Histoire@Politique : Politique, culture et société

Le dossier

Cultures sportives et cultures politiques. Le cas des chefs d'Etat et de gouvernement dans le monde au XXe siècle

Coordination : Patrick Clastres

Les cultures corporelles et sportives des femmes au pouvoir, de Golda Meir à Angela Merkel

Florence Carpentier
Résumé :

« Les cultures corporelles et sportives des femmes au pouvoir, de Golda Meir à Angela Merkel » L’objet de cet article est d’étudier la fabrique (...)

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Le premier numéro de la revue Histoire@Politique en 2007, consacré aux femmes dans les gouvernements, sous la coordination de Christine Bard [1] , rappelait combien l’exercice du pouvoir est traditionnellement masculin. En Europe, il faut attendre les années 1970 pour que la mixité professionnelle soit acceptée en politique. Toutefois, la place des femmes au pouvoir reste encore au stade des négociations à l’aube du XXIe siècle [2] . Si la féminisation des États commence timidement à la fin de la Grande Guerre [3] , il faut attendre 1960 pour qu’une femme prenne la tête d’un gouvernement [4] et 1982 pour qu’une autre soit élue présidente d’une République [5] . Jusqu’à aujourd’hui, un peu plus d’une centaine de femmes dans le monde, seulement, a occupé la fonction suprême ou celle de Première ministre [6] . L’objet de cet article est d’étudier les cultures sportives et corporelles de quelques-unes d’entre elles et l’usage qu’elles en font dans leur politique.

Les pratiques sportives qui se développent en Europe dans la deuxième moitié du XIXe siècle sont d’emblée un bastion masculin, les femmes, considérées comme trop fragiles, étant reléguées aux gymnastiques hygiéniques et esthétiques. Si le sport définit les contours de la virilité, tant il exige « force, courage et domination [7]  », et que « la virilité sied au pouvoir, le renforce même [8]  », on comprend alors comment la valorisation d’un corps sportif sert l’autorité et la légitimité d’un homme président, tout en marginalisant les femmes quand elles arrivent au pouvoir. Les différentes études de ce numéro montrent comment le sport a pu être utilisé comme un outil de communication par les hommes, au cours de leur campagne présidentielle ou pendant leur mandat. Les hommes et les femmes en quête de pouvoir n’hésitent jamais à jouer avec les stéréotypes de genre [9] . Un récent travail universitaire aux États-Unis montre que les candidates aux élections n’utilisent jamais, pour gagner des voix, leur expérience sportive, même si elles en ont. Alors que les hommes donnent à voir leur force, les femmes communiquent sur leur compassion pour convaincre les électeurs [10] . Alors, quel est, au juste, le rapport qu’ont les femmes au pouvoir avec le sport ? Possèdent-elles une culture sportive, héritée de leur éducation ou de leur expérience ? Quelles sont, plus largement, leurs représentations du corps et comment s’expriment-t-elles ? En d’autres termes, alors que les hommes au pouvoir affichent, opportunément ou non, leur passion pour le sport, comment les femmes s’accommodent-elles de cette double transgression de genre : afficher une culture sportive qui leur est historiquement étrangère pour occuper une fonction politique qui ne leur revient pas tout à fait ?

Le choix que nous avons fait, forcément restrictif, s’est porté sur les femmes dont le mandat a été le plus long ou la politique la plus marquante dans l’histoire de leur pays. Nous avons ainsi opté pour les trois figures que sont Golda Meir (1898-1978), Indira Gandhi (1917-1984) et Margaret Thatcher (1925-2013) [11] , complétées par l’actuelle « femme la plus puissante du monde », Angela Merkel (née en 1954). Ces trois générations de femmes correspondent aussi à trois temps de l’histoire du sport : son émergence à la fin du XIXe siècle, son extension dans l’entre-deux-guerres et sa massification à partir des années 1960. Les nombreuses biographies et autobiographies de ces femmes au pouvoir, en langue anglaise ou traduites en français, ainsi que la large couverture médiatique qui les concernent sur internet, ont permis de situer la place du sport et du corps dans leur éducation ainsi que l’influence de leur entourage familial dans la constitution de leurs cultures. Ces cadres préliminaires une fois posés, ils permettent ainsi d’éclairer au cours des carrières politiques l’importance accordée au développement du sport et aux spectacles sportifs, mais aussi l’image corporelle donnée à voir par ces femmes.

Golda Meir : un corps sioniste et non sportif

La future sioniste est née en 1898 et a vécu ses premières années entre Kiev et Pinsk, aux marges de l’Empire russe, dans la misère quotidienne et la peur de la répression contre les Juifs [12] . Les sports anglais commencent alors seulement à se diffuser en Europe occidentale, sans vraiment en atteindre la partie orientale et ils restent confinés à une élite sociale masculine. Il faut attendre 1917 pour que l’Empire russe s’intéresse, pour diverses raisons, aux sports et en particulier à la culture physique [13] . En ce sens, Golda Meir ne peut avoir connu, dans son enfance européenne, les plaisirs et l’insouciance de l’exercice physique. Émigrée à Milwaukee à l’âge de 8 ans, la culture américaine du sport ne l’a pas atteinte non plus, alors qu’elle s’engage en politique de manière très précoce.

L’enfance d’un corps né pour souffrir : le shtelt de Pinsk

Golda Mabovitch naît à Kiev en 1898, un an après la création des deux principaux mouvements juifs idéologiquement opposés : l’Organisation sioniste mondiale de l’Autrichien Theodor Herzl, qui prône le retour en Israël, et l’Union générale des travailleurs juifs de Lituanie, de Pologne et de Russie, communément appelée le Bund, qui propose aux Juifs d’Europe de trouver la paix là où ils sont, à travers le marxisme. Dans ce contexte social et politique, Golda a eu conscience précocement du « problème juif », qui n’était en fait pour elle qu’un « problème chrétien ».

Ses parents, Moshe et Blume, mariés par amour dans la ville de Pinsk, sont venus s’installer dans la capitale ukrainienne dans l’espoir de trouver du travail. Interdite de résidence aux Juifs, la ville autorise cependant la venue d’artisans comme le père de Golda, menuisier ébéniste. Toutefois, victimes d’antisémitisme et privés de revenus, les Mabovitch retournent en 1903 près de la famille maternelle, à Pinsk, l’un des plus grands shtetls de l’Empire russe. Neuf ans séparent la sœur aînée, Sheyna, de Golda, pendant lesquels leur mère perd successivement cinq nourrissons dans leur première année. Une troisième petite fille, nommée Zipke, survit finalement après la naissance de Golda. La famille de Moshe est profondément croyante, attachée aux traditions de l’orthodoxie juive. Le grand-père de Golda, enlevé à 13 ans par l’armée russe, fait figure d’exemple en n’ayant jamais cédé aux tentatives de conversion chrétienne pendant ses treize années de service, et préférant jeûner que d’accepter de la nourriture non cacher. Son fils, quant à lui, a suivi quelques temps le séminaire dans son adolescence et connait la Torah, en vrai mensch. D’après Golda Meir elle-même [14] , elle n’aurait pas particulièrement été éduquée dans la religion, se contentant de célébrer les principales fêtes et de manger cacher. Cependant, sa mère fréquente assidument la synagogue et imposera la présence d’un rabbin lors de son mariage, quelques années plus tard. Ainsi, la pauvreté, l’attachement à la tradition et aux valeurs familiales sont le quotidien de Golda et de ses deux sœurs.

À côté des privations constantes – nourriture, hygiène et confort –, la peur et la menace accompagnent les premières années européennes de Golda. La répression des Juifs, et surtout les pogroms, sont sa hantise quotidienne et son plus vieux souvenir, comme elle ne manquera pas de le signaler au pape Paul VI en 1973. Après les massacres des années 1880, elle éprouve la nouvelle vague de violence, qui éclate contre les Juifs en 1903. Son père décide alors d’émigrer seul aux États-Unis, la Goldene Medineh ou « Terre d’or », dans l’espoir d’un quotidien sécurisé et meilleur pour sa famille. Sheyna, âgée de 14 ans, s’engage auprès des activistes sionistes et révolutionnaires de Pinsk. Assistant aux réunions secrètes organisées régulièrement par sa sœur, la très jeune Golda vit là, sans les comprendre, ses premières heures politiques : Golda restera toujours très proche et très influencée par son aînée. En 1904, l’annonce de la mort de Herzl est vécue comme un drame dans la famille et Sheyna portera son deuil jusqu’à leur départ pour l’Amérique. C’est son activisme de plus en plus risqué qui pousse la mère à rejoindre leur père au plus vite. En 1906, à l’âge de 8 ans, Golda quitte donc définitivement l’Europe et embrasse pour la dernière fois sa famille maternelle qui sera entièrement décimée au cours de la Shoah.

Pendant ces premières années, on l’aura compris, il ne peut être question ni de gymnastique, ni de sport, à peine de loisirs, pour Golda et sa famille. En dehors du contexte familial très difficile, la partie russe de l’Europe n’a pas encore été gagnée par les gymnastiques patriotiques du XIXe siècle comme les Turnverein de Friedrich Jahn en Allemagne ou les Sokols tchèques, ni par la vague des sports, fraîchement diffusés dans la partie occidentale. Si une vingtaine de clubs juifs s’est constituée à la fin du siècle principalement en Allemagne, aucun n’est référencé du côté de l’Empire des Tsars [15] . Alors que le corps est traditionnellement délaissé dans l’éducation juive au profit de la formation de l’esprit, on reconnaît toutefois, depuis longtemps, l’intérêt de l’exercice modéré pour la santé et l’hygiène [16] . L’appel de Max Nordau pour un « judaïsme du muscle » en 1898 retrouve l’autre tradition, celle de la force hébraïque incarnée par Samson. Il s’agit de préparer physiquement les Juifs à la lutte. Après la violence du pogrom de Kichinev en 1903, le 6e congrès sioniste à Bâle aboutit à la création de l’Union juive des clubs de gymnastique – future organisation Maccabi – et à la présentation par Herzl de son controversé « projet Ouganda » comme terre provisoire de repli des juifs [17] . Ainsi, non seulement Golda ne peut avoir connu l’exercice physique tel qu’il se diffuse en Europe à la fin du XIXe siècle, mais le corps n’est pour elle, par expérience, qu’un lieu de souffrances et de privations, expression de la faim, du froid, de l’oppression et de la mort. C’est en poursuivant son éducation idéologique aux États-Unis que la future Israélienne découvrira la valeur du corps et de l’effort physique au service de la cause sioniste.

