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Quand la CGT mène campagne. Les élections à la Sécurité sociale de 1983

Valérie Avérous Verclytte
Résumé :

Favorable à la tenue d’élections à la Sécurité sociale, la CGT entendait en 1983 consolider sa présence et son pouvoir dans (...)

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« Chaque élection se joue sur des problèmes spécifiques, qui tiennent à la nature du scrutin, à la conjoncture et à la campagne, susceptibles de peser sur la décision des électeurs[1]. » Ces propos généraux de Jean Chiche et de Nonna Mayer illustrent quelques-unes des singularités des élections à la Sécurité sociale de 1983, véritable événement dans la mesure où les dernières élections sociales remontaient à 1962.

En effet, au grand dam de la CGT (Confédération générale du travail) et de la CFDT (Confédération française démocratique du travail), la réforme Jeanneney de la Sécurité sociale instaure, à partir de 1967, le paritarisme dans la gestion des caisses de Sécurité sociale à travers un nombre équivalent de représentants patronaux – en l’occurrence le CNPF (Conseil national du patronat français) – et syndicaux (CGT, CFDT, CGC, CFTC, FO), revenant ainsi sur la décision de 1945 de confier la gestion de la Sécurité sociale à une majorité salariale par le biais d’élections sociales. Or, cette égalité dans le nombre de représentants permet en réalité au patronat de s’appuyer sur FO (Force ouvrière) et les syndicats réformistes, pour imposer de facto le point de vue patronal. Dès lors, la CGT et la CFDT mènent une guerre ouverte aux ordonnances de 1967, réclamant non seulement le retour à une gestion majoritaire des représentants des salariés, mais également la tenue d’élections.

La victoire de François Mitterrand en 1981 ouvre des perspectives favorables à cette demande, dans un contexte politique jugé très favorable par la direction de la CGT[2]. Le gouvernement décide en effet, malgré les fortes réticences de FO, du patronat, voire des syndicats CGC (Confédération générale des cadres) et CFTC (Confédération française des travailleurs chrétiens), de revenir à une gestion à majorité salariale et de procéder aux élections des gestionnaires syndicaux de la Sécurité sociale (assurance maladie et allocations familiales). D’abord prévues en décembre 1982, elles sont finalement fixées au 19 octobre 1983. Le choix gouvernemental se porte sur le scrutin proportionnel selon la règle du plus fort reste[3], sur des listes présentées par les organisations syndicales représentatives au niveau national, et il est décidé que le vote se tiendra sur le lieu de résidence. L’électorat est estimé à environ 28 millions de personnes ; sont concernés entre autres les salariés, les chômeurs, les retraités, les chefs d’entreprise, les artisans et commerçants, des professions libérales, les ayants droits, les étudiants. Autrement dit, le scrutin est ouvert à d’autres catégories que les seuls salariés.

Si les positions de la CGT dans le domaine de la protection sociale, et plus spécifiquement de la Sécurité sociale, sont arrêtées au niveau national, pour être ensuite déclinées au niveau local, l’organisation et le maillage territorial sont conçus de manière décentralisée, de sorte qu’une grande latitude est laissée au niveau local dans l’organisation et la mise en place de la campagne pour les élections. Bien que cela dépasse le cadre des élections, il est intéressant de signaler que les démarches pratiques entreprises en vue des élections s’inscrivent dans la continuité des revendications portées par la CGT depuis 1967 et, plus largement, dans le cadre d’une reprise en main et d’un renouvellement de l’appareil syndical amorcé avant même son 41e congrès de Lille (du 13 au 18 juin 1982)[4]. C’est à cette date que la direction confédérale entreprend le renouvellement, le renforcement et la formation des cadres induits par la raréfaction des militants et le changement d’attitude vis-à-vis du Parti communiste compte tenu d’intérêts et d’impératifs en partie divergents [5].

En nous appuyant sur la consultation des archives conservées à l’Institut d’histoire sociale (IHS) en Aquitaine, d’archives confédérales et de la presse syndicale, nous essaierons de montrer dans un premier temps quels sont les enjeux soulevés par l’élection à la Sécurité sociale dans un contexte marqué par le « tournant de la rigueur », quelles sont les contraintes liées à la campagne. Nous analyserons en particulier comment s’organise la campagne et quelles sont les missions qui incombent aux Unions locales, à travers l’exemple de l’Union départementale (UD) de Gironde afin de montrer comment la campagne et le syndicat sont étroitement liés. Nous aborderons enfin la question des résultats des élections et leurs conséquences pour la CGT sur la gestion de la Sécurité sociale et, plus largement, dans le champ des relations sociales. Les scores obtenus par la CGT en 1983 semblent montrer la fragilité d’une procédure organisée autour du vote en tant que mode de légitimation.

Pour les responsables de la CGT de Gironde, il apparaît que ces élections, très attendues, constituent à la fois une nouveauté – « de toute façon, [les militants cégétistes n’ont] aucune expérience pour ce genre de campagne[6] » – et un défi, puisqu’il s’agit d’un scrutin « qui ne peut se comparer à aucun autre[7] ». La nouveauté réside essentiellement dans l’étendue du corps électoral, en nombre comme en composition. Le défi tient surtout au fait de devoir composer non seulement avec des organisations concurrentes mais également avec le patronat. La CGT n’a-t-elle pas démontré combien le patronat était décidé à contrer son influence ? Un document patronal circule dans les instances cégétistes. D’après un procès-verbal qui émanerait de l’Union patronale Rhône-Alpes, le patronat aurait intérêt, dans la mesure où le retour aux élections semble inévitable, à orienter le vote patronal en fonction des candidats effectivement retenus par les syndicats, à accepter de désigner des représentants patronaux et à créer les conditions pour une majorité de gestion favorable à ses positions[8]. Autrement dit, les patrons doivent anticiper et choisir quel syndicat et quels candidats sont à privilégier, de manière à peser sur le résultat des élections et, plus tard, sur l’orientation des mesures adoptées. Cela oblige la CGT à imaginer un dispositif à même de lui permettre de surmonter à la fois ce handicap et la concurrence des autres syndicats.

Des élections pour démocratiser la Sécurité sociale : 1983 efface 1967

D’après la direction confédérale de la CGT, le retour aux élections est nécessaire à divers titres.

