Histoire@Politique : Politique, culture et société

Comptes rendus
   

Jean-Yves Mollier, L’âge d’or de la corruption parlementaire 1930-1980,

Ouvrages | 17.09.2019 | Bernard Lachaise

L’introduction du livre de Jean-Yves Mollier pose clairement une question dont on comprend vite qu’elle va dominer l’ensemble de l’ouvrage. Alors qu’à la Libération, la Résistance veut contrôler les messageries Hachette pour empêcher le retour aux « affaires » des années 1930 et sanctionner la Librairie Hachette pour ses agissements pendant la guerre, la loi Bichet du 2 avril 1947 met un point final au rêve de moralisation de la presse en accordant sa confiance à Hachette. L’auteur s’interroge sur ce revirement en s’appuyant sur de nombreuses sources, dont les archives ministérielles et celles de la préfecture de police de Paris concernant les messageries, celles du syndicat du Livre CGT, du Conseil national de la Résistance (CNR) et les archives Hachette, ainsi que de nombreux périodiques. Après un rappel de l’histoire des messageries et des relations presse/pouvoir politique de la fin de la IIIRépublique jusqu’en 1944 (deux chapitres), les sept chapitres suivants (la quasi-totalité des chapitres à l’exception du dixième, soit 187 pages, c’est-à-dire plus de la moitié du livre) étudient la période 1944-1947.


Ilvo Diamanti, Marc Lazar, Peuplecratie. La métamorphose de nos démocraties,

Ouvrages | 17.09.2019 | Alain Chatriot

Tenter d’imposer un néologisme en science politique n’est jamais un exercice simple, c’est pourtant ce que proposent Ilvo Diamanti et Marc Lazar avec la notion de « peuplecratie » (que Diamanti a inventé en italien, « popolocrazia », le livre ayant été publié en italien au début 2018 et révisé pour l’édition française). L’idée est d’interroger le populisme comme un phénomène contemporain majeur et, tout en lui donnant de la profondeur historique, d’en faire un élément de compréhension des métamorphoses plus globales des démocraties. La notion même de « peuplecratie » veut qualifier une « nouvelle ère » (p. 20) qui vient après celle de la démocratie des parlements au XIXe siècle, de la démocratie des partis et des parlements au XXe siècle et de la démocratie du public (l’expression est de Bernard Manin) à la fin du XXe siècle. Cette situation contemporaine est ainsi clairement présentée : « La peuplecratie résulte d’un double processus. D’une part l’ascension des mouvements partis populistes ; de l’autre, par effet de contamination, la modification des fondements de nos démocraties. » (p. 20)


Jaime M. Pensado & Enrique C. Ochoa, México Beyond 1968 : Revolutionaries, Radicals and Repression During the Global Sixties and Subversive Seventies

Ouvrages | 10.09.2019 | Romain Robinet

The University of Arizona PressLe livre dirigé par Jaime M. Pensado et Enrique C. Ochoa est intéressant à plus d’un titre. D’une part, parce qu’il est l’un des rares ouvrages pour le cas mexicain à faire écho à la terminologie française des « années 1968 », en regroupant toute une série d’études portant à la fois sur les années 1960, dites « globales », et les années 1970, ici appelées « subversives ». D’autre part, parce que le livre assume un positionnement hétérodoxe, entre militantisme et histoire, tout en étant clairement un ouvrage académique. Enfin, s’il réunit des contributions relativement différentes, aucune d’entre elles ne porte sur l’épicentre de la chronologie, à savoir le mouvement étudiant mexicain de juillet-décembre 1968.


