Histoire@Politique : Politique, culture et société

Le dossier

Notables et République en France de 1870 à nos jours

Coordination : Aude Chamouard et Frédéric Fogacci

Des notables bien vivants. La pérennité de la notabilité traditionnelle en Bretagne dans l’entre-deux-guerres

David Bensoussan
Résumé :

Marquée politiquement par de solides bastions conservateurs, la Bretagne dévoile dans l’entre-deux-guerres la place maintenue d’une notabilité traditionnelle incarnée par (...)

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Diagnostiqué par Daniel Halévy[1], le constat d’une fin des notables dès les premiers temps de la Troisième République est aujourd’hui remis en cause tant dans ses modalités que dans sa chronologie[2]. Le processus de professionnalisation politique auquel il renvoie s’inscrit dans une temporalité à l’évidence beaucoup plus longue et diffuse, ce qu’indique la mutation très progressive du personnel politique sous la Troisième République. Cette progressivité révèle à la fois la prégnance longtemps maintenue des pratiques notabiliaires fondées sur le clientélisme et le don de soi, en apparence désintéressé, et l’adaptation, plus ou moins réussie, des anciennes notabilités au modèle émergent de l’entrepreneur politique. De tels mécanismes s’observent dans des environnements locaux et régionaux dont la spécificité est à prendre en considération tant leurs caractéristiques déterminent les ressorts de l’affirmation notabiliaire.

La Bretagne, dans sa définition historique, c’est-à-dire à cinq départements, constitue un bon exemple, au moins jusque dans l’entre-deux-guerres, de la pérennité d’une influence notabiliaire qui structure en profondeur la société et la vie politique régionales. Le phénomène s’observe surtout dans les campagnes bretonnes où la notabilité traditionnelle – celle-là même dont Daniel Halévy pronostiquait la fin – reste encore solidement implantée, comme en témoigne la place toujours importante qu’elle conserve dans les mairies et les conseils généraux de la région[3]. L’aristocrate rural, grand propriétaire foncier, bénéficiant du soutien du clergé, avec lequel il communie dans un rejet des valeurs républicaines, constitue ainsi une figure archétypale de la notabilité bretonne durant toute la Troisième République. Certes, la Bretagne n’ignore pas la dynamique d’affirmation d’une notabilité républicaine, issue des fameuses « couches nouvelles » vantées par Gambetta, notamment dans le monde urbain et dans un certain nombre de bourgs ruraux. Mais, dans une partie au moins du monde rural, elle peine à concurrencer la notabilité traditionnelle, bien différente dans sa sociologie, sa culture et ses idées politiques. Elle n’en contribue pas moins à proposer un mode de mobilisation de l’électeur, par la presse, la formation de comités et d’un réseau associatif laïque[4], qui oblige, par contrecoup, la notabilité traditionnelle à s’engager dans un processus de professionnalisation politique.

La période de l’entre-deux-guerres offre l’intérêt de découvrir un paysage socio-politique breton toujours marqué par l’influence de cette dernière, permettant ainsi d’en étudier les multiples ressorts et mécanismes. Surtout, elle laisse percevoir très clairement les stratégies que celle-ci met en œuvre pour tenter de conserver son emprise sociale et politique fragilisée par les évolutions économiques et sociales ainsi que par le choc de la Grande Guerre[5]. Entre logique de professionnalisation politique et engagement social renouvelé dans la voie du syndicalisme agricole, la notabilité traditionnelle montre une vitalité persistante bien éloignée d’une disparition trop rapidement proclamée.

Le maintien de la notabilité traditionnelle et ses ressorts

Nullement réductrice à une terre de droite, la Bretagne n’en présente pas moins, durant tout l’entre-deux-guerres, de solides bastions conservateurs où la notabilité traditionnelle, souvent d’origine aristocratique, a su pérenniser son influence sociale et sa domination politique[6]. Cette situation caractérise très nettement le bloc central conservateur qui couvre toute la partie orientale du Morbihan et s’étend jusqu’aux marges méridionales de l’Ille-et-Vilaine et à la partie occidentale de la Loire-Inférieure. Elle s’observe également dans les marges angevines et vendéennes de ce dernier département, ainsi que dans les pays de Fougères et de Vitré qui forment la partie orientale de l’Ille-et-Vilaine. Enfin, à l’extrémité de la péninsule, dans le nord du département du Finistère, le Léon s’affirme lui aussi comme un bastion des droites catholiques où la notabilité traditionnelle continue à jouer un rôle important quoique de manière moins nette du fait de structures sociales sensiblement différentes. À cette spécificité près, les campagnes qui composent ces ensembles régionaux dévoilent, peu ou prou, les mêmes caractéristiques, favorables, depuis longtemps, à la prééminence notabiliaire.

