Histoire@Politique : Politique, culture et société

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Champion et politique. La fonction de komsorg dans les équipes nationales en URSS (1964-1982)

Sylvain Dufraisse
Résumé :

L’éducation politique des sportifs en URSS, en particulier de ceux qui composent les équipes nationales, est une préoccupation (...)

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Quatre membres de l’équipe soviétique de basket pris pour faits de contrebande en juin lors de leur passage de la frontière : l’un transportant un revolver, les autres des bijoux en or, sans oublier de multiples objets d’une valeur totale de 20 000 roubles : telles sont les multiples infractions recensées dans un rapport adressé au département de propagande du comité central du Parti Communiste d’URSS le 19 février 1974 par le département des douanes. En réponse à ces méfaits, S. P. Pavlov, président du comité de culture physique d’URSS, le 21 mai 1974, listait les sanctions touchant ces contrevenants et reprenait les habituelles injonctions pour lutter contre ces pratiques néfastes : une amélioration de l’éducation politique et une préparation morale plus intense s’avèrent nécessaires. Deux personnes devaient en être particulièrement chargées : l’entraîneur et le komsorg [1] .

Cette fonction, aujourd’hui oubliée, rangée du côté des acronymes qui ponctuaient le quotidien des Soviétiques, tient toute sa place dans une réflexion sur le lien entre sportif et politique en URSS. Vladimir Kondra, membre de l’équipe de volley-ball soviétique dans les années 1970, la définissait ainsi :

« Le komsorg, de mon point de vue, c’est une personne nécessaire à l’équipe, comme le capitaine ou l’entraîneur. Il ne prend aucune décision générale, mais il a une très grande responsabilité. Le principal point géré par le komsorg, si on peut s’exprimer ainsi, c’est les relations à l’intérieur de l’équipe. Il aide à construire des contacts sincères entre les joueurs [2] . »

Ce volleyeur de renom connaissait bien ce rôle d’organisateur et de secrétaire de la cellule du Komsomol [3] , car il avait représenté durant des années, dans l’équipe nationale, cette organisation de jeunesse fondée en novembre 1918, rassemblant les jeunes de 14 à 28 ans, chargée d’éduquer et de réguler la jeunesse soviétique, de préparer ses membres les plus actifs et loyaux au service de l’État et du parti. Lors de cette interview, il poursuivait en indiquant qu’il avait essayé d’être un komsorg influant le déroulement des événements. Il expliquait que ses coéquipiers devaient prendre en compte ses remarques, ses suggestions, ses demandes. Ils devaient se dire que ce n’était pas seulement Volodâ Kondra qui parlait mais le camarade qu’ils avaient élu komsorg, le camarade investi de leur confiance. Certains points semblent rapprocher cette fonction du capitaine d’équipe : la conduite morale et psychologique de l’équipe, la construction et la bonne entente du groupe, la gestion de la tactique. Cette fonction exercée par nombre d’athlètes soviétiques célèbres va encore au-delà. Le komsorg représente une autorité politique au sein de l’équipe et nous allons tenter de montrer dans cet article comment celle-ci s’est progressivement construite et comment elle s’exerce.

Les études sur la jeunesse en URSS [4] se sont multipliées ces dernières années. Plusieurs historiens se sont intéressés au Komsomol et sont parvenus, avec l’appui d’archives jusque-là peu exploitées, à éclairer d’une nouvelle manière cette organisation de jeunesse [5] . Benjamin Tromly [6] ouvre des pistes de réflexion stimulantes sur le poids du Komsomol dans les universités tandis que Mathias Neumann [7] évoque les premières années de ce mouvement, sa relative autonomie durant la période de la NEP et son évolution vers une institution centralisée, devenue un acteur de contrôle du parti et un agent de la conformité des comportements de la jeunesse. Juliane Fürst [8] , dans son étude sur la jeunesse durant la période du stalinisme triomphant, a mis en valeur les ambiguïtés de cette institution au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Dans les conditions difficiles de cette période, le Komsomol ne pouvait répondre aux besoins de la jeunesse qu’il était censé encadrer. Elle souligne également les écarts entre le code moral que les activistes devaient promouvoir et leur comportement, comme les raisons de leur engagement (l’importance dans la carrière future ou la volonté de changer la société). Peu d’historiens ou de politistes ont fait cas de la fonction de komsorg, si ce n’est de manière ponctuelle, dans quelques articles anciens. Merle Fainsod l’évoque ainsi de manière rapide lorsqu’il décrit le triple système de contrôle présent dans l’armée (surveillance de l’administration, du parti et de la police secrète) et qu’il en fait un acteur mineur de ce processus [9] . Zbigniew Brzezinski [10] le présente brièvement, là encore, dans un article sur le contrôle politique dans l’armée. Le komsorg dirige et représente l’organisation de jeunesse dans une compagnie de l’armée où il participe à l’organisation de l’agitation et de l’éducation politique, propage les valeurs communistes et les pratiques prônées par le régime (culture physique, lecture). Cette fonction, valorisée dans la presse soviétique, dans les portraits biographiques, n’a pas fait l’objet d’une étude approfondie en général, encore moins pour le domaine sportif.

L’ouverture des échanges sportifs consécutive à l’entrée dans les fédérations sportives internationales et au Comité international olympique se traduit par une multiplication des séjours d’athlètes à l’étranger au cours des années 1950. Si les sportifs apparaissaient comme les ambassadeurs de l’URSS et les incarnations vivantes des progrès et des succès soviétiques, ils étaient aussi parmi les rares privilégiés à pouvoir franchir les frontières de manière régulière. Ils furent, pour ces raisons, les cibles de campagnes d’éducation politique et de contrôle qui se sont accentuées au cours des années 1960.

