Histoire@Politique : Politique, culture et société

Le dossier

Cultures sportives et cultures politiques. Le cas des chefs d'Etat et de gouvernement dans le monde au XXe siècle

Coordination : Patrick Clastres

Du sportsman à l’histrion : les cultures sportives de trois leaders africains (Nnamdi Azikiwe, Nelson Mandela et Joseph-Désiré Mobutu)

Paul Dietschy
Résumé :

La culture sportive de plusieurs grands leaders de l’Afrique des indépendances a été formée pendant l’ère coloniale. Si le (...)

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De tous les hommes d’État de la seconde moitié du XXe siècle, les dirigeants de l’Afrique subsaharienne ont sans doute été les plus sportifs ou, en tout cas, ceux dont la formation a été aussi athlétique. Certes, la contribution au sport d’un Léopold Sédar Senghor se résume principalement au fait d’avoir donné son nom au plus grand stade de Dakar et un Houphouët-Boigny n’est pas connu pour une appétence particulière pour les exercices athlétiques. Certes, la quête de légitimité, parfois la folie des grandeurs ont pu passer par le port de divers costumes (empereur, général ou maréchal, amples boubous) imposant une représentation du corps éloignée des codes sportifs. Et les longs automnes des présidents des indépendances ont imposé l’image de potentats vieillissants oublieuse de la jeunesse de militants rompus aux joies du sport.

Malgré tout, les autobiographies et biographies de plusieurs leaders africains des indépendances ou de la lutte anti-apartheid (Nnamdi Azikiwe, Nelson Mandela, Joseph-Désiré Mobutu et Ahmed Sékou Touré) accordent une place souvent conséquente à la formation sportive de ces acteurs de l’histoire de l’Afrique subsaharienne. À tel point que l’on peut tenter de reconstituer ce qu’a pu être leur « culture » sportive : c’est-à-dire les pratiques, les valeurs, les croyances qui l’ont constituée et ont même parfois influencé, dans une certaine mesure, leur vision du monde, voire leur action politique. Autant dire que dans ce cas de figure, la culture sportive ne s’arrête pas aux limites de la vie privée et de l’intime. Elle est aussi actualisée dans le combat politique ainsi que dans les politiques sportives mises en place dans le but d’asseoir un pouvoir, de mobiliser et souvent de contrôler les populations. Elle relève enfin, pour partie, de la construction de l’image et du mythe de leaders qui ont voulu apparaître ou sont encore considérés comme des « pères de la nation » placés « au cœur de la fabrique des imaginaires politiques [1]  ». Le sport, pris dans le sens large d’exercices physiques, se situe alors à une place stratégique : il peut rappeler « l’authenticité » africaine chère à un Mobutu quand il s’agit d’activités traditionnelles comme la chasse ou la lutte. L’activité athlétique, d’inspiration souvent martiale, peut alors renvoyer aux grands ancêtres, chefs de guerre, à l’instar d’un Sékou Touré qui affirmait être, par sa mère, le descendant de l’almany Samory Touré qui avait tenu la dragée haute aux troupes françaises de 1882 à 1898 [2] . Le sport peut également symboliser la revendication d’une modernité politique, l’équipe nationale de football incarnant une nation construite aux forceps et s’incarnant le temps d’un match ; la compétition sportive et ses règles pouvaient aussi rappeler la libre concurrence et l’égalité démocratique, quand « dans la plupart des pays d’Afrique nouvellement indépendants, le président fondateur concentre tous les pouvoirs : chef de l’exécutif, il est également le chef du parti unique qui s’impose rapidement et qui contrôle l’appareil législatif [3]  ».

Reste que le sport relève évidemment de la construction du charisme politique de ces leaders. Quelle que fût leur ascendance réelle ou fantasmée, la pratique du sport participe de la dimension corporelle de leur pouvoir, trempé aux rudes joutes du sport. Mais pour ne pas se laisser prendre aux discours d’autojustification que sont souvent les mémoires ou aux louanges des thuriféraires qui constituent pour partie nos sources, il convient de se remémorer la figure d’un autre dictateur, Benito Mussolini, qui s’était fait attribuer le titre de « primo sportivo d’Italia » et avait pour principal mérite sportif le fait d’être un « touche-à-tout du sport, suffisamment familiarisé avec les gestes élémentaires de chaque discipline [4]  » pour donner le change devant les caméras de l’institut LUCE.

De même que le sport fasciste, le sport en situation coloniale a suscité un grand nombre de travaux depuis une trentaine d’années, notamment sur l’Empire britannique, à propos en particulier de l’Inde et des dominions. Il est en effet aisé de rapporter l’histoire du sport aux grandes thématiques développées par l’histoire coloniale depuis une trentaine d’années. La diffusion et l’imposition de la pratique sportive ont en effet autant à voir avec les rapports de domination placés au cœur de la « situation coloniale » telle qu’elle a été définie par l’anthropologue Georges Balandier [5] , que de la possibilité d’une « rencontre coloniale [6]  » sur le terrain de cricket ou de football. Le sport pratiqué dans les sociétés coloniales a aussi fort à voir avec les subaltern studies tant les pratiques corporelles importées par le colonisateur peuvent devenir un lieu d’ « indigénisation » comme l’a montré l’anthropologue indien Arjun Appadurai [7] . Enfin, on peut lire au travers de la diffusion des sports les logiques impériales qu’il s’agisse, dans le cas anglais, de l’impérialisme informel pratiqué en Amérique latine ou de l’impérialisme formel exercé dans les colonies et les dominions [8] .

Le sport pratiqué en Afrique subsaharienne à l’époque coloniale a suscité assez peu de travaux à l’exception de la grande thèse de Bernadette Deville-Danthu sur le sport dans l’Afrique occidentale française (AOF) [9] . Nicolas Bancel a, de son côté, évoqué le rôle de l’associationnisme sportif dans les années de décolonisation [10] . Même constat du côté de l’Afrique anglophone à l’exception notoire de l’Afrique du Sud où le football des Noirs et le rugby des Blancs ont suscité de multiples études montrant comment le premier a été un lieu de combat contre l’apartheid [11] et le second un vecteur du nationalisme afrikaner [12] . Et si la Coupe du monde organisée en Afrique du Sud a éveillé l’intérêt des Africanistes pour le football [13] , peu d’entre eux ont travaillé sur le sport et la politique au lendemain des indépendances, à l’exception de travaux les lisant à la lumière de ce qui serait un néocolonialisme footballistique [14] , de leur insertion dans les relations internationales sportives [15] ou des rapports football-politique [16] . C’est donc un terrain neuf que les lignes qui suivent se proposent de commencer à explorer.

Acculturation sportive en « situation coloniale »

Le sport, plus particulièrement le football, n’est pas une chose inconnue pour les leaders africains des indépendances. Qu’il ait été pratiqué ou regardé, il a été placé au cœur du projet « civilisateur » de l’école du colonisateur et des divertissements de la ville coloniale depuis le début des années 1920.

Pourtant, sa transmission n’allait pas de soi pour les représentants des puissances européennes. En 1928, le général Jung, commandant supérieur des troupes d’AOF, considérait encore que ce jeu était trop compliqué pour les « nègres ». Il espérait toutefois, qu’avec « de la patience on [pouvait arriver] à leur faire comprendre le rôle de chaque joueur, la place qu’il [devait] tenir et surtout l’importance et le but de la passe [17]  ».

D’autres, en particulier les missionnaires catholiques ou protestants, portaient des jugements plus positifs sur les dispositions des Africains à pratiquer le football. Ainsi, le père scheutiste flamand Raphaël de la Kethulle de Ryhove, véritable créateur du football congolais, soulignait le pouvoir pacificateur du ballon rond. Pour lui, « le jeu du football bien organisé [était] un excellent moyen éducatif : souvent les nègres y [devaient] brider leur passion innée de se battre ». Plus encore, il offrait « également une occasion favorable au missionnaire d’établir des contacts avec les nègres adultes, on [pouvait] même dire que plusieurs conversions se réalis[aient] par ce chemin [18]  ». De leur côté, les collèges presbytériens ou méthodistes installés au Nigeria ou en Gold Coast déclinaient une version peut-être moins radicale de ces préjugés racialistes en proposant aux élèves des élites locales une déclinaison de l’éducation sportive et de la Muscular Christianity [19] .