Pour ses responsables, il est impératif de revenir aux élections à la Sécurité sociale car les organisations syndicales représentatives doivent être les gestionnaires des fonds issus du salaire différé, provenant donc des cotisations. L’organisation demande que le poids de chacun des syndicats soit reconnu à sa juste valeur, de manière à établir la représentativité réelle de chaque organisation, autrement dit celle de la CGT. De plus, la direction de la centrale estime qu’il est temps de mettre fin à l’entreprise patronale  de destruction de la Sécurité sociale qu’elle mène, selon elle, avec la complicité de FO. Les militants cégétistes considèrent que c’est précisément pour cette raison que la CGT est l’objet d’attaques visant à la discréditer[9]. Ils font référence à « la campagne haineuse, mensongère menée par la droite (Chirac en tête)[10] », regrettant que les organisations réformistes soient utilisées pour « abattre » la centrale[11]. Les organes de presse cégétistes établissent à de très nombreuses reprises un lien direct entre le choix du paritarisme, les « ordonnances antisociales de 1967 » et la « complicité de FO » qui aurait permis « aux hommes du CNPF » de diriger les organismes de la Sécurité sociale[12]. La référence à 1967 est ainsi un élément fondateur et fédérateur du discours cégétiste en matière d’élections sociales, dans la mesure où elle permet de lier le patronat, les gouvernements de droite et les syndicats réformistes.

Derrière l’objectif purement gestionnaire, la direction cégétiste revendique la nécessité d’étendre la couverture sociale, remède contre la crise. Ces orientations nationales sont reprises et déclinées au niveau local dans la presse syndicale, en particulier pour l’Union départementale (UD) de Gironde dans La Vie syndicale.

C’est d’ailleurs pour cela que démocratisation, élections et réformes sont liées : comme l’exprime Thérèse Poupon, élue depuis peu au Bureau confédéral et secrétaire de la CGT en charge du secteur social :

« La démocratisation est la condition indispensable à une réforme en profondeur, pour faire la Sécurité sociale dont les gens ont besoin aujourd’hui. Mais, pour passer du domaine du possible à la réalité, il sera nécessaire d’avoir un rapport de force qui le permette. (…) Et tout dépendra de [leur] capacité à convaincre tous les électeurs, dans leur diversité, du bien-fondé de [leurs] propositions, de leur réalisme, de la compétence et de l’efficacité de [leurs] résultats[13]. »

L’importance du mode d’établissement des listes électorales et de l’ensemble des opérations préparatoires au scrutin, candidatures et propagande, est donc cruciale. Si ces élections partagent certains points communs avec les élections politiques (organisation, listes, bulletins secrets, campagnes…), elles s’en éloignent sur de nombreux points. Concernant le corps électoral, ce n’est pas la qualité de citoyen, mais celle d’assuré social ou d’allocataire qui est déterminante, ce qui signifie par exemple que les étrangers (sous conditions de résidence) peuvent voter. Contrairement aux élections politiques, les élections à la Sécurité sociale reposent sur la reconnaissance de collèges électoraux distincts (salariés, employeurs). Le recensement est donc plus difficile à réaliser que pour les élections politiques. Les circonscriptions électorales diffèrent également puisque dans le cas des élections sociales, elles se confondent avec la couverture administrative de la Caisse[14]. Enfin, le vote n’a pas lieu le dimanche mais un jour ouvrable, d’où l’intérêt que revêtent les facilités horaires accordées aux fonctionnaires pour voter et les autorisations spéciales d’absence pour les futurs assesseurs ou délégués. Des documents émanant du Premier ministre à destination des ministres et secrétaires d’État, ainsi que des lettres de responsables syndicaux insistent sur l’obligation pour les entreprises de prévoir des plages horaires assez large pour permettre aux électeurs d’aller voter. Des documents officiels ainsi que des lettres émanant de responsables syndicaux insistent sur le fait que les entreprises doivent permettre aux électeurs d’aller voter. Il s’agit notamment de s’assurer que les entreprises accordent aux salariés une véritable amplitude horaire.

Si, dans la campagne, la CGT se donne pour mission de convaincre les électeurs de la justesse de son programme, elle doit, plus prosaïquement, faire face aux enjeux pratiques qui se posent et qui concernent le type d’électorat et l’opération électorale elle-même, qu’il s’agisse du recensement des électeurs, de la propagande, ou du temps de vote. Compte tenu du nombre de personnes concernées par l’élection, les enjeux de mobilisation se posent en effet en des termes nouveaux. Les élections ont lieu sur le lieu de résidence, ce qui exige une approche différente des élections professionnelles, à la fois vis-à-vis du patronat (obtenir des plages de temps pour pouvoir voter, sans être obligé de faire des allers-retours, par exemple) et vis-à-vis de l’organisation interne.

Au niveau confédéral, le dispositif repose sur deux instances. La première est une commission nationale composée de cinq secrétaires confédéraux, à savoir M. Warcholak, R. Lomet, T. Poupon, A. Obadia, B. Lacombe et des représentants de différents secteurs confédéraux[15]. Cette commission du Bureau confédéral a essentiellement pour mission d’intégrer et d’harmoniser l’activité des principaux secteurs d’activité et de discuter de leurs propositions. Un collectif plus restreint, d’autre part, composé de cinq secrétaires confédéraux et présidé par M. Warcholak, est organisé afin de répondre, selon la confédération, aux besoins de rapidité et d’efficacité[16].

La CGT met en œuvre à tous les niveaux un vaste programme qui vise à organiser les élections de manière décentralisée et au plus près du terrain, s’investissant dans un « partage géographique par rues, cités, quartiers[17] ». S’inspirant des directives de Montreuil (courriers de M. Warcholak), le syndicat doit répondre à quatre grands enjeux. Le premier est de composer rapidement les listes de candidats. Le second consiste à bâtir, autour des Unions locales et avec elles, des collectifs électoraux au plus près des entreprises, de la localité, du village, en gardant à l’esprit que la campagne concerne les entreprises où sont les salariés et les localités où résident les salariés et leurs ayants droits. Le troisième est de maintenir l’activité syndicale quotidienne. Enfin, le dernier enjeu est de renforcer la CGT et d’élargir son audience[18]. Cette dernière tâche est essentielle, dans la mesure où la CGT arrive certes, globalement, à maintenir ses résultats électoraux, mais se trouve confrontée à une chute importante des adhésions[19].

Concernant la désignation des candidats et l’élaboration des listes, la Confédération relève qu’au 30 juin 1983, 89 départements ont fourni des renseignements en vue des élections aux CPAM, CAF et URSSAF, et 73 ont déclaré que les listes étaient complètes (fig. 1)[20]. Une attention particulière doit être accordée aux élus des catégories ICT (cadres et techniciens), qui devront faire « face à une CGC qui aura des listes et des élus partout[21] ».

