Histoire@Politique : Politique, culture et société

Le dossier

L'Europe en barbarie

Coordination : Sylvain Kahn et Laurent Martin

Barbarie(s) en représentations : le cas français (1914-1918)

Nicolas Beaupré
Résumé :

Cet article s’intéresse aux différentes acceptions des termes « barbare » et « barbarie » en Grande Guerre, et notamment dans le cas de (...)

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En 1918, préfaçant le recueil de poèmes de Jean Fontaine-Vive, jeune écrivain protestant mort au combat, Gaston Riou, ancien combattant et prisonnier, protestant lui aussi, futur partisan et artisan du rapprochement franco-allemand et de l’idée européenne dans les années 1920, écrivait : « L'atroce guerre, où nous a jeté l'ambition germanique, n'aura point fait de nous des barbares : chaque soldat peut en témoigner[1]. »

En une phrase, Gaston Riou résumait les enjeux de la notion de « barbarie » telle qu’elle circulait dans l’espace public en France pendant la Grande Guerre. La « barbarie » s’appliquait a priori et nécessairement à l’autre, à l’ennemi allemand. Mais derrière cette accusation omniprésente, semblait se cacher, et sourdre aussi, une angoisse : celle d’être, comme par contagion et en raison des pratiques de violence et de la transgression fondamentale qu’engendrait la situation de guerre en autorisant l’acte de tuer, soi-même possiblement transformé en barbare.

Cette citation, après avoir accusé l’ennemi d’être responsable de l’atroce guerre et d’être, ici implicitement, un barbare, installe en effet un déni de la barbarie de soi, de ses propres pratiques de cruauté sur le champ de bataille où à l’égard des civils. Il n’est sans doute pas inutile de signaler que Gaston Riou défend cette affirmation dans la préface du livre d’un auteur qui faisait partie des « corps-francs », groupes de combattants spécialisés dans les coups de main les plus brutaux et les « nettoyages de tranchées », réputés pour être particulièrement transgressifs des lois de la guerre. De cette manière, la citation dévoile, plus implicitement qu’explicitement, une tension entre deux représentations différentes de la « barbarie » dans la France de la Grande Guerre. Ces deux représentations concurrentes de la barbarie en Grande Guerre ont à la fois des sources et une nature différentes.

La première est ontologique, attachée à l’ennemi entièrement et par essence barbare. Cette barbarie-là est massivement présente dans les représentations du temps de guerre. On la retrouve très fréquemment dans la presse, dans la littérature, sur les affiches, dans les œuvres d’art. Elle a des traits propres à la période mais aussi une histoire. Dans le cas de la désignation de l’ennemi, le barbare n’est pas, en France, une figure neuve en 1914, d’autant moins lorsqu’il s’agissait de désigner l’ennemi d’outre-Rhin. Comme l’a souligné Michel Foucault, la figure antique du barbare est déjà utilisée au cours du XVIIIe siècle pour désigner des ennemis intérieurs et extérieurs qui finissent par se confondre sous la Révolution. Pour les partisans du tiers état, puis pour les « historiens bourgeois du XIXe siècle d’Augustin Thierry, de Guizot)[2] », les nobles et les féodaux sont issus des Francs et sont donc les héritiers de barbares germains, tandis que le peuple épris de liberté est d’origine gallo-romaine. Cette acception était d’autant plus efficace – et nécessaire – qu’elle contrecarrait une autre version chrétienne du barbare qui était le païen, l’ennemi de la chrétienté et de l’Église[3]. Concurrentes, les deux acceptions du barbare ennemi se recouvraient néanmoins quant aux défauts qui lui étaient attribués : le goût pour la rapine et le pillage, la cruauté, l’orgueil, le vice, la saleté, la grossièreté… Autant d’attributs que l’on retrouve trait pour trait en 1914-1918[4].

Les guerres révolutionnaires puis napoléoniennes popularisent cette « barbarisation » de l’ennemi d’autant plus que la France se bat contre des états coalisés comptant parmi eux des princes allemands. En outre « si le terme "barbare" rencontra un tel succès comme désignation de l’ennemi, c’est que l’on pouvait facilement y associer des expériences et des images traditionnelles d’horreur, de soldats pillards et assassins qui s’enracinaient fort loin dans l’histoire[5] ». Le succès est tel que, selon Michael Jeismann, au tournant du XVIIIe siècle et du XIXe siècle, les utilisations du terme « illustrent le cas rare, où les hommes politiques, journaux et soldats parlent le même langage[6] », ce qui semble se vérifier à nouveau – au moins en partie – en 1914-1918.

La guerre de 1870-1871 réactive l’utilisation du « barbare » à l’encontre des Allemands. Mais comme le souligne Michael Jeismann, cet usage n’apparaît pas immédiatement après le début du conflit[7]. Il faut attendre l’automne 1870 et l’occupation d’une grande partie du pays pour que le discours contre l’ennemi se radicalise. Ce qui correspond aussi au moment de l’effondrement de l’empire de Louis-Napoléon et de la résurrection de l’idéologie républicaine qui réactive des images de 1792, notamment dans les appels à une levée en masse et à la poursuite du combat contre un ennemi soudain redevenu barbare[8].

Après la défaite et le retrait allemand des territoires encore occupés en 1873, le thème de la barbarie teutonne, parallèlement à celui de la revanche, tend à s’estomper et à être supplanté par une forme de fascination pour le haut degré de modernité de l’Allemagne, notamment dans les domaines militaires, industriels, éducatifs, scientifiques et intellectuels[9], avancées supposées peu compatibles avec la stigmatisation de l’Allemand comme un barbare. Il faut ajouter aussi que chez certains écrivains bourgeois, l’analogie avec le barbare sert surtout au même moment à dénoncer l’ennemi intérieur communard[10].

