Histoire@Politique : Politique, culture et société

Le dossier

Le programme du Conseil national de la Résistance en perspective

Coordination : Claire Andrieu

Le programme du CNR dans la dynamique de construction de la nation résistante

Claire Andrieu
Résumé :

Négocié de l’été 1943 au printemps 1944, le programme du Conseil national de la Résistance (CNR) a été adopté à l’unanimité (...)

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L’histoire du programme du Conseil national de la Résistance (CNR), de sa genèse et de son devenir dans la vie politique de la France libérée, offre l’occasion de réexaminer la dichotomie théorique entre la nation et la Résistance. Dans ce domaine, l’historiographie a évolué. Depuis les années 1980, la thèse du « mythe résistancialiste » s’est installée peu à peu. Développée dans l’ouvrage fondateur d’Henry Rousso, Le syndrome de Vichy [1] , elle fait maintenant partie des vérités établies transmises dans les manuels scolaires. Nécessairement simplifiée par ces filtres, elle a abouti à la création d’une mémoire historique générationnelle pour laquelle la Résistance est une construction mémorielle d’après-guerre plutôt qu’une réalité. Mises en position de montrer leur savoir, les générations nouvelles mettent tranquillement en doute l’existence de la Résistance. Bien que contrebalancée par d’autres vecteurs pédagogiques et culturels, une forme de révisionnisme s’installe. Cette situation historiographique n’a pas manqué de susciter des réponses. Les plus directes sont celles de Pierre Laborie et de Laurent Douzou, dont les travaux récents montrent que l’idée d’un « mythe résistancialiste » qui aurait dominé les trente années suivant la Libération est une construction datée et discutable [2] .

L’histoire du programme du CNR et de son destin dans les années de Libération apporte à ce débat des éléments de réponse. Les résistants étaient eux-mêmes soucieux de représenter la nation. Le premier d’entre eux, le général de Gaulle, était conscient du risque de dichotomie. Recevant pour la première fois, le 6 septembre 1944, les membres du CNR, il leur dit sans fard : « Il y a la Résistance, Messieurs, mais il y a la Nation. Ensuite il faut que la Nation sente que la Résistance l’exprime, car on n’impose pas ses idées à la Nation, c’est la Nation qui vous les impose [3] . » Même si l’on fait la part du caractère tactique du propos exprimé dans ce contexte, il manifeste clairement une problématique vécue.

Or l’exemple du programme du CNR montre non seulement la bonne insertion de la Résistance dans la nation, mais son intégration dans le courant transnational de modernisation de l’État, dont le retour à la paix et à la liberté allait permettre l’épanouissement en Europe. Le CNR a contribué à la construction d’une Résistance, nationale parce que démocrate, et transnationale parce que moderne, et dont la victoire, rendue possible par les Alliés, a déterminé la rupture économique et sociale de 1944-1946. Dans ce domaine, loin d’être une parenthèse dans la vie politique française, la Résistance a imprimé une marque durable sur les structures économiques et sociales de la nation. Cette marque n’aurait pas tenu plus de trente ans si elle avait été le fait d’une minorité coupée de la population.

La dynamique de construction de la Résistance

Le programme du CNR est un élément parmi d’autres dans la dynamique de construction de la Résistance à l’échelle nationale. Il ne l’a pas créée mais il y a fortement contribué. Cette dynamique unitaire ou cette réaction en chaîne, quelle est-elle ?

La Résistance unifiée telle qu’elle se manifeste par la création du CNR en 1943 est le fruit d’un long travail d’unification par en bas, qui a commencé sur le terrain dès 1941. C’est ainsi par exemple qu’en zone sud, les journaux clandestins créés en 1940, – Liberté, de François de Menthon et de Pierre-Henri Teitgen, et Vérités, d’Henri Frenay –, fusionnent à la fin de 1941 pour donner Combat, et qu’ensuite, en janvier 1943, les mouvements Combat, Franc-Tireur et Libération (sud) se fédèrent, cette fois sur l’impulsion de la France libre, pour former les Mouvements unis de Résistance (MUR). En août 1943, les MUR accueillent encore quatre autres mouvements, de zone nord ceux-là : Défense de la France, Résistance, Lorraine et Voix du Nord. L’ensemble de ces mouvements et journaux constituent le Mouvement de libération nationale [4] .

Le fait même que la Résistance se soit construite par rapprochements successifs et fédération progressive de groupes distincts, est un indicateur de l’impetus social à la base qui poussait à la résistance et à l’unité. On peut prendre comme contre-exemple les groupes collaborationnistes qui, eux, n’ont pas réussi à unir leurs forces, et l’ont d’ailleurs rarement tenté. En 1942-1943, Marcel Déat essaya de créer un Front révolutionnaire national (FRN) autour du Rassemblement national populaire (RNP) qu’il dirigeait, en fédérant des groupes collaborationnistes. Lancé en septembre 1942, le Front se défit dès le mois de mai 1943 avec le départ des francistes qui refusaient de se subordonner au RNP [5] . La Résistance aussi a connu les difficultés et les conflits liés à la part de subordination entraînée par la fusion ou la fédération, mais elle a pu surmonter ces crises du fait de la poussée sociale à la base en faveur de l’unité face à l’occupant. Les alliances et les fusions internes à la Résistance révèlent ainsi la dynamique sociale qui sous-tend la Résistance.