Les collectifs électoraux constituent la pierre angulaire de la campagne électorale. Chaque collectif « réfléchit, coordonne et impulse tout ce qu’il y a à faire durant [la] campagne[22] ». Il est « souhaitable » qu’il soit composé d’un responsable général, d’un responsable propagande, d’un responsable des parrainages, des finances (placement de timbres), d’un chargé de la diffusion de La Vie ouvrière et, enfin, d’un responsable des opérations électorales[23].

Les collectifs au 1er juillet 1983 selon M. Warcholak[24]

Droits réservésSource : d’après le contenu de la lettre adressée par Michel Warcholak, secrétaire confédéral, aux secrétaires à l’Organisation des Unions départementales, 4 juillet 1983, Archives CGT Aquitaine, carton 107. ® Droits réservés.

Le dispositif repose sur le découpage de chaque département et des grandes villes dans le but de démultiplier et de décentraliser les Unions locales des grandes villes. Ainsi, « un effort prioritaire de décentralisation » reste à faire dans les villes de plus de 100 000 habitants (40 villes concentrent 17,42 %, soit plus de 9 millions d’habitants) pour créer des collectifs de zones industrielles, de quartiers de rues, « en posant les jalons d’une décentralisation effective des UL [ndlr : unions locales] qui existent lorsque le besoin s’en fait sentir. L’objectif affiché est de mettre en place au minimum 1 148 collectifs. L’objectif est atteint à hauteur de 65 %, soit 734 collectifs[25] ».

Le responsable Organisation fait savoir que onze villes dépassent le plus souvent largement les objectifs confédéraux, avec un collectif pour 4 715 habitants, tandis que sept villes sont à 70 % des objectifs confédéraux avec un collectif pour 10 130 habitants. En revanche, « 10 villes se situent entre 40 et 60 % et doivent progresser », dans la mesure où un collectif regroupe 16 399 habitants et « 8 villes se situent actuellement en dessous de 40% des objectifs confédéraux », représentant 60 collectifs pour 3 379 595 habitants, soit un collectif pour 56 325 habitants (fig. 2)[26].

La Confédération a mis en place un questionnaire qui doit mener chaque Union locale à identifier les collectifs mis en place et les animateurs afin d’adresser les informations à la direction confédérale. La transmission rapide du questionnaire à la Confédération « n’est pas un geste banal, ni un acte administratif, mais une démarche de toute première importance qui conditionne en partie la qualité du travail des Membres du collectif et par conséquent leur efficacité[27] ». En effet, « au lieu de disserter sur l’enjeu de ces élections, [les organisations CGT] construisent le dispositif électoral, à la hauteur de cet enjeu, se donnant ainsi l’outil adapté, et le plus souvent perfectionné par rapport aux élections prud’homales de 1982, pour faire une véritable campagne électorale, de l’entreprise au moindre village, avec pour objectif le vote CGT[28] ».

Les collectifs dans 36 villes selon M. Warcholak (juillet 1983)

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Source : d’après le contenu de la lettre adressée par Michel Warcholak, secrétaire confédéral, aux secrétaires à l’Organisation des Unions départementales, 4 juillet 1983, archives CGT Aquitaine, carton 107. ® Droits réservés.

La presse syndicale cégétiste souligne que « la bataille électorale est rude » du fait des patrons, qui « ne perdent pas l’espoir de trouver des alliés pour leur sale besogne », et car « la presse, les radios dans leur majorité ne sont guère complaisantes avec la CGT. Silence sur ses positions, déformation de son activité, de ses solutions[29] ». Dès lors, la campagne électorale revêt le caractère d’une bataille idéologique et financière, et exige une mise en œuvre de moyens humains à la hauteur des enjeux (fig. 3).

La campagne de la Sécu, une bataille financière et idéologique qui exige des moyens humains

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Source : d’après les informations figurant dans la Circulaire d’information pour la Campagne Sécu sur la Rive Droite, 2 août 1983, archives CGT Aquitaine, carton 107. ® Droits réservés.

Le financement est une question très suivie en raison des sommes engagées dans la campagne. L’idée est de coupler le financement de la campagne à la question du renforcement de la CGT, en mettant en première ligne les questions d’organisation (fig. 4)[30]. L’enjeu est extrêmement important, tant en termes d’électeurs que d’adhérents, puisque la campagne pour la Sécurité sociale intervient dans un contexte global de désyndicalisation[31]. Officiellement, la CGT passe de 1 925 432 syndiqués en 1981 à 1 721 463 en 1982 et 1 622 095 en 1983, soit, toujours selon les effectifs officiels, une perte de près de 100 000 adhérents entre 1982 et 1983[32]. Concernant le financement, deux principes sont adoptés : un timbre fédéral correspondant à l’équivalent d’une cotisation mensuelle est à placer auprès des non-syndiqués ; dix timbres doivent être placés en octobre 1983 auprès de tous les syndiqués et payés à toutes les structures[33]. Pour mémoire, il est intéressant de rappeler que si la moyenne par adhérent tourne autour de neuf timbres, Georges Séguy, alors secrétaire général, regrettait en 1978 « une moyenne de moins de six timbres par carte[34] ».

Gagner les moyens financiers : axes de travail

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Source : tableau établi d’après les informations recueillies dans l’article « Les collectifs électoraux du jamais vu ! », En direct, n° 5, juillet 1983, archives CGT Aquitaine, carton 107. ® Droits réservés.

Ainsi, provoquer l’adhésion au programme de la CGT pour la Sécurité sociale se confond avec l’adhésion au syndicat et le financement de la campagne : « Il est possible de créer le syndicat, mais aussi réussir de grandes choses en matière financière[35]. »

La propagande repose, quant à elle, sur des moyens classiques tels que les tracts et les brochures voire des projections de film et des conférences. Peu de place est laissée à l’improvisation, puisque les échéances et les supports sont préétablis afin de cibler les publics concernés (les retraités, les étudiants, les femmes salariées, les cadres …) de la manière la plus efficace[36]. La période des vacances est, dans la région Aquitaine, mise à profit, y compris lorsqu’il s’agit de tirer parti du passage du Tour de France le 9 juillet[37]. D’après les informations figurant dans un document, malheureusement non daté, le total des dépenses engagées par l’UD CGT 33 pour financer les tracts, les brochures et la presse syndicale est de 245 923,56 francs (37 490,80 euros)[38].

