Histoire@Politique : Politique, culture et société

Le dossier

Cultures sportives et cultures politiques. Le cas des chefs d'Etat et de gouvernement dans le monde au XXe siècle

Coordination : Patrick Clastres

Générations athlétiques et éducations corporelles. L’autre acculturation politique des présidents de la Ve République

Patrick Clastres
Résumé :

Cet article est une contribution à l’étude du corps présidentiel à partir des itinéraires athlétiques des sept jeunes (...)

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À la différence des époques médiévale et moderne [1] , rares sont les travaux en histoire contemporaine de la France, voire en science politique, qui portent sur le corps physique et symbolique des chefs d’État. Par son agitation médiatique et corporelle, Nicolas Sarkozy a toutefois commencé à inspirer les chercheurs. Il y a d’abord cet essai du philosophe et historien Georges Vigarello consacré dès novembre 2007 à « l’immense opération de désymbolisation » que traduit en image le corps d’un « président suractif » qui a les goûts de tous (pizza, jogging, vélo, « star ac », foot) [2] . Le « corps quotidien » de Nicolas Sarkozy l’emporte donc en début de mandat sur son « corps solennel » censé marquer « la distance et l’officialité de la République » au point de dévoiler son projet politique : incarner une « égalité démocratique pensée au plus près de l’opinion » et imposer « une personnalisation (du pouvoir) d’un nouveau genre ». Puis, en 2008, Catherine Achin et Elsa Dorlin questionnent le « capital corporel identitaire » de Nicolas Sarkozy pour démontrer que cette rupture dans le style présidentiel illustre le passage d’une « masculinité naturalisée » à une « virilité-ressource [3]  ». De fait, même s’il existe le livre pionnier de George Mosse sur l’invention de la virilité moderne en Occident [4] , rares encore sont les analyses de genre qui interrogent la dimension virile des apparitions publiques des chefs d’État français et de leur décisions et actions politiques. Autrement dit, la fonction présidentielle en tant qu’incarnation et action n’est guère analysée par les contemporanéistes comme le lieu suprême du pouvoir masculin. Probablement parce que c’est un espace politique où le « premier sexe [5]  » exerce sa « domination masculine [6]  » comme un droit naturel. On citera enfin cet échange à trois entre Olivier Py, Denis Podalydès et Régis Debray paru en 2011 à l’occasion de la sortie de La Conquête, le film biographique du réalisateur Xavier Durringer consacré à l’ascension présidentielle de Nicolas Sarkozy, où les deux hommes de théâtre et le médiologue débattent de l’érosion de la fonction suprême en décryptant les signes théâtraux et médiatiques des corps politiques (gestes, voix, regards, distance corporelle) de François Mitterrand et de Nicolas Sarkozy [7] .

Cet article n’a pas toutefois pour ambition de décrypter les codes et symboles où le pouvoir politique masculin se renforce en investissant l’espace viril des sports. L’étude des apparitions cérémonielles et cathodiques des présidents français dans les stades, gymnases et piscines reste encore à mener. Nous voulons nous situer très en amont de l’exercice du pouvoir, dans la période juvénile de formation corporelle et intellectuelle des hommes politiques. Car les hommes politiques, et les femmes politiques, ont bel et bien un corps qu’ils ont physiquement éprouvé au cours de leur jeunesse et de leur premier âge adulte. Leur formation corporelle s’est déroulée dans des contextes tout à fait différents, ludiques avec leurs camarades d’enfance, scolaires dans le cadre des leçons d’éducation physique, et associatifs à l’occasion de leurs activités sportives. Cette culture corporelle constitue la moitié de leur être en construction, une moitié qui ne saurait être négligée. Or cette acculturation politique par les exercices du corps est largement ignorée et passée sous silence par les historiens davantage familiers, du fait de leur propre éducation et formation savante, avec les itinéraires académiques et les généalogies intellectuelles. Si Claude Lelièvre et Christian Nique n’ont eu aucune peine à considérer que les présidents de la Ve République furent « d’abord des écoliers comme tant d’autres [8]  », il n’en va pas de même pour caractériser leur parcours sportif, leur conception du sport, leur politique sportive, et même plus l’influence de leur culture sportive sur leur action et leur vision politique. À la différence des présidents américains [9] , en effet, les présidents français ne se sont guère affichés comme des sportifs ou des passionnés de sport.

De fait, l’éducation athlétique des présidents français ne se laisse pas facilement mettre au jour. D’abord, contrairement à leurs homologues américains, ils ne dévoilent guère leur passé sportif dans leurs mémoires ou lors de leurs entretiens. Ensuite, jusqu’au mandat de Nicolas Sarkozy, lorsqu’ils ont continué à pratiquer leurs sports favoris lors de leurs ministériats ou présidences, ils l’ont fait à l’insu de leur entourage et surtout des médias. C’est le cas notamment de leur passion pour le golf, le tennis, le ski, voire la chasse aux grands animaux, considérés comme des sports élitaires et que les candidats à l’onction populaire ne sauraient avouer. Il en est ainsi du sport des présidents français comme de leurs aventures amoureuses : longtemps ils ont relevé de leur vie privée. Enfin, leurs biographes, par tropisme intellectuel et par méconnaissance des cultures sportives, n’y accordent guère d’intérêt sauf à aborder ce sujet sur le mode anecdotique. Il suffira ici d’un exemple. Pour caractériser les deux versants de la carrière politique de François Mitterrand « avant et après l’entrée du protagoniste à l’Élysée », Jean Lacouture, qui fut aussi à ses heures historien du rugby et de la corrida, manie la métaphore sportive : « deux mi-temps, certes mouvementées, sinon contradictoires, mais un seul match [10]  ». Pour autant, le sport ne tient guère de place dans son essai biographique. François Mitterrand n’était-il pas du tout sportif ou bien le « biographe national » a-t-il considéré que sa culture sportive n’éclairait en rien ni sa culture politique ni sa pratique politique ? C’est donc à contre-pied des usages biographiques que nous allons envisager les cultures sportives des présidents de la Ve République comme des révélateurs et des creusets de leurs cultures politiques. Ainsi, générations intellectuelles [11] et générations sportives trouvent-elles ici leur point de rencontre, et aussi leur correspondance.

Cet article est donc une contribution à l’étude du corps présidentiel à partir des itinéraires athlétiques des sept jeunes hommes nés entre 1890 et 1955 qui deviendront les présidents de la Ve République. L’éducation corporelle des sept futurs chefs d’État de Charles de Gaulle à François Hollande est réalisée dans des contextes sportifs et éducatifs, culturels et politiques, à ce point différents que la méthode des « portraits sportifs » a été retenue. Au cours de ces six décennies, les Français ont abandonné les contraintes corporelles de la gymnastique scolaire et militaire, républicaine et patriotique, pour adopter les plaisirs de la civilisation sportive [12] . Au moment où Charles de Gaulle devient adolescent, la gymnastique scolaire et revancharde bloque encore l’essor du « nouvel élitisme des sports athlétiques ». En revanche, lorsque Nicolas Sarkozy et François Hollande quittent l’enfance, les champions olympiques des années 1964-1968 offrent à la France sa première « apothéose sportive ». Dans ces mêmes années 1910-1970, le spectacle du sport a quitté les stades de fortune des fortifications parisiennes et des emprises ferroviaires pour envahir de sa présence sonore et visuelle les médias de l’image et du son (radio, télévision, internet). Enfin, et c’est une singularité française, la « sportisation » de la société française a été largement impulsée par un État sportif qui a émergé à coup de réformes éducatives et d’intrusions législatives dans l’autonomie associative des fédérations sportives (Front populaire, régime de Vichy, haut-commissariat de Maurice Herzog). Au fil des expériences enfantines et juvéniles de formation corporelle, il s’agit d’étudier les points de contact entre milieu, éducation, héritage politique et culture sportive. Autrement dit, pour paraphraser Pierre Bourdieu, de comprendre comment, c'est-à-dire de quelle manière et pourquoi, les présidents de la Ve République ont-ils pu être sportifs s’ils l’ont jamais été [13] .

Charles de Gaulle : un « Agathon » sans République ni sport

De Charles de Gaulle, les Français n’ont guère retenu un quelconque lien avec la chose sportive. Tout au plus des scènes inattendues comme le pied à terre mis par le peloton lors du passage du Tour de France à Colombey le 16 juillet 1960 pour saluer le président, ou encore ce ballon de football remis en jeu depuis la tribune présidentielle lors de la finale de la coupe de France 1965. Assurément, l’éducation athlétique ne semble pas relever du choix éducatif réalisé par ses parents, ni par sa mère qui le vouait plutôt à la religion, ni par son père Henri qui lui inculque avec grande exigence les savoirs académiques.

Né en 1890 dans une famille catholique et nationaliste, Charles de Gaulle est donc contemporain de la « génération Agathon » que Henri Massis et Alfred de Tarde croient pouvoir identifier [14] . Pour autant, et pas seulement parce qu’il est saint-cyrien, on ne saurait le retrouver dans « le type nouveau de la jeune élite intellectuelle » largement fabriqué par les enquêteurs du journal L’Opinion. Ces « jeunes gens d’aujourd’hui », qui fréquentent les écoles et les universités ou appartiennent à la jeune génération littéraire, y sont présentés comme « consciemment ou d’instinct anti-intellectualistes » et réfractaires au « bohémianisme légendaire du Quartier latin ». Certes, on doit reconnaître au jeune Charles le goût de l'action, le souci de la discipline, le respect de la hiérarchie, la foi patriotique, le renouveau catholique, le sens moral. Mais il se différencie des « Agathon » sur trois points au moins : il ne s’est pas encore rallié à la République, il est un lecteur invétéré (ce qui donnerait raison aux maurrassiens qui refusent l’idée d’une génération sans livres), enfin, et surtout pourrait-on dire, il ne fait pas partie de ces « sportifs » qui fascinent tant Massis et de Tarde.

