Histoire@Politique : Politique, culture et société

Le dossier

Notables et République en France de 1870 à nos jours

Coordination : Aude Chamouard et Frédéric Fogacci

Existe-t-il des notables socialistes sous la Troisième République ?

Aude Chamouard
Résumé :

Les socialistes sont-ils devenus des notables dans l’entre-deux-guerres ? Si les socialistes reprennent certains de leurs traits (réseaux locaux, personnalisation du (...)

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Depuis l’élection des premiers socialistes au niveau local puis à la Chambre des députés, les édiles socialistes construisent une image en stricte opposition à celle des notables, intrinsèquement liés à la « réaction ». Le notable est naturellement identifié à la droite au début du siècle, puis au radicalisme modéré dans l’entre-deux-guerres, mais toujours synonyme de compromissions inhérentes à la politique locale. Pourtant en 1926, un an à peine après l’accession des socialistes au Capitole, Le Midi socialiste, journal de la fédération socialiste de Haute-Garonne n’hésite pas à désigner les élus SFIO en utilisant les termes de « notables toulousains[1] » dont la feuille vante par la même occasion la « neutralité absolue » dans leur présentation de l’histoire de la ville de Toulouse. Cet exemple suggère ainsi une forme de notabilisation des édiles socialistes dans l’entre-deux-guerres, l’usage du terme « notable » pour s’auto-désigner constituant la dernière étape d’un processus de normalisation des élus au contact d’un système républicain, qui lui aussi a développé de nouvelles formes de notabilités. C’est parce que les républicains sont aussi devenus des notables que les élus SFIO peuvent dans certains contextes adopter des pratiques et des discours similaires.

Issus des milieux ouvriers, les socialistes ne disposaient certes pas de l’aisance matérielle, du temps libre et de l’estime sociale liée à une ascendance illustre, autant de traits qui, selon Max Weber, font le notable[2]. L’ascension républicaine des élus socialistes par l’école qui leur donne accès au statut d’ouvrier qualifié, de syndicaliste ou, de manière croissante d’employé et de profession intellectuelle, ne suffit pas à leur fournir les ressources qui définissent les notables. Sans être devenus des notables, les socialistes s’apparentent néanmoins à des notabilités, une distinction opérée par le politiste Jean-Louis Briquet qui étend la notion de notable aux élus qui développent des pratiques notabiliaires. Selon cet auteur, la notion de clientélisme, qui caractérise le notable, « désigne des liens personnalisés, entre des individus appartenant à des groupes sociaux disposant de ressources matérielles et symboliques de valeur très inégale, reposant sur des échanges durables de biens et de services, généralement conçus comme des obligations morales unissant un patron et les clients qui en dépendent[3] ».

Ces pratiques notabiliaires qui ne sont pas absentes des communes socialistes peuvent cependant entrer clairement en contradiction avec l’idéologie du parti socialiste, qui entend, d’après les statuts, faire des élus des militants soumis aux instances locales et fédérales du parti. Le parti socialiste construit en effet son identité avant tout comme un parti de militant et non de « notabilités », sans parvenir néanmoins à devenir le parti de masse décrit notamment par Maurice Duverger. D’après les statuts de 1913, l’élu n’est qu’un délégué du parti, il n’est pas officiellement détenteur de son mandat, qui reste propriété du parti. Ainsi, si le parti rejette officiellement toute légitimité spécifique à ses élus pour ne valoriser que les ressources militantes, leur implication précoce dans les instances du régime, en commençant par l’échelon municipal le contraint dans les faits à s’appuyer sur un réseau d’élus locaux et nationaux. Le parti s’éloigne dès les années 1910 du modèle de parti de masse dans lequel les militants restent maîtres de la ligne politique, pour voir au contraire ses élus jouer un rôle croissant, bien qu’encadré, dans les instances dirigeantes du PS-SFIO. Comme l’écrit le politiste Frédéric Sawicki, « personnalisation et "partisianisation" ne sont pas antinomiques » au parti socialiste[4].

Au-delà cependant des discours et des statuts, qui limitent notamment très fortement la présence d’élus dans les instances dirigeantes du parti et des fédérations, le PS-SFIO connaît ainsi une forme de notabilisation de son organisation dès les années 1920, qui persiste sous la Quatrième et sous la Cinquième Républiques. Moment de formation de son réseau d’élus et temps d’interrogation profonde sur la question du pouvoir, l’entre-deux-guerres constitue un temps privilégié d’étude de cette caractéristique du socialisme français. Cette notabilisation contribue en effet à entretenir les tensions au sein du parti sur la question du pouvoir : la SFIO connaît des succès croissants aux élections législatives et municipales qui permettent à certaines personnalités de se constituer de véritables fiefs. Il devient de plus en plus difficile pour le parti de se maintenir hors de l’exercice du pouvoir national quand une partie de ses élus est favorable à la participation.