Les responsables cégétistes estiment d’ailleurs que la campagne officielle (fig. 5) n’est pas à la hauteur des enjeux. Les membres du Bureau confédéral précisent :

« Quand on compare ces mesures aux dispositions légales accordées pour les élections politiques, [on] ne peut que constater l’énorme disproportion de traitement. Il est inadmissible que la Haute Autorité minimise à ce point une consultation électorale nationale sous prétexte qu’il s’agit d’une consultation de caractère social[39]. »

Campagne officielle du 3 au 17 octobre 1983

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Source : d’après les informations parues dans « La campagne officielle radio-télé : mini-mini », En direct, n° 7, août 1983, archives CGT Aquitaine, carton 107. ® Droits réservés.

De surcroît, comme le déplore la CGT, la Haute Autorité de la communication audiovisuelle « s’est cantonnée à des mesures de strict minimum à peine améliorées par rapport aux dispositions de la campagne des Prud’homales et fait aggravant, est revenue sur le principe de la proportionnelle, imposant un temps d’expression égal pour chaque organisation syndicale[40] ». La direction de la CGT souligne en effet combien « doter égalitairement toutes les organisations syndicales du même temps d’expression, contrairement aux apparences, revient à privilégier outrancièrement les moins représentatives[41] ».

Enfin, instruction est donnée aux responsables des comités régionaux de prendre rapidement contact avec les directions régionales de FR3 pour mettre au point les ordres et jours de passage ; il s’agit également de négocier avec la chaîne les moyens techniques et financiers.

Résultats des élections et premiers bilans

Avant les élections, le discours cégétiste reposait globalement sur l’idée suivante :

« Se garantir contre tout retour en arrière, c’est voter pour la seule organisation qui prend fermement et publiquement l’engagement de gérer la Sécurité sociale dans un esprit unitaire avec tous les représentants des assurés décidés à faire échec aux plans de régression du patronat et à bien défendre les intérêts des assurés.

Même si vous n’êtes pas à la CGT, vous [les] connaissez et vous savez qu[’ils tiennent leurs] engagements.

Avec [leurs] élus, vous disposerez de représentants compétents, sérieux, soucieux de vos intérêts et attachés à une gestion unitaire, syndicale, sociale de la Sécu[42]. »

Sur les quelque 28 millions d’électeurs, 15,5 millions d’assurés ont pris part au scrutin. Avec un résultat global de 28,15 % des voix, la CGT obtient les plus forts scores. FO totalise 25,16 % et la CFDT, qui se retrouve en troisième position au niveau national, 18,40 %.

La CGT sort confortée de ce succès électoral, et ses militants le font savoir : « La CGT est la première organisation syndicale, et c’est le grand fait politique qui ressort[43]. »

Dans certains départements ou dans certaines caisses, elle atteint plus de 35 % des voix, seuil retenu par la centrale comme étant significatif de sa forte influence et de son rayonnement[44] (fig. 6).

Départements (et caisses) où la CGT obtient plus de 35 % des voix : la lecture de la CGT

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Source : carte établie à partir des informations figurant dans un document sténographié, sans date, archives CGT Aquitaine, carton 107. ® Droits réservés.

La question (sans réponse) est de savoir quel aurait été le score de la CGT si les élections avaient eu lieu dans le cadre d’élections tenues régulièrement. Ainsi que le rappelle Bernard Manin, des élections répétées donnent aux électeurs la faculté de renvoyer les gouvernants au terme de leur mandat si la politique que ceux-ci ont menée ne les a pas satisfaits »[45], ou de les réélire. Or les électeurs, en 1983, n’ont pas la possibilité de dresser un bilan.

Compte tenu de la composition du corps électoral, le score global s’explique. La campagne, d’une part, a été fortement perturbée par la politisation des enjeux de la part des patrons et de la droite. Il s’agissait le plus souvent de faire barrage à la CGT et à l’influence communiste. Le soutien aux syndicats réformistes est si marqué  qu’Edmond Maire, secrétaire général de la CFDT, se sent tenu de rappeler  que la Sécurité sociale n’est pas l’Assemblée nationale[46]. De surcroît, s’inscrivant dans la tradition de la VRépublique, les travailleurs indépendants ont tendance à voter plus souvent pour la droite, et le phénomène s’est accentué dans les années 1970[47].

Il est en outre important de préciser que ces scores, aussi bons soient-ils, ne donnent pas de majorité nette à l’un des syndicats, rendant nécessaires des alliances avec d’autres syndicats voire avec le patronat, tant au niveau national que départemental.

L’audience de la CGT (en pourcentage des suffrages obtenus)

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Source : d’après la carte publiée dans « L’audience des syndicats », Le Monde, 22 octobre 1983. ® Droits réservés.

Si l’on examine un peu plus en détail les résultats de la CGT (fig. 7), il apparaît qu’elle arrive en tête dans une soixantaine de départements et qu’elle n’est devancée que dans deux caisses régionales[48]. Elle obtient ses meilleurs résultats dans le Sud-Ouest, le Midi languedocien, certains départements du Massif Central, notamment dans l’Ariège (44 % des voix pour la CPAM), la Corrèze (40,82 %), la Haute-Vienne, les Hautes-Pyrénées, le Cher, son bastion traditionnel de la Seine-Saint-Denis, la Dordogne, la Nièvre, les Bouches-du-Rhône. Plusieurs circonscriptions du Nord, dont Valenciennes, Maubeuge ou Cambrai, et du Pas-de-Calais, comme Lens, confirment le poids de la CGT. Cette dernière réalise ses plus faibles scores dans certains départements de l’Ouest, notamment dans le Maine-et-Loire (13,42 %), et à un moindre degré en Région parisienne (Paris et les Yvelines).

Il est délicat, avec les informations dont nous disposons, d’établir un lien entre les départements ayant obtenu de très bons résultats et l’organisation des collectifs, dans la mesure où les scores n’ont pas été très élevés dans les départements où les CGT locales ont rapidement mis sur pied des collectifs. Tout en tenant compte des spécificités de chacun des scrutins, il est intéressant de comparer ces scores à ceux de la CGT lors des élections prud’homales de 1979 et de 1982, où elle obtient respectivement 42,1 et 36,8 % des voix[49]. Ses résultats de 1982 sont en baisse par rapport à 1979 dans tous les collèges. Dans une étude consacrée aux élections prud’homales de décembre 1982, Pierre Martin , politologue spécialiste de l’analyse des résultats électoraux, souligne qu’il n’y a pas eu de transfert entre la CGT et les autres centrales. Il précise que ce recul était visible dans les élections professionnelles depuis 1980, de sorte qu’il ne serait pas lié à la politique gouvernementale (argument cégétiste), mais plutôt à la proximité entre la CGT et le PCF[50]. Il nous semble donc intéressant de comparer ces données avec les effectifs du parti communiste (fig. 8).