La fabrique d’un corps sioniste : le kibboutz de Merhavia

En 1906, Golda, sa mère et ses deux sœurs rejoignent un mari et un père intégré et américanisé à Milwaukee. Installée dans le quartier juif de la ville, la famille continue de vivre très modestement des petits travaux du père et de l’épicerie de la mère. Malgré sa présence importante dans la boutique maternelle, Golda se révèle une très bonne élève à l’école et rêve de devenir professeur. Elle apprend l’anglais rapidement, sans oublier le yiddish, et se réjouit de la sécurité et des attractions que lui offre son nouveau pays. Elle se passionne en particulier pour le théâtre et le cinéma, où elle se rend parfois grâce à l’école. Sa biographe relativise toutefois son intégration : « Golda ne vivait pas vraiment en Amérique, alors, pas dans l’Amérique des pique-niques du 4 juillet, des parties de baseball, et des meetings politiques [18] . » Après quelques mois seulement, sa sœur aînée, Sheyna, atteinte de la tuberculose, est contrainte de quitter Milwaukee pour se soigner à Denver, dans le plus grand sanatorium juif du pays, construit en 1899 [19] . Affectée par cette séparation et fâchée avec ses parents qui refusent qu’elle étudie, Golda fugue et rejoint Sheyna en 1912. Pendant deux années à Denver, elle assiste de nouveau aux réunions politiques et intellectuelles données par sa sœur à son domicile, avec des Juifs convalescents venus de tout le pays pour la cure. Côtoyant sionistes, anarchistes ou socialistes, la jeune fille se forge ici une culture littéraire, philosophique et politique. Elle se fascine pour les « amants de Sion » et les premiers colons juifs en terre de Palestine. Elle entend parler alors de l’Ukrainien Aharon-David Gordon, parti dès 1904 fonder les kibboutzim. Le fondateur du mouvement Hapoel Hatzaïr fait l’éloge du travail physique de la terre et de l’engagement corporel nécessaires pour s’approprier Israël et s’engager vers un renouveau moral et spirituel. Pendant les dix années suivantes passées aux États-Unis, Golda rencontre Morris Meyerson, un intellectuel lituanien, qu’elle épouse en 1917, au lendemain de la déclaration Balfour, et s’engage, aux côtés de son père, dans le mouvement sioniste travailliste de Milwaukee. On accepte même son adhésion au Poale Zion un an avant sa majorité, grâce à son activisme déjà bien connu. Son militantisme la fait voyager dans tout le pays pour diffuser les idées du parti et rencontrer les dirigeants. Ses engagements passent alors devant toute vie de famille, d’épouse et de mère, puisqu’elle voyage sans son mari et décide d’avorter d’une première grossesse. Elle n’a alors que 19 ans et se consacre entièrement au sionisme.

Accompagnée de Morris, Golda fait en 1921 le long voyage vers Tel Aviv. Elle s’inscrit immédiatement avec son mari dans le kibboutz de Merhavia, un des premiers de la vallée de l’Emek, où elle est tout d’abord refusée. En tant que professeure américaine, peu habituée à l’effort physique et attachée à un certain confort, il lui faut faire ses preuves pendant plusieurs mois avant d’être acceptée. Dans cette communauté agricole autarcique, où les femmes travaillent comme les hommes à l’assèchement et à la plantation d’anciens marécages, Golda se fabrique un corps sioniste pendant deux ans et demi. À côté des travaux éprouvants de la terre, elle suit une formation pour élever des volailles et se distingue en essayant d’améliorer un peu les conditions de vie spartiates, non sans réticences de la part des habitants. En 1923, l’état de santé de Morris les oblige à quitter définitivement cette vie, avec regret, écrit-elle [20] , mais peut-être aussi avec soulagement, sans oser l’avouer. Les engagements et la carrière politique de Golda au sein du Parti travailliste, dès les années 1920 en Palestine britannique, sont entièrement tournés vers l'indépendance d’Israël jusqu’en 1948, puis vers la construction du nouvel État, sa reconnaissance internationale et la défense de ses frontières. Quittant Jérusalem et son mari en 1928 pour rejoindre la Histadrut à Tel-Aviv, elle n’hésite pas à se partager entre ses deux enfants et son travail, rompant avec la tradition juive de la mère omniprésente. Alors que plusieurs organisations sportives voient le jour à Tel Aviv dès les années 1920, on ne lui connaît aucun engagement sportif. En 1926, le club omnisport du Hapoël est créé par le parti travailliste et deviendra le mouvement sportif le plus important d’Israël, avec des compétitions internationales annuelles.

De l’image d’un corps éprouvé par les privations ou la maladie, Golda glisse ainsi vers l’idée d’une souffrance physique bienfaitrice et positive, pour construire Israël. Comme intellectuelle, peut-être plus que comme nationaliste, l’expérience extrême de la vie en kibboutz représente pour elle un motif de fierté et la preuve de sa sincérité politique. Jamais au long de sa vie, Golda n’aura envisagé son corps comme un instrument de plaisir ou de loisir, comme le prouvent son apparence physique et son refus de pratiquer les sports ou la gymnastique, ou bien encore son incompréhension du spectacle sportif.

Le déni d’un corps politique et l’attentat de Munich (1972)

Dans son témoignage autobiographique, elle explique combien ses objectifs politiques ont toujours été au premier plan dans sa vie. Son propre corps lui importe peu : elle est connue comme une grande fumeuse, dormant peu et mangeant léger. Contrairement à Indira Gandhi, soigneusement vêtue de magnifiques saris dans ses déplacements à l’étranger (photo 1 et photo 2), ou à la sophistication bourgeoise de Margareth Thatcher un peu plus tard (photo), Golda Meir ne se préoccupe ni de ses tenues officielles, ni de son image physique. Ses vêtements sont simples et sa coiffure non travaillée. Ses conseillers proches s’inquiètent d’ailleurs lors de sa première rencontre avec Richard Nixon en 1969, quelques mois après son élection comme Première ministre :

« Avant qu’elle ne parte, son staff s’inquiétait terriblement des deux robes de soirée et des chapeaux qu’elle avait achetés et si elle accepterait de porter les gants qu’on leur avait diplomatiquement conseillés. Mais tout ce à quoi elle pensait était comment expliquer à Nixon pourquoi Israël ne ferait pas reculer "un seul soldat d’un seul pouce" jusqu’à ce que les Arabes signent un accord de paix [21] . » (photo)

Âgée de plus de 70 ans à son accession à la tête du gouvernement, son allure de vieille dame simple rompt singulièrement avec l’intransigeance – face aux terroristes notamment – qu’on lui attribue : la presse lui donne le surnom de « dame de fer » bien avant que cela soit repris pour Margareth Thatcher. Il est vrai aussi qu’elle est à cette époque à la tête d’un État réputé détenir l’arme nucléaire. L’apparence physique qu’elle se donne d’une femme inoffensive et intransigeante a pu jouer pour ébranler des dirigeants comme Nixon.

La question du sport ne figure donc pas dans l’agenda de Golda Meir, qu’elle soit ministre du Travail (1949-1956), ministre des Affaires étrangères (1956-1965) ou Première ministre (1969-1974). En 1971, les Hapoël Games se tiennent plutôt sous le patronage du président Zalman Shazar que sous le sien. En revanche, en tant que cheffe du gouvernement, c’est elle qui prend en main les évènements de Munich en 1972 [22] .

À son arrivée au pouvoir, en 1969, Golda Meir est confrontée aux attaques libanaises et syriennes aux frontières d’Israël, conséquences de la guerre des Six Jours (1967), et décide d’augmenter fortement la sécurité intérieure. Cela a pour conséquence de déplacer le terrorisme anti-israélien vers l’Europe. Au début des années 1970, de nombreuses actions meurtrières sont menées à Londres, au Danemark, en Allemagne, et dans différentes ambassades, contre les Juifs et les Israéliens. Dans la lignée de ces attaques, les Jeux olympiques de Munich sont le théâtre des tensions extrêmes qui animent le Moyen-Orient. Le 5 septembre, Golda Meir, en contact avec le Chancelier Willy Brandt, suit de son bureau la prise d’otage des onze sportifs israéliens par le groupe terroriste « Septembre noir », organisation pour la libération de la Palestine, qui réclame la remise de 234 prisonniers arabes. Après une intervention manquée de la police allemande, la délégation israélienne est finalement assassinée. Après une journée de deuil, les jeux reprennent leur cours le 7 septembre sur la décision du président du Comité international olympique, l’Américain Avery Brundage, prononçant son célèbre « The Games must go on » devant le monde entier [23] . Devant cette décision controversée, insoutenable pour Golda Meir, elle confie à des amis « l’horreur de voir des Juifs se faire encore bander les yeux et massacrer sur le sol allemand pendant que le reste du monde joue au volleyball [24]  ». Sa réaction politique est immédiate et sans appel, probablement suscitée par l’ampleur médiatique de la prise d’otage, sa violence et par le pays lui-même, éminemment symbolique. Le 9 septembre, la force aérienne israélienne bombarde des bases de l’OLP [Organisation de libération de la Palestine] en Syrie et au Liban. Le 15 septembre, alors qu’elle avait refusé jusque-là l’intervention du Mossad dans la lutte anti-terroriste, Golda Meir déclenche l’opération « colère de Dieu » et confie à Zvi Zamir, chef des services secrets, la mission d’éliminer des terroristes identifiés dans la « liste Golda » en tant que membres du groupe « Septembre noir » ou dirigeants de l’OLP. Une quinzaine de personnes seront éliminées sur une durée de 20 ans.

Un an plus tard, les IXe  Maccabiades [25] , à Tel Aviv, s’ouvrent pour la première fois avec le parrainage de Golda Meir, accompagnée du ministre des Affaires étrangères, Abba Eban. Ils commémorent ensemble, devant 60 000 spectateurs, le massacre de Munich et rendent hommage aux onze sportifs israéliens assassinés. Trois mois plus tard, l’attaque surprise des Egyptiens et des Syriens le jour du Kippour entraîne la démission de Golda Meir en avril 1974. Atteinte d’un cancer détecté en 1963 et soigneusement caché à tous, elle décède à Jérusalem en décembre 1978 à l’âge de 80 ans. Son corps, malade, s’était une nouvelle fois effacé devant ses engagements politiques.

Indira Gandhi : de l’éducation athlétique aux pratiques traditionnelles indiennes

Femme à la tête d’un jeune État indépendant comme Golda Meir, Indira Gandhi présente toutefois un itinéraire corporel radicalement opposé, marqué par la culture sportive aristocratique de l’Europe alliée à l’éducation corporelle de l’élite indienne. La jeunesse dorée d’Indira est bien loin des premières années de Golda, vécues dans la misère et l’oppression. Née à la fin du premier conflit mondial, quelques années avant Margaret Thatcher, cette génération connaît désormais la pratique sportive, développée principalement dans les pays européens et leur empire colonial, ainsi qu’en Amérique du Nord. Le sport s’institutionnalise à l’échelle internationale par le biais des fédérations et des grandes compétitions comme les Jeux olympiques (1896), les tournois internationaux de tennis ou la Coupe du monde de football (1930). Il reste toutefois principalement le territoire des hommes malgré l’existence éphémère d’une fédération sportive féminine internationale entre 1921 et 1936.

La famille d’Indira, les Nehru, originaires de la vallée du Cachemire, appartient à l’élite des Brahmanes, la caste des sages et des érudits, gardiens des cultes et de la spiritualité, que le travail physique et le toucher de l’eau déshonorent. Première ministre de l’Inde entre 1966-1977 et 1980-1984, Indira Gandhi s’inscrit en héritière du pouvoir dans une généalogie politique qui est aussi une généalogie sportive [26] . Née en 1917, elle est la petite-fille de Motilal Nehru (1861-1931), un des premiers indépendantistes indiens et président du Parti du Congrès en 1919-1920, puis en 1928-1929. Son père, Jawaharlal (1889-1964), s’associe au combat du Mahatma Gandhi dès 1920 et devient le premier chef du gouvernement indien en 1947 jusqu’à sa mort en 1964. Nous allons présenter ces hommes, qui ont tenu une place importante dans l’éducation d’Indira, et ont pour point commun d’avoir été eux-mêmes nourris à la culture britannique et à ses sports, avant d’entrer en lutte contre l’Empire.

Le cricket des Nehru : une arme culturelle retournée contre l’Empire anglais

Comme l’a montré Arjun Appadurai, le cricket, qui est le sport de la gentry anglaise plus que le soccer, est au cœur des processus de colonisation et de décolonisation. D’abord instrument de domination et d’acculturation, dans un pays où toucher du cuir est une profanation, et où l’on pratique différentes sortes de luttes à mains nues ou le yoga depuis des siècles, le cricket devient toutefois symbole d’opposition culturelle et d’unité nationale pour les Indiens.