Pourtant, son père Henri, lorsqu’il est directeur du cours Fontanes à Paris, fait partie des fondateurs en 1911 de l’Union gymnastique et sportive de l’enseignement libre (UGSEL). Cette annexe de la Fédération gymnastique et sportive des patronages de France (FGSPF) du docteur Michaux rassemble les associations des établissements religieux pour jeunes garçons qui ont pour but de « donner au pays des générations d’hommes robustes et de soldats vaillants ». De la part d’Henri de Gaulle, qui se définissait comme « un monarchiste de regret », il ne s’agit probablement pas d’une concession à la mode sportive, mais bien plutôt d’une reconnaissance tardive accordée à la gymnastique militaire dans la formation des jeunes élites. D’ailleurs, Charles doit attendre d’être scolarisé en 1907-1908 en mathématiques spéciales chez les jésuites de l’école libre du Sacré-Cœur à Antoing en Belgique pour découvrir le seul et unique sport qu’il aura jamais pratiqué : le football. Ce jeu de ballon est alors considéré comme moins violent par l’Église catholique et plus propice à attirer les jeunes garçons vers les patronages et les autels. Du témoignage d’un de ses condisciples, le père Lapoutre, qui le dépeint en « joueur pourvu d’un shoot tellement excellent que c’est à lui qu’incombe la périlleuse mission de tirer les coups de pied de réparation », on ne saurait toutefois en conclure comme le journaliste Serge Laget qu’il était « un virtuose du ballon rond [15]  ». C’est pourtant un ballon rond qui figure au premier plan du cliché choisi par Philippe de Gaulle pour illustrer la première de couverture de son livre témoignage : le grand-père Charles guindé dans son costume boutonné, son fils Philippe plus décontracté avec sa veste repoussée par les mains posées sur la taille, le petit-fils en marinière et short blanc [16] .

Par son appartenance à la petite noblesse de la Belle Époque, le jeune adolescent Charles de Gaulle aurait dû, sinon adopter les sports anglo-saxons de la nouvelle modernité, du moins pratiquer assidûment ces deux cultures corporelles élitaires et nationales que sont l’escrime et l’équitation. Mais il n’y a pas de tradition militaire dans sa famille et la préparation au collège Stanislas du concours de Saint-Cyr présente toutes les apparences d’un choix personnel. Et sa véritable éducation physique, il la reçoit à l’occasion de son année de service militaire au 33e régiment d’infanterie à Arras, puis à Saint-Cyr d’octobre 1910 à 1912. D’où les craintes du « Connétable », ainsi surnommé du fait de son port altier et de son allergie aux corvées et à la vie de caserne, de ne pouvoir encaisser le choc des premières expériences de marche militaire. Ainsi, c’est avec soulagement qu’il écrit à son père en janvier 1910 : « Nous revenons d’une marche de vingt-quatre kilomètres qui a été assez fatigante à cause de la pluie et de la boue des chemins. C’est d’un bon entraînement pour les marches d’épreuves […]. Jusqu’à présent, la marche ne m’a jamais paru difficile, même avec notre chargement complet : c’est effectivement du côté du sac que j’attendais pour mon compte les ennuis. Ils ne se sont pas produits [17] . » Selon Éric Roussel, « le seul point faible du jeune officier est le sport et le tir [18]  ». Que l’on ne se méprenne pas, lorsque le biographe de Charles de Gaulle parle de « sport », il s’agit en vérité de l’escrime et de l’équitation qui appartiennent plutôt à la famille des arts élitaires du combat. On pourrait y adjoindre la gymnastique aux agrès, voire ces courses collectives effectuées en rangs serrés et scandées par les coups de sifflet de l’instructeur, car l’armée française des années 1910 est encore réfractaire aux sports athlétiques. Quant à la natation devenue une obligation pour les conscrits, Philippe de Gaulle a eu l’occasion de préciser que son père « nageait comme un fer à repasser ».

La philosophie de l’action de Charles de Gaulle est effectivement moins le produit empirique d’une éducation militaire qu’une assimilation intellectuelle de la pensée de Bergson découverte par l’entremise de son père et le fruit d’une éducation tournée vers la réalisation psychique de soi-même. « Un homme intelligent, expliquera-t-il bien plus tard au journaliste américain Cyrus Sulzberger, ne devient pas automatiquement un homme d’action. L’instinct également est important. L’instinct, plus l’impulsion, ne sont pas suffisants pour être la base de l’action. Il faut les deux ensemble, l’instinct et l’impulsion. (…) Toute ma vie, j’ai été conscient de l’importance essentielle de cette l’implication [19] . » Ce n’est pas là une reconstruction a posteriori car dans son carnet de captivité il livrait déjà le secret d’une gymnastique très personnelle censée l’éloigner du repoussoir que constitue la figure décriée par Maurice Barrès de l’intellectuel :

« Il faut être un homme de caractère. Le meilleur procédé pour réussir dans l’action est de savoir perpétuellement se dominer soi-même au mieux, c’est une condition indispensable. Mais se dominer soi-même doit être devenu une sorte d’habitude, de réflexe moral obtenu par une gymnastique constante de la volonté. (…) Il faut parler peu, il le faut absolument… Et dans l’action, il ne faut rien dire. Le chef est celui qui ne parle pas [20] . »

Ce n’est pas là un des moindres paradoxes de celui qui a sauvé deux fois la France que d’avoir une faible constitution physique, une culture sportive réduite à très peu, une expérience combattante limitée (même s’il est blessé trois fois et a tenté de s’évader cinq fois durant ses trente mois de captivité), une virilité peu affirmée à considérer selon les critères de l’époque ses muscles et son visage glabre. La seule prouesse physique de Charles de Gaulle, fût-elle symbolique, sera finalement d’être parvenu à transformer son embarrassante grande taille et son physique atone et raide en un grand corps politique.

Georges Pompidou : une double transgression athlétique et esthétique

Homme de lettres, Georges Pompidou passe encore moins pour un sportif que son prédécesseur. Et pourtant voilà un président entiché de modernité et de vitesse qui adore conduire des bolides et qui se passionne pour la course automobile. Le 10 juin 1972, par exemple, il ne manque pas de se rendre aux 24 heures du Mans pour leur 40e édition et, en abaissant le drapeau tricolore pour lancer la course, il n’oublie pas de promouvoir la firme Matra comme un des fleurons de l’industrie française [21] . On pourrait évoquer aussi la passion qu’il partage avec son épouse pour l’équitation et les courses hippiques comme lors du 50e prix de l’Arc de Triomphe disputé le 3 octobre 1971 [22] . Enfin, il a cultivé jusque sous sa présidence la complicité qu’il avait acquise lors des jeux de Grenoble 1968 avec la skieuse Marielle Goitschell, se donnant ainsi l’image d’un Premier ministre proche et de la jeunesse qui gagne et de l’électorat féminin. Une complicité sûrement sincère mais qui trouve aussi sa place dans un processus de communication politique. À l’opposé de la version légendaire colportée par la championne française [23] , il faut savoir que le général de Gaulle a imposé à son Premier ministre d’aller voir les slalomeuses quand lui-même s’est réservé d’applaudir les champions masculins.

Georges Pompidou est né le 5 juillet 1911 à Montboudif d’un père et d’une mère instituteurs issus de la paysannerie du Cantal et admirateurs de Jean Jaurès. Comme ses parents sont le produit de la promotion républicaine par l’école, lui-même est destiné aux plus hautes études. Et pour ce qui est de la culture corporelle paternelle, elle incline fort probablement du côté de la gymnastique scolaire et républicaine, positiviste et revancharde, qui tend à se substituer aux jeux paysans et provinciaux. C’est donc culturellement loin des siens, en fréquentant les classes de lycée puis les préparatoires littéraires, que le jeune Georges Pompidou découvre en esthète, et en cachette, les joies du sport des élites. Dans ses lettres à son camarade Robert Pujol qui datent des années 1928-1931, les mentions sportives sont plutôt rares. On y entrevoit surtout un jeune homme en quête d’amitié, rêvant de conquérir le cœur des jeunes filles et des jeunes femmes, avide de littérature, songeant à faire carrière. Son dilettantisme, nous préférons l’interpréter comme une posture esthétique derrière laquelle se cache une angoisse, celle d’échouer au concours d’entrée à la rue d’Ulm. La première lettre de ce recueil est d’ailleurs révélatrice de la pression scolaire exercée par ses parents et des stratégies de compensation corporelle que le jeune lycéen finit par développer. En date du 8 août 1928, elle est écrite au cœur d’un été studieux consacré à préparer le passage de l’hypokhâgne toulousaine du lycée Fermat à la khâgne parisienne de Louis-le-Grand : « Moi, je cours, pêche, chasse et avec fureur. Je deviendrai un athlète si je continue. Mais le grec et le latin passent un peu au bleu. D'où courroux paternel [24] . » En adoptant l’ethos sportif des lycéens, le khâgneux Pompidou n’abandonne pas pour autant l’héritage paysan de ses ancêtres : sans y accorder une signification idéologique, il perpétue la geste révolutionnaire de ces loisirs utilitaires conquis en 1789 que sont la chasse et la pêche [25] . C’est d’abord au lycée Lapérouse d’Albi que Georges Pompidou a été initié à l’athlétisme et au rugby, ce sport typique des lycéens du Grand Sud-Ouest radical et radical-socialiste depuis les années 1890. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si lors d’une visite officielle à Albi en 1970, le président Pompidou dédicace le ballon de rugby du club local avant d’évoquer le développement économique du département du Tarn [26] . C’est aussi à l’âge de quinze ans, selon le témoignage de son fils adoptif, qu’il contracte l’habitude de fumer ce qui n’est alors nullement jugé incompatible avec la pratique des sports [27] . Georges Pompidou a-t-il découvert le tennis durant sa scolarité albigeoise, au sein du Sporting Club qui est le club omnisports des lycéens, ou bien lors de sa khâgne parisienne, voire lors de sa scolarité à partir de 1931 à l’École normale supérieure [28]  ? Le tennis attire en tout cas son attention comme en témoigne cette lettre du 31 mai 1930 où il présente « la petite ville de tourisme » de Condat comme « agréable, 2 000 habitants, un terrain de tennis, un parc [29]  ». Mais c’est un tout autre jeu de raquettes qu’il évoque dans une lettre en date du 9 février 1936 à son ancien camarade Pujol : « Mon cher vieux, à Pâques, je te fais ta revanche au ping-pong [30]  », peut-être en souvenir des années de lycée.