Les effectifs du PCF en 1979

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Source : Philippe Buton, « Les effectifs du Parti communiste français (1920-1984) », Communisme, 1985, 7, dans Stéphane Courtois, Marc Lazar, Histoire du Parti communiste français, Paris, PUF, p. 429. ® Droits réservés.

Il semble en effet exister une symétrie qu’Yves Santamaria qualifie de « non négligeable » entre la géographie du vote CGT et PCF, avec des zones de faiblesse dans l’Ouest, l’Est et le Sud-Est du Massif Central, et des foyers rayonnants autour du Nord, de la Région parisienne, de la bordure Nord-Ouest du Massif Central et de la frange méditerranéenne[51]. Il ajoute que les bastions cégétistes regroupent des zones rurales telles que l’Ariège, la Haute-Vienne, la Corrèze, qui ont effectivement atteint de forts scores aux élections à la Sécurité sociale et des secteurs au tissu industriel plus dense, tels que la Seine-Maritime ou le Val-de-Marne. Ce rapprochement avec le PCF se justifie d’autant plus, selon Dominique Labbé, qu’il correspond à une répartition très proche géographiquement de l’audience des deux organisations, dans une relation quasi-linéaire. L’osmose entre l’appareil de la CGT et l’appareil communiste est d’ailleurs perceptible dans les carrières des dirigeants[52]. Cette relation se retrouve dans le cas des élections à la Sécurité sociale, avec une spécificité déjà évoquée, qui est celle d’une amplification de la contestation et de la revendication de la part de la CGT, dans ce qui pourrait relever d’un partage des tâches avec le PCF.

Dans la région Aquitaine, la CGT remporte 30,45 % des suffrages, avec 56 sièges sur 180 ce qui, compte tenu d’un « corps électoral aussi inhabituel, confirme l’audience de la CGT dans l’ensemble de la population[53] » et, en Gironde, le score de la CGT est de 30,33 % (fig. 9).

Les résultats de la CPAM Gironde

 

Inscrits

Votants

Blancs ou nuls

Exprimés

Pourcentage

Organisations syndicales

537 704

279 353

13 151

266 202

 

CGT

     

5) 80 765

30,33

CFDT

     

3) 43 567

16,36

FO

     

4) 76 621

28,78

CGC

     

2) 42 623

16,01

CFTC

     

1) 22 628

8,52

Source : Reproduction de la Fiche résultats CPAM Gironde, archives CGT Aquitaine, carton 17-12 [les chiffres 1) à 5) indiquent la place de chaque organisation en fonction des votes obtenus, par ordre décroissant].

Il est clair aux yeux de la direction de la CGT locale que la participation à ce scrutin social « n’est pas comparable aux élections syndicales du fait que de nombreuses catégories ne sont pas habituées à se prononcer sur les syndicats : militaires de carrière, chefs d’entreprise, médecins, etc. ». Les responsables cégétistes aquitains, ayant vraisemblablement à l’esprit le taux d’abstention, avancent l’explication suivante : « Le corps social français a été déshabitué à la démocratie sociale depuis 21 ans. De ce fait, des générations entières telles que les jeunes n’ont jamais connu ce qu’était une gestion démocratique de la Sécurité sociale d’où leur faible participation[54]. »

Ils ne manquent pas d’évoquer des conditions de vote défavorables à la participation et à une claire expression des choix[55], tout en soulignant combien les résultats peuvent varier en fonction des bureaux de vote à dominante bourgeoise ou populaire[56].

L’UD, une fois les élections passées, s’essaie à un premier bilan, interne, des élections. Ses dirigeants indiquent combien cette élection est intervenue au plus mauvais moment politique, combien la composition du corps électoral pesait sur le résultat, quelles étaient les conditions d’organisation du scrutin, les conditions de la campagne (coût financier), et notamment la campagne des autres, avec l’investissement de la droite mais aussi (en Gironde) d’une partie de la gauche non communiste dans FO[57]. Compte tenu de ces éléments, le score de la CGT leur apparaît d’autant plus honorable (fig. 10).

L’impact du score de la CGT : l’exemple de l'Aquitaine

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Source : d’après le schéma publié dans CGT Aquitaine informations, novembre 1983, archives CGT Aquitaine, carton 107. ® Droits réservés.

En fonction du vote des électeurs, le temps semble venu de s’accorder entre organisations syndicales sur la répartition des postes à responsabilité – présidences et vice-présidences – et sur la politique à mener. L’UD de Gironde « respectueuse du suffrage universel et du choix effectué par les électeurs, est prête à prendre toute la place qui lui est faite et toutes les responsabilités qui en découlent dans la gestion de la caisse d’assurance maladie, de la caisse d’allocations familiales et de l'URSSAF, dont la désignation des administrateurs fera référence aux résultats de ces deux scrutins.

Cette entente des organisations syndicales [lui] paraît d’autant plus souhaitable et nécessaire, que le CNPF n’a pas caché sa volonté de se poser en « frein des dépenses sociales[58] ».

Cependant, le principal gagnant des élections de 1983 n’est pas la CGT, en dépit de ses résultats, mais bien FO, alors même que cette organisation ne souhaitait pas la tenue d’élections, qui semblent avoir été organisées par le gouvernement avec le secret espoir de réduire son influence sur la Sécurité sociale. La direction cégétiste en est consciente lorsqu’elle reconnaît que : « La première place pour la CGT, compte tenu du caractère de ce scrutin et des conditions dans lesquelles il s’est déroulé, non seulement ça n’était pas acquis d’avance, mais, en réalité – et on peut le dire d’une façon plus nette maintenant avec un peu de recul –, cela constituait un enjeu essentiel dans cette bataille[59]. »

Lorsqu’arrive le moment de faire le bilan des élections à la Sécurité sociale et sa traduction en termes de postes et de rapport des forces, les responsables cégétistes sont obligés de constater que, sur de nombreux aspects, rien n’a vraiment changé. La démarche unitaire défendue par la centrale n’a pas été suivie[60]. FO, en effet, confortée par ses résultats, refuse toute action commune avec la CGT et avec la CFDT, au nom des calomnies dont elle a fait l’objet.

La centrale avait tenu à souligner que le retour aux élections et la fin du paritarisme créaient les conditions pour une majorité salariale (fig. 11).

Elle doit désormais admettre que « même si le paritarisme n’existe plus, le résultat des élections du 19 octobre 1983 permet toutes les combinaisons avec le CNPF pour le maintien grosso modo de la gestion antérieure[61] ».