Naturellement, la transformation d’une pluralité de groupes résistants en une Résistance nationale a aussi été le fait de la France libre, qui avait réussi à s’imposer auprès des résistants de l’intérieur comme interlocuteur central et donc fédérateur. On sait, pour prolonger le parallèle avec les mouvements collaborationnistes, que Hitler ne portait aucun intérêt à ces derniers. Les tenants du national-socialisme pour la France se trouvaient confrontés à eux-mêmes, à leurs rivalités et aux manœuvres parfois contradictoires des différents organes de l’occupant. Ils étaient tout autant dépourvus de catalyseur extérieur que de base sociale.

La France libre se posait, par ailleurs, en instance pré-gouvernementale résolument pluraliste. La dernière tendance manquant à l’appel, le Parti communiste, rallia physiquement Londres en la personne de son envoyé Fernand Grenier en janvier 1943. De même inspiration que la France libre, la composition du CNR clandestin est aussi pluraliste. Elle est représentative d’un large éventail de mouvements de résistance, des diverses confédérations syndicales et de toutes les tendances politiques nationales à l’exclusion de l’extrême droite [6] . Le CNR est d’abord le reflet du caractère trans-partisan, trans-clivages d’une manière générale, de la lutte pour l’indépendance nationale. Mais l’affichage démocratique de la diversité, au CNR comme au Comité français de libération nationale (CFLN), est aussi un facteur d’accélération de la nationalisation de la Résistance. Il en légitime les différentes tendances, autorise d’avance les conflits entre elles et manifeste ainsi l’attachement de ses membres aux principes et aux pratiques démocratiques. Le CNR n’était pas une structure artificielle et formelle. Si cela avait été le cas, sa cohésion aurait volé en éclats au premier conflit sérieux qu’il a rencontré en interne. Or son histoire est traversée d’une multitude de conflits.

Une fabrique patiente du consensus

Les méthodes de régulation des conflits au sein du CNR et les modalités du travail collectif témoignent, aussi, du caractère national/démocratique de l’entreprise. Le texte du programme a été longuement débattu et négocié entre les tendances, sur un intervalle de temps couvrant neuf mois. Pourtant, les circonstances ne se prêtaient guère aux discussions et aux échanges prolongés.

La clandestinité : une autre vie politique

C’est un contresens souvent commis que d’étudier la vie clandestine à l’aide des catégories d’analyse en usage pour la vie politique des temps de paix et/ou de liberté. L’ensemble du vocabulaire politique change de sens lorsqu’une action en opposition ou la simple expression d’une opinion divergente signifie la privation de liberté ou pire encore. Les critères quantitatifs et qualitatifs usuels pour le champ politique libre ne sont pas directement applicables au champ résistant. L’exemple du CNR le montre assez bien.

Déjà sur le moment, les Alliés ont eu une certaine difficulté à appréhender le phénomène résistant. La manière dont le New York Times a annoncé la création du CNR l’illustre. Dans son numéro du 14 mai 1943, il titre « "Monsieur X" Named to French Committee ; De Gaulle Announces Resistance Council », comme on annoncerait la formation d’un cabinet ministériel. Le journal évoque aussi des rumeurs selon lesquelles « Monsieur X » serait Albert Lebrun ou Paul Reynaud. Quand on sait ce qu’étaient les conditions de vie des résistants, ce qu’ils pensaient de la Troisième République et de la personnalité d’Albert Lebrun en particulier, ces rumeurs font sourire. Au sujet du dernier président de la Troisième République, de Gaulle écrira plus tard dans ses Mémoires de guerre : « Au fond, comme chef de l'État, deux choses lui avaient manqué : qu'il fût un chef ; qu'il y eût un État [7] . » En 1943, la France libre a simplement démenti. Sans souligner l’ampleur du contresens contenu dans la rumeur, elle a fait savoir qu’Albert Lebrun était en résidence surveillée et que Paul Reynaud était interné en Allemagne.

Le contexte produit son personnel spécifique. Le personnel résistant est distinct du personnel politique des temps ordinaires, que ce soit de l’avant ou de l’après-guerre. Dans le cas du CNR, sur les quatorze représentants de mouvements de résistance y ayant siégé, trois seulement feront une carrière politique comme députés après la guerre : André Mutter au Parti républicain des Libertés, Eugène Claudius-Petit à l’Union démocratique et socialiste de la Résistance et Pierre Villon au Parti communiste. Deux autres s’y essaieront brièvement dans les années de Libération : Pascal Copeau (apparenté communiste) et Henri Ribière (socialiste) seront députés dans les deux Assemblées nationales constituantes. On voit que ce n’est pas une question de couleur politique, mais de rapport au politique. Engagement résistant et engagement partisan en temps de liberté ne procèdent pas des mêmes ressorts. C’est pourquoi les hommes du CNR étaient pour beaucoup des hommes nouveaux, peu expérimentés en politique.

Par ailleurs, on ne peut abstraire ces hommes d’un contexte menaçant pour leur vie et leur liberté. C’est sur les représentants des mouvements de résistance que la répression s’abat par priorité. Aucun représentant des partis politiques au CNR, ni aucun des syndicalistes membres n’a été arrêté. Les cinq victimes de la répression, sur une vingtaine de membres durables, qu’ils aient été tués, déportés ou emprisonnés, sont tous des représentants de mouvements.