Les formes de contrôle de ces athlètes ont longtemps fait l’objet de récits, plus ou moins légendaires. Roman Dublan, ancien footballeur ukrainien, émigré aux États-Unis, évoque, dans un pamphlet sur le sport soviétique, des équipes surveillées par des informateurs politiques qui composeraient un tiers de la délégation à l’étranger, également agents du KGB chargés de conserver sous leur constante surveillance les athlètes, de les chaperonner, fournissant même des réponses types pour les éventuelles interviews [11] . Cette atmosphère de surveillance continuelle transparaît également dans les témoignages stéréotypés de sportifs français, habitués des rencontres avec les équipes soviétiques. « En plus de l’entraîneur et du manager [il y avait] deux mecs du KGB [] Ils ne nous ont jamais dit qu'ils étaient du KGB, mais pour nous c'était évident et ça se voyait. Couleur muraille, l'oeil en mouvement, tout le temps, qui observe. Et qui n'ont rien à faire sur le banc [12] »

La présence d’agents dans le corps de la délégation semble attestée, comme nous le révèle le témoignage d’Igor Ter-Ovanesian dans l’ouvrage de David Maraniss [13] . L’étude du komsorg permet d’approfondir le thème des formes de contrôle et de discipline dans les équipes de manière moins caricaturale et de le nuancer. Anne Gorsuch, s’intéressant aux formes de tourisme soviétique, a souligné le contrôle tatillon dont les délégations qui partaient à l’étranger étaient l’objet. Les rapports des séjours, réalisés par les responsables de délégation, détaillent les moindres faits et gestes des membres de l’équipe et sont envoyés aux plus hautes instances : ministère des Affaires étrangères, département des Affaires culturelles du Comité central… Cet exemple est également valable pour les équipes sportives. Le contrôle des délégations est entre les mains de plusieurs autorités comme l’indiquent les sources : celles des responsables de la délégation [14] , celles des membres de la police secrète, enfin entre les mains du komsorg, de manière de plus en plus apparente.

Le cadre de notre étude portera sur la période brejnévienne, de 1964 à 1982. Ce temps de l’histoire soviétique se caractérise par une amélioration des conditions de vie de la population. Il s’avère aussi un moment de durcissement des mesures répressives, de retour d’un discours moralisateur [15] , d’une réaccentuation de la discipline et du contrôle, en particulier pour les populations en contact avec l’étranger [16] . Hilary Pilkington a, plus précisément, souligné combien la période brejnévienne se caractérisait également par un regain d’intérêt à l’égard des jeunes, par un renforcement de la préparation idéologique et, physiquement, par la tentative d’une régulation plus forte de leur temps de loisirs et de leurs activités [17] . Ces dynamiques touchent les équipes sportives et, dans ces dernières, le rôle accentué du komsorg est l’une des fonctions clefs de ce raffermissement disciplinaire.

La majeure partie des sources utilisées pour réaliser cet article est issue des fonds des organisations de jeunesses des Archives d’État de Russie pour l’histoire sociale et politique (RGASPI). Nous nous sommes appuyés, pour cerner cette fonction et son rôle, sur des documents qui définissent la fonction de komsorg (conférences), qui évoquent ses attributions (programmation du travail de préparation idéologique, programme des stages), ou qui sont produits par ces mêmes komsorgs (rapports [18] ). D’autres archives issues des Archives d’histoire contemporaine de Russie (RGANI) et de la presse soviétique nous permettront de les mettre en perspective.

Ce propos visera donc à comprendre dans quelle mesure le komsorg est devenu un agent de contrôle dans les équipes nationales durant la période brejnévienne [19] . Dans un premier temps, nous chercherons à cerner les conditions d’émergence du komsorg au sein des équipes nationales. Puis, nous nous intéresserons à la dimension politique de cette fonction. Acteurs du reflux disciplinaire brejnévien, les komsorgs, avant-garde des sportifs, doivent être les représentants par les actes et le verbe d’un pouvoir moral, à la fois discipline, mythologie et langage. Ils doivent éduquer et discipliner les équipes auxquelles ils appartiennent.

L’émergence du komsorg dans les équipes nationales

Jusqu’au début des années 1950, les sportifs soviétiques sont restés assez isolés du mouvement sportif international. L’URSS a, dans les années 1920, privilégié un système sportif international communiste autonome, l’Internationale Rouge du Sport (IRS) dans laquelle les Soviétiques affrontaient des équipes issues des fédérations ouvrières. À partir du milieu des années 1930 et à la fin des années 1940, les échanges avec les sportifs « bourgeois » deviennent plus fréquents mais demeurent limités par la non-adhésion de l’URSS aux fédérations internationales et au Comité international olympique (CIO) [20] . Une fois l’intégration à ces structures internationales achevée, les échanges se multiplient et la question de l’éducation politique des sportifs et de leur comportement à l’étranger devient un enjeu fort. Cette question prend un caractère de plus en plus systématique au cours des années 1960 à mesure que la compétition sportive avec les États-Unis s’intensifie, que la concurrence sportive s’exacerbe avec le Japon, la RFA mais aussi la RDA, que les échanges sportifs se multiplient et que les errances des sportifs sont plus nombreuses. La fonction de komsorg devient un élément clef de la diffusion de l’idéologie et du contrôle des coéquipiers, d’autant plus qu’elle est assurée par un sportif issu des rangs de l’équipe.

La litanie des scandales : la nécessaire moralisation du sport

La fin des années 1950 et le début des années 1960 sont marqués par une série de scandales sportifs mettant en scène de grands noms du sport soviétique. Quelques-uns, par leur ampleur, dépassent les frontières de l’URSS. Le retentissement médiatique est alors tel qu’il ternit l’image de ses champions, incarnations du régime. La recherche d’une moralisation du sport a été favorisée par les errances de certains sportifs mais elle doit aussi être comprise comme l’un des aspects d’un contrôle renforcé de la jeunesse, caractéristique des années brejnéviennes.

