’appareil dirigeant CDS-UDC, comme aurait pu le faire une sortie de la majorité, vécue d’abord comme une sanction et une interruption absolue de la capacité à influer concrètement sur les affaires du pays. Mais dans l’appareil du parti (chez les élus, les militants), il a réveillé ou révélé un certain nombre de clivages.

Au moment de la formation du groupe UDC, c’est le président du CDS depuis 1982, Pierre Méhaignerie, qui en est élu président[81]. Ce cumul est la condition, sur le moment, de la captation par le CDS via l’UDC des identités centristes et des avantages induits par la considération toute nouvelle dont elles font l’objet. Les instituts de sondage incluent dès lors Pierre Méhaignerie dans leurs baromètres[82]. C’est hors du noyau de l’appareil CDS, préservé, que s’opèrent les mises en marge de la scène politique active : Raymond Barre se trouve de facto satellisé[83] ; l’option Simone Veil disparaît après son échec relatif aux élections européennes. Jean Lecanuet, la figure tutélaire des centristes, est également mis sur la touche, alors qu’il comptait se représenter à la présidence de l’UDF. Sa non-candidature coïncide avec la formation du groupe UDC[84]. C’est à compter de l’été 1990 que le leadership de Pierre Méhaignerie s’émousse : il lui serait reproché, dans le parti ou le groupe, d’être « trop mou », insuffisamment médiatique[85]. Son absence pour convalescence fin 1989-début 1990 a joué[86], mais aussi et surtout la déception ressentie face à l’échec, désormais entériné, du projet de constitution d’un grand parti du centre. C’est alors que s’opère la remise en cause du leader, évitée au moment habituel de la défaite aux élections législatives. Pierre Méhaignerie conservera encore quatre ans la présidence du parti, mais il doit céder la présidence de l’UDC, désormais déconnectée de celle du parti, en septembre 1991[87]. Jacques Barrot et Bruno Durieux étaient initialement apparus comme des rivaux potentiels pour cette succession annoncée dès l’été 1990. Le second ayant intégré les gouvernements Rocard puis Cresson, c’est le premier qui accède à la tête du groupe. Mais il s’est agi là d’une passation de pouvoir dans la même génération, issue d’un militantisme démocrate-chrétien ancien, familial.

Les figures nouvelles qui émergent le font davantage au cœur d’une démarche d’opposition concertée, transcendant les partis et se situant plus à droite que leurs prédécesseurs. Ainsi en est-il des rénovateurs : fin 1991, Dominique Baudis, qui ne rejoint formellement l’UDC, à laquelle il n’était qu’apparenté, qu’en avril 1992[88], devient président délégué du parti (échouant à prendre la présidence), Bernard Bosson s’emparant quant à lui du secrétariat général. Et en 1994 François Bayrou, secrétaire général de l’UDF depuis 1991, emporte la présidence du parti face à Bernard Bosson. Il est donc singulier que la génération-relais de leaders émergeant au moment où le parti-support a voulu s’afficher comme autonome et ouvert à la gauche, ait été composée de ceux qui, par leur engagement dans l’aventure des rénovateurs, avaient plutôt tourné le dos à la gauche, voire à l’autonomie, considérée sous l’angle de la sensibilité à faire reconnaître plutôt que comme une indépendance organisationnelle à conquérir. Cette dynamique est d’autant plus surprenante au premier abord que le groupe UDC pris dans son ensemble se caractérisait par une surreprésentation de « jeunes députés » dont nous avions pu suspecter le rôle dans l’audace initiale de l’émancipation vis-à-vis du groupe UDF. Or si nous élargissons à l’ensemble des députés du groupe la prise en compte des parcours personnels ultérieurs, en considérant les positionnements politiques dans les années 2000, il apparaît, assez grossièrement, qu’un cinquième d’entre eux ont quitté la vie politique (ou sont décédés), 30 % sont demeurés dans la galaxie centriste (Nouvelle UDF puis Modem ou Nouveau centre), mais la moitié ont rejoint l’UMP[89]. Si le tiers de parlementaires ayant persévéré dans un positionnement centriste peut être considéré comme un môle de résistance significatif face au magnétisme unitaire de la droite, l’expérience UDC, marquée par des velléités d’émancipation vis-à-vis du fonctionnement bipolaire de la Ve République, apparaît donc plutôt, pour la plupart de ses acteurs ayant continué en politique, comme une parenthèse.