Dans les années 1880, Motilal Nehru, tout comme le futur Mahatma Gandhi (1869-1948), fait partie de la première génération d’Indiens à recevoir une éducation européenne. Après avoir fréquenté les écoles britanniques en Inde, les deux hommes ont poursuivi leurs études en Angleterre. Jawaharlal Nehru suit la même voie en fréquentant Harrow, Cambridge et Londres dans les années 1900. À ces occasions, ils ont pu, tous trois, goûter leurs premières émotions sportives. En 1983, Indira évoque, dans un discours, le rôle joué par son grand-père dans la diffusion de la lutte en Inde [27] . Il s’agit probablement du traditionnel kushti, forme élitiste et ritualisée de lutte indienne, donnée par Krishna aux brahmanes selon la mythologie, et diffusée à toutes les castes dans un but de formation morale et virile [28] . Le Mahatma [29] , et surtout Nehru fils, ont, eux, appris le jeu du cricket, qui est alors le fleuron des sports universitaires anglais. Associé à un « code moral » établi dans le premier XIXe siècle par l’aristocratie anglaise, ce sport socialement distinctif est utilisé comme instrument de pacification sociale : celle des ouvriers au Royaume-Uni et celle des indigènes aux quatre coins de l’Empire : Australie, Nouvelle-Zélande, Afrique du Sud, Caraïbes. Aux Indes, le cricket est ainsi implanté dans les Public Schools fréquentées par les princes et les élites, futurs administrateurs sous contrôle colonial [30] .

Importé précocement par et pour les Européens à la fin du XVIIIsiècle à Calcutta, le cricket gagne d’abord la population parsi qui crée ses premiers clubs au milieu du XIXe siècle. Le premier tournoi, qui deviendra annuel, est organisé à Bombay en 1877 entre Britanniques et Parsis. Dans une logique volontairement communautariste, mise en place par les administrateurs coloniaux pour diviser la population [31] , le tournoi prend de l’ampleur et devient « triangular » en 1907 avec l’arrivée des joueurs hindous, puis « quadrangular » en 1912 en intégrant une équipe musulmane, et enfin « pentagular » en 1937 avec « the Rest », une équipe composée de joueurs juifs, chrétiens et bouddhistes. Soucieux de réunifier cette population indienne multiculturelle, Gandhi et le Parti du Congrès ne peuvent cautionner le tournoi qui exacerbe des tensions internes au pays [32] . Ils s’opposent aussi aux discriminations très fortes qu’impose le système des castes. Ainsi, le grand champion Palwankar Baloo, à qui l’on refuse le poste de capitaine à partir de 1919 pour son appartenance aux « intouchables », reçoit le soutien de Gandhi : ce dernier est favorable aux castes hindouistes à condition qu’elles soient mises sur un pied d’égalité. Le principe des castes sera finalement aboli dans la future Constitution de l’Inde en 1950.

Jusqu’alors symbole de loyauté envers l’Empire et de respect des identités religieuses, le cricket devient, en quelques décennies, le sport le plus populaire de l’Inde et un synonyme d’indépendance. Dès le début du siècle, les joueurs indiens s’approprient les techniques et modifient les règles du jeu, tandis que la gratuité des matches, jusqu’en 1933, permet de fidéliser une foule de spectateurs festifs, bien éloignés du modèle des gentlemen de l’Angleterre victorienne. C’est pourquoi, dès l’indépendance en 1947, Nehru, Premier ministre de la nouvelle République de l’Inde, incite à la diffusion du cricket, désormais sport national, et veut contribuer ainsi à la victoire sportive de son pays sur l’ancien colonisateur, laquelle survient à l’occasion d’un test match au cours de la saison 1961-1962. Jusqu’à sa mort en 1964, « Pandit » ne manque pas une occasion de rencontrer les grands joueurs indiens et internationaux, comme l’équipe universitaire de Pilani en 1954 (photo) ou le champion anglais Reg Simpson en 1957 (photo). En 1953, il participe aussi lui-même à un match de charité entre parlementaires (photo 1 et photo 2 de Kulwant Roy, photographe bien connu de l’indépendance indienne). Soucieux de donner une envergure internationale à son pays – c’est là un point de désaccord avec Gandhi –, Nehru initie une diplomatie d’influence par le sport. C’est ainsi que l’Inde est à l’origine de la création de la Fédération des jeux asiatiques lors de la première conférence sur le sport tenue en 1949 à New Dehli. Parrainée par le Comité international olympique, cette nouvelle institution a pour objectif de relancer et de rassembler les jeux de l’Extrême-Orient et ceux du Proche-Orient, disparus dans les années 1920. En mars 1951, les premiers jeux asiatiques sont inaugurés par le Premier ministre [33] à New Dehli (photo 1 et photo 2). Quatre ans avant la conférence de Bandoeng, c’est une sorte de tiers-mondisme sportif avant la lettre.

La politique de nationalisation du peuple indien par le sport sera poursuivie après la mort de Nehru en 1964 dont la mémoire est aussi célébrée sur les terrains de sports. Ainsi, en 1982, le nouveau stade de New Dehli prend son nom et la All India Federation crée la Nehru Cup, un tournoi international de football organisé annuellement en Inde. Enfin, en 1989, le centenaire de son anniversaire est célébré en organisant, notamment, un tournoi de cricket à son nom, opposant l’Angleterre à six de ses anciennes colonies. Ainsi, les sports, qui sont des produits de la culture britannique, tout comme le parlementarisme ou le capitalisme, ont participé à la construction de l’Inde indépendante, encouragés par Nehru, l’un de ses principaux protagonistes.

Une éducation à double influence, sportive et hygiéniste

Lorsqu’Indira devient la Première ministre en 1966 de la « République la plus peuplée du monde », elle porte l’héritage de cette culture sportive britannique, mais alliée à une éducation plus traditionnelle.

Parce qu’elle est fille unique, Indira est encouragée à mener une carrière politique dans un pays où seuls les fils succèdent traditionnellement à leur père. Dès lors, elle bénéficie tout au long de sa jeunesse d’une éducation à deux faces : masculine et coloniale, féminine et traditionaliste [34] .

Jusqu’au début des années 1920, avant l’entrée en politique de Motilal, tous les membres de la famille et leurs serviteurs vivent au cœur du quartier britannique de la ville d’Allahabad, dans un luxueux palais, « Anand Bhawan », au style mi-colonial, mi-indien. L’immense parc attenant comporte un manège à chevaux, des courts de tennis et une piscine qui permettent aux Nehru de pratiquer les sports anglais. Les deux sœurs de Jawaharlal, tantes d’Indira, pratiquent ainsi l’équitation et la natation, ce qui est peu commun pour de jeunes indiennes de cette époque. Mais la propriété est en fait scindée entre les deux cultures. Une première moitié, réservée aux hommes, vit et reçoit à la mode coloniale. On y parle anglais, s’assoit sur des sofas et boit du thé. Aux côtés de son père et de son grand-père, Indira assiste aux discussions politiques et accède à la culture britannique. Mais, la partie arrière de la maison, organisée en véritable gynécée, conserve le mode de vie et les traditions hindous. La mère d’Indira, Kamala, lui transmet, comme à toute jeune fille, l’Hindi, seule langue qu’elle connaît, et les rites hindous auxquels elle est très attachée. Elle prend toutefois l’habitude de l’habiller en garçon pour lui donner plus de liberté dans la maison et au-dehors. Féministe, elle souhaite ardemment que sa fille suive une éducation à l’occidentale pour favoriser son émancipation et la préparer, en quelque sorte, à l’indépendance de l’Inde.

À partir de 1920, Motilal et Jawaharlal entrent en politique aux côtés de Gandhi au sein du Congrès national indien, devenu nationaliste, et suivent son appel à la non-coopération en brûlant leurs vêtements importés d’Angleterre, en 1922. La jeune Indira se souvient du brasier de tissus dans la propriété et du sacrifice de sa poupée « made in Great Britain ». En 1926, la santé de sa mère, atteinte de tuberculose depuis deux ans, conduit la famille en Suisse. De cette proximité inédite avec son père, la jeune fille apprend l’importance de l’entretien physique, dans une approche esthétique et aristocratique : « Il importait peu que je courre une longue distance… mais je devais être gracieuse en courant […] J’ai appris à respirer avec mes talons [35]  », se souvient Indira, poussée à courir tous les jours avant de se rendre à l’École internationale. Loin de la quête de performance ou de vitesse, il s’agit également de renforcer la santé fragile de l’adolescente et de prévenir les maladies respiratoires. Dans les Alpes, elle découvre aussi la neige et pratique assidûment le ski avec son père : « Le ski est la meilleure activité sportive qui soit – à la seule exception du jeu le plus excitant que sont la vie et la révolution [36] . » Il s’agit probablement ici de ski de randonnée car le ski de descente n’est guère développé avant l’invention des remontées mécaniques dans les années 1930. Pratiqué au grand air, combiné à l’héliothérapie, le ski est aussi une manière de combattre le risque tuberculeux. Les écoles qu’Indira fréquente, enfin, l’habituent à la natation et aux gymnastiques.

Ainsi, Indira Nehru – mariée en 1942 à Feroze Gandhi (1912-1960), sans lien de parenté avec le Mahatma –, est initiée aux sports anglais dès son enfance par son père, lui-même adepte des pratiques physiques. Cette éducation sportive illustre l’éducation masculine qu’elle a pu connaître, fille unique entourée d’hommes charismatiques comme son père Jawaharlal, son grand-père Motilal ou encore le Mahatma Gandhi. Sa mère, quoique prisonnière des traditions indiennes qui laissent si peu de liberté aux femmes, a favorisé l’indépendance physique et intellectuelle de sa fille en l’éduquant en partie comme un Indien de l’élite. Elle s’est opposée aussi, dans cette même logique, à un mariage précoce de la jeune fille. Tout ceci a permis à Indira d’être la première femme au pouvoir en Inde, et peut-être aussi d’assumer les charges physiques qui ont animé ses engagements : les longues campagnes politiques au sein du vaste pays, les mois d’emprisonnement en 1942 ou même la violente attaque qui lui a laissé une blessure au visage en 1967 au cours d’une manifestation étudiante.

L’indianité par la danse et le yoga

De retour en Inde, sur les conseils du Mahatma Gandhi, ami de la famille, Indira quitte la maison familiale en 1931 pour s’écarter de sa mère malade et de sa famille oppressante, tandis que son grand-père vient de décéder et que son père est emprisonné comme opposant au régime colonial. Elle entre d’abord dans une école nationaliste à Poona, où elle connaît pour la première fois une vie ascétique et communautaire (photo). Elle y apprend le chant, la danse et l’art floral, qu’elle pratiquera toute sa vie. À cette époque, Gandhi est en prison dans une ville proche de l’école et Indira, isolée de sa famille, lui rend souvent visite. En 1934, à la fin de son cursus scolaire, elle décide elle-même de s’inscrire à la célèbre université de Shantiniketan, ashram fondé et tenu par le poète et philosophe Tagore, prix Nobel de Littérature en 1913 et indépendantiste [37] . Alors que son père s’inquiète toujours à cette époque de sa condition physique : « Qu’en est-il de l’exercice physique ? Tu n’en mentionnes aucun. Ne deviens pas comme les Bengalaises trop bien élevées qui sont si délicates et filiformes et incapables d’exercice difficile. Si tu ne peux rien faire d’autre, fais un footing le matin [38]  », Indira découvre et se passionne pour la danse traditionnelle indienne. Elle y est également sensibilisée à l’art, à l’harmonie des couleurs et à l’esthétisme, qui guideront, le reste de sa vie, le choix de ses saris – la simplicité du blanc en Inde, les couleurs sophistiquées dans ses voyages officiels. Ce sont les deux années, semble-t-il, qui ont le plus influencé la jeune fille. Enfin, après la mort de sa mère dans un sanatorium allemand en 1936, Indira se réfugie en Grande-Bretagne pour y poursuivre ses études, sur les traces de son père et de son grand-père. Elle ne termine cependant pas son cursus à Oxford, freinée par une santé fragile et les tensions politiques en Europe.

