Histoire@Politique : Politique, culture et société

Le dossier

L'Europe en barbarie

Coordination : Sylvain Kahn et Laurent Martin

« Un cri d’horreur venu des abysses ». Passeurs de l’indescriptible : Lemkin, Fry, Karski, 1941-1944

Annette Becker
Résumé :

Un certain nombre d’hommes, Varian Fry, Raphaël Lemkin ou Jan Karski, plus nombreux que ce que l’on croit savoir d’ordinaire, (...)

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« L’atmosphère était chargée de miasmes, d’odeurs, d’excréments, de saleté et de putréfaction. (…) Les malheureux, fous de terreur, grimpaient sur les têtes et les épaules de leurs compagnons. (…) Les os craquaient et les hurlements devenaient insensés. (…) Le plancher du train avait été recouvert d’une épaisse couche de poudre blanche, c’était de la chaux vive. (…) La chaux ici était employée par les Allemands dans un double dessein d’économie et de cruauté. (…) Ceux qui se trouvaient dans le train seraient brûlés lentement jusqu’aux os. (…) Le camp était paisible maintenant. Seuls les hurlements inhumains venant du train rompaient le silence. Puis cela aussi cessa et il ne resta plus que l’odeur douçâtre et écœurante du sang répandu. La terre saignait[1]. »

Jan Karski relate la barbarie dont il a été témoin en juillet 1942 dans la « gare » de triage humain de Izbica Lubelska, qu’il a prise alors pour le centre de mise à mort de Belzec, avant d’effectuer une mission fort périlleuse vers le gouvernement polonais en exil à Londres[2]. Arrivé au Royaume-Uni puis aux États-Unis, il a dit et redit cette barbarie sous diverses formes, rencontré des officiels et des intellectuels, parlé à la radio, publié des articles et un ouvrage. D’autres que Jan Karski, plus nombreux que ce que l’on croit savoir d’ordinaire, sont devenus les passeurs de cette barbarie, ainsi Varian Fry ou Raphaël Lemkin. Tous ces porteurs de l’indescriptible ont eu la certitude qu’ils avaient échoué à convaincre et se sont sentis des messagers au message inaudible[3].

Revenons à leurs récits en mots et en images et à leur réception. Les photographies, en particulier, sont difficiles à identifier et elles proviennent souvent des bourreaux. Pourquoi n’avait-on pas, pendant la guerre, les outils sensibles et conceptuels pour rendre pensable l’impensable barbare et croire ceux qui en apportaient les figures ? On suivra ici regards et perceptions et on tentera de restituer ce que n’ont pas voulu, ou pu, comprendre les interlocuteurs des messagers. Par quelles certitudes acquises ? Quels refus ? Quels blocages ?

Raphaël Lemkin forme le premier jalon de cette réflexion. En 1941, le juriste polonais qui a trouvé asile aux États-Unis prend connaissance du discours radiophonique prononcé le 24 août par Churchill, deux mois après l’invasion de l’URSS :

« L’agresseur se comporte avec une cruauté extraordinaire. Au fur et à mesure que les armées avancent, des districts entiers sont exterminés. Des dizaines de milliers d’exécutions – littéralement des dizaines de milliers – sont perpétrées par les unités de police allemandes contre des patriotes russes qui dirigent leur sol natal[4]. (…) Nous sommes en présence d’un crime qui n’a pas de nom. »

Raphaël Lemkin allait donner un nom à ce crime, celui de « génocide », en poursuivant ses travaux des années 1920 et 1930 sur les crimes contre les civils commis pendant la Première Guerre mondiale, dont l’extermination des Arméniens, tout en les liant à ce qu’il comprenait  de l’Europe désormais occupée par les nazis.

Lemkin, Karski, comme d’autres passeurs de la catastrophe, ont souvent mis en avant l’incrédulité de leurs interlocuteurs devant les récits des atrocités contre les Polonais et les juifs qui leur rappelaient ce qu’on croyait alors être totalement mythique, les « atrocités allemandes » de la guerre précédente. La nouvelle historiographie de la Première Guerre mondiale, qui a depuis une vingtaine d’années séparé les rumeurs des réalités des crimes contre les civils entre 1914 et 1918, permet aussi de comprendre le rejeu du phénomène – dans l’extrême – à partir de 1939.