En 1988, la dizaine de députés « centristes » les plus rétifs envers la tactique autonomiste étaient restés dans le groupe UDF[90]. Mais au Sénat, des « poids lourds » tels René Monory et Jean Lecanuet étaient également très critiques. Une dizaine de députés aurait d’autre part rejoint l’UDC sans être bien convaincus par l’opération[91]. Dans l’aile la plus attachée au maintien des liens avec une large opposition, on trouve les rénovateurs et bon nombre d’élus de régions conservatrices pouvant vouloir éviter d’entrer en rupture avec leur électorat : Ambroise Guellec (Bretagne : Finistère sud), Adrien Zeller (Alsace)[92]… Dans l’aile la plus ouverte à l’exercice d’une « coresponsabilité » avec l’équipe rocardienne, on trouve Jacques Barrot, Bernard Stasi de façon très affirmée, et les barristes : Edmond Alphandéry et Bruno Durieux, les économistes, mais également Christine Boutin, apparentée[93], ainsi que Raymond Barre lui-même, de plus en plus insaisissable, mais dont les signaux pro-ouverture sont récurrents. Pierre Méhaignerie tentait quant à lui de ménager ces sensibilités diverses. La fracture, sur ce plan, n’était pas générationnelle : un Jean Lecanuet et un Théo Braun, de la même génération, étaient, pour le premier, très rétif à couper les ponts avec la droite, pour le second, ouvert à la proposition d’entrée au gouvernement, qu’il accepta. Mais leurs parcours antérieurs différaient malgré la coappartenance au CDS, puisque Braun avait un passé syndicaliste actif, à la CFTC puis à la CFDT[94]. Les fractures en termes de positionnement stratégique, de projection dans l’avenir, se sont situées en bonne partie dans une sorte d’étagement organisationnel[95] entre les dirigeants, qui s’engagent dans l’opposition « constructive », les élus intermédiaires (et sénateurs), soucieux des investitures et de leur électorat qui les ancrent plutôt dans le camp conservateur, et les militants de base, souvent les plus prompts à réclamer l’autonomie, en quête d’une affirmation identitaire peu tacticienne et prompts à considérer les rénovateurs comme des traîtres au centrisme. Quant aux cadres fédéraux, une enquête Sofres réalisée en octobre 1990 suggère à la fois leur adhésion massive au principe d’autonomie du groupe parlementaire, et un partage à quasi-égalité entre ceux qui la conçoivent d’abord comme expression d’une variété au sein de l’opposition et vecteur de médiatisation de leur identité, donc qui se pensent d’abord dans l’opposition, et ceux qui y voient un moyen de prendre des distances avec les autres structures de l’opposition (50 % souhaitent que le CDS s’investisse pleinement dans l’Union pour la France [UPF] aux côtés du RPR et de l’UDF, contre 46 % qui ne le souhaitent pas[96]).

Un moyen d’apaisement des tensions et de remédiation au risque d’éclatement, de plus en plus manifestes à compter de 1990, a été le ressourcement doctrinal, recréant du lien. Il est passé, pour l’ensemble de l’opposition, par ses états généraux avec conventions thématiques, mais aussi, parallèlement, pour le CDS, par sa convention nationale de Saint-Malo en octobre 1990. Le Monde, dans son compte rendu[97], notait que « cette convention centriste a surpris. Par sa méthode, qui a livré les avantages mais aussi les limites de l'exercice démocratique au sein d’une formation politique ». Le journaliste souligne ainsi, au-delà des convergences fortes sur l’engagement pro-européen, sur la lutte contre le Front national et les extrémismes en général, qui sont des sources de mobilisation commune dans l’immédiat, que de vieilles lignes de partage ressurgissent, celles qui avaient jadis distingué un Centre démocrate d’un Centre Démocratie et de Progrès (CDP). Elles apparaissent particulièrement marquées en matière économique et sociale, où « une majorité (…) se nourrit de conservatisme » pendant qu’une minorité manifeste une approche plus sociale. Elles se matérialisent également, poursuit Daniel Carton, au plan institutionnel, entre ceux qui ont parfaitement intégré le fonctionnement de la Ve République avec sa règle majoritaire, et ceux qui rêvent d’une VIRépublique qui redonnerait toute sa place au parlement et reviendrait de fait à la IVe République, alliance de troisième force comprise.

