Histoire@Politique : Politique, culture et société

Le dossier

Maurice Grimaud, un préfet dans le siècle

Coordination : Sébastien-Yves Laurent et Jean-François Sirinelli

Maurice Grimaud préfet des Landes (1955-1957) ou « un préfet aux champs »

Bernard Lachaise
Résumé :

C’est dans la préfecture des Landes que Maurice Grimaud débute sa carrière de préfet entre avril 1955 et avril 1957. Le contact est (...)

  • imprimer
  • version pdf
  • réduire la taille du texte
  • augmenter la taille du texte

« Ayant goûté pendant plusieurs années le triste sort de nombreux fonctionnaires parisiens coupés de tous contacts avec le monde qui les entoure, j’ai largement mis à profit le conseil de Montaigne et "limé ma cervelle" contre celle des autres hommes… » Ces mots ne sont pas ceux de Maurice Grimaud mais ceux de Michel Morisot, élève de l’École nationale d’administration en stage à la préfecture de Mont-de-Marsan, au temps du préfet Grimaud, en conclusion de son rapport adressé au directeur de l’ENA le 12 octobre 1955[1]. Mais peut-être Grimaud a-t-il lui aussi vécu son séjour landais comme la découverte d’un monde inconnu, très différent de ceux rencontrés jusque-là ? Car, même si Grimaud est originaire de la province, même s’il a effectué les premières années de sa carrière en dehors de Paris, la nomination comme préfet des Landes le 1er avril 1955 constitue pour lui une double rupture, celle d’un premier poste préfectoral et celle d’une immersion professionnelle dans la France provinciale, avant les préfectures de Savoie (1957-1961) et de la Loire (1961-1963) et la fin de carrière à Paris[2]. Grimaud évoque cette période comme un temps d’« apprentissage[3] ». Dans ses souvenirs, Grimaud décrit ainsi l’emploi de préfet dans les années 1950 :

« Le préfet était alors (c’était avant la "décentralisation" qui a modifié le partage des pouvoirs) un tel personnage dans son département qu’il fallait une certaine dose de sagesse et de recul pour ne pas humer avec complaisance ce fumet délicieux qui monte vers vous de toutes parts[4]. »

Grimaud confirmerait-il la conception napoléonienne du préfet, « empereur au petit pied dans son département », dont la triple mission est d’assurer l’ordre policier, politique et administratif[5] ? Pourtant, apprécier l’action d’un préfet de la République n’est pas chose aisée pour les historiens et la minceur de l’historiographie sur le sujet en est sûrement à la fois la conséquence et la meilleure preuve[6]. Comment appréhender un préfet dans l’exercice de ses fonctions à travers la froideur de son dossier de carrière et des rapports adressés au ministre de tutelle, d’une part, ou la description plus vivante mais assez répétitive des rites auxquels le préfet est obligé de se soumettre, des réceptions aux inaugurations en passant par les comices agricoles, d’autre part ? Pour écrire l’histoire de Grimaud préfet des Landes, l’historien a la chance de disposer de sources exceptionnellement abondantes. Aux sources « habituelles » constituées par les archives nationales et départementales – essentiellement administratives – et la presse s’ajoutent ici les précieux écrits publiés ou inédits de Grimaud lui-même, les archives de la fédération SFIO des Landes et les témoignages de collaborateurs de Grimaud à la préfecture de Mont-de-Marsan[7]. Cette richesse n’exclut pas quelques regrettables lacunes[8].

La première préfecture de Grimaud dure jusqu’au 19 mars 1957, soit un peu moins de deux ans, ce qui est inférieur à la moyenne d’un préfet sous les IIIet IVe Républiques (32 mois). Le temps landais a été, en effet, selon les mots de Grimaud : « anormalement abrégé par une imprévisible embrouille de politique locale[9] ». Dans ses souvenirs, Grimaud évoque dans le bref chapitre « Préfet des Landes » trois principaux aspects de ses années landaises : les rencontres avec François Mitterrand y occupent la première place quantitative ; l’« incident » politique qui conduit à son départ vient ensuite ; et son rôle dans la création de la Société d’Aménagement des Landes de Gascogne en dernier[10]. Les sources ne confirment pas cet ordre dans l’histoire de cette préfecture. À l’exception des écrits de Grimaud, elles sont quasiment muettes sur le conflit qui a opposé une des figures politiques des Landes, le député socialiste Charles Lamarque-Cando, au préfet et elles ne disent rien des relations avec Mitterrand. Les archives conduisent à distinguer, d’abord, l’apprentissage de l’exercice de la fonction de préfet dans un département profondément rural, ensuite, la ferme volonté du préfet de moderniser l’économie du département et enfin, l’élan brisé d’un préfet, victime d’un conflit interne à la fédération SFIO des Landes.

L’apprentissage du « préfet aux champs »

Dans ses nouvelles fonctions, le préfet bénéficie de collaborateurs appréciés pour administrer le département. Grimaud arrive, en effet, dans un département dont l’équipe préfectorale vient d’être renouvelée : le secrétaire général Maurice Richier est en fonction depuis mars et le sous-préfet de Dax depuis février[11]. Grimaud noue d’excellentes relations avec Richier qu’il qualifie de « plus précieux des seconds » et avec lequel il entretient des relations personnelles[12]. Il en va de même avec les chefs de cabinet successifs, Jacques Perrilliat et Gérard Prioux, ainsi qu’avec Paul Maury, sous-préfet de Dax[13]. L’un des stagiaires de l’ENA à Mont-de-Marsan, Michel Morisot, le confirme, même s’il a le souvenir d’un « homme sévère, plutôt froid[14] ». Cette bonne entente est d’autant plus précieuse que Grimaud succède au préfet Guy Lamassoure en poste depuis 1952. Jacques Perrilliat en explique les raisons : « Maurice Grimaud n’était pas chaleureux malgré une très grande courtoisie. Cela était ressenti car il succédait à M. Lamassoure qui  était originaire du département d’à côté donc "enfant du pays". Le lien chaleureux que son prédécesseur avait établi ne pouvait donc se recréer[15]. » Lors de ses adieux à Mont-de-Marsan en 1957, Grimaud rend encore hommage à son entourage à la préfecture. Dans son Journal, évoquant la cérémonie, il écrit : « atmosphère extrêmement sympathique et affectueuse » et décrit « les Prioux et Richier dans le hall » lors du départ en voiture[16].

La découverte des administrés s’avère plus délicate. Grimaud doit apprendre à connaître la culture et l’identité landaises, ce qu’il a, selon ses écrits, eu quelques difficultés à faire. Quand Grimaud arrive dans le département, la population landaise est majoritairement rurale. Les urbains ne représentent que 17 % de la population totale contre 53,4 % en France. Les deux communes principales, Mont-de-Marsan et Dax, ont respectivement 17 120 et 14 557 habitants, ce qui fait d’elles des villes modestes. Le portrait que dresse Grimaud des Landais, ouvertement ou à mi-mots, n’est pas élogieux et pourrait se résumer à « querelleurs », « rétrécis », « passéistes » et « oisifs »… Dans ses souvenirs, il décrit ainsi « deux populations (…) l’une de belle aisance (…), heureux propriétaires (…) classe oisive (…) et l’autre mélangée plus active[17] ». Grimaud ne cesse de souligner un état d’esprit landais peu tourné vers le dynamisme. À propos d’un grand projet économique, il décrit ainsi la réaction des élus départementaux : « le conseil général (…) m’écoutait avec l’aimable courtoisie gasconne mais, manifestement, il ne voyait pas bien pourquoi je tenais à me mettre (et à leur mettre) tout ce train de soucis sur les bras » et il y voit un comportement ancien, rappelant que s’il fallait depuis Mont-de-Marsan aller prendre le train à Bordeaux, c’est parce que « les aïeuls de mes administrés, plus soucieux de préserver leur quiétude que d’épouser le progrès, s’étaient farouchement opposés au passage de la voie ferrée au chef-lieu du département[18] ». La sévérité de ce tableau, peint longtemps après le séjour à Mont-de-Marsan, serait-elle influencée par le souvenir du départ un peu forcé de Grimaud en 1957 ? En fait, dès les années 1950, Grimaud critique le manque d’ouverture des Landais. Ainsi, il écrit : « les événements nord-africains n’ont pas cessé de préoccuper les éléments de la population qui ne limitent pas leur horizon au succès de Bobet dans le Tour de France. Il faut reconnaître qu’ils ne constituent qu’une faible minorité » et en 1957, à l’issue d’une réception par le Centre des jeunes patrons à Dax :

« Ils n’ont pas trop l’esprit "jeunes" mais plutôt vieux : souci de voir les salaires monter à cause de l’industrialisation de Lacq, crainte du Marché commun en raison de leur équipement vétuste. C’est pourtant un effort pour élargir leur horizon mais ils sortent d’un milieu terriblement rétréci[19]. »

Bien que natif d’un autre département rural, l’Ardèche, Grimaud a eu du mal à s’adapter à la population landaise. Mais peut-être cette rencontre avec une population rurale, trop peu dynamique à ses yeux, a-t-elle renforcé le préfet dans son désir de moderniser l’économie landaise et de mener une action volontariste pour y parvenir ? Au-delà du seul département des Landes, le regard de Grimaud n’est-il pas révélateur de deux France en ce milieu des années 1950, celle du monde rural, en pleine transformation mais encore archaïque, et celle industrielle, urbaine et plus moderne ?

Un préfet actif pour moderniser l’économie landaise

Nombreuses sont les preuves de l’intérêt porté par le préfet Grimaud à l’économie du département. Dresser un tableau de la situation économique des Landes, n’est-ce pas la mission confiée au stagiaire de l’ENA Michel Morisot qui se souvient de l’accueil, des personnalités du monde économique lui expliquant que c’était la première fois qu’un fonctionnaire venait ainsi à eux[20] ? Les objectifs du travail demandé au stagiaire étaient clairement définis par le préfet :

« La plupart des renseignements sur les richesses et l’activité économique existent ou sont censés exister ; malheureusement, chaque service contrôle un secteur restreint et aucun regroupement n’a jamais été fait (…). Le préfet m’a chargé de regrouper pour lui une documentation portant sur l’ensemble des activités économiques du département. Mon rôle ne devait pas se limiter au recensement des données existantes. Je devais aussi rechercher l’évolution des principales productions, ainsi que leur orientation (…) en faisant de nombreux déplacements à l’intérieur du département pour aller voir sur place des problèmes que j’étudiais[21]. »

Un autre signe confirme l’attention portée par Grimaud aux questions économiques. Le préfet se montre très assidu aux réunions mensuelles de la chambre de commerce et d’industrie[22]. Il entretient d’excellentes relations avec les présidents des chambres de commerce (Hirigoyen) et d’agriculture (Courrau). Grimaud les apprécie comme « hommes de terrain[23] ». En dehors des rencontres « institutionnelles », Grimaud partage fréquemment un repas avec Hirigoyen[24]. Le préfet s’efforce aussi de rencontrer régulièrement les jeunes patrons landais et peu de temps avant son départ, il décide avec eux que « de fréquents contacts seront pris à l’avenir entre la haute administration préfectorale et le Centre des Jeunes Patrons[25] ». Au temps du préfet Grimaud, l’économie du département des Landes est dominée par l’agriculture (58 % des actifs dans le secteur primaire et 20 % seulement dans l’industrie) mais elle est très contrastée, juxtaposant tradition, voire archaïsme, et modernité. Michel Morisot le souligne dans son rapport :

« Au point de vue économique, le département des Landes présente la curieuse caractéristique d’être en même temps un territoire "sous-développé" pour toute la zone forestière et de détenir un nombre appréciable de records de productions (…). De nombreuses industries vivent de la forêt, les unes archaïques et en déclin (…), d’autres en plein essor et pourvues d’un équipement capable de rivaliser avec les meilleures firmes étrangères (…). Le phénomène le plus frappant en matière agricole, c’est le décalage qui existe entre la masse des cultivateurs qui refusent de modifier leur méthode ancestrale de culture et l’audace de certains « pionniers » qui se maintiennent à la pointe de l’expérimentation en matière agricole. C’est ainsi qu’on peut voir, côte à côte, des métayers ramasser le maïs à la main et les toutes dernières machines américaines qui s’enfoncent dans des champs de maïs hybrides, atteignant un rendement de 33 qx à l’hectare contre 21 qx pour la moyenne des autres exploitations[26]. »

Alerté par ce rapport mais surtout par ses discussions avec ses interlocuteurs représentant les milieux économiques départementaux et ses propres observations sur le terrain, Grimaud est conscient de cette situation : « Monsieur Grimaud était très frappé par le côté passéiste avec lequel la plupart des personnes rencontrées abordaient la vie économique[27]. » Mais contrairement au commentaire ajouté par Jacques Perrilliat : « Pour autant je n'ai pas le souvenir qu'il ait donné à cette analyse un prolongement actif », Grimaud a œuvré, dans sa fonction, pour faire évoluer la situation. Et cet intérêt se manifeste, en premier lieu, par un discours volontariste et modernisateur. Quelques exemples en témoignent. Ainsi, en octobre 1956, Grimaud explique devant l’Assemblée générale des limonadiers, hôteliers et restaurateurs de Dax « les perspectives nouvelles d’une intégration européenne qui se réalisera par la force des choses et qui sera une entité économique. Cet avenir vaudra à nos Landes des centaines de milliers de clients européens. La sagesse nous commande d’y penser dès maintenant et de nous organiser en vue de ces possibilités dans l’intérêt de notre région qui a devant elle de grandes et belles perspectives[28] ». Le préfet est attentif, tout en restant prudent, à l’exploitation récente du pétrole dans les Landes comme le montre un de ses derniers rapports mensuels :

« C’est surtout par l’annonce d’un événement économique dont le retentissement momentané a été très grand que le département des Landes s’est signalé au cours du mois écoulé : la découverte de pétrole à Pouillon, découverte dont malheureusement on ne saurait encore dire si elle est importante ou sans lendemain. Pour être moins spectaculaire, l’augmentation très sensible de la production de Parentis est d’un intérêt immédiat certain et mérite d’être mentionnée[29]. »

Mais la preuve la plus probante de l’engagement majeur du préfet en faveur de l’économie du département est l’impulsion donnée à la création d’une société d’économie mixte, la SALG (Société d’aménagement des Landes de Gascogne). Grimaud en a raconté l’histoire dans ses souvenirs, quand il a proposé de créer, sous l’égide du conseil général, « une des premières sociétés d’économie mixte d’aménagement du territoire. C’était Paul Leroy, directeur général de la SCET [ndlr : Société centrale d’équipement du territoire], filiale de la Caisse des dépôts et grand apôtre de ces aménagements, qui m’avait convaincu d’en faire l’essai pour remettre en culture les milliers d’hectares de la forêt landaise laissés à l’abandon après de fréquents et redoutables incendies[30] ». Pour convaincre les notables départementaux, le préfet utilise « une ruse » : il amène, en avion, les élus à Nîmes pour y passer une journée et leur montrer « un exemple de réussite d’aménagement du territoire, le grand œuvre de Philippe Lamour dans le Bas-Rhône-Languedoc », ce qui lui permet d’obtenir, au retour, un vote unanime du conseil général[31]. Le journal inédit du préfet témoigne de la grande place qu’occupe la SALG dans son activité. Grimaud multiplie les visites et les réunions pour préparer au mieux la « grande journée de la Société des Landes de Gascogne » le 22 mars 1957. Si « les questions restent assez méfiantes et critiques », le préfet écrit dans son journal qu’« en fin de compte, c’est tout de même une note dominante de meilleure compréhension » ajoutant non sans humour que « Besson [député-maire de Mont-de-Marsan] s’exaspère de la sottise de ces questions[32] » ! Cependant, « je n’étais malheureusement plus là pour voir l’heureux aboutissement d’un projet dans lequel je m’étais beaucoup investi » regrette le préfet dans ses souvenirs[33]. En effet, l’initiative de Grimaud ne donne lieu à un décret que le 24 décembre 1958 sous le nom Compagnie d’aménagement des Landes de Gascogne (CALG)[34].

En fait, Grimaud a lancé l’une des initiatives qui, par la suite, sous la Ve République avec la Mission interministérielle d’aménagement de la Côte Aquitaine, contribueront largement au développement et à la modernisation des Landes. Son action s’inscrit en parallèle avec d’autres réalisations à la même époque, dans d’autres départements ou régions comme dans le Sud-Est avec Philippe Lamour ou le Comité d’expansion Bordeaux-Sud-Ouest, créé en 1955 puis la Société de développement régional-Expanso-SDR, fondée en 1957, à l’initiative de Jacques Chaban-Delmas[35]. L’inspiration du préfet Grimaud illustre une fois encore l’importance du « modèle de l’aménagement du Languedoc-Roussillon » à l’initiative de Philippe Lamour qui « inventa en quelque sorte la politique d’aménagement du territoire en transformant sa région (…) en véritable laboratoire[36] ». Le volontarisme et le souci de moderniser doivent donc être mis en perspective : ils sont dans l’air du temps. Grimaud a voulu que les Landes se situent dans ce mouvement et les choses y étaient peut-être plus difficiles qu’ailleurs. Les Landes n’ont pas été pionnières mais Grimaud a agi pour que le département ne reste pas endormi et à la traîne. Grimaud a été pour les Landes un précurseur des préfets de la Ve République dont le géographe Serge Lerat souligne l’action :

« À partir de 1960, les préfets (…) sont à l’origine du Comité de liaison des intérêts économiques landais (1962). De même, le Bureau de recherches et d’accueil des industriels dans les Landes est un instrument privilégié de la préfecture dans le secteur industriel où l’influence des préfets a été de plus en plus grande et a devancé celle des conseillers généraux[37]… »

Même si elle a été mise en sommeil en 1966, la CALG a été un grand organisme d’aménagement. L’investissement réussi du préfet Grimaud dans la vie économique du département a été terni par le conflit politique qui conduit au départ du préfet.

Un préfet victime d’un conflit entre deux personnalités socialistes landaises

Selon l’œil neuf de Michel Morisot, la vie politique du département est caractérisée par la « modération » et « la lutte politique se joue entre le parti socialiste et la coalition radicaux-modérés. Les premiers l’emportent généralement lorsque leurs adversaires sont désunis, ils ne peuvent obtenir la majorité lorsqu’ils doivent faire face à une coalition[38] ». En 1955, quand Grimaud arrive à Mont-de-Marsan, les socialistes dominent dans la représentation nationale avec quatre SFIO sur six parlementaires, soit deux des quatre députés et les deux sénateurs[39]. Le Rassemblement des gauches républicaines (RGR) domine le conseil général, présidé par Olivier Caliot, président de la fédération radicale-socialiste landaise. Quant aux deux plus grandes villes, elles ont pour maire, l’une, Mont-de-Marsan, Robert Besson, un radical-RGR – ex-tête de liste RPF – en 1951 et l’autre, Dax, Eugène Milliès-Lacroix, un indépendant. Le souci d’une information équilibrée sur les deux grandes orientations du département conduit le préfet à lire quotidiennement – y compris en vacances ! – deux titres de la presse locale, Sud-Ouest – modéré – et Le Travailleur landais – socialiste[40].

Entre 1955 et 1957, Grimaud exerce ses fonctions dans un contexte politique marqué par une poussée du mendésisme et l’essor du poujadisme en 1955, par la formation et la victoire du Front républicain aux élections du 2 janvier 1956 et par la détérioration de la situation en Algérie. De tout cela, Grimaud ne dit rien dans ses souvenirs. Les rapports politiques du préfet et les relations entretenues avec les notables politiques locaux ne permettent pas d’apprécier les préférences politiques de Grimaud. Selon son chef de cabinet, « sa sensibilité politique n’était pas affichée[41] ». Les sources montrent un préfet qui entretient des relations plutôt bonnes avec un certain nombre d’élus du département, de la droite modérée – Jean Roumegous – à la gauche socialiste – notamment avec Marcel David, député et ancien maire de Mont-de-Marsan, en passant par Olivier Caliot, aile gauche du parti radical, président du conseil général, et Robert Besson, radical-gaulliste représentant l’aile droite du parti, maire de Mont-de-Marsan. Dans ses rapports mensuels, Grimaud ne se livre pas souvent, envoie des textes froids et plus descriptifs qu’analytiques au ministère. La lecture de ces rapports fournit cependant un certain nombre d’indications sur le préfet et la politique.

Grimaud apparaît comme un préfet aux méthodes et à l’esprit « mendésistes » qu’il a pu voir en pratique de très près durant les deux semaines où il a appartenu au cabinet du ministre de l’Intérieur François Mitterrand au temps du gouvernement Mendès France[42]. Il apprécie la pédagogie dans le discours politique et le langage de vérité. C’est à peu près le seul aspect « personnel » dans les rapports qu’il adresse à son ministre de tutelle. À propos de la politique algérienne du gouvernement, il écrit : « Qu’il soit permis de regretter que le rappel des disponibles n’ait pas été assorti d’une préparation et d’un accompagnement psychologiques faisant comprendre à l’opinion en termes simples mais convaincants la nécessité d’une mesure d’ailleurs limitée[43]. » Quelques mois plus tard, après le regret, il ose une suggestion :

« On souhaiterait que le gouvernement, par la voix de Monsieur le Président du Conseil expose à la radio les raisons de ses décisions et ce qu’il attend de la compréhension de chaque Français pour des exposés faits avec franchise et simplicité[44]. »

Et il approuve tout ce qui va dans le sens d’une meilleure information : « L’opinion reste axée sur les événements d’Afrique du Nord (…) l’initiative de la RTF de faire une chronique reportage sur place aura certainement été goûtée (…) toutes les initiatives de cet ordre sont heureuses[45]. » Sur les questions agricoles, il défend les mêmes objectifs : « Il y faudrait beaucoup de sincérité, des faits, des explications convaincantes parfois étayées de chiffres[46]. »

Grimaud apparaît comme un préfet hostile aux extrêmes et à ce qu’il appelle « le Front des mécontents ». Son regard – privé – sur Pierre Poujade est sévère : « 2e tour des élections au 1er secteur de la Seine où Poujade s’est lancé dans l’arène pour remonter ses actions en baisse. Il prend une veste monumentale (19 000 voix contre 170 000 à Tardieu candidat des Indépendants). Il était hier dans le train Paris-Bordeaux occupant un wagon avec épouse et gardes du corps, vautré et dépoitraillé[47] ». Il ne goûte pas non plus le parti communiste directement dénoncé dans un rapport : « Il y aurait certainement sur les questions agricoles une large mise au point à faire dans le même esprit si on veut couper l’herbe sous les pieds d’une propagande trop intéressée à exploiter les soucis de la paysannerie[48]. » Grimaud ne s’est guère attardé sur le mouvement poujadiste à la différence d’autres préfets[49]. Cela tient sûrement à la situation de l’Union de défense des commerçants et artisans (UDCA) « pratiquement inexistante » dans le département[50]. Le scrutin du 2 janvier 1956 lui donne raison : la liste poujadiste obtient un très faible score (5,5 % des inscrits) soit loin de la moyenne nationale (9,2 %) et l’un des plus mauvais de l’UDCA dans la France du Sud et du Centre-Ouest où le mouvement a obtenu ses meilleurs résultats[51]. Commentant le « succès relatif du mouvement Poujade », Grimaud écrit qu’il « ne manquera pas de faire boule de neige si des mesures efficaces ne sont pas prises prochainement dans le sens d’une simplification sensible des dispositions fiscales. Il serait nécessaire de donner aux Préfets un droit de regard effectif sur l’activité des Directeurs départementaux des Régies financières[52] ».

Dans ses rapports sur les élections dans les Landes, Grimaud montre, à plusieurs reprises, le poids de la question de la laïcité dans la vie politique locale. Après la dissolution de l’Assemblée nationale le 2 décembre 1955, il explique « l’échec d’un apparentement SFIO/radicaux car les radicaux-socialistes refusent d’apposer leur signature sur une proclamation commune relative à la « restauration de la laïcité »[53]. Et au lendemain des élections du 2 janvier 1956, il dresse ainsi le bilan :

« En 1951, seul l’apparentement SFIO/Radical/MRP avait empêché l’élection d’un PCF et de Besson (RPF). Aujourd’hui, sans apparentement, un communiste est élu (Lespiau) et un RGR (Besson). Par le nombre de voix qu’ils ont personnellement groupées sur leurs noms, Lamarque-Cando, David et Besson ont confirmé la position politique qu’ils occupent dans ce département… Le "front des mécontents" s’est sensiblement renforcé (28000 à 35000 voix) soit de 23% à 28% du corps électoral (communistes et poujadistes) (…) tout comme les formations ouvertement favorables à la défense de l’enseignement libre (MRP et RGR). À cet égard, on peut dire que le récent scrutin aura plus nettement que le précédent souligné le partage entre deux familles spirituelles landaises[54]»

Pourtant, à cette date, le préfet ignore que la question laïque va jouer un rôle dans « l’embrouille de politique locale » qui conduit à son départ des Landes[55]. Dans ses souvenirs, Grimaud explique que les antagonismes religieux « se retrouvaient à l’intérieur même du parti socialiste (…) où une aile laïque militante traquait les adeptes d’un libéralisme plus adapté à l’évolution des temps » et que « défenseur du laïcisme pur et dur, le député Lamarque-Cando, patron de la fédération socialiste landaise, tenait en suspicion son collègue David, proviseur du lycée et homme de conciliation ». Il accuse Lamarque-Cando d’avoir entrepris avec les deux sénateurs socialistes une démarche auprès du ministre radical, Gilbert-Jules, pour « se plaindre de mon mépris pour la laïcité » avec pour « preuve le fait que nous avions confié notre plus jeune fils, âgé de quatre ans, à une petite école tenue par des bonnes sœurs[56] ». Toutes les sources convergent pour prouver l’hostilité de Lamarque-Cando envers le préfet et sa volonté de le discréditer. Au reproche d’atteinte à la laïcité, s’ajoute un autre grief relaté par Grimaud dans ses souvenirs : « j’avais un jour répondu favorablement à une suggestion très banale de M. David (…) il s’agissait de pressentir un ministre pour une inauguration dans je ne sais plus quelle localité, chère à ce parlementaire » et « M. Lamarque-Cando vit, ou feignit de voir dans mon geste un engagement dans la faction davidienne[57] ». À ces deux premiers griefs s’ajoute un troisième, curieusement oublié par Grimaud : le projet d’attribution de la Légion d’honneur à Eugène Milliès-Lacroix, maire de Dax, ancien parlementaire, qui fait monter la tension au début de 1957[58]. Même si Grimaud n’est pas à l’origine de la demande, il y a là, évidemment, une sorte de « provocation » aux yeux de Lamarque-Cando, figure de la Résistance landaise, ancien président du Comité départemental de la Libération (CDL), soutenu par Léon Dussarat, autre figure de la Résistance, et le sénateur Gérard Minvielle, ancien secrétaire du CDL. Milliès-Lacroix appartient à une famille qui « régna » sur Dax pendant près d’un siècle[59]. Ancien sénateur (1932-1940), il vota les pleins pouvoirs à Pétain le 10 juillet 1940 et en dépit de son inéligibilité, il fut réélu maire de Dax – sa première élection datait de 1929 – et bien que sa réélection fut invalidée à plusieurs reprises, il le resta jusqu’en 1959, réélu notamment sur une liste soutenue par le RPF en 1947[60].

Le conflit avec Lamarque-Cando a-t-il été organisé pour nuire au préfet par un chef de bureau, Miremont, qui admet être à l’origine de la demande de décoration pour Milliès-Lacroix[61] ? C’est l’analyse de Jacques Perrilliat : « Un chef de bureau très actif et très engagé, qui a beaucoup fait pour monter certains parlementaires socialistes contre lui ; je pense que les difficultés avec MM. Lamarque Cando et Minvielle proviennent beaucoup de là[62]. » Grimaud ne semble pas avoir eu de soupçons envers Miremont en tout cas car les relations ont été très bonnes jusqu’au bout et Miremont a participé à la réalisation d’un des cadeaux offerts à Grimaud[63]. L’attaque des trois – et surtout deux – socialistes contre Grimaud se met en place en deux temps : en plus de leur visite au ministre de l’Intérieur Gilbert-Jules au début février 1957 pour se plaindre du préfet, Lamarque-Cando et Minvielle ont organisé une réunion des cadres SFIO des Landes qui a voté à l’unanimité – moins l’abstention du député Marcel David – une motion de boycott du préfet, le boycott se traduisant par une abstention à toutes les cérémonies auxquelles participe le préfet[64].

Dans une lettre au ministre de l’Intérieur, Grimaud n’évoque pas la laïcité mais une guerre de clans :

« Je compte tout faire pour convaincre ce dernier [NDA : Lamarque-Cando] de l’ineptie des accusations portées contre moi. Nos relations très confiantes pendant deux ans ne peuvent pas du jour au lendemain se transformer en une défiance systématique. En attendant, cependant, ma position reste délicate car je me trouve bien involontairement marqué comme étant pro-David et anti-Lamarque. C’est stupide mais la haine que l’un porte à l’autre ne permet pas de raisonner de sang-froid[65]. »

Les archives de la fédération socialiste des Landes confirment une très vive opposition qui tourne à la haine entre Lamarque-Cando et David, à l’initiative du premier[66]. La plus grande « proximité » de Grimaud avec David le transforme donc en « ennemi » de Lamarque-Cando. Les origines de cette brouille entre les députés SFIO sont multiples : plus que des divergences idéologiques, ce sont les combats pour le leadership et surtout pour la mairie de Mont-de-Marsan. L’affaire remonte aux élections municipales de 1953 qui ont vu l’échec de David – ancien maire de la ville de 1945 à 1947 – et elle dure jusqu’aux élections municipales de 1959 quand David démissionne avant d’être exclu du parti. Lamarque-Cando qui a manifesté de sérieuses visées sur cette mairie finit par la conquérir en 1962[67].

Une chose est sûre : l’acharnement de deux parlementaires SFIO conduit Grimaud à envisager son départ dès le 11 février malgré le soutien des socialistes David et Fournier et du RGR Besson[68]. Il envisage plusieurs sorties dont un poste de directeur de cabinet du ministre Gilbert-Jules[69]. Mais finalement, c’est la Savoie qui est proposée à Grimaud par le ministre le 4 mars et Grimaud y est nommé officiellement préfet quelques semaines plus tard[70].