« Warning, Some Images May Cause Distress »

Dans un dossier du Foreign Office aux Archives nationales britanniques se trouvent des photographies qui ont été apportées en Angleterre, en mars 1942, sous forme de micro-films par des courriers de la résistance, comme Jan Karski : des corps dans des ghettos – il s’agit du ghetto de Varsovie –, des enfants morts, des tas de cadavres d’une maigreur de cachectiques ; des clichés si atroces à regarder que les archivistes ont collé une étiquette sur le dossier pour prévenir les chercheurs au moment de leur déclassification en 1972 : « Warning, some images may cause distress[5]. » Pourtant, ceux qui découvraient ces photographies avaient vu depuis longtemps des images de l’ouverture des camps de concentration et d’extermination. Sur plusieurs des clichés, on remarque par exemple un de ces petits chariots – si familiers depuis 1945 – sur lesquels sont empilés des cadavres, ou plutôt des restes humains faits d’os et de peau[6]. En 1942, les diplomates du Foreign Office ont décrit ces clichés comme horrible ou horrific. L’un d’eux a noté en marge : « Nous ne voulons plus jamais voir de telles images. » Or, ces officiels n’étaient pas les seuls à avoir vu ces images,  à avoir lu de telles descriptions dans le secret des télégrammes diplomatiques et des interrogatoires des courriers de la résistance[7]. Car les mêmes images exactement ont été publiées au temps réel de leur livraison dans des brochures en vente libre dans tous les points de vente de Londres. La plus importante rétrospectivement du fait de son auteur, Szmul Zylgelbojm, est Stop Them Now, German Mass Murder of Jews In Poland[8].

Les mêmes dossiers d’archives contiennent un discours du général Sikorski, Premier ministre du gouvernement polonais en exil, radiodiffusé le 9 juin 1942 et traduit en français. Sur sept pages dactylographiées, plus de six concernent les atrocités et les brutalités des Allemands contre les Polonais en général ; un seul paragraphe tout à fait précis sur le sort des juifs semble illustrer les photographies, ce qui prouve que Sikorski avait reçu et regardé les mêmes documents. À la date de juin 1942 – Jan Karski n’a pas encore quitté la Pologne pour sa mission –, les autorités polonaises en exil non seulement connaissaient, mais reconnaissaient, la spécificité du massacre des juifs :

« La population juive de Pologne est condamnée à l’extermination conformément au principe que "tous les juifs doivent être massacrés quelle que soit l’issue de la guerre". De véritables boucheries en masse ont eu lieu cette année à Lublin, Wilno, Lwov, Stanislawow, Rzeszow et Miechow. Dans les ghettos institués par le Reich on laisse les habitants mourir de faim, on exécute en masse et on fusille même les malades atteints du typhus. »

Le débat historique sans fin sur le « qui savait quoi ? » ne s’était-il pas périmé de lui-même dès avant d’exister, dès 1941, lentement, et de façon sûre en 1942[9] ? On savait. Mais on ne savait pas que l’on savait ; on avait la possibilité de voir, mais on ne pouvait pas voir ce que l’on voyait. Un article remarquable publié par Varian Fry[10], tout juste rentré aux États-Unis après son expulsion de la France de Vichy, donne la quintessence de cette constatation par un acteur du sauvetage des juifs en France depuis 1940 :

« Il se passe des choses si atroces que l’honnête homme ne peut y croire, des choses si monstrueuses que le monde civilisé se détourne, incrédule, devant elles. Les bruits récents sur l’extermination systématique des juifs dans l’Europe nazie sont de cet ordre[11]. »

Ainsi on savait, mais on ne savait pas : c’est toute la différence entre l’information et le savoir. En 1978 encore, alors que Jan Karski est interrogé sur le cri de refus – « Je connais l’humanité, je connais l’homme, non non c’est impossible » – du juge à la Cour suprême, Felix Frankfurter[12], il répond :

« Je pense qu’il me croyait bien sûr. Je suis sûr qu’il a fait son possible. Probablement il voulait me montrer combien le monde n’était pas préparé à un problème sans précédent, atroce[13]. »

« Statistics don’t Bleed, it is the Detail which Counts » (Arthur Koestler, 1944)

En Angleterre comme aux États-Unis, l’essentiel des documents entrait dans la catégorie des « atrocités allemandes en Pologne » – c’est comme cela qu’ils sont encore classés dans les archives – avec peu de mentions spécifiques sur les juifs, malgré les détails irréfutables sur l’extermination de communautés entières. Gagner la guerre puis punir les criminels de guerre, c’était toujours ce qui était mis en avant, il n’était pas question d’entreprendre des actions spécifiques pour sauver les juifs.

Pourtant, dès le début de 1942, et de façon croissante en 1943 et en 1944, de nombreux articles, des commentaires, des livres, ont été publiés aux États-Unis ou en Angleterre, bien plus que les historiens ne l’ont reconnu jusqu’à fort récemment[14]. L’écrivain Arthur Koestler a lu un scénario à la BBC préparé à partir des dires de Jan Karski, puis publié une fiction, Arrival and Departure[15], dans laquelle il relate de façon très romancée ce que le Polonais appelait « le train de mort » de Belzec. George Orwell a alors affirmé que c’était « l’une des descriptions les plus choquantes sur le terrorisme nazi qui ait jamais été écrite[16] ».