Incontestablement, c’est en esthète que Georges Pompidou s’est initié aux sports athlétiques car il ne semble être ni assidu aux entraînements ni investi dans les compétitions. Une telle distance à l’effort sportif semble en accord avec sa transformation revendiquée en amateur d’art et en dandy intellectuel. N’écrit-il pas à son ami le 1er mai 1930 : « Voilà en quoi je suis aristocrate. C'est que je me sens supérieur à presque tous parce que je suis intellectuel jusqu'au bout, cherchant partout la beauté et l'intelligence. ». Et encore, le 20 décembre 1930, « ce qu'il faut faire, je le résumerai en trois mots, art, action, amour ». Toujours en décembre 1930, « il faut tout regarder en esthète ». Et en février 1931, « le dilettante est un esthète et recherche la profondeur dans la connaissance de l'art ». C’est en esthète pourrait-on dire, car il est peu actif et ne pratique pas l’agitation politique, qu’il s’est affilié au même moment à la Ligue d’action universitaire républicaine et socialiste (LAURS) des jeunes socialistes modérés et à la société secrète d’inspiration trotskyste « Le Front unique [31]  ». Une telle conception dilettante du sport n’a jamais quitté Georges Pompidou comme en témoigne le portrait en creux du parfait Premier ministre qui surgit des reproches adressés en 1973 à Jacques Chaban-Delmas [32] . Pour le successeur de Charles de Gaulle, un homme politique de premier plan ne saurait être ni un sportif ni un séducteur.

« Jacques Chaban-Delmas se veut jeune, beau, séduisant et sportif. Il refuse de vieillir, se livre pour cela à son sport favori, le tennis, et assure la relève en se mettant au golf. Il aime les femmes, toujours passionné, seul changeant l’objet de sa passion. Il travaille peu, ne lit pas de papiers, en écrit moins encore, préférant discuter avec ses collaborateurs, et s’en remet essentiellement à eux, qu’il choisit bien, pour ce qui est des affaires publiques s’entend. Politiquement, il meurt de peur d’être classé à droite, il veut néanmoins plaire à tout le monde et être aimé. (…) Ce souci de soi-même, de son "parcours" comme il dit en termes de golf, je l’ai vu se manifester dans l’affaire de la télévision lorsqu’il a confié à Desgraupes et à son équipe la direction des Informations de la 1ère chaîne [33] . »

François Mitterrand : les émotions sportives d’« une jeunesse française »

Parvenu tardivement à la présidence de la République, François Mitterrand ne pouvait guère donner crédit à une quelconque stature sportive. Comme ses prédécesseurs pourtant, il a honoré de sa présence les finales de la Coupe de France de football, cette compétition méritocratique entre toutes qui met sur un pied d’égalité les clubs des bourgades et les locomotives des clubs professionnels. Mais c’est en toute discrétion qu’il a repris le golf en 1984 après treize années d’interruption qui vont du congrès d’Épinay jusqu’à la déclaration de sa maladie en passant par le Programme commun, les législatives de 1978 et les présidentielles de 1974 et 1981. Une maladie qu’il a donc combattue en retrouvant le chemin des greens et en pratiquant la marche autant que faire se peut. François Mitterrand est effectivement connu pour être un marcheur qui entraîne dans son sillage fidèles conseillers et courtisans de tous poils, dans Paris même, et surtout lors de ses montées annuelles vers la Roche de Solutré [34] . Le président, qui marche toujours seul, devant, avec son labrador, en profite pour lancer à la volée quelques bons mots repris par la cohorte des journalistes qui se sont mis à le suivre assidûment depuis la victoire du 10 mai 1981 [35] .

Né durant la bataille de Verdun, François Mitterrand porte en lui l’héritage complexe des multiples France de l’entre-deux-guerres : une lignée maternelle fortunée et acquise à la République, une branche paternelle de plus médiocre condition et admirative du général de Castelnau. Et si l’on considère ses passions sportives, force est de considérer qu’elles sont en accord avec sa « jeunesse française » pour reprendre la formule de Pierre Péan [36] , c'est-à-dire avec ses premières initiations politiques du côté du catholicisme social, puis des Croix-de-feu du colonel de La Rocque. C’est en effet lors de sa scolarité au collège Saint-Paul d’Angoulême, entre 1926 et 1933, que François Mitterrand découvre trois sports typiques de la bourgeoisie catholique et conservatrice du Sud-Ouest : le tennis de table où il se distingue en remportant quelques tournois locaux, la pelote basque qu’il pratique sous le préau avec son frère Robert, et le football où il tient le rôle de gardien de but [37] . Qu’il soit en outre le secrétaire de son association scolaire dénommée « Saint-Paul-Étoile-Sportive » devrait suffire à attester de son « plaisir des sports » pour reprendre le titre d’un ouvrage de Jean Prévost paru à la NRF en 1925. Pratiqué à l’origine sur les tables des salles à manger victoriennes, le tennis en réduction des familles bourgeoises et des institutions religieuses françaises devient, au cours des années 1930, le jeu de « ping-pong » que les patrons proposent aux jeunes ouvriers dans le cadre du paternalisme sportif. Quant à la pelote basque, elle fait partie de ces jeux provinciaux qui ont les faveurs de l’Action française. Placée sous la présidence du député Jean Ybarnégaray, alors un dirigeant important des Croix-de-feu, cette fédération française compte quelques prêtres basques en soutanes parmi ses meilleurs joueurs. Enfin, la pratique du football est loin d’être idéologiquement anodine : depuis les années 1900, les prêtres utilisent le ballon rond dans tous les patronages catholiques d’Aquitaine pour résister à la progression de la barrette (un rugby sans placage) et du rugby promus au même moment par les instituteurs et professeurs radicaux et socialistes [38] .

Des premiers jeux sportifs pratiqués chez les bons pères aux émotions des spectacles sportifs de la capitale, François Mitterrand complète son initiation émotionnelle à la culture sportive de la droite nationale. Dans un entretien donné en 1974 sur sa « montée d’Angoulême à Paris » quarante ans plus tôt pour s’inscrire en droit en 1934 et à l’École libre des sciences politiques en 1935, il déclarait non sans malice :

« (…) J’avais deux idées en tête. L’une était d’aller au Vel’ d’hiv’, temple des courses cyclistes sur piste, et d’y assister aux Six Jours, où des équipes de deux coureurs que les journalistes sportifs appelaient les écureuils se disputaient primes, victoire et gloire. (…) Mon autre idée était de rencontrer des écrivains [39] . »

Le jeune Aquitain applaudit donc les exploits du Néerlandais Cor Wals et du champion de France sur route Roger Lapébie tout en faisant l’expérience sociale du bouillant vélodrome de la rue Nélaton où le « popu » côtoie le « Tout-Paris ». Disposant d’une chambre au 104 rue de Vaugirard, il s’implique dans la sociabilité intellectuelle de l’internat des frères maristes (conférences du mercredi et débats) mais aussi dans l’offre de loisirs sportifs (toujours le tennis de table et la découverte du tennis). Là encore, ses passions pour des sports nationaux comme le cyclisme et des champions proches des Croix-de-feu sont en accord avec sa culture politique des années trente. Il connaît le nom de tous les vainqueurs du Tour de France, cette compétition barrésienne avec sa ronde des provinces et des sommets frontaliers qui vaut exaltation du génie national [40] . Il s’enthousiasme pour les six victoires des Mousquetaires du tennis entre 1927 et 1932 en Coupe Davis avec cette fierté toute française de vaincre les Anglo-Saxons sur leur propre terrain de jeu [41] . Les exploits des aviateurs français, ces hommes nouveaux qui incarnent prouesse technologique et goût du risque, l’enchantent. Parmi les pionniers des lignes trans-océaniques, c’est tout particulièrement le cas de Jean Mermoz qui franchit les Andes en 1927-1929, traverse l’Atlantique-Sud en 1930-1933, et devient Volontaire national aux Croix-de-feu en 1935 la même année que lui [42] . Et puis il y a les records de Jules Ladoumègue, médaillé d’argent aux Jeux olympiques d’Amsterdam 1928, plusieurs fois recordman du monde en 1930-1931. Ce coureur de demi-fond, qui est issu des quartiers pauvres de Bordeaux et a découvert le sport au patronage de La Teste, est considéré comme un « héros de la Nation » et un « exemple pour la jeunesse française [43]  ». Cela devient plus embarrassant pour la droite nationale lorsque Jules Ladoumègue accepte deux voyages en URSS en 1934 et 1935 après sa disqualification en mars 1932 pour fait de professionnalisme.

De ce passé sportif catholique et Croix-de-feu, François Mitterrand n’a guère conservé sous la IVe République que la pratique du tennis. Quelques clichés en date du 29 septembre 1954 conservés à la Fondation Mitterrand le montrent en pantalons blancs de flanelle, sandales de toile et veste de survêtement en train de disputer une partie de double dans le cadre du championnat de France des journalistes. Et la gestuelle qu’il développe sur les courts de Roland-Garros, avec des coups accompagnés loin en avant et un jeu de jambes plutôt bien allégé, montre qu’il n’est pas tout à fait un novice. Il y a quelque ironie de l’Histoire à considérer qu’au même moment, en tant que ministre de l’Intérieur, il doit assumer la responsabilité des violentes opérations de police menées en Algérie. Dans une interview accordée au journal VSD le 15 janvier 1988 et publiée cinq jours plus tard [44] , il révèle avoir débuté le golf en 1958 avec André Rousselet à Marly, et l’avoir pratiqué « assez régulièrement dans un certain nombre de clubs de la région parisienne, au Saint-Cloud Country-Club par exemple qui a pu compter parmi ses passionnés le duc de Windsor, le général Eisenhower ou le roi Hassan II du Maroc, ou en vacances à Hossegor, avec comme partenaires de base Jean Riboud, le docteur Raillard, Hélène Couvelaire, puis Jacques Attali ». Il reconnaît avoir pris des leçons et se rappelle aussi s’être entraîné à la Boulie (le terrain de golf du Racing Club de France à Versailles), au même endroit que Chaban-Delmas, mais sans avoir joué avec lui, et puis chez le Roi du Maroc, et puis encore en Californie, à Cypres Point, sur la péninsule de Monterey « où les animaux sont les spectateurs de votre partie ». Alors que la Ve République est en germe, François Mitterrand connaît donc une période mondaine « tennis et golf », pour reprendre le titre d’un magazine de la Belle Époque, au cours de laquelle il n’a pas manqué de parfaire ses réseaux.