Dans un ouvrage récent, Jörg Lehmann tend toutefois à nuancer quelque peu la relative disparition du thème de la barbarie allemande. Selon lui, « l’opposition construite entre barbarie et civilisation[11] » demeure un élément central des manuels scolaires d’avant 1914, notamment chez Lavisse ou Antoine Chalamet. Dans ces ouvrages, la barbarie est essentiellement germanique tandis que la France de la IIIe République représente l’apogée de la civilisation. Ce maintien de l’opposition entre barbarie et civilisation dans les manuels des enfants[12] devenus adultes en 1914 peut expliquer en partie la facilité avec laquelle le thème resurgit et sa centralité dans la France de 1914-1918. Il joue en effet un rôle primordial dans la séparation symbolique des belligérants en deux camps définitivement irréconciliables, comme l’avait bien compris Sigmund Freud dès 1915 : « Elle [la guerre] rompt tous les liens faisant des peuples qui se combattent actuellement une communauté et menace de laisser derrière elle une animosité qui pendant longtemps ne permettra pas de les renouer. »

Et Freud d’ajouter, en parlant de l’Allemagne – même s’il ne la nomme pas directement –, cible des accusations de barbarie de la part de la France et de ses alliés :

« Elle [la guerre] a révélé aussi ce phénomène, à peine concevable : les peuples civilisés se connaissent et se comprennent si peu que l’un peut se retourner contre l’autre, plein de haine et d’horreur. Bien plus, une des grandes nations civilisées est si généralement détestée qu’on peut être tentée de l’exclure, en tant que "barbare", de la communauté civilisée, bien qu’elle ait prouvé par les contributions les plus grandioses son aptitude à en faire partie[13]. »

Le second grand type de barbarie en Grande Guerre est à chercher dans la manière dont certaines pratiques de violence, résultant elles-mêmes de situations d’anomie favorisant leur émergence, sont représentées, tout particulièrement par la littérature combattante[14]. Il accompagne souvent, dans les représentations, la « barbarie ennemie », mais il est plus inquiétant car, découlant de situations et de pratiques, il est dynamique et est ainsi susceptible de transformer des combattants de son propre camp, voire soi-même, en « barbares », principalement en raison de situations anomiques sur le champ de bataille. Cette inquiétude sourde explique le très puissant déni contenu dans la phrase de Gaston Riou. Ce déni est par ailleurs une constante. Il est déjà bien plus rare, notamment dans la littérature de guerre écrite par des combattants entre 1914 et 1918, de voir mentionner la violence infligée par rapport à la violence subie – même si la première est loin d’être totalement absente[15] en raison de l’appareil de justification à disposition de ceux qui l’évoquent, et notamment l’image de l’ennemi. Les actes de cruauté[16] et de barbarie sont cependant encore bien plus rares car beaucoup plus difficiles, eux, à justifier. C’est pourquoi ils sont le plus souvent attribués à l’ennemi. Mais dans ce cas, ils tendent alors à perdre leur dimension de pratiques de violence situées pour se fondre dans l’essence barbare de l’ennemi, comme le sont par exemple les « atrocités allemandes[17] », expression dans laquelle l’adjectif est devenu inséparable du substantif.

Une (ré)apparition largement répandue

La figure du barbare n’est, bien entendu, pas la seule employée pour stigmatiser l’ennemi. Dans une version encore plus radicale, l’ennemi est parfois animalisé, il est donc non seulement rejeté en dehors de la communauté civilisée mais aussi hors de celle des Humains[18]. Quoi qu’il en soit, la désignation de l’ennemi comme barbare est au cœur de l’affrontement symbolique et culturel qui parcourt tout le premier conflit mondial. Il est aussi très précoce et présent à des degrés divers chez tous les belligérants, même si c’est sans doute chez les Alliés, pour désigner l’Allemagne, qu’il est le plus systématique, comme en témoigne notamment le qualificatif de « Huns » couramment utilisé en Grande-Bretagne pour désigner ceux que les Français appellent « Boches ». La comparaison entre Guillaume II et Attila, que l’on retrouve aussi en France, remplit la même fonction : elle vise à assimiler l’attaque allemande aux invasions barbares. Sous la plume de l’écrivain combattant catholique Maurice Laurentin, les Allemands sont même pire que les Huns :

« Mais Attila leur ancêtre et leur modèle, né pour le pillage du monde et la terreur de la terre, respecta la grâce de sainte Geneviève et la majesté de saint Léon. Eux, plus barbares, ne s'arrêtent pas devant les choses sacrées. Le temple de Dieu pourra-t-il être outragé impunément[19] ? »

En Allemagne, le qualificatif de « barbare » est tout particulièrement utilisé pour désigner l’ennemi russe, comme en témoignent ces quelques vers du poème Souvenir de la Pentecôte de guerre de 1915 écrit par Walter Flex, qui fut l’un des écrivains de guerre les plus populaires en Allemagne. Il compare l’ennemi russe à la fois, implicitement, au traitre Judas responsable de la mort du Christ et, explicitement, aux hordes barbares :

« (…)

Sous la lueur crépusculaire d’une lune rousse

Il lisait dans l’évangile de Luc, le chapitre

Sur Judas Iscariote, le traître.

Les Russes poursuivaient leur vacarme mais lui lisait,

Dans les hurlements de joie des barbares tartares,

Il lisait dans le silence des tranchées allemandes,

Dur comme un juge qu’aucune rumeur ne corrompt[20] (…). »

On l’aura compris, la désignation de l’ennemi comme barbare est donc très courante entre 1914 et 1918. Il s’agit dans le cadre de ce court texte de mieux comprendre l’apparition de ce système de représentation, ses mécanismes, ses nuances et sa diffusion dans le cas français en particulier[21].