À la date où est discuté le programme du CNR, trois membres ont déjà subi la répression : Jean Moulin est mort des tortures endurées en juin et juillet 1943 ; Roger Coquoin, le représentant de Ceux De La Libération (CDLL), a été abattu lors de son arrestation en décembre 1943 ; Jean-Pierre Lévy, le chef de Franc-Tireur (FT), déjà arrêté en 1942, a de nouveau été pris en octobre 1943 et s’évadera en juin 1944. Deux autres membres vont être arrêtés et déportés dans les semaines qui suivent l’adoption du programme : Claude Bourdet (Combat), arrêté dix jours plus tard, le 25 mars, et Jacques-Henri Simon (OCM), arrêté le 25 avril et mort en déportation.

La question qui se pose est de savoir comment ce personnel nouveau et ces conditions de vie éprouvantes ont influé sur le travail commun.

Une libre négociation

Mis à part le contexte et la nouveauté des acteurs, le travail politique dans la clandestinité ne se différencie pas foncièrement de celui des temps ordinaires. Les difficultés de communication et les risques vitaux devraient jouer comme des incitations à limiter les échanges et à décider par voie d’autorité et de manière centralisée. Pourtant la Résistance n’a pas connu cette évolution autoritaire qui transforme souvent les mouvements clandestins en sectes ou en commandos. C’est un autre indice de son insertion dans la société en général, et donc de son heureuse incapacité à se transformer en institution fermée et totale. 

Pour connaître les modalités du travail au CNR, et notamment pendant la négociation relative au programme d’action, on dispose des versions successives du texte avec les nombreux amendements repérables à chaque étape, et dont l’existence atteste le caractère négocié de l’ensemble [8] . Mais on a aussi les rapports rédigés sur le vif soit par le délégué du général de Gaulle, Jacques Bingen, qui sera arrêté deux mois après la signature du programme et avalera sa pilule de cyanure, soit par Pascal Copeau, représentant du mouvement Libération (sud), lequel rend compte par écrit à Emmanuel d’Astier, le fondateur de Libération qui est devenu entre-temps commissaire à l’Intérieur à Alger.

De strictes mesures de sécurité entourent les réunions. Les séances du Bureau du CNR sont « préparées sous la responsabilité de Rousseau [Bidault] avec un soin méticuleux sur le plan de la sécurité et tous les participants sont à la fois exacts, avertis et très prudents [9]  ». Mais dans le cours même des réunions, tout se passe comme si le contexte était mis entre parenthèses. Février 1944 : le groupe des six hommes que constitue le Bureau élargi a « pris peu à peu l’habitude de travailler ensemble », il est devenu « dans l’ensemble, un organisme sérieux qui travaille et dont le prestige grandit dans l’opinion de la Résistance ». Dans son rapport précédent, de janvier 1944, Bingen fait état des discussions relatives au programme : « La Charte de la Résistance du Front National a fait l’objet d’une discussion animée, finalement un accord unanime du Bureau a été réalisé et le texte modifié va être présenté à tous les membres du CNR [10] . » Suit une description de la procédure envisagée pour recueillir à nouveau les modifications préconisées par les membres et pour ratifier le texte ensuite, dans une réunion plénière. Une commission ou un inter-groupe parlementaire ne ferait sans doute pas mieux. Et pourtant, aucun ancien élu ne siège dans ce bureau. Le représentant du CFLN, Jacques Bingen, est ingénieur des Mines et diplômé de l’École libre des sciences politiques. Les membres du Bureau proprement dit sont Georges Bidault, président, professeur de lycée, Roger Ginsburger alias Pierre Villon, architecte, Louis Saillant, ouvrier sculpteur sur bois et cadre de la CGT confédérée, Pascal Copeau, journaliste, et Maxime Blocq-Mascart, publiciste, cadre de la Confédération des travailleurs intellectuels (CTI).

Jusqu’au bout, mis à part l’épisode de la trêve, des 20 et 21 août 1944, le CNR préservera son unité, au prix de nombreux échanges écrits et oraux, et malgré les risques encourus et les obstacles matériels de toute nature. La spécificité du travail politique dans la clandestinité n’apparaît pas, à moins que l’énergie dépensée à rester unis et à atteindre le consensus en soit précisément la marque. On peut penser que la culture politique à la fois nationale et démocratique, héritière de la Révolution française et de soixante années d’École républicaine, contraignait les résistants à l’union malgré les divisions. L’intériorisation de la discipline démocratique, par-delà des tensions parfois très vives, a elle-même contribué à l’expansion et à la nationalisation de la Résistance.

Nationalisation de la Résistance et radicalisation politique

Contrairement aux schémas habituels qui veulent que l’expansion d’un phénomène dans l’opinion le tempère ou le modère, le centre de gravité politique de la Résistance s’est nettement déplacé vers la gauche en même temps que le mouvement résistant s’installait plus largement dans la société. On peut même se demander si la Résistance n’a pas suivi le mouvement social plutôt qu’elle ne l’a devancé. Les grandes étapes de l’adoption du programme montrent le rôle décisif joué par les gauches dans le processus, mais l’unanimité obtenue et la suite de l’histoire dans le pays libéré attestent la dimension transpartisane du consensus.