Le sport constitua en tout cas autant un lieu d’expression de la domination et des préjugés coloniaux, que de « rencontre coloniale [20]  », et aussi d’opportunités d’affirmation, de contestation et d’émancipation.

Naissance d’un sportsman : Nnamdi Azikiwe

Il n’est pas fortuit que le chapitre XIV de l’autobiographie de Nnamdi Azikiwe ait été consacré à la place du sport dans la vie et l’action du premier président du Nigeria. Intitulé « Our activities in sports [21]  », ce chapitre évoque tout d’abord le rôle du sport dans la formation du futur homme d’affaires et d’État du pays le plus peuplé d’Afrique. Loin d’avoir été imposé par le colonisateur et de se résumer au football, l’apprentissage et la pratique des sports relèvent au contraire d’un processus d’hybridation dont Azikiwe se fait, a posteriori, le libre acteur. Sans distinguer exercices physiques indigènes, pratiques sportives informelles et engagement dans la volunteers’ army des sportsmen, le père de l’indépendance nigériane relie l’ensemble de ces expériences dans un parcours lui ayant permis de devenir bien plus qu’un touche-à-tout du sport : un véritable athlète près d’embrasser une carrière de boxeur professionnel. Après avoir péché, nagé, chassé sur les bords du fleuve Niger, Azikiwe arrive en 1915 à l’âge de onze ans à Lagos pour y étudier notamment à la Wesleyan Boys’ High School. Son enfance passée au pays Ibo avait constitué selon lui une solide propédeutique pour l’apprentissage du sport. « Ces premiers contacts – écrit-il – me préparèrent à devenir un athlète naturel dans le domaine de la course, de la lutte, de la natation, de la pêche à la ligne, du tir à l’arc et du football [22] . » Manière non seulement d’élever les traditions corporelles africaines préexistant à la colonisation au rang de sport et d’éducation physique à part entière quand certains colons leur niaient toute qualité éducative [23] , mais aussi de se placer dans une culture sportive très britannique associant les divertissements des champs à ceux des villes.

Arrivé dans la capitale de la colonie fondée par Frederick Lugard, le jeune Nnamdi se frotte aux sports d’hiver et d’été britanniques fortement hybridisés par les nécessités d’une pratique encore très informelle. Ainsi, quarante ans avant le roi Pelé, apprend-t-il à jouer au football à l’aide de divers fruits tropicaux sur la place où a été bâti le King’s College de Lagos. « Nous y jouions au football avec des noix de mangue, des limes ou des oranges ou de vieilles balles de tennis [24] . » Quant aux parties, elles se disputaient dans un espace et sur une durée variables et en suivant des règles toujours modifiées pour s’adapter au nombre de joueurs et à la taille du terrain. Celles de cricket étaient également jouées avec les moyens du bord : des morceaux de bois trouvés dans la rue ou dans « la remise du charpentier » qui fournissaient un « vaste assortiment de battes [25]  ». Autant dire que la forme de cricket pratiquée par Azikiwe et ses jeunes compagnons avait autant à voir avec un jeu de quilles qu’avec le jeu pratiqué l’été par les gentlemen britanniques. Une forme d’hybridation ou de « vernacularisation » qui eût ravi avant l’heure l’anthropologue indien Arjun Appadurai [26] .

Reste que le moment décisif dans la formation de la culture sportive de Nnamdi Azikiwe est constitué par la pratique de sports britanniques en bonne et due forme. À la Wesleyan Boys’ High School, il excelle vite au saut en longueur où il remporte le concours junior. Il est également intégré dans les équipes de football et de cricket. Il y apprend les codes de la virilité et du jeu dur, en suivant la devise : « Si tu manques la balle, ne manque pas l’homme [27] . »

Collégien, étudiant, puis jeune employé de l’administration coloniale, Azikiwe saisit toutes les opportunités pour élargir la palette des sports qu’il sait pratiquer mais aussi pour s’insérer dans un réseau de sociabilités sportives tant européennes qu’africaines. Ainsi, revenu un temps dans sa région d’origine, il se met au hockey sur gazon en raison de la présence de deux missionnaires protestants, l’archidiacre Sidney R. Smith et J. N. Cheetham, « tous deux joueurs de premier ordre » qui popularisèrent « ce jeu sur la rive orientale du fleuve Niger [28]  ». Rentré à Lagos, il devient le secrétaire général du Diamond Football Club qui remporte en 1923 le championnat local en battant en final le Lagos Athletic Club, « qui était alors un célèbre club européen et qui était invaincu avant de nous rencontrer [29]  ». Notons toutefois que l’équipe, principalement africaine d’Azikiwe, aligne comme arrière droit F. B. Mulford, un Britannique cadre de la Lagos Stores Limited.

Aussi, la riche éducation et la pratique sportive de Nnamdi Azikiwe doivent-elles être comprises de multiples façons. La participation au sport formel du colonisateur ne signifie pas le reniement des pratiques africaines qu’elles aient été celles de la brousse ou celles informelles de la ville indigène. Elle doit être comprise comme un tout complémentaire, synthétique et parfois syncrétique. Elle est bien sûr le lieu d’une rencontre coloniale, discrètement porteuse des germes de contestation, dans un système impérial britannique où les rencontres sportives entre colonisateurs et colonisés ne sont pas rares et offrent l’occasion de prendre des revanches symboliques sur les terrains de sport [30] . Surtout, le sport devient un lieu d’opportunités que le futur homme d’État sut saisir, notamment aux États-Unis. Devenu employé du Trésor, Azikiwe se frotte au « noble art » en suivant les cours d’un Européen travaillant pour l’une des firmes européennes. Il s’instruit aussi par l’intermédiaire d’un traité de boxe où il admire l’art du premier boxeur « scientifique » Bob Fitzsimmons et l’uppercut du champion noir Jack Johnson. Une initiation bien utile lorsqu’il part aux États-Unis de 1925 à 1935 pour y pratiquer divers métiers, vivre d’expédients et obtenir un doctorat d’anthropologie à l’université de Lincoln. Une fois de plus, selon ses dires, il y déploie ses talents athlétiques en « tir à l’arc, athlétisme, boxe, cricket, cross-country, football (association), hockey sur gazon, natation, et lutte [31]  » ! Il y découvre les sports américains (basket-ball et base-ball) et dit avoir été « fasciné » par la branche américaine du football. Il se met aussi au tennis avec pour modèles « "Big Bill" Tilden, René Lacoste, Henri Cochet, Jean Borotra, Suzanne Lenglen et Helen Wills Moody ». Il concède toutefois, sur le mode d’un understatement très britannique, qu’il mit longtemps avant d’apprendre « à faire passer la balle au-dessus du filet [32]  ».

C’est toutefois dans l’art beaucoup plus viril de la boxe qu’il accomplit ses performances sportives les plus notables outre-Atlantique. « Ayant bien réussi – raconte-t-il – au Storer College comme boxeur amateur, je pensais que je devais tenter ma chance en tant que boxeur professionnel afin de gagner l’argent me permettant de payer les frais de scolarité [33] . » S’ensuit une expérience comme sparring partner chez un manager de Pittsburgh ponctuée par le seul KO subi pendant sa (courte) carrière de boxeur. Pourtant, toujours selon Azikiwe, le « manager pensait que j’avais l’étoffe d’un champion ; mais je pensais autrement et je raccrochais les gants. Mon intérêt pour la boxe a pourtant perduré depuis [34]  ».