Mais il est plus facile de dire que l’on ne savait pas que l’on savait que d’expliciter pourquoi on ne comprenait pas ce que l’on savait. En 1944, Koestler toujours, à propos du même genre de photographies et de témoins : 

« Des gens sont morts pour sortir ces photographies de Pologne. (…) Et quand on interroge les citoyens américains neuf sur dix répondent que c’est de la propagande et qu’ils n’en croient pas un mot[17]. »

On aurait pu penser que des photographies et, bien plus, les récits des témoins oculaires, auraient pu être le moyen de dépasser les mensonges et les refus. Pourquoi cela ne s’est-il pas produit ?

« But Unfortunately the Truth about Atrocities is far worse than that they are Lied about and made into Propaganda. The Truth is that they Happen » (George Orwell)[18] 

Au-delà de ce que Raul Hilberg a appelé « cécité fonctionnelle » – cette confusion entre les atrocités nazies en général et la spécificité de l’extermination des juifs, compréhensible dans le cadre des horreurs et des souffrances endurées partout et par tous – un retour sur les atrocités et la propagande sur les atrocités depuis le début du XXe siècle s’impose. George Orwell s’est intéressé à celles de la guerre d’Espagne, toutes récentes, mais ce sont surtout celles de la Première Guerre mondiale qui prennent ici tout leur sens : on doit mesurer l’impact très fort des réalités, des mensonges, des rumeurs et de la propagande du conflit terminé à peine vingt-cinq ans auparavant sur tous les belligérants, encore imprégnés par la Grande Guerre, ce qui a été bizarrement négligé jusqu’ici.

Nombreux sont ceux qui partagent la certitude d’une barbarie allemande éternelle et continuée[19]. Ainsi Sikorski dans le discours déjà cité :

« Les Allemands ont toujours professé leur foi dans la force brutale et leurs invasions ont été marquées par des torrents de sang. Ils se garderont de renverser le régime hitlérien car il convient le mieux à leur caractère national qui libère les forces occultes de l’Allemagne. L’année 1918 ne se répètera donc pas cette fois[20]. »

Sikorski, comme nombre de ses contemporains anciens combattants de la Grande Guerre[21], voit les atrocités nouvelles dans le prolongement de celles du conflit précédent ; ce n’est pas étonnant de la part du nationaliste polonais qui avait commencé par servir, entre 1916 et 1918, dans l’armée austro-hongroise avant de s’illustrer dans la guerre polono-bolchévique, cette continuation de la Guerre mondiale à l’Est.

« Nazi War on Jews. Deliberate Plan for extermination » : le titre du Times du 4 décembre 1942 prouve l’acuité de son information ; on y trouve cité longuement un « mémorandum arrivé à Londres par la résistance polonaise » dans lequel est très clairement affichée la certitude que si « les autres buts de guerre de Hitler échoueront à la fin car la défaite du fascisme allemand est inévitable », en revanche « ce but spécifique, l’extermination totale des juifs, est parfaitement appliqué ». Il s’agit bien du Times, non d’une brochure éditée par le Bund. Le lendemain, le 5 décembre 1942, un courrier de lecteur insiste : on doit absolument agir « contre le projet d’Hitler d’exterminer tous les juifs ». Or ce lecteur anonyme a choisi à dessein un titre qui évoque immédiatement la Première Guerre mondiale : « Nazi War on Jews. The New Barbarism. Response of Civilized World ». Quatre-vingt-treize intellectuels allemands avaient en effet signé, en octobre 1914, « l’appel au Monde civilisé » pour défendre leur pays, leur « Kultur » contre les attaques dues à la propagande dont ils se percevaient les victimes injustes : « Il n’est pas vrai que… » disaient-ils en une anaphore destinée à nier les atrocités d’août et du début septembre 1914 en Belgique. Le lecteur du Times rappelle tout cela et affirme que cette fois, en 1942, il s’agit d’une atrocité, aussi singulière qu’au singulier : « C’est une horreur qu’aucune imagination ne peut saisir (…) C’est une atrocité dont on ne trouve pas de parallèle même dans les temps les plus barbares. »

Au même moment, d’autres interlocuteurs des courriers polonais à Londres pensent exactement le contraire : tout cela ne pouvait être vrai, c’était tout au plus largement exagéré. On n’allait pas leur « refaire le coup » des atrocités allemandes de 1914[22]. D’où la floraison de  brochures avec anaphore inverse pour asséner la vérité : « il est vrai que… »