Nous ne parlerons ici que de la deuxième partie du programme, celle qui concerne « les mesures à appliquer dès la libération du territoire [11]  ». Ce sont d’abord les socialistes qui lancent l’idée d’un programme pour l’après-guerre. En août 1942, depuis sa prison de Bourrassol, Léon Blum propose qu’un « vaste programme commun d’action immédiate » soit préparé et négocié, un peu sur le modèle du programme de Rassemblement populaire. En janvier 1943, avant même la création du CNR, Le Populaire, organe du Comité d’action socialiste, publie « Notre Programme », un programme politique couvrant tous les aspects de la vie de la nation. En juin, le journal prolonge son initiative et publie un programme similaire sous le titre « Le Parti socialiste propose un programme commun à la Résistance française ». Au CNR, les premières discussions sur un programme commencent dès l’été 1943, sur la base d’un troisième texte d’inspiration socialiste, qui comprend une « Charte économique et sociale ». Il s’agit d’une version venue de Londres, sur l’initiative du commissaire à l’Intérieur qui est alors André Philip, socialiste. À Paris, le texte est refusé par les droites comme trop socialisant et par le Parti communiste comme susceptible de diviser la Résistance. En septembre, la CGT fait connaître son « Programme d’action d’après-guerre », mais le CNR n’en discute pas. Dans son texte, la CGT apparaît divisée sur plusieurs points, bien qu’elle se soit réunifiée au mois d’avril précédent.

Après ces essais qui préparent les esprits, c’est l’initiative du Front national, au mois de novembre 1943, qui déclenche un train continu de négociations jusqu’à l’adoption à l’unanimité du 15 mars 1944. En concertation avec le Parti communiste, Pierre Villon propose un nouveau texte, intitulé « Charte de la Résistance ». Cette version est remaniée par le Bureau, adoptée par lui à l’unanimité, transmise aux membres en janvier, de nouveau remaniée sous l’impulsion des mouvements de résistance, les MUR plus précisément, adoptée à nouveau à l’unanimité par le Bureau fin février, encore modifiée à la demande du PS, et finalement adoptée à l’unanimité des membres le 15 mars suivant.

Le programme sera diffusé dans la clandestinité, surtout par les journaux des mouvements de résistance. Libération (sud) qui le diffuse en mai 1944 est le seul journal à l’avoir reproduit intégralement (voir annexes) . Paradoxalement, L’Humanité et Le Populaire ne le font pas connaître à leurs lecteurs tant que dure l’Occupation. Les mouvements de résistance se sont approprié le programme plus que les partis politiques résistants. Cette dissociation relative, révélatrice d’un autre rapport au politique, prendra fin dès le retour aux libertés.

Un texte de rupture avec un certain capitalisme

D’un bout à l’autre de la chaîne des textes et des amendements, de juillet 1943 à mars 1944, les réformes économiques et sociales sont présentes. Elles vont dans le sens d’un État plus social et plus protecteur des salariés. Mais ce qui est frappant, c’est la radicalisation et la théorisation de la réforme au fil des versions successives, par voie de généralisation et par recours à des concepts. En juillet 1943, la première « Charte économique et sociale » avait été repoussée comme trop réformiste par le Parti communiste et trop dirigiste par les droites. Mais le texte final adopté en mars 1944 n’est pas très éloigné de celui rejeté neuf mois plus tôt. Ce qui diffère, c’est le style plus pragmatique du second, et la présence moindre, en son sein, de déclaration de principe anti-capitaliste ou anti-libérale. L’exercice de rédaction collective atteste ainsi le mouvement des idées et la poussée sociale qui, de la société, se transmettent à la Résistance.

La version finale du programme comprend ces demandes nouvelles par rapport au texte de novembre 1943 :

- « L’instauration d’une véritable démocratie économique et sociale impliquant l’éviction des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l’économie » ;

- « L’intensification de la production nationale selon les lignes d’un plan arrêté par l’État après consultation des représentants de tous les éléments de cette production » ;

- « Un plan complet de sécurité sociale, visant à assurer à tous les citoyens des moyens d’existence, dans tous les cas où ils sont incapables de se les procurer par le travail, avec gestion appartenant aux représentants des intéressés et de l’État ».

Cette dernière formule remplace deux alinéas rédigés ainsi : « - Les assurances sociales à la charge de l’État couvrant tous les risques de maladie et d’accidents » et « - Une retraite permettant aux vieux travailleurs de finir dignement leurs jours ». Avec le passage du pluriel au singulier – des assurances à la sécurité –, l’usage du terme de sécurité sociale, employé par de Gaulle dès sa « Déclaration aux mouvements de résistance » de juin 1942, correspond à un saut qualitatif. Il fait écho aux discussions qui ont alors lieu en Angleterre, avec le plan Beveridge, et aux États-Unis et au Canada au sein de l’Organisation internationale du Travail (OIT) [12] .

- « Le droit d’accès aux fonctions de direction et d’administration dans l’entreprise pour les ouvriers possédant les qualifications nécessaires, et la participation des travailleurs à la direction de l’économie. »

- Le seul point du programme qui ne se ressent pas de cet effort de théorisation est celui qui concerne les nationalisations, dont le Parti communiste avait refusé le terme, de même que celui de socialisation, comme possible ferment de division dans la Résistance. La formulation de compromis, trouvée par Jacques Duclos, a donc été maintenue. Elle est la suivante : « retour à la Nation des grands moyens de production monopolisés, fruits du travail commun ». Suit une énumération de ces grands moyens de production : sources d’énergie, richesses du sous-sol, compagnies d’assurances et grandes banques. Ici, le pluriel énumératif, et donc limitatif, n’a pas été remplacé par une formule choc.