Expériences adolescentes et enfantines de la Grande Guerre, au front et à l’arrière

Ouvrages | 10.09.2019 | Emma Papadacci

Spécialiste des expériences enfantines et juvéniles de la guerre, et en particulier du premier conflit mondial, Manon Pignot est maîtresse de conférence en histoire contemporaine à l’Université de Picardie Jules-Verne. La publication de L’appel de la guerre, Des adolescents au combat, 1914-1918, ouvrage tiré de son habilitation à diriger les recherches, soutenue en 2018, constitue un nouveau moment marquant de sa carrière universitaire. Sept ans après la publication de sa thèse, Allons enfants de la patrie. Génération Grande Guerre, œuvre pionnière sur l’expérience de la Grande Guerre à travers le regard des enfants, Manon Pignot change de focale. Elle ne s’intéresse plus ici aux enfants de l’arrière mais bien aux jeunes, adolescents, partis combattre sur le front. Ces « ado-combattants », terme justement choisi par l’historienne pour rendre compte du caractère volontaire de l’engagement par comparaison avec l’« enfant-soldat », ont entre 13 et 17 ans, et n’ont donc pas l’âge légal pour s’engager mais décident malgré tout de combattre aux côtés de leurs aînés. Manon Pignot se situe ainsi dans un angle mort historiographique, ces ado-combattants de la Première Guerre mondiale n’ayant jamais été étudiés, et ce, pour plusieurs raisons : ils constituent d’abord une faible préoccupation pour leurs contemporains, qui ont tendance à minimiser le phénomène ; cet engagement est ensuite difficilement compréhensible aujourd’hui, si bien que leur histoire est laissée de côté  ; enfin, conséquence de toute entreprise illégale, ces ado-combattants sont souvent invisibles dans les sources.


Michael Foessel, Récidive 1938,

Ouvrages | 10.09.2019 | Alain Chatriot

« À propos des débats sur le retour des années 1930, je faisais une hypothèse de philosophe assez peu étayée sur le savoir historique relatif à ce qui s’est effectivement passé durant cette période. Pour les raisons qui viennent d’être esquissées, cette ignorance relative s’accompagnait de la croyance selon laquelle "les années 30 sont devant nous". Ce genre d’hypothèse relève de la désinvolture du philosophe qui, même pour aborder l’histoire, commence par écarter tous les faits. » (p. 18) Cette prémisse à l’allusion rousseauiste posée par le professeur de philosophie à l’École polytechnique Michael Foessel dans son avant-propos peut sembler indiquer que son livre ne s’adresse pas vraiment à ses collègues historiens. Mais, compte tenu de l’intérêt de la question posée et des choix de méthode effectués, on ne peut faire comme si un tel volume se résumait à un court essai anodin. 


Sylvain Brunier, Le bonheur dans la modernité. Conseillers agricoles et agriculteurs (1945-1985),

Ouvrages | 30.07.2019 | Laurent Herment

L’ouvrage de Sylvain Brunier procède du remaniement profond de sa thèse, soutenue en 2012, Conseillers et conseillères agricoles en France (1945-1983) : l'amour du progrès aux temps de la « révolution silencieuse ».

En s’intéressant au destin de la profession de conseiller agricole, Sylvain Brunier nous offre un récit décalé de la modernisation de l’agriculture française sur la période 1945-1990. En effectuant ce pas de côté, l’auteur nous permet d’entrevoir les grands enjeux de la modernisation agricole au prisme d’une profession méconnue qui a pourtant activement participé à ce processus. L’essentiel de la démonstration très convaincante de l’auteur repose sur l’analyse de l’activité des conseillers agricoles en Isère et en Savoie. La diversité des systèmes agraires du premier département lui permet de rendre compte des scansions de la politique agricole entre 1945 et 1985, de la redéfinition des rôles des conseillers agricoles et de leur perte d’influence progressive.


Massimo Asta, Girolamo Li Causi, un rivoluzionario del Novecento. 1896-1977,

Ouvrages | 30.07.2019 | Michele Di Donato

Girolamo Li Causi (1896-1977) fut un dirigeant du Parti communiste italien (PCI). Sicilien, son nom est principalement lié, dans la mémoire publique, à son rôle de secrétaire régional du parti dans les années troubles de l’après-Seconde Guerre mondiale. La biographie que Massimo Asta lui consacre s’ouvre par une image évoquant cette période. En septembre 1944, Li Causi est victime d’un attentat perpétré sur la place principale du village de Villalba, dans l’arrière-pays sicilien, alors qu’il prononce un discours en narguant le chef mafieux local, Calogero Vizzini. Lorsqu’une rafale de balles et une pluie de bombes s’abat contre la tribune d’où il parle, l’homme ne cherche pas à se protéger mais reste debout face aux assaillants jusqu’à ce qu’il s’écroule, touché au genou. C’est à la suite de cet attentat, note l’auteur, que la popularité de Li Causi s’étend au-delà des milieux de la mouvance communiste et antifasciste et que le Sicilien devient un leader reconnu du mouvement paysan et de la lutte contre la mafia.