On y remarque, en premier lieu, la place importante de la grande propriété foncière sur laquelle André Siegfried avait insisté dans son fameux Tableau politique de la France de l’Ouest pour expliquer la prédominance électorale des milieux monarchistes dans certaines parties de cet ensemble régional[7]. La figure du notable traditionnel est ici celle du grand propriétaire, d’origine aristocratique la plupart du temps, détenant souvent plusieurs centaines d’hectares. La détention de ces terres conforte son statut social et lui permet d’assumer une certaine magnificence. Résidant, au moins une partie de l’année, sur ses propriétés, il mène à la fois une vie rurale et une vie de château qui contribuent de manière essentielle au prestige et à l’influence détenus sur le plan local et que son titre nobiliaire renforce en considération. Sa proximité géographique et sociale avec les populations rurales liée à sa résidence, à la détention de mandats locaux, à la présidence de comices agricoles, à ses « bonnes œuvres » pour l’école libre, pour l’Église et les institutions charitables lui assure toujours une assise socio-politique incontestable et souvent incontestée. Vecteur d’une domination socio-économique sur un nombre important de fermiers et de métayers, la possession de la terre fonde également des relations sociales inégalitaires qui trouvent, le jour de l’élection, une traduction politique. Surtout, elle autorise une aisance financière qui s’inscrit dans une logique notabiliaire où les dons du notable (financement de l’école libre, de l’église…) en faveur de la communauté rurale ont comme corollaire l’estime et la déférence des populations à son égard. Son autorité politique se construit ainsi à travers le capital économique et social qu’il est capable de mobiliser au service de la communauté. Pour autant, son statut de notable, le grand propriétaire foncier d’origine aristocratique l’affirme dans une apparente immanence qui nous ramène aux fortes spécificités des sociétés rurales de l’Ouest armoricain. L’ancrage dans une continuité dynastique, souvent mise en avant, lui permet d’incarner la fidélité au passé dans une région fortement marquée par la mémoire des affrontements révolutionnaires. Ainsi se sont affirmées, en certains endroits, de véritables dynasties nobiliaires monopolisant les charges électives locales et parfois nationales, à l’exemple des La Ferronnays dont la domination sur le pays d’Ancenis s’étend ainsi sur plus de soixante ans, jusqu’à la guerre et la mort du dernier marquis en 1946[8].

La notabilité aristocratique opère ainsi, de multiples façons, tout un travail de mise en scène de sa condition sociale dont une des finalités essentielles est d’objectiver, en la naturalisant, la domination sociale exercée. Elle peut s’appuyer pour cela sur l’action du clergé dans une région restée très fortement catholique où l’empreinte du cléricalisme est très prononcée[9]. Chaque campagne électorale est l’occasion pour les clercs de rappeler avec insistance aux fidèles qu’il n’est pas possible de dissocier leur engagement de chrétien d’un soutien explicite aux défenseurs autorisés de l’Église. Acteurs majeurs de la civilisation paroissiale, les clercs sont souvent conduits à louer publiquement et de manière ostentatoire les actions de bienfaisance de la notabilité aristocratique, renforçant en cela sa position prédominante au sein de la communauté villageoise. Lors de l’inauguration de l’école libre de Pouillé, dans l’arrondissement d’Ancenis, l’évêque de Nantes, Mgr Le Fer de la Motte, remercie ainsi publiquement les bienfaiteurs, M. le marquis et Mme la marquise de La Ferronnays, dont la Semaine Religieuse signale qu’« ils étaient là comme le père et la mère de famille au milieu de leurs enfants, comme les conseillers et les guides vers qui l’on se tourne dans les moments difficiles[10] ». Quoiqu’il passe souvent par ce type de discours, le travail de naturalisation de l’autorité de la notabilité aristocratique n’est pourtant jamais aussi opérant que quand il s’affiche dans l’ordonnancement de l’espace clos de l’église, à travers le banc réservé à la famille aristocratique, ou dans celui des cérémonies religieuses où le notable occupe une place privilégiée. Dans des sociétés rurales très hiérarchisées, cette lisibilité apparente de l’ordre social contribue au plus haut point à son acceptation[11]. De fait, le vote reste l’expression d’une logique communautaire, inscrite dans des structures sociales et dans des référents culturels, qui persiste avec force, ici plus qu’ailleurs, et qui restreint fortement le processus d’individualisation de l’acte électoral. Aussi, la conquête explicite des suffrages n’occupe pas une place centrale dans l’activité des notables d’origine aristocratique. Faire campagne n’est d’ailleurs nullement une nécessité, du moins à l’échelon municipal et cantonal, tant leur position sociale au sein de la communauté rend pratiquement impossible, voire impensable, toute concurrence[12]. Bien souvent donc, le vote se traduit par un simple plébiscite local traduisant la confiance et l’estime des populations à l’égard de leur représentant « naturel[13] ».