Le sport comme apprentissage du combat politique

Nnamdi Azikiwe a su construire, par le biais du sport, un réseau de sociabilités, découvrir et comprendre les logiques du colonisateur, saisir les opportunités d’un pays pratiquant encore largement la ségrégation, les États-Unis. Pour d’autres leaders africains, la découverte du sport a pu signifier plus directement la confrontation avec l’ordre colonial : la culture sportive devient alors culture de contestation et d’affrontement.

Dans sa biographie de Sékou Touré, tirée de sa thèse de doctorat consacrée à la figure de l’indépendance de la Guinée, André Lewin, l’ancien ambassadeur de France à Conakry, accorde beaucoup moins de lignes à l’apprentissage du sport que le premier président du Nigeria n’en consacre à sa propre geste athlétique. Elles n’en sont pas moins révélatrices, notamment d’un tempérament d’insoumission l’amenant dans les établissements scolaires, où il étudie (Kissidougou, puis Conakry), à se dresser contre l’autorité professorale pour être finalement définitivement exclu, en 1938, « de tous les établissements d’enseignement de la colonie » par « un arrêté du gouverneur [35]  ». Exerçant « alors en ville divers petits métiers manuels, comme apprenti-maçon ou aide-ajusteur [36]  », il n’en dédaigne pas moins « les distractions et les plaisirs de l’adolescence [37]  ». Parmi ceux-ci, le jeu des dames qu’il continuera à pratiquer lorsqu’il sera au pouvoir avec, note André Lewin, « les partenaires les plus variés ; ceux-ci avaient en général le bon goût de le laisser gagner [38]  ».

Il joue également au football, un sport en pleine expansion au début des années 1940. Les parties sont disputées sur un terrain vague appartenant à la Compagnie française de l’Afrique occidentale (CFAO) et sur celui du camp militaire. Comme le rapportent les témoignages recueillis par André Lewin, le Sékou Touré footballeur n’était pas commode, d’autant que les équipes rassemblaient souvent Africains et Européens. Pour Jacques Bès, l’un de ses coéquipiers blancs : « Il n’était pas conciliant et murmurait en soussou des injures à l’égard des Blancs [39] . » D’autres « vantent cependant sa gentillesse, son esprit de camaraderie et son entrain [40]  ».

Si la vie sportive d’un Sékou Touré n’a ni l’éclat, ni la richesse de celle d’un Azikiwe, elle ne présente pas moins quelques traits qui annoncent la culture sportive qu’il imprime plus tard à la Guinée indépendante. Le sport est un lieu d’affirmation et de combat : s’il permet de mobiliser, d’assembler des différences, il n’en est pas moins un terrain d’une lutte qui devient progressivement politique.

Un tel apprentissage, repensé a posteriori dans une autobiographie, peut être aussi identifié dans l’éducation corporelle du jeune Nelson Mandela. Celle-ci commence à la campagne chez les Xhosas où les jeux étaient fortement inspirés de l’affrontement entre guerriers, une sorte de guerre des boutons à la mode australe. « J’ai appris le combat – un savoir essentiel à tout garçon africain de la campagne – et je suis devenu expert à ses diverses techniques, raconte Mandela dans son autobiographie : parer les coups, faire une fausse attaque dans une direction et frapper dans une autre, échapper à un adversaire par un jeu de jambes rapide. […] Le plus populaire parmi les garçons – poursuit-il – était le thinti, et comme la plupart des jeux de garçons c’était une imitation de la guerre. On plantait deux bâtons dans le sol à une trentaine de mètres l’un de l’autre, et ils servaient de cibles. Pour chaque équipe, le but du jeu consistait à jeter des bâtons sur la cible adverse et à la renverser. Chaque équipe défendait sa propre cible et essayait d’empêcher l’autre équipe de reprendre les bâtons qui avaient été jetés. Quand nous sommes devenus plus grands, nous avons organisé des matches contre les garçons des villages voisins, et ceux qui se distinguaient dans ces batailles fraternelles étaient très admirés, comme les généraux qui remportent de grandes victoires à la guerre [41] . »

C’est dans les établissements britanniques, l’école d’Healdtown et surtout l’unique université ouverte pour les étudiants noirs de Fort Hare à l’est du Cap, que Nelson Mandela se frotte au sport britannique. Il n’y démontre pas des capacités sportives exceptionnelles. « J’étais capable de faire du football et du cross-country », se rappelle-t-il [42] . Mais davantage que l’affirmation d’un leadership comme dans les batailles des jeunes Xhosas, c’est la recherche de l’accomplissement et du dépassement qui semble constituer l’essence de la philosophie du sport [43] du jeune Mandela. « Courir me donna d’excellentes leçons – insiste-t-il. Dans les compétitions de cross-country, l’entraînement comptait plus que les capacités naturelles et, avec de l’application et de la discipline, je pouvais compenser un manque d’aptitudes physiques. J’appliquais cette méthode dans tout ce que je faisais. Même étudiant, j’ai vu quantité de jeunes hommes avec de grandes capacités naturelles mais qui manquaient de discipline et de patience pour tirer profit de leurs dons [44] . » Leçon qui vient expliquer, peut-être a posteriori, comment le sport put devenir une école de patience dans le long chemin de l’enfermement carcéral.

Sous la férule des missionnaires footballeurs

Les missionnaires catholiques francophones ont davantage pratiqué la monoculture du football que leurs homologues protestants britanniques. Les pères belges scheutistes, à l’instar des prêtres salésiens, avaient en effet inscrit le football au cœur de leurs pratiques pédagogiques : comme récompense pour stimuler les plus indolents ou les plus réfractaires, comme moyen de détourner l’ensemble de leurs élèves et ouailles des mauvaises pensées. Ce n’est donc pas un hasard si, au début des années 1940, le jeune Joseph-Désiré Mobutu tombe dans les rets des apôtres du Christ et… du ballon rond. 

Au vrai, si Azikiwe ou Mandela témoignent au soir de leur vie de leur apprentissage sportif, c’est l’hagiographie d’un journaliste belge, Francis Monheim, publiée en 1962, trois ans avant le coup d’État qui le porte au pouvoir, qui permet de retracer les premiers pas de Mobutu en footballeur. Il convient donc de départir du récit hagiographique, presque mythique, de la jeunesse, les éléments qui permettraient de reconstituer la formation d’une forme de culture sportive constituée au temps de la domination belge.

Sans dire que le futur dictateur fut un cancre, Monheim évoque les difficultés rencontrées par Mobutu à l’école après la mort de son père advenue quand il avait 8 ans. Ayant quitté sa ville natale de Lisala, il gagna Léopoldville et « fut inscrit à l’école primaire des Pères scheutistes », l’ordre même du père de la Kethulle, « auxquels il donna d’ailleurs beaucoup de souci [45]  ». Rebelle à toute autorité, comme le sont souvent les « grands hommes » quand on écrit leur enfance, « effronté et bagarreur », il était devenu un « véritable spécialiste de l’école buissonnière » tout en parvenant « malgré tout, à être premier de sa classe [46]  ». Il attire ainsi l’attention de Maurice Kassongo, l’instituteur congolais de quatrième année qui « était non seulement un joueur de football réputé » mais aussi « le meilleur "écrivain" de Léopoldville ».

C’est finalement le football qui fait retrouver au jeune Mobutu le chemin des études. « Les missionnaires avaient essayé à plusieurs reprises – raconte Monheim – de ramener Joseph-Désiré à l’école, mais le jeune garçon n’en voulait rien savoir jusqu’au jour où une équipe de football fut formée parmi les élèves [47] . » Il ne sut résister à la tentation : « Pour avoir le plaisir de se retrouver entre les piquets d’un goal – Mobutu était gardien de but – il accepta de réintégrer l’équipe [48] . » Ce qui ne l’empêcha pas d’être plus tard renvoyé de l’école moyenne « pour mauvaise conduite ». Enrôlé dans la Force Publique pour sept ans, il continue à cultiver ses dons d’athlète avant de se consacrer à la lecture pour laquelle « il renonce au sport » après avoir été nommé sergent en avril 1954.