Ce dernier point est sans doute capital pour comprendre, en fin de compte, à la fois la capacité qu’a eue l’UDC-CDS à incarner une possibilité de recomposition des lignes, et son impossibilité (dans le cadre de la VRépublique) à sortir de l’opposition, tout en la pratiquant de façon moins radicale, ou plus négociée, que ses alliés. Alors que l’équipe dirigeante du CDS avait pu espérer, initialement, disposer après l’élection présidentielle d’un certain temps avant une dissolution pour dessiner une nouvelle majorité et obtenir l’instauration de la proportionnelle aux législatives, la rapide « fermeture » mitterrandienne a gelé sur ce plan le cadre institutionnel de la Ve République et son jeu d’alternances entre droite et gauche. René Rémond s’était demandé, dans le temps d’incertitude de l’entre-deux tours, s’il n’était pas en train de se produire le passage d’alternances entre bloc des gauches et rassemblement des droites, à des alternances entre « majorités associant les centres [et] situations dualistes opposant bloc contre bloc toutes les droites à toutes les gauches[98] ». La réponse est vite apparue négative. On n’a peut-être pas suffisamment mesuré, sur le moment, combien l’expérimentation d’une « coresponsabilité » mêlait la réponse à une situation très conjoncturelle de majorité relative, aux attentes immédiatement antérieures aux scrutins initiaux, marquées par la promotion des concepts d’ouverture et de « France unie », sans toujours assumer qu’ils postulaient initialement l’émergence de configurations qui n’ont pas pris corps. D’autre part, la promotion, à l’époque, du concept de « République du centre[99] », masquait peut-être en partie le fait que l’évolution des idées politiques sur le moyen terme à laquelle il renvoyait – une gauche substituant les droits de l’homme, la quête de consensus ou la solidarité, à la critique du capitalisme[100] –, ne relevait pas du même registre que la pratique parlementaire conférant un rôle nouveau et momentané aux structures partisanes centristes. D’où sans doute des jugements contradictoires sur la « qualité » de la vie politique du moment : « renouveau de l’assemblée » pour Le Monde[101], « désert aveuglant » d’une « politique soft » pour François Cusset[102]. Reste une exploitation très politique de la situation : la distinction opérée par Pierre Méhaignerie dès le départ entre « cogérance » et « coresponsabilité » demeure finalement opératoire ; elle a conduit l’UDC à jouer d’un équilibre instable des forces jusqu’à la fin de la législature, même après l’arrivée à Matignon d’Édith Cresson avec laquelle n’existait pas la même proximité qu’avec le héraut de la « deuxième gauche ». Si modulation il y eut du fonctionnement institutionnel de la Ve République, c’est plutôt dans la nécessité pour l’exécutif de composer temporairement avec un pouvoir législatif imposant davantage sa place dans un jeu où le débat parlementaire ne pouvait être contourné. Plus qu’une alternance stricto sensu, une expérimentation de fonctionnement en « semi-majorité », pour reprendre le mot de Maurice Duverger[103].

Pour citer cet article : Vincent Flauraud, « "Vous avez décidé de gouverner autrement. Nous avons décidé de nous opposer autrement." Le groupe parlementaire Union du Centre (UDC) sous le gouvernement Rocard (1988-1991) », Histoire@Politique, n° 28, janvier-avril 2016, www.histoire-politique.fr

Notes :

[1] Journal officiel [désormais « JO »], 30 juin 1988, p. 376-377.