Cette faculté des notables traditionnels à se placer comme tels au sein de leur communauté renvoie aussi à l’histoire politique de la région marquée par l’intensité de la question religieuse. Le retour du régime républicain a réactivé avec force les clivages de la période révolutionnaire et l’alliance de la cure et du château dans la défense d’une Bretagne catholique et rurale. Dans ce contexte, la notabilité rurale traditionnelle s’impose souvent, là où elle était solidement implantée, à la tête de la communauté paroissiale dans son opposition à la législation républicaine, confortant ainsi son statut de représentante de populations profondément catholiques. Le phénomène était apparu clairement lors des manifestations du début du siècle contre les Inventaires. Il se poursuit, dans l’entre-deux-guerres, dans la mobilisation catholique contre les projets religieux du Cartel des gauches en 1924-1925[14]. Il est vrai cependant que la mobilisation, par son ampleur et ses modalités, tend à dépasser le simple univers de la paroisse et fait surgir une multiplicité d’acteurs qui fragilisent la domination notabiliaire. À chaque fois cependant, que ce soit dans le cadre des Ligues féminines catholiques, comme de la Ligue des femmes française (LFF) ou de la Ligue patriotique des Françaises (LPDF), ou dans celui de la Fédération nationale catholique (FNC) et de ses relais locaux que sont les Unions catholiques diocésaines, la notabilité traditionnelle, forte de ses liens intimes avec l’épiscopat et le clergé, continue à tenir une position prééminente[15].

Il n’empêche, l’entrée dans l’ère des masses pose de nouveaux défis à la notabilité traditionnelle confrontée également, dans le cadre du jeu démocratique, à une opposition républicaine croissante et à la montée de concurrents dans le monde catholique.

L’autonomisation progressive du champ politique favorise en effet l’essor d’entreprises partisanes dans la région à l’instigation des militants républicains qui cherchent à « dénaturaliser » l’autorité aristocratique. Le phénomène s’observe également au sein du monde catholique à travers l’action des militants démocrates-chrétiens précédemment engagés dans l’aventure du Sillon et, à partir de 1924, dans la construction du Parti démocrate populaire (PDP)[16]. Soutenus par L’Ouest-Éclair, ils contestent la domination des milieux monarchistes sur le monde catholique breton tout en affirmant de nouvelles modalités d’engagement politique dans le cadre d’une entreprise partisane qui s’éloigne sensiblement du modèle notabiliaire. Parallèlement, la condamnation de l’Action française par Pie XI, en 1926, fragilise l’aristocratie rurale aux ancrages monarchistes, désormais confrontée, au sein même du monde catholique, à la concurrence de notables conservateurs mais républicains, souvent proches de la Fédération républicaine.

La notabilité traditionnelle est ainsi confrontée aux contraintes liées au suffrage universel, contraintes qu’elle est obligée, peu ou prou, d’intégrer dans ses pratiques. Face à cela, elle a dû s’adapter, s’engageant dans des stratégies multiples et concordantes afin de maintenir son emprise sur les populations rurales. Si cette réaction n’est pas toujours couronnée de succès comme en témoigne la rétraction de son implantation politique à l’échelle de la région, elle n’en souligne pas moins ses capacités d’action, peu concordantes avec le schéma d’une fin des notables. On privilégiera ici deux stratégies spécifiques, d’une part celle qui mène à une certaine forme de professionnalisation politique, dans le cadre du Comité de la droite de Loire-Inférieure, et, d’autre part, celle de l’engagement dans la voie du syndicalisme agricole.

Le Comité de la droite de Loire-Inférieure ou des notables entre tradition et modernité[17]

La transformation du Comité royaliste de Loire-Inférieure en Comité de la droite, avant même la Grande Guerre, transcrit le poids des préoccupations électorales croissantes dans un département où les milieux monarchistes entendent bien maintenir leur domination. Elle s’effectue en réponse à des contraintes politiques de plus en plus grandes. Les progrès des républicains contrastent avec le déclin des idées royalistes tandis que l’audience des démocrates-chrétiens se développe dans certaines franges de l’opinion catholique. Au lendemain de la guerre, ces contraintes sont d’autant plus fortes. La République apparaît confirmée par la victoire et on assiste à l’essor, dans le département, d’une droite républicaine qui aspire à jouer un rôle plus grand dans la vie politique. De manière plus générale, si l’aristocratie monarchiste continue de louer l’état d’esprit des populations rurales, elle n’est pas sans s’apercevoir de l’évolution de leurs mentalités au lendemain d’une guerre qui a élargi leur horizon mental. L’avènement des masses dans l’arène électorale tend à rendre sinon caduques du moins relatives dans leurs effets les campagnes de mobilisation de l’électorat fondées sur le seul pouvoir notabiliaire. Pour vaincre l’adversaire, la nécessité de mieux s’organiser s’impose et, avec elle, la mise sur pied d’une organisation permanente et efficacement structurée.