Ces objections sont d’autant moins étonnantes qu’on sait bien que, jusque dans les années 1990, la majorité des historiens pensait encore que l’essentiel des atrocités de la Grande Guerre étaient des inventions de la propagande ; or, en 1942, les polémiques des années 1920 étaient encore très fraîches[23]. Alors comment ceux qui étaient porteurs du message de la barbarie spécifique contre les juifs auraient-ils pu convaincre leurs interlocuteurs britanniques et américains qu’il s’agissait désormais de beaucoup plus qu’un gigantesque pogrom ? Ils se heurtaient encore et encore au refus de croire à ce qui semblait n’être que des rumeurs, particulièrement pour ceux qui avaient baigné dans l’idée qu’ils avaient été abusés pendant la Grande Guerre et qu’on ne les y reprendrait plus. Varian Fry est particulièrement éloquent :

« Nous sommes habitués aux horreurs du passé historique, nous les acceptons (…) comme venant d’un âge moins éclairé que le nôtre. Quand de telles choses se passent dans notre propre temps, comme les massacres d’Arméniens, nous pensons que cela est dû à des peuples encore semi barbares. Mais que de telles choses puissent être perpétrées par nos contemporains d’Europe occidentale, héritiers de la tradition humaniste, semble à peu près impossible. Notre scepticisme a été renforcé par notre expérience des récits d’atrocités de la dernière guerre[24]. »

De nombreux membres du Parlement britannique, des intellectuels, comme Wells, ainsi que les Américains les plus cultivés, voire les plus motivés, réagissaient ainsi.

« Qu’a-t-on fait, afin d’éviter un nouveau régime des Huns en Europe[25] ? »

Au moment où les spécialistes du nazisme redécouvrent l’importance de la Grande Guerre chez les bourreaux[26], il est temps que ce passé soit exploré aussi du côté des victimes et des by-standers, ceux qui se trouvaient là, témoins ou complices, sur place ou très loin. Les rumeurs sur les atrocités sont un point d’entrée fascinant.

Au début de la guerre, Varian Fry lui-même est largement persuadé – et comment ne le serait-il pas quand, tout au long des années 1920, on avait martelé qu’elles l’étaient – que l’essentiel des atrocités de la Grande Guerre étaient rumeur et propagande ; il avoue son propre scepticisme à « croire » aux première atrocités nazies. Mais en 1942, il est convaincu : même si les nazis perdent la guerre mondiale, ils auront gagné la guerre en Europe. Il revient alors à une situation spécifique de la Grande Guerre, celle des territoires occupés où les duretés et les atrocités n’avaient pas duré que le temps de l’invasion de 1914, mais s’étaient continuées sous formes de réquisitions, de travail forcé, de déportations de populations et avaient culminé lors de la retraite de 1918 et l’évacuation de ces territoires par les dernières destructions :

« Lorsque nous nous souvenons que, alors même que la guerre de 1914-1918 était perdue et que l’armée allemande était en retraite dans la confusion la plus totale sur le front ouest, elle trouva encore le temps, et la volonté, de détruire, de façon tout à fait gratuite les usines, et d’inonder les mines sur son chemin, nous pouvons fort bien croire que, cette fois, ce sera encore plus total, encore plus déchaîné. »

Mais cet avertissement de la Grande Guerre a été à peu près oublié, sauf par les victimes elles-mêmes et par une poignée de juristes et de publicistes, qui, en Grande-Bretagne ou aux États-Unis, réfléchissent à la spécificité des occupations militaires et à ce qu’on appelait alors l’extermination des Arméniens. Parmi cette poignée de penseurs, un homme consacrait toute son énergie à comprendre ce qui se passait dans l’Europe qu’il avait pu fuir à temps dans une odyssée incroyable de la Pologne à l’Alaska en 1940-1941, Raphaël Lemkin. Le juriste a discerné très tôt ce que la Seconde Guerre mondiale a si terriblement prouvé et qu’il étudierait dans son livre Axis Rule où il publierait pour la première fois le mot « génocide[27] » : que l’extermination n’était pas une cruauté accidentelle mais l’essence de ce type de guerre contre les civils, dans la volonté d’homogénéiser peuples et religions. Raphaël Lemkin, tout en se plaçant dans la lignée des dénonciations par les autorités françaises et belges des « atrocités » des occupations de 1914-1918, a compris que des populations considérées comme « suspectes », et de ce fait marginalisées, risquaient le pire en temps de guerre. Or c’est dans l’Empire ottoman et dans l’Empire russe que les terreurs « barbares » des années 1914-1918 avaient été le plus terribles. Raphaël Lemkin l’a perçu dès 1921, au moment où il se passionne pour le procès de Soghomon Tehlirian qui a tué sur commande[28] Talaat Pasha, un des responsables de l’extermination des Arméniens, exfiltré en 1919 à Berlin. En 1926, Shalom Schwarzbard assassine à Paris Simon Petlioura, principal organisateur des pogroms de 1918-1920 en Ukraine. Un Arménien et un juif dont les familles avaient été victimes des crimes collectifs entre 1915 et 1920 se sont fait justice en une vengeance individuelle dans les pays où ils avaient trouvé refuge, l’Allemagne et la France. On ne pouvait ni les condamner ni les acquitter ; aussi, dans les deux cas, ils furent jugés irresponsables de leurs actes. Pour Lemkin, on ne pouvait pas permettre que chacun se fît justice, quelle que fût la justesse de sa cause. Il fallait donc une loi internationale. À Madrid, en 1933, lors de la Ve conférence pour l’unification du droit pénal international, la spécialité de Lemkin, le juriste franchit une étape importante dans sa réflexion : il propose de nommer « actes de barbarie » et « actes de vandalisme » les atteintes spécifiques contre les civils[29].