Valéry Giscard d’Estaing : la distinction par le tennis et par la chasse

En juillet 1978, le magazine Tennis de France publiait une photographie intitulée « la leçon de tennis du président » qu’accompagnait la légende suivante :

« Comme un nombre croissant de Français, le président Valéry Giscard d’Estaing s’intéresse au tennis. Pour perfectionner son style, il prend régulièrement très tôt le matin des leçons dans un club de la périphérie parisienne où notre photographe l’a surpris. »

On y voit un président en short et pull Lacoste de couleur blanche préparer un coup droit très « méthode française » avec ses deux jambes en appui croisé assurément préparatoire à une montée au filet. Tous les ingrédients de la communication politique sont là : un cliché pris soi-disant à la dérobée, un club huppé dont il ne convient pas de révéler le nom, une leçon donnée au petit matin pour ne pas laisser croire que le président néglige le sort des Français, et surtout un beau style qui le fera entrer dans la galerie d’images publiée par Pierre Bourdieu dans La Distinction [45] . Une image que le sociologue du champ-habitus-capital n’analyse d’ailleurs pas en tant que telle mais qui renvoie à une démonstration plus générale sur la distinction sociale par les sports du « goût dominant » (tennis, golf, yachting, jumping, ski et escrime).

Né à Coblence en février 1926, Valéry Giscard d’Estaing appartient à une famille de la grande bourgeoisie parisienne qui se vit en lisière de l’aristocratie. Son père Edmond, deux décennies après avoir relevé le nom des d’Estaing, ne publie-t-il pas en 1949 un « essai sur la seigneurie de soi-même » ? Comme l’a démontré récemment Mathias Bernard [46] , cette vérité des origines n’a cessé de hanter Valéry Giscard d’Estaing qu’il soit un jeune prétendant à la réussite, le chef de file de la droite modérée, ou bien encore un jeune président de la Ve République. Dans un entretien accordé entre les deux tours de la présidentielle 1974, il confie d’ailleurs à Jacques Chancel :

« Le milieu, c’est une origine à laquelle je n’attache pas beaucoup d’importance… Les choses que je suis, ce que je suis devenu, je ne le dois pas du tout à mon origine, je le dois à des concours, à des élections… Ce que je suis dans la vie politique française vient de ce que j’ai fait et non pas de l’endroit d’où je viens [47] . »

Et Alain Duhamel de lui donner raison en reprenant à son compte cette théorie des deux filières de réussite qui fait l’économie d’une interrogation bourdieusienne du capital scolaire et symbolique : « Socialement de la France des châteaux et des conseils d’administration, Valéry Giscard d’Estaing illustre tout autant l’autre filière des cercles du pouvoir, recrutée à travers les grands concours de la fonction publique [48] . » Sa culture sportive, en tout cas, renvoie catégoriquement le jeune Valéry du côté de son milieu plutôt que de ses aptitudes : ski et tennis à l’époque du Front populaire, chasse aux trophées dans les années 1960-1970.

Le choix parental d’une éducation familiale l’a non seulement éloigné des autres enfants, mais mis à l’écart d’un certain nombre d’enseignements obligatoires au premier rang desquels la gymnastique de l’école primaire. Valéry Giscard d’Estaing connaît donc une enfance heureuse dans un vaste appartement du Faubourg Saint-Honoré loué par son père, un inspecteur des finances enrichi dans la haute banque et les affaires coloniales. Hormis quelques séances de contrôle de connaissances au cours privé Boutet-de-Montel, il bénéficie de l’éducation de sa mère qui affirmera plus tard avoir voulu le protéger de la tuberculose en l’éloignant des autres enfants. C’est assurément pourquoi, l’hiver, elle lui fait respirer le grand air en Suisse où il apprend à skier. Quant à ses jeux d’été en Auvergne, ils sont typiques des enfances châtelaines de la fin du XIXe siècle : pêche à l’écrevisse avec les gamins du village, bicyclette jusqu’à 20 km par jour, et tennis en famille. Le « sport de tennis » comme on disait dans les familles Belle Époque, il l’a probablement découvert sur l’un des rares courts en terre battue de la région que son grand-père maternel, Jacques Bardoux, avait fait construire à Saint-Saturnin en souvenir d’une année d’études passée à Oxford au début des années 1890. À l’automne 1939, la famille choisit de rester en Auvergne et loue une maison à Chamalières : Valéry joue alors au billard et pratique la bicyclette. Lorsqu’il réintègre le lycée Louis-le-Grand pour préparer Polytechnique après s’être engagé comme tireur de char dans la 1ère armée commandée par de Lattre de Tassigny, il retrouve ses loisirs d’avant-guerre, le tennis et le ski, et se met à chevaucher une de ces motocyclettes d’après-guerre qui signifient indépendance et liberté [49] .

Il est une autre pratique sportive que Valéry Giscard d’Estaing, en revanche, a cachée aux Français tout au long de ses ministériats puis de sa présidence : la chasse aux grands animaux. Une seule photographie qui date de décembre 1967 est parue avant son élection, en l’occurrence dans Paris Match, et le représente en chasseur [50] . Une photographie qui vise à démontrer que « VGE » est un chasseur républicain de petit gibier, un chasseur indépendant qui ne pratique pas les battues, mais se retrouve seul à seul avec la nature et son chien. Pourtant et son chien de race et sa tenue de chasseur anglais – knickerbockers, veste à revers de velours, gants de peau – trahissent la distinction du gentleman farmer et du hobereau français. Dans un entretien accordé le 3 novembre 2013 au journal Le Figaro, Valéry Giscard d’Estaing donne à mieux connaître sa passion pour la chasse qui est pour lui « souvent une solitude [51]  ». Il y a d’entrée de jeu chez lui la volonté d’apparaître comme un chasseur républicain et populaire : « La chasse a été la première activité de l’homme… à l’origine un privilège féodal, qui a été aboli à la Révolution… un sport national bien plus étendu que le foot… une activité profondément ancrée dans l’humanité, un vaste monde. » Mais la photographie prise en URSS en 1964 qui accompagne l’article du Figaro ne laisse planer aucun doute sur la nature élitaire de sa chasse : le ministre des Finances du général de Gaulle est aussi un prédateur de grands animaux. On lui prête d’ailleurs d’avoir dirigé le plus souvent possible ses visites protocolaires vers les paradis cynégétiques d’Europe et d’Afrique. Cette chasse à trophées est un authentique sport au sens anglo-saxon du terme comme la chasse au renard (fox hunting) de la même manière que la pêche au lancer (angling) l’emporte sur la pêche au ver [52] . Une chasse qui l’éloigne du petit peuple républicain des chasseurs de petit gibier même s’il veut se situer dans la tradition.

On retiendra enfin le match de football disputé le 3 juin 1973 entre les élus municipaux et les commerçants de Chamalières. Du penalty qu’il lui est offert de tirer, comme s’il s’agissait d’un faisan d’élevage lâché devant le canon du chasseur débutant, Valéry Giscard d’Estaing remplit sa mission avec un maladroit « pointu » qui dénote une très faible expérience footballistique [53] . La caméra le retrouve ensuite dans les vestiaires où il arbore un fier poitrail velu et se livre à un commentaire d’une banalité qui ne lui est pas habituelle : « Ma place je la choisis par élimination... un ministre des Finances, c'est un Français comme les autres... ». Ces prises de vues trouvent, en effet, leur place dans une stratégie de communication comme le prouve leur reprise dans les portraits qui lui sont consacrés dans les journaux télévisés du 16 avril 1974 comme candidat des Républicains indépendants [54] , puis du 27 mai 1974 comme nouveau président de la République [55] . Ces deux émissions spéciales sont aussi l’occasion de le montrer en maillot de bain lors de ses vacances au cap Ferrat, ou bien encore sur des skis (pour un documentaire tourné dix ans plus tôt) dans une attitude plutôt apeurée à l’idée de tomber devant les caméras [56] . Les efforts déployés par Valéry Giscard d’Estaing pour « expliquer mais aussi séduire [57]  », notamment sur le plan de sa communication sportive, se sont révélés tout simplement vains et contre-productifs.

Jacques Chirac : en rupture avec le rugby paternel et le radical-socialisme

La victoire remportée par l’équipe de France de football sur l’équipe du Brésil en finale de la Coupe du monde de football le 12 juillet 1998 symbolise l’apothéose sportive du septennat de Jacques Chirac. La vision d’un président revêtu d’un maillot bleu floqué à son nom, à la façon de Nelson Mandela en 1995, s’est inscrite à tout jamais dans l’imaginaire national. Bien des analystes ont alors conclu à la réussite du modèle français d’intégration qu’illustrerait l’équipe « black-blanc-beur » et à la capitalisation politique de cette épiphanie patriotique par le premier supporter de France. On ne saurait, en effet, considérer qu’un seul versant du rôle social et idéologique du sport : l’intégration à la française a été écornée par les émeutes de 2005 et Jacques Chirac a perdu 700 000 voix entre les deux premiers tours des présidentielles de 1995 et de 2002. Jacques Chirac s’est donc construit à bon compte l’image d’un président aimant les sportifs et reconnaissant envers eux au point de décerner, fait inédit, la Légion d’honneur à toute une équipe. Ce fut là un tour de force en termes de communication politique pour un président qui n’a pas de culture sportive et dont la seule passion et expertise avérée concerne l’art japonais ancestral du sumo.