Le programme final comprend donc les quatre attributs de l’État-providence selon 1945 : des nationalisations, un plan de production, l’accès des travailleurs à la direction des entreprises, et la sécurité sociale. Ceux qui en refusaient l’énonciation au mois de juillet l’ont acceptée en mars. Le Parti communiste par pragmatisme, et quant aux droites, elles cédèrent en deux temps. Louis Marin, le président de la Fédération républicaine, donna son accord le premier. Le représentant de l’Alliance démocratique, Joseph Laniel, tenta un baroud d’honneur en transmettant des « Réflexions sur le rapport du Comité national d’Études », d’inspiration libérale, avant de suivre la volonté unanime des autres membres. Jacques Debû-Bridel, représentant la Fédération républicaine au CNR, témoigne : « Nous l’avons eu un peu au forcing. Mais il s’inclina de bonne grâce [13] . » La nécessité de rendre manifeste l’existence d’une France autre que celle de la Collaboration ou de l’adhésion au national-socialisme leva les derniers scrupules.

Dans un récent ouvrage commentant le programme du CNR, Michel Rocard y a vu un texte marqué du sceau de la « Première gauche [14]  ». Créée en 1982 par les journalistes Hervé Hamon et Patrick Rotman, l’expression désigne la gauche étatiste, par opposition à la « Deuxième gauche », plus soucieuse du qualitatif, partisane de l’autogestion, et alors incarnée par la CFDT [15] . En fait, le programme du CNR marquait une certaine hésitation. La dernière version comporte clairement une référence à la participation des partenaires sociaux dans la gestion de la sécurité sociale et celle des entreprises, et dans la préparation du Plan. Le Programme du CNR se situe plutôt dans un entre-deux de ce point de vue, même si la place de l’État y est première.

Il est clair que le programme est un texte de rupture avec le passé et de dénonciation de la politique économique de l’entre-deux guerres. Mais ce texte montre aussi son ouverture à la modernité internationale.

Un texte moderne, ouvert sur l’international

La convergence française sur la réforme est en phase avec le courant réformateur transnational qui s’affirme depuis les années 1930. Prises une à une, les réformes économiques et sociales programmées par le CNR ne sont pas originales. Elles figurent dans la plupart des programmes des partis socialistes, du parti travailliste aux partis sociaux-démocrates suédois et norvégiens, et du parti socialiste belge aux SPD et SPÖ allemand et autrichien après 1945. Dès juillet 1945, la victoire du Parti travailliste aux élections britanniques donne le ton de l’opinion européenne. L’originalité du cas français tient à plusieurs traits : le rassemblement en un seul texte de l’ensemble de la panoplie des idées réformatrices de l’époque, ce qui place la France « à gauche de l’Europe [16]  » ; l’unanimité acquise sur ce programme de rupture, qui n’est donc pas l’apanage de la gauche ; et l’adoption de ces principes par le chef de la France libre, avant même, d’ailleurs, leur formulation par le CNR [17] . Cette convergence réformatrice fera la force du parti de la réforme lors la Libération.

Accessoirement, la modernité du programme pourrait aussi se jauger à son enveloppe, au truchement choisi dans la clandestinité pour en assurer la plus grande diffusion. Dans le contexte de la pénurie de papier, les éditions clandestines utilisaient de petits formats. L’idée de camoufler des écrits interdits sous la couverture de « petits-formats » de chansons vint naturellement. Le journal Libération (Édition Z.S.) prépara ainsi la diffusion du programme du CNR sous les dehors d’un petit-format intitulé Les Jours heureux, par le CNR. Le titre choisi peut avoir deux origines. Soit il évoque Happy Days Are Here Again, la chanson au rythme de charleston qui a servi de jingle à la campagne électorale de Roosevelt en 1932 [18] . Dans cette hypothèse, le programme du CNR prend une dimension internationale et s’insère dans la culture jazz et dans le mouvement des idées lancé par le New Deal. Mais le titre Les Jours heureux a peut-être été simplement choisi d’après un film du même nom paru en 1941. Ce film évoquait les aventures de cinq jeunes gens en vacances à la campagne. Pied de nez aux interdits nazis concernant la musique « dégénérée », ou bien clin d’œil à un film de jeunes, Les Jours heureux respiraient un air de liberté et une jeunesse qui ne se perçoivent plus immédiatement aujourd’hui [19] .

Un texte conservateur par ses silences

Par ses silences, le programme du CNR est aussi un texte conservateur, voire réactionnaire. Ne disant rien de la Constitution future, il cautionne l’éventuel rétablissement de la Troisième République. En ce sens, il est en phase avec la culture politique de l’époque puisque, comme on sait, la Quatrième République sera une réplique de la Troisième. Pourtant, durant l’Occupation, les résistants ont produit dix-neuf projets de nouvelle Constitution [20] . Le CNR aurait pu se prononcer, ne serait-ce que sur la reconduction ou non de la Troisième République. La présence de Paul Bastid en son sein, professeur de droit public et ancien ministre radical du Front populaire, peut rendre compte du silence du CNR. Le parti radical, presque consubstantiel à la Troisième République, a défendu en 1945 la prorogation de ce régime.