Comme le relève l’avocat belge Jules Chomé dans la biographie parue en 1974 et qui faillit provoquer la rupture des relations diplomatiques entre la Belgique et le Zaïre, les supposés talents sportifs du futur dictateur entrent dans la construction précoce du culte de la personnalité. Citant un article de Monheim paru en 1965, il relève parmi les traits qui auraient fait de Mobutu un « personnage fascinant dont la gravité n’exclut jamais une certaine insouciance et dont l’intelligence est empreinte de spontanéité », le fait qu’il aurait été un « grand sportif (football, équitation, parachutisme, etc.) [49]  ».

Il est difficile de savoir si tel fut le cas. On peut toutefois relever que le choix du poste de gardien de but – ou la revendication d’une telle prédilection – est l’indicateur de la singularité, sinon du caractère exceptionnel de celui qui l’occupe. Seul joueur autorisé à utiliser ses mains, le portier ou goal est aussi, comme son nom l’indique le gardien de la destinée d’une équipe, son ultime rempart, parfois son « homme providentiel ». Une position sportive qui a souvent attiré des joueurs de caractère se différenciant de la masse des footballeurs [50] . Il n’est donc pas difficile d’associer la prédilection footballistique avec le charisme politique qu’il revendique dès les premiers temps de l’indépendance congolaise. Ajoutons que l’autre sport de prédilection de Mobutu aurait été la course à pied, Monheim le qualifiant de « champion de 400 mètres », soit l’une des disciplines reines de l’athlétisme nécessitant tout à la fois vitesse et résistance et qui couronne donc un athlète complet.

Une culture sportive de lutte, d’émancipation et… d’oppression

L’acculturation sportive plus ou moins variée ou poussée des quatre leaders d’Afrique subsaharienne envisagés dans cet article n’a rien d’anecdotique. Elle est vite réemployée dans les temps de la lutte pour l’indépendance avant d’être utilisée ou redéfinie au service des pouvoirs nés de l’achèvement du processus de décolonisation. Dès lors les valeurs supposées du sport (égalité, méritocratie) servent de support à la propagande politique avec un effet qu’il est difficile de mesurer tant l’émotion sportive relève de l’éphémère et alors que les nouveaux États n’eurent pas les moyens, ni souvent la volonté, de mettre en place une politique sportive d’importance. Il n’empêche que l’on peut lire dans l’utilisation du sport pour la conquête de l’indépendance, la prise et l’exercice du pouvoir, un aspect important de ces cultures sportives développées sous la domination coloniale : leur caractère éminemment politique.

Faire du football un instrument de propagande et de revanche

Lors de son séjour aux États-Unis, Nnamdi Azikiwe avait été fasciné par l’importance acquise par les médias et le sport professionnel aux États-Unis et les liens qui avaient été noués entre les deux secteurs d’activité. Revenu en Afrique au milieu des années 1930, il crée dès 1937 à Lagos un groupe de presse autour du quotidien Western African Pilot [51] . Entre-temps, il avait été marqué par une injustice sportive et raciale subie de la part du pouvoir colonial. Il n’avait en effet pu participer aux Jeux de l’Empire programmé en 1934 au motif que les autorités du Nigeria n’avaient pas accompli les démarches nécessaires pour qu’il puisse officiellement y représenter la colonie [52] . L’argutie administrative était, selon lui, à mettre en rapport avec la plainte d’un athlète sud-africain qui avait peu goûté de devoir disputer la course du mile au milieu de « niggers » et de s’être classé second derrière… Azikiwe.

Alors que le sport avait d’abord constitué un terrain de découverte et de rencontre, il devient dès lors aussi pour Azikiwe un lieu d’affirmation et un instrument de revendication. Puisque le gouvernement britannique avait décidé de ne pas l’inscrire aux Jeux impériaux, Azikiwe décide d’abandonner son prénom « anglais » Benjamin pour celui de Nnamdi. Installé définitivement en Afrique, ses obligations professionnelles l’obligent à réduire ses activités sportives. Dès lors il embrasse une carrière de dirigeant faite de sociabilité sportive, de revendications politiques et d’affirmation d’une forme de souveraineté via le sport international. En 1938, il crée un club omnisports composé de sept sections [53]  : le Zic Athletic Club (ZAC). Cette société sportive ouvre ses portes « aux sportifs et sportives de toute race, nationalité, tribu ou classe sociale résidant au Nigeria [54]  ». Autant qu’aux tenants blancs d’une ségrégation raciale, Azikiwe répond ainsi aux membres africains du Yoruba Tennis Club qui avaient refusé sa demande d’affiliation au prétexte qu’il était Ibo. Mais le caractère œcuménique et universel du club correspond aussi à une culture sportive forgée par l’éclectisme, les voyages et la rencontre des autres. De même, grâce aux bénéfices du groupe de presse, le ZAC se dote d’équipements qui lui permettent de devenir, à l’égal des clubs britanniques, un lieu de sociabilité ouvert et prisé : en 1940 est achevé le Yaba Stadium à l’extérieur de Lagos ; deux ans plus tard, la ZAC House et les Yaba tennis courts [55] .

L’action du ZAC ne se cantonne pas au seul terrain sportif. En 1941 et 1942, l’équipe première de la section football réalise deux tournées dans les provinces occidentales et orientales du Nigeria. Il s’agit officiellement, dans le cadre d’un « goodwill tour », de récolter de l’argent pour soutenir la métropole en guerre. En réalité, le périple sportif se présente comme une véritable tournée nationaliste dans un territoire marqué par les fractures religieuses entre musulmans du Nord et chrétiens du Sud et, plus généralement, entre les ethnies. À l’issue des rencontres, Azikiwe se lance dans de vibrantes diatribes contre la politique britannique et exige réformes et démocratie [56] . Passant du terrain de football à celui de la politique, il fonde en 1944 le premier parti nationaliste nigérian : le National Council of Nigeria and Cameroon (NCNC). Seize ans plus tard, en octobre 1960, les fêtes qui accompagnent l’accession du Nigeria à l’indépendance comptent parmi leurs attractions des matchs de football auxquels assistent le premier gouverneur général puis président du pays Nnamdi Azikiwe ainsi que le premier ministre musulman originaire du Nord, Alhaji Tafawa Balewa, qui patronnait, depuis 1958, la Nigeria Referees Association, l’association des arbitres du Nigeria. Les grands féodaux du Nord, d’abord adeptes du cricket, s’étaient convertis aux joies plus populaires du football.

Entre-temps, le sport avait servi à affirmer la souveraineté nigériane au moins sur les terrains de football. Une première rencontre internationale gagnée 2-0 par le Nigeria face à la Sierra Leone avait été disputée à Freetown en octobre 1949. Une Jalco Cup est créée deux ans plus tard. Elle oppose tous les ans la Gold Goast et le Nigeria et commence par une victoire cinglante de la première sur le second par 5 buts à 0. Disputée à Accra, l’édition 1955 est suivie par plus de 20 000 spectateurs. Ainsi naît une rivalité sportive qui contribue vite à nourrir l’imaginaire national des deux pays. L’essor du football encouragea les dirigeants nigérians à proposer dès 1950 l’affiliation de la Nigeria Football Association à la FIFA. Et leurs homologues de la Gold Coast demandent trois ans plus tard aux dirigeants de Zurich de bien vouloir enregistrer le résultat de la confrontation annuelle opposant les deux territoires parmi les « matchs internationaux » recensés par la fédération [57] .