Si les écarts des athlètes ne sont pas chose nouvelle [21] , leur résonance l’est davantage, en raison aussi bien de la médiatisation croissante que de la place nouvelle accordée aux échanges sportifs, considérés comme des espaces d’affrontements des blocs. Lors d’une intervention au séminaire des komsorgs de 1967, le clown Youri Nikulin rappelle laconiquement que tout le monde connaît ce qui se passe dans le sport, car tout se passe au vu et au su de tous. Le vol de cinq chapeaux en septembre 1956 sur Oxford Street à Londres par Nina Apollonovna Ponomareva avant une rencontre anglo-soviétique d’athlétisme provoque un véritable imbroglio politico-diplomatique. Une tempête médiatique s’abat alors sur la championne soviétique, la presse anglaise et américaine narrant, tel un feuilleton, les rebondissements de l’affaire. Les Soviétiques annulent la compétition et menacent de ne pas laisser le Bolshoï se produire à Londres en raison de possibles provocations. L’agence TASS considère que cette affaire a été montée de toutes pièces pour contraindre la championne à ne pas se produire. L’ambassade d’URSS à Londres, où la lanceuse de disque avait trouvé refuge, demande aux Affaires étrangères britanniques d’abandonner les charges, ce qu’elles refusent [22] . La championne finit par être jugée le 12 octobre et peut alors quitter Londres. Cet incident a cependant des résonances importantes. Il illustre, pour les Occidentaux, combien les Soviétiques sont attirés par la culture de consommation occidentale. Lors des voyages de Soviétiques à l’Ouest, le récit de vol d’objet, comme celui du recel de produits occidentaux, deviennent alors un sujet récurrent dans la presse occidentale [23] , qui met l’accent sur le manque de biens de consommation en URSS mais surtout sur l’attirance pour l’Occident et son mode de vie auprès de ceux censés représenter des modèles de comportement et d’ascétisme. L’attention des autorités se porte également sur ces biens de consommation importés en URSS, en raison de multiples affaires de « spéculation », de transactions de devises [24] .

Les errances des jeunes sportifs touchent également le domaine des mœurs. Ûri Aleksandrovič Sevidov, jeune footballeur en état d’ivresse, renverse en voiture le 18 septembre 1965 le chimiste de renom, Dmitrij Ivanovič Râbčikov. Dans une lettre ouverte à la Pravda, les académiciens signataires soulignent combien cet événement témoigne de la gravité de l’état moral de la jeunesse [25] . Cette affaire fait suite à de nombreuses autres, touchant aussi bien la gymnastique, les sports équestres, le football, le hockey que l’haltérophilie [26] . L’affaire Strelsov marque durablement les Soviétiques, et comme l’affaire Ponomareva, son retentissement dépasse les frontières de l’URSS. Jeune prodige du football soviétique, Eduard Anatolevič Streltsov est une première fois exclu de l’équipe nationale en février 1958 pour ivresse, après s’être fait remarqué à plusieurs reprises pour d’autres problèmes de comportement. Quelques mois plus tard, il récidive et est impliqué dans une affaire de viol lors d’une soirée de débauche quelques jours avant son départ pour le championnat du monde. La Komsomolskaâ Pravda [27] se lance alors dans une campagne de dénonciation du « syndrome des stars » (Zvezdnaâ bolezn’), contre le culte des étoiles du monde sportif et ses conséquences, tels l’acceptation de leurs errances et le non-respect du régime sportif et des normes de conduite du citoyen soviétique. D’autres faits mineurs semblent poser problème au public comme aux autorités soviétiques, qui y voient un manque de patriotisme des champions : comme par exemple, le fait que les hockeyeurs n’enlèvent pas leur casque au moment de l’hymne soviétique [28] .

Face à cette succession d’incidents, les autorités soviétiques dénoncent le manque de travail idéologique chez les sportifs de la part des organisations sportives (fédérations, sociétés sportives) [29] et exigent de combattre systématiquement les faits d’ivresse, de grossièreté, de hooliganisme, en mettant l’accent sur l’éducation politique et morale. Cette exigence n’est cependant pas neuve, elle revient telle une antienne depuis les premiers séjours des sportifs à l’étranger. La réponse proposée par les autorités sportives et les autorités du Parti est, en revanche, différente. Le développement du rôle du komsorg dans les sélections nationales est un des moyens utilisés pour lutter contre ces égarements. Cette fonction leur préexiste. Les komsorgs sont avec les partorgs (représentants du parti) et les proforgs (représentants des syndicats), des actifs de base présents dans les universités, dans les usines ou dans l’armée [30] . Dans les équipes nationales sportives, l’emprise du komsomol semble néanmoins faible au cours des années 1950, ce que semble démontrer la demande d’organisation de groupes représentant le Parti et le komsomol dans les mois précédents les Jeux olympiques (JO) de 1952. Cette fonction devient plus systématique à partir du milieu des années 1960. Le développement du rôle du komsorg dans les équipes nationales s’inscrit dans un mouvement de renforcement de la préparation idéologique et de moralisation du sport en amont des compétitions mais aussi dans un contexte d’extension du rôle du komsomol dans les équipes sportives.

L’influence croissante du komsomol dans les équipes sportives

Le komsomol s’est inscrit comme un acteur fondamental du mouvement sportif soviétique dès les années 1920. À partir des années 1950, avec le rajeunissement des équipes sportives [31] et l’internationalisation croissante du sport soviétique, son rôle évolue et son implication devient de plus en plus forte dans la préparation idéologique des sportifs.

En amont des Jeux olympiques de 1964, le 27 février 1963, le Comité central du Komsomol réunit l’encadrement des équipes ainsi que les komsorgs au sujet de la préparation idéologique des sportifs participant aux JO de Tokyo. Le renforcement du rôle du komsomol dans les équipes est donné comme objectif. Si certaines équipes comportent un nombre élevé de représentants du komsomol, comme celle de gymnastique, dans d’autres, on ne compte même pas de komsorg. La réunion insiste également sur la nécessité de recruter massivement les meilleurs sportifs et les candidats aux équipes nationales afin que 80 % des athlètes à Tokyo soient membres du komsomol, avec comme objectif final le recrutement de tous les sportifs jusqu’à 29 ans l’appartenance de tous les sportifs de moins de 29 ans à l’organisation. Cette inflexion se réalise progressivement, sans atteindre toutefois les pourcentages fixés. Le poids du komsomol devient de plus en plus significatif dans les équipes nationales comme le montrent des statistiques publiées en 1967. En 1964, 65,7 % des équipes nationales appartenaient au komsomol contre 74 % en 1966, le nombre des sans-partis diminuant en proportion au cours de ces deux années [32] . À Tokyo, les membres du komsomol représentent 71 % de l’équipe [33] . L’étude sociologique qu’il a réalisée sur les membres des équipes nationalesn O.A. Milštejn montre que 78 % des « olympiens » encore en activité en 1979 étaient membres du komsomol au moment de leur première participation aux Jeux alors que les sportifs qui ne sont plus en activité ne l’étaient qu’à 58,7 %. L’auteur explique cela principalement par l’amélioration de l’éducation politique parmi les sportifs et par le travail mené par le komsomol et par ses représentants dans les équipes les quinze années précédentes [34] . Les champions sportifs ne sont pas des exceptions et le rôle croissant du komsomol dans le contrôle de la jeunesse est symptomatique de l’époque brejnévienne comme l’a montré Hilary Pilkington [35] .