Les questions de ses pratiques sportives à l’âge adulte ou de son intérêt pour les sports et leur diffusion ne sont pas vraiment abordées par ses biographes, ni dans son autobiographie. Rien n’indique un attrait pour le sport au-delà de ses jeunes années, comme ce fut clairement le cas pour son père. En 1976, alors que l’État d’urgence vient d’être déclaré et qu’Indira met en place une campagne très controversée de stérilisation des hommes, la désignation de New Dehli pour l’organisation des Jeux asiatiques de 1982 offre, en contrepartie, l’espoir d’un grand spectacle sportif au peuple réprimé. La cheffe du gouvernement, réélue en 1980 après trois ans d’absence, crée pour l’occasion un ministère des Sports, dirigé par son fils Rajiv, donne le nom de son père au nouveau stade de New Dehli et se met en scène en allumant la flamme olympique lors de la cérémonie d’ouverture (photo). Elle félicite aussi, en 1983, l’équipe indienne de cricket, championne du monde pour la première fois (photo 1 et photo 2) et reçoit, la même année, la médaille d’or de l’ordre olympique, remise par le Comité international olympique réuni en session annuelle à New Dehli (photo). À cette occasion, la première femme de l’Inde porte un regard en demi-teinte sur ses expériences sportives passées :

« Notre tradition indienne dans les jeux, comme dans de nombreux autres secteurs, est très ancienne. […] Je fus moi-même – je ne sais si je dois employer le mot "victime" ou le mot "bénéficiaire" – de l’entraînement à la course que mon père me faisait subir. Quel que soit le temps, que ce soit dans la chaleur de l’Inde ou dans le froid de l’hiver suisse, je devais courir le matin non seulement pour la vitesse, car le plus grand accent était mis sur le style et l’élégance. J’eus aussi la chance que pratiquement toutes les écoles que j’ai fréquentées fussent très portées sur l’athlétisme et nous devions passer une grande partie de notre temps à l’extérieur à nous exercer. Nous n’aimions pas beaucoup cela, mais en revoyant le passé, j’en suis reconnaissante à ces éducateurs [39] . »

De son éducation mixte, il semble que ce soient les traditions indiennes, transmises par les femmes, qui ont finalement le plus agi sur Indira Gandhi. Sa mère, pour cela, a joué un grand rôle, en l’initiant aux traditions et à la méditation. Les écoles indiennes, aussi, semblent l’avoir plus profondément marquée et passionnée que les études européennes. Le yoga prend alors une place plus importante dans sa vie d’adulte et de femme politique. Une des six branches de la philosophie indienne, cette ancienne pratique indienne de méditation consiste à contrôler son corps pour permettre l’épanouissement psychique et spirituel. Sur les conseils de Nehru, c’est Dhirendra Brahmachari, le fameux yogi des cosmonautes soviétiques dans les années 1960, qui initie Indira. Il devient son gourou, au point d’être surnommé le « Raspoutine indien ». Il est particulièrement proche d’elle à partir de 1975 lorsqu’elle exerce un pouvoir dictatorial après avoir déclaré l’État d’urgence. Très controversée après vingt ans de règne chaotique, Indira Gandhi est finalement assassinée en 1984 par des extrémistes Sikhs, en représailles d’une intervention sanglante de l’armée indienne au Pendjab quelques semaines avant. Son fils Rajiv lui succède aussitôt à la tête du gouvernement.

Si elle combine deux éducations culturelles et genrées, Indira semble toutefois revenir à l’âge adulte à une culture corporelle féminine nationalisée, tout en occupant une position politique éminemment masculine. Le port du sari, symbole de l’Inde indépendante, la danse traditionnelle et le yoga sont des pratiques plus conformes aux normes sociales à la fois du jeune État et de ses anciens colonisateurs.

Margareth Thatcher, l’austérité méthodiste contre les passions sportives

Née en 1926, quelques années après Indira Gandhi, la future Première ministre du Royaume-Uni appartient, quant à elle, à la petite bourgeoisie urbaine. Les ambitions de son père, engagé politiquement dans sa ville, et les économies de ses parents lui permettent toutefois d’accéder à l’université d’Oxford. Méthodiste et conservatrice depuis son enfance, Margaret Thatcher puise dans sa culture familiale le goût de l’ordre, du labeur et de l’ascétisme. Alors que dans la Grande-Bretagne d’après-guerre le sport se développe remarquablement pour les jeunes femmes des classes moyennes et défavorisées [40] , Margaret lui préfère d’autres loisirs plus conformes à la morale wesleyenne. Plus tard, l’apparence physique de la Première ministre et sa politique face au football en particulier seront à l’image de son intransigeance politique.

Le contrôle ascétique des corps

Margaret Roberts est née en 1925 à Grantham, première ville de Grande-Bretagne à préparer des femmes au métier de la police au début du XXe siècle et à confier toute la sécurité de la ville à l’une d’entre elles en 1915. D’origine sociale très modeste, ses parents, Alfred et Beatrice, se hissent dans la petite bourgeoisie urbaine en devenant propriétaires de deux grandes épiceries, grâce à une épargne rigoureuse, dans la pure logique wébérienne de l’éthique protestante [41] . La famille fréquente assidûment le culte méthodiste, dans la tradition conservatrice et ascétique de John Wesley [42] , qui se caractérise notamment par une croyance émotionnelle où la prédication est centrale, et par l’attachement à la pratique chrétienne et aux œuvres plutôt qu’à la doctrine. Les dimanches des Roberts sont consacrés aux messes du matin et du soir, à l’éducation religieuse pour Margaret et sa sœur, à la chorale et aux rencontres conviviales avec les pratiquants de la communauté. À ces occasions, la jeune fille participe aux échanges politiques fréquents et se forge là ses idées conservatrices et libérales. Comme Golda Meir et Indira Gandhi, elle devient politisée de manière précoce. Adolescente, elle accompagnera souvent son père dans ses réunions politiques et participera, à son niveau, aux campagnes électorales locales.

Par manque d’argent, son père dut renoncer à son ambition de devenir enseignant et abandonna l’école à 12 ans pour travailler. Self-made-man, il se cultive seul et participe activement, après la Grande Guerre, à la vie publique en accédant à différentes responsabilités : prédicateur laïc au sein de son église méthodiste et membre élu du conseil municipal à partir de 1927, proche des Tories libéraux. Protestant, il se distingue par la rigueur économique qu’il applique au sein de la Chambre des commerces et de la Commission des finances. Méthodiste, il propose une politique sociale en faveur des logements (en 1945-1946) et autorise l’ouverture des cinémas le dimanche, pour divertir (et contrôler) les soldats pendant la guerre. Il s’oppose, toutefois, à l’accès aux parcs publics pour la pratique des sports, qu’il juge nuisibles à la tranquillité dominicale. Comme sa fille bien plus tard, il associe le sport à l’insécurité et au désordre. De plus, encouragé par les partis socialistes et communistes dans l’entre-deux-guerres, le sport s’impose comme une activité de loisir prédominante dans les classes ouvrières, durement touchées par la crise économique des années 1930. Les paris sportifs sont également couramment pratiqués dans les classes populaires, ce que les classes favorisées « respectables » réprouvent et associent à l’alcoolisme et à la violence [43] . L’opposition du pasteur conservateur aux sports est donc à la fois politique et morale. Dans son autobiographie [44] , Margaret mentionne l’intérêt de son père pour les bowls (« boulingrin » en français), auxquels il consacre ses courtes vacances annuelles. Contrairement au football [45] , qui génère bruits et fureurs dans et autour du terrain, la maîtrise des trajectoires des boules non sphériques du jeu anglais nécessite de la concentration et un contrôle de soi, deux qualités privilégiées par les protestants dans les sports, comme le basket-ball par exemple.

Les loisirs de la future Première ministre sont eux aussi calmes et plutôt contemplatifs. Si elle reconnaît avoir joué au hockey sur gazon de manière irrégulière, elle ne semble pas s’y être intéressée au-delà de l’école, alors qu’un club local existe depuis 1907 et entraîne les jeunes filles dès 1911. Elle aime se promener dans la campagne mais se passionne surtout pour la poésie, la lecture et le cinéma, que ses parents l’autorisent à fréquenter pour voir les comédies musicales, accompagnées d’amies de son âge. Passionnée de musique classique, elle joue au piano et chante en chorale, toujours dans un cadre religieux. Elle rêve toutefois de prendre des cours de danse de salon, ce que lui refuse son père.

Son entrée en 1943 au Sommerville College d’Oxford pour des études de chimie lui permet de s’émanciper, dans une certaine mesure, du joug familial. L’étudiante boursière s’inscrit dès son arrivée dans l’association méthodiste et dans celle des jeunes conservateurs. Elle avoue cependant goûter pour la première fois au tabac et à l’alcool, mais sans persévérer, apprend enfin la danse et participe avec bonheur à son premier bal. En 1951, Margaret épouse Denis Thatcher, un Anglican divorcé, suffisamment aisé pour lui permettre, à elle, de se consacrer à ses ambitions politiques. Passionné de sports, ceux de l’élite masculine britannique, il suit assidûment les championnats de rugby et de cricket. Avec les jumeaux, Mark et Carol nés en 1953, la famille skie chaque année dans les Alpes suisses, comme en témoigne une unique photo publiée dans l’autobiographie, et représentant le couple, skis aux pieds, sur la piste d’une station des Grisons [46] . Dans son propre témoignage écrit, Carol Thatcher se rappelle du style académique de sa mère sur les pistes de descente, allié à une grande prudence pour ne pas se blesser [47] . C’est en fait la seule pratique sportive qu’on lui connaît après ses études. Le contrôle de soi et la précision sont encore, comme pour son père, les qualités que Margaret privilégie dans ce loisir bourgeois.

Ainsi, l’austérité, le travail et l’épargne sont les valeurs familiales et méthodistes inculquées à Margaret dans son enfance, dans un contexte économique national difficile, en particulier après la crise de 1929. Les sports restent périphériques dans la vie de la future Première ministre, à travers son mari et ses enfants. En fait, les loisirs de l’esprit priment les plaisirs du corps. Sous l’influence de son père, les sports populaires sont perçus comme une source de désordre et d’immoralité.