L’étude de la notabilisation des élus socialistes permet ainsi d’interroger l’évolution de leurs rapports avec la République. Or cette question figure au fondement du débat historiographique qui divise les spécialistes du parti socialiste. Si le parti a d’abord été étudié du point de vue de son idéologie et de ses instances centrales[5] en tant qu’elles produisent des normes imposées à tous les élus et militants, des travaux issus de la science politique se sont appuyés sur une approche locale de l’ancrage partisan[6]. Ils tendent à démontrer que le parti se construit selon des modalités locales propres qui expliquent sa survie sur le long terme. Cet article par son objet même tend à se situer davantage dans ce deuxième courant qui s’intéresse plus aux pratiques locales qu’aux débats nationaux. Pourtant, il ne s’agit pas non plus de nier l’importance de l’idéologie partisane ni l’attachement au parti dans la conduite des élus. S’ils ressemblent de manière croissante dans leur sociologie et leurs pratiques aux élus républicains, les socialistes entendent néanmoins conserver une forme de différenciation, en liant l’idéal au réel, pour paraphraser la phrase de Jean Jaurès. Cet article vise donc à contribuer à la réflexion sur l’identité du parti socialiste, un parti à l’identité contradictoire, puisque celle-ci est républicaine, mais aussi révolutionnaire et ouvrière.

Postulant que les socialistes ont maintenu une forme de différenciation, nous essayerons de mettre en valeur leur contribution à la transformation de la notabilité républicaine dans l’entre-deux-guerres. Deux séries de questionnements guideront notre réflexion : d’une part, un ensemble de questions sur la définition de la notabilité socialiste. Peut-on ainsi parler d’une « notabilité socialiste » ou, au contraire, les socialistes ne font-ils que reproduire le modèle de la notabilité républicaine ? Et enfin, quelle est ainsi la contribution des élus socialistes à l’évolution de la notabilité républicaine ?

Un deuxième ensemble de questions s’intéresse aux rapports entre notables et forme partisane. Comment expliquer la construction de véritables « notabilités » dans les fiefs acquis à la SFIO dans les années 1920 et 1930 en opposition à l’image militante qu’entend renvoyer le parti ? Quelles furent les conséquences pour le parti de la notabilisation de ses élus ? Quels sont les effets de la notabilisation du parti sur son idéologie et son fonctionnement ?

Comment les élus socialistes sont devenus des notables

Dans un article de la revue Vingtième Siècle paru en 2007, l’historienne Noëlline Castagnez décrivait la notabilisation des élus socialistes pendant la Quatrième République[7]. Partant du corpus des députés et des conseillers généraux, elle posait la question suivante : « le Parti socialiste incarne-t-il encore dans les années 1950 la classe ouvrière ? ». Et elle postulait que le PS-SFIO tendait en réalité à se rapprocher de plus en plus du modèle radical des comités locaux. Elle analysait son corpus de députés et de conseillers généraux au prisme d’une triple grille : la question de la sociologie (les députés socialistes sont-ils toujours des ouvriers s’ils ne l’ont jamais été ?), la question de la professionnalisation, et enfin le rapport avec l’appareil partisan, du niveau local au niveau national. Elle concluait ainsi à la notabilisation des édiles socialistes de la Quatrième République. Reprenant cette grille, nous entendons démontrer que cette notabilisation est anticipée dès les années 1920 et qu’elle touche tous les niveaux d’élection de la République française. Les maires et les députés-maires qui n’étaient pas spécifiquement étudiés par Noëlline Castagnez figurent parmi les premiers à devenir des « notabilités », sans doute parce que la mairie constitue le premier échelon d’implantation de la SFIO[8].

La sociologie des édiles socialistes connaît une importante modification pendant l’entre-deux-guerres, menant à une normalisation de leur profil. Le parti socialiste perd au niveau municipal les rares ouvriers qui l’avaient représenté dans les urnes, alors que ces derniers avaient disparu de manière précoce de la Chambre des députés. Cette normalisation a été particulièrement bien étudiée pour la ville de Limoges. L’historien Dominique Danthieux met en évidence la disparition de la sociologie ouvrière du conseil municipal dans les années 1920 et détermine deux phénomènes qui en seraient la cause. D’une part, les conseillers des années 1910 et 1920 qui étaient ouvriers deviennent représentants syndicaux ou gestionnaires de sociétés et coopératives. D’autre part, de nouvelles catégories socio-professionnelles accèdent au conseil municipal, notamment des professions libérales ou des enseignants. Ainsi, le pourcentage des ouvriers au sein du conseil municipal passe de 40 % en 1920 à 27,2 % en 1935, au profit des administrateurs de société ouvrière (15 %) et des professions libérales ou enseignants (18 %)[9]. Dans le département du Nord étudié par Jean-Pierre Florin, l’ouvriérisme résiste mieux : en 1935, 29 % des maires SFIO sont ouvriers, soit une forte surreprésentation puisqu’ils ne sont que 9 % de l’ensemble des maires du département. L’auteur nuance son propos en remarquant que ces maires SFIO sont principalement d’anciens ouvriers davantage que des ouvriers en activité[10]. À Puteaux, en région parisienne, l’évolution sociologique du groupe des élus municipaux est emblématique de cette transformation sociologique. Si en 1921 les ouvriers représentent la majorité des édiles (18 sur 30), leur maire Lucien Voilin compris, ils ne forment plus une majorité dès 1925, et en 1935, ils sont moins d’un conseiller sur trois[11]. Si la tendance globale est à la baisse, la disparition des ouvriers ne s’effectue ni au même rythme ni dans les mêmes conditions dans toutes les communes. À Toulouse, la proportion des conseillers qui se définissent comme « ouvriers[12] » a plutôt tendance à augmenter, ce qui cache en réalité leur appartenance aux élites ouvrières (ouvriers à statut ou travaillant pour l’État)