Le recours au suffrage apparaissait comme une garantie de démocratie. Mais pour qui ? L’exemple des élections à la Sécurité sociale est intéressant dans la mesure où il pose la question du rapport à l’égalité entre les organisations syndicales et du recours à l’élection comme gage de respect de cette égalité. Ainsi, toutes les centrales devaient-elles bénéficier d’une égalité de traitement dans le temps de campagne alloué par les pouvoirs publics ? L’égalité passait-elle par la reconnaissance de la même représentativité de chacune d’entre elles ?

Vers une majorité salariale ?

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Source : d’après « Quatre questions aux candidats CGT du Crédit », Union syndicale du crédit, spécial Sécu, s/d [avant les élections du 19 octobre], archives CGT Aquitaine, carton 74.3.

La CGT, même en perte de vitesse, est alors le principal syndicat de travailleurs en France. Elle n’a pourtant que peu de prise sur les instances gestionnaires dans le champ social, et il ne s’agit pas seulement d’un choix stratégique.

Tout comme le Parti communiste à une certaine époque, la CGT a subi une sous-représentation, à laquelle elle ne peut vraiment palier compte tenu de l’absence d’alliés, du moins sur le terrain de la Sécurité sociale. L’élection à la proportionnelle, qui est égalitaire, l’était-elle pour la CGT ? L’organisation obtient les plus forts scores au niveau national, mais pas de majorité suffisante pour se passer d’alliés. Ces mêmes alliés peuvent faire défection et rejoindre le collège patronal à la faveur de majorités transversales. De ce point de vue, la CGT est-elle à égalité avec les petits syndicats ou ces derniers sont-ils, au nom de cette même égalité, favorisés de fait ?

L’objectif de la CGT était d’arracher la gestion de la Sécurité sociale au patronat et de briser l’alliance entre le CNPF et les syndicats réformistes. Dans les termes du Bureau confédéral, il s’agit pour les cégétistes «  de gérer la Sécurité sociale comme elle s’y est engagée dans un esprit unitaire avec tous les représentants des salariés qui seront résolus à maintenir, à perfectionner la Sécurité sociale et les services qu’elle rend en s’opposant fermement à la volonté affirmée par le patronat et les milieux réactionnaires d’amputer la protection sociale. Il faut espérer qu’il se trouvera suffisamment d’élus d’autres organisations syndicales pour constituer des majorités permettant une telle gestion[62] ». Cet esprit unitaire se retrouve également dans le discours de la CFDT, mais les résultats médiocres qu’elle obtient lors du scrutin ne lui permettent pas vraiment de peser sur les tractations.

Après environ sept mois de négociations, force est de constater que le rôle de la CGT, en termes de gestion, et tout particulièrement en termes de présidences ou de postes à responsabilité, est réduit à la portion congrue. De ce point de vue, si le suffrage a bien permis de choisir des représentants dans les instances de la Sécurité sociale, la fonction de légitimation n’est qu’imparfaitement assurée. La distribution effectuée à l’issue des élections s’éloigne en grande partie du choix des électeurs. La représentation proportionnelle induit une double conséquence. Elle conduit d’une part, à travers le choix du plus fort reste, à sur-représenter les petites organisations. Or il est difficilement imaginable que le gouvernement socialiste, qui a largement fait appel à des militants CFDT[63], ait choisi de limiter sciemment la place de la centrale cédétiste : la conclusion qui semble s’imposer est que le choix du mode de scrutin est plutôt lié à l’idée de limiter le poids de la CGT. D’autre part, comme sous la IVRépublique, le choix de la proportionnelle conduit à des tractations d’état-major au lendemain des élections, plus qu’elle ne respecte directement les résultats. FO, CGC et CFTC disposent chacune d’une présidence de caisse nationale. Ces trois organisations obtiennent 85 % des présidences, FO à elle seule en détenant la moitié. Ainsi, pour les cégétistes, il ressort que tout a été fait pour les écarter, au profit d’une pérennisation de l’alliance avec le patronat. Car la centrale cégétiste est « la seule organisation à n’avoir aucune responsabilité dans aucune commission, bien qu’étant la plus représentative en voix[64] ». De manière apparemment paradoxale, les élections ont conduit à un maintien de l’équilibre des forces qui existait auparavant. Le choix de la proportionnelle aurait pu conduire à une situation semblable à celle de la IVRépublique, dans la mesure où le mode de scrutin pouvait poser des difficultés à l’heure de former des majorités stables et cohérentes. L’esprit unitaire, défendu par la CGT et la CFDT mais refusé par FO, aurait pu conduire à une sorte de pacte de non-agression, à l’image du tripartisme[65]. Les majorités, stables dans leur composition depuis 1967, sont toutefois reconduites. Comme sous la IVRépublique, le pouvoir est remis à une faible majorité dans la majorité. Ces majorités, qui ne sont telles qu’avec l’accord du patronat, confirment de surcroît le fait, pour reprendre l’expression de Bernard Lefort, que l’opposition est « dans la majorité[66] ».Au sein du collège syndical désormais majoritaire en nombre cohabitent un pôle pouvant être qualifié de réformiste autour de FO et un pôle plus contestataire incarné par la CGT, qui de ce fait s’érige en véritable opposition institutionnelle.

Le résultat des élections de 1983 est maintes fois repris par la CGT. Dès 1985, la confédération établit un « bilan de santé ». Elle rappelle que les élections étaient « porteuses de l’espoir d’un changement de gestion », et « apportaient un souffle de démocratie à une organisation [la Sécurité sociale] qui en avait bien besoin[67] ». Ce constat traverse les années 1980, et conduit la centrale à demander à de nombreuses reprises la tenue de nouvelles élections. Face aux atermoiements du gouvernement, les tentatives se font plus insistantes à compter de 1988.

Le contexte n’est cependant plus le même. Les gouvernements Rocard puis Balladur ne sont pas favorables à des élections, et la CFDT, qui les soutenait, s’y oppose désormais. En novembre 1995, Alain Juppé, Premier ministre, présente son plan de réforme de la Sécurité sociale : les élections sont officiellement supprimées et le retour au paritarisme est confirmé moyennant la désignation, à parité en nombre, des représentants patronaux et syndicaux. La loi du 23 juillet 1996 (dans le cadre du « plan Juppé ») confie au Parlement le vote annuel d’une loi de financement de la Sécurité sociale. Avec cette loi hautement symbolique, l’ère des élections sociales se clôt définitivement.