S’il ne faisait pas partie des dirigeants de la fédération nigériane du football, Azikiwe a alors investi un domaine répondant davantage à son éthique du sport. Il est dans les années 1950 le président de l’Amateur Athletic Association, la fédération d’athlétisme du Nigeria, et fait partie du Comité national olympique nigérian. Dans la logique britannique du « patronage » et afin que son nom soit inscrit dans l’histoire du sport nigérian, il offre périodiquement des trophées de compétitions sportives. Reste que si le sport peut servir à l’occasion de moyen de propagande, il doit diffuser ses propres valeurs de loyauté, de respect des règles et de mérite. Un projet difficile à mettre en œuvre après l’indépendance comme on le verra plus loin.

La lutte contre l’apartheid est un sport de combat

Nnamdi Azikiwe affirme ne pas avoir « été très désolé quand l’Afrique du Sud fut bannie des jeux Olympiques de Mexico en 1968 [58]  ». De fait, peu après le vote de l’arsenal juridique instaurant l’apartheid en 1948, les organisations noires et indiennes ont porté la lutte sur le terrain du sport. Et, dans ses mémoires, Nelson Mandela consacre trois pages à ces années pendant lesquelles la pratique de la boxe était intimement liée au combat politique. S’il s’était initié au « noble art » à l’université de Fort Hare, ce n’est qu’après s’être lancé dans une carrière d’avocat et de militant clandestin de l’ANC que le premier président de l’Afrique du Sud post-apartheid a enfilé des gants de cuir au Centre communautaire Donaldson à Orlando dans la périphérie de Johannesburg. Mandela se montre volontiers modeste quant à ses talents de pugiliste : « Je n’ai jamais été un grand boxeur – reconnaît-il. J’appartenais à la catégorie des poids lourds et je n’ai jamais eu la puissance qui aurait compensé mon manque de rapidité, ni assez de rapidité pour compenser mon manque de puissance [59] . » L’essentiel est toutefois ailleurs. C’est en intellectuel qu’il apprécie le noble art. « C’était moins la violence que la science de la boxe qui me plaisait – explique-t-il encore. » L’art pugilistique est d’abord apprentissage : « J’étais fasciné par la façon dont on déplaçait son corps pour se protéger, et par la stratégie qui permettait d’attaquer et de reculer à la fois [60] . » Autant de leçons pour des militants confrontés à la surveillance continue de la police sud-africaine, à la veille de livrer un combat pour leur propre vie lors du procès de haute trahison intenté en 1956.

Mandela décrit également les bienfaits de cet exercice physique consistant en « une excellente façon de [se] décharger de la tension et du stress ». « Après une séance énergique, rapporte-t-il encore, je me sentais mentalement et physiquement plus léger. C’était un moyen de me perdre dans autre chose que la lutte. Quand je m’étais entraîné le soir, je me réveillais le lendemain matin frais et dispos, prêt à reprendre le combat [61] . » À la veille de perdre pour plusieurs décennies sa liberté, l’entraînement quotidien au centre communautaire offre aussi l’occasion au père que Nelson Mandela est aussi, de partager des moments privilégiés avec son fils aîné Thembi. Âgé d’une dizaine d’années, ce dernier dirige parfois les séances d’entraînement composées d’une « heure d’exercice, un mélange de jogging, de corde à sauter, de gymnastique, d’entraînement du geste, suivi de quinze minutes de musculation et d’haltères pour finir par un match amical [62]  ». « Ces soirs-là, raconte Mandela – les choses étaient un peu dures parce que mon fils me choisissait pour faire ses critiques. Il avait beaucoup d’autorité et me reprenait tout de suite quand je devenais paresseux [63] . » L’admonestation du tire-au-flanc advenait alors sur un ton oscillant entre les reproches faits à un père souvent absent et la culture masculine et virile de la boxe, élément non moins important de la culture sportive de Mandela. « Monsieur Mandela – lançait Thembi à son père, vous nous faites perdre notre temps ce soir. Si vous ne pouvez pas suivre, vous n’avez qu’à rentrer chez vous pour vous asseoir avec les femmes [64] . » « Tout le monde adorait ce genre de plaisanteries – commente Mandela – et voir mon fils si heureux et si sûr de lui me rendait heureux [65] . »

Des instants de bonheur vite évanouis. Au lendemain de leur condamnation à la prison à perpétuité (1964), Mandela et ses compagnons sont soumis à un régime carcéral particulièrement dur sur l’île de Robben Island. Contraints de casser des cailloux toute la journée, ils doivent partager une maigre pitance. Toutefois au bout de trois ans, les conditions de leur captivité commencent à s’assouplir. L’exercice sportif permet alors à Nelson Mandela de conserver son intégrité physique et morale pendant les vingt-sept années que dure son emprisonnement. S’il confie que sa plus grande joie consista dans le fait de pouvoir cultiver un petit jardin dans les années 1970, il insiste aussi sur l’exutoire que lui offrait le sport : « Je libérais ma colère et ma frustration, note-t-il, en tapant dans un sac de sable plutôt que me défouler sur un camarade ou un policier [66] . » Dès lors, Mandela peut soumettre son corps à un véritable entraînement sportif. « Même sur l’île – se remémore-t-il – j’essayais de suivre mon ancien entraînement de boxeur en faisant du jogging et de la musculation du lundi au jeudi et en me reposant les jours suivants. Du lundi au jeudi, je courais sur place dans ma cellule le matin, pendant quarante minutes. Je faisais aussi cent tractions, deux cents assouplissements assis, cinquante flexions des genoux et différents mouvements de gymnastique [67] . » Avec les premières visites de la Croix-Rouge dans les années 1970, les prisonniers commencent à recevoir des équipements sportifs. Il peut se remettre au tennis et concède avoir eu « un assez bon coup droit et un mauvais revers ». « J’étais un joueur de fond de court – ajoute-t-il encore – et je ne montais au filet que si c’était facile [68] . » Dans ces années de prison, la pratique du sport n’a rien d’anecdotique : outre qu’elle permettait à Mandela de « tenir », elle offrit à ses compagnons d’infortune un moyen de résister, de s’unir et de dialoguer. En effet, les prisonniers politiques de l’île de Robben Island arrachèrent de haute lutte en 1966 le droit de fonder la Makana Football Association [69] . S’inspirant du fonctionnement et des règlements de la FIFA, cette fédération organisait un championnat réparti en trois divisions (A, B et C), très structuré tant du point de vue de l’entraînement, du suivi médical que de l’arbitrage et de la discipline. Outre les bienfaits psychologiques et physiques apportés à des condamnés à de longues peines, la pratique du football rapprocha les frères ennemis de l’African National Congress (ANC) et du Pan-Africanist Congress (PAC). Les activités de la Makana FA permirent aussi d’inculquer la culture du débat et de la démocratie qui était alors partie intégrante du mode de fonctionnement des fédérations sportives. Le ballon rond renforça ainsi les convictions des combattants africains tout en les préparant à l’après-apartheid.  

Nelson Mandela affirme en effet dans ses mémoires avoir toujours considéré le sport comme un lieu où les hiérarchies établies par l’âge, la lignée, l’ethnie étaient abolies par le mérite. « La boxe, affirme également Mandela, c’est l’égalité. Sur le ring, le rang, l’âge, la couleur de la peau et la richesse n’ont plus cours. Quand on tourne autour de son adversaire, en cherchant ses points forts et ses points faibles, on ne pense pas à la couleur de sa peau ni à son statut social [70] . » Sans doute s’est-il souvenu de ces considérations quand, un an après la publication de ses mémoires, il a revêtu le maillot symbolisant l’oppression afrikaner : la tunique verte de l’équipe des Springboks pour aller les encourager lors de la finale victorieuse de la Coupe du monde 1995. La rencontre et les liens presque filiaux noués avec le capitaine blanc François Pienaar ont nourri la fiction tournée par Clint Eastwood et sortie en 2009 sous le titre Invictus. S’il n’est pas certain que la population noire ait communié dans la victoire des Springboks, elle a sans doute été davantage enthousiasmée par le succès des Bafana Bafana dans la Coupe d’Afrique des nations de football organisée en 1996, toujours en Afrique du Sud. Le 3 février 1996, au Soweto Stadium, Nelson Mandela revêtu du maillot jaune, vert et blanc, pouvait lever les deux poings alors que Neil Tovey, le capitaine… blanc de la sélection sud-africaine brandissait le trophée mis en jeu par la Confédération africaine de football.