Cette dynamique générale a finalement une conséquence pratique sur les komsorg des équipes : le recrutement des sportifs encore non encartés dans l’organisation de jeunesse communiste [36] leur incombe.

La dignité de komsorg : l’autorité d’un champion émérite

À regarder les listes des komsorgs, l’on s’aperçoit que nombre de grands champions ont occupé cette fonction : par exemple, Mihajl Voronin, gymnaste plusieurs fois couronné champion olympique, champion du monde ou champion d’Europe ; Valerij Borzov, sprinter au parcours similaire ; ou encore Valerij Popečenko, champion olympique de boxe, deux fois champion d’Europe. Comment accède-t-on à la fonction de komsorg et quel statut confère-t-elle au sein de l’équipe ?

Le sténogramme sur la participation du komsomol à la préparation des sportifs soviétiques aux JO de 1968 nous renseigne sur le processus de sélection du komsorg : il est élu parmi les membres de cette organisation de jeunesse de l’équipe pour un an [37] . Le titulaire peut être renouvelé à ce poste et y rester longtemps [38] , comme le champion de plongeon Vladimir Vasin qui occupe cette fonction de 1966 à 1973 [39] .

Le profil de ces personnalités est assez similaire. En nous appuyant sur la liste des komsorgs des équipes nationales aux JO de Munich, nous pouvons identifier quelques caractéristiques de ce groupe particulier de sportifs. La moyenne d’âge est d’environ 26 ans. Le plus jeune est issu de l’équipe de tir et n’a que 20 ans. Le plus âgé est le représentant de la lutte libre et a 35 ans. Il n’a plus l’âge d’être au komsomol mais est devenu membre du Parti, comme quatre des autres komsorgs. En termes de carrière sportive, 59 % ont atteint le titre de maître émérite de sport couronnant ainsi des résultats dans des championnats internationaux. 11 % sont maîtres de sport (premier titre possible), 19 % maîtres de sport de rang international (2e niveau). La fonction de komsorg est donc majoritairement occupée par des champions qui ont acquis une expérience internationale et obtenu des résultats lors des Jeux olympiques, des championnats d’Europe ou des championnats du monde, ce que montrent leurs biographies personnelles. Ces champions se caractérisent également par leur niveau de formation : 21 sur 27 ont été dans l’enseignement supérieur, ce qui est en pourcentage supérieur aux membres des équipes olympiques étudiés par O.A. Milštejn [40] .

Outre leur conformité avec le modèle du sportsman tel qu’il est défini progressivement (réussite sportive, réussite scolaire, haut niveau d’investissement politique) [41] , Leonid Arkaev, komsorg de l’équipe de gymnastique, dans un rapport sur un stage de la future équipe olympique insiste sur le fait que le komsorg est un modèle pour l’équipe dans l’exécution de toutes les directives et de toutes les exigences. Il doit être un exemple et, par son action, attirer vers lui les plus jeunes [42] .

Les itinéraires de Vladimir Alekseevič Vasin et de Galina Evgen’evna Gorohova sont à ce point de vue exemplaires. V. A. Vasin a participé à trois Jeux olympiques, de 1964 à 1972, et est parvenu à renverser la suprématie américaine en plongeon à trois mètres en obtenant en 1972 une médaille d’or, devenant ainsi le premier soviétique médaillé aux JO dans ce sport. En parallèle, il étudie à la faculté d’économie de l’université de Moscou (MGU). Il travaille ensuite au Comité central de l’Union des jeunesses léninistes communistes (VLKSM), avant de rejoindre le département de la propagande du Comité central du PCUS. Il devient un dirigeant sportif influent jusqu’à la chute de l’URSS en occupant le poste de vice-président du Comité de culture physique et de sport entre 1990 et 1992 et en devenant premier vice-président du Comité olympique russe en 1992. G. E. Gorohova est également une championne de renom, trois fois médaillée d’or aux JO en fleuret en équipe, championne du monde à huit reprises. Après avoir occupé la fonction de komsorg, elle a suivi, comme V. A. Vasin, des études à l’Académie des sciences sociales auprès du Comité central du PCUS. À la fin de sa carrière sportive, elle devient entraîneuse de la sélection nationale de fleuret.

Être komsorg est donc une fonction qui couronne une expérience internationale et une carrière sportive. Cette fonction entraîne le respect et confère à son titulaire une autorité particulière au sein de l’équipe, autorité utilisée pour éduquer, contrôler et discipliner.

L’action du komsorg : éduquer, discipliner, contrôler

Le renforcement du rôle du komsorg au sein des équipes se manifeste tout d’abord par la multiplication des références à cette fonction dans les sources étudiées mais aussi, d’un point de vue pratique, par l’organisation de réunions et de journées de rassemblement pour améliorer leur formation. Lors du regroupement des komsorgs des équipes nationales d’URSS du 27-28 avril 1967, à la question : « Qu’est-ce que le komsorg ? », le camarade Koval’ répond que celui qui détient cette fonction doit avoir de l’influence sur les autres, qu’il doit être un agent de la moralisation du sport national. Plus qu’un capitaine d’équipe, le komsorg devient le vecteur et le responsable de l’idéologie [43] dans l’équipe. Cela passe principalement par trois objectifs : éduquer, discipliner, contrôler. Son action est-elle efficace ? Quelle fut sa portée ?

Les komsorgs, des intermédiaires

Le champion à qui incombe la fonction de komsorg joue un rôle d’intermédiaire et de lien entre les différentes institutions (Komsomol, parfois le Comité soviétique chargé de la culture physique), les différents acteurs de la préparation sportive (entraîneurs, médecins, responsables de délégation) et les athlètes. Ce rôle d’intermédiaire lui impose toute une série de devoirs et d’activités qui viennent s’ajouter à son activité sportive. Il sert également de canal d’information entre les différentes institutions.