Lemkin est allé alors aussi loin qu’il a pu sur le chemin d’une formule juridique réfléchissant à la fois aux crimes contre des individus appartenant à certaines collectivités et contre des cultures. « Les actions de ce genre (…) constituent un danger général, interétatique, vu le caractère contagieux de toute psychose sociale. Pareilles à des épidémies, elles peuvent passer d’un État à l’autre[30]. » Le vocabulaire médical est bien typique des années 1930, où la biologisation de la pensée contamine jusqu’aux contempteurs de la « peste brune ». On voit cependant combien Raphaël Lemkin dépasse tout ce sur quoi les juristes avaient déjà travaillé depuis les conférences de La Haye, et qui avait été totalement bouleversé par le premier conflit mondial. Hélas, en 1933, personne ne fit attention à lui, comme le regrette le Washington Post en 1944 :

« Had his proposal been adopted, Sir Cecil Hurst and his United Nations War Crimes Commission would not now be so hard put to it to determine the guilt of Nazi oppressors[31]. »

Dès 1940, Lemkin dénonce les exactions et les crimes d’occupation des nazis. À Riga, au cours de son exode depuis la Pologne vers les États-Unis, il a rencontré l’historien juif Simon Dubnov[32] qui réfléchissait depuis le milieu des années 1930 sur la « barbarie » des nazis[33]. Quand il invente le mot « génocide », le fin linguiste Lemkin n’hésite pas à recourir à un barbarisme linguistique, mixte de latin et de grec, pour définir plus précisément ce qu’il avait appelé auparavant le  « crime de barbarie ». Ainsi, Raphaël Lemkin a repris le substrat intellectuel de la Grande Guerre depuis les débuts de  son œuvre de juriste jusqu’à sa gestation du mot « génocide »[34]. Il s’appuie sur les précédents des vraies-fausses rumeurs sur les atrocités de 1914 aux déportations pour le travail. Son univers mental reste celui des années de la Première Guerre mondiale et des années suivantes.

Au même moment, depuis les ghettos de Pologne où les nazis les avaient enfermés, des juifs témoignaient de cette même culture enracinée dans le précédent de 1914-1918. Calel Perechodnik rappelait avec l’énergie du désespoir que cette fois la Greuelpropaganda, la propagande sur les « atrocités allemandes » de la Grande Guerre, avait été largement dépassée. On assassinait vraiment, sa femme et son enfant étaient vraiment montés dans les wagons en direction de Treblinka[35]. La fiction puissante de Franz Werfel sur l’extermination des Arméniens, Les Quarante Jours du Mussa-Dagh (1933), était lue aussi, comme le relate Emmanuel Ringelblum, en décrivant l’intensité de la vie intellectuelle du ghetto et la frénésie d’intérêt pour le premier conflit mondial :

« Le lecteur sérieux s’intéresse fort à la littérature de guerre. On lit les mémoires, tels ceux de Lloyd George, les grands romans de la guerre 1914-1918 et ainsi de suite. On savoure les pages traitant de l’année 1918 et de la défaite allemande. On cherche des comparaisons avec les temps actuels, on cherche à prouver que la défaite de l’invincible armée allemande est proche. (…) J’ai relu pour ma part récemment le grand ouvrage de Van der Meersch sur l’occupation allemande en France et en Belgique. À chaque page, la comparaison s’impose avec l’époque actuelle, bien plus terrible encore que celle de la guerre précédente. Une chose reste identique : les pillages et l’oppression impitoyable et froide de la population civile des pays occupés. La population avait été mise en esclavage et contrainte à travailler tout comme de nos jours. Après la lecture de ce livre, la question surgit : qu’a-t-on fait, afin d’éviter un nouveau régime des Huns en Europe[36] ? »

