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Comptes rendus
   

Danielle Tartakowsky et Alain Bergounioux, L’Union sans unité. Le programme commun de la gauche (1963-1978), avant-propos de Claude Bartolone,

Rennes, PUR, 2012, 308 p.

Ouvrages | 20.06.2013 | Laurent Jalabert
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PUR, 2012Issu d’un colloque organisé en mai 2010, cet ouvrage est la première publication d’importance sur l’histoire du Programme de la gauche, qui, en son temps (1972-1978), a alimenté passions, polémiques et combats politiques, tant au sein des gauches que face à une droite qui n’a eu de cesse de le combattre. L’alliance entre socialistes, communistes et radicaux est ici visitée bien au-delà des sept années de l’accord de gouvernement des trois principales forces d’opposition d’alors, puisque les organisateurs du colloque avaient aussi choisi de le positionner dans le cadre des recompositions politiques des débuts de la VRépublique. La genèse du Programme commun, sa signature, son développement, puis ses difficultés sont donc analysées au travers de diverses contributions.

Le rôle de chacune des forces politiques dans la chronologie est assez rapidement brossé, pour les socialistes (Denis Lefèbvre et Gilles Morin), communistes (Jean Vigreux), et radicaux (Frédéric Fogacci), par de brèves mises en perspective au début de l’ouvrage, complétées par des témoignages d’acteurs (Roland Dumas, René Piquet, Pierre Mauroy) et par la retranscription d’une table ronde dont les propos sont particulièrement riches (Charles Fiterman, Lionel Jospin, Roger-Gérard Schwartzenberg). Les autres communications privilégient les entrées thématiques, s’appuyant sur les travaux de récentes thèses de doctorat, notamment sur la rupture économique (Matthieu Fulla), la problématique des droits de l’homme en URSS (Hervé Chauvin), ou les questions agricoles (Fabien Conord), sur des thèses en cours de rédaction (notamment sur la FEN, Ismaël Fehrat), mais également sur des analyses plus larges, sur l’État (Marc Lazar), l’opinion publique (Pascale Goetschel et Florent Gougou), le rôle des droites (Bernard Lachaise). L’ensemble est donc d’une indiscutable richesse, très diversifié, incluant même des approches locales, aux échelles municipale (synthèse de Rémi Lefebvre), départementale (la Seine-Saint-Denis, Emmanuel Bellanger), ou régionale (Bretagne). Des documents (archives, affiches, photographies) complètent l’ensemble.

L’apport à la connaissance du Programme commun est donc remarquable. Les communications confirment que l’Union de la gauche est une dynamique qui se construit dès le milieu des années 1960, chez les socialistes et les communistes, en parallèle, de par la volonté commune de proposer une alternative au pouvoir des droites. Les radicaux s’y greffent, agités par des turbulences internes désormais bien analysées (Frédéric Fogacci) Comme le note cependant Marc Lazar dans sa communication, il est aussi indispensable de sortir des interprétations trop hâtives autour du moment Programme commun, véhiculées notamment par les mémoires militantes, pour essayer d’en voir la portée réelle, ce qu’il fait à partir d’une analyse sur la perception de l’État par les forces de gauche d’alors. Il stipule dans sa conclusion, comme le font d’ailleurs la plupart des auteurs, que « le moment est décisif dans l’histoire de la gauche française [car] il a fonctionné comme un accélérateur de la recomposition idéologique et culturelle de la gauche » (p. 118), pour ce qui concerne son analyse, en imposant l’hégémonie de la culture étatique.

Accélérateur des recompositions politiques, le Programme commun a donc permis incontestablement de reconstruire la gauche française, notamment aux yeux de l’opinion (ce que montre Florent Gougou au travers des élections), suscitant d’ailleurs la peur des droites (Bernard Lachaise) qui reprennent des mots d’ordre très virulents rappelant les vieilles images de l’entre-deux-guerres, très largement teintées d’anticommunisme d’abord. Le fait que le PS profite largement de ces recompositions face au PCF, et ce dès 1974 (ce que révèlent des élections législatives partielles à l’automne, comme le note Lionel Jospin dans son témoignage), est une réalité depuis longtemps connue. Le colloque permet cependant de mieux en mesurer la portée, d’en réévaluer l’impact dans les rapports de force internes aux gauches, et plus largement dans la vie politique nationale. L’ouvrage est une étape importante du renouvellement historiographique qui se développe depuis une dizaine d’années sur l’histoire des gauches françaises après 1945.

Laurent Jalabert

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  • ISSN 1954-3670