Histoire@Politique : Politique, culture et société

Comptes rendus
   

Blandine Chelini-Pont, La droite catholique aux États-Unis. De la guerre froide aux années 2000,

Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2013, 372 p.

Ouvrages | 11.09.2014 | Jacques Portes
  • imprimer
  • version pdf
  • réduire la taille du texte
  • augmenter la taille du texte

Presses universitaires de RennesCe gros volume appuyé sur une bibliographie essentiellement américaine très complète traite de façon fouillée d’un sujet le plus souvent ignoré en France où les États-Unis sont considérés comme un pays massivement protestant : la puissance du mouvement catholique conservateur.

En effet, alors que les protestants s’étaient beaucoup divisés sur le New Deal qui les avait conduits à s’identifier au progressisme libéral, les catholiques se sont retrouvés unis derrière Joseph McCarthy dans sa lutte frénétique contre le communisme. Leur anticommunisme s’avère même plus viscéral que celui des protestants et les intellectuels catholiques comme John Murray entreprennent de relire l’histoire américaine à leur façon. Pour eux le progressisme libéral si honni est d’origine française par les Lumières alors qu’ils représentent la véritable tradition américaine issue de Burke. Ces nouveaux catholiques cessent d’appuyer le parti démocrate pour s’installer au cœur du parti républicain avec leur soutien affirmé à la candidature de Barry Goldwater en 1964, alors qu’Eisenhower, accusé de modération, les avait beaucoup déçus.

Cette évolution majeure a été expliquée et théorisée par William Buckley et sa National Review, une voix importante dans la révolution conservatrice qui s’annonce et qui va prolonger les thèmes du McCarthysme longtemps après la disparition du sénateur du Wisconsin. Ces conservateurs catholiques se rapprochent alors de certains protestants avec qui ils partagent notamment le culte du marché libre. Cette « fusion », forgée autour de Goldwater, contribue à la victoire en 1980 de Ronald Reagan.

Ce faisant les catholiques se distinguent de moins en moins des fondamentalistes protestants, en souhaitant une politique étrangère plus ferme contre le communisme et en prenant part à la dénonciation de la Cour Suprême menée par Earl Warren. Comme eux ils s’opposent violemment à l’avortement et à toutes les mesures prises pour mettre un terme à la discrimination raciale comme l’affirmative action. Les catholiques ont cru un moment que la guerre du Vietnam correspondait à la lutte du catholicisme contre le communisme, mais, rapidement déçus, ils se divisent au sujet de ce conflit.

Dans les années 1970, les conservateurs catholiques ne sont plus les fers de lance du néo-conservatisme américain, bien qu’un des leurs, Patrick Buchanan, porte-parole de Nixon, ait tenté un moment de les représenter. Les catholiques partagent la plupart des grands thèmes du conservatisme américain des années 1980-1990. Certains sont indignés par les conclusions libérales du concile Vatican II alors que de nombreux prêtres américains participent au mouvement social comme les frères Berrigan. Une partie des fidèles ne se reconnaît plus dans ces conservateurs virulents.

Finalement si des penseurs catholiques se retrouvent dans l’entourage de George W. Bush, ils partagent le goût d’une politique étrangère musclée et une détestation du féminisme. Mais il devient de plus en plus difficile d’identifier leur spécificité, d’autant qu’ils sont parfois proches des néo-conservateurs juifs.

Cet ouvrage très intéressant est avant tout une étude précise des intellectuels catholiques de William Buckley à Michaël Nowak. On n’y trouve aucune sociologie de la communauté des catholiques, ce qui n’était pas le but de Blandine Chelini-Pont ; mais l’auteur aurait pu développer davantage la place exacte du catholicisme dans cette mouvance conservatrice dominante ; qu’apporte la spécificité religieuse dans le débat où se retrouvent de nombreuses dénominations, où tous partagent un grand nombre de valeurs ?

Jacques Portes

imprimer

Newsletter

  • Consultez fréquemment les rubriques dynamiques de cette colonne. Elles sont régulièrement mises à jour.

Champ libre

  • Histoire@Politique est également disponible sur CAIRN
  • lire la suite

Partager

  • ISSN 1954-3670