Le Comité de la droite est bien une tentative de répondre à ces préoccupations en ce qu’il accentue et systématise la finalité électorale de l’engagement politique des notables royalistes. Il s’agit de s’appuyer sur une plus grande complexité de moyens que ne le postulait auparavant l’influence de la notabilité traditionnelle afin de conserver la Loire-Inférieure dans ses traditions catholiques. S’il n’est nullement question d’en faire une organisation de masse, totalement étrangère à l’esprit et aux préoccupations des dirigeants du Comité, le but est de s’assurer un meilleur quadrillage politique du département. Les effectifs du Comité s’accroissent alors sensiblement dans les années 1920, pour atteindre 109 membres en 1932, les patronymes aristocratiques constituant 62 % des membres. En 1936, il compte encore dans ses rangs, 2 sénateurs, 3 députés, 16 conseillers généraux et 31 maires, et peut donc s’appuyer sur un réseau d’élus conséquent. Parallèlement, le Comité, par le biais de son secrétariat administratif, mène des enquêtes statistiques afin de mieux connaître la réalité électorale du département. Surtout, il travaille à remettre en place, au lendemain de la guerre, tout un ensemble de journaux d’arrondissements à l’échelle du département. La presse d’arrondissement permet en effet d’articuler les deux dimensions géographiques dans lesquelles s’inscrit le combat des notables monarchistes. Tout en rendant possible une « nationalisation » de l’entreprise politique du Comité, autour des grands enjeux politiques qui traversent le pays, elle l’insère en premier lieu dans l’horizon géographique restreint de l’espace local où se jouent des échéances électorales jugées déterminantes. Tous les arrondissements sont alors couverts par une presse hebdomadaire qui, sans être toujours totalement inféodée au Comité, ne lui en est pas moins intimement liée. Le Courrier de Saint-Nazaire, L’Écho de Paimbœuf, Le Journal d’Ancenis, Le Courrier de Châteaubriant, Guérande Journal tirent ainsi, ensemble, au début des années 1920, à plus de 30 000 exemplaires[18].

Le Comité de la droite constitue donc une structure de conversion des notables à la politique, entendue ici comme une activité qui postule, de plus en plus, des pratiques modernes de conquête des suffrages. Il les engage dans une démarche de professionnalisation politique en ce qu’il est une entreprise partisane collective, dépassant l’horizon individuel, géographiquement restreint, dans lequel s’exercent l’influence et l’action politiques du notable traditionnel. La volonté de maintenir le département de Loire-Inférieure dans ses traditions catholiques et conservatrices est ici au cœur d’une volonté collective dont le Comité de la droite est l’émanation. Elle en fait un centre décisionnel où s’effectue, dans certaines limites, un contrôle de la vie politique départementale. C’est le Comité, en effet, qui distribue les patronages à l’occasion des élections et le soutien financier qu’il apporte aux candidats peut se révéler, pour certains d’entre eux, déterminant. Si la désignation des candidats continue de transcrire le poids des traditions, mettant en exergue le rôle des hommes et des familles, exaltant les vertus de la notabilité aristocratique, consacrant les situations acquises, elle n’est pas désormais sans impliquer une démarche plus rationnelle, valorisant les qualités « professionnelles » des candidats au regard de leurs chances de remporter la compétition électorale.

En ce sens, le Comité joue bien un rôle majeur dans la perpétuation de la domination politique des notables traditionnels en Loire-Inférieure. Dans un champ politique de plus en plus complexe, il réussit durant tout l’entre-deux-guerres à maintenir son autorité et son emprise sur la vie politique départementale comme le confirme l’élection à la présidence du Conseil général, en 1931, du marquis de La Ferronnays, président du Comité de la droite depuis 1920[19]. Le contexte des années 1930 s’avère cependant plus difficile du fait d’enjeux politiques nationaux de plus en plus prégnants tandis que la crise consécutive à la condamnation de l’Action française par Pie XI, en 1926, fragilise les liens de l’aristocratie royaliste avec le clergé. Du reste, si l’action du Comité de la droite montre la capacité des notables à s’engager dans le processus de professionnalisation politique que requièrent le jeu démocratique et l’autonomisation croissante du champ politique, les difficultés qu’ils rencontrent révèlent les limites intrinsèques de leur entreprise.

La nationalisation des enjeux politiques au moment du Front populaire et le poids croissant des masses dans la vie politique ne sont pas, en effet, sans poser de redoutables problèmes aux dirigeants du Comité. L’essor rapide dans le département du Parti social français (PSF), du colonel de La Rocque, qui regroupe sans doute près de 20 000 adhérents à son apogée, les soumet à une redoutable concurrence. La dynamique de cette nouvelle force politique souligne en creux les carences et les insuffisances du Comité de la droite. Le PSF apparaît bien comme une entreprise partisane mieux adaptée aux réalités de la vie politique moderne. Son activité repose sur un travail de conviction politique qui ne se limite nullement aux échéances électorales mais intègre la nécessité d’un contact régulier avec les populations. La tenue de réunions, qui regroupent des foules importantes, et un engagement social aux multiples dimensions (aides matérielles diverses, organisation de colonies de vacances, service social…), induisent une militance nombreuse et une volonté de rassemblement interclassiste qui font défaut au Comité.