C’est Paul Bastid, en tant que représentant du Parti radical, qui s’opposa à l’inscription du vote des femmes dans le programme du CNR. Selon le témoignage de Jacques Debû-Bridel, il aurait menacé de quitter le CNR si la mesure était préconisée [21] . Le CNR est donc resté fermé à une revendication qui avait pourtant recueilli l’assentiment de la Chambre des députés à six reprises entre 1919 et 1936. Le Sénat avait refusé de l’examiner. Dans sa « Déclaration aux mouvements de résistance », de juin 1942, le général de Gaulle avait annoncé le vote des femmes. En mars 1944, donc, la position du CNR peut être qualifiée de réactionnaire. Si l’on examine les débats qui se déroulent au même moment à Alger au sein de l’Assemblée consultative provisoire, on voit que le cénacle du CNR avait son pendant dans la commission de législation et de réforme de l’État. Peu nombreuse et présidée par Paul Giacobbi, ancien député radical de Corse, la commission soumit au vote de l’Assemblée un projet d’organisation des pouvoirs publics à la Libération qui ne prévoyait pas le vote des femmes [22] .

À la différence des séances à huis clos de la commission, les séances plénières de l’Assemblée rétablirent le contact avec la modernité. L’intervention du général de Gaulle dans son allocution du 18 mars 1944, et les assauts conjoints de Fernand Grenier, communiste, et de Robert Prigent, catholique, aboutirent à l’insertion du principe du vote des femmes dans l’article 1 du projet d’ordonnance, et à son application dès les élections municipales de 1945, selon l’article 17 [23] . Sur ce dernier point, les anciens membres du CNR siégeant à l’Assemblée se divisèrent : Marc Rucart, radical, et Charles Laurent, de la CGT confédérée, votèrent contre, tandis que Claudius (futur UDSR) et André Mercier (PCF) votèrent pour. À Paris, les membres du CNR, qui s’étaient prononcé pour « l’extension des droits politiques, sociaux et économiques des populations indigènes et coloniales », n’avaient pas réussi à s’entendre sur l’émancipation des femmes.

Une rupture consacrée par le suffrage universel

Le destin du programme du CNR dans la France libérée présente un moyen de tester de manière rétrospective la popularité, au sens littéral, de la Résistance. L’image de la Résistance en gloire qu’offre la descente triomphale des Champs-Élysées le 26 août 1944 est souvent centrée sur le général de Gaulle. Mais il s’y trouve entouré des membres du CNR. Ce moment exceptionnel de la libération de Paris n’est pas éphémère, ce n’est pas un simple effet de la liesse générale de l’heure. Même si l’unanimité recouvre de multiples conflits, elle ne va pas se défaire, ou presque pas, sur le programme du CNR.

La ratification du programme par l’Assemblée nationale

Jusqu’aux élections générales d’octobre 1945, le Gouvernement provisoire de la République française gouverne par ordonnances. Les houillères du Nord-Pas-de-Calais (ordonnance du 13 décembre 1944), Renault (16 janvier 1945), Gnome-et-Rhône (29 mai 1945), les transports aériens (26 juin 1945) sont nationalisés, les comités d’entreprise sont créés (22 février 1945), la sécurité sociale est fondée (4 et 19 octobre 1945), et l’École libre des sciences politiques semi-nationalisée (9 octobre 1945). Pendant cette période, les sondages de l’IFOP permettent de prendre connaissance de l’opinion. Entre 50 et 70 % des sondés approuvent les nationalisations. En décembre 1944, 68 % des Parisiens et 48 % des provinciaux approuvent la nationalisation de la Compagnie du Gaz de Paris. Les jeunes et les moins de 50 ans y sont particulièrement favorables. En mars 1945, 60 % des sondés sont partisans de la nationalisation du charbon, et 54 % de celle des chemins de fer. Le discours programmatique prononcé par le général de Gaulle à l’Assemblée consultative le 2 mars recueille 62 % d’approbations, et 70 % des sondés déclarent que le gouvernement doit tenir compte des avis du CNR et de l’Assemblée. En avril, 70 % des sondés approuvent la nationalisation des banques [24] .

Les résultats obtenus aux élections générales d’octobre 1945 confirment le mouvement. Les trois grands partis de la Résistance, le PCF, le SFIO et le MRP, réunissent près de 80 % des voix. À l’Assemblée, les mesures inscrites au programme du CNR recueillent entre 85 % et 90 % des votes. Ce sont les nationalisations des grandes banques (loi du 2 décembre 1945), des compagnies d’électricité et du gaz (8 avril 1946), des grandes compagnies d’assurances (25 avril 1946), la création de la Société nationale des Entreprises de Presse (11 mai 1946), la nationalisation de la Banque de l’Algérie (17 mai 1946) et celle des combustibles minéraux (17 mai 1946 aussi). Le rôle des comités d’entreprise est accru (loi du 16 mai 1946) et la sécurité sociale est confortée (22 mai 1946).

L’unanimité du temps de guerre a cependant pris fin : les droites, qui ne rassemblent plus que 10 à 15 % des sièges à l’Assemblée, votent contre ces mesures. C’est notamment le cas des députés Joseph Laniel et André Mutter, anciens membres du CNR, qui fondent en 1946 le Parti républicain de la Liberté.