[2] Pour un cadrage contextuel général, cf. Ludivine Bantigny, La France à l’heure du monde, Paris, Seuil, 2013 (« Michel Rocard à la barre ») ; Michel Rocard, « Si ça vous amuse ». Chronique de mes faits et méfaits, Paris, Flammarion, 2010, chap. XII. ; Jean-Pierre Rioux, Les Centristes, Paris, Fayard, 2011. Sylvie Guillaume, Le Centrisme en France aux XIXe et XXe siècles : un échec ?, Bordeaux, MSH d'Aquitaine, 2005 ; Nathalie Dompnier, « Les Centres à l’Assemblée nationale face aux logiques de bipolarisation », Revue politique et parlementaire, 2012, nᵒ 1063-1064, p. 160-166.Les seules archives accessibles concernant spécifiquement le groupe UDC que nous avons pu identifier sont celles de la mission d’assistance technique de l’Assemblée nationale, d’un intérêt limité pour notre propos (Archives nationales, 20060700/338).

[3] Michel Durafour, Jacques Pelletier et Lionel Stoléru.

[4] Radicaux ou assimilés : Michel Durafour, Jacques Pelletier, Lionel Stoléru ; CDS : Jean-Marie Rausch, Théo Braun, Hélène Dorlhac ; PR-UDC : Jean-Pierre Soisson.

[5] JO, 16 juillet 1988, p. 9 233.

[6] JO, 24 juin 1988 p. 8 342 (34 membres, 7 apparentés), 30 juillet 1988 p. 9 817 (départ de Jean-Pierre Soisson pour le gouvernement), 2 décembre 1988 p. 15 063 (apparentement de Christine Boutin), 8 mai 1990, p. 5 534 (départ de Jean-Marie Daillet vers France unie et les non-inscrits) et 4 novembre 1990, p. 13 480 (départ de Bruno Durieux pour le gouvernement, son suppléant restant non-inscrit).

[7] Le Quotidien de Paris, 11 juillet 1988.

[8] « Centre ou marais ? », Le Monde, 5 juillet 1988.

[9] Sondage IPSOS 24-29 mars 1989 ; baromètre Figaro Magazine/SOFRES (http://www.tns-sofres.com/dataviz?type=1&code_nom=rocard [lien consulté le 3 décembre 2015]). CESEM, Jacques Antoine, Marie-Thérèse Antoine-Paille, Hélène Valade, « Chronique des tendances de la société française », Revue de l’OFCE. Observations et diagnostics économiques, n° 40, 1992, p. 249-263.

[10] L’expression, sous cette forme ou sous celle d’« indépendance centriste dans l’interdépendance… » est employée à quatre reprises par Daniel Carton dans Le Monde (24 avril 1989, 22 juin 1989, 3 septembre 1989, 14 septembre 1990). Il l’attribue à Pierre Méhaignerie, dans la perspective de la constitution d’une liste centriste aux élections européennes, qui devait ne pas apparaître comme un acte de rupture avec l’opposition, et face à l’offensive des « rénovateurs » qui pouvait favoriser l’option d’une unification de l’opposition. C’est un clin d’œil évident à la formule employée par Edgar Faure en février 1955 pour dessiner un avenir des relations Maroc-France.

[11] Le Monde, 8 mars 1988, 22 mars 1988.

[12] Le Monde, 9 mars 1988, 29 mars 1988.

[13] Henri Boyer, « Ouverture et rassemblement. Deux mots-slogans en 1988 », Mots, 1990, n22, p. 5-19.

[14] Même si la négociation programmatique avec les centristes a pu apparemment être initialement posée comme une option. Cf. Jacques Attali, Verbatim : Chronique des années 1988-1991, Paris, Fayard, 1995, « 12 juin 1988 » ; le récit de l’échec de la négociation secrète chez Michel Albert par Jean-Paul Huchon, Jours tranquilles à Matignon, Paris, Grasset, 1993, p. 175-177 ou par Michel Rocard, Si la gauche savait, Paris, Robert Laffont, 2005. Et, in fine, la déclaration de politique générale de Michel Rocard : « Centristes, communistes, libéraux ou gaullistes, n’envisagent pas non plus de renoncer à l’être. Mais avec ceux qui sauront être ouverts [l’expression vise avant tout des individus, même si elle reste ambiguë], nos différences s’accorderont, sans que nul n’ait besoin de renoncer à ce qu’il est » (JO, 30 juin 1988, p. 360)

[15] « La quadrature du centre », Le Monde, 10 juillet 1988.