Entretemps, la CGT, désormais menée par Louis Viannet, a pris ses distances vis-à-vis des communistes, progressivement abandonné l’idée d’élections sociales et rétabli le dialogue avec le CNPF désormais présidé par Jean Gandois. En 1995, la bataille pour la représentativité a emprunté d’autres voies.

Pour citer cet article : Valérie Avérous Verclytte, « Quand la CGT mène campagne. Les élections à la Sécurité sociale de 1983 », Histoire@Politique, n° 26, mai-août 2015, www.histoire-politique.fr

Notes :

[1] Jean Chiche, Nonna Mayer, « Les enjeux de l’élection », dans Daniel Boy, Nonna Mayer (dir.), L’électeur a ses raisons, Paris, Presses de Sciences Po, 1997, p. 219.

[2] Cependant, fin 1982, la direction de la CGT, face au mécontentement grandissant, a de plus en plus de mal à soutenir le gouvernement. La politique de la rigueur mise en place en mars 1983 conduit la Centrale cégétiste à adopter des positions plus critiques et revendicatives.

[3] En vertu de la règle du plus fort reste, les postes sont pourvus selon le quotient simple, méthode de répartition qui laisse des restes, c’est-à-dire des sièges non pourvus. Ces derniers sont alors attribués en fonction du plus fort reste, selon l’ordre décroissant de suffrages inemployés lors de la première répartition. Ce système est l’un des moins défavorables aux petites listes. Pour des exemples et un aperçu des avantages et limites de ce mode de scrutin, voir Pierre Martin, Les systèmes électoraux et les modes de scrutin, Paris, Montchrestien, 2006, p. 72 et suiv. et p. 85.

[4] Michel Dreyfus, Histoire de la CGT, Paris, Complexe, 1995, p. 297-298 ; Leïla de Comarmond, Les vingt ans qui ont changé la CGT, Paris, Denoël, 2013, p. 20-22. Henri Krasucki, qui incarne une ligne dure, succède à Georges Séguy lors du 41e congrès de Lille.

[5] Yves Santamaria, « La CGT, du corporatisme à l’humanisme », Communisme, 22-23, 1990, p. 17. Au sein de la CGT, l’homogénéité interne est historiquement renforcée par l’engagement communiste de la plupart des cadres et tout particulièrement de ses secrétaires généraux. « Depuis la scission de 1947, une nomenclature implicite réservait en effet la plupart des fonctions exécutives, à quelque niveau que ce soit, aux membres du PCF » : Dominique Andolfatto et Jean-Yves Sabot, « Les héritiers du mouvement ouvrier : CGT et CGT-FO », dans Dominique Andolfatto (dir.), Les syndicats en France, Paris, La Documentation française, 2004, p.°19-21. Sur la CGT, le PCF et la victoire de la gauche en 1981, voir Michel Dreyfus, Histoire de la CGT, Paris, Complexe, 1995, p. 292 : « Alors qu’il est permis de se demander à la lecture de certaines de ses déclarations, si le Parti communiste a véritablement souhaité la victoire de la guahce en mai 1981, l’engagement de la Confédération en ce sens a été beaucoup plus net. »

[6] Archives CGT Aquitaine, 107, Union Locale Bordeaux Rive Droite, 8 septembre 1983, note consacrée aux collectifs locaux.

[7] ACGTA, 107, déclaration du Bureau confédéral de la CGT, 19 octobre 1983.

[8] ACGTA, 17.12, Union Patronale Rhône-Alpes, Procès-verbal de la réunion des administrateurs employeurs dans les organismes sociaux, 26 mai 1983 (copie).

[9] ACGTA, 107, « Union locale des syndicats CGT Bordeaux Rive Droite », 2 août 1983.

[10] ACGTA, 107, CGT Aquitaine informations, novembre 1983.

[11] Par exemple : « Une CGT entièrement tournée vers la lutte », Henri Krasucki, Le Peuple, 1229/1230, 4 décembre 1986.

[12] « Sécurité sociale. La rendre aux travailleurs au plus tôt », La Vie ouvrière, 1951, 18 janvier 1982.

[13] « Au cœur de la vie quotidienne », entretien avec Thérèse Poupon, La Vie ouvrière, 2020, 16-22 mai 1983.

[14] Cf. sur les aspects juridiques liés aux élections sociales et politiques dans une perspective plus large : Georges Vedel, « Comparaison du régime juridique des élections sociales et du régime juridique des élections politiques », Revue française de science politique, 1953, 3, 2, p. 231-245.

[15] « Le dispositif confédéral est mis en place ! », En direct, n° 1, avril 1983.

[16] ACGTA, 107, « Campagne officielle à la radio-télévision », déclaration du Bureau confédéral de la CGT, En direct, n° 7, août 1983.

[17] ACGTA, 107, UL Bordeaux Rive Droite, 8 septembre 1983, note consacrée aux collectifs locaux. Cf. en outre ACGTA, 107, lettre adressée par Michel Warcholak, secrétaire confédéral, aux secrétaires à l’Organisation des Unions départementales, 4 juillet 1983, qui évoque une démarche décentralisatrice « poussée au maximum » dans de nombreuses UD et UL.

[18] ACGTA, 107, « Le dispositif confédéral est mis en place ! », art. cité.

[19] Sur la question du nombre de syndiqués et les tendances à la CGT, cf. Dominique Labbé, « Le déclin électoral de la CGT », Communisme, 35-37, 1994, p. 67-86.

[20] ACGTA, 107, lettre adressée par Michel Warcholak, secrétaire confédéral, aux secrétaires à l’Organisation des Unions départementales, 4 juillet 1983.

[21] Ibidem.

[22] ACGTA, 107, « Bulletin de liaison des collectifs et des militants », La Vie syndicale, n° 359, juillet 1983.

[23]Ibidem.

[24] Tous les schémas et les cartes de cet article ont été réalisés par l’auteur. Cependant, deux cartes (fig. 7 et fig. 8) ont été conçues à partir de cartes déjà existantes dont nous indiquons les sources. En outre, les schémas correspondant aux fig. 9, 10 et 11 sont volontairement proches des originaux publiés dans la presse syndicale de la CGT de Gironde (archives de la CGT Aquitaine).

[25] ACGTA, 107, lettre adressée par Michel Warcholak, secrétaire confédéral, aux secrétaires à l’Organisation des Unions départementales, 4 juillet 1983. 

[26]Ibidem.

[27] Ibidem.

[28] ACGTA, 107, « Les collectifs électoraux du jamais vu », En direct, 5, juillet 1983.