L’hostilité persistante du parti de la Collaboration aux réformes de la Libération

L’hostilité du parti de Vichy aux réformes de la Résistance ne disparaît pas après la guerre. Le programme du CNR est la cible des attaques du Bulletin de France-Documents, publication réservée aux abonnés de France-Documents, une revue suspendue à la Libération et qui reparaît en octobre 1946. Dès le premier éditorial, le directeur Joseph Barsalou critique les nationalisations [25] . Le ton monte avec les débuts de la guerre froide. Dénonçant les « professionnels du résistantialisme et de la Libération », accueillant la plume d’anciens ministres du gouvernement de Vichy, le Bulletin de France-Documents mène la charge contre les nationalisations, « base de la dictature », « introduction nécessaire et fatale au totalitarisme [26]  ». L’éditorial dénonce le « tour de passe-passe » accompli par « l’Assemblée provisoire », terme qui semble désigner tout à la fois l’Assemblée consultative provisoire et les ordonnances prises par le gouvernement du général de Gaulle. L’Assemblée se serait servie du « crédit que le pays lui avait accordé pour conduire la guerre […] pour conduire à l’esbrouffe la subversion économique et politique ». Cette prise de position s’inscrit dans la ligne politique du gouvernement de Vichy qui, s’il a promu un certain dirigisme, était hostile à tout empiètement des pouvoirs liés à la détention du capital.

Le plus intéressant dans cette charge émanant du milieu vichyste, est l’expression de la surprise qu’aurait causée, à la Libération, la publication au grand jour du programme du CNR : « Le Conseil national de la Résistance publiait subitement son programme révolutionnaire et le Général adoptait, comme un legs du patriotisme intransigeant, tous les laissés-pour-compte du Front Populaire de 1936. » Jugement qui réduit la Résistance à une petite minorité d’activistes et qui fait du général de Gaulle un opportuniste manœuvré par des revanchards du Front populaire. Le programme du CNR serait sorti de cette combinaison comme un lapin d’un chapeau.

Conclusion

On comprend que dans l’après-guerre, le parti de la Collaboration ait eu besoin, pour assurer sa légitimité, de présenter la Résistance comme une minorité isolée de la nation et usurpatrice du pouvoir. D’où l’expression de « résistantialisme » répandue dans ce milieu à partir de 1948 [27] .

De son côté, la Résistance n’était pas dans une position symétrique. Le soutien de la nation était pour elle un enjeu non seulement politique mais vital. Elle ne pouvait survivre comme mouvement national que si elle était dans la nation « comme un poisson dans l’eau », pour reprendre une consigne donnée par Mao Zedong dans la guérilla antijaponaise, et si l’insurrection nationale, qui était à son principe, était effectivement soutenue par le peuple [28] . On avait des exemples contraires. De l’autre côté du Rhin, le bonheur d’être allemand sous Hitler était largement partagé. Il n’y eut pas de Résistance allemande, mais des résistants isolés dans la nation. En France, le bonheur d’être français sous l’Occupation était un sentiment peu répandu. De ce point de vue, l’exemple du programme du CNR est éclairant. Avec sa revendication de « démocratie économique et sociale », il a l’apparence d’un programme d’avant-garde, mais le fait est que le peuple, opprimé et exploité, s’est reconnu en lui. La rupture démocratique de 1944-1946, tracée à grands traits dans le texte, a été plébiscitée par le suffrage universel et ratifiée par la Chambre élue. Contrairement à ce qu’affirmait le parti de la Collaboration, la mise en place d’un État-providence n’a pas été le fait d’une minorité d’activistes coupés de la nation, mais la volonté du pays réel qui devint légal avec le retour des libertés.

Annexes

 

Pour citer cet article : Claire Andrieu, « Le programme du CNR dans la dynamique de la construction de la nation résistante », Histoire@Politique. Politique, culture, société, n° 24, septembre-décembre 2014 [en ligne, www.histoire-politique.fr]

Notes :

[1] Henry Rousso, Le syndrome de Vichy. 1944-198…, Paris, Seuil, 1987, 378 p.

[2] Pierre Laborie, Le chagrin et le venin. La France sous l’Occupation, mémoire et idées reçues, Paris, Bayard, 2011, 354 p. ; Laurent Douzou, « Deux relectures iconoclastes de la mémoire de l’Occupation en France », Critique, n° 798, 2013, p. 889-905.

[3] Jacques Lecomte-Boinet, représentant de Ceux De La Résistance (CDLR) au CNR, Journal manuscrit, cité dans Claire Andrieu, « « Le CNR et les logiques de l’insurrection résistante », dans Fondation Charles de Gaulle, Serge Berstein, Louis Favoreu et Odile Rudelle (dir.), Le rétablissement de la légalité républicaine (1944), Bruxelles, Complexe, 1996, p. 299-355. Rééd. dans Fondation Charles de Gaulle, De Gaulle et la Libération, Bruxelles, Complexe, 2004, 221 p.

[4] Sur ces différents mouvements, voir François Marcot (dir.) avec la collab. de Christine Levisse-Touzé et Bruno Leroux (dir.), Dictionnaire historique de la Résistance française, Paris, Robert Laffont, 2006, articles aux noms de ces mouvements signés de Claire Andrieu, John Sweets, Cécile Vast.

[5] Philippe Burrin, La dérive fasciste. Doriot, Déat, Bergery, 1933-1945, Paris, Seuil, 1986, p. 405-406.

[6] Pour la composition du CNR, se reporter au cahier central de la Lettre de la Fondation de la Résistance, « Le Conseil national de la Résistance », n° 73, juin 2013, p. II. Consultable en ligne :

http://www.fondationresistance.org/documents/lettre/LettreResistance073.pdf [lien consulté le 29 septembre 2014].

[7] Charles de Gaulle, Mémoires de guerre. Le Salut, Paris, Plon, 1959, p. 23.

[8] Claire Andrieu, Le programme commun de la Résistance. Des idées dans la guerre, Paris, Les Éditions de l’Érudit, 1984, 212 p.