[16] Un approfondissement de l’étude présentée ici, pour mieux saisir les relations entre le parti et le groupe, supposerait l’exploitation des archives du CDS, déposées aux Archives nationales (541 AP I et II).

[17] Le Monde, 3 juin 1988, 13 août 1988.

[18] RTL, 14 juin 1988 ; Alain-François Lesacher et Samuel Moulin, Pierre Méhaignerie. 40 ans au carrefour des centres, Rennes, Ouest-France, 2009, p. 189. Le Monde, 14 juin 1988, 15 juin 1988.

[19] Mathias Bernard, Valéry Giscard d’Estaing. Les ambitions déçues, Paris, Armand Colin, 2014 : « Un terrain dégagé par la présidentielle de 1988 ».

[20] Le Monde, 31 août 1988.

[21] Le Quotidien de Paris, « La fermeture », 13 mai 1988 ; cf. les analyses du Monde, 14 mai 1988, et Jean-Paul Huchon, op. cit.

[23] Jean-Pierre Soisson, Jean-Marie Rausch jusqu’en octobre 1992 et Bruno Durieux.

[24] Le Monde, 1er juillet 1989, 24 octobre 1989.

[25] Le Monde, 21 juin 1988, 4 juillet 1989, 4 octobre 1990…

[26] Déclarations de Gérard Longuet par exemple : Le Monde, 7 août 1988, 13 septembre 1990…

[27] La Croix, 18 septembre 2009.

[28] Parti qui aurait pu être nommé pareillement « UDC » : Le Monde, 19 octobre 1988.

[29] Sondage Louis-Harris-Le Figaro, 26-27 septembre 1988.

[30] En partie positionnés au PR ou chez les Adhérents directs ; les non-CDS correspondent aux 7 apparentés.

[31] Discours de Raymond Barre lors de la rencontre avec la presse à l'occasion de l'installation de la CLES, 17 novembre 1988. FNSP/CHSP, Archives d’histoire contemporaine, Fonds Raymond Barre, B 110 (CLES).

[32] Le Monde, 30 août 1988

[33] Grand Jury RTL, 5 mars 1990. France unie est rejointe en avril 1990 par un député UDC, Jean-Marie Daillet, qui devient alors non inscrit (JO, 8 mai 1990, p. 5 534).

[34] Statistique établie à partir des fiches du site de l’Assemblée nationale.

[35] Croisement des données des fiches du site de l’Assemblée nationale pour l’UDC, et de celles du cumul UDF+UDC dans Luc Rouban, « Les députés », Cahiers du CEVIPOF, n° 55, septembre 2011.

[36] Cf. Gilles Richard, Sylvie Guillaume et Jean-François Sirinelli (dir.), Histoire de l’UDF, 1978-2007, Rennes, PUR, 2013.

[37] Le Monde, 22 octobre 1989.

[38] Bernard Bosson dit ainsi œuvrer « pour une identification du centre, mais contre une autonomie qui conduirait à l’isolement » (Le Monde, 25 avril 1989).

[39] Le Monde, 15 septembre 1989 (déclarations d’Edmond Alphandéry).

[40] Le Monde, 30 septembre 1988, 17 novembre 1988, 26 novembre 1988, 22 décembre 1988…

[41] Cf. Mathias Bernard, Valéry Giscard d’Estaing., op. cit.

[42] Le Monde, 2 septembre 1989.

[43] Cf. Gilles Bresson et Jean-Michel Thénard, Les Vingt et un jours qui ébranlèrent la droite, Paris, Grasset, 1989.

[44] Le Monde, 13 juin 1989, 19 septembre 1989 ; Libération, 17 octobre 1989. JO, 24 octobre 1989, p. 3 985.

[45] Le Monde, 22 avril 1989.

[46] François Backman et Guy Birenbaum, « Heurs et malheurs de la sélection des candidats RPR et UDF », dans Philippe Habert, Colette Ysmal et Pascal Perrineau (dir.), Le Vote sanction, Paris, Presses de Sciences Po, 1993, p. 21-41.