Afin de préciser les tâches qui lui sont attribuées, le komsorg est convoqué, en particulier dans les périodes précédant les Jeux olympiques, à des réunions supplémentaires : séminaires de formation en compagnie des entraîneurs pour préciser les attentes et les programmes de préparation politique [44] , séminaires des komsorgs des équipes nationales sur l’organisation du travail politique avec les membres des équipes olympiques [45] . Lors de ces différentes séances, il assiste à des conférences rassemblant aussi bien des artistes (le clown Yuri Nikulin, l’écrivain Lev Abramovič Kassil’ [46] ) que des dirigeants du komsomol (secrétaire du Comité central du Komsomol [47] , directeur adjoint du département du sport et du travail de défense de masse du comité central du VLSKM [48] ). Ces réunions ont, comme objectifs premiers, de renforcer la préparation politique de ces derniers et de mieux définir leurs attributions. Le lien avec le comité central du VLKSM est évoqué également en ce qui concerne la validation du programme de préparation politique pour laquelle ils rencontrent des dignitaires du komsomol en compagnie de l’entraîneur principal [49] . L’apparition même de ces réunions, la réalisation de documents-guides et d’échanges d’expériences entre les komsorgs expérimentés et les autres peuvent à l’inverse témoigner du manque d’efficacité du travail du komsorg et de la nécessité de régulièrement rappeler et borner les contours de leurs actions. Le contrôle des plannings de préparation politique en haut lieu, après la prise en défaut du komsorg de l’équipe de lutte libre lors d’un stage de préparation aux Jeux olympiques de Munich [50] , étaye cette idée [51] .

Les komsorgs en tant que secrétaires du komsomol de l’équipe sont également les destinataires de toute une série de documents du comité central du VLSKM (lettre, missive précisant leur fonction, planning de travail) [52] . Inversement, ils soumettent à leurs supérieurs du département de sport et du travail de défense du comité central du Komsomol des rapports sur les stages auxquels leur équipe a participé [53] . Néanmoins, il n’est pas dans leur intérêt de mettre trop l’accent sur les infractions de leurs coéquipiers, témoignages gênants de l’inefficacité de leur travail.

D’autres tâches administratives leur incombent : ils participent à la réalisation de dossiers, au paiement des adhésions [54] . Ils peuvent également servir d’intermédiaires entre l’équipe et les familles : ainsi, le komsorg est chargé de rencontrer les parents des nageurs pour leur expliquer le déroulement des compétitions à Mexico et la signification des victoires des sportifs soviétiques [55] .

Intermédiaires entre les différentes institutions, canaux de communication entre le Komsomol et les athlètes, les komsorgs sont également des vecteurs et le responsable de l’idéologie soviétique dans l’équipe nationale. À ce titre, ils sont en particulier chargés de l’agit-prop.

Éduquer

Le travail d’éducation politique est un élément clef de l’action des komsorgs lors des stages de préparation et des compétitions. En plus de leurs entraînements, les athlètes assistent à toute une série de conférences et de cours qui leur inculquent les fondements du marxisme-léninisme, leur indiquent les prescriptions à suivre pour se comporter en citoyen soviétique et leur présentent des rudiments de géopolitique

Le programme de formation destiné aux komsorgs avant la préparation olympique de 1967 permet d’en percevoir le contenu. À la lettre de conseils rédigée par trois athlètes et komsorgs expérimentés, sont joints des leçons de politique, de la documentation sur le loisir « civilisé [56]  », le plan d’organisation du travail d’éducation politique réalisé par le komsorg de l’équipe d’haltérophilie. Ces documents doivent permettre au komsorg d’exercer une influence sur la préparation olympique, en particulier sur ce qui ne concerne pas le domaine sportif [57] . Le plan de travail d’éducation politique et de culture de masse de l’équipe d’haltérophilie, établi en lien avec l’entraîneur principal, signale quels sont les temps où le komsorg joue un rôle important. L’information politique, les leçons sur la situation internationale, la vie intérieure du pays, les nouvelles sportives, la réalisation de journaux muraux, les visites culturelles (soirées au théâtre, visites de la maison de Lénine à Podolsk) sont à leur charge, comme l’organisation, en collaboration avec les entraîneurs, des rencontres avec les pionniers de la ville où ils sont en stage et avec les travailleurs. De la même manière, dans la circulaire de méthode organisant le travail d’éducation politique pour les jeux de Munich, des indications précises sont données au komsorg : il doit en partenariat avec l’entraîneur principal de l’équipe coordonner les cours et organiser la venue de propagandistes du Parti [58] . Une lettre sur le contenu de la préparation idéologico-politique pour les Jeux olympiques de 1972 éclaire les thèmes abordés lors des conférences où sont évoqués les plans agressifs de l’impérialisme américain, la politique revancharde de la RFA ou du Japon, les combats de la jeunesse contre l’anticommunisme et le néofascisme. Le rôle du Parti communiste d’URSS en faveur du progrès, de la paix et de la démocratie doit, au contraire, être mis en valeur [59] .

D’autres documents nous permettent d’aller au-delà des seules prescriptions. Lors du stage de préparation de l’équipe de lutte libre aux JO de Munich de 1972 à Kislovodsk, malgré la bonne organisation générale du stage, le komsorg est critiqué pour ne pas avoir pris contact avec le komsomol local, pour n’avoir présenté qu’un film, pour ne pas avoir mené de leçon d’information politique régulièrement, ni réalisé de journaux muraux [60] . Benjamin Tromly a, pour le cas des universités, montré avec justesse que les séances monotones d’éducation politique intéressaient peu les étudiants contraints d’y assister. Il signale également que les discours et la présentation d’articles avait une efficacité toute limitée. Les étudiants qui assistaient à ces séances préféraient lire des romans, discuter ou poursuivre leur travail personnel [61] . La réception des séances, pour le cas des komsorgs des sélections nationales, est difficile à saisir à travers les archives étudiées. Néanmoins, l’appel progressif à des professionnels de l’agit-prop issus du Comité central du Komsomol pour réaliser ces leçons et l’apparition de la fonction de komsorg des bases de préparation olympique peuvent révéler la difficulté pour les komsorgs de l’équipe à s’investir, en plus de leur propre préparation, dans la rédaction de discours et autres leçons [62] et/ou démontre l’inefficacité du travail effectué par les komsorgs sportifs.