Aujourd’hui, on sait que la plupart des récits sur les atrocités de 1914-1918 étaient vrais, ou plus exactement que les mythes, comme ceux concernant les mains coupées des enfants, avaient pris dans l’après-guerre la place de la réalité, celle des meurtres et des viols de l’invasion, celle des déportations et du travail forcé du temps des occupations, sans compter le refoulement et l’occultation de l’extermination des Arméniens. Ces oublis, ces camouflages, ont rendu opaque ce qui aurait permis de comprendre les points communs observables durant la Deuxième Guerre mondiale ; l’une des racines de l’impossibilité de comprendre l’extermination des juifs en temps réel est aussi un blocage épistémologique né dans et de la guerre précédente. Reste une contradiction : si l’univers mental né du premier conflit mondial a dans la majorité des cas empêché la compréhension en temps réel du génocide des juifs, il a, à l’inverse, contribué à la lucidité précoce de certains des « passeurs de l’indescriptible ». Lemkin, comme Karski ou Fry, sont des exemples paradigmatiques de témoins oculaires devenus des témoins moraux, prêts à prendre tous les risques pour dire et faire passer le message[37]. Varian Fry n’a jamais retrouvé une place à la hauteur de son courage une fois expulsé vers les États-Unis, pire il a été surveillé par les autorités de son pays pendant toute la guerre. Raphaël Lemkin a précisément créé le mot « génocide » au nom des juifs exterminés tout en étant persuadé que son deuil personnel ne serait possible que s’il était porté au nom de l’humanité tout entière et de son passé. Jan Karski a vu sa vie bouleversée quand le jeune résistant polonais très catholique rencontra des juifs qui lui firent regarder en face, en 1942, l’extermination en action dans le ghetto de Varsovie et à Izbica[38]. Pas plus que Lemkin, Karski ne put retourner en Pologne après sa mission en Angleterre et aux États-Unis. Tous deux devinrent des réfugiés, comme tant d’autres, en quelque sorte des réfugiés du message de barbarie.

Paul Ricœur a remarquablement synthétisé leur indignation, leur analyse, et notre effroi devant tant de barbarie :

« Le conflit entre l’explication qui relie et l’horreur qui isole (…) ne doit conduire à aucune dichotomie ruineuse entre une histoire, qui dissoudrait l’événement dans l’explication, et une riposte purement émotionnelle, qui dispenserait de penser l’impensable. Plus nous expliquons historiquement plus nous sommes indignés ; plus nous sommes frappés par l’horreur, plus nous cherchons à comprendre[39]. »

 

Pour citer cet article : Annette Becker, « "Un cri d’horreur venu des abysses." Passeurs de l’indescriptible : Lemkin, Fry, Karski, 1941-1944 », Histoire@Politique, n° 26, mai-août 2015, www.histoire-politique.fr

Notes :

[1] Jan Karski, Mon témoignage devant le monde, Histoire d’un État clandestin, (traduction du livre publié en 1944, avec changement de titre en français), Robert Laffont, 2010, p.296-297. Voir l’excellente revue en ligne, PL.IT, Rassegna Italiana Di Argomenti Polacchi, n° 5, 2014, « Jan Karski » dirigé par Luca Bernadini.

La citation du titre est extraite de la revue critique du livre de Jan Karski, Story of a Secret State (Mac Millan, 1944) publiée dans la Polish Review du 18 janvier 1945.

La première version de ce texte a été présentée le 27 septembre 2014, lors du congrès de l'Association pour le développement culturel (ADHC.) Je remercie Évelyne Cohen et Pascal Ory pour leur invitation, et Laurent Martin pour m’avoir proposé de publier cette version remaniée dans Histoire@Politique.

[2] Pour une étude précise sur les difficultés émanant du témoignage de Karski depuis 1942 jusqu’à Shoah et au-delà, voir Annette Becker, Messagers de la catastrophe, Paris, Fayard (à paraître).

[3] Pour un bilan remarquable sur la perception de la Shoah par les victimes juives : Jürgen Matthaus, Emil Kerenji, Jan Lambertz, Leah Wolfson (eds), Jewish Responses to Persecution, vol.  III : 1941-1942, AltaMira Press and USHMM, 2013.

[4] Il s’agit des Einsatzgruppen sur lesquels Churchill a des informations très précises puisque les Britanniques ont percé en juillet 1941 le code Enigma et qu’ils lisent les rapports de tueries. Churchill ne sait pas – ou ne veut pas savoir – qu’il s’agit d’exécutions de juifs, il parle de « patriotes russes. »

[5] Archives de Kew, FO, 371, 31097. Le dossier contient aussi des photos de prisonniers de guerre soviétiques.

[6] Imre Kertesz les décrit par exemple dans Être sans destin.

[7] Aujourd’hui il est très facile de retrouver les mêmes photographies dans les collections consacrées à l’extermination des juifs européens, au United States Holocaust Memorial Museum (Washington), à Yad Vashem (Jérusalem) et à Varsovie où  les archivistes ont acquis des copies des microfilms emportés par les passeurs qui avaient été préparés et préservés en Pologne au risque de la vie de nombreux résistants.