Face à cette dynamique, le Comité de la droite apparaît comme une entreprise politique largement inachevée au regard des exigences du combat politique. Les habitus aristocratiques pèsent lourdement pour bloquer toute construction plus perfectionnée du Comité, parfois envisagée. Constituant un frein à l’acceptation des exigences du jeu démocratique, ils expliquent que celui-ci ne reste pour finir qu’un rassemblement de notables, sociologiquement, socialement et politiquement conforme à la culture politique de la plupart de ses membres. Le refus du principe démocratique et des conceptions socio-politiques fondées sur la volonté de préserver les hiérarchies sociales sont peu favorables à l’intégration d’une pratique politique de plus en plus déterminée par le poids des masses. Enfin, les caractéristiques politiques du département, son fort ancrage conservateur n’impliquent nullement, aux yeux des dirigeants du Comité, de s’engager dans la construction d’une entreprise politique plus perfectionnée. Leur ancrage dynastique, leur statut de grands propriétaires fonciers, l’appui du clergé, autant d’attributs du notable traditionnel qui continuent ici d’être fortement opérant. Ainsi, l’élection s’inscrit toujours pour la plupart d’entre eux dans une tradition qui renvoie à la confiance naturelle que leur accordent encore les populations rurales.

Le fonctionnement du Comité témoigne donc des contradictions des notables qui l’animent, pris entre tradition et modernité. Ces derniers ne sont, finalement, nullement des professionnels de la politique, ces figures nouvelles de la vie politique qu’a imposées la complexité croissante des enjeux et du champ politiques. Faire de la politique relève encore pour bon nombre d’entre eux de cette logique de distinction qui préside à leur place spécifique dans la communauté villageoise et les consacre comme des autorités « naturelles ». Attachés aux traditions qu’ils ne cessent d’exalter et qu’ils prétendent incarner, la politique reste pour eux l’expression d’un mode de vie où les notables ont vocation à représenter les populations. Si faire de la politique a pris une place grandissante dans leur existence, ils ne l’entendent toujours pas au sens de faire carrière. L’absence d’activité professionnelle ne leur est pas imposée par la détention de plusieurs mandats et ils n’ont nul besoin des revenus qu’ils procurent. En ce sens, ils vivent encore pour la politique sans vivre de la politique[20].

Si l’action du Comité s’inscrit dans une finalité politique privilégiée, d’autres notables font le choix d’investir la sphère sociale et économique, particulièrement le syndicalisme agricole, dans un refus apparent de l’engagement politique qu’il faut interroger.

Le syndicalisme agricole ou la domination notabiliaire ressourcée

Soucieuse de préserver les structures sociales et économiques des campagnes bretonnes sur lesquelles elle fonde sa prééminence, la notabilité traditionnelle s’est engagée, bien vite, dans la fondation de syndicats agricoles afin, notamment, de couper l’herbe sous les pieds des milieux républicains. Cet engagement répond également aux inquiétudes suscitées par la progressive insertion de la région dans le marché national que les autorités républicaines perçoivent d’ailleurs comme un facteur favorable à l’émancipation des paysans bretons. Dès la fin du XIXe siècle, une première vague de création d’organisations syndicales a ainsi lieu dans tous les départements bretons. L’aristocratie rurale joue ici un rôle déterminant, forte de sa puissance foncière et du rôle qu’elle tient dans un certain nombre de comices agricoles et de sociétés d’agriculture. Par ailleurs, ses ressources financières et sociales lui permettent de mettre en place les services économiques qui assurent le premier élan de ces structures syndicales. Dans un premier temps, en effet, ces organisations sont essentiellement des syndicats-boutiques qui visent à faciliter les achats en commun, spécialement d’engrais, afin d’éviter le recours aux établissements commerciaux. C’est le même souci qui préside aux premiers développements des mutuelles-bétail et incendies et des caisses rurales de crédit. Le syndicalisme agricole, intrinsèquement lié à la coopération et à la mutualité, est donc d’abord et avant tout une structure d’encadrement des masses rurales. C’est pourquoi l’aristocratie foncière privilégie le modèle du syndicat départemental plus facile à contrôler par un petit groupe d’hommes qui, forts de leur autorité, monopolisent la prise de décision. Parallèlement, pour légitimer sa fonction dirigeante, elle défend le modèle du syndicalisme mixte qui, au nom d’une prétendue communauté d’intérêt du monde agraire, entend regrouper l’ensemble de ses acteurs – du grand propriétaire foncier à l’ouvrier agricole en passant par les fermiers et les métayers – dans une même organisation syndicale. L’apologie de la complémentarité des acteurs sociaux dans une harmonie prétendument naturelle s’inscrit dans le projet d’un ordre social chrétien dans la lignée du traditionalisme catholique et de ses convictions contre-révolutionnaires. C’est, du reste, ce qui lui vaut l’appui ostensible de la hiérarchie ecclésiastique et d’une grande partie du clergé. La défense de la tradition, d’une société que l’on voudrait immuable s’accompagne de la valorisation du monde rural et de la paysannerie, conservatoires encensés des vraies valeurs, dans des considérations qui caractérisent l’agrarisme de ce temps[21].