[47] Le Monde, 22 octobre 1989, 6 octobre 1990.

[48] Le Monde, 25 avril 1991. La citation est attribuée à Pierre Méhaignerie.

[49] François Backman et Guy Birenbaum, « Heurs et malheurs de la sélection… », op. cit.

[50] Le Monde, 6 octobre 1990, 12 octobre 1990, 11 novembre 1990.

[51] Le Monde, 25 avril 1991 ; 7 juillet 1991.

[52] Le Monde, 8 décembre 1988.

[53] JO, 19.11.1988, p. 2 566 (Edmond Alphandéry) ; Michel Rocard, Parler vrai, Paris, Le Seuil, 1979. Cf. Maurice Tournier, « Le Parler vrai, ou qu’est-ce qu’un néologisme », Mots, mars 1990, n° 22, p. 97-101.

[54] JO, 30 juin 1988, p. 376-377.

[55] Cf. l’analyse de Maurice Duverger, Le Monde, 5 juillet 1988.

[56] Cité par Alain-François Lesacher et Samuel Moulin, Pierre Méhaignerie…, op  cit., p. 188.

[57] Corpus de sources identique à celui ayant permis de réaliser le sondage présenté dans le tableau qui suit.

[58] Le Monde, 9 juin 1991.

[59] Un échantillon plus élargi donnerait forcément des pourcentages différents. Mais l’important, ici, est de dessiner le mouvement général.

[60] Le Monde, 9 décembre 1988 et 16 mai 1991.

[61] JO, 22 octobre 1988, p. 1 321.

[62] Par exemple, les budgets de la Défense, des DOM-TOM, du Travail et de d’emploi, des P&T en 1988 ; des Affaires étrangères ou du Travail en 1990…

[63] JO, 8 décembre 1988, p. 3 312.

[64] JO, 5 avril 1990, p. 126-127.

[65] JO, 8 décembre 1988, p. 3 312.

[66] JO, 22 décembre 1988, p. 3 995.

[67] 454 voix sur 569 votants, 31 contre (JO, 12 novembre 1990, p. 6 716).

[68] JO, 23 juin 1988 au 16 mai 1991 ; 270 textes discutés sous le gouvernement Rocard.

[69] Le Monde, 4 octobre 1989, 4 juillet 1990, 19 novembre 1990, 22 novembre 1990, 17 mai 1991. Jean-Paul Huchon, op. cit., chap. X. Yves Colmou, « Guy Carcassonne et le parlement », colloque « Hommage à Guy Carcassonne », Conseil constitutionnel, 10 avril 2014.

[70] Le Monde observe le phénomène surtout en début de législature : 5 novembre 1988, 22 novembre 1988, 12 décembre 1988.

[71] Le Monde, 6 mai 1990, 4 juillet 1990, 19 novembre 1990, 17 mai 1991…

[72] Nous ne retiendrons ici que quelques exemples, sans prétendre à l’exhaustivité. À l’automne 1988, 17 UDC, autour de Raymond Barre, approuvent le budget du travail et de l’emploi alors que le groupe s’abstient ; le 10 décembre, Raymond Barre et trois autres membres du groupe ne votent pas la censure, tout comme Bruno Durieux, Christine Boutin et Raymond Barre à l’automne suivant. Au printemps 1990, Raymond Barre, Gérard Vignoble et Bruno Durieux approuvent le projet de loi sur les P&T quand le reste du groupe s’abstient ; Bruno Durieux, Jacques Barrot, Jean-Jacques Hyest et Bernard Stasi ne prennent pas part au vote sur la réforme des professions juridiques et judiciaires, qui réunit pourtant opposition et PC contre lui. À l’automne, Jean-Jacques Jégou est le seul de son groupe à voter en première lecture le projet de loi sur l’intéressement et la participation. Au printemps 1991, une voix manque, pour s’opposer au projet de statut de la Corse.

[73] JO, 21 juillet 1991, p. 9 709, 10 octobre 1991, p. 13 321 (retour de G. Vignoble) et 2 avril 1992 p. 4 815 (retour de Jean-Jacques Jégou).