Un histrion du sport, Mobutu

Si les titres remportés par les équipes de rugby et de football d’Afrique du Sud ont symbolisé la réconciliation nationale, les matches de football disputés dans l’Afrique des indépendances ont pu prendre une tout autre tonalité. De retour d’un voyage au Congo-Brazzaville effectué en 1965, le président Stanley Rous s’étonnait, devant les membres du Comité exécutif de la FIFA, de la profondeur des liens unissant le football et le pouvoir dans cette partie de l’Afrique où, d’après lui, les fédérations étaient devenues de simples auxiliaires des gouvernements. Depuis le début des années 1960, la fédération sise à Zurich recevait de multiples rapports d’arbitres dénonçant la violence des spectateurs et les entorses répétées au fair-play et aux lois du jeu. Rendant compte du match de l’Independence Cup à Lagos le 29 octobre 1960 par les équipes nationales nigériane et ghanéenne, le célèbre arbitre anglais Ken G. Aston interprétait ainsi les violences commises par les supporters locaux qui avaient assailli la formation venue d’Accra : « L’attitude du public après le match ne peut s’expliquer que par sa très grande déception de ne pas gagner un match de grand prestige national. […] Aucun élément ne justifiait l’attaque des joueurs ghanéens après le match, mais les spectateurs ont manifestement été montés par des meneurs à la fin du match. Un esprit "anti-Ghana" s’était répandu parmi le public et la presse plusieurs jours avant le match [71] . » Il s’agissait, il est vrai, de la quatrième rencontre entre les deux équipes en moins de deux mois et le Ghana venait d’éliminer le Nigeria dans la course à la qualification pour la Coupe du monde 1962. Nnamdi Azikiwe réprouva certainement de tels événements même s’il avait bien compris le pouvoir mobilisateur du football et qu’il pouvait très bien appliquer au sport une sorte de « double doctrine » : d’un côté le sport-spectacle fort utile à ses propres intérêts tant économiques que politiques ; de l’autre, l’éthique ou la culture sportive individuelle volontiers exigeante et élitiste de celui qui a étudié dans le système anglo-saxon. C’est en tout cas celle-ci qu’il met en exergue dans ses mémoires lorsqu’il vante le sport comme un lieu d’apprentissage des règles et de la loyauté, notamment dans la compétition politique. « J’ai trouvé que, en général, les politiciens qui ont à un certain moment pratiqué des sports d’équipe comme le football, le cricket, ou l’athlétisme tendent à être, dans leurs fonctions politiques, plus honnêtes et raisonnables – ne souhaitant pas gagner par tous les moyens qu’ils soient justes ou frauduleux [72] . »

Le général Johnson Aguiyi-Ironsi qui déposa Azikiwe lors du coup d’État de janvier 1966 ne fut sans doute pas un sportsman accompli, ce qui n’empêcha pas ses pairs de s’emparer des valeurs du sport, à commencer par le maître du Congo-Zaïre. Devenu journaliste pour « Actualités africaines et à L’Avenir, le quotidien le plus colonialiste de Léopoldville [73]  », Mobutu avait certainement été témoin de l’émeute qui avait éclaté le 16 juin 1957 après le match opposant au stade du roi Beaudouin le club bruxellois de l’Union Saint-Gilloise à une sélection de joueurs congolais. L’Union l’avait emporté par 4 buts à 2 mais tout le mérite revenait, aux yeux du public congolais, aux décisions partisanes de l’arbitre belge. À l’issue de la rencontre, la foule s’en prit aux Européens présents et à leurs voitures. Horions et slogans tels que « Macaques de Flamands », « Sales petits Belges » ou « Retournez en Belgique » accompagnèrent la retraite du public blanc. La presse coloniale stigmatisa en cette occasion le « chauvinisme congolais » de même que « le racisme anti-blanc ». Avec le recul, certains historiens ont assimilé ces manifestations sportivo-politiques à une forme de répétition générale des émeutes de 1959 qui précipitèrent l’accession à l’indépendance de la colonie en 1960 [74] .

Mobutu y saisit-il la force mobilisatrice du sport qu’il utilisa ensuite dans la construction de l’équipe des « Léopards » ? En tout cas, il dut comme d’autres Congolais assister, impuissant, au départ des meilleurs footballeurs congolais embauchés par les meilleurs clubs belges lors des troubles de l’indépendance alors que l’ancien Congo belge comptait, par ses infrastructures et le talent de ses joueurs parmi les puissances du football africain. La guerre civile qui frappa le nouvel État vit également la fédération de football du Katanga demander son affiliation à la FIFA. En octobre 1961, les dirigeants de l’Association sportive nationale du Katanga (ASKAT) avaient en effet adressé à la FIFA une demande d’affiliation. La sécession fomentée en sous-main par les compagnies minières belges, actives jusque dans le domaine du football, se voulait aussi sportive [75] .

Après avoir pris le pouvoir le 24 novembre 1965 avec l’aide de la CIA, Mobutu n’eut de cesse de faire du football l’expression de l’unité du pays et de son rayonnement international. Il avait depuis longtemps abandonné le sport pour la lecture, comme l’affirme son hagiographe Monheim, ou, pour le whisky selon Chomé [76] .

Quoi qu’il en fût, le pouvoir de Mobutu ne repose pas sur sa prestance physique. Le régime s’appuie d’abord sur la terreur : la répression la plus féroce s’abat sur des rivaux ou des opposants, comme les pendaisons dites de la Pentecôte (juin 1966), au cours desquelles quatre anciens ministres accusés de complot sont exécutés devant 20 000 personnes, sur l’emplacement de ce qui est aujourd’hui le stade des Martyrs. La force et le pouvoir de Mobutu émanent aussi des symboles qu’il s’est choisis : en premier la toque de léopard qu’il porte lorsqu’il ne se travestit pas en général d’opérette. Le grand fauve, roi des forêts congolaises, est son animal fétiche. Dans son hagiographie, Monheim raconte comment la chasse au léopard apprise avec son grand-père aurait constitué un moment fondateur de l’éducation physique et morale de Mobutu. Après avoir lancé hâtivement sa lance sur la bête, le jeune Joseph-Désiré se serait réfugié « dans les bras de son grand-père [77]  ». Sévèrement tancé par ce dernier, il aurait alors repris son arme et « rapide comme l’éclair, sa lance frappa l’animal » qui « s’enfuit dans la brousse ». Obligé par son grand-père d’aller récupérer son arme, Mobutu en aurait conclu : « Depuis ce jour-là, je n’ai plus peur de rien [78] . »

