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Médiatisation et vie politique sous la Troisième République. Painlevé, un parcours médiatique atypique ?

Anne-Laure Anizan
Résumé :

Le parcours de Paul Painlevé montre l’importance de la médiatisation sur une carrière politique, en France, au cours du premier vingtième siècle. Mathématicien (...)

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Pendant près de quarante ans, de la Belle Époque au début des années trente, les médias français manifestèrent un intérêt particulier pour Paul Painlevé. Député de 1910 à 1933 (élu à Paris, puis dans l’Ain), ministre à quatorze reprises (entre 1915 et 1933), trois fois chef du gouvernement (en 1917 et 1925), président de la Chambre des députés (en 1924-1925), candidat à l’élection présidentielle (1924), il fut dans l’entre-deux-guerres un personnage consulaire de la Troisième République [1] . La presse écrite se devait de parler de son action politique, d’autant que, lorsqu’il n’était pas membre de l’exécutif, il jouait un rôle actif dans l’opposition.

La curiosité médiatique ne fut pas suscitée uniquement par son engagement politique. Elle releva aussi d’une forme précoce de peopolisation [2] . A priori, la vie privée de Painlevé s’y prêta peu. Veuf au terme d’une année de mariage, il choisit alors le célibat et n’afficha pas de liaison. Il éleva son fils avec sa sœur, elle-même veuve. Malgré sa réussite sociale, ce professeur d’université, qui eut bien vite un statut de notable, conserva un mode de vie simple ; certes, il fréquenta des salons, mais il demeura aussi très proche de sa famille avec laquelle il partagea modestement les quelques heures ou journées de repos volées à la vie publique. Bien qu’il soit loin du cas de grands bourgeois millionnaires, tels Joseph Caillaux ou Jean Hennessy, dont la vie familiale et/ou intime fit la une des journaux [3] , Painlevé donna néanmoins lieu à de nombreux articles mêlant vie publique et vie privée.

Lorsque les journalistes, comme à l’