Le conservatisme au féminin

Si Margaret insiste sur l’influence de son père tout au long de sa biographie – ce qui est en partie une reconstruction a posteriori, d’après l’un de ses biographes [48]  –, elle est moins prolixe sur sa mère, entièrement dévouée aux tâches domestiques et à la famille. Couturière de formation, elle arrête son activité pour tenir l’épicerie de son mari, mais continue à confectionner tous les vêtements de ses filles. À ce titre, elle lui transmet une obsession pour les étoffes et l’habillement, qui semble la poursuivre toute sa vie. Dans ses robes modestes et simples, Margaret enfant est fascinée par la fantaisie des rubans et des froufrous qui habillent les jeunes filles catholiques. De manière générale, ses mémoires sont fréquemment jalonnées de remarques sur les vêtements des personnes qu’elle croise. Pendant sa carrière politique, la future Première ministre se soucie particulièrement de son apparence et est une des premières dirigeantes politiques britanniques à utiliser la télévision à cet escient. Dans un premier temps, son austérité vestimentaire lui donne l’allure d’une femme respectable devant le Parti conservateur. Après la naissance de ses enfants en 1953, la jeune conservatrice peine à se faire accepter comme candidate au Parlement au sein de son Parti, qui reste hostile aux jeunes mères comme elle qui souhaitent entrer en politique, d’autant que son mari, qui la soutient pourtant, ne s’affiche pas toujours à ses côtés.

« En avril 1958, j’eus une longue conversation à Central Office avec Donald Kaberry [membre du Parlement depuis 1950]. Il me parla des circonscriptions susceptibles de choisir un candidat et je lui racontai mes difficultés, en tant que femme, avec les comités de sélection. […] Il me conseilla malgré tout de m’habiller élégamment, mais sans ostentation. En fait, il pensait que la robe-manteau noire gansée de brun que je portais ce jour-là serait parfaite [49] . »

Ses tenues restent sobres dans les années 1960 et 1970, lorsqu’elle entre à la Chambre des Communes (1959-1992) puis lorsqu’elle devient ministre de l’Éducation et des Sciences (1970-1974), mais deviennent plus recherchées à son entrée à Downing Street en 1979. La « dame de fer » est connue pour ses tailleurs-jupes bourgeois ornés d’un collier de perles, l’éclat de ses rouges à lèvres et surtout la sophistication de son infatigable brushing (photo). Pour les journalistes britanniques des années 1980, elle allie « glamour » et autorité, une duplicité que ne manque pas non plus de souligner François Mitterrand après leur première rencontre en 1981 : « Elle a les yeux de Caligula et la bouche de Marilyn Monroe. » Parce qu’elle reste une femme, malgré ses fonctions politiques masculines, les tabloïds anglais consacrent de nombreux articles à ses prétendus « secrets de beauté » et à son look [50] . Elle en joue certainement, d’ailleurs, quand la description de son maquillage quotidien la fait passer pour une femme ordinaire ou lorsqu’elle avoue acheter ses sous-vêtements chez Marks & Spencer, pour se rapprocher des citadines des classes moyennes.

Si Margaret n’admet jamais l’influence de sa mère, on peut voir toutefois dans son souci méticuleux et constant de son apparence transparaître l’éducation de l’ancienne couturière. Ses tenues bourgeoises et strictes sont à l’image de sa politique conservatrice et autoritaire. Cependant, elle n’hésite pas à jouer des stéréotypes de genre, pour charmer les hommes, comme pour convaincre les femmes.

« When Maggie Thatcher dies, we’re gonna have a party [51]  » : la fureur dans les gradins

Les relations de la Première ministre avec le football anglais commencent en 1980 à Downing Street par une embrassade des footballeurs de l’équipe nationale [52] (photo et vidéo) et finissent en 1989 dans les gradins d'Anfield par un chant de haine des supporters de Liverpool (vidéo). Pendant ses onze ans à la tête du gouvernement britannique, Margaret Thatcher s’empare de la question du football, gangréné par les débordements de hooligans et de quelques skinheads ou de punks, particulièrement actifs depuis les années 1960 [53] . Elle profite en particulier de trois drames marquants pour faire adopter une législation répressive à l’encontre des supporters, qu’elle juge tous violents, alcooliques et potentiellement criminels. Cet amalgame, et l’impunité totale des forces de police qui en découle, sont à l’origine de la colère des amateurs de football [54] .

En mai 1985, l’incendie du vieux stade de Bradford, dans le Yorkshire, pendant une rencontre, entraîne la mort de 56 spectateurs (11 mai), tandis que la confrontation de supporters hooligans dans les tribunes vétustes du Heysel (29 mai), à Bruxelles, fait 39 morts et plus de 600 blessés. Ces deux tragédies, qui viennent couronner les bagarres quasi systématiques entre les « hool » et les forces de l’ordre, justifient la mise en place d’un war cabinet, à l’origine de nouvelles lois. Le Sporting Events en 1985, puis le généraliste Public Order Act en 1986, interdisent l’alcool et les objets dangereux à l’intérieur des stades, autorisent les fouilles des supporters et établissent un contrôle dans les trains et les gares. Cette législation visant les spectateurs de football, issus majoritairement des milieux populaires, se surajoute à la répression de la longue grève des syndicats de mineurs du Yorkshire, fraîchement terminée en mars 1985 et inaugurent définitivement l’impopularité de Thatcher auprès de la classe ouvrière britannique. Enfin, sous la pression de la Première ministre, avant même l’injonction de l’UEFA (Union européenne des associations de football), la Fédération nationale de football interdit tous les clubs anglais de compétitions européennes pendant cinq ans (sept ans pour Liverpool). Malgré le très bon niveau des matches de football anglais, le sport est donc en crise et se trouve même boycotté par les chaînes de télévision qui lui préfèrent le snooker. Quatre ans plus tard, la terrible bousculade au stade de Hillsborough à Sheffield (15 avril 1989), entraînant la mort de 96 supporters des clubs de Liverpool FC et de Nottingham Forest, finit de transformer le spectacle du football dans le pays. Le Football Spectators Act (paru en novembre 1989), en germe depuis 1985, préconise notamment le fichage de tous les spectateurs de football (ce qui ne sera finalement pas retenu). Le rapport Taylor (publié en janvier 1990) entraîne l’obligation de gradins assis, en remplacement des tribunes debout, et la réfection des installations sportives. Ces différentes mesures ont peu à peu éradiqué la violence dans les stades et ainsi entraîné la mutation des spectateurs et le retour des familles dans les enceintes sportives. Mais le drame de Hillsborough a surtout attisé la fureur des supporters de Liverpool à l’encontre de Margaret Thatcher, qui a continué à protéger la police malgré ses erreurs le jour même et ses mensonges après, et a porté toute la responsabilité sur les supporters. Après la tragédie, certains policiers présents sur la scène n’ont pas hésité, pour se disculper, à diaboliser les fans de Liverpool en les accusant notamment de nécrophilie sur les victimes de la bousculade. Ces faux témoignages ont été diffusés à la une du quotidien The Sun du 19 avril (photo), qui est, depuis ce jour, toujours boycotté à Liverpool et dans sa région. Le bassin industriel de Merseyside est durement touché par la crise de la fin des années 1990 et la politique libérale de la conservatrice au pouvoir depuis dix ans, et ses amateurs de football composent alors un chant de haine contre Margaret Thatcher, devenu un hymne du club, chanté à chaque match après son traditionnel You’ll never walk alone. Les années de combat des scousers pour réhabiliter les leurs face à la police ont finalement abouti à la réouverture d’une enquête en 2010 et aux excuses publiques du Premier ministre David Cameron en septembre 2012.

Le décès de l'ancienne Première ministre le 8 avril 2013 ravive de manière inédite une rancune profonde d'une partie de la population britannique. À côté des manifestations organisées par ses opposants pour fêter sa disparition et des Happy Hours proposés dans certains pubs irlandais, les « protest songs » des années 1980 refont surface dans les médias et sur la toile au point que la BBC est obligée de passer « Ding Dong ! The Witch is dead » (« la sorcière est morte »), classée en troisième position de l’Official Charts après l’annonce du décès [55] . Les supporters de Liverpool, quant à eux, respectent leur parole, chantée depuis plus de trente ans dans les tribunes (vidéo postée sur YouTube le 8 avril 2013). Enfin, les journaux nationaux anglais [56] ne manquent pas de rappeler l'impact à long terme de la politique thatchérienne sur le football anglais et montrent surtout combien les tribunes ont pu être un espace d'expression pour les classes populaires, hostiles à Thatcher bien au-delà de la sphère sportive.

Angela Merkel, une Multikultur politique et corporelle opportuniste

Comme son homologue britannique des années 1980, Angela Kasner, fille de pasteur, grandit dans la rigueur protestante. Dans le contexte particulier de la dictature du Parti socialiste unifié d’Allemagne (Sozialistische Einheitspartei Deutschlands, SED), il s’agit moins de prospérer par une épargne et un labeur quotidiens, que de concilier une liberté intellectuelle par la foi et une soumission à la pensée unique du régime. L’actuelle chancelière en pantalon [57] s’est peut-être influencée de ce jeu périlleux d’acrobate pour construire avec opportunisme ses cultures politiques et corporelles. Alors que la RDA met en place une puissance sportive d’État en faisant pratiquer le sport de compétition aux plus jeunes et en développant les pratiques dopantes, Angela s’engage plutôt dans les mouvements de jeunesse favorables aux pratiques de plein air et au naturisme.

Une jeunesse protestante sous l’œil de la Stasi

En 1954, quelques semaines après la naissance de leur première fille, Angela, le jeune pasteur Horst Kasner et sa femme, Herlind, quittent Hambourg et l’Allemagne de Ouest pour s’installer en RDA, sur la demande de l’Église qui souhaite préserver le culte luthérien à l’Est. À contre-courant des 180 000 personnes qui fuient leur pays au début de l’année 1954, après la violente répression des ouvriers par les chars soviétiques sur la Stalinallee en juin 1953, la famille fait donc un choix de vie délicat : celui d’une carrière confessionnelle, pour le père, dans une dictature qui s’oppose à toute religion, avec l’interdiction par le régime de travailler pour l’épouse du pasteur et celle de faire des études supérieures pour leurs enfants. Promu directeur d’un grand séminaire pastoral, centre de formation continue des clercs, en 1957, à Templin dans le Brandebourg, le père d’Angela se distingue par sa proximité avec le parti communiste. Surnommé « Kasner le Rouge » par ses coreligionnaires plus critiques, il s’accommode des contraintes idéologiques du régime, tout en défendant la liberté de penser et de croire à un Dieu. La famille est pour cela sous la surveillance de la Stasi. Après la chute du mur, Horst restera à l’Est, fidèle au communisme au sein du Parti allemand du Forum (Deutsche Forumpartei, DFP) mais convaincu d’une « troisième voie ». Son statut de pasteur en RDA lui fournit un salaire modeste mais autorise quelques privilèges exceptionnels pour les Allemands de l’Est : la possession d’une voiture, d’un téléphone et la permission d’avoir des contacts avec l’Allemagne de l’Ouest, même après 1961. Ainsi, Angela dans son enfance ne se sent ni vraiment intégrée parmi ses camarades, en tant que fille de pasteur, ni tout à fait « Ossi », dans ses vêtements importés de l’Ouest [58] . Elle développe, peut-être encore plus que d’autres, ce principe de « double conscience », observé en contexte de dictature. Ainsi, jeune adolescente, elle fait sa confirmation protestante, mais prépare aussi la Jugendweihe, cérémonie d’initiation laïque fortement conseillée par le SED [59] . Angela est poussée par ses parents à l’excellence scolaire, sa mère lui répétant quotidiennement : « Vous devez toujours être meilleurs que les autres, sinon vous n’aurez jamais le droit de poursuivre vos études [60] . »

À partir des années 1950, la RDA entre dans la course aux médailles olympiques et décide de former des « diplomates en survêtement », selon les mots de Walter Ulbricht. Le gouvernement met alors l’accent, notamment, sur la détection de futurs champions en rendant obligatoire le sport dès les premières classes d’école et en orientant les plus « doués » vers des structures spécialisées. Les sports individuels sont préférés aux collectifs, moins « rentables » en termes de médailles [61] . Élève brillante, Angela se souvient toutefois avoir détesté le sport à l’école, mais aurait aimé être patineuse artistique [62] . À défaut de pratiquer les sports, elle adhère avec son frère et sa sœur, comme la plupart des enfants de leur âge, aux mouvements de jeunesse communiste : les pionniers Thälmann (de 6 à 14 ans), puis la Jeunesse libre allemande (Freie Deutsche Jugend, FDJ), créée en 1946 par le Parti communiste allemand [63] , devenue organisation relais pour les jeunes du SED.