Jacques Chirac et son père Abel sont les héritiers de la vénérable tradition tertio-républicaine du grand-père Louis, un instituteur radical-socialiste et franc-maçon [58] . Toutefois, insensiblement, le jeune Jacques Chirac va adopter les référentiels politiques de sa mère, catholique et de droite, puis de sa belle-famille gaulliste. De même, sur le plan corporel, il s’est construit en rupture avec la gymnastique républicaine et revancharde de son grand-père, et avec la passion rugbystique de son père. Jacques Chirac n’a guère reçu d’éducation sportive, ce qui ne l’empêchera pas de donner l’image d’un jeune homme pressé, d’un secrétaire d’État qui monte les escaliers quatre à quatre. De son grand-père paternel, il n’a conservé ni le goût de la gymnastique, ni vraiment l’habitude d’exercer son patronage politique sur des clubs sportifs. Louis Chirac (1868-1937) est pourtant un actif militant radical-socialiste et un franc-maçon impliqué au cours des années 1920 et 1930 dans de nombreuses œuvres sociales et d’éducation populaire en soutien de l’action municipale de Henri Chapelle à Brive, du Cartel des Gauches puis du Front populaire. Président de l’Université populaire, vice-président de l’Association des anciens élèves des écoles laïques, secrétaire de la section cantonale des pupilles de la nation, gestionnaire de l’Office des Habitations à bon marché (HBM), il est aussi secrétaire général de la société de gymnastique La Gaillarde, aux origines républicaines et revanchardes. Cette dernière fonction est loin d’être anecdotique tant le contrôle des jeunes garçons et des jeunes filles est stratégique dans le combat que livrent alors les « petites A » contre les patronages sportifs catholiques [59] . Jacques Chirac n’a pas davantage hérité de la culture rugbystique de son père Abel (1898-1968) ni de sa culture politique radicale-socialiste. Aux auteurs qui affirment qu’il était « radical et anti-gaulliste », Jacques Chirac répond que « son père n’a jamais milité et que c’était un homme modéré [60]  ». En vérité, la passion d’Abel pour le rugby, qui remonte probablement à la naissance du Club athlétique briviste (CAB) en 1910, conforte l’hypothèse d’une forte acculturation radicale d’Abel Chirac au moment de son adolescence. Le rugby est, en effet, le sport par excellence des radicaux et francs-maçons du Grand Sud-Ouest qui s’opposent au football des curés [61] .

« C’était (selon Bernadette Chirac) un grand amateur de sport. Le dimanche après-midi, il écoutait les reportages sur les matchs de rugby. Il ne fallait pas souffler mot. Si d’aventure mon mari disait quelque chose, son père disait : "Tais-toi mon pauvre petit. Tu n’y connais rien !" Jacques Chirac avait alors plus de vingt ans [62] . »

Jacques Chirac naît donc en 1932 à Paris dans une famille prospère qui passe ses vacances estivales en bord de mer, à Cannes ou à Biarritz, et vit ses jeunes années sous l’influence de sa mère qui le couve et ne lui refuse rien. Lorsque survient l’Occupation, Abel replie sa famille au Rayol dans le Var, où il avait rejoint son ami et employeur Henry Potez qui est le principal patron de l’aéronautique française. C’est donc en Provence que le « petit Jacky » âgé d’une dizaine d’années découvre la liberté des grands espaces qu’il parcourt pieds nus. Du fait de la guerre, Jacques Chirac n’a donc pu bénéficier d’une éducation sportive dans sa première adolescence. À son retour à Paris, il est scolarisé au lycée Carnot, un lycée de grande réputation sportive qui a pris la suite de l’école privée Monge dont l’association athlétique est une société pionnière du sport français. Mais il préfère dévorer le magazine d’aventures Coq hardi de Marijac qui a pour héros Jim Boum en pilote de l’aéronavale américaine, « les trois mousquetaires du maquis », le révolutionnaire « Poncho Libertas », et le flibustier « Capitaine Fantôme ». Il adhère à la Tribu des Coqs hardis en adoptant, à la façon des scouts, le nom totémique de « bison égocentrique ». Son temps libre de lycéen, ses classes buissonnières aussi, il les passe à vrai dire au musée Guimet – les arts et religions orientales exercent alors sur lui une fascination qui ne le quittera plus – et à traduire Pouchkine. Après une année sabbatique passée à parcourir les mers comme pilotin sur un vraquier, il enchaîne Maths sup au lycée Louis-le-Grand et Sciences Po (1951-1954). C’est au cours de cette scolarité qu’il vend L’Humanité et signe l’Appel de Stockholm avant d’ailleurs d’intégrer l’ENA. En mars 1956, il se marie en uniforme de sous-lieutenant de l’École de cavalerie de Saumur avec Bernadette Chodron de Courcel, sa condisciple à Sciences Po, qui est issue d’une grande famille de diplomates. Refusant une affectation dans un ministère, il demande à être affecté en Algérie car il est « Algérie française ». Il intègre alors le 6e régiment des chasseurs d’Afrique et expérimente les responsabilités et les peurs du commandement à force de crapahutage et d’opérations de maintien de l’ordre. C’est là la seule expérience d’effort corporel de celui que Georges Suffert dépeint en 1970 dans L’Express en « Samouraï de Corrèze », en « ambitieux… qui va son chemin d’un pas élastique [63]  ».

Nicolas Sarkozy : sport à la télévision, lutte contre le surpoids et le stress

Pour les médias [64] , les analystes politiques et les Français, Nicolas Sarkozy incarne la figure du ministre sportif du temps où il était en charge de l’Intérieur, puis une sorte de running president à l’américaine [65] . Comme l’a démontré Georges Vigarello [66] , ce « monde où l’on court » n’est pas seulement une construction médiatique ; il s’agit d’une reformulation de la fonction présidentielle où le président est doté de dons d’ubiquité et de rapidité. En réalité, et les images le trahissent si on le compare à Dominique de Villepin [67] lors des journées des jeunes de l’UMP à la Baule en 2005, le cycliste élyséen et jogger en noir – une couleur qui présente les deux propriétés d’amincir et de symboliser la fonction d’autorité – n’est pas fondamentalement sportif ni dans sa gestuelle ni dans son niveau de forme. En revanche, sa culture sportive télévisuelle est très grande, particulièrement pour les sports les plus aimés des Français que sont le football et le cyclisme.

À propos de son père Pàl Nagy-Bocsa y Sarkozy, Nicolas Sarkozy déclarait en 1991 au quotidien Libération : « Je suis le fils d’un immigré hongrois chassé par le communisme. Mon père a fui la Hongrie caché sous un train en 1949 ». À la vérité, de ce Pal né en 1928 dans une famille d’aristocrates hongrois, on ne sait rien d’assuré. Il aurait plutôt passé la frontière autrichienne pour échapper à l’enrôlement dans l’armée de la nouvelle République de Hongrie en cours de soviétisation. Il serait entré dans la Légion française, aurait rejoint une base à Baden-Baden, puis fait ses classes en Algérie avant d’être démobilisé en 1948. Et dès son arrivée à Paris, il aurait connu une rapide ascension sociale comme publiciste. Ce père très vite absent et affabulateur participe, à sa manière, à la construction du story-telling filial qui entremêle jeunesse misérabiliste et patriotisme cocardier. Par exemple, l’évocation de leur présence lors du match France-Hongrie de 1962 lui permet de faire remonter à la prime enfance le patriotisme de son fils [68] . Ce qui devait être une initiation au patriotisme magyar par le football aura donc tourné court.

« Je l’ai compris (que son fils se sentait français et non hongrois) le jour où j’ai emmené Nicolas encore petit garçon à un match de football France-Hongrie au Parc des Princes… lui encourageait les tricolores moi les Hongrois. Nous avons gagné. Il était furieux ! »

Assurément, les journées du 11 novembre et du 14 juillet passées sur les épaules de son grand-père maternel Benedict Mallah à regarder défiler les forces françaises sur les Champs-Élysées en présence du général de Gaulle ont eu, sur le jeune garçon, un tout autre impact que le rappel des origines hongroises de son propre père. Appartenant à une famille de Juifs de Salonique venue se réfugier en France dans les années 1930, converti au catholicisme pour épouser sa femme qui est issue de la bourgeoisie lyonnaise, replié sur la Corrèze durant la guerre, Benedict Mallah est chirurgien-urologue et enseigne à son petit-fils la gloire de la France et de son immense empire à partir de sa collection de timbres des provinces et colonies françaises.