Deuxième item dans la liste de la notabilisation des édiles socialistes : la professionnalisation des élus. Elle est certaine au sein de ce groupe, en lien notamment à la longévité politique qui caractérise de nombreux maires SFIO, mais aussi au changement dans la durée du mandat et à la construction de filières de formation pour les élus et les employés municipaux. Les élus socialistes figurent à la pointe de la professionnalisation des administrations municipales. Ils développent d’une part un discours d’expertise, à l’image de Georges Barthélémy, maire de Puteaux dans les années 1930, qui écrivait : « Depuis Thivrier, premier maire socialiste de France, cinquante ans de pratique nous ont appris notre histoire et nous ont appris notre métier[13]. » Le discours de la compétence, qui n’est certes pas absent des argumentaires de notables radicaux, prend sa source chez les notables socialistes des grandes communes, notamment de banlieue parisienne. Ainsi, le politiste Renaud Payre avance que « la victoire des socialistes aux élections municipales de 1919 contribue à la genèse de nouvelles présentations de soi des édiles, présentations dans lesquelles la compétence édilitaire occupe la première place. Mais surtout, c’est avec la victoire des communistes aux élections de 1935 dans la banlieue parisienne, que se consolide la figure du maire administrateur[14] ». Ces élus communistes et socialistes d’un nouveau genre construisent des institutions de gestion du Grand Paris et inaugurent clairement de nouvelles méthodes transpartisanes. Cette nouvelle « présentation de soi » n’est pas strictement socialiste, elle est partagée avec une minorité d’élus radicaux des grandes villes, au premier titre Édouard Herriot, qui tissent des liens avec les édiles socialistes et partagent leur expérience.

En effet, les élus SFIO s’insèrent dans les réseaux réformistes décrits par le politiste Renaud Payre[15], dont certains édiles socialistes sont même les piliers ( Henri Sellier ou André Morizet, tous deux maires en banlieue parisienne). Cet espace national de la réforme municipale se traduit par des échanges épistolaires, des relations amicales ainsi que des visites officielles entre élus des grandes métropoles socialistes ou plus rarement radicales. À l’arrivée des socialistes au pouvoir en 1925 à Toulouse, le conseil municipal décide de financer une série de voyages d’études visant à s’inspirer des réalisations d’autres communes. Y sont envoyés conseillers municipaux et employés municipaux (architectes, urbanistes, techniciens)[16]. Ces mêmes architectes ou « urbanistes[17] » circulent de plus de ville en ville : Tony Garnier travaille à Lyon mais aussi à Boulogne[18].

Dans les années 1920 et 1930, les maires socialistes choisissent de s’entourer d’experts pour les conseiller dans une tâche qu’ils considèrent de plus en plus comme administrative. Ainsi, les conseils municipaux sont réorganisés afin de proposer aux conseillers une répartition des missions en commissions ; celle-ci est particulièrement poussée à Toulouse quand le maire SFIO nomme à la tête de chaque commission un adjoint chargé de coordonner le travail – réel – des conseillers municipaux sur le terrain. Le maire, tel un grand ordonnateur, se charge de superviser l’ensemble du travail[19]. Les édiles s’entourent aussi d’employés de plus en plus qualifiés. À partir de 1919, leur recrutement les sort de l’arbitraire mayoral par l’obligation légale d’établir un statut des employés municipaux, qui doivent être recrutés par concours, bien que la décision finale demeure en définitive l’apanage du maire. De plus, les édiles socialistes s’intéressent à la formation de leurs employés, et ce, afin de créer une véritable bureaucratie municipale. À Boulogne par exemple, le nombre des employés municipaux fait plus que doubler entre 1919 et 1939 ; à Toulouse, il est multiplié par trois entre 1925 et 1939[20]. Un accroissement qui rend nécessaire l’élaboration de règles précises de gestion du personnel, ainsi que de véritables filières de formation. La plus connue de ces filières passe par l’École nationale d’administration municipale, section spécialisée de l’École des hautes études urbaines. Installée dans le département de la Seine par Henri Sellier, cette section forme les employés de plus en plus nombreux de la région parisienne (plus de 30 000 en 1937), mais aussi des secrétaires généraux envoyés des grandes communes de province[21]. Ainsi, les élus socialistes construisent une nouvelle vision de l’activité municipale qui, loin d’être strictement ni même principalement politique, vise au contraire à créer un bon gouvernement local grâce à une expertise développée par eux et leurs employés sur le long terme.

La longévité politique qui caractérise la plupart des édiles socialistes contribue à faire d’eux des notabilités. Leur professionnalisation est ainsi voulue et assumée par les édiles et elle est renforcé par le cumul des mandats. Les députés-maires deviennent des figures incontournables du parti socialiste, grâce aux réseaux parisiens qu’ils construisent. Selon Guillaume Marrel étudiant les élus socialistes de l’entre-deux-guerres, le cumul des mandats contribue de deux manières à construire la notabilité : d’une part, le cumulard a davantage de moyens d’accès à des réseaux nationaux ; d’autre part, il peut construire son charisme et sa popularité sur une base qui dépasse le seul localisme[22]. Or ce cumul des mandats, loin de faire l’objet de restrictions ou d’interdictions institutionnelles dans le système politique de l’entre-deux-guerres voire même idéologiques au sein du parti socialiste, tend, au contraire, à être encouragé car il constitue une « ressource collective », qui n’est pourtant pas sans conséquence sur l’organisation du parti socialiste SFIO. En 1929, un tiers des sénateurs et députés détient aussi un mandat de maire[23]. Les socialistes ne dérogent pas à la règle.