La bravoure physique et l’esprit du léopard affichés sur son couvre-chef, Mobutu peut laisser aux autres le soin de démontrer l’excellence physique des Congolais et se consacrer à la tâche de dirigeant sportif suprême du pays. Il se fait ainsi le deus ex-machina du football congolais faisant revenir une partie des « Belgicains », les footballeurs congolais expatriés, engageant des entraîneurs étrangers pour ceux qui prennent la dénomination officielle les « Léopards ». À chaque victoire, (Coupe d’Afrique des nations 1968 et 1972), qualification pour la Coupe du monde 1974, les joueurs congolais puis zaïrois peuvent compter sur les bienfaits et les menaces plus ou moins voilées du dictateur (maison, automobile, primes, mises au vert dans les résidences de Mobutu) et sont victimes du système de kleptocratie qui gangrène l’État mobutiste [79] . Spoliés des primes qui leur avaient été promises, les joueurs zaïrois décident de « lever le pied » et encaissent un sévère 9-0 de la part de leurs adversaires yougoslaves lors du premier tour de la Coupe du monde organisée en 1974 par la République fédérale allemande. Si la presse kinoise contrôlée de près par l’ex-journaliste Mobutu alterne sarcasmes et menaces voilées à l’égard des perdants et de leur entraîneur yougoslave Vidinic [80] , Mobutu sait vite tourner la page. Certes, les Léopards se voient interdits de compétition internationale, mais l’homme fort de Kinshasa sait rebondir en organisant, trois mois après la déroute allemande, le « combat du siècle » opposant Mohammed Ali à George Foreman. L’occasion d’apparaître à nouveau comme une sorte de démiurge, mi-féticheur, mi-tyran, un homme providentiel comme il prétendait l’être enfant en gardant les buts de son équipe. « C’est le "leader national", donc l’équivalent moderne d’un président, d’un dictateur, d’un monarque, d’un empereur, de l’élu de Dieu, du Roi Soleil, tout cela en un seul homme. Et il faut reconnaître qu’assumer le rôle d’élu de Dieu, ça demande une sacrée poigne [81] . » C’est en ces termes que Elmo Henderson, un Américain installé à Kinshasa, décrit et explique au romancier Norman Mailer, à la veille du combat remporté par Ali, le pouvoir de Mobutu. On peut en déduire que la leçon retenue par le tyran zaïrois dans la culture sportive inculquée par les missionnaires belges est avant tout le principe d’obéissance. Le champion et le vainqueur ne peuvent être que Mobutu lui-même et seul un boxeur de la personnalité et du calibre d’Ali, Américain de surcroît, puisse imaginer lui ravir un instant la vedette.

Conclusion

Même s’il a pu représenter une forme éducative de l’oppression coloniale, le sport a joué un rôle important dans la formation des leaders des indépendances africaines et de la lutte anti-apartheid. Le contexte d’acculturation sportive a pu évidemment varier et la culture du sportsman que fut Azikiwe a peu de choses à voir avec celle du chenapan rebelle du jeune Mobutu. Mais le sport ne fut pas souvent un moment heureux de la jeunesse, un lieu de rencontre de l’autre et de connaissance du colonisateur. La culture sportive servit très largement à guider, à stimuler l’action d’hommes au parcours aventureux et douloureux comme Azikiwe ou Mandela. Il devint, dans le cas de Mobutu, une scène sur laquelle le dictateur put manifester son talent d’histrion et développer un incommensurable culte de la personnalité.

Si les leaders de l’Afrique subsaharienne actuelle n’ont en général pas été formés au temps de la colonisation, leur jeunesse a été rythmée par les exploits des champions africains d’athlétisme ou par les trépidations des stades de football dans un sport désormais mondialisé. Et si l’ex-footballeur George Weah a été un candidat malheureux aux élections présidentielles de 2005, faute d’un background intellectuel consistant, gageons que la popularité de l’attaquant ivoirien Didier Drogba, symbole de la réunification de son pays, le portera peut-être un jour, au nom des valeurs du sport, à de hautes fonctions politiques.

Pour citer cet article : Paul Dietschy, « Du sportsman à l’histrion : les cultures sportives de trois leaders africains (Ndamdi Azikiwe, Nelson Mandela et Joseph-Désiré Mobutu), Histoire@Politique. Politique, culture, société, n° 23, mai-août 2014 [en ligne, www.histoire-politique.fr]

Notes :

[1] Hélène Charton et Marie-Aude Fouéré, « Présentation », Vingtième Siècle. Revue d’histoire, 2013/2, n° 118, p. 5.

[2] Céline Pauthier, « L’héritage controversée de Sékou Touré, "héros" de l’indépendance », Vingtième Siècle. Revue d’histoire, 2013/2, n° 118, p. 33.

[3] Hélène Charton et Marie-Aude Fouéré, « Présentation », art. cit., p. 8.

[4] Pierre Milza, « Mussolini, figure emblématique de l’ "homme nouveau" », dans Marie-Anne Matard-Bonucci et Pierre Milza (dir.), L’Homme nouveau dans l’Europe fasciste (1922-1945). Entre dictature et totalitarisme, Paris, Fayard, 2004, p. 78.

[5] Georges Balandier, « La situation coloniale : approche théorique », Cahiers internationaux de sociologie, 1951, vol. 11, p. 44-79.

[6] Dans le sens donné par Richard Price, Making Empire: Colonial Encounters and the Creation of Imperial Rule in Nineteenth-Century Africa, Cambridge, Cambridge University Press, 2008.

[7] Arjun Appadurai, Après le colonialisme. Les conséquences culturelles de la globalisation, Paris, Petite Bibliothèque Payot, 2005, (première édition en anglais 1996).

[8] Pour une synthèse sur ces croisements entre histoire coloniale et histoire du sport, cf. Pierre Singaravélou et Julien Sorez, L’Empire des sports. Une histoire de la mondialisation culturelle, Paris, Belin, 2010, p. 21-49. 

[9] Bernadette Deville-Danthu, Le sport en noir et blanc. Du sport colonial au sport africain dans les anciens territoires français d’Afrique occidentale (1920-1965), Paris, L’Harmattan, 1997.

[10] Cf. notamment Nicolas Bancel et Jean-Claude Gayman, Du guerrier à l’athlète. Éléments d’histoire des pratiques corporelles, Paris, 2002, p. 339-351.

[11] Cf. Peter Alegi, Laduma! Soccer, Politics and Society in South Africa, Scottsville, University of KwaZulu-Natal Press, 2004.

[12] David R. Black, John Nauright, Rugby and the South African Nation, Manchester, Manchester University Press, 1998 et, en français, Dean Allen, « Le rugby sud-africain et le nationalisme afrikaner avant l’apartheid », dans Patrick Clastres et Paul Dietschy (dir.), Le rugby, une histoire entre village et monde, Paris, Nouveau Monde éditions, p. 201-219.

[13] Cf. notamment les numéros spéciaux de Politique africaine, « Les terrains politiques du football », n° 118, 2010 (dir. Susann Baller et Martha Saavedra et de Soccer & Society, « Visualizing the Game : Global Perspectives on Football in Africa », vol. 13, n° 2, March 2012 (éd. Susann Baller, Giorgio Miescher et Ciraj Rssool).

[14] Paul Darby, Africa football and FIFA. Politics, Colonialism and Resistance, Londres, Frank Cass, 2002.

[15] Fatou Sarr Ndiaye-Ba, Sport et diplomatie. Le cas du football en Afrique 1960-1990, thèse de troisième cycle en relations internationales, université de Yaoundé, 1991 ; Pascal Charitas, L’Afrique au mouvement olympique : enjeux, stratégies et influences de la France dans l’internationalisation du sport africain (1944-1966), Orsay, université Paris Sud 11, 2010 et Éric Monnin et Catherine Monnin, « Le boycott politique des Jeux olympiques de Montréal », Relations internationales, 2008/2, n° 134, p. 93-113.

[16] Raffaele Poli et Paul Dietschy, « Le football africain entre immobilisme et extraversion », Politique africaine, n° 102, juin 2006, p. 173-187 et David-Claude Kémo-Keimbou, L’Afrique et la planète football, Paris, EPA, 2010 (2e édition, première édition e football et l’Afrique, 2008).

[17] Cité par Bernadette Deville-Danthu, Le sport en noir et blanc. Du sport colonial au sport africain dans les anciens territoires français d’Afrique occidentale (1920-1965), op. cit., p. 117.

[18] Cité par Roland Renson et Christel Peeters, « Sport et mission au Congo belge : ‘Tata’ Raphaël de la Kethulle (1939-1956) », dans Évelyne Combeau-Mari (dir.), Sports et loisirs dans les colonies XIXet XXsiècles, Paris, SEDES, 2004, p. 245.