[29] ACGTA, 107, « Le 19 octobre votez CGT, le 13 octobre souscrivez CGT », La Vie syndicale, n° 369, octobre 1983.

[30] Cf. par exemple ACGTA, 107, « Questions vitales pour renforcer la CGT », En direct…, 4, juin 1983.

[31] Dominique Andolfatto, Dominique Labbé, La CGT. Organisation et audience depuis 1945, Paris, La Découverte, 1997, p. 286. Les auteurs rappellent qu’entre 1978 et 1980 3 adhérents sur 10 quittent la CGT et qu’entre 1983 et 1987 elle perd pratiquement la moitié de ses effectifs.

[32] Leïla de Comarmond, Les vingt ans…, op. cit., p. 433.

[33] ACGTA, 44-14, Lettre aux militants du Comité exécutif élargi, Premier rendez-vous financier de la campagne Sécurité sociale, 24 août 1983 et lettre de l’UD de Gironde du 24 août 1983 adressée aux militants du Comité exécutif élargi du 31 août 1983.

[34] Dominique Labbé, « Le déclin électoral de la CGT », op. cit., p. 67.

[35] ACGTA, 107, « Les collectifs électoraux du jamais vu », En direct, 5, juillet 1983.

[36] ACGTA, 107, « Campagne « propa » -Elections sécurité sociale », document dactylographié, sans date.

[37] ACGTA, 107, « Bulletin de liaison des collectifs et des militants », La Vie syndicale, n° 359, juillet 1983.

[38] ACGTA, 107, Montant engagé par UD-CGT-33, Campagne Sécurité sociale, photocopie de tableau manuscrit, sans date.

[39] ACGTA, 107, « Campagne officielle à la radio-télévision », déclaration du Bureau confédéral de la CGT, En direct, n° 7, août 1983.

[40] ACGTA, 107, « La campagne officielle radio-télé : mini-mini », En direct, n° 7, août 1983.

[41] ACGTA, 107, « Campagne officielle à la radio-télévision », déclaration du Bureau confédéral de la CGT, En direct, n° 7, août 1983.

[42] ACGTA, 107, « La CGT s’adresse à vous », tract de deux pages, édité par l’UD 33, sans date

[43] « Revendications, débats, actions », entretien avec Louis Viannet, secrétaire confédéral, La Vie ouvrière, 2046, 14-20 novembre 1983.

[44] Voir par exemple : ACGTA, 107, « CGT n°1 avec 35%. Unité pour gérer la Sécu sans les patorns », déclaration de l’UD-CGT des Bouches-du-Rhône, sans date.

[45] Bernard Manin, Principes du gouvernement représentatif, Paris, Flammarion, 1996, p.°226.

[46] « Maire : « la sécu, ce n’est pas l’Assemblée », Le Matin, 10 octobre 1983.

[47] Daniel Boy, Nonna Mayer, « Que reste-t-il des variables lourdes ? », dans Daniel Boy, Nonna Mayer (dir.), L’électeur …, op. cit., p. 113, 117.

[48] À titre de comparaison, FO arrive en tête dans 20 départements, notamment en Normandie (Calvados, Eure, Manche, Orne, Mayenne) et en Bourgogne (Côte-d’Or et Yonne) et dans deux départements de la Côte d’Azur : Var et Alpes-Maritimes. FO devance la CGT dans plusieurs circonscriptions du Nord-Pas-de-Calais (Lille, Tourcoing, Roubaix, Armentières et Calais notamment).

[49] Dominique Labbé, « Le déclin électoral de la CGT », Communisme, 35-37, 1994, p. 73.

[50] Pierre Martin, « Les élections prud’homales de décembre 1982 », Pouvoirs, 25, 1983, p. 125.

[51] Yves Santamaria, « La CGT, du corporatisme à l’humanisme », Communisme, 22-23, 1990, p. 17. Les cartes portant sur les résultats de la CGT et du PCF entre 1978 et 1982 figurent p. 18.

[52] Dominique Labbé, « Le déclin électoral de la CGT », art. cité, p. 74 et p. 118.

[53] ACGTA, 107, CGT Aquitaine informations, novembre 1983, « Éditorial ».

[54] ACGTA, 107, La Vie syndicale, n° 371, novembre 1983.

[55] Ibidem.

[56] ACGTA, 107, « Après le scrutin social du 19 octobre », La Vie syndicale, n° 371, novembre 1983.

[57] ACGTA, 107, notes manuscrites (8 pages), « Discussion », sans date [autour du 7 novembre 1983].

[58] ACGTA, 107, Lettre du Comité exécutif de l’Union départementale CGT de la Gironde aux Unions départementales des syndicats FO, CFDT, CGC, CFTC, 25 octobre 1983.

[59] « Revendications, débats, actions », entretien avec Louis Viannet, secrétaire confédéral, La Vie ouvrière, 2046, 14-20 novembre 1983.

[60] « Déclaration de Th. Poupon à l’issue de la mise en place du conseil d’administration de la CNAM », Le peuple, 1168, 26 janvier 1984.

[61] Archives confédérales CGT, carton octobre 83-élections Sécu, « Note sur les questions de tutelle et de contrôle de l’État à l’égard des organismes de Sécurité sociale », 15 novembre 1983.

[62] ACGTA, 107, Déclaration du Bureau confédéral de la CGT, télex du 19 octobre 1983.

[63] Sur l’ampleur et la portée de ce phénomène, voir par exemple Monique Dagnaud, Dominique Mehl, L’élite rose. Sociologie du pouvoir socialiste. 1981-1986, Paris, Eds. Ramsay, 1988, p.°172.

[64] « Sécurité sociale. Consensus pour la grande braderie ! L’exemple de la CNAM », Le Peuple, 1250/51, 29 octobre 1987.

[65] Jean-Jacques Becker, Histoire politique de la France depuis 1945, Paris, Armand Colin, 1992, p. 41.

[66] Bernard Lefort, « Les partis et les groupes sous la IVRépublique », Pouvoirs, 76, 1996, p. 62.

[67] ACGTA, 44.13, CGT Santé protection sociale, « Bilan de santé », 28 février 1985.

Valérie Avérous Verclytte

Valérie Avérous Verclytte, historienne et docteur en sciences politiques, est chargée de cours à l’IEP de Bordeaux et chercheur associé au Centre d’études des mondes moderne et contemporain (université Bordeaux Montaigne). Ses travaux portent sur les organisations syndicales et patronales en France, et en particulier sur le paritarisme, la protection sociale et la démocratie. 

Mots clefs : CGT ; élections ; 1983 ; réformisme ; Sécurité sociale.

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