« Exclure, en tant que "barbare", de la communauté civilisée » (Sigmund Freud)

Contrairement à la guerre franco-prussienne, au cours de laquelle l’émergence de la figure du « barbare » fut progressive, c’est immédiatement après le début du conflit, dès août 1914, qu’elle ressurgit en France comme désignation de l’ennemi, avec une puissance et une diffusion sans égale jusqu’alors. Ainsi, dans un discours souvent cité à l’Académie des sciences morales et politiques, dès le 8 août 1914, Henri Bergson donne le ton en proclamant : « La lutte engagée contre l’Allemagne est celle de la civilisation contre la barbarie[22]. »

Il est intéressant de noter que cette assimilation de l’ennemi allemand au barbare se fait au moment où, certes, les tout premiers cas d’atrocités sont connus, mais avant la principale vague d’exactions qui a lieu dans la seconde quinzaine d’août. On est alors en droit de se demander si ce sont véritablement les « atrocités allemandes » qui réactualisent la notion ou bien si, en fait, l’état de guerre suffit à la faire ré-émerger. Dans ce cas, les atrocités ne viendraient, finalement, que confirmer la barbarie ennemie en s’emboîtant parfaitement dans le discours qui la porte et elles démultiplieraient ainsi l’efficacité de ce discours. De ce fait, dès le début de la guerre, la propagande allemande – et plus généralement tous les discours favorables à la cause de l’Allemagne – se retrouvent dans une position essentiellement défensive, obligés qu’ils sont de se défendre par rapport à ces accusations. L’Appel au monde civilisé du 4 octobre 1914, dit parfois « manifeste des 93 intellectuels allemands[23] », s’inscrit bien dans cette position défensive en essayant de réfuter les accusations de barbarie avant de tenter de les renverser. La fin du texte témoigne bien du fait que les discours visant l’Allemagne l’avaient déjà exclue du monde civilisé :

« Croyez-nous ! Croyez que dans cette lutte nous irons jusqu'au bout en peuple civilisé, en peuple auquel l'héritage d'un Goethe, d'un Beethoven et d'un Kant est aussi sacré que son sol et son foyer. Nous vous en répondons sur notre nom et sur notre honneur[24]. »

Le texte de Sigmund Freud de 1915, cité plus haut (et dont un extrait sert de titre à cette partie), témoigne aussi de cette position défensive puisque l’accusation est portée contre « cette nation, dans la langue de laquelle justement nous écrivons, pour laquelle combattent ceux qui nous sont chers[25] ». L’écrivain Arnold Zweig, dans un court recueil de nouvelles écrites alors qu’il n’est pas encore sous l’uniforme, fait de même : dans l’un des textes, il présente des soldats allemands chevaleresques offrant à manger et du café à des Français en détresse, alors que d’autres textes évoquent l’antisémitisme et les pogroms commis par la soldatesque russe comme preuve de leur barbarie, ou encore un franc-tireur belge qui égorge trois soldats allemands dans leur sommeil[26].

L’élaboration par de nombreux intellectuels allemands comme Thomas Mann[27] – mais il n’est pas le seul – de l’opposition structurante entre Kultur et civilisation peut aussi être lue comme un moyen de sortir par le haut des accusations de barbarie, mais la reprise de ce binôme antagoniste chez les Alliés montre qu’il s’agit d’un échec puisque la « Kultur », toujours citée en allemand dans le texte, devient immédiatement un synonyme de « barbarie » puisqu’elle est opposée à « civilisation ». Dès lors, le motif circule pendant tout le conflit, même s’il est particulièrement présent au début de la guerre et lié au thème des atrocités allemandes. Il est intensément utilisé par la propagande mais surtout, comme du reste l’animalisation de l’ennemi, il circule aussi de manière horizontale et est mobilisé par toutes sortes d’acteurs sociaux de manière spontanée. On le retrouve chez des intellectuels comme Bergson, ou dans les pamphlets antiallemands particulièrement violents d’André Suarès[28], mais aussi chez de très nombreux savants. L’historien et membre de l’Institut Ernest Babelon consacre pendant la guerre une somme de mille pages à la question rhénane qui entend démontrer de manière irréfutable sur le plan de la science historique que le Rhin marque, depuis l’Antiquité, la frontière avec le « Teutonisme ». Le fleuve est :  « La limite de la grande civilisation classique ; sur sa rive droite, c’est la Barbarie forestière, inorganique, instable, inapte au progrès[29]. »

Émile Durkheim dévoile pour sa part que la haute civilisation allemande, telle qu’elle pouvait avant 1914 susciter l’admiration, n’était en quelque sorte qu’un masque qui cachait la réalité profonde de l’Allemagne :

« Il est inadmissible, dit-on, que l’Allemagne, qui, hier, faisait partie de la grande famille des peuples civilisés, qui y jouait même un rôle de première importance, ait pu mentir à ce point aux principes de la civilisation humaine. Il n’est pas possible que ces hommes que nous fréquentions, que nous estimions, qui appartenaient en définitive à la même communauté morale que nous, aient pu devenir ces êtres barbares, agressifs et sans scrupules qu’on dénonce à l’indignation publi­que. On croit que notre passion de belligérants nous égare et nous empêche de voir les choses telles qu’elles sont.

Or ces actes, qui déconcertent et que, pour cette raison, on voudrait nier, se trouvent précisément avoir leur origine dans cet ensemble d’idées et de sentiments que nous nous proposons d’étudier : ils en dérivent comme une conséquence de ses prémisses. Il y a là tout un système mental et moral qui, constitué surtout en vue de la guerre, restait, pendant la paix, à l’arrière-plan des consciences[30]. »

Il faut bien admettre que l’accusation est à la fois d’une redoutable efficacité et d’une implacable radicalité. Elle exclut en effet toute négociation avec un ennemi qui se situe en fait en dehors de l’humanité civilisée. Ainsi André Suarès évoquant en décembre 1917 les propositions de paix qui circulent alors reprend l'antienne de la guerre de la civilisation contre la barbarie en opposant de manière catégorique l'Occident à l'Allemagne, lançant un appel « jusqu'au boutiste : (...) la paix allemande n'est pas la paix, mais la conquête et l'invasion[31] ».

Il s’agit d’un barbare par essence qui ne peut être civilisé, qui n’est pas amendable. Il n’y a qu’une forme de rapport avec le barbare : le combat, sous peine d’être éliminé ou asservi par lui. Pendant la Grande Guerre, l’accusation de barbarie est cumulative. On y retrouve à la fois le barbare comme ennemi de la liberté et le barbare comme païen profanateur des choses sacrées.