Andrée Mallah, devenue avocate après son divorce, est agacée quand son fils Nicolas Sarkozy se présente comme « un nouveau Petit Chose » et « un fils d’immigré ». Elle ne manque pas de rappeler que son mari est « un réfugié de grand luxe » et que son fils Nicolas n’a manqué de rien même si lui et son frère Guillaume ne sont jamais que les invités des fils à papa de leur entourage [69] . Son enfance puis son adolescence, Nicolas Sarkozy les a passées dans un hôtel particulier de la plaine Monceau, puis dans un appartement de cinq pièces avenue Charles-de-Gaulle à Neuilly. Et s’il a travaillé durant ses études chez un fleuriste puis un glacier, c’est uniquement pour son argent de poche. Hormis une sixième au lycée Chaptal redoublée pour avoir profité des libertés qui lui sont données, il suit toute sa scolarité primaire et secondaire au cours Saint-Louis-de-Monceau, un établissement huppé du XVIIarrondissement. Coléreux et bagarreur, casse-cou, il a la passion des chevaux et sa petite taille conduit ses proches à le faire monter sur un cheval de voltige : on lui connaît d’ailleurs une photographie d’avril 2007 où il pose sur un cheval camarguais, reprenant ainsi, sans probablement s’en douter, un thème très ancien de la sculpture politique, celle de la statue équestre des empereurs et des rois de guerre. Insatiable dévoreur de pâtisseries, il dépense son énergie en faisant le tour de l’hippodrome d’Auteuil à vélo des après-midi entiers ou en dévalant les pentes de la maison de vacances près de Saint-Tropez. Sinon il passe volontiers ses samedis et ses dimanches après-midi devant la télévision ingurgitant force séries télévisées, émissions de variétés et retransmissions sportives, se constituant ainsi une culture télévisuelle, populaire, éloignée de son propre milieu mais aussi des élites intellectuelles, qui lui servira plus tard de pont culturel avec ses électeurs. Ses vacances à Pontaillac près de Royan sont, en revanche, l’occasion de pratiquer les jeux de plage et les bains de mer dans une ambiance très distinguée, d’y courtiser les filles de la haute société en imitant la gestuelle d’Aldo Maccione dans L’Aventure c’est l’aventure (1972) de Claude Lelouch. Ainsi, de son enfance et de sa jeunesse, les biographes de Nicolas Sarkozy ne conservent aucunement la trace d’une activité physique régulière et d’une inscription dans un club de sport : sa petite taille et son physique rondouillard nourrissent alors des complexes qu’il va surmonter en surinvestissant l’action politique.

Avant de passer son baccalauréat B mention passable en 1974, il aura envisagé tour à tour d’être chanteur comme Johnny Hallyday qu’il adule – il assiste au premier concert à l’Olympia de Johnny et Sylvie –, footballeur, journaliste. Il s’est finalement décidé à faire son droit, en l’occurrence dans ce haut lieu de la contestation révolutionnaire qu’est l’université de Nanterre, et adhère à dix-huit ans à l’Union des démocrates pour la République (UDR) d’Alain Peyrefitte et d’André Sanguinetti. Ce grand lecteur du quotidien sportif L’Équipe fait donc la campagne des présidentielles 1974 pour Jacques Chaban-Delmas, un homme politique réputé pour son passé résistant et sportif qui lui servira longtemps de modèle. Conseiller municipal de Neuilly et membre du Comité central du RPR en 1977, titulaire d’une maîtrise de droit privé en 1978 et d’un DEA en sciences politiques sur le référendum de 1969 en 1979, il s’est arrangé pour faire son service militaire à la caserne Balard. Puis il s’inscrit en février 1980 en 2e année de l’IEP de Paris sans parvenir à décrocher son diplôme de fin d’études du fait d’une note éliminatoire en anglais. Il obtient l’année suivante son certificat d’aptitude à la profession d’avocat et se spécialise en droit immobilier. Le sport ne semble guère trouver de place durant cette décennie éminemment formatrice au plan politique : Nicolas Sarkozy est alors un passionné de sport mais un pratiquant très occasionnel. La véritable explication de sa conversion au sport, assurément postérieure à ses trente et peut-être quarante ans, Nicolas Sarkozy l’a livrée sur les ondes de BFM TV en avril 2012 : « Tous les jours, je fais du sport. Je pense que c'est extrêmement important. C'est le seul moyen de résister à la pression, au stress, d'être tranquille, ne pas grossir. » Celui des présidents de la République qui refuse de s’entourer de ministres pouvant être jugés physiquement donc politiquement « mous » est en réalité menacé par des freins cardiaques et pris au piège d’une obésité menaçante [70] .

François Hollande : la banalité du football

Contre le jogger de l’Élysée, François Hollande a construit sa campagne de 2012 sur le refus de l’hyper-présidence, qui porterait atteinte à la démocratie, et sur la démonstration de sa normalité. C’est pourquoi il fait savoir qu’il apprécie la course à pied, la natation, le vélo et le football, qu’il regarde le Tour de France à la télévision, qu’il est un supporter de l’AS Monaco de longue date et plus récemment du FC Barcelone. Celui qu’Arnaud Montebourg qualifiait en 2003 de « Flanby » du nom d’un dessert prisé des enfants qui flageole mais retrouve toujours sa forme initiale, s’est aussi préparé physiquement à la campagne présidentielle : il suffisait de voir son amincissement pour comprendre qu’il serait candidat. Et, une fois parvenu au pouvoir, François Hollande s’est plié aux rites sportifs républicains. Comme autrefois les chefs des armées allaient saluer les bataillons avant leur départ pour le front, il s’est rendu par exemple le 29 mai 2014 à Clairefontaine pour déjeuner avec l’équipe de France de football à la veille de s’envoler pour le Mondial au Brésil [71] .

Il est difficile, dans le cas de la culture sportive du jeune François Hollande, comme de ses premiers cheminements politiques, de démêler le vrai de ce qui relève de la reconstruction. À défaut de pouvoir explorer la presse locale et les papiers de famille, il reste à décrypter les témoignages et les confessions intimes contenues dans les biographies publiées par les journalistes des rédactions politiques. La plus complète de notre point de vue, celle de Serge Raffy, rédacteur en chef au Nouvel Observateur, et déjà scrutateur de l’itinéraire de Lionel Jospin, reste tout de même à mi-chemin entre la biographie autorisée et le roman familial [72] . On y perçoit un François Hollande bien plus passionné de football que vraiment pratiquant. Une passion qui lui a fait découvrir l’existence et la réalité du peuple, lui qui est issu d’une famille bourgeoise.

Jusqu’à ses quatorze ans, le jeune François Hollande a vécu une enfance privilégiée à Bois-Guillaume, la banlieue cossue de Rouen, où il pratique la chasse aux têtards et le football dans les champs du voisin. Fils d’instituteurs du Nord, républicains version Antoine Pinay, son père est un médecin ORL qui ne dissimule pas ses sympathies pour l’OAS et pour Jean-Louis Tixier-Vignancour. Candidat malheureux sur une liste d’extrême droite aux élections municipales de Rouen en 1959, Georges Hollande est de nouveau battu à Bois-Guillaume six ans plus tard. Sa mère Nicole, assistante sociale dans une entreprise électronique, serait plutôt séduite par les propos du candidat François Mitterrand à la présidentielle de 1965. Rien d’étonnant, donc, à ce qu’il soit confié dès l’âge de quatre ans aux Frères des écoles chrétiennes au sein de l’institution Saint-Jean-Baptiste-de-La-Salle. Dans une ville marquée par le dynamisme de ses patronages catholiques [73] , cet élève pieux et sérieux, édifié par les récits de la Grande Guerre contés par ses deux grands-pères, aurait dû opter pour le basket-ball qui est un instrument majeur de la reconquête catholique des âmes juvéniles depuis les années 1920 [74] . Mais, sous l’influence de son grand-père maternel, un tailleur gaulliste de l’Ouest parisien, il se prend de passion pour le Football Club de Rouen : il en porte même le maillot rouge lorsqu’il est benjamin et minime, soit vers 11-14 ans. Fondé en 1899 par les élèves du lycée public Pierre Corneille [75] , le club rouennais connaît alors une décennie 1960 faste en première division nationale avec André Betta comme meneur de jeu, deux fois sélectionné en équipe de France en 1968, et Arnaud Dos Santos au poste de milieu défensif. François Hollande découvre alors la saga de l’équipe de France en Suède en 1954, celle des Kopa, Fontaine et autres Piantoni, dans un jeu de cartes que lui a remis son grand-père : il semblerait que ce soit le jeu distribué par Miroir-Sprint, un hebdomadaire sportif créé en 1946 pour rassembler les jeunes sympathisants communistes, devenu très populaire jusqu’au milieu des années 1950, en déclin au fil des années 1960. Mais c’est France Football que François Hollande lit avec avidité : un autre hebdomadaire, sans connotation politique celui-ci, paraissant tous les mardis depuis 1946, et qui attribue son « Ballon d’or » au meilleur footballeur européen depuis 1955.

Son passage par le lycée Pasteur de Neuilly en 1968-1971, où il a pour camarades de classe Christian Clavier et Thierry Lhermitte, puis Gérard Jugnot et Michel Blanc, ne le conduit pas vers Marcuse ou Reich mais vers le François Mitterrand d’Épinay et vers Antonio Gramsci. La critique freudo-marxiste du sport d’un Jean-Marie Brohm [76] ne risque alors pas de l’atteindre : avec son grand-père maternel, il assiste régulièrement aux matches de football du Parc des Princes. Admis en hypokhâgne à Pasteur, il préfère à dix-huit ans rejoindre l’Institut d’études politiques de Paris et se lance à corps perdu dans le syndicalisme étudiant, au sein de l’Unef-Renouveau proche du PCF, et dans la dynamique d’Union de la gauche prônée par François Mitterrand. Sa forte myopie explique probablement que, dans sa période parisienne, il ne joue plus au football que de manière occasionnelle, avec ses copains, dans le parc de Bagatelle. Si l’on en croit son propre témoignage, sa réputation est alors d’être un teigneux, « difficile à faire tomber du fait d’un centre de gravité situé très bas », qui lutte jusqu’à la dernière minute [77] . Cette métaphore ne vise pas seulement à masquer son embonpoint et à faire oublier son absence de carrure athlétique, elle lui permet surtout de s’inventer un style en politique, celui du combattant opiniâtre. Il jonglerait ballon au pied avec une certaine adresse, ce que ne laisse guère supposer le court extrait vidéo diffusé en 2008 dans une émission consacrée aux exploits footballistiques des hommes politiques [78] , et il manierait la raquette de tennis avec dextérité.