Le komsorg dans l’équipe est un sportif qui organise l’éducation politique et qui participe à cette éducation directement par des leçons sur la doctrine marxiste-léniniste, sur la situation nationale ou internationale ou, indirectement, par des actions particulières (diffusion de films, réalisation de journaux muraux), afin de permettre le développement des initiatives des sportsmen, la responsabilisation par rapport à leurs résultats et l’amélioration de la discipline.

Contrôler, discipliner et souder le collectif

Au-delà de ce rôle d’éducateur politique dans les équipes nationales, le komsorg participe activement à la moralisation de la conduite des équipes nationales de l’intérieur.

En mars 1967, les komsorgs sont convoqués pour un séminaire avec les représentants du comité central du VLKSM et du Comité central des organisations et des sociétés sportives soviétiques ainsi qu’avec les entraîneurs [63] . Quels sont les thèmes abordés lors de cette réunion ? Principalement, les transgressions des sportifs, les comportements qui nuisent à l’image du sport soviétique et la nécessité de lutter contre ces multiples déviances. Les komsorgs se font le relais de ces conclusions et doivent eux-mêmes jouer un rôle actif dans la discipline de leurs équipes. Ce point est particulièrement mis en valeur dans une conférence du rédacteur du journal Sovetskij sport N. K. Kiselev [64] , prononcée le 31 mai 1972. Reprenant l’exemple d’un plongeur impliqué dans une affaire de transfert de devises et de spéculation lors des Jeux de Mexico, il conclut que le rôle des komsorgs est d’éviter ce genre de problèmes et de préparer les futurs membres de l’équipe à adopter un comportement irréprochable. La lutte pour la discipline des comportements passe par une apparente intransigeance vis-à-vis des dérives qui doit aboutir à la discussion publique des problèmes de comportement avec les membres de l’équipe lors de la réunion des membres du komsomol de l’équipe [65] . Le champ d’action des komsorgs dépasse le seul moment des regroupements sportifs. Ils doivent aider les champions à améliorer leur comportement non seulement dans le stade ou sur le terrain mais également dans leur vie quotidienne, que ce soit sur leur lieu d’étude ou de travail [66] .

Quelles sont les solutions pratiques proposées aux komsorgs pour garantir une discipline sans faille ? Cela passe dans un premier temps par la construction d’un collectif soudé. Pour cela, inutile de trouver de nouvelles règles. Galina Gorohova, Valerij Popečenko et Aleksandr Ivanitskij, , dans une lettre aux jeunes komsorgs, insistent sur le retour aux valeurs originelles du komsomol, – l’amitié, l’entraide et l'unité , principes qu’il faut développer dans les équipes. Ils reviennent également sur la nécessité de lire la presse du komsomol où se trouvent les réponses à nombre de questions qui peuvent se poser à eux [67] .

Exercer le contrôle sur l’équipe est finalement une des tâches majeures attribuées au komsorg. Un journal sur le quotidien de l’équipe recense les membres du komsomol de l’équipe, avec leur numéro, des informations personnelles comme leur année et leur date de naissance, leurs études, leur titre, leur domicile, et compile des informations sur les membres de l’équipe qui ne font pas partie de l’organisation de jeunesse. Toutes les remarques sur la préparation et sur les compétitions y sont récolées. Sont joints également les comptes rendus des réunions, le planning et le contenu de la préparation politique. Des données plus sportives y sont intégrées, tels l’assistance aux entraînements et le bilan de la participation aux stages,  ainsi que des données plus personnelles comme les infractions à la discipline, les formes de non-respect du régime sportif. Un exemple de rapport sur la préparation de l’équipe de patinage artistique à Celiabinsk en août 1971 nous permet de saisir l’ampleur des données recensées : moral des sportifs à l’entraînement, douleurs physiques, ressenti sur les prestations, changement de matériel et conséquence sur l’entraînement. Au moment de la préparation des olympiades de Mexico, à la rédaction de ces journaux, s’ajoute celle de rapports, lus et discutés au comité central du Komsomol [68] .

Le komsorg est donc un garant de la discipline et doit veiller à la construction d’un collectif soudé au sein de l’équipe nationale, par un contrôle strict et quotidien de ses membres. Néanmoins, la lutte contre les infractions au règlement et le travail des komsorg semblent vains en interne : les cas de transgressions à la douane se multiplient dans les années 1970, l’attitude frondeuse de certains sportifs demeure. Certains komsorgs eux-mêmes sont mis en cause comme le hockeyeur Valerij Borisovič Harlamov pour s’être battu dans un espace public et avoir ainsi enfreint le « régime sportif », l’éthique de comportement d’un athlète et avoir porté préjudice au Komsomol [69] .

Comment contrôler et améliorer l’éducation politique des sportifs ? Durant les années 1960 et 1970, face à la recrudescence d’affaires et de scandales, à leur visibilité accrue et à leur retentissement médiatique, les responsables du mouvement sportif, s’appuyant sur le komsomol, s’efforcent de renforcer le travail socio-politique dans les équipes nationales, de lutter contre les incartades des sportifs et cherchent à améliorer la discipline. Le renforcement du rôle du komsorg est une des solutions préconisées.

Issu de l’équipe, champion reconnu et expérimenté, aguerri aux rencontres internationales et aux voyages à l’étranger, le komsorg fait figure de modèle de comportement dans l’équipe mais s’avère aussi un élément très politique. Élu par ses pairs, il est responsable de la cellule du komsomol mais son rôle va au-delà. Mi-capitaine d’équipe, mi-propagandiste, il est chargé d’assurer la transmission des informations entre les dirigeants et les athlètes, d’éduquer politiquement ses coéquipiers, de leur transmettre l’éthique et les valeurs du régime, mais il se doit également d’assurer le contrôle et la discipline en son sein. Ce projet reste compliqué à mettre en œuvre. La survivance des problèmes de comportement et l’appel à des propagandistes professionnels pour épauler le komsorg semblent montrer la difficulté de cette forme de contrôle.