Ainsi, Victor Boudon écrit :

« Nos familles, nos femmes, nos enfants, nos vieux parents, sont là dans ce grand Paris que convoitent les Barbares et dont ils approchent avec une joie sauvage; " (...) Il y a là, dans cette foule dressée en armes pour la sauvegarde du pays, du patrimoine commun, pour le triomphe de la Civilisation sur la Barbarie, de la Liberté sur l'esclavage[32] (…) »

Tandis que Georges Lafond décrit  en ces termes la destruction d’une église :

« L'église ! Il n'en reste absolument rien. On dirait que la barbarie du canon allemand s'est acharnée avec une rage particulière sur ces demeures qui furent créées pour l'apaisement, le repos et le pardon[33]. »

Mais selon Michael Jeismann, lors de la Première Guerre mondiale, les descriptions du barbare ne sont pas seulement cumulatives. Elles franchissent parfois un palier supplémentaire et changent de nature :

« Au cours de la Première Guerre mondiale, une nouvelle variante fit son apparition, introduisant une dimension ethnique dans la définition de l’ennemi comme barbare. Ce n’était donc pas son histoire, ni les structures de sa société, mais sa "race" qui constituait l’ennemi en "barbare"[34]. »

Cette vision proprement raciste n’est pour autant pas universelle. On la retrouve, notamment, chez un médecin comme le docteur Edgar Bérillon[35]. Comme chez ce dernier, c’est d’ailleurs quand cette dimension ethnique est présente que la « barbarisation » et l’animalisation de l’ennemi peuvent parfois tendre à se confondre : par exemple lorsqu’un écrivain évoque une « race de cochon[36] », ou lorsque l’historien Augustin Cochin parle, dans une lettre, d’une « affreuse race[37] ». Les caractéristiques physiques de l’ennemi peuvent du reste être polysémiques et désigner à la fois l’animal malodorant, le barbare ou le traitre Judas. Ainsi Adolphe Gysin voit-il dans les ennemis des « huns au poil roux[38] » que Renaud de la Frégeolière décrit en ces termes choisis :

« Avec son casque à pointe et son profil brutal, sa longue pipe de porcelaine et sa baïonnette à scie, il incarne les Barbares en une vision de cauchemar. (…) Leur figure horriblement vulgaire, aux simiesques méplats, semée de poils rouges ; leurs jambes courtes, massives et contrefaites, leurs bustes trop longs et ventrus, leur démarche pesante (…)[39]. »

De manière générale, on retrouve également le motif de l’altérité absolue du barbare – parfois mi-homme mi-animal – chez de très nombreux artistes qui publient des portfolios de gravures, de lithographies ou de dessins consacrés à la barbarie ennemie (Hermann-Paul, Jean-Gabriel Domergue, Jean Veber[40]), ou encore chez les artistes qui répondent à la demande des institutions en fournissant des dessins pour des affiches.

La photographie, et notamment les images des ruines diffusées dans la presse et sur les millions de cartes postales qui circulent alors, jouent aussi un rôle majeur dans la diffusion du topos, tout comme de manière générale un nombre incalculable de cartes postales illustrées[41]. Dans les médias, les traditionnelles images d’Épinal de l’imagerie Pellerin ne sont pas en reste, comme en témoigne une image de 1915 Le Dieu Thor. La plus barbare des divinités de la vieille Germanie[42]. Elle présente un gigantesque Thor verdâtre détruisant villes et cathédrales, massacrant des civils. Elle cite également, en le détournant, un article d’Henri Heine paru en 1834 dans la Revue des Deux Mondes – Heine étant lui-même artisan du rapprochement culturel franco-allemand. L’image tente de démontrer que ces atrocités profanatrices sont dues à des facteurs culturels immémoriaux. Outre-Rhin le christianisme ne serait au fond qu’un vernis que la guerre ne fit que craquer. Le dieu du « Gott mit Uns » des Allemands ne serait donc pas celui des Chrétiens mais celui des anciens barbares germains.

S’il est difficile de tirer des enseignements quant à la réception de telles images en dehors des élites cultivées qui participent activement à leur élaboration et à leur diffusion, force est tout de même de constater leur grand nombre. Il faut noter aussi que ces représentations circulent de manière horizontale dans la société et qu’on les retrouve jusque dans les textes écrits par des écrivains combattants pendant ou juste après le conflit[43]. Si chez les écrivains qui connaissent le front, l’accusation enfourche souvent l’antienne convenue de la lutte de la civilisation contre la barbarie, elle prend parfois une autre coloration, en interrogeant la nature de la guerre. On passe alors parfois de la guerre des barbares à la barbarie de la guerre qui risque, à terme, de transformer les hommes qui la font, – phénomène que l’historien George L. Mosse a pu qualifier de « brutalisation », parfois traduit par « ensauvagement[44] », et qui correspondrait cette fois davantage à la seconde acception de la « barbarie » évoquée dans l’introduction de ce texte. Néanmoins, ces deux acceptions sont parfois très étroitement liées.

De la guerre des barbares à la guerre barbare

Les caractéristiques de la guerre de 1914-1918 vue conjointement comme guerre éminemment moderne mais aussi éminemment cruelle et « barbare » sont parfois un moyen de réduire la contradiction entre la modernité technique de l’ennemi et la barbarie supposément ancestrale. André Salmon réduit cette contradiction par un oxymore : le « Scientifik-Barbare[45] ». Si la guerre est affreuse, c’est en raison de l’ennemi qui y imprime sa marque barbare. Ainsi pour les docteur Voivenel et Martin, la nouvelle devise de la « guerre des gaz », « par le poison et le vitriol » s’écrit « en langue teutonne bien entendu » et d’ajouter : « Le 22 avril 1915, la chimie germanique empoisonna les champs de bataille. C'est là une date mémorable dans les reculs de la civilisation[46]. »

Ainsi, l’absence de toute conscience dans l’utilisation de la science est-elle une preuve supplémentaire de la barbarie finalement immémoriale des « Teutons » :

« Un indice que les Allemands n'ont, en réalité, aucune civilisation morale et que, sous les vernis de la science, ils sont restés des barbares, c'est la continuité, le renouvellement systématique, le raffinement tortionnaire de leurs actes de violence, de rapine et de meurtre[47]. »

Dans cette perspective, Fritz Haber incarne tout particulièrement cette figure du scientifique allemand dévoyé qui utilise son savoir à des fins barbares.