L’allongement du mandat municipal de quatre à six ans en 1929 contribue enfin à renforcer la notabilisation des élus, socialistes notamment, en transformant « le temps des maires[24] ». Si les édiles de la SFIO y sont en général opposés pour des raisons de principe[25] – démocratiques car un mandat plus long signifie moins d’élections, mais aussi stratégiques, la SFIO, en pleine conquête locale des grandes villes n’a pas intérêt à étaler les échéances électorales –, ils en bénéficient au même titre que tous les autres élus. Cet allongement contribue en effet à l’émergence de la figure de « l’entrepreneur notabilisé », nouveau personnage de la vie politique que les socialistes ont largement contribué à construire, qui fonde sa légitimé sur un discours de la compétence. Ce notable d’un nouveau genre distribue des ressources de type clientélaire (des logements HBM dont l’État encourage la construction ou des emplois publics) tout en assumant un discours de l’expertise réalisatrice. Par le cumul des mandats, les socialistes s’inscrivent dans des réseaux nationaux et construisent un espace national de la réforme qui passe du Palais-Bourbon au conseil municipal de Paris et par les grandes mairies de province.

Les socialistes ajoutent à ces pratiques nouvelles (que l’on trouve aussi chez certains maires radicaux à l’image d’Herriot) la dépendance relative à un grand parti politique. Ainsi, une des spécificités socialistes de la notabilité consiste en une forme de notabilité structurée et encadrée par les appareils partisans (fédérations et sections), qui repose sur le discours de la compétence poussé plus loin encore que chez les notables républicains traditionnels. Cette spécificité est relevée notamment par Jean-Pierre Florin dans son article sur les maires du Nord. Selon lui, les élus de droite sont déjà des notables avant d’être élus car ils disposent de réseaux informels ; l’accession à ce mandat électif ne faisant que renforcer le réseau clientélaire. Le maire de gauche, à l’inverse, doit son recrutement d’abord au parti (puisqu’il est désigné par la section). Ainsi, « à droite, la notabilité fait l’élection, à gauche c’est l’élection qui fait la notabilité[26] ».

La notabilisation du parti socialiste ?

Si le notable de type XIXe siècle est un élu sachant assurer son élection ou sa réélection par ses ressources propres – financières, symboliques et clientélaires –, le notable socialiste construit une notabilité partisane. Cependant, la plupart des édiles SFIO ne sont pas entièrement dénués d’atouts personnels : une légitimité construite par l’expertise, des réseaux parisiens grâce au cumul des mandats (qui permet de générer un clientélisme institutionnel en distribuant des biens publics tels que des logements ou des emplois), la construction d’une légitimité locale autour de leur personne indépendante ou presque de toute étiquette politique. Ces réseaux remplacent le plus souvent des réseaux partisans socialistes qui sont, en réalité, faiblement développés et institutionnalisés dans le contexte français. Ainsi, selon la distinction du politiste Frédéric Sawicki, le clientélisme institutionnel est plus efficace que le clientélisme partisan dans l’Hexagone[27]. Ce dernier serait demeuré marginal dans le système politique français, pour une série de raisons : le mode de scrutin majoritaire uninominal pour l’élection des députés, le cumul des mandats, et plus récemment les lois de décentralisation. Cette forme de clientélisme, que l’on trouve par exemple au sein du modèle social-démocrate allemand, nécessite, de plus, que les partis disposent de ressources propres telles que des emplois ou des ressources financières – autant d’éléments qui font défaut à une SFIO presque complètement vide de permanents dans l’entre-deux-guerres ainsi qu’aux autres partis politiques français à l’exception du Parti communiste.

Une des spécificités du socialisme français réside justement dans cette faiblesse du clientélisme partisan, compensée par le clientélisme institutionnel pratiqué par les édiles SFIO. À défaut de postes de permanents, ce sont souvent des postes d’employé municipal, des logements sociaux, des marchés publics qui sont offerts aux fidèles du parti. Les pratiques clientélaires des socialistes consistent en la capacité des élus à répondre aux demandes d’aide des électeurs. Il est cependant certain que le modèle décrit pour Marseille par Anne-Laure Ollivier et Cesare Mattina ne s’épanouit véritablement que pendant la Quatrième, voire la Cinquième République mais ses bases sont déjà présentes dès l’entre-deux-guerres[28]. Pour ne citer qu’un exemple, à Toulouse dans les années 1930, le chef de cabinet du maire n’est autre que le secrétaire de la fédération socialiste de Haute-Garonne[29].