Sa scolarité exemplaire est seulement entachée, en 1973, à la fin du lycée, par un acte de provocation, plutôt potache, contre le régime [64] , qu’elle ne manque pas de rappeler après la chute du mur, contrainte comme tous les Allemands de l’ex-RDA de justifier son indépendance par rapport au SED. En 1974, Angela choisit l’université Karl-Marx de Leipzig pour s’éloigner de la rigueur du foyer familial et suivre des études de chimie, moins sujettes à l’endoctrinement idéologique, expliquent ses biographes [65] . Il faut toutefois rappeler combien la RDA encourageait la formation d’ingénieurs, de chimistes ou d’ouvriers spécialisés pour développer son économie. À Leipzig, la future chancelière continue de côtoyer les milieux protestants, en refusant d’y prendre des responsabilités, et la FDJ, où elle occupe le poste de secrétaire du département « agitation et propagande ».

Ainsi, la jeunesse protestante d’Angela au sein de la RDA lui enseigne, comme à Margaret Thatcher, les valeurs de labeur dans une atmosphère intellectuelle rigoureuse, mais aussi la plasticité nécessaire à l’intégration dans deux milieux opposés : la religion et la dictature socialiste. Cette duplicité peut être à l’origine de son opportunisme politique que de nombreux observateurs lui ont attribué. Son intérêt pour le sport depuis son élection à la Chancellerie peut aussi paraître pour un opportunisme, dans la mesure où sa culture corporelle relève avant tout du naturisme.

L’esprit du naturisme

L’essor du naturisme en Allemagne depuis la fin du XIXe siècle revient aux protestants et à leur volonté de réformer la société industrialisée pour revenir au mythe du jardin d’Eden [66] . Le naturisme se définit, à partir des années 1920, comme « un mode de vie alternatif, reposant sur l’idée d’un épanouissement total de l’individu grâce à un retour raisonné à la nature et à ses éléments [67]  ». Si le nudisme en est une composante importante, le naturisme ne s’y limite pas. L’exposition au « plein air » ou au soleil, les bains, le végétarisme, l’éducation physique, mais aussi la culture morale et mentale finissent de former cette « éthique », perçue comme un humanisme [68] . Angela Merkel, fille de parents protestants, élevée dans une région forestière parsemée de lacs, dans le Nord-Est de l’Allemagne, reste immanquablement marquée par cette culture naturiste. Comparant sa vie d’enfant, à celle des enfants de l’Ouest, elle souligne la chance de vivre dans sa région du Brandebourg : « Je voyais que mes cousines de Hambourg avaient d’autres types de problèmes. Nous, à l’Est, nous avions une nature magnifique [69] . ». Comme beaucoup d’Est-Allemands, ses parents possédaient leur « datcha », cabanon sur un lopin de terre cultivable, à l’extérieur de la ville, qui constituait un espace d’évasion, physique et intellectuelle, toléré par le Parti socialiste. La chancelière prétend d’ailleurs s’y rendre encore régulièrement le week-end [70] . Mais c’est au sein de la FDJ qu’Angela a pu expérimenter un rapprochement complet et collectif avec la nature, par le biais des nombreux camps proposés. Le camping sauvage (photo), les randonnées en groupe ou le dévêtissement font partie des pratiques courantes. En avril 2013, une photo d’elle avec deux amies, posant nues devant un lac dans les années 1970, est mise en ligne sur un site américain consacré au nudisme [71] (photo). Si les médias étrangers ont pu être choqués par la publication d’une photo de la femme politique la plus puissante du monde en tenue d’Ève, la presse allemande ne s’y est pas arrêtée, considérant le nudisme comme une pratique banale de la culture germanique.

L’esprit du naturisme n’a pas quitté Angela Merkel à l’âge adulte, en dépit de ses implications politiques, puis de son élection à la tête du gouvernement depuis 2005. Elle est restée fervente de la randonnée pédestre, qu’elle pratique tous les étés, notamment dans le Tyrol italien du sud depuis une dizaine d’années [72] . Ses vacances de Noël sont également consacrées au ski de fond, pratique plus populaire que le bourgeois ski de descente, et qui lui permet de profiter des paysages de montagne. L’an passé, une chute l’a immobilisée pendant trois semaines, modifiant son agenda politique – précisément ce que redoutait Margaret Thatcher en skiant. Pour autant, cet incident, survenu quelques jours après la tragique chute en ski de son compatriote Michael Schumacher, ne l’a pas empêchée d’annoncer sa résolution personnelle dans ses Vœux officiels pour 2014 : « prendre davantage l’air ».

L’invention d’une culture sportive ?

Si la culture sportive de la nouvelle élue de l’Union chrétienne démocrate au Bundestag en 2005 se limite à la pratique de loisirs de plein air, non compétitifs, Angela Merkel se doit d’être attentive au phénomène sportif, d’autant que ses deux prédécesseurs à la Chancellerie, Helmut Kohl (CDU, 1982-1998) et Gerhard Schröder (SPD, 1998-2005), ont tous les deux utilisé le sport comme arme politique. En 1998, La Revue olympique rend hommage aux actions du chancelier sortant en faveur du développement du sport en Allemagne réunifiée et en Europe [73] . Gerhard Schröder, quant à lui, a pratiqué lui-même le tennis et surtout le football. De nombreuses photos de presse le montrent frappant dans un ballon à différentes occasions, que ce soit en survêtement à la mi-temps d’un match en Basse-Saxe en 1992 (photo), devant son ami Vladimir Poutine ou avec l’ancien champion Pelé, en avril 2005 (photo). Amateur sincère de football en tant qu’ancien pratiquant, le sport le plus populaire d’Allemagne lui sert aussi à se rapprocher de l’électorat. Après la non-qualification de la Nationalmannschaft à l’Euro 2000, le nouveau chancelier n’hésite pas à publier une lettre de soutien aux joueurs dans le journal Welt am Sonntag. Le football devient aussi pour lui un prétexte de rapprochement avec le Premier ministre turc à l’heure des pourparlers pour l’entrée du pays dans l’Union européenne. Ainsi, le sport, comme culture populaire globale, sert à la fois à séduire le peuple et à dialoguer entre puissants.

Le football, en particulier, est un exercice obligé des chefs du gouvernement allemand. L’Allemagne est un des premiers pays du football au monde. Avec trois étoiles sur le maillot national [74] , la Mannschaft s’est retrouvée 12 fois sur 19 dans le carré final de la Coupe du monde, contre 10 fois pour le Brésil ou 7 fois pour l’Italie. Elle est aussi la plus titrée en championnat d’Europe [75] , et le Bayern de Munich, 24 fois champion d’Allemagne, est le septième club européen en termes de résultats. Toutefois, au début des années 2000, le football allemand connaît plusieurs échecs à l’échelle européenne, malgré l’accession à la finale du Mondial 2002. Le nouvel entraîneur Jürgen Klinsmann, nommé en 2004, renouvelle les effectifs et relance la réussite de l’équipe nationale. En juin 2005, elle se classe troisième de la Coupe des confédérations organisée sur son sol. Quelques mois après ce nouveau succès, en novembre, Angela Merkel accède à la Chancellerie. Son grand bain dans le monde du football intervient lors de la Coupe du monde de 2006, également en Allemagne. Elle assiste aux matches de son équipe et n’hésite jamais, comme ce sera désormais le cas, à manifester physiquement et avec emphase son intérêt pour le jeu, tout cela sous l’œil attentif des journalistes : en faisant la holà, levant les bras au ciel (photo), montrant les joueurs du doigt, etc. Une invitation à déjeuner de l’équipe dans le jardin de la Chancellerie lui permet de sympathiser avec un jeune joueur prometteur du Bayern, Bastian Schweinsteiger, qui devient dès lors officiellement [76] son « chouchou [77]  », le « chéri de sa Dame [78]  ». La presse allemande ne manque pas de souligner cet « amour interdit » entre une Prussienne et un Bavarois [79] . En quelques années, Angela Merkel a gagné la réputation de passionnée de football en assistant aux matches, en rencontrant les joueurs et en n’hésitant pas à interrompre ses rendez-vous politiques les plus importants pour suivre les rencontres, comme pendant le G8 en mai 2012 (photo). Pour répondre aux journalistes sceptiques sur cette passion opportune, elle répond que son intérêt pour le football remonte à son jeune âge, quand elle regardait les matches sur la télévision des voisins. Ce divertissement de jeunesse ne semble en tous cas pas suffisamment marquant pour apparaitre dans aucune biographie. Rare femme parmi ses homologues, elle rejoint les hommes non seulement sur le terrain politique, mais aussi sur celui, tout aussi masculin, du sport. Outil de communication indiscutable, le football n’en reste pas moins pour la chancelière un atout politique ponctuel lorsqu’elle fait voter une impopulaire augmentation des cotisations sociales pendant la Coupe du monde 2006 ou encore met un point d’honneur à assister au quart de finale de l’Euro 2012 contre la Grèce, malgré les tensions politiques entre la puissante Allemagne et le pays en crise.

Ainsi, Angela Merkel, éduquée aux pratiques naturistes, s’invente peut-être une passion footballistique incontournable pour une cheffe de gouvernement à l’aube du IIIe millénaire. Quand ils ne sont pas pratiquants eux-mêmes, comme Barack Obama ou Vladimir Poutine, les hommes comme les femmes au pouvoir sont attendus, a minima, sur leur présence active dans les tribunes et leur intérêt pour le sport, qu’il soit feint ou non. Sur ces points, la chancelière excelle indubitablement.

Le sport du père, le corps de la mère

Il est évidemment périlleux de conclure sur les cultures corporelles et sportives des femmes au pouvoir après l'étude de seulement quatre cas, aussi éloignés dans le temps et dans l'espace. La recherche mériterait d'être élargie à d’autres femmes au pouvoir pour permettre des comparaisons à la fois synchroniques et diachroniques des différentes générations présentées. Mis en parallèle avec l’histoire du développement des sports, les itinéraires de ces quatre femmes montrent des rencontres et des adaptations variées, ou parfois manquées, avec les cultures sportives de leur époque. La pratique de la danse pour Indira et Margaret ou le rêve de patinage artistique pour Angela montrent à quel point le sport est un marqueur genré, tout autant que social et même confessionnel. Transgressives une première fois par leur accession au pouvoir suprême, les femmes avant Angela Merkel ne s’aventurent pas sur le terrain masculin du sport, tout au plus dans les gradins, pour des raisons politiques conjoncturelles. Il n’est pas anodin que Margaret Thatcher ne se fasse prendre en photo que dans des tribunes vides (photo). En ce sens, Angela Merkel en supportrice acharnée est réellement en rupture avec les pratiques des cheffes d’État.

Malgré l'hétérogénéité des histoires de vie, il est surprenant de constater l'existence d’une certaine constance dans la fabrique des cultures sportives et corporelles des quatre femmes.