Une analyse des carrières à la fois politique et professionnelle de ces komsorgs, une fois la compétition terminée, reste encore à mener car nombre des champions ici évoqués se sont retrouvés, ensuite, dans des postes de direction du mouvement sportif ou bien ont entamé des carrières politiques. Vladimir Vasin fut ainsi responsable du département de sport et de préparation à la défense du Komsomol, puis président du CNO [Comité national olympique] russe. Valery Borzov est devenu directeur adjoint du département du sport et de préparation à la défense du Komsomol d’Ukraine, puis secrétaire du comité central du komsomol de la république, directeur adjoint du Comité des sports d’Ukraine, avant de devenir ministre des sports d’Ukraine en 1990. Ces cas ne sont pas limitatifs. Cela montrerait sans doute un autre aspect de cette fonction, tremplin pour d’autres carrières, une fois les stades quittés. Les pistes développées par Loulia Shukan [70] quant à la reconversion des komsomols et à leur insertion dans la vie politique et économique des années 1990 doivent donc également être appliquées au mouvement sportif.

Pour citer cet article : Sylvain Dufraisse, « Champion et politique, la fonction de komsorg dans les équipes nationales en URSS (1964-1982) », Histoire@Politique. Politique, culture, société, n° 23, mai-août 2014 [en ligne, www.histoire-politique.fr]

Notes :

[1] Je tiens à exprimer mes vifs remerciements aux différents relecteurs qui ont contribué à l’amélioration de cet article, en particulier à François-Xavier Nérard, Kristy Ironside, Olga Frolova. Komsomolskij organizator, secrétaire d'une organisation de base du Komsomol

[2] Smena, n° 1276, juillet 1980.

[3] VLKSM, Vsesoiouznyj Leninskiй Kommunističeskiï Soûz Molodëži. Cette organisation, d’abord réservée à de jeunes activistes prolétariens s’est progressivement transformée en une organisation de masse de la jeunesse soviétique. Sous Brejnev, elle est devenue une organisation qui était essentielle pour l’avancement et le devenir des carrières professionnelles ou politiques.

[4] Hilary Pilkington, Russia's Youth and it's Culture: a Nation's Constructors and Constructed, London and New York, Routledge, 1994, 358 p. ; Anne Gorsuch, Youth in Revolutionnary Russia: Enthusiasts, Bohemians, Delinquents, Bloomington, Indiana University Press, 2000, 274 p. ; Catriona Kelly, Children’s World, Growing Up in Russia, 1890-1991, New-Haven, London, Yale university Press, 2007, 714 p. 

[5] Ralph Fisher, Pattern for Soviet Youth: A Study of the Congresses of the Komsomol, 1918-1954, New York, Columbia University Press, 1959, 452 p. Pour une période plus tardive (1980-1990), l’article de Loulia Shukan, beaucoup plus récent, s’avère particulièrement stimulant : Loulia Shukan. « Les recettes d'une reconversion réussie. Étude de cas des Komsomols ukrainien et biélorussien à la fin des années 1980 », Revue d’études comparatives Est-Ouest, volume 34, n° 2, 2003, p. 109-144.

[6] Benjamin Tromly, Making the Soviet Intelligentsia, Universities and Intellectual Life under Stalin and Khrushchev, Cambridge, Cambridge University Press, 2013, 515 p.

[7] Mathias Neumann, The Communist Youth League and the Transformation of the Soviet Union, 1917-1932, Abingdon, Oxon, Routledge, 2011, 289 p.

[8] Juliane Fürst, Stalin’s Last Generation. Soviet Post-War Youth and the Emergence of Mature Socialism, Oxford, Oxford University Press, 2010, 391 p.

[9] Merle Fainsod, « Controls and Tensions in the Soviet System », The American Political Science Review, volume 44, n° 2, juin 1950, p. 266-282.

[10] Zbigniew Brzezinski « Party Controls in the Soviet Army », The Journal of Politics, volume 14, n° 4, novembre 1952, p. 565-591.

[11] Roman Dublan, The Truth About a Lie, Toronto, The New Pathway Publishers, 1986, p. 19.

[12] Interview de Jean-Marie Jouaret. Cf. Yannick Deschamps, Les athlètes soviétiques sous le regard des Français. Des années 1920 à l’année 1991, près d’un siècle de rencontres sportives franco-soviétiques, mémoire de master 2, sous la direction de François-Xavier Nérard et de Philippe Poirrier, université de Bourgogne, juin 2012, p. 128.

[13] David Maraniss indique que le champion d’athlète Igor Ter Ovanesian, décrit comme un homme plutôt ouvert et anglophile, était particulièrement surveillé par les services secrets. Cf. David Maraniss, Rome 1960, The Olympics that Changed the World, New York, Simon and Schuster, 2009, p. 395.

[14] Anne Gorsuch, All This Your World Soviet Tourism at Home and Abroad, Oxford, Oxford University Press, 2011, p. 117.

[15] Andrea Graziosi, Histoire de L’URSS, Paris, PUF, 2010, p. 282.

[16] Ibid., p. 287.

[17] Hilary Pilkington, op. cit., p. 79

[18] Sur la question du rapport et des problèmes méthodologiques de son analyse : Nicolas Werth, Gaël Moullec, Rapports secrets soviétiques, 1921-1991. La société russe dans les documents confidentiels, Paris, Gallimard, 1994, p. 16-17.

[19] Par idéologie, nous reprenons ici les propositions de Basile Kerblay et Marie Lavigne, en particulier celle d’un pouvoir moral, à la fois discipline, mythologie et langage. Cf. Basile Kerblay, Marie Lavigne, Les Soviétiques des années 1980, Paris, Armand Colin, p. 38-41.

[20] Le comité central du V.K.P. (b) autorise l’intégration à la fédération sportive internationale d’haltérophilie, le 13 octobre 1946, de football le 4 novembre 1946, de basket, de lutte, de patinage, d’athlétisme et de natation le 9 janvier 1947, à celle d’échecs le 19 mars 1947, enfin le 26 décembre 1947 à celles de boxe, de gymnastique, de volley et de ski. Voir, RGASPI, f. R7576, o. 32, d. 99, l. 97-98. La candidature du comité olympique d’U.R.S.S. est acceptée lors de la quarante-sixième session du CIO, le 7 mai 1951.