Cet engagement dans le syndicalisme agricole prend une autre dimension au lendemain de la Grande Guerre alors que l’audience électorale de l’aristocratie rurale régresse sensiblement, du moins à l’échelle des élections nationales. L’attitude de cette dernière à son égard est d’ailleurs révélatrice des orientations parfois divergentes qui l’animent. Si, dans le département de la Loire-Inférieure, la priorité reste toujours l’action politique, derrière le Comité de la droite, dans le département du Finistère, où le recul politique de l’aristocratie est plus précoce et bien plus prononcé, le syndicalisme agricole se présente comme une voie privilégiée pour la notabilité traditionnelle. C’est d’ailleurs ici que se dévoile un projet syndical ambitieux avec la personnalité du comte de Guébriant qui entend développer l’Office central de Landerneau, dont il a pris la tête en 1919, autour de ses activités économiques et en s’appuyant sur des syndicats communaux. Sans aucun doute, la spécificité de l’Office central tient au fait qu’il se développe à partir du Léon, dans une région où la petite et la moyenne propriétés sont importantes et où les milieux démocrates-chrétiens, hostiles à l’aristocratie conservatrice, mènent une propagande active. Parallèlement, le développement des activités maraîchères et l’insertion croissante dans les mécanismes du marché qui en résulte sont jugés redoutables pour les équilibres sociaux des campagnes. L’essor des services de l’Office central a donc comme objectif de répondre à tous les besoins sociaux et économiques de la paysannerie afin de rendre inutile le recours à des structures commerciales émanant d’un monde urbain jugé corrupteur et mercantile. Dans le même esprit, il s’agit aussi, en étendant le champ d’action de l’organisation syndicale à toutes les préoccupations du monde paysan, de limiter le plus possible le recours à l’État républicain et à ses relais locaux dans une logique corporative qui postule un refus du politique[22]. La finalité de ce projet syndical n’en reste pas moins, ici aussi, la préservation d’un monde catholique et rural, fortement hiérarchisé, où la notabilité traditionnelle est appelée par le capital économique, social et culturel qu’elle possède à diriger et à contrôler les évolutions des campagnes bretonnes.

Face aux offensives des notables républicains qui, en s’appuyant notamment sur les Offices agricoles départementaux, cherchent également à encadrer syndicalement la paysannerie bretonne ; face surtout aux initiatives des abbés démocrates et des « cultivateurs-cultivants[23] » qui récusent la primauté des propriétaires non-exploitants, la notabilité traditionnelle s’engage de manière collective et concertée, avec le soutien de l’épiscopat, dans la construction de grandes unions syndicales régionales sur le modèle de Landerneau. La réussite de cette entreprise est incontestable et souligne la puissance maintenue de la notabilité traditionnelle et des réseaux de sociabilité qu’elle est capable de mettre en œuvre. Le succès de l’entreprise se perçoit clairement lors des premières élections aux chambres d’agriculture en 1927. Les notables conservateurs, grands propriétaires pour l’essentiel, emportent, en effet, les présidences de la quasi-totalité des chambres d’agriculture bretonnes, donnant une nouvelle et éclatante visibilité à la notabilité traditionnelle en partie délaissée par le suffrage universel. Ainsi, à la chambre d’agriculture d’Ille-et-Vilaine, aucun des neuf membres de la commission permanente n’est exploitant et six d’entre eux sont d’origine aristocratique. Son président est alors le comte Roger de La Bourdonnaye, par ailleurs royaliste notoire. Dans le département du Finistère, c’est le comte de Guébriant qui est élu à la présidence de la chambre d’agriculture qu’il va occuper pour plusieurs décennies. La détention de ces présidences institutionnalise alors, auprès des populations paysannes, l’autorité de ces grands notables ruraux.

À la tête d’Unions syndicales rénovées qui regroupent désormais des centaines de syndicats communaux et des dizaines de milliers de membres[24], la notabilité traditionnelle peut s’engager dans les années 1930, dans le contexte trouble de la crise économique, dans une dimension revendicatrice croissante. Elle joue ainsi un rôle actif dans l’agitation dorgériste qui marque cette décennie, même si le mouvement Dorgères témoigne également de l’engagement des masses paysannes dans un processus de contestation politique qui s’émancipe de la tutelle de la notabilité traditionnelle[25]. Il s’agit désormais d’exiger l’instauration d’un ordre corporatif en tout point conforme à ses aspirations, mais totalement étranger à la culture républicaine[26]. Le nouvel ordre politique tant recherché vise, en effet, à consacrer la place des élites sociales, confortées dans leur statut d’autorité naturelle par le syndicalisme agricole dont l’institutionnalisation, dans le cadre corporatif, les doterait d’une parcelle d’autorité publique. Il répond également, selon eux, aux nécessités du temps en constituant une nouvelle mystique capable de mobiliser les populations rurales derrière les notables agrariens à un moment où ces derniers prennent conscience du poids des masses dans l’ordre social et politique. Débarrassés, dans ce cadre, des contingences du suffrage universel, forts de leurs fonctions dirigeantes dans les syndicats agricoles, les notables traditionnels peuvent ainsi espérer renforcer leur position prééminente dans l’ordre politique à venir.