À l'instar des « grands hommes » que retient l'Histoire, ce sont les pères qui sont mis en valeur dans toutes les biographies et autobiographies étudiées. Hommes publics, avec des responsabilités dans leur communauté, nationale ou locale, ils sont toujours présentés comme l'influence majeure de leur fille, alors que toutes soulignent leur faible présence au foyer. Au contraire, cantonnées à la sphère privée et aux tâches domestiques, les mères restent les oubliées des biographes – jusqu'à Margaret Thatcher elle-même qui ne mentionne presque pas la sienne dans ses huit cents pages de mémoires – malgré leur omniprésence dans l'éducation de leur fille. Gardiennes du foyer, de ses traditions et de ses valeurs, l’influence de ces femmes « silencieuses », pour le dire avec Michelle Perrot [80] , ne peut pourtant pas être sous-estimée. Ainsi, nous pourrions dire, au regard des quatre parcours étudiés, que le rapport au sport vient plutôt du père quand la culture corporelle vient plutôt de la mère, même s'il nous manque sur ce point des éléments plus précis sur les parents d'Angela Merkel. Golda Meir et son père nourrissent le même désintérêt pour les loisirs sportifs, l'ouverture de Gandhi sur les compétitions sportives traduit la passion que Nehru avait pour les sports, tandis que la méfiance et le mépris de Thatcher pour les passions sportives reproduisent les craintes du pasteur de Grantham. Les mères, de leur côté, avec encore plus de force, transmettent leur propre culture corporelle, héritée en grande partie de leur conviction religieuse qui a indiscutablement forgé leur rapport au corps. Golda Meir privilégie le développement intellectuel sur celui du corps dans la logique judaïque orthodoxe transmise par sa mère. La culture hindoue des Brahmanes recherche un corps harmonieux et équilibré que trouve Indira Gandhi dans ses tenues soignées et sa pratique du yoga. Le culte protestant méthodique apporte l'idée d'un corps à contenir chez Margaret Thatcher, tandis qu'Angela Merkel puise dans la foi luthérienne son rapport physique à la nature.

Enfin, le développement et la démocratisation de la pratique sportive féminine depuis les années 1970 redéfinissent les rapports de genre dans le sport, même si de grandes inégalités entre les sexes demeurent dans l’accès à la pratique, le choix des sports ou la médiatisation. Si le sport n’est plus l’apanage de la virilité, sera-t-il toujours pratiqué par les hommes politiques ? Les femmes, quant à elles, oseront-elles présenter leur propre culture sportive à leurs électeurs/trices ? Si les pantalons d’Angela Merkel aident la cause des femmes au pouvoir face aux hommes les plus conservateurs [81] , il est probable que sa passion affichée, même opportuniste, pour les matchs de football fasse aussi bouger les frontières des stéréotypes de genre qui prévalent dans la sphère politique. Pour autant, l’égalité en politique ne peut se faire uniquement par imitation des hommes et de façon unilatérale. Elle sera achevée lorsque les présidents oseront avouer leur désintérêt pour le football et que les candidates aux élections s’afficheront sur un terrain de rugby.

Pour citer cet article : Florence Carpentier, « Les cultures corporelles et sportives des femmes au pouvoir, de Golda Meir à Angela Merkel », Histoire@Politique. Politique, culture, société, n° 23, mai-août 2014 [en ligne, www.histoire-politique.fr]

Notes :

[1] Christine Bard (coord.), « Les femmes et le pouvoir », Histoire@Politique. Politique, culture, société, n° 1, mai-juin 2007.

[2] Sylvie Schweitzer, « Les femmes dans les positions de pouvoir en Europe, XIXe-XXe siècles », dans Margaret Maruani (dir.), Travail et genre dans le monde. L’état des savoirs, Paris, La Découverte, 2013, p. 327-335 ou encore Janine Mossuz-Lavau et Mariette Sineau, Les femmes dans le personnel politique en Europe, Strasbourg, Conseil de l’Europe, 1984.

[3] La Russe Alexandra Kollontaï (1972-1952) est la première femme nommée dans un gouvernement dans la période contemporaine, en tant que commissaire du peuple aux Affaires étrangères, entre 1917 et 1918. Christine Bard, « Pour une histoire des femmes d’État », dans Christine Bard (coord.), « Les femmes et le pouvoir », op.  cit.

[4] Il s’agit de la Sri-Lankaise Sirimavo Bandaranaïke (1916-2000), entre 1960 et 1965, 1970 et 1977 et 1994 et 2000.

[5] En dehors de plusieurs présidentes par intérim dont le mandat n’a duré que quelques jours, c’est la Maltaise Agatha Barbara (1923-2002) qui devient la première présidente élue entre 1982 et 1987.

[6] Présidentes ou Premières ministres depuis 1960, elles sont 53 en Europe, 23 en Asie, 19 en Afrique, 10 en Amérique du Sud et 10 autres en Amérique centrale, 3 en Océanie et 3 en Amérique du Nord. Ces chiffres cachent toutefois de nombreux mandats par intérim, d’une durée de quelques jours.

[7] Georges Vigarello, « Virilités sportives », dans Jean-Jacques Courtine (dir.), Histoire de la virilité. La virilité en crise ? XXe-XXIe siècle, tome 3, Paris, Seuil, 2011, p. 225-248.

[8] Christine Bard, op. cit., 2007. Lire également Mariette Sineau, Des femmes en politique, Paris, Économica, 1988.

[9] Catherine Achin (dir.), Sexes, genre et politique, Paris, Économica, 2007.

[10] Kelly Dittmar, Campaigns as Gendered Institutions: Stereotypes and Strategy in Statewide Races, Ph.D., Rutgers University (New Jersey), 2012. L’exemple d’Hillary Clinton est notamment utilisé par l’auteure. Thèse téléchargeable à cette adresse : https://rucore.libraries.rutgers.edu/rutgers-lib/36575/ [lien consulté le 7 juillet 2014].

[11] Ces trois femmes puissantes ont déjà fait l’objet de nombreux articles et ouvrages académiques ou journalistiques interrogeant leur politique, leurs discours ou encore leur féminisme. Par exemple : Blema Steinberg, Women in Power. The Personalities and Leadership Styles of Indira Gandhi, Golda Meir, and Margaret Thatcher, Montreal and Kingston, McGill-Queen’s University Press, 2008 ou Ariel Katz, Margaret Thatcher, Golda Meir, and Indira Gandhi's Actions and Rhetoric Regarding Feminism and Gender During Their Ascent to Power, CMC Senior Theses, Claremont McKenna College, 2012.

[12] Les éléments biographiques sur Golda Meir proviennent essentiellement de son autobiographie, publiée un an après sa démission en 1974 : Golda Meir, My Life, London, Weidenfeld & Nicolson, 1975 traduit de l’anglais par Georges Belmont et Hortense Chabrier, Ma vie, Paris, Laffont, 1975. D’autres informations proviennent d’une biographie plus récente : Elinor Burkett, Golda Meir, The Iron Lady of the Middle East, London, Gibson Square, 2008.

[13] James Riordan et Hart Cantelon, « Europe de l’Est et URSS », dans James Riordan, Arnd Krüger et Thierry Terret (dir.), Histoire du sport en Europe, Paris, L’Harmattan, 2004, p. 239-262.

[14] Golda Meir, My Life, op. cit., 1975.

[15] Patrick Clastres (dir.), Le sport européen à l’épreuve du nazisme. Des JO de Berlin aux JO de Londres (1936-1948), Paris, Mémorial de la Shoah, 2011.

[16] George Eisen, « Sport, Recreation and Gender: Jewish Immigrant Women in Turn-of-the-Century America (1880-1920) », Journal of Sport History, vol. 18, n° 1, p. 103-120.

[17] Patrick Clastres (dir.), Le sport européen à l’épreuve du nazisme…, op. cit.

[18] « Golda didn’t really live in America, then, not in the America of Fourth of July picnics, baseball games, and political rallies », Elinor Burkett, Golda Meir, The Iron Lady…, op. cit., 2008, p. 25.

[19] L’établissement, le National Jewish Medical and Research Center, est aujourd’hui l’un des plus grands centres de recherche au monde sur les maladies respiratoires.

[20] Golda Meir, My Life, op. cit., 1975.

[21] « Before she left home, her staff had worried obsessively about the two evening dresses and the hats she’d bought, and whether she’d agree to wear the gloves they were convinced diplomatic niceties demanded. But all she could think about was how to explain to Nixon why Israel wouldn’t withdraw “a single soldier from a single inch” until the Arabs signed a peace agreement », Elinor Burkett, Golda Meir, The Iron Lady…, op. cit., 2008, p. 3.

[22] Depuis 1952, les Juifs d’Israël peuvent concourir sous leur bannière au sein des Jeux olympiques.

[23] Discours d’Avery Brundage dans le stade olympique de Munich, le 7 septembre 1972, cité par Allen Guttmann, The Games must go on. Avery Brundage and the Olympic Movement, New York, Columbia University Press, 1984. Brundage (1887-1975) avait aussi été un des adversaires principaux du boycott américain des olympiades nazies de Berlin en 1936, qu’il réussit à faire échouer. Après cette « victoire » pour le Comité international olympique, il est coopté comme membre pour les États-Unis et est élu président en 1952. Il prendra sa retraite programmée juste après les jeux de Munich à 85 ans.

[24] « The horror of watching Jews being blindfolded and massacred again on German soil while the rest of the world played volleyball », cité par Elinor Burkett, Golda Meir, The Iron Lady…, op. cit., 2008, p. 286.

[25] En 1932, l’organisation à Tel Aviv des premiers jeux du Maccabi, organisation sportive sioniste, suit la récente création de la Fédération israélienne des sports. Après l’interruption de la guerre, les compétitions reprennent en 1950 avec une périodicité de quatre ans et un succès croissant.

[26] Jusqu’au milieu des années 1980, ce sont surtout des « héritières » de « héros » nationalistes, comme Indira, qui ont pu accéder au pouvoir en Inde, d’après Stéphanie Tawa Lama-Rewal, « Les femmes et le pouvoir exécutif en Inde », Histoire@Politique. Politique, culture, société, n° 1, mai-juin 2007.

[27] Discours devant le Comité international olympique, à l’occasion de sa réunion annuelle, organisée à New Dehli en mars 1983. Publié dans la Revue olympique, 1983. Consultable sur le lien suivant :

http://library.la84.org/OlympicInformationCenter/RevueOlympique/1983/orf186/orf186j.pdf [lien consulté le 7 juillet 2014].

[28] Tanguy Philippe, Les Routes de la lutte, thèse pour l’obtention du doctorat, université de Rennes 2, 2012.

[29] Dans sa logique de lutte culturelle et symbolique contre le colonisateur, Gandhi ne s’est pas ouvertement affiché en joueur ni en admirateur des sports anglais. Ses biographes mentionnent toutefois que dans les premiers temps de ses études à Cambridge, Gandhi s’est imprégné de la culture anglaise pour devenir un parfait gentleman, avant de la rejeter pour l’hindouisme. Voir l’ouvrage du Prix Nobel de littérature de 1915, pacifiste et premier biographe français de Gandhi, Romain Rolland, Mahatma Gandhi, Paris, Librairie Stock, 1924, analyse reprise par Catherine Clément dans Gandhi, athlète de la liberté, Paris, Gallimard, 2008.

[30] Brian Stoddart, « De l’Empire aux indépendances : vers un « nouvel ordre mondial » du cricket ? », dans Pierre Singaravélou et Julien Sorez (dir.), L’Empire des sports. Une histoire de la mondialisation culturelle, Paris, Belin, 2010, p. 83-101.