Or, la notabilisation des élus socialistes transforme le rapport qu’ils entretiennent avec les militants. Le clientélisme institutionnel des élus socialistes explique qu’ils conservent une position de pouvoir au sein des instances socialistes. Au niveau local, dans les sections, les notables continuent ainsi d’exercer un pouvoir construit par leur domination des réseaux et des ressources municipales. Grâce au « milieu socialiste », – une nébuleuse de personnalités et d’associations qui fondent la popularité des élus –, les édiles développent une forme d’indépendance vis-à-vis des instances partisanes. Ce milieu socialiste local suit diverses modalités selon les communes, au gré des colorations politiques et des spécificités des communes[30]. Il repose clairement sur des liens étroits avec les syndicats réformistes dans le Pas-de-Calais puisque la majorité des conseillers municipaux sont délégués mineurs et qu’ils sont aussi présents au sein des instances fédérales de la SFIO pendant les années 1920. Ailleurs, d’autres structurations sont possibles : à Puteaux par exemple, le socialisme s’appuie initialement sur le mouvement coopérateur dès les années 1910, autour de la figure de son maire Lucien Voilin, puis il se structure davantage autour des réseaux laïcs dans les années 1920 et 1930.

Dans le Sud-Ouest, notamment à Toulouse, le Grand Orient de France s’inscrit lui aussi dans l’orbite municipale, à la fois du fait de la proximité intellectuelle entre les deux institutions, mais aussi par la présence de francs-maçons dans la municipalité. La proximité intellectuelle entre socialisme et Grand Orient est flagrante dans les délibérations des loges qui proposent des vœux pour la loi des huit heures, rédigent des rapports sur l’enseignement technique et se mobilisent dès les années 1920 dans l’antifascisme[31]. La contribution du Grand Orient au socialisme local passe essentiellement par des réseaux informels liant la loge aux membres du conseil municipal, que l’on retrouve dans d’autres cas, le Pas-de-Calais, la Seine, ou la Nièvre, à des degrés divers. Le Grand Orient ne prétend officiellement pas prendre position en politique, mais en 1924, plusieurs loges toulousaines émettent le vœu que l’impression de papillons à coller sur les affiches du bloc national soit prise en charge par les frères[32]. En 1924, une autre loge, « L’Encyclopédique », célèbre officiellement l’élection de l’un de ses frères, Jean Rieux, alors SFIO, à la députation en Haute-Garonne, et elle évoque sa contribution décisive dans la bataille électorale[33]. Le caractère lacunaire des sources ne permet pas de dresser un tableau pour l’ensemble du pays ; les sources conservées pour les loges de la ville de Toulouse permettent cependant de démontrer que de nombreux élus toulousains étaient francs-maçons. Entre 1925 et 1940, un peu plus d’un tiers des conseillers municipaux socialistes de la Ville rose ont pu être identifiés comme francs-maçons, et ils appartiennent principalement à une loge, « La Française des Arts », connue pour ses prises de position orientées très à gauche[34]. De surcroît, certains conseillers municipaux exercent des responsabilités au sein du mouvement franc-maçon, Jean Fournié, conseiller, est vénérable de la loge « La Française des Arts » en 1939[35]. Communauté intellectuelle et soutien discret au socialisme caractérisent les rapports entre le Grand Orient et la SFIO dans l’entre-deux-guerres.

D’autres institutions s’inscrivent de même dans cette nébuleuse contrôlée par les édiles socialistes : le mouvement laïc, la Ligue des droits de l’homme, ou encore les mouvements mutualistes par exemple. Les liens sont personnels (conseillers à la tête de ces réseaux), mais aussi financiers puisque ces associations reçoivent des subventions municipales ou des marchés publics[36]. La ville de Puteaux se distingue par l’importance de ses réseaux mutualistes dans les années 1920, qui s’expliquent essentiellement par l’engagement du maire Lucien Voilin dans la coopérative de production « La Revendication » aux côtés d’ Henri Sellier dans les années 1900. L’importance donnée aux mouvements mutualistes s’illustre par la création d’un Office de la mutualité. Ailleurs, les socialistes s’appuient sur les coopératives de production pour financer leurs travaux (on pense aux « Charpentiers toulousains » par exemple)[37], et les mutualistes participent à des manifestations socialistes. Les relations entre socialistes et ligues semblent moins proches. Si les mairies octroient des subventions aux ligues des droits de l’homme et de l’enseignement et participent parfois à leurs congrès, on ne trouve que peu de responsables de haut niveau des ligues dans le personnel communal. Le Pas-de-Calais fait figure d’exception en la matière du fait de la très forte implication des élus lensois dans la LDH[38]. Ces quelques exemples témoignent de la grande plasticité du milieu socialiste, qui s’appuie sur des associations différentes selon les circonstances locales. Dans bien des cas cependant, les élus appartiennent à de multiples associations. Cette multi-positionnalité alors encouragée par le parti socialiste SFIO permet ainsi au parti de rayonner hors de son vivier militant, souvent restreint pour toucher les électeurs républicains. Le milieu socialiste inclut en effet des associations qui furent ou sont toujours le fondement du régime républicain ainsi que ceux du parti radical. À défaut d’argent ou de domination symbolique, les « notabilités » socialistes s’appuient sur les associations locales qu’ils représentent lors de nombreuses inaugurations ou cérémonies. Cette capacité à s’insérer dans les réseaux existants explique la réussite électorale et la longévité de certaines équipes. Cependant, elle n’est pas sans conséquence sur la structuration locale du parti socialiste.