D’autres pratiques attestent également de la manière allemande, comme le recul stratégique allemand du printemps 1917 que François-Louis Bertrand décrit en vers en ces termes :

« Printemps barbare

Les Temps sont révolus puisque la Bête fauve

Recule vers son antre et libère nos champs.

Cent villages repris par nos bleus triomphants,

Dressent leurs pans de murs sur la campagne chauve.

Comme Attila, Fléau de Dieu, brûlait le sol

Au point de n'y laisser la moindre touffe d'herbe.

Avant le grand repli, tous ces savants superbes

Ont mis le feu après le massacre et le vol. (...)

Et ce spectacle affreux des plaines et des monts

Cette lutte sans fin parmi les cimetières,

Ce refus aux héros des suprêmes prières,

Ce soufflet à la Mort, c'est votre œuvre, ô Démons[48] ! »

Dans toutes ces descriptions de cette guerre allemande imaginée par des barbares se mêlent inextricablement des images très conventionnelles du barbare éternel et la dénonciation, fondée sur la morale et/ou sur la religion, des actes de barbarie commis par l’ennemi. Il en va ainsi chez Jacques Péricard :

« Ils sont la haine, le massacre, l'incendie, le pillage, le viol. Par-dessus tout ils sont l'orgueil. (...) S'ils avaient la passion de la gloire, ils pourraient nous faire une guerre injuste, comme le furent certaines de nos guerres à nous, ils ne nous feraient pas une guerre inhumaine, horrible brutale, carnassière, telle que seuls les démons purent l'imaginer[49]. »

Ce constat est le même que celui dévoilé par la citation liminaire de Gaston Riou. Il signifie que les Français continuent, pour leur part, à faire une guerre qui n’est pas barbare. Il existe donc une guerre française, civilisée qui s’oppose à la manière allemande de faire la guerre :

« Décidément c'est bien la cathédrale de Reims qui brûlait l'autre soir et illuminait le ciel. La réplique sur Cologne serait trop belle et trop facile, mais nous ne sommes pas des "barbares"[50]. »

Dire la barbarie de l’autre sert donc classiquement à se rassurer en se décrivant par contraste comme civilisé ou chevaleresque : « Plus je vis au milieu d'eux, plus je le constate, nos soldats ont des âmes de preux[51] » écrit un écrivain-combattant tandis que le poète Max Begouën, bien obligé d’admettre la nécessité de tuer demande que l’on fasse preuve de pudeur dans l’évocation de la mort de l’ennemi pour ne pas ressembler aux poètes allemands, ces « bardes de Wotan » qui célèbrent « la grandeur des batailles » comme « Ils ont déjà chanté l’orgie et la ripaille » :

« Puisqu’il le faut, tuons ! Mais cachons le couteau

Qui nous aura servi pour sacrifier l’homme.

N’élevons pas notre arme avec des hurlements,

Car nous serions pareils à ces soldats barbares,

(…) Respectez le silence

Et la pudeur de ceux dont les mains ont tué[52] ! »

Mais si, dans ce contexte, l’évocation du barbare sert encore à se décrire soi comme intrinsèquement différent, ce dernier poème ouvre la porte à une autre fonction du « barbare » : celle de justifier l’exercice d’une violence des plus radicales contre l’ennemi, au risque parfois de commettre soi-même des actes de barbarie, et donc finalement, au risque de devenir soi-même un barbare. Si Gaston Riou opposait un déni catégorique à cette éventualité, d’autres écrivains, acteurs ou témoins de la violence de guerre, se sont confrontés à cette question. Pour Antoine Rédier, il a bien fallu se résoudre à faire la guerre à l’allemande :

« Il fallut s'y habituer et c'est maintenant qu'on se bat dans les boyaux. Une opération barbare existe, qu'on appelle le "nettoyage" des tranchées. Ah ! Ce n'est pas joli! Tout le monde est soldat, mais tout le monde n'a pas été boucher. Il n'y a pourtant qu'à s'y faire : c'est la loi allemande. (...) Dans les vieux temps, des règles auraient imposé à ces vaincus de se tenir tranquilles. Aujourd’hui on sait qu'en vertu de la civilisation allemande ils trahiront : il faut donc les massacrer[53]. »

Rédier se permet cet aveu – par ailleurs fort rare dans la littérature combattante – du massacre de prisonniers, à l’encontre des lois de la guerre, parce que l’auteur écrit en 1916 et qu’il justifie ces actes, par ceux également barbares de l’ennemi qui, selon lui, ne manquerait pas de trahir et de tuer les soldats qui les ont capturés à la moindre occasion. Si ces pratiques sont très difficiles à quantifier, et sans doute très marginales, il semble bien qu’elles aient été pratiquées[54].