[8] La brochure valait 1d (un centime). Lord Wedgwood en a rédigé la préface : « Les Huns et les Mongols, Tamerlan et sa montagne de crânes, tous ces démons d’autrefois étaient des exemples de chevalerie à côté de ces monstres assoiffés de sang en lesquels Hitler a convertis les Allemands dans les délices de torture inspirés de la religion de la race. »

[9] Il n’est pas question de revenir ici sur cette question. Pour une mise au point récente grâce aux ressources du documentaire, voir le remarquable film de Virginie Linhart, Ce qu’ils en savaient, les Alliés face à la Shoah, DVD Éditions Montparnasse, 2014 (documentaire diffusé en 2012), et David Bankier (dir.), Les services secrets et la Shoah, Paris, Nouveau Monde éditions, 2014 (2006 en anglais).

[10] Varian Fry, Surrender on Demand, 1945, Boulder, Johnson Book, 1997. Annette Becker, « Réfugiés sur les chemins de Dieulefit », dans Bernard Delpal (dir.) « En attendant la liberté ». Refuge, art, Résistance, Allemagne-Dieulefit, 1939-1945, Dieulefit, Éditions Patrimoine, Mémoire, Histoire (PMH), 2013.

[11] Varian Fry, « Le massacre des juifs », New Republic, 21 décembre 1942. Article reproduit dans une traduction de Claire Darmon, dans le dossier proposé par Annette Becker, « L’extermination des Arméniens pensée de la Grande Guerre aux années cinquante », Revue d’histoire de la Shoah, « Se souvenir des Arméniens, 1915-2015 », n° 202, mars 2015.

[12] Jan Karski cite très brièvement Felix Frankfurter dans son livre de 1944, ce n’est qu’avec Shoah que le personnage prend de l’importance dans le récit-Karski. Voir Annette Becker, « Devenir Karski, l’usage des interviews filmées », dans Alain Kleinberger, Philippe Mesnard (dir.), La Shoah, théâtre et cinéma, aux limites de la représentation, Bruxelles, Kimé, 2012, et Rémy Besson, La mise en récit de Shoah, thèse de doctorat, EHESS, 2012. Quant au journal et à la correspondance de Frankfurter, en partie hélas lacunaires pour cette période, ils ne comprennent aucun mot sur cette rencontre avec Karski (archives de la Library of Congress).

[13] Rushes de Shoah conservés au United States Holocaust Memorial Museum de Washington, p. 61 du dactylogramme et bande magnétique.

[14] Pour une très belle synthèse récente sur le sujet : Richard Breitman, Allan J. Lichtman, FDR and the Jews, Cambridge, MA, Belknap of Harvard University Press, 2013.

[15] Première édition, 1943. En français, Croisade sans croix, Arrival and Departure, Paris, Calmann-Lévy, 1946. 

[16] Manchester Evening News, 9 décembre 1943, repris dans George Orwell, I Have Tried to Tell the Truth. George Orwell a aussi écrit un essai sur le livre en 1944. George Orwell, "Arthur Koestler" Critical Essays, London, Secker and Warburg, 1946.

[17] Arthur Koestler, « The Nightmare That Is a Reality », The New York Times, 9 janvier 1944.

[18] George Orwell, « Looking Back On The Spanish War », repris en français dans Essais, articles, lettres, vol. II, Paris, Éditions Ivrea, 1996, p. 315-318.

[19] Voir l’article de Nicolas Beaupré dans le même dossier.

[20] Discours radiodiffusé du général Sikorski, 9 juin 1942, p. 6. Cité plus haut, dossier d’archives à Kew.

[21] On peut rappeler ici les mêmes certitudes de Churchill et de De Gaulle sur la « guerre de trente ans » : « La guerre contre l’Allemagne a commencé en 1914. Le traité de Versailles n’avait en fait rien terminé. Il n’y a eu, de 1918 à 1936, qu’une suspension d’armes, au cours de laquelle l’ennemi refit ses forces d’agression… En réalité le monde fait la guerre de trente ans, pour ou contre la domination universelle du germanisme… Quant à l’avenir, nous en répondons. À mesure que les peuples libres, dont, depuis 1914, la France fut l’avant-garde, parviendront à l’affranchir, nous répondons de son effort guerrier qui ne cessera pas de grandir jusqu’à devenir, sans doute, décisif. » (18 septembre 1941, radio de Londres, Charles de Gaulle, Discours et messages, tome 1, Pendant la guerre, Paris, Plon, 1970, p. 102-103).

[22] Annette Becker, « Suppressed Memory of Atrocity in World War One and its Impact on World II », dans Doris Bergen (ed.), Lessons and Legacies, VIII : From Generation to Generation, Evanston, IL., Northwestern University Press, 2008.

[23] Voir le travail pionnier de John Horne et Alan Kramer, 1914, Les atrocités allemandes, Paris, Tallandier, 2005. Le sous-titre de l’édition originale, A History of Denial (Yale University Press, 2001), a malheureusement été omis en français. Annette Becker, Les Cicatrices rouges, France et Belgique occupées, 1914-1918, Paris, Fayard, 2010.