Cependant, cette personnalisation du pouvoir au sein d’un parti qui n’a théoriquement pas de chef joue en défaveur d’un appareil militant qui reste squelettique dans l’entre-deux-guerres. Il est certain que la multi-positionnalité des édiles SFIO leur donne une forme d’indépendance qui les met en position de force vis-à-vis des militants. Si les élus développent un esprit d’indépendance vis-à-vis des institutions de la SFIO, ils dépendent néanmoins du parti pour leur investiture et le parti entend continuer (sans nécessairement y arriver) de contrôler les politiques municipales. Cette tension explique la persistance de nombreuses indisciplines partisanes. La nébuleuse socialiste qui compense la faiblesse du clientélisme partisan n’empêche ainsi pas la persistance de conflits entre édiles et militants. En effet, à l’échelle de la France, les indisciplines partisanes sont le quotidien de nombreuses élections locales et témoignent du fait que les élus SFIO estiment pouvoir s’affranchir de ce qui n’est, parfois, qu’une étiquette, pour s’appuyer sur leurs seuls réseaux de « notabilités ». Des conflits peuvent éclater entre une section qui se veut garante de l’orthodoxie et les élus qui s’en distancient dans leurs discours et leurs pratiques. Le plus souvent, le conflit se solde par le succès des élus en effet, le charisme développé par un maire comme Étienne Billières l’emporte souvent, en réunion de section, sur l’intransigeance du pôle militant. En 1934, le maire met sa démission dans la balance pour faire taire les contestations des militants concernant le financement municipal de la reconstruction de l’Église de la Dalbade[39]. À Lens, de même, le charisme du maire fait taire toute contestation : la validation de sa candidature aux élections municipales de 1925 par la section n’est pas même discutée, au motif que nulle « personne ne [ferait] l’injure d’une objection » à celle-ci[40].

Plusieurs nuances peuvent être apportées à ce modèle. D’une part, l’opposition entre militants et élus n’existe pas dans toutes les communes. À Roubaix, l’orthodoxie est portée d’abord par le maire Jean-Baptiste Lebas, véritable militant-élu, qui est un des représentants du courant guesdiste dans l’entre-deux-guerres. D’autre part, le parti socialiste SFIO traumatisé par la scission de Tours entretient à toutes les échelles une mystique de l’unité qui explique que, le plus souvent, élus comme militants font en sorte d’éviter les scissions (ou réintègrent très rapidement les élus rebelles). Au-delà du discours de contrôle des élus, des rappels à leurs devoirs qu’on trouve dans de nombreux départements, la SFIO est incapable de contrôler ses édiles, mais ces derniers ont aussi intérêt à éviter d’aller jusqu’à la scission[41].

Ainsi, la notabilisation des élus varie selon les configurations et les traditions locales conformément à la structure décentralisée du parti socialiste SFIO. Il est cependant clair que le modèle développé par Jean-Yves Nevers concernant Toulouse, mais applicable à d’autres cas, ne peut qu’être nuancé[42]. Il voit dans la fédération et la section toulousaine du parti de véritables instances de contrôle de la politique municipale, conformément au modèle militant de contrôle des élus. À l’image de la SFIO, parti décentralisé, les conditions locales influent beaucoup sur le mode d’organisation fédéral. Dans les années 1920, il semblerait que les traditions d’avant-guerre continuent d’orienter le comportement des fédérations envers leurs élus, avec la grande opposition entre tradition guesdiste et socialisme indépendant. La place des élus dans les instances fédérales varie ainsi de fédération en fédération, même si l’on peut opposer schématiquement deux types de fédérations. Dans certaines fédérations que l’on pourrait regrouper sous le terme de « fédérations d’élus », les grands élus ou notables dominent les instances fédérales et influencent durablement le cours des décisions fédérales ; celle de Haute-Garonne dans les années 1920 en est une : en 1926, neuf des quinze membres de la commission exécutive de la fédération sont adjoints ou conseillers municipaux[43]. Dans d’autres fédérations, la méfiance l’emporte et les élus sont marginalisés ; dans la Seine, aucun grand maire de la banlieue parisienne ne figure dans la commission exécutive, qui compte moins de dix élus parmi ses 115 membres. Au tournant des années 1930, la plupart des fédérations renouent avec un modèle militant de fédération, opérant ainsi une marginalisation des élus qui est confirmée par la dynamique de Front populaire à partir de 1934.

Les socialistes sont-ils devenus des notables dans l’entre-deux-guerres ? Certes, les édiles ne s’approprient que rarement à cette période le terme de « notable », dont les connotations demeurent fortement négatives. Il faut attendre le milieu des années 1960 pour qu’ils s’affirment comme défenseurs des libertés locales, comme notables opposés à un État technocratique et envahissant[44]. Certes, les socialistes ne reproduisent pas à l’identique le statut de notable tel qu’il a pu se développer tout au long du XIXe siècle, puis dans sa forme républicanisée dans les années 1880. Si les socialistes reprennent certains de ses traits (réseaux locaux, personnalisation du pouvoir), ils en transforment la définition même, contribuant ainsi à la modernisation de la politique locale sous la Troisième République. La professionnalisation de la politique qui commence dans l’entre-deux-guerres avec la création de premières filières de formation, par des socialistes, n’empêche pas une forme de notabilisation des élus de ce même parti. La professionnalisation des édiles socialistes vient ainsi nourrir leur statut de notables, transformant le contenu même donné à cette notabilité. Les élus socialistes contribuent donc à une double révolution : celle interne au parti qui voit leur poids augmenter ; et celle, à la portée plus grande, des formes de la notabilité dans le régime de la Troisième République. Pendant la Troisième République, si cette notabilisation demeure incomplète, les bases essentielles en sont néanmoins posées.