Longtemps attendu, ce nouvel ordre socio-politique semble enfin se réaliser avec l’avènement du régime de Vichy, « divine surprise » pour les dirigeants des unions syndicales agrariennes. La loi du 2 décembre 1940 qui met en place la Corporation paysanne paraît, en effet, répondre à leurs convictions idéologiques et valider leur stratégie socio-politique. La commission nationale d’organisation de la Corporation est d’ailleurs présidée par le comte de Guébriant reconnaissant ainsi l’importance de son action dans la promotion de l’idéal corporatif et dans la réalisation d’une organisation syndicale exemplaire[27]. Les Unions corporatives régionales qui se créent alors en Bretagne consacrent alors, pour un temps, l’autorité des élites sociales traditionnelles du monde rural breton qui en prennent tout naturellement, ou presque, la tête.

La consécration apparente de la notabilité traditionnelle sous le régime de Vichy peut, en ce sens, s’analyser comme la résultante d’un long combat mené par des notables qui ont su à la fois user des ressorts traditionnels qui fondent, depuis longtemps déjà, leur autorité tout en s’engageant dans des stratégies multiples afin de répondre aux défis posés par la modernité démocratique et le processus de professionnalisation politique qu’elle implique. La place qu’ils occupent au sein de la Corporation paysanne, dont l’emprise s’avère forte dans la plupart des campagnes bretonnes, tout comme celle qu’ils tiennent dans les structures politiques locales (municipalités, commissions administratives), témoigne de cette consécration[28]. Au bout de ce parcours, la figure du notable traditionnel reste donc bien une figure sociale de référence dans une large partie des campagnes bretonnes interrogeant une « fin des notables » que certains avaient proclamée trop précipitamment. Pour autant, si le parallèle peut être fait avec la longévité électorale du baron de Mackau, décrite par Éric Phélippeau, le cas breton montre que la pérennité notabiliaire peut emprunter d’autres voies que l’élection, comme le soulignent la personnalité du comte de Guébriant et la place qu’il occupe dans l’espace socio-politique régional. L’exemple du Comité de la droite et des limites de l’action entreprise par les notables qui l’animent indique cependant la force des habitus aristocratiques et l’obstacle qu’ils constituent dans « l’invention de l’homme politique moderne[29] ».

Pour citer cet article : David Bensoussan, « Des notables bien vivants. La pérennité de la notabilité traditionnelle en Bretagne dans l’entre-deux-guerres », Histoire@Politique, n° 25, janvier-avril 2015 [en ligne, www.histoire-politique.fr]

Notes :

[1] Daniel Halévy, La fin des notables, Paris, Grasset, 1930.

[2] Voir en premier lieu, Éric Phélippeau, L’invention de l’homme politique moderne. Mackau, l’Orne et la République, Paris, Belin, 2002.

[3] L’aristocratie qui constitue la majeure partie, mais pas la totalité, de la notabilité traditionnelle détient ainsi 50 sièges de conseillers généraux en 1919, soit 23 % de l’ensemble à l’échelle de la région ; une représentation sans commune mesure avec son importance quantitative.

[4] Voir sur ce point, Hervé Baudru, Les républicains laïques d’Ille-et-Vilaine, de l’affaire Dreyfus à la mort de Charles de Gaulle, thèse, Rennes 2, 2000.

[5] Sur l’impact de cette dernière, voir mon article « Les aristocraties bretonnes à l’épreuve des répercussions de la Première Guerre mondiale », Vingtième Siècle. Revue d’histoire, n° 99, juillet-septembre 2008, p. 51-63.

[6] Cet article est largement fondé sur ma thèse, publiée sous le titre : Combats pour une Bretagne catholique et rurale. Les droites bretonnes dans l’entre-deux-guerres, Paris, Fayard, 2006.

[7] André Siegfried, Tableau politique de la France de l’Ouest, Paris, Imprimerie nationale, réédition 1995.

[8] Sur la figure du marquis de La Ferronnays, voir David Bensoussan, « Un parlementaire catholique et royaliste : le marquis de La Ferronnays (1876-1946) », dans Parlement[s]. Revue d’histoire politique, n° 10, hors-série, « Bretagne en politique », 2014.

[9] Il n’est pas anodin que les deux exemples qui ouvrent l’ouvrage d’Yves Déloye consacré à l’intervention électorale du clergé viennent de l’Ouest breton. Voir Les voix de Dieu. Pour une autre histoire du suffrage électoral : le clergé catholique français et le vote, XIXe-XXe siècle, Paris, Fayard, 2006.

[10] Semaine religieuse de Nantes, le 22 janvier 1927.

[11] Nous sommes bien ici dans ce que Pierre Barral a appelé des pays de « hiérarchie acceptée ». Cf. Pierre Barral, Les agrariens en France de Méline à Pisani, Paris, Armand Colin, 1968, p. 54-57.

[12] Dans les faits, nombre de notables traditionnels sont sans concurrents lors des élections municipales et cantonales.