Justement, concernant son passé de joueur de tennis, ou de skieur, François Hollande est beaucoup moins disert. Assurément parce que c’est un médiocre argument électoral, bien trop connoté sociologiquement. Sa découverte du tennis à l’adolescence le renverrait par trop du côté des jeunes bourgeois des années Pompidou : le tennis du début des années 1970 n’est pas encore concerné par la démocratisation mise en œuvre sous la présidence de Philippe Chatrier à la tête de la Fédération française de tennis (1973-1993). Quant à sa pratique du ski de fond, elle n’est attestée par son biographe que pour le stage des élèves de l’ENA dans la station pyrénéenne de Font-Romeu en janvier 1979. Peut-être faut-il la faire remonter à son enfance lorsque son grand-père maternel louait des maisons de vacances à Villard-de-Lans ou à Megève. François Hollande aurait pu être le premier chef des armées à n’avoir pas fait son service militaire car, en 1976, il est réformé « Y4 » pour myopie. Tout juste reçu au concours d’entrée à l’ENA, il comprend alors qu’une carrière dans la haute administration ou en politique nécessite d’avoir fait son service militaire : son insistance auprès des bureaux du ministère de la Défense lui vaut donc d’être affecté en janvier 1977 à l’école des officiers de Coëtquidan. Appartenant à une génération qui n’a pas connu la guerre – il est âgé de 8 ans au moment des accords d’Évian –, il partage alors sa chambrée avec Michel Sapin, Jean-Pierre Jouyet et Jean-Maurice Ripert. Les séances de crapahutage dans les landes du Morbihan constituent peu ou prou sa dernière expérience de mobilisation intense de ses capacités physiques. En effet, durant les trois décennies de combat politique qu’il va mener de sa scolarité à l’ENA jusqu’à la députation en 1988 et à la direction du Parti socialiste de 1997 à 2008, on ne lui connaît plus guère d’activités physiques régulières.

Générations athlétiques et leadership politique

Au terme de cette galerie de portraits sportifs, est-il possible d’établir une corrélation entre le milieu familial, l’éducation corporelle et la trajectoire politique des futurs présidents de la Ve République ? Plus encore, quelle place l’éducation athlétique joue-t-elle dans la fabrique du leader politique ? Il convient d’abord de rappeler que l’éducation corporelle et sportive des présidents de la Ve République est beaucoup plus difficile à reconstituer que leur éducation scolaire et intellectuelle. Non seulement les corps laissent moins de traces archivistiques que les livres, mais la signification culturelle et politique des pratiques sportives varie fortement dans l’espace social et dans le temps. Certes, on considérera que tous les présidents ont reçu peu ou prou une éducation sportive en plus de leur formation gymnastique et militaire. Pour autant, ils n’appartiennent pas du tout aux mêmes générations athlétiques, y compris quand ils semblent pratiquer le même sport. Pour ne prendre que cet exemple, le football catholique brièvement pratiqué par Charles de Gaulle et François Mitterrand n’a rien de commun avec le football cathodique consommé avec ferveur par François Hollande et Nicolas Sarkozy.

Même si son éducation sportive est extrêmement limitée, Charles de Gaulle appartient bel et bien à la « génération Agathon » : il s’imagine et se représente en homme d’action par opposition aux « intellectuels » enfermés dans leurs cabinets de travail. À quinze ans de distance, de part et d’autre de la Seconde Guerre mondiale, les deux anciens élèves des lycées publics que sont Georges Pompidou et Jacques Chirac sont initiés à la culture républicaine du rugby sans s’y convertir tout à fait. De fait, le poids symbolique de la culture scolaire dans l’imaginaire de leurs parents instituteurs ne les prédispose pas à opérer une sortie sportive de leur milieu social. En pratiquant le tennis, sport national et sport des élites, sous le Front populaire, François Mitterrand et Valéry Giscard d’Estaing manifestent en revanche leur distinction sociale et politique. Avec les baby-boomers François Hollande et Nicolas Sarkozy s’opère un saut de génération sportif et politique absolument décisif, moins d’ailleurs du fait de leur faible appétence pour l’effort sportif que pour leur imprégnation sportive par la presse spécialisée et par la télévision. Tous deux ont en effet succombé aux passions vulgaires – au sens populaire et démocratique – du football à la fois comme jeu et comme spectacle.

Peut-on aller plus loin, c'est-à-dire établir un lien entre la nature des sports pratiqués et le leadership politique ? Depuis la défaite de 1870 contre la Prusse, les théoriciens de l’éducation physique ont été nombreux en France à vouloir démontrer que l’éducation corporelle, sportive et militaire, serait une préparation à la Revanche et jouerait un rôle décisif dans la fabrication des hommes de caractère. Force est de constater que les sports n’ont guère été au cœur de l’éducation des chefs d’État français des années 1958-2012. Tout au plus pourrait-on noter leur propension à établir un lien très individuel à la pratique y compris lorsqu’il s’agit de sports collectifs : Charles de Gaulle en tireur de penalty, Georges Pompidou en esthète du rugby, François Mitterrand en gardien de but, ce dernier et Valéry Giscard d’Estaing en joueurs de tennis, Jacques Chirac en expert de sumo, Nicolas Sarkoz y en jogger et cycliste.

Être détenteur d’une culture sportive peut-il être alors un atout en politique ? Assurément non jusqu’aux années 1970 où s’opère le take off de la pratique sportive de masse, pas tout à fait encore avec Valéry Giscard d’Estaing, peut-être déjà avec Nicolas Sarkozy. Celui qui se définit dès 1967 comme un « conservateur progressiste », que le journaliste du Times Charles Hargrove considérait en 1981 comme plus élitiste que démocrate à la façon de Tocqueville [79] , aurait pu tirer un profit politique de sa pratique du tennis. Voilà un sport effectivement en vogue dans les classes moyennes des années 1970 qui devrait permettre à Valéry Giscard d’Estaing d’être en résonance culturelle avec le « groupe central » salarié qu’il dépeint en 1976 dans Démocratie française. Mais le tennis reste encore une arme politique à double tranchant du fait de sa connotation élitiste. Dans le cas de Nicolas Sarkozy, on change d’échelle puisque le président revendique une authentique culture de pratiquant et de fan, qu’il se met en scène en pleine action sportive, qu’il recherche la fréquentation des champions. Si le jeune Louis XIV, danseur et paumier, est le dernier roi de France à avoir offert à ses courtisans le spectacle de son corps en mouvement, peut-être Nicolas Sarkozy a-t-il inauguré une nouvelle ère politique en France, celle des présidents en apparence sportifs.

Pour citer cet article : Patrick Clastres, « Générations athlétiques et éducations corporelles. L’autre acculturation politique des présidents de la Ve République », Histoire@Politique. Politique, culture, société, n° 23, mai-août 2014 [en ligne, www.histoire-politique.fr]

Notes :

[1] On songe ici à Ernst Kantorowicz, The King’s Two Bodies: A Study in Mediaeval Political Theology, Princeton, 1957, Paris, Gallimard, 1989, et à Norbert Elias, La société de cour, 1969, Paris, Flammarion, 1985.

[2] Georges Vigarello, « Ce monde où l’on court », Esprit, dossier « Qu’est-ce que le sarkozysme ? », novembre 2007, p. 15-21. Cet article dont le titre en anglais est plus évocateur « A Runner’s World » est à l’origine d’un ouvrage signé par Georges Vigarello et Olivier Mongin sous le titre Sarkozy. Corps et âme d’un président, Paris, Perrin, 2008.

[3] Catherine Achin et Elsa Dorlin, « Nicolas Sarkozy ou la masculinité mascarade du Président », Raisons politiques, 2008/3, n° 31, p. 19-45.

[4] George L. Mosse, L’image de l’homme. L’invention de la virilité moderne, éd. Abbeville, 1997.

[5] André Rauch, Le premier sexe. Mutations et crise de l’identité masculine, Paris, Hachette, 2000.

[6] Pierre Bourdieu, La domination masculine, Paris, Le Seuil, 1988.

[7] Olivier Py, « De Mitterrand à Sarkozy, une irrésistible érosion de la fonction présidentielle et du corps politique », Le Monde, 5 mars 2011.

[8] Claude Lelièvre et Christian Nique, L’École des présidents de Charles de Gaulle à François Mitterrand, Paris, éd. Odile Jacob, 1995.

[9] John Sayle Watterson, The Games Presidents Play. Sports and the Presidency, Baltimore, The Johns Hopkins University Press, 2006. Et aussi l’article de Peter Marquis dans ce même dossier.

[10] Jean Lacouture, Mitterrand. Une histoire de Français, Paris, éd. du Seuil, 1998, vol. 1 : Les risques de l’escalade, et vol. 2 : Les vertiges du sommet.

[11] Jean-François Sirinelli, Générations intellectuelles. Khâgneux et normaliens dans l’entre-deux-guerres, Paris, Fayard, 1988.

[12] Sur ces rythmes de l’histoire sportive nationale, voir Patrick Clastres et Paul Dietschy, Sport, société et culture en France du XIXe siècle à nos jours, Paris, Hachette, 2006, chapitres 2 et 6.

[13] Pierre Bourdieu, « Comment peut-on être sportif ? », Questions de sociologie, Paris, éd. de Minuit, 1980, p. 137-195.

[14] Henri Massis et Alfred de Tarde (pseud. Agathon), Les jeunes gens d’aujourd’hui, Paris, Plon, 1913, rééd. Imprimerie nationale, 1995 (avec une préface de Jean-Jacques Becker). Pour un bilan des enquêtes menées à la veille de la Grande Guerre sur la jeunesse, voir l’article pionnier de Philippe Bénéton, « La génération de 1912-1914 : image, mythe et réalité », Revue française de science politique, 21e année, n° 5, 1971, p. 981-1009.

[15] Serge Laget, « Charles le footballeur », L’Équipe, 22 novembre 1990, dossier spécial « Cent ans d’un géant », p. 2. Ce quotidien publie en sus un timbre édité par le Yémen en 1970 « De Gaulle as Footballeur Player » qui présente une photographie de l’adolescent de dix-sept ans en maillot à rayures. Nous ne sommes pas parvenus à retrouver cette photographie.

[16] Philippe de Gaulle, Mon père en images. Entretiens avec Michel Tauriac, Paris, éditions Michel Lafon, 2006.

[17] Charles de Gaulle, Lettres, notes et carnets, tome I, Paris, Plon, 1980, p. 45, cité par Claude Lelièvre et Christian Nique, op. cit., p. 31.