[19] Sur la place de la « Chrétienté du muscle » dans l’Empire britannique, cf. James A. Mangan, The Games Ethic and Imperialism. Aspects of the Diffusion of an Ideal, Londres, Frank Cass, 1998,

[20] Dans le sens donné par Richard Price, Making Empire: Colonial Encounters and the Creation of Imperial Rule in Nineteenth-Century Africa, Cambridge, Cambridge University Press, 2008.

[21] Nnamdi Azikiwe, « Our Activities in Sports », My Odissey. An Autobiography, Londres, C. Hurst & Company, 1970, p. 403-416.

[22] Ibid., p. 402.

[23] On sait que la lutte est aujourd’hui le sport « national » sénégalais devant le football importé par les missionnaires. Sur les pratiques corporelles africaines, nous nous permettons de renvoyer au premier chapitre de notre livre cosigné avec David-Claude Kémo-Keïmbou, L’Afrique et la planète football, op. cit., p. 14-35 et intitulé « Jeux et exercices corporels en Afrique ».

[24] Nnamdi Azikiwe, My Odissey. An Autobiography, op. cit., p. 402.

[25] Ibid.

[26] Cf. Arjun Appadurai, Après le colonialisme. Les conséquences culturelles de la globalisation, op. cit.

[27] Nnamdi Azikiwe, My Odissey. An Autobiography, op. cit., p. 403.

[28] Ibid.

[29] Ibid.

[30] Voir, par exemple, le cas du club de Mohun Bagan à Calcutta avant 1914. Cf. Paul Dimeo, « Colonial Bodies, Colonial Sport : ‘Martial’ Punjabis, ‘Effeminate’ Bengalis and the Development of Indian Football », The International Journal of the History of Sport, vol. 19, n° 1, mars 2002, p. 72-90.

[31] Nnamdi Azikiwe, My Odissey. An Autobiography, op. cit., p. 404.

[32] Ibid., p. 404.

[33] Ibid.

[34] Ibid.

[35] André Lewin, Ahmed Sékou Touré (1922-1984). Président de la Guinée, tome I, Paris, L’Harmattan, 2009, p. 38.

[36] Ibid.

[37] Ibid., p. 39.

[38] Ibid.

[39] Ibid. Lettre de Jacques Bès à André Lewin datée du 28 juillet 1986.

[40] Ibid.

[41] Nelson Mandela, Un long chemin vers la liberté, Paris, Fayard, 1995, traduction française (première édition en langue anglaise 1994), p. 18-19.

[42] Ibid., p. 55.

[43] Cf. Isabelle Quéval, S’accomplir ou se dépasser. Essai sur le sport contemporain, Paris, Gallimard, 2004.

[44] Nelson Mandela, Un long chemin vers la liberté, op. cit., p. 55.

[45] Francis Monheim, Mobutu l’homme seul, Bruxelles, Éditions actuelles, 1962, p. 21.

[46] Ibid.

[47] Ibid., p. 23.

[48] Ibid.

[49] Jules Chomé, L’ascension de Mobutu, Paris, Maspéro, 1979, p. 79, (première édition 1974), l’article de Francis Monheim est paru dans Spécial, 25 novembre 1965.

[50] Philippe Robrieux, l’historien du Parti communiste français, a d’ailleurs consacré un livre aux plus grands d’entre eux. Cf. Philippe Robrieux, Les grands goals de l’histoire, Paris Ramsay, 1979.

[51] Henri Grimal, La décolonisation de 1919 à nos jours, Bruxelles, Complexe, 1985, p. 235.

[52] Nnamdi Azikiwe, My Odissey. An Autobiography, op. cit., p. 405.

[53] Athlétisme, boxe, cricket, cross-country, football, natation et tennis.

[54] Nnamdi Azikiwe, My Odissey. An Autobiography, op. cit., p. 407.

[55] Ibid., p. 409.

[56] Cf. Wiebe Boer, « A Story of Heroes, of Epics: The Rise of Football in Nigeria », dans Gary Armstrong et R. Giulianotti (éd.), Football in Africa. Conflict, Conciliation and Community, op. cit., p. 59-79 et « Football, Mobilization and Protestation : Nnamdi Azikiwe the Goodwill Tours of World War II », Lagos Historical Review, vol. 6, 2006, p. 39-61.

[57] Archives FIFA, série Correspondance avec les associations nationales, dossier Ghana, lettre de Richard Akwei à la FIFA datée du 31 août 1953.

[58] Nnamdi Azikiwe, My Odissey. An Autobiography, op. cit., p. 406.

[59] Nelson Mandela, Un long chemin vers la liberté, op. cit., p. 206.

[60] Ibid.

[61] Ibid.

[62] Ibid.

[63] Ibid.

[64] Ibid.

[65] Ibid.

[66] Ibid., p. 505.

[67] Ibid., p. 506.

[68] Ibid.

[69] Sur cet épisode longtemps méconnu de l’histoire de l’apartheid, cf. Chuck Korr et Marvin Close, More Than Just a Game. Football v. Apartheid, Londres, Collins, 2008.

[70] Nelson Mandela, Un long chemin vers la liberté, op. cit., p. 206.

[71] Archives FIFA, série Correspondance avec les associations nationales, dossier Nigeria, Referee’s report/Rapport d’arbitre, Nigeria v. Ghana (Independence Gold Cup) played at Lagos the 29th October at 4.45 o’clock.

[72] Nnamdi Azikiwe, My Odissey. An Autobiography, op. cit., p. 415.

[73] Jules Chomé, L’ascension de Mobutu, op. cit., p. 66.

[74] Cf. François Durpaire, « Sport et colonisation. Le cas du Congo belge (1950-1960) », Bulletin de l’Institut Pierre Renouvin, n° 16, automne 2003, p. 67-74.

[75] Archives FIFA, série Correspondance avec les associations nationales, Affiliations refusées, Dossier Elisabethville, Demande d’affiliation de l’Association Sportive Nationale du Katanga (ASKAT) à la FIFA datée du 16 octobre 1961.

[76] Jules Chomé, L’ascension de Mobutu, op. cit., p. 66.

[77] Francis Monheim, Mobutu l’homme seul, op. cit., p. 22.

[78] Ibid.

[79] Voir le récit de l’ancien Léopard Pierre Ndaye Mulamba, dans Claire Raynaud, La mort m’attendra, Paris, Calmann-Lévy, 2010.

[80] Sur la couverture des mésaventures des Zaïrois par la presse kinoise, cf. Paul Dietschy, « Football Imagery and Colonial Legacy : Zaire’s Disastrous Campaign during the 1974 World Cup », Soccer & Society, vol. 13, n° 2, March 2012, p. 222-238.

[81] Norman Mailer, Le Combat du siècle, Paris, Folio, 2002, traduction française, première édition en langue anglaise 1975, p. 150.

Paul Dietschy

Paul Dietschy, ancien élève de l’École normale supérieure de Fontenay-Saint-Cloud et agrégé d’histoire, est professeur d’histoire contemporaine à l’université de Franche-Comté et chercheur associé au Centre d’histoire de Sciences Po. Il participe au consortium européen Football Research in an Enlarged Europe (FREE) financé par l’Union européenne, www.free-project.eu sur une période triennale (2012-2015). Ses recherches portent sur l’histoire globale du football, le sport pendant les conflits mondiaux et l’histoire politique et culturelle du sport. Parmi ses dernières publications : « Making Football Global? FIFA, Europe, and the Non-European Football World, 1912-1974 » (Journal of Global History, Volume 8 / Issue 02, July 2013, p. 279-298 ; coordination du numéro spécial « Le Sport et la Grande Guerre » de la revue Guerres mondiales et conflits contemporains (n° 251, 2013/3) ; réédition en poche dans une version revue et augmentée de Histoire du football, (Paris, Tempus, 2014 ; première édition Perrin, 2010).

Mots clefs : Afrique ; décolonisation ; éducation ; football ; leaders.

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  • ISSN 1954-3670