Un autre écrivain, Jean Marot, en tire les conséquences. La guerre, la violence, le fait de tuer et de côtoyer la mort et les morts ont fait régresser l’homme et l’ont fait sortir de son état civilisé :

« Que le moraliste regrette cet irrespect de la vie; qu'il y dénonce des retours de barbarie, un atavisme de férocité. Que les âmes sensibles s'effarent et s'écartent de nous avec horreur... Cela ne fera point que le fait n'existe, qu'il ne soit fatal chez des hommes que le sang n'effraie plus et qui vivent avec les cadavres[55]. »

Dix-huit ans après la fin de la guerre, un instituteur évoque lors de la remise de sa Légion d’honneur cette régression dans la barbarie qui contredit frontalement la citation de Gaston Riou choisie en début de cet article. Aussi, contredit-elle tous ceux qui justifient leur propre barbarie par celle de l’ennemi. Chez cet instituteur, à distance, c’est tout simplement la situation particulière du combat, et même de certaines phases de combat qui rendaient l’homme barbare. C’est la guerre elle-même qui fait le barbare :

« La guerre a fait de nous, non seulement des cadavres, des impotents, des aveugles. Elle a aussi, au milieu de belles actions, de sacrifice et d’abnégation, réveillé en nous et parfois porté au paroxysme d’antiques instincts de cruauté et de barbarie. Il m’est arrivé – et c’est là que se place mon aveu – à moi qui n’ai jamais appliqué un coup de poing à quiconque, à moi qui ai horreur du désordre et de la brutalité, de prendre plaisir à tuer. (…) Cette minute barbare, cette minute atroce avait pour nous une saveur unique, un attrait morbide[56] (…) »

Éléments de conclusion

Vu d’aujourd’hui, le « barbare » et sa « barbarie » apparaissent à l’historien comme des concepts bien insatisfaisants pour penser la violence de guerre de 1914-1918. Pour cette question, il nous apparaît finalement assez vain de tenter de caractériser des pratiques de violence en utilisant aujourd’hui ce concept issu d’un discours à la fois massif et extrêmement connoté entre 1914 et 1918. Le risque est alors grand de réutiliser de manière acritique des catégories utilisées par les acteurs de l’époque étudiée. Cependant, lorsqu’il s’agit de désigner l’ennemi, l’historien ne peut évidemment que constater dans les sources françaises de l’époque, le surgissement pléthorique et polysémique de cette notion. Ce constat a été notamment porté par l’histoire culturelle de la Grande Guerre depuis une vingtaine d’années[57]. Mais la « barbarie » put aussi, on l’a vu, porter une interrogation sur ses propres pratiques de violence et sur leurs effets à moyen et à long terme sur ceux qui en sont les acteurs ou les victimes[58].

Peut-être serait-il nécessaire de réintroduire ici la distinction proposée par Michel Foucault entre le « sauvage » d’une part et le « barbare » de l’autre qui permettrait alors peut-être d’appréhender les deux facettes de la « barbarie » telle qu’elle est utilisée entre 1914 et 1918 à la fois pour désigner l’altérité ennemie et l’ensauvagement de soi. Michel Foucault écrit :

« Le barbare s’oppose au sauvage, mais de quelle manière ? D’abord en ceci : au fond, le sauvage, il est toujours sauvage dans la sauvagerie avec d’autres sauvages ; dès qu’il est dans un rapport de type social, le sauvage cesse d’être sauvage. En revanche, le barbare est quelqu’un qui ne se comprend et ne se caractérise, qui ne peut être défini que par rapport à une civilisation (…). Il n’y a pas de barbare sans une civilisation qu’il cherche à détruire et à s’approprier[59]. »

Alors cette clef peut sans doute nous aider à comprendre l’utilité de ce terme pour désigner l’ennemi et construire une altérité absolue. Mais même ainsi, bien des questions demeurent : celle de la pénétration et de la réception dans les différents milieux sociaux de la France en guerre de telles représentations de l’autre ; celle de leurs circulations transnationales dans le monde en guerre[60] ; celle des affects que ces images éveillent ; et celle des effets à long terme de ces représentations[61], tout comme des transformations induites par ses propres actes de « barbarie ». Signe qu’il est peut-être temps de rouvrir ce dossier de manière plus systématique et plus profonde.

Pour citer cet article : Nicolas Beaupré, « Barbarie(s) en représentations : le cas français (1914-1918) », Histoire@Politique, n° 26, mai-août 2015, www.histoire-politique.fr

Notes :

[1] Préface de Gaston Riou à Jean Fontaine-Vive, Jeunesse Ardente, Paris, Georges Crès, 1918, p. 5.

[2] Michel Foucault, « Il faut défendre la société ». Cours au Collège de France. 1976, Paris, Gallimard-Seuil, coll. « Hautes Études », 1997, p. 182. Voir également sur Augustin Thierry : Sylvain Venayre, Les origines de la France. Quand les historiens racontaient la nation, Paris, Le Seuil, 2013, p. 35-49.

[3] Michael Jeismann, La patrie de l'ennemi. La notion d'ennemi national et la représentation de la nation en Allemagne et en France de 1792 à 1918, Paris, CNRS Éditions, 1997, p. 128.

[4] Ibid.

[5] Ibid., p. 131.

[6] Ibid., p. 188.

[7] Ibid.

[8] Voir notamment le cas de la Sarthe en 1872 : Stéphane Tison, Comment sortir de la guerre ? Deuil, mémoire et traumatisme (1870-1940), Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2011, p. 261-262.

[9] Claude Digeon, La crise allemande de la pensée française, Paris, PUF, 1959.

[10] Paul Lidsky, Les écrivains contre la Commune, Paris, La Découverte, 1999 (1970), p. 156-158.

[11] Jörg Lehmann, « Civilization Versus Barbarism: The Franco-Prussian War in French History Textbooks, 1875-1895 », dans Journal of Educational Media, Memory, and Society, vol. 7, n° 1, Spring 2015, pp. 51-65. Voir également du même auteur La Débâcle : Kriegsliteratur in der Dritten Französischen Republik und die Autonomisierung des literarischen Feldes, Publication en ligne, 2014, http://elib.uni-stuttgart.de/opus/volltexte/2014/9401/ (lien consulté le 12 mai 2015), voir p. 101-111. Merci à Jörg Lehmann de nous avoir communiqué ces références et textes et pour ses remarques.

[12] On retrouve ce thème dans certains livres pour enfants en dehors du cadre scolaire comme dans : Hansi, L’histoire de l’Alsace racontée aux petits enfants par l’oncle Hansi, Paris, Floury, 1912.

[13] Sigmund Freud, « Considérations actuelles sur la guerre et sur la mort » (1915), dans Essais de psychanalyse, Paris, Payot, 1982, p. 9-39, ici p. 13-14.