[9] Rapport Bingen, information du 1er février 1944, réception mars 1944, p. 15. AN F1A/3728.

[10] Rapport Bingen, information de janvier 1944, réception mars 1944, p. 9. AN, F1A/3728.

[11] Le détail de la discussion des deux parties du programme ainsi que la reproduction des principales versions se trouvent dans Claire Andrieu, Le programme commun de la Résistance, op. cit.

[12] Michel Margairaz, « L’OIT et la sécurité du travail. Du Rapport Beveridge à la conférence de Philadelphie : l’invention de la Sécurité sociale », dans Alya Aglan, Olivier Feiertag, Dzovinar Kevonian (dir.), Humaniser le travail. Régimes économiques, régimes politiques et Organisation internationale du travail (1929-1969), Bruxelles, PIE-Peter Lang, 2011, p. 131-148.

[13] Jacques Debû-Bridel, De Gaulle et le CNR, Paris, Éditions France-Empire, 1978, p. 92-93.

[14] Le Programme du Conseil National de la Résistance commenté par Michel Rocard, Bordeaux, Élytis, 2012, 62 p.

[15] Hervé Hamon, Patrick Rotman, La deuxième gauche. Histoire intellectuelle et politique de la CFDT, Paris, Ramsay, 1982, 445 p.

[16] Claire Andrieu, « La France à gauche de l’Europe, 1944-1948 », Le Mouvement social, numéro spécial sur « Les nationalisations d’après-guerre en Europe occidentale », dirigé par Antoine Prost, janvier-mars 1986, p. 131-153.

[17] Claire Andrieu, « De Gaulle », dans Claire Andrieu, Lucette Levan, Antoine Prost (dir.), Les nationalisations de la Libération. De l’utopie au compromis, Paris, Presses de Sciences Po, 1987, p. 230-235 ; et ejusdem, « Révolution française », dans Claire Andrieu, Philippe Braud et Guillaume Piketty (dir.), Dictionnaire De Gaulle, Paris, Robert Laffont, 2006, p. 1020-1022.

[18] Bruno Leroux, « La diffusion clandestine du programme du CNR », La Lettre de la Fondation de la Résistance, n°73, juin 2013, p. III ; et témoignage de Jules Meurillon, responsable de la propagande et de la diffusion de Libération-Sud, recueilli par Laurent Douzou.

[19] On peut écouter Happy Days Are Here Again dans sa version de 1930 en cliquant sur le lien suivant : https://www.youtube.com/watch?v=gqsT4xnKZPg [consulté le 30 septembre 2014].

[20] Jean-Éric Callon, Les projets constitutionnels de la Résistance, Paris, La Documentation française, 1998, 244 p.

[21] Entretien avec Jacques Debû-Bridel, 9 septembre 1982.

[22] Dossier de la commission de législation et de réforme de l’État, Assemblée consultative provisoire, Archives nationales, C//15269, dossier 683.

[23] Ordonnance portant organisation des pouvoirs publics en France après la Libération, 21 avril 1944, Journal officiel de la République française, 22 avril 1944.

[24] Bulletin d’informations de l’Institut français d’opinion publique, n° 8, 16 janvier 1945 ; n°13, 1er avril 1945 ; n° 14, 16 avril 1945 ; n° 16, 16 mai 1945.

[25] Joseph Barsalou, « La naissance de la IVe République », Le Bulletin de France-Documents, Nouvelle série n° 1, 18 octobre 1946.

[26] « Les nationalisations, base de la dictature », Ibidem, 16 juillet 1948. L’expression « les professionnels du résistantialisme et de la Libération » est tirée de l’éditorial du 22 juillet 1949.

[27] Le terme de « résistantialisme » a été inventé, semble-t-il, par l’abbé Desgranges, ancien député non inscrit du Morbihan (1928-1940), pour son livre Les crimes masqués du résistantialisme, Paris, L’Élan, 1948, 187 p.

[28] D’origine médiévale, l’expression « comme un poisson dans l’eau » a pris un sens politique avec, notamment, le manuel de guérilla de Mao Zedong datant de 1937, dont le titre en anglais est On Guerilla Warfare. http://www.marxists.org/reference/archive/mao/works/1937/guerrilla-warfare/index.htm [lien consulté le 30 septembre 2014].

Claire Andrieu

Professeure des universités en histoire contemporaine à Sciences Po, Claire Andrieu est rédactrice en chef de l’Encyclopédie en ligne des violences de masse (http://massviolence.org/fr/). Ses axes de recherche sont la Deuxième Guerre mondiale et la Libération ; la vie politique en France de 1920 à nos jours. Sur la Résistance et la Libération, elle a publié notamment Les nationalisations de la Libération, en codirection avec Antoine Prost et Lucette Le Van (Presses de Sciences Po, 1987) ; le Dictionnaire De Gaulle, en co-direction avec Philippe Braud et Guillaume Piketty (Robert Laffont, 2006) ; des articles dans le Dictionnaire historique de la Résistance française, François Marcot (dir.) (Robert Laffont, 2006) ; des chapitres dans Maurice Vaïsse (dir.), De Gaulle et la Libération (Complexe, 2004) , et dans B. Garnier et alii, (dir.), Pourquoi résister ? Résister pour quoi faire ? (CRHQ/CNRS, 2006).

Mots clefs : Résistance ; programme ; réformes ; mouvement social ; nationalisation.

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  • ISSN 1954-3670