Christine Mussard, L’obsession communale. La Calle, un territoire de colonisation dans l’Est algérien, 1884-1957,

Ouvrages | 30.07.2019 | Antoine Perrier

Christine Mussard consacre une monographie dense et vivante, issue de sa thèse, à un « territoire de l’entre-deux, qui finalement s’éternise » (p. 13), La Calle. Ville portuaire de la wilaya d’El-Tarf, à l’orée de la frontière orientale de l’Algérie avec la Tunisie, La Calle est sujette, sous la colonisation française, à un statut particulier, celui de commune mixte. Destinée aux espaces de l’intérieur algérien où la présence européenne est embryonnaire, cette organisation municipale prépare le peuplement français en agrégeant trois types de territoire : les centres de colonisation européenne, les douars habités par les Algériens sédentaires et les terres de tribus. Une fois les Algériens accoutumés à la vie municipale européenne, débarrassés de leur mode de vie tribal, la commune mixte a vocation, dans l’esprit des autorités coloniales, à devenir une commune de plein exercice. Porteuse à la fois d’un projet politique et d’une visée pratique de contrôle du territoire, la commune mixte résume les principales tendances de la situation coloniale. Christine Mussard propose d’écrire l’histoire juridique de cette institution en la confrontant aux modes d’appropriation – notion qu’elle emprunte aux géographes – des Algériens comme des Européens, pour dessiner les contours d’un « espace vécu » (p. 16). Sa trajectoire, qui prend ses origines en 1848 au moment du passage du gouvernement militaire à l’administration civile et s’achève dans le fracas de la guerre d’Algérie en 1957, est avant tout celle d’un échec. Nous mettrons en avant deux contributions principales du livre avant de souligner les perspectives ouvertes par cette thèse d’histoire politique, administrative et sociale.


Compañeros

Films | 18.06.2019 | Eric Bertin

Le 27 juin 1973, l’Uruguay est à son tour victime d’un coup d’État militaire. Le chef de l’État, le général Bordaberry du Parti colorado, démocratiquement élu, reste en fonction mais le Congrès est dissous et ce sont désormais les militaires qui contrôlent l’ensemble des pouvoirs. Pendant plus de douze ans, d’où le titre en espagnol du film de Alvaro Brechner, La noche de doce años, les Uruguayens vivent sous la terreur de la junte militaire. Avec près d’un prisonnier politique pour 450 habitants, le régime uruguayen fut l’un des plus répressifs que connut l’Amérique latine. Et pourtant, en Occident, peu de monde s’en offusqua. L’opinion publique était beaucoup plus sensible à la situation au Brésil ou au Chili. Pourquoi un tel silence ? Il est vrai que la militarisation du pays a été beaucoup plus progressive qu’ailleurs. L’idéologie de la « sécurité nationale » théorisée par le Père Joseph Comblin dans son ouvrage Le pouvoir militaire en Amérique latine s’est exprimée avec force en Uruguay. Depuis les années 1960, les militaires tenaient une place centrale dans les rouages de l’État et bénéficiaient d’une certaine impunité (assassinats d’opposants politiques, escadrons de la mort, etc.).


Comment exposer l'art soviétique ?

Expositions | 14.06.2019 | Rachel Mazuy

Si de nombreux colloques sont venus émailler les commémorations des Révolutions de 1917, il n’en a pas été de même pour la production éditoriale française qui s’est souvent contentée de rééditions. C’est encore plus vrai si on compare Londres et Paris sur le terrain des expositions commémoratives.


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  • ISSN 1954-3670