[14] Nicolas Beaupré, « Écrire pour dire, écrire pour tuer, écrire pour taire ? La littérature de guerre face aux massacres et aux violences extrêmes du front (1914-1918) », dans David El Kenz (dir.), Le massacre en histoire, Paris, Gallimard, 2005, p. 303-317.

[15] Nicolas Beaupré, Écrits de guerre 1914-1918, Paris, CNRS Éditions, 2013, p. 187-217.

[16] Voir à ce sujet Stéphane Audoin-Rouzeau, « Pratiques et objets de la cruauté sur le champ de bataille », dans Nicolas Beaupré, Anne Duménil, Christian Ingrao (dir.), 1914-1945 : l’ère de la guerre, tome 1 : Violence, mobilisations, deuil (1914-1918), Paris, A. Viénot, 2004, p. 73-84.

[17] John Horne, Alan Kramer, Les atrocités allemandes : la vérité sur les crimes de guerre en France et en Belgique, Paris, Tallandier, 2011.

[18] Voir notamment : Juliette Courmont, L’odeur de l’ennemi 1914-1918, Paris, Armand Colin, 2010. C’est un processus classique dans les conflits intérieurs et extérieurs : dans le cadre franco-allemand, il est déjà présent en 1870-1871, cf. Stéphane Tison, Comment sortir de la guerre ?..., op. cit., p. 262-263.

[19] Maurice Laurentin, La Victoire des Morts, récits de guerre d'un officier de troupe (14/6/1918-11/11/1918), Paris, Bloud et Gay, 1920, p. 102.

[20] Walter Flex, Leutnantdienst, Lissa, Oskar Eulitz, 1917, p. 18-20. Traduction de l’auteur.

[21] Dans la mesure où ce sont les Allemands qui sont les principaux ennemis des Français, nous évoquerons également ci-après rapidement les réactions en Allemagne suscitées par l’emploi de la notion par les Français.

[22] Cité par Christophe Prochasson et Anne Rasmussen, Au nom de la Patrie. Les intellectuels et la Première Guerre mondiale (1910-1919), Paris, La Découverte, 1996, p. 131. 

[23] Sur ce texte voir : Jürgen et Wolfgang Ungern-Sternberg, „Der Aufruf An die Kulturwelt !“ Das Manifest der 93 und die Anfänge der Kriegspropaganda, Stuttgart, Franz Steiner Verlag, 1996, et Anne Rasmussen, « Mobilising Minds », dans Jay Winter (dir.), The Cambridge History of the First World War, Cambridge, CUP, 2014, vol. 3, p. 390-417.

[24] Cité d’après http://fr.wikipedia.org/wiki/Manifeste_des_93. Texte original allemand : http://www.nernst.de/kulturwelt.htm (liens consultés le 21 mai 2015)

[25] Sigmund Freud, « Considérations actuelles sur la guerre et sur la mort » (1915), op. cit., p. 14.

[26] Arnold Zweig, Die Bestie, Munich, Albert Langen, 1914. Pour une analyse de ce dernier épisode : Nicolas Beaupré, « Espions et Francs-tireurs en 1914 dans la littérature de guerre », dans 14-18 Aujourd'hui-Today-Heute. Revue annuelle d'histoire, n° 4, 2001, p. 59-78. Arnold Zweig se fait surtout connaître après la guerre comme écrivain pacifiste avec plusieurs romans sur la Grande Guerre dont deux sont traduits en français : Le cas du Sergent Grischa, Paris, Albin Michel, 1930 (1929) et L’éducation héroïque devant Verdun, Paris, Plon, 1938 (1935).

[27] Thomas Mann, Considérations d’un apolitique, Paris, Grasset, 2002 (1918).

[28] André Suarès, Commentaires sur la guerre des Boches, Paris, Émile Paul, 1915-1917. On retrouve cette virulence dans les derniers textes de la série des Remarques, Paris, Gallimard, 2000 (1917-1918).

[29] Ernest Babelon, Le Rhin dans l’histoire, vol. 1, Paris, Ernest Leroux, 1916, préface p. II.

[30] Émile Durkheim, L’Allemagne au-dessus de tout, Paris, Armand Colin, 1991 (1915), p. 12-13.

[31] André Suarès, Remarques, op. cit., p. 171.

[32] Victor Boudon, Avec Charles Péguy, De la Lorraine à la Marne, août-septembre 1914, Paris, Hachette, 1916, p. 124.

[33] Georges Lafond, Ma mitrailleuse, avec les mitrailleurs de la coloniale, Paris, Fayard, 1917, p. 70.

[34] Michaël Jeismann La patrie de l'ennemi…, op. cit., p. 301.

[35] Sur ce cas, voir Juliette Courmont, L’odeur de l’ennemi…, op. cit.

[36] Henri d'Estre, D'Oran à Arras. Impressions de guerre d'un officier d'Afrique, Paris, Plon, 1916, p. 249.

[37] Lettre du 7 juillet 1916, dans Le capitaine Augustin Cochin, quelques lettres de guerre, Paris, Bloud et Gay, 1917.

[38] « Les Bleus en Bretagne », dans Adolphe Gysin, Les bleus en bleu, Landerneau, Desmoulins, 1915, p. 20-22. Le poème est daté de mai 1915.

[39] Renaud de La Frégeolière, À tire d'ailes, carnet de vol d'un aviateur et souvenirs d'un prisonnier, Paris, Plon, 1916, p. 117-118. Sur la question de la rousseur et des représentations négatives qui lui sont associée : Yvonne Verdier, Façons de dire, façons de faire. La laveuse, la couturière, la cuisinière, Paris, Gallimard, 1979, p. 46-49.

[41] Emmanuelle Danchin, « Destruction du patrimoine et figure du soldat allemand dans les cartes postales de la Grande Guerre » dans Amnis [En ligne], 10 | 2011, mis en ligne le 3 mai 2011. URL : http://amnis.revues.org/1371 (lien consulté le 19 mai 2015).

[42] Sur Gallica : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b55001715b (lien consulté le 19 mai 2015).