[18] Éric Roussel, Charles de Gaulle, Paris, Gallimard, 2002, p. 17.

[19] Cité par Éric Roussel, op. cit., p. 20.

[20] Ibid., p. 31.

[21] http://www.ina.fr/video/CAF97512872 [lien consulté le 15 juillet 2014].

[23] Christine et Marielle Goitschell (avec la collaboration de Henri Charpentier), Les sœurs Goitschell, Paris, éd. Jacob-Duvernet, chapitre 12, « Grenoble 1968, l’apothéose », p. 145-161.

[24] Georges Pompidou, Lettres, notes et portraits, 1928-1974, Paris, éd. Robert Laffont, 2012, p. 78.

[25] Alain Corbin, L’avènement des loisirs, 1850-1960, Paris, Flammarion, 1995, surtout p. 324-371. Pour une histoire plus politique de la culture cynégétique, on nous permettra de renvoyer à Patrick Clastres, « Chasse et pêche », dans Christian Delporte, Jean-Yves Mollier, Jean-François Sirinelli (dir.), Dictionnaire d’histoire culturelle de la France contemporaine, Paris, PUF, 2010, p. 143-147.

[27] Alain Pompidou, « Témoignage », dans Georges Pompidou, op. cit., p. 32-33.

[28] Sur les normaliens, la gymnastique et le sport, Patrick Clastres, « Générations athlétiques : khâgneux et normaliens de Sedan à Vichy », L’Archicube, n° 6, juin 2009, p. 50-60.

[29] Georges Pompidou, op. cit., p. 111.

[30] Ibid., p. 150.

[31] Lettre à Robert Pujol du 30 janvier 1930, dans Georges Pompidou, op. cit., p. 89.

[32] Georges Pompidou, op. cit., p. 162.

[33] Ibid.

[34] Les archives INA sont ici abondantes avec une vingtaine d’occurrences. Dans « Le Bébête Show » du 24 mai 1994, François Mitterrand se livre à son ascension habituelle tandis que Michel Rocard retrouve Bernard Tapie au fond du gouffre de Padirac : http://www.ina.fr/video/CPA09003911/le-bebete-show-emission-du-24-mai-1994-video.html [lien consulté le 15 juillet 2014].

[35] Il suffit de visionner les nombreuses occurrences du site de l’INA pour comprendre qui est bien en cour et savoir qui a été éconduit. Par exemple, http://www.ina.fr/video/CAA8100833701/francois-mitterrand-a-cluny-video.html [lien consulté le 15 juillet 2014].

[36] Pierre Péan, Une jeunesse française. François Mitterrand, 1934-1947, Paris, Fayard, 1994.

[37] Jean Lacouture, op. cit., vol. 1, p. 20.

[38] Jean-Pierre Augustin et Alain Garrigou, Le rugby démêlé. Essai sur les associations sportives, le pouvoir et les notables, Bordeaux, Le Mascaret, 1985.

[39] Cité par Jean Lacouture, op. cit., vol. 1, p. 22.

[40] Jean-Luc Bœuf et Yves Léonard, La République du Tour de France, Paris, éd. du Seuil, 2003.

[41] Fabrice Abgrall et François Thomazeau, La Saga des Mousquetaires, 1923-1933 : la Belle Époque du tennis français, Paris, éditions Calmann-Lévy, 2008. Également Patrick Clastres, Paul Dietschy, Jean-Christophe Piffaut (dir.), De la paume au tennis en France, XVe-XXe siècles, Paris, Nouveau Monde éditions, 2008.

[42] Luc Robène, L'homme à la conquête de l'air. Des aristocrates éclairés aux sportifs bourgeois, Paris, L’Harmattan, 1998.

[43] D’après Marianne Lassus, L'affaire Ladoumègue. Le débat amateurisme/professionnalisme dans les années trente, Paris, L'Harmattan, 2000.

[44] Interview accordée par M. François Mitterrand, Président de la République, au journal V.S.D. (Paris – 15 janvier 1988), Institut François Mitterrand.

[45] Pierre Bourdieu, La Distinction. Critique sociale du jugement, Paris, les éditions de Minuit, 1979, rééd. 1985, p. 233.

[46] Mathias Bernard, Valéry Giscard d’Estaing ou les ambitions déçues, Paris, Armand Colin, 2014.

[47] Cité par l’ancien directeur délégué de L’Express Georges Valence, VGE. Une vie, Paris, Flammarion, 2011, p. 57. Pour certains autres détails biographiques, ont été également utilisés les ouvrages de l’ancien chef du service politique de France Soir Frédéric Abadie et du journaliste du Matin Jean-Pierre Corcelette, Valéry Giscard d’Estaing, Paris, éd. Jacob Duvernet, 1997, rééd. Nouveau Monde éditions, 2009, et de l’éditorialiste au Figaro Jean Bothorel, Un si jeune président…, Paris, Grasset, 1995. Pour des analyses plus académiques, voir Mathias Bernard, Valéry Giscard d’Estaing…, op. cit.

[48] Alain Duhamel, Les Prétendants, Paris, Gallimard, 1983, p. 57-58.

[49] Arthur Conte, Les présidents de la Ve République, Paris, le Pré aux Clercs, 1985, p. 246, cité par Claude Lelièvre et Christian Nique, op. cit., p. 165.

[50] Voir aussi http://galerie.parismatch.com/detail.cfm?idpicture=175225459 [lien consulté le 15 juillet 2014]. Ces deux photographies appartiennent à une série prise à Chanonat, sur la propriété privée de Valéry Giscard d’Estaing, le 15 décembre 1967.

[52] Alain Corbin, op. cit.et Patrick Clastres, « Chasse et pêche », op. cit.

[55] http://www.ina.fr/video/CAF92029102 [lien consulté le 15 juillet 2014].

[57] Mathias Bernard, op. cit., « Un nouveau style, de nouvelles méthodes », chapitre 10, p. 192-208.

[58] Pour l’essentiel des détails biographiques, nous empruntons à Pierre Péan, L’Inconnu de l’Élysée, Paris, Fayard, 2007 dont l’ouvrage est une forme de réhabilitation. Leur interprétation relève de notre responsabilité.

[59] Pierre Arnaud, Les athlètes de la République : gymnastique, sport et idéologie républicaine, 1870-1914, Toulouse, Privat, 1987.

[60] Cité par Pierre Péan, L’Inconnu de l’Élysée, op. cit., p. 182-183.

[61] Jean-Pierre Augustin et Alain Garrigou, Le rugby démêlé. Essai sur les associations sportives, le pouvoir et les notables, Bordeaux, Le Mascaret, 1985.

[62] Cité par Pierre Péan, p. 182-185.

[63] Cité par Pierre Péan, L’Inconnu de l’Élysée, op. cit., p. 7.

[64] Nicolas Sarkozy et Michel Denisot, Au bout de la passion, l’équilibre, Paris, Albin Michel, 1995. Ou bien encore du journaliste politique au JDD, Bruno Jeudy, Sarkozy côté vestiaires, Paris, édition Plon, mai 2010.

[65] Pour un diaporama des attitudes sportives de Nicolas Sarkozy, voir l’article en ligne « Le président sportif », Slate, 11 septembre 2010 : http://www.slate.fr/grand-format/le-president-sportif-27111 [lien consulté le 16 juillet 2014].

[66] Georges Vigarello, op. cit.

[67] http://www.ina.fr/video/2912713001016 [lien consulté le 16 juillet 2014].

[68] Cité par Anita Hausser, Sarkozy. Itinéraire d’une ambition, Paris, éd. L’Archipel, 2003, p. 29. Cette rencontre a eu lieu en réalité au stade de Colombes, et le 11 novembre 1962 (défaite 3 à 2) plutôt que le 25 avril 1964 (défaite 3 à 1) : Nicolas Sarkozy avait alors 7 ou 9 ans.

[69] Anita Hausser, op. cit., p. 26.

[70] Sur les représentations et les significations du mou et de l’obésité, Georges Vigarello, Les métamorphoses du gras. Une histoire de l’obésité, Paris, éd. du Seuil, 2010.

[72] Serge Raffy, François Hollande. Itinéraire secret, Paris, Fayard, 2011.

[73] Nadine-Josette Chaline (éd.), Rouen-Le Havre. Une histoire religieuse de la Haute-Normandie des origines à nos jours, Paris, Beauchesne, 1978.

[74] Le basketteur français de NBA Tony Parker est aussi un ancien élève de Saint-Jean-Baptiste-de-La-Salle.

[75] Charly Machemehl, Rouen, pratiques et politiques sportives dans l’entre-deux-guerres, thèse de doctorat en Staps, université de Rouen, 2009.

[76] Formé au trotskisme par Boris Fraenkel, Jean-Marie Brohm publie son premier pamphlet intitulé « Sport, culture et répression » dans la revue Partisans en janvier 1966.

[77] Serge Raffy, op. cit., p. 40 et 52.

[78] Christophe Duchiron, France 2, dimanche 15 juin 2008, à l’occasion d’un match joué avec d’autres députés socialistes en faveur de l’association France Alzheimer, 2 mn 53 s. http://www.ina.fr/video/3644889001005/eurofoot-des-politiques-video.html [lien consulté le 15 juillet 2014].

[79] Charles Hargrove, L’Autre Giscard, éd. J.A., 1981, p. 55.

Patrick Clastres

Agrégé d’histoire et docteur en histoire contemporaine, Patrick Clastres est professeur de chaire supérieure en classes préparatoires littéraires et chercheur associé au Centre d’histoire de Sciences Po où il co-dirige avec Paul Dietschy le séminaire de recherche en histoire du sport. Spécialiste d’histoire culturelle et politique, ses thèmes actuels de recherche concernent les passions sportives, les systèmes de valeurs affectés au sport, la neutralité politique prêtée au sport.

Mots clefs : présidents de la République ; Ve République ; sport ; culture politique ; générations athlétiques ; leadership.

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