[24] Varian Fry, « Le massacre des Juifs », art. cit., p. 816. Thomas Weber, La Première Guerre d’Hitler, Paris, Perrin, 2012.

[25] Emmanuel Ringelblum cite Invasion 14 paru en 1935. Emmanuel Ringelblum, Chronique du ghetto de Varsovie, Paris, Payot, coll. « Petite bibliothèque Payot », 1995 [1958], p. 312-313. Texte aussi dans Léon Poliakov, Bréviaire de la haine, Le IIIe°Reich et les juifs, Bruxelles, Complexe, 1986, p. 113 (première édition 1951).

[26] Gerd Krumeich (ed.), Nationalsozialismus and Erster Weltkrieg, Essen, Klartext-Verlag, 2010. Christian Ingrao, Croire et détruire, les intellectuels dans la machine de guerre nazie, Paris, Fayard, 2009.

[27] Raphaël Lemkin, Axis Rule in Occupied Europe : Laws of Occupation - Analysis of Government - Proposals for Redress, Washington, D.C., Carnegie Endowment for International Peace, 1944. (La préface est datée de 1943.) Chapitre IX : « Genocide ».

[28] Il s’agit de l’opération Némésis, « vengeance », dont bien sûr Lemkin n’a pas connaissance.

[29] Il est d’ailleurs empêché de se rendre à Madrid, car le gouvernement polonais est en train de négocier un pacte de non-agression avec Hitler et de se lancer dans une nouvelle politique antisémite. Un journal accuse Lemkin de ne se soucier en tant que juriste que de sa propre « race » par ses soit-disant tentatives de protection des victimes en général. 

[30] BNF 8E pièce 609 8 p. Madrid 1933. Ve conférence pour l’unification du droit pénal. Raphaël Lemkin, p. 4-5.

[31] Washington Post, 3 décembre 1944.

[32] Enfermé dans le ghetto de Riga, massacré dans la forêt de Rumbula en décembre 1941.

[33] « Nous pourrions commémorer ainsi le deuxième millénaire de l’établissement des communautés juives en Europe si cette célébration ne venait pas à être perturbée à la veille du troisième millénaire par une réincarnation de ces mêmes Germains barbares qui, à l’époque de Pompée-César, vivaient encore dans un état de semi-barbarie. Ce que nous avons vécu au cours des deux dernières années du régime hitlérien, en 1938-1939, donne l’impression à nombre d’entre nous que nous assistons au début de l’anéantissement du judaïsme européen et que le centre hégémonique de notre peuple devra se transplanter au-delà des mers – en Amérique ou en Asie. » Simon Dubnov, « Que faire quand sonne l’heure d’Haman ? Lettre à la rédaction d’Oyfn Shaydveg » (1939) publiée dans la Revue d’histoire de la Shoah, 2002.

[34] Andy Rabinbach, « Lemkin et le concept de génocide », Revue d’histoire de la Shoah, automne 2008.

[35] Calel Perechodnik, Suis-je un meurtrier ?, Paris, Liana Levi, 1995.

[36] Emmanuel Ringelblum, Chronique du ghetto de Varsovie, op. cit., p. 312-313.

[37] Avishai Margalit, The Ethics of Memory, Cambridge, MA, Harvard University Press, 2002. Id., L’éthique du souvenir, Paris, Flammarion, 2006.

[38] Robert Kuwalek, Belzec, le premier centre de mise à mort, Paris, Calmann-Lévy, 2013.

[39] Paul Ricœur, Temps et Récit, III : Le temps raconté, Paris, Seuil, 1985, p. 272-274.

Annette Becker

Annette Becker est professeur à l’université de Paris-Ouest Nanterre la Défense et membre senior honoraire de l’Institut universitaire de France. Après s’être consacrée principalement à la Grande Guerre, à sa mémoire et ses représentations, à l’histoire de l’humanitaire et du trauma, elle travaille depuis plusieurs années sur les liens entre les deux guerres mondiales, en particulier sur les différents aspects des occupations et des atteintes contre les civils, du génocide des Arméniens à celui des Juifs. Derniers ouvrages parus : La guerre et la foi, 1914-années trente (Armand Colin, 1994 et 2015) ; Les cicatrices rouges, 1914-1918, France et Belgique occupées (Fayard, 2010) ; Biographie de guerre d’Apollinaire, 1914-2009, (Tallandier 2009 et 2014) ; Voir la Grande Guerre, un autre récit (Armand Colin, 2014). Elle a coordonné les trois volumes de l’édition française (Fayard, 2014) de la Cambridge History of the Great War (dir. Jay Winter). À paraître : Messagers du désastre, sur Lemkin et Karski (Fayard 2016).

Mots clefs : atrocités allemandes ; génocide ; extermination ; Première Guerre mondiale ; rumeurs.

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  • ISSN 1954-3670