[21] Par exemple, en 1935, des lutteurs participants au championnat national soviétique ont organisé une beuverie et « débauche » dans l’hôtel où ils résidaient. Gosudarstvenij Arhiv Rossiskoj federacij, Komitet Fizičeskoj Kul’tury i sporta, R-7576, inv. 1, d. 201, p. 91.

[22] Barbara Keys, « The Soviet Union, Cultural Exchange and the 1956 Olympic Games », dans Arié Malz, Stefan Rondewald, Stefan Wiederkehr (dir.), Sport zwischen Ost und West, Osnäbruck, Fibre Verlag, 2007, p. 140.

[23] Barbara Keys, op. cit., p. 141.

[24] Rossijskij Gosudarstvenij Arhiv Noveišej Istorij, F. 5, inv. 60, d. 36, p. 45.

[25] RGANI, F. 5, inv. 60, d. 228, p. 133.

[26] RGANI, F. 5, inv. 33, d. 228, p. 53.

[27] Komsomolskaâ Pravda, 2 février 1958, p. 5.

[28] Rossijskij Gosudarstvennij arhiv social’no-političeskoj istorij, Fm1, inv. 38, d. 115, p. 7.

[29] RGANI, F. 5, inv. 33, d. 228, p. 53.

[30] Benjamin Tromly, op. cit.

[31] Oleg Aleksandrovič Milštejn indique ainsi que lors des JO d’Helsinki la moyenne d’âge de l’équipe soviétique était de 32 ans. À Melbourne, elle diminua à 29,5 ans ; à Rome, 28 ans. En 1972, à Munich, la moyenne d’âge de l’équipe est de 24,5 ans. Cf. Oleg Aleksandrovič Milštejn, Konstantin Antonovič Kulenkovič, Sovetskij Olimpiec : social’nij portret, [Les Olympiens soviétiques : un portrait social], Moscou, Fizkul’tura i Sport, 1979, p. 26.

[32] RGASPI, Fm1, inv. 38, d. 116, p. 172-173.

[33] RGASPI, Fm1, inv. 47, d. 530, p. 37.

[34] Oleg Aleksandrovič Milštejn, Konstantin Antonovič Kulenkovič, op. cit., p. 99-100.

[35] Anne Gorsuch, « Communist Youth Organizations », Encyclopedia of Russian History, p. 313-314.

[36] RGASPI, Fm1, inv. 38, d. 116, p. 99.

[37] RGASPI, Fm1, inv. 38, d. 116, p. 2. RGASPI, Fm1, inv. 66, d. 246, p. 19.

[38] RGASPI, Fm1, inv. 38, d. 545, p. 58.

[39] RGASPI, Fm1, inv. 148, d. 13, p. 14.

[40] Oleg Aleksandrovič Milštejn, Olimpijskaâ Saga : olimpisniky, zrecy, piligrimy, Moscou, Terra Sport, 2001, p. 588.

[41] Sylvain Dufraisse, « Le champion, incarnation de l’homme nouveau soviétique : une genèse (1934-1953) », dans Georges Bensoussan, Paul Dietschy, Caroline Francois, Hubert Strouk, Sport, corps et sociétés de masse : le projet d’un homme nouveau, Paris, Armand Colin, 2012, p. 229-241.

[42] RGASPI, Fm1, inv. 38, d. 472, p. 3.

[43] Sur la question de la place et de l’usage de l’idéologie dans la société soviétique des années 1960-1980, cf. Alexei Yurchak, « Soviet Hegemony of Form : Everything was Forever, until It Was No More », Comparative Studies in Society and History, volume 45, n° 3, juillet 2003, p. 480-510.

[44] RGASPI, Fm1, inv. 38, d. 116, p. 1.

[45] RGASPI, Fm1, inv. 38, d. 469a, p. 5.

[46] RGASPI, Fm1, inv. 38, d. 116, p. 1

[47] RGASPI, Fm1, inv. 38, d. 115.

[48] RGASPI, Fm1, inv. 38, d. 469a, p. 5.

[49] RGASPI, Fm1, inv. 38, d. 550, p. 15.

[50] RGASPI, Fm1, inv. 38, d. 550, p. 15.

[51] GARF, R-7576, inv. 31, d. 1120, p. 22.

[52] RGASPI, Fm1, inv. 66, d. 246, p. 63.

[53] RGASPI, Fm1, inv. 38, d. 472, p. 1.

[54] RGASPI, Fm1, op. 66, delo 356, l. 25.

[55] L’équipe de natation est, en particulier dans les années 1970, composée de sportifs très jeunes.

[56] « Kulturnye ».

[57] RGASPI, Fm1, inv. 38, d. 116, p. 183.

[58] RGASPI, Fm1, inv. 38, d. 542, p. 1.

[59] RGASPI, Fm1, inv. 38, d. 541, p. 1.

[60] RGASPI, Fm1, inv. 38, d. 550, p. 15

[61] Benjamin Tromly, Making the Soviet Intelligentsia, Universities and Intellectual life under Stalin and Khrushchev, Cambridge, Cambridge University Press, 2013, passim.

[62] RGASPI, Fm1, inv. 66, d. 246, p. 11.

[63] RGASPI, Fm1, inv. 38, d. 116, p. 166.

[64] RGASPI, Fm1, inv. 38, d. 470, p. 49.

[65] RGASPI, Fm1, inv. 38, d. 116, p. 185.

[66] RGASPI, Fm1, inv. 38, d. 115, p. 7.

[67] RGASPI, Fm1, inv. 38, d. 116, p. 185.

[68] RGASPI, Fm1, inv. 38, d. 116, p. 2.

[69] RGASPI, Fm1, inv. 38, d. 471, p. 128.

[70] Loulia Shukan, op. cit.

Sylvain Dufraisse

Agrégé d’histoire, Sylvain Dufraisse prépare une thèse d’histoire contemporaine à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne au centre d’histoire des Slaves sous la direction du professeur Marie-Pierre Rey sur les conditions et les modalités de l’émergence d’une élite d’athlètes en URSS dans le contexte de la guerre froide.

Mots clefs : Komsomol ; URSS : période brejnévienne ; moralisation du sport ; éducation politique des champions ; contrôle des sportifs.

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  • ISSN 1954-3670