[74] Le Monde, 10 juillet 1988, 2 avril 1989.

[75] Comme en mars 1991 dans la discussion sur la réforme de la DGF – dotation globale de fonctionnement – attribuée aux communes, avec péréquation entre « riches » et « pauvres » étendue aux départements à l’instigation de l’UDC).

[76] Le Monde, 22 novembre 1988.

[77] Marc Milet, « Pour une sociologie législative du pouvoir des parlementaires en France », Revue française d'administration publique, 3/2010 (n° 135), p. 601-618 [§ 13 et 14]. Il s’appuie en partie sur les travaux de John D. Huber, Rationalizing Parliament. Legislative Institutions And Party Politics In France, Cambridge, Cambridge University Press, 1996.

[78] JO, 21 juin 1990, p. 2 733-2 735 ; Le Monde, 22 juin 1990.

[79] JO, 5 octobre 1990, p. 3 378. Le Monde, 6 octobre 1990.

[80] Le Monde, 22 avril 1989.

[81] Cf. Alain-François Lesacher et Samuel Moulin, op. cit., chap. 4 et 5.

[82] Le Monde, 19 octobre 1988.

[83] Cf. collectif, Raymond Barre, un homme singulier dans la politique française [colloque FNSP], Paris, De Fallois, 2010.

[84] Cf. Gilles Richard, Sylvie Guillaume, Jean-François Sirinelli (dir.), Histoire de l’UDF, op. cit.

[85] Le Monde, 14 septembre 1990, 20 septembre 1990.

[86] Le Monde, 20 février 1990.

[87] JO, 19 septembre 1991, p. 12 292.

[88] JO, 2 avril 1992, p. 4815.

[89] D’après la base de données sur les députés du groupe que nous avons constituée.

[90] Paul-Louis Tenaillon, Georges Mesmin, Jean Desanlis, Albert Brochard, Jean-Marie Caro, Marc Reymann, Adrien Durand, Paul Cholet, Émile Koehl et Louise Moreau.

[91] Le Monde, 16 juin 1988.

[92] Le Monde, 14 avril 1989, 13 avril 1991.

[93] Le Monde, 20 septembre 1990, 5 octobre 1990.

[94] Cf. Franck Georgi, L’invention de la CFDT, 1957-1970 : syndicalisme, catholicisme et politique, Paris, Éditions de l’Atelier, 1995.

[95] Le Monde, 20 décembre 1988, 22 avril 1989, 24 août 1989, 24 septembre 1989.

[96] « Enquête Convention du C.D.S. », dans SOFRES, L'état de l'opinion, Paris, Seuil, 1992.

[97] Le Monde, 23 octobre 1990.

[98] Le Monde, 2 juin 1988.

[99] François Furet, Jacques Julliard, Pierre Rosanvallon, La République du Centre. La fin de l'exception française, Paris, Calmann-Lévy, 1988.

[100] Ibid.

[101] Le Monde, 24 décembre 1988.

[102] François Cusset, La Décennie. Le grand cauchemar des années 1980, Paris, La Découverte, 2013, p. 140.

[103] Maurice Duverger. « Prospective – Introduction », Revue française de science politique, 34e année, n° 4-5 « Les logiques cachées de la constitution de la Ve République », 1984, p. 1033-1041 et « Centre ou marais ? », Le Monde, 5 juillet 1988.

Vincent Flauraud

Vincent Flauraud est maître de conférences en histoire contemporaine à l'université Clermont-Auvergne, chercheur au Centre d’histoire « Espaces et cultures » (EA 1001). Il travaille sur les identités et pratiques militantes, syndicales et politiques, dans la France du XXe siècle, en particulier dans les sphères agricole et démocrate-chrétienne. Il a co-dirigé avec Nathalie Ponsard, Histoire et mémoire des mouvements syndicaux au XXe siècle. Enjeux et héritages (Nancy, L’Arbre bleu, coll. « Le corps social », 2013).

Mots clefs : centrisme ; groupe parlementaire ; opposition ; alternance ; Michel Rocard.

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  • ISSN 1954-3670