Pour citer cet article : Aude Chamouard, « Existe-t-il des notables socialistes sous la Troisième République », Histoire@Politique, n° 25, janvier-avril 2015 [en ligne, www.histoire-politique.fr]

Notes :

[1] Le Midi socialiste, n° 6832,18 juin 1926.

[2] Max Weber, Économie et Société, tome 1, Paris, Plon, 1971, p. 298-299.

[3] Jean-Louis Briquet, « La politique clientélaire. Clientélisme et processus politiques », dans Jean-Louis Briquet et Frédéric Sawicki, Le clientélisme politique dans les sociétés contemporaines, Paris, PUF, 1998, p. 7-37, p. 7.

[4] Frédéric Sawicki, Les réseaux du parti socialiste, sociologie d'un milieu partisan, Paris, Belin, 1997, p. 97.

[5] On pense avant tout aux travaux de Gérard Grunberg et d’Alain Bergounioux. Voir Gérard Grunberg et Alain Bergounioux, L’ambition et le remords : les socialistes français et le pouvoir, 1905-2005, Paris, Fayard, 2006, et plus récemment, Gérard Grunberg, La Loi et les prophètes, les socialistes français et les institutions politiques (1789-2013), Paris, CNRS Éditions, 2013.

[6] Il faut citer ici les travaux de Frédéric Sawicki et de Rémi Lefebvre. Voir Frédéric Sawicki, La structuration du Parti socialiste. Milieux partisans et production d'identités, université Paris I, thèse de doctorat en science politique sous la direction de Jacques Lagroye, 1993 ; Frédéric Sawicki, Les réseaux du parti socialiste, sociologie d'un milieu partisan, Paris, Belin, 1997 ; Rémi Lefebvre, Le socialisme saisi par l'institution municipale (des années 1880 aux années 1980) : jeux d'échelles, thèse pour le doctorat en science politique sous la direction de Frédéric Sawicki, université Lille 2, 2001 ; Rémi Lefebvre et Frédéric Sawicki, La société des socialistes, le PS aujourd'hui, Paris, Les Éditions du Croquant, 2006.

[7] Noëlline Castagnez, « La notabilisation du PS-SFIO sous la Quatrième République », Vingtième Siècle. Revue d'histoire, n° 96, octobre-décembre 2007, p. 35-46 ; voir aussi Noëlline Castagnez, Socialistes en République, les parlementaires SFIO de la IVe République, Rennes, PUR, 2004.

[8] Sur cette question, à partir notamment du prisme de Roubaix, voir les nombreux travaux de Rémi Lefebvre, en particulier sa thèse, Le socialisme saisi par l’institution municipale (des années 1880 aux années 1980) : jeux d’échelles, thèse pour le doctorat en science politique sous la direction de Frédéric Sawicki, université Lille 2, 2001.

[9] Dominique Danthieux, Le département rouge : République, socialisme et communisme en Haute-Vienne (1895-1940), Limoges, Presses universitaires de Limoges, 2005, p. 298.

[10] Jean-Pierre Florin, « Les maires du département du Nord à la fin de la Troisième République », dans Maurice Agulhon et alii, Les maires en France du Consulat à nos jours, Paris, Presses de la Sorbonne, 1986, p. 280-286.

[11] Aude Chamouard, Les maires socialistes : une expérience réformiste du pouvoir, thèse pour le doctorat en histoire sous la direction de Marc Lazar, IEP de Paris, 2010, p. 156-157.

[12] Les dénominations choisies par les conseillers municipaux sont à prendre avec un certain recul, car ceux-ci peuvent changer de dénomination sans véritablement changer de profession en fonction des impératifs électoraux notamment.

[13] Archives municipales de Puteaux (AMP), Bulletin municipal, 15 janvier 1934, p. 9.

[14] Renaud Payre, Une Science communale ? Réseaux réformateurs et municipalité providence, Paris, CNRS Éditions, 2007, p. 209.

[15] Sur Henri Sellier, voir Roger-Henri Guerrand et Christine Moissinac, Henri Sellier, urbaniste et réformateur social, Paris, La Découverte, 2005.

[16] Archives municipales de Toulouse (AMT), Délibérations du conseil municipal, 7 août 1926, p. 39-40.

[17] La profession d’urbaniste est alors en pleine construction. Voir Viviane Claude, Faire la Ville, Les métiers de l'urbanisme au XXe siècle, Paris, Éditions Parenthèses, 2006, 252 p.

[18] Sur le maire de Boulogne, voir Pascal Guillot, André Morizet (1876-1842), thèse d’histoire sous la direction de Jacques Girault, université Paris XIII, 2004.

[19] AMT, Bulletin municipal, mai 1925, arrêté municipal du 11 mai 1925.

[20] Sur Boulogne, voir Pascal Guillot, op. cit., p. 390 ; sur Toulouse, Aude Chamouard, op. cit., p. 178.