[13] On peut reprendre ici l’expression, finalement plus appropriée, de « nomination élective » utilisée par Éric Phélippeau, op. cit., p. 28

[14] Voir mon article, « Le réveil des catholiques bretons (1924-1926) », Vingtième Siècle. Revue d’histoire, janvier-mars 1998, p. 57-75.

[15] Sur l’action de la FNC, voir Corinne Bonafoux-Verrax, À la droite de Dieu. La Fédération nationale catholique (1924-1944), Paris, Fayard, 2004.

[16] Sur le PDP, l’ouvrage de référence est celui de Jean-Claude Delbreil, Centrisme et démocratie-chrétienne en France. Le Parti démocrate populaire des origines au MRP, 1919-1944, Paris, Publications de la Sorbonne, 1990.

[17] Pour plus de précisions, voir mon article, « Le Comité de la droite de Loire-Inférieure dans la première moitié du XXe siècle : des notables entre tradition et modernité », Mémoire de la société d’histoire et d’archéologie de Bretagne, t. LXXXVI, 2008. Les propos qui suivent en sont largement issus.

[18] Archives départementales de Loire-Atlantique (ADLA), Rapport de Tony Catta, le 3 mars 1923. Archives du Comité de la droite, 50 J 5.

[19] Il succède à un autre notable monarchiste, Adolphe Jollan de Clerville. Le département de Loire-Inférieure est, sous réserve d’inventaire, le seul département de France à être dirigé par un monarchiste avéré.

[20] Selon la formule de Max Weber, Économie et société, t. 1 : Les catégories de la sociologie, Paris, Plon, édition de poche, 1995, p. 379.

[21] Sur l’agrarisme, voir Pierre Barral, Les agrariens français de Méline à Pisani, op. cit. ; Pierre Cornu, Jean-Luc Mayaud, « L’agrarisme, question urbaine ? », dans Jean-Claude Caron, Frédéric Chauvaud, Les campagnes dans les sociétés européennes (1830-1930), Rennes, PUR, 2005.

[22] Sur ce point, voir Suzanne Berger, Les paysans contre la politique, Paris, Seuil, 1975 (éd. française), Harvard University Press, 1972.

[23] Sur l’aventure des « cultivateurs-cultivants », voir David Bensoussan, Combats pour une Bretagne catholique…, op. cit., p. 282-289. Voir aussi Pierre Barral, « Aspects régionaux de l’agrarisme français avant 1930 : les syndicats bretons de cultivateurs-cultivants », Le Mouvement social, 1969, n° 67, p. 147-161.

[24] En 1930, l’Office central qui couvre les départements du Finistère et des Côtes-du-Nord regroupe 463 syndicats et 38 400 membres. L’Union des syndicats agricoles de la Bretagne méridionale qui couvre la Loire-Inférieure et le Morbihan regroupe, en 1931, 325 syndicats et 32 520 membres.

[25] Sur le mouvement Dorgères en Bretagne, outre ma thèse, voir ma contribution : « Mobilisation paysanne et sociabilités rurales : le mouvement dorgériste en Bretagne », dans Annie Antoine, Julian Mischi, Sociabilité et politique en milieu rural, Rennes, PUR, 2008, p. 201-211. Pour une approche plus globale, voir Robert Paxton, Le temps des chemises vertes. Révoltes paysanne et fascisme rural (1929-1939), Paris, Seuil, 1996.

[26] Voir, sur ce point, David Bensoussan, « Mystique paysanne, agrarisme et corporatisme : les droites radicales dans le monde rural en France au milieu des années trente », dans Philippe Vervaecke (éd.), À droite de la droite. Droites radicales en France et en Grande-Bretagne au XXe siècle, Villeneuve d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 2012, p. 87-105.

[27] On rappellera qu’il est un temps pensé par Vichy comme le futur gouverneur d’une province de Bretagne, projet finalement abandonné. Sur ce point voir ma contribution « Aux origines du découpage régional, la création d’une province de Bretagne par Vichy et ses antécédents », dans Dominique Lepage (dir.), 11 questions d’histoire qui ont fait la Bretagne, Morlaix, Skol Vreizh, 2009, p. 95-120.

[28] Sur la place des notables dans les structures politiques locales en Bretagne sous Vichy, voir Christian Bougeard, Les forces politiques en Bretagne. Notables, élus et militants (1914-1946), Rennes, PUR, 2011, chapitre VI.

[29] Sur ce point, il faut bien constater que le propos d’Éric Phélippeau n’éclaire guère cette problématique.

David Bensoussan

Docteur de l’IEP de Paris, David Bensoussan est professeur de chaire supérieure au lycée Chateaubriand de Rennes. Ses travaux portent sur l’histoire politique de la Bretagne et sur l’histoire du syndicalisme agricole. Il vient de diriger le dernier numéro hors-série de la revue Parlement[s]. Revue d’histoire politique, intitulé « Bretagne en politique », n° 10, 2014. Il prépare actuellement une biographie du comte de Guébriant.

Mots clefs : aristocratie ; Bretagne ; catholicisme ; droites ; syndicalisme agricole.

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  • ISSN 1954-3670