[31] Arjun Appadurai, Modernity at Large. Cultural Dimensions of Globalization, University of Minnesota Press, 1996, traduit de l’anglais par Françoise Bouillot, Après le colonialisme. Les conséquences culturelles de la globalisation, Paris, Payot, 2005.

[32] Sébastien Darbon, Diffusion des sports et impérialisme anglo-saxon, Paris, Édition de la Maison des sciences de l’homme, 2008.

[33] Bulletin du Comité international olympique, n° 25, janvier 1951. Le Bulletin et la Revue olympique sont entièrement téléchargeables sur le site de la LA84 Foundation, www.la84.org

[34] Les éléments biographiques sur Indira Gandhi sont principalement issus de quatre biographies : Inder Malhotra, Indira Gandhi, a Personal and Political Biography, London, Hodder and Stoughton Ltd, 1989 ; Pupul Jayakar, Indira Gandhi, an Intimate Biography, New York, Pantheon Books, 1992 ; Katherine Frank, Indira, the Life of Indira Nehru Gandhi, London, Harper Collins Publishers, 2001 et Guillemette de Borie, Indira Gandhi, Paris, Maren Sell Éditeurs, 2006.

[35] « It didn’t matter whether I ran a long distance…but I must be graceful while running […] I learnt to breathe with my heels », cité par Katherine Frank, op. cit., p. 38.

[36] « Skiing is the finest sport going – excepting only the ever exciting game of life and revolution », cité par Katherine Frank, op. cit., p. 41.

[37] Ce seront, plus tard, les artistes de Shantiniketan qui décoreront la version originale de la première Constitution de l’Inde en 1950.

[38] « What about exercise? You do not mention any. Don’t become like the much-too-ladylike Bengali girls who are so delicate and willowy and incapable of hard exercise. If you can’t get anything else, have a run in the morning », cité par Katherine Frank, op. cit., p. 90.

[39] Revue olympique, 1983. Consultable sur le lien suivant :

 http://library.la84.org/OlympicInformationCenter/RevueOlympique/1983/orf186/orf186j.pdf [lien consulté le 7 juillet 2014].

[40] Jennifer Hargreaves, Sporting Females. Critical Issues in the History and Sociology of Women’s Sports, London, Routledge, 1994.

[41] Max Weber, Gesammelte Aufsätze zur Religionssoziologie, Tübigen, Mohr, 1947 traduit de l’allemand par Jacques Chavy, révisé par Louis Dumont et Éric de Dampierre, L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme, Paris, Plon, 1964.

[42] Une branche progressiste du méthodisme devient indépendante de l’église wesleyenne à partir de 1843.

[43] Stephen Jones, Sport, Politics and the Working Class: Organised Labour and Sport in Inter-War Britain, Manchester, Manchester University Press, 1987 ; Richard Holt, Sport and the British. A Modern History, Oxford, Clerendon Press, 1989; Marc Keech, “Angleterre et Pays de Galles”, dans James Riordan, Arnd Krüger et Thierry Terret (dir.), Histoire du sport en Europe, op. cit., p. 17-44.

[44] Margaret Thatcher, The Path to Power, Memoir, London, Harper Collins, 1995 traduit de l’anglais par Évelyne Chatelain, Hervé Denès, Michèle Gibault, Philippe Mortimer et Serge Quadruppani, Les chemins du pouvoir, Mémoires, Paris, Albin Michel, 1995.

[45] Le club local existe depuis 1874 mais n’est jamais mentionné dans les biographies et autobiographies.

[46] Margaret Thatcher, op. cit., 1995.

[47] Carol Thatcher, A Swim-on Part in the Goldfish Bowl, London, Headline Review, 2009.

[48] John Campbell ne nie pas l’influence qu’a dû avoir l’éducation paternelle sur Margaret Thatcher, mais il montre que les parents n’avaient plus de lien avec leur fille à l’âge adulte, contrairement à ce qu’elle laisse entendre. Il note d’ailleurs que l’autobiographie a été écrite 4 ans après leur décès et que l’auteure a pu prendre de ce fait de nombreuses libertés en ce qui les concerne. John Campbell, Margaret Thatcher, The Grocer’s Daughter, (vol. 1), London, Jonathan Cape, 2000.

[49] Margaret Thatcher, op. cit., p. 92-93.

[50] Wendy Webster, Not a Man to Match Her. The Marketing of a Prime Minister, London, The Women’s Press, 1990.

[51] « Quand Maggie Thatcher mourra, on fera la fête ».

[52] À l’occasion de la réception médiatisée de la sélection nationale de football au 10, Downing Street, avant le Championnat d’Europe de 1980 organisé en Italie.

[53] Eric Dunning, Patrick Murphy and John Williams, The Roots of Football Hooliganism, London, Routledge & Kegan Paul, 1988 ou plus récemment Paul Dietschy, Histoire du football, Paris, Perrin, 2010.

[54] Sur une histoire plus détaillée de la politique de Thatcher en matière de sport et de football : Richard Holt and Tony Mason, Sport in Britain (1945-2000), Oxford, Blackwell Publishers, 2000.

[55] Au même moment, Radio France interdit pendant trois jours la programmation sur toutes ses ondes de la Miss Maggie de Renaud.

[56] Il possible de consulter les pages « sport » en ligne du Dailymail, de The Guardian, du Mirror, de la BBC, du Telegraph, du Huffington Post ou encore de l’emblématique When Saturday Comes [consultées le 13 mai 2014].

[57] Alors que le port du pantalon par les femmes politiques françaises n’est que récemment accepté par la classe politique masculine, le choix des tailleurs-pantalons par Angela Merkel – « femme la plus puissante du monde » – marque une victoire pour les femmes politiques occidentales. Christine Bard, Une histoire politique du pantalon, Paris, Seuil, 2014 (1ère édition 2010).

[58] Volker Resing, Angela Merkel, Die Protestantin, Berlin, St. Benno Verlag, 2009 traduit de l’allemand par Antoine Doriath, Angela Merkel, une femme de conviction, Paris, Empreinte, 2010.

[59] Les différentes biographies semblent affirmer, mais sans l’expliquer, qu’Angela aurait « préparé » la Jugendweihe, mais ne l’aurait pas passée.

[60] Ibid., p. 52.

[61] Arnd Krüger, « Allemagne », dans James Riordan, Arnd Krüger et Thierry Terret (dir.), Histoire du sport en Europe, op. cit., p. 75-111.

[62] Jean-Paul Picaper, Angela Merkel, la femme la plus puissante du monde, Paris, Gawsewitch Éditeur, 2010.

[63] Mouvement de jeunesse repris à la suite des Wandervogel (oiseaux migrateurs) fondé par le sociologue hygiéniste Heinrich Pudor à la fin du XIXe siècle. Marc Cluet, Monique Mombert (dir.), « Mouvements de jeunesse/Jeunes en mouvement », Recherches germaniques, hors-série n° 6, 2009.

[64] Lors d’une manifestation de l’école, elle récite avec ses camarades de classe un poème de l’Allemand Christian Morgenstern (1871-1914), jugé trop « bourgeois » par le régime, et chante l’Internationale en anglais, la langue des capitalistes. Fille de pasteur, elle est immédiatement prise pour l’instigatrice du scandale. Odile Benyahia-Kouider, « Angela Merkel, une jeunesse est-allemande », Le Nouvel Observateur, 17 septembre 2009.

[65] Jacqueline Boysen, Angela Merkel, eine Karriere, Berlin, Ulstein Taschenbuchverlag, 2001 ou Volker Resing, Angela Merkel, Die Protestantin, op. cit., 2010.

[66] Sur l’histoire des naturismes : Marc Cluet, La libre-culture : le mouvement nudiste en Allemagne en Allemagne depuis les origines jusqu’à l’arrivée d’Hitler au pouvoir (1905-1933), thèse pour le doctorat d’histoire contemporaine, université de Paris IV, 1999 ; Arnaud Baubérot, Histoire du naturisme : le mythe du retour à la nature, Presses universitaires de Rennes, 2004 ou encore Emmanuel Jaurand, « Les espaces du naturisme : modèle allemand et exception française ? », Revue géographique de l'Est, no 1, 2007, p. 23-33.

[67] Sylvain Villaret, Naturisme et éducation corporelle. Des projets réformistes aux prises en compte politiques et éducatives (XIXe – milieu du XXe siècles), Paris, L’Harmattan, 2005, p. 11.

[68] Ibid.

[69] Citée par Odile Benyahia-Kouider, « Angela Merkel, une jeunesse est-allemande », op. cit.

[70] Ibid.

[71] Si l’identité de la jeune fille a pu faire débat dans les médias et sur la toile, la ressemblance avec la chancelière est indéniable. La presse espagnole l’a montré, d’ailleurs, en comparant la photo avec une autre d’Angela Merkel au même âge. La chancellerie n’a fait aucun commentaire mais n’a jamais démenti non plus l’information.

[72] Angela Merkel se rend chaque année à Sulden, une petite station italienne germanophone, sur l’invitation du célèbre alpiniste italien Reinhold Messner rencontré en 2004. La région prend désormais le surnom de « Merkel’s Valley ». Lisa Jucca, « Angela Merkel (and many other Europeans) are falling for charming South Tyrol”, The Huffington Post, 7 novembre 2012.

[73] À l’occasion de l’inauguration par Helmut Kohl en 1998 de la Fondation Willi Daume à Bonn pour le développement du sport dans le Tiers-Monde. Revue olympique, octobre-novembre 1998, p. 12. À lire en ligne : http://library.la84.org/OlympicInformationCenter/RevueOlympique/1998/orfXXVI23/orfXXVI23l.pdf [lien consulté le 7 juillet 2014]

[74] L’Allemagne remporte la Coupe du monde en 1954 (RFA), 1974 (RFA) et 1990.

[75] Trois victoires en 1972 (RFA), 1980 (RFA) et 1996.

[76] L’intérêt d’Angela Merkel pour le joueur est en quelques sortes officialisé lorsque son propre porte-parole Ulrich Wilhem annonce en 2008 aux journalistes que : « la chancelière apprécie le style frais et ouvert de M. Schweinsteiger ».

[77] La Dépêche, 16 juin 2008. À lire en ligne : http://www.ladepeche.fr/article/2008/06/19/460420-schweinsteiger-homme-du-match-et-chouchou-de-la-chanceliere.html [lien consulté le 7 juillet 2014]

[79] Lohse Eckart, « Angela Merkel und FC Bayern: Verbotene Liebe », Frankfurter Allgemeine Zeitung, 23 octobre 2012. Je remercie Madame Élisabeth Étienne, professeur agrégée d’allemand aux Écoles de Saint-Cyr Coëtquidan, de m’avoir signalé cet article. 

http://www.faz.net/aktuell/politik/inland/angela-merkel-und-der-fc-bayern-verbotene-liebe-11932497.html [lien consulté le 7 juillet 2014]

[80] Michelle Perrot, Les femmes ou les silences de l’Histoire, Paris, Flammarion, 1998.

[81] Christine Bard, op. cit., 2014.

Florence Carpentier

Maîtresse de conférences à l’UFR STAPS de Rouen, Florence Carpentier est membre du Centre d’études des transformations des activités physiques et sportives (EA 3832). Elle travaille sur l’histoire des élites dirigeantes du sport dans l’entre-deux-guerres ainsi que sur les problématiques du genre dans l’histoire du sport. Elle a notamment publié Le Comité international olympique en crises. La présidence de Henri de Baillet-Latour (1925-1942) (Paris, L’Harmattan, 2004).

Mots clefs : XXesiècle ; cultures sportives ; cultures corporelles ; femmes au pouvoir.

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  • ISSN 1954-3670