[21] Sur cette école, voir les travaux d’ Emmanuel Bellanger, notamment « L’École nationale d’administration municipale. Des "sans-grades" devenus secrétaires généraux », Politix, 53, mars 2001, p. 145-171. Plus récemment, sur Henri Sellier et son rôle dans les réseaux d’élus en région parisienne, voir Emmanuel Bellanger, « Du socialisme au Grand Paris solidaire, Henri Sellier ou la passion des villes », Histoire urbaine, 37 (2013/2), p. 31-52.

[22] Guillaume Marrel, « La mairie, le parti et la carrière. Implantation municipale, cumul et notabilisation des élus socialistes (1892-1940) », dans Jacques Girault (dir.), L’Implantation du socialisme en France au XXsiècle. Partis, réseaux, mobilisation, Paris, Publication de la Sorbonne, 2001, p. 143-166.

[23] Guillaume Marrel et Renaud Payre, « Le Temps des maires : l'allongement du mandat en 1929, une redéfinition de l'espace politique municipal », Politix, 53 (2001), p. 59-84, p. 81.

[24] Nous reprenons ici les développements de Guillaume Marrel et Renaud Payre, art. cit.

[25] André Morizet, maire socialiste de Boulogne-Billancourt, y est cependant favorable, au titre que l’administration municipale doit relever de l’administratif plus que du politique. Au Sénat, neuf des quatorze sénateurs socialistes votent la loi. Voir Guillaume Marrel et Renaud Payre, art. cit., p. 69 et p. 81.

[26] Jean-Pierre Florin, « Les maires du département du Nord à la fin de la Troisième République », dans Maurice Agulhon et alii, Les maires en France du Consulat à nos jours, Paris, Presse de la Sorbonne, 1986, p. 298.

[27] Voir Frédéric Sawicki, « La faiblesse du clientélisme partisan en France », dans Jean-Louis Briquet et Frédéric Sawicki, op. cit., p. 215-248.

[28] Anne-Laure Ollivier, Gaston Defferre : un socialiste face au pouvoir, de Marseille à l’élection présidentielle de 1969, thèse pour le doctorat en histoire sous la direction d’Olivier Wieviorka, ENS Cachan, 2011 ; Cesare Mattina, « Mutations des ressources clientélaires et construction des notabilités politiques à Marseille (1970-1990) », Politix, vol. 17, n° 67, 3e trimestre 2004, p. 129-155, p. 136.

[29] AMT, Bulletin, municipal, 1er avril 1937, p. 220.

[30] Voir sur ce sujet la thèse de Frédéric Sawicki, La Structuration du Parti socialiste. Milieux partisans et production d'identités, thèse de doctorat en science politique sous la direction de Jacques Lagroye, université Paris I, 1993, et pour le niveau municipal la troisième partie de notre thèse de doctorat en histoire.

[31] GODF, Loge « La Française des Arts », Toulouse, 1911-1918, 13 juillet 1920.

[32] GODF, 1935, Loge « La Française des Arts », Toulouse, 1931-1937, vœu commun à la Française des Arts et aux Cœurs Réunis, 3 avril 1924.

[33] GODF, 1922, Loge « L’Encyclopédique », 1914-1919, 1920-1925, 4 juin 1924.

[34] Voir les archives du Grand Orient de France (GODF), 1935, loge « La Française des Arts », 1931-1937.

[35] GODF, 1935, idem, 20 juin 1939.

[36] À Toulouse, en 1926 par exemple, les six associations les plus financées par la mairie sont mutualistes. Le maire entretient des liens étroits avec une société coopérative de menuiserie chargée de faire de nombreux travaux à Toulouse, les Charpentiers toulousains.

[37] Voir AMT, 4D 0802, Lettre de Paul Barthe, directeur des Charpentiers toulousains au maire, 20 mai 1926.

[38] Voir Emmanuel Naquet, La Ligue des droits de l’homme : une association en politique (1898-1940), thèse de doctorat en histoire sous la direction de Serge Berstein, IEP de Paris, 2005, p. 1082-1098.

[39] Centre des archives contemporaines, 199940434, art. 364, Dossier Étienne Billières, Lettre du commissaire spécial au directeur de la sûreté générale, 19 mars 1934.

[40] L’Éclaireur du Pas-de-Calais, n° 183, 21 juin 1925.

[41] Rémi Lefebvre, Le Socialisme saisi par l’institution municipale, op. cit., p. 128-130.

[42] Jean-Yves Nevers, Système politico-administratif communal et pouvoir local en milieu urbain : étude d'un cas : la municipalité radicale-socialiste de Toulouse (1888-1906), thèse pour le doctorat de Troisième cycle, sous la direction de M. Ledrut, université Toulouse-le-Mirail, 1975.

[43] Aude Chamouard, op. cit., p. 437.

[44] Voir Rémi Lefebvre, Le socialisme saisi par l'institution municipale, des années 1880 aux années 1980, jeux d'échelle…, p. 111.

Aude Chamouard

Agrégée et docteure en histoire, Aude Chamouard enseigne en classes préparatoires aux grandes écoles. Chercheuse associée au Centre d’histoire, elle a publié Une autre histoire du socialisme (CNRS Éditions, 2013), ainsi que Léon Blum, la force d’espérer (Éditions Le Monde, 2013).

Mots clefs :  maires ; parti socialiste ; notables ; réseaux ; élections.

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  • ISSN 1954-3670