Les conditions du départ ont laissé à Maurice Grimaud un « goût amer » : « Je n’ai jamais eu de penchant pour la sottise ni pour le sectarisme et les rencontrer sur ma route me laissait désarmé[71]. » Mais elles sont restées, à l’époque, inconnues de la plupart des Landais – à l’exception des élites politiques départementales –, comme en témoignent le silence de la presse et de l’immense majorité des documents administratifs. Les contemporains ont gardé un excellent souvenir du préfet Grimaud et les propos tenus lors de ses adieux et ultérieurement l’illustrent bien. À son départ, un vibrant hommage est rendu au préfet par Hirigoyen, le président de la chambre de commerce et d’industrie :

« Si vous avez su si rapidement vous imposer aux élites comme aux populations de ce département, c’est que chacun avait compris que vous possédiez de façon éminente ce sens de l’humain et du réel qui caractérise les hommes de haute culture (…). Vous recherchiez dans vos contacts avec vos administrés à rassembler ce qui unit pour écarter ce qui divise, de telle sorte que vous trouviez en toutes circonstances la solution qui, respectant les intérêts particuliers légitimes, se trouvait être la plus conforme à l’intérêt général (…). C’est à un intelligent réflexe de votre part que nous devons la part prépondérante qu’ont prise les représentants landais au sein de la SALG[72]. »

Et longtemps, l’action économique du préfet resta dans la mémoire landaise comme en témoignent des articles consacrés à Grimaud à l’occasion de nouvelles promotions dans sa carrière : l’un rendant hommage à « sa connaissance poussée des problèmes économiques qui l’avait engagé dès son arrivée à mener une action énergique en faveur du renouveau de notre département, spécialement en ce qui concerne les zones délaissées », et l’autre vantant « l’action efficiente qu’il mena dans tous les domaines et plus particulièrement économique[73] ». Si le conflit avec certains notables locaux apparaît, somme toute, plutôt « classique » dans l’histoire des préfets, l’engagement de Grimaud sur les questions économiques est plutôt moderne et même pionnier, notamment dans un département comme les Landes à en croire le géographe Serge Lerat : « Jusque vers les années 1960, les préfets prirent en fait peu d’initiatives, leur fonction était surtout modératrice en face du président du Conseil général qui, en tant que porte-parole de l’assemblée, avait un rôle de leader[74]. »

Pour citer cet article : Bernard Lachaise, « Maurice Grimaud préfet des Landes (1955-1957) ou un "préfet aux champs" », Histoire@Politique, [en ligne], n° 27, septembre-décembre 2015, www.histoire-politique.fr

Notes :

[1] Fondation nationale des sciences politiques / Centre d’histoire de Sciences Po (FNSP/CHSP), Fonds Maurice Grimaud, GRI 7.

[2] Maurice Grimaud est né à Annonay dans l’Ardèche et passe ses vacances à Saint-André-de-Cruzières. Avant les Landes, sa carrière administrative l’a conduit au Maroc, en Algérie, en Allemagne, en Suisse et à nouveau au Maroc.

[3] Maurice Grimaud, Je ne suis pas né en mai 68. Souvenirs et carnets 1934-1992, Paris, Tallandier, 2007, p. 86.

[4] Ibid., p. 79-80.

[5] Marc Olivier Baruch, « Les préfets », dans Vincent Duclert et Christophe Prochasson (dir.), Dictionnaire critique de la République, Paris, Flammarion, 2002, p. 766.

[6] Luc Rouban comme Marc Olivier Baruch soulignent la rareté de l’historiographie sur les préfets, ce dernier s’interrogeant : « les préfets n’auraient-ils pas d’histoire (…) ? ». Voir Luc Rouban, « Les Préfets de la République 1870-1997 », Cahiers du CEVIPOF, n° 26, janvier 2000, p. 59 et Marc Olivier Baruch, op. cit., p. 765.

[7] Ont été exploitées des sources écrites (écrits publiés – six pages dans Je ne suis pas né en mai 68 – et inédits du préfet – dont son journal manuscrit très aimablement mis à notre disposition par Madame Marianne Viort, fille du préfet, qui en assuré la transcription – ; le fonds Grimaud déposé au Centre d’histoire de Sciences Po ; les archives de l’Office universitaire de recherche socialiste – OURS) et publiques (Archives nationales – dossier de carrière du préfet Grimaud 19950277/23 –, dossiers et rapports mensuels dans la série W, presse conservés aux archives départementales des Landes), des sources orales (témoignages de Michel Morisot déjà cité et de Jacques Perrilliat, son chef de cabinet en 1955). Merci à Romain Richaud pour l’aide apportée au dépouillement des archives des Landes.

[8] Ainsi, dans le très long témoignage oral (plus d’une douzaine d’heures) collecté par le ministère de l’Intérieur en 2004-2005, Grimaud ne dit mot sur la préfecture des Landes. Archives nationales (AN). 20060251/4 à 20060251/10. Le « journal » tenu par Grimaud ne commence qu’au début de 1957, quelques mois avant le départ de Mont-de-Marsan.

[9] Maurice Grimaud, op. cit., p. 82.

[10] Ibid. Sur les 244 lignes consacrées à sa vie de « Préfet des Landes », 79 (soit 32 % du texte) concernent le premier « souvenir » ; 67 le second (soit 27 %) et 48 le troisième (soit 20 %).

[11] FNSP/CHSP, Fonds Grimaud, GRI 7, Dossier « en préfectorale » (1955-1962).

[12] FNSP/CHSP, Fonds Grimaud, GRI 7, Dossier « en préfectorale » (1955-1962), Journal de Maurice Grimaud 1957.

[13] FNSP/CHSP, Fonds Grimaud, GRI 7, Dossier « en préfectorale » (1955-1962). Le rapport de notation de Jacques Perrilliat en 1955 est très élogieux. Le préfet écrit : « Je me félicite sans réserve d’avoir rencontré un collaborateur de cette valeur. Son intelligence vive et équilibrée, la constance de son humeur, l’autorité certaine dont il fait preuve, jointes à une éducation parfaite et à une conduite privée incritiquable me permettent de lui faire entièrement confiance. » Par la suite, Jacques Perrilliat fit une très belle carrière dans la préfectorale, participa à plusieurs cabinets ministériels et fut chef de cabinet de Georges Pompidou à Matignon (1962-1964). Voir Sabrina Tricaud, L’entourage de Georges Pompidou (1962-1974). Institutions, Hommes et Pratiques, Bruxelles, PIE Peter Lang, 2014.

[14] Entretien avec Michel Morisot, conseiller d’État honoraire, Paris, 20 juin 2013.

[15] Témoignage écrit de Jacques Perrilliat, 16 novembre 2013. Guy Lamassoure était natif des Pyrénées-Atlantiques. En 1955, il quitte les Landes pour devenir directeur-adjoint du cabinet de Jacques Soustelle en Algérie. Il est le père de l’homme politique Alain Lamassoure, ancien ministre et député.

[16] Journal de Maurice Grimaud, 9 et 14 avril 1957.

[17] Maurice Grimaud, op. cit., p. 80-81.

[18] Ibid., p. 81.

[19] Archives départementales des Landes (ADL), 285 W 20, 8 août 1955, et Journal de Maurice Grimaud, 28 février 1957.

[20] Témoignage de Michel Morisot, Paris, 20 juin 2013.

[21] FNSP/CHSP, Fonds Grimaud, GRI 7, Lettre de M. Morisot au directeur de l’ENA. 12 octobre 1955. Le gros « mémoire » réalisé par M. Morisot, riche en statistiques et analyses sur l’économie landaise » – mais non publié – est toujours cité, un demi-siècle plus tard, dans la bibliographie de Écomusée de la Grande Lande. Guide du visiteur.

[22] Sud-Ouest, 26 mars 1957.

[23] Maurice Grimaud, op. cit., p. 17.

[24] Journal de Maurice Grimaud 1957.

[25] Sud-Ouest. 5 mars 1957.

[26] FNSP/CHSP, Fonds Grimaud, GRI 7. Lettre de Michel Morisot au directeur de l’École nationale d’administration (sous couvert du préfet des Landes), 12 octobre 1955.

[27] Témoignage de Jacques Perrilliat, 16 novembre 2013.

[28] ADL, 283 W 384, Note des RG du 9 octobre 1956.

[29] ADL, 285 W 22, Rapport du 11 mars 1957. Le pétrole a été découvert en mars 1954 à Parentis. Dès 1957, 1,2 M de tonnes sont produites. Serge Lerat (dir.), Landes et Chalosse, Pau, Société nouvelle d’éditions régionales et de diffusion, tome 2, 1984, p. 1014.

[30] Maurice Grimaud, op. cit., p. 81.

[31] Ibid., p. 82.

[32] Journal de Maurice Grimaud, 22 mars 1957.

[33] Maurice Grimaud, op. cit., p. 82.

[34] Serge Lerat (dir.), op. cit., p. 973.

[35] Hubert Bonin, « Chaban, spectateur ou acteur du déclin et du renouveau de l’économie girondine », dans Bernard Lachaise (dir.), Chaban et Bordeaux, Bordeaux, Editions confluences, 2010, p. 103 et 108. Le Comité d’expansion Bordeaux-Sud-Ouest est devenu en 1961 le Comité d’expansion Bordeaux-Aquitaine.

[36] Christophe Bouneau, « Les tensions de la politique d’aménagement touristique du littoral français de 1962 à 1974 », dans Pascal Griset (dir.), Georges Pompidou et la modernité. Les tensions de l’innovation 1962-1974, Bruxelles, PIE Lang, 2006, p. 111. Voir aussi : Jean-Robert Pitte, Philippe Lamour 1903-1992. Père de l’aménagement du territoire en France, Paris, Fayard, 2002.

[37] Serge Lerat (dir.), op. cit., p. 917.

[38] FNSP/CHSP, Fonds Grimaud, GRI 7, Lettre de Michel Morisot au directeur de l’École nationale d’administration (sous couvert du préfet des Landes), 12 octobre 1955.

[39] Les députés socialistes sont Charles Lamarque-Cando et Marcel David. Les autres députés sont Joseph Defos du Rau (MRP) et Olivier Caliot (RGR). Les deux sénateurs SFIO sont Gérard Minvielle et Jean-Louis Fournier.

[40] ADL, 2 W 6, Réexpédition du courrier du préfet sur son lieu de vacances à Saint-André-de-Cruzières dans l’Ardèche : les deux titres locaux côtoient le New York Herald Tribune, Carrefour, L’Express, Match et la Revue des Deux Mondes.

[41] Témoignage de Jacques Perrilliat. 16 novembre 2013.

[42] Maurice Grimaud est entré au cabinet de Mitterrand le 18 janvier 1955. Le gouvernement Mendès France a été renversé le 6 février 1955.

[43] ADL, 285 W 20, Rapport du 10 octobre 1955.

[44] ADL, 285 W 21, Rapport du 8 mars 1956.

[45] ADL, 285 W 21, Rapport du 14 août 1956.

[46] ADL, 285 W 20, Rapport du 7 novembre 1955.

[47] Journal de Maurice Grimaud. 27 janvier 1957.

[48] ADL, 285 W 20, Rapport du 7 novembre 1955.

[49] Voir Romain Souillac, Le mouvement Poujade. De la défense professionnelle au populisme nationaliste (1953-1962), Paris, Presses de Sciences Po, 2007, p. 160.

[50] ADL, 3 Mp69, Rapport du 13 décembre 1955.

[51] Romain Souillac, op. cit., p. 185.

[52] ADL, 285 W 21, Rapport du 7 février 1956.

[53] ADL, 3 Mp69, Rapport du 13 décembre 1955.

[54] ADL, 3 Mp69, Rapport du 6 janvier 1956.

[55] Maurice Grimaud, op. cit., p. 83.

[56] Ibid., p. 82-83. Grimaud ajoute – pour sa « défense » – que le choix de l’établissement scolaire pour le dernier enfant était « inspiré par la seule raison que cette école était à deux pas de la préfecture » et que « les quatre aînés étaient inscrits au lycée ».

[57] M. Grimaud, op. cit., p. 83. En fait, il s’agit de la venue du secrétaire d’Etat à l’Intérieur Maurice Pic à Parentis. Le député Lamarque-Cando et le sénateur Minvielle voulaient le faire venir à Morcenx. Journal de M. Grimaud. 8 janvier 1957.

[58] Journal de Maurice Grimaud. 5 et 7 janvier 1957.

[59] Hubert Delpont, Dax et les Milliès-Lacroix. L’aventure thermale, Nérac, Les Éditions d’Albret, 2011.

[60] Bernard Lachaise, Le gaullisme dans le Sud-Ouest au temps du RPF, Talence, Fédération Historique du Sud-Ouest, 1997, p. 287-288 et plus largement sur les hommes politiques landais au sortir de la Seconde Guerre mondiale : Romain Richaud, Les élites politiques dans les Landes entre Résistance et Collaboration 1937-1945, mémoire de master d’histoire, université de Bordeaux 3, 2011.

[61] Journal de Maurice Grimaud, 9 février 1957.

[62] Témoignage de Jacques Perrilliat, 16 novembre 2013.

[63] Journal de Maurice Grimaud, avril 1957.

[64] Journal de Maurice Grimaud, 9 et 14 février 1957.

[65] Archives nationales (AN), Dossier de carrière du préfet Grimaud 19950277/23, Lettre au ministre Gilbert-Jules 13 février 1957.

[66] Les archives de la SFIO ne font jamais référence au préfet Grimaud ni pour ses relations avec les parlementaires socialistes landais, ni pour son action en tant que préfet. Quant aux autres partis politiques, la pauvreté ou surtout l’inexistence des archives de leur fédération départementale ne permet pas d’avoir un regard extérieur sur la préfecture Grimaud.

[67] OURS, Archives de la fédération SFIO des Landes dont un compte-rendu d’un congrès administratif (9 mars 1958), une lettre de Lamarque-Cando au secrétaire général adjoint de la SFIO (29 mars 1958) et un procès-verbal de la réunion de la commission fédérale des conflits (9 juin 1960).

[68] Journal de M.Grimaud, 11 février 1957.

[69] AN, Dossier de carrière du préfet Grimaud 19950277/23, Lettre au ministre Gilbert-Jules : « J’ai appris l’éventualité du départ de Gey (…). J’ai fait connaître que je posais ma candidature à cette direction. Ce peut-être l’occasion de régler élégamment le délicat problème landais. Mon départ sur un poste où je suis candidat ne prend pas figure de désaveu et ne peut donc gêner les parlementaires qui s’opposent aux exigences de MM. Minvielle et Lamarque (…). Je fais donc acte de candidature. »

[70] Journal de Maurice Grimaud, 4 mars 1957.

[71] Maurice Grimaud, op. cit., p. 83.

[72] Sud-Ouest, 26 mars 1957.

[73] Sud-Ouest, 20 décembre 1962 et 15 janvier 1967.

[74] Serge Lerat (dir.), op. cit., p. 917.

Bernard Lachaise

Bernard Lachaise est professeur émérite d'histoire contemporaine à l’université Bordeaux-Montaigne. Ses travaux portent sur l’histoire politique de la France contemporaine, en particulier sur l’histoire du gaullisme. Il a notamment publié : Le gaullisme dans le Sud-Ouest au temps du RPF (Fédération historique du Sud-Ouest, 1997) ; de nombreux ouvrages co-dirigés, dont Un politique : Georges Pompidou (PUF, 2001), Jacques Chaban-Delmas en politique (2007), Chaban et Bordeaux 1947-1995 (PUF, 2010), Les gaullistes : hommes et réseaux (Nouveau monde éditions, 2013).

Mots clefs : préfet ; querelles politiques ; modernisation économique ; Société d'aménagement des Landes de Gascogne ; Prefect ; Political Divisions ; Economic Modernization ; Company for Economic Development of Landes of Gascogne.

imprimer

Newsletter

  • Consultez fréquemment les rubriques dynamiques de cette colonne. Elles sont régulièrement mises à jour.

Champ libre

  • Histoire@Politique est également disponible sur CAIRN
  • lire la suite

Comptes rendus

  • • Steven High, Lachlan MacKinnon, Andrew Perchard (dir.), The Deindustrialized World. Confronting Ruination in Postindustrial Places,
  • Depuis plus d’une quinzaine d’années[1], une cohorte de chercheurs en (...)
  • lire la suite
  • • Pierre Mendès France, Écrits de résistance,
  • Le volume s’ouvre bien sûr par le récit Liberté, liberté chérie, écrit (...)
  • lire la suite
  • • Audrey Célestine, La Fabrique des identités. L’encadrement politique des minorités caribéennes à Paris et New York,
  • Dans cet ouvrage issu de sa thèse de doctorat, la politiste (...)
  • lire la suite
  • • Genre et résistances en Europe du Sud
  • L’ouvrage La Résistance à l’épreuve du genre dirigé par (...)
  • lire la suite
  • • Benoît Agnès, L’appel au pouvoir : les pétitions aux Parlements en France et au Royaume-Uni (1814-1848),
  • Dans cette version publiée de sa thèse soutenue en 2009 (...)
  • lire la suite
  • • Walter Badier, Alexandre Ribot et la République modérée. Formation et ascension d’un homme politique libéral (1858-1895),
  • Alexandre Ribot (1842-1923) a été cinq fois président du (...)
  • lire la suite
  • • Ilvo Diamanti, Marc Lazar, Peuplecratie. La métamorphose de nos démocraties,
  • Tenter d’imposer un néologisme en science politique n’est jamais (...)
  • lire la suite
  • • Élise Roullaud, Contester l’Europe agricole. La Confédération paysanne à l’épreuve de la PAC,
  • Depuis plusieurs décennies, l’étude du syndicalisme agricole et celle (...)
  • lire la suite
  • • Romain Robinet, La révolution mexicaine, une histoire étudiante,
  • Romain Robinet, maître de conférences à l’université d’Angers, place (...)
  • lire la suite
  • • Gilles Vergnon, Un enfant est lynché. L’affaire Gignoux, 1937,
  • En 1922, dans son roman Silbermann, qui reçoit le prix (...)
  • lire la suite
  • • États et sociétés durant la Première Guerre mondiale
  • Sylvain Bertschy, Philippe Salson (dir.), (...)
  • lire la suite
  • • Jean-Yves Mollier, L’âge d’or de la corruption parlementaire 1930-1980,
  • L’introduction du livre de Jean-Yves Mollier pose clairement une (...)
  • lire la suite
  • • Jaime M. Pensado & Enrique C. Ochoa, México Beyond 1968 : Revolutionaries, Radicals and Repression During the Global Sixties and Subversive Seventies
  • Le livre dirigé par Jaime M. Pensado et Enrique C. Ochoa (...)
  • lire la suite
  • • Expériences adolescentes et enfantines de la Grande Guerre, au front et à l’arrière
  • Manon Pignot, L’appel de la guerre, Des adolescents au combat, 1914-1918, Paris, (...)
  • lire la suite
  • • Michael Foessel, Récidive 1938,
  • « À propos des débats sur le retour des années 1930, (...)
  • lire la suite
  • • Sylvain Brunier, Le bonheur dans la modernité. Conseillers agricoles et agriculteurs (1945-1985),
  • L’ouvrage de Sylvain Brunier procède du remaniement profond de (...)
  • lire la suite
  • • Massimo Asta, Girolamo Li Causi, un rivoluzionario del Novecento. 1896-1977,
  • Girolamo Li Causi (1896-1977) fut un dirigeant du Parti (...)
  • lire la suite
  • • Christine Mussard, L’obsession communale. La Calle, un territoire de colonisation dans l’Est algérien, 1884-1957,
  • Christine Mussard consacre une monographie dense et vivante, issue (...)
  • lire la suite

Partager

  • ISSN 1954-3670