[43] Outre les exemples cités, voir Nicolas Beaupré, Écrits de guerre, op. cit., p. 251-268.

[44] George L. Mosse, De la Grande Guerre au totalitarisme. La brutalisation des sociétés européennes, Paris, Hachette, 1999. Sur ce livre et les nombreux débats qu’il a suscités, parmi les très nombreux articles qui lui sont consacrés : Annette Becker « Barbarie de la Grande Guerre » (à propos du livre de Georges L. Mosse), dans L’Histoire, n° 241, 2000, p. 23 ; Antoine Prost, « The Impact Of War On French And German Political Cultures », dans The Historical Journal, n° 37/I, 1994, p. 209-217 ; et Nicolas Beaupré, Le Traumatisme de la Grande Guerre 1918-1932/33, Villeneuve d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, coll « Histoire franco-allemande » (vol. 8),2012, chapitre 8.

[45] André Salmon, Le chass'bi, Paris, Perrin, 1917, p. 97.

[46] Paul Voivenel et Paul Martin, La guerre des gaz, Paris, La Renaissance du Livre, 1918, p. 10, et p. XV.

[47] Edmond Cazal, Voluptés de guerre, Paris, L’Édition française illustrée, 1918, p. 169.

[48] François-Louis Bertrand, Une voix dans la mêlée, Didier, Éditions de La Grande Revue, 1918, p. 141-143

[49] Jacques Péricard, Debout les morts, souvenirs et impressions d'un soldat de la Grande Guerre, Pâques rouges, vol. 2, Paris, Payot, 1918, p. 57.

[50] Renaud de La Frégeolière, À tire d'ailes, carnet de vol d'un aviateur et souvenirs d'un prisonnier, Paris, Plon, 1916, p. 57.

[51] D. Bertrand de Laflotte, Dans les Flandres, Paris, Bloud et Gay, 1917, p. 102.

[52] Max Begouën, Beauté de la guerre, dans Quelques poèmes à la gloire de l'armée française, Toulouse, Imprimerie Douladoure, 1917, p. 33-37, poème daté du 7 décembre 1916.

[53] Antoine Rédier, Méditations dans la tranchée, Paris, Payot, 1916.

[54] Pour un autre exemple symétrique, cette fois dans la littérature allemande à propos de l’exécution de prisonniers anglais, voir notre article : Nicolas Beaupré, « Comment dire la violence interpersonnelle en 1914-1918 ? Deux exemples tirés de l’ouvrage de Friedrich Loofs, Der Hauptmann (1916) », dans Revue d’histoire de la Shoah, n° 189, juil./déc. 2008, p. 267-276 et également Nicolas Beaupré, « Écrire pour dire, écrire pour tuer, (…) », op. cit. et Stéphane Audoin-Rouzeau, « Pratiques et objets de la cruauté sur le champ de bataille », dans Nicolas Beaupré, Anne Duménil, Christian Ingrao (dir.), 1914-1945. L’ère de la guerre, t. 1 : Violence, mobilisations, deuil, Paris, Agnès Viénot, 2004, p. 73-84.

[55] Jean Marot, Ceux qui vivent, Paris, Payot, 1919, p. 100.

[56] Cité d’après Stéphane Audoin-Rouzeau, « Pratiques et objets de la cruauté… », op. cit., p. 84.

[57] Voir notamment : Stéphane Audoin-Rouzeau, Annette Becker, 14-18. Retrouver la guerre, Paris, Gallimard, 2000.

[58] C’est là toute la question très disputée de la « brutalisation ». Cf. G.L. Mosse, De la Grande Guerre au totalitarisme…, op. cit.

[59] Michel Foucault, op. cit., p. 174.

[60] Alexandre Sumpf évoque ainsi l’importation en Russie du thème des « atrocités de l’ennemi » avec un succès somme toute mitigé : Alexandre Sumpf, La Grande Guerre oubliée. Russie 1814-1918, Paris, Perrin, 2014, p. 240-248.

[61] On peut mentionner ici notamment les véhémentes protestations contre le voyage à Stockholm de cinq savants allemands, dont Fritz Haber, pour y retirer les prix Nobel obtenus pour les années 1914-1919, mais aussi le long boycott de la science allemande dans les années 1920qui s’étendit parfois bien au-delà de l’année 1924 lorsque s’apaisèrent les relations franco-allemandes. Voir Gabriele Metzler, « „Welch ein deutscher Sieg!“ Die Nobelpreise von 1919 im Spannungsfeld von Wissenschaft, Politik und Gesellschaft », dans Vierteljahrshefte für Zeitgeschichte, n° 44, 1996, p. 173-200. Voir également Dominique Pestre, Physique et physiciens en France, Paris, Éditions des archives contemporains, 1984. Dans le cas particulier de Fritz Haber, il peut revenir en France en 1927, mais le souvenir d’Haber comme inventeur des gaz de combat resta si vivace que l’administration française refusa en 1937, après enquête, la naturalisation à Hermann Haber, le fils de Fritz Haber qui vivait en France, très vraisemblablement uniquement en raison de son ascendance : Voir Fritz Stern, Grandeurs et défaillances de l’Allemagne du XXe siècle. Le cas exemplaire d’Albert Einstein, Paris, Fayard, 2001, p. 307-315.

Nicolas Beaupré

Spécialiste de la Grande Guerre et de ses conséquences en France et en Allemagne, Nicolas Beaupré est maître de conférences à l’université Blaise-Pascal (Clermont-Ferrand), il est membre de l’Institut universitaire de France (IUF) et du Centre international de recherche de l’Historial de la Grande Guerre. Il a notamment publié : Écrits de guerre 1914-1918 (CNRS Éditions, 2014) ; Les Grandes Guerres 1914-1945 (Belin, 2012) ; Le traumatisme de la Grande Guerre. Histoire franco-allemande 1918-1933 (Villeneuve d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 2012).

Mots clefs : Première Guerre mondiale ; image de l’ennemi ; barbare ; brutalisation ; cruauté.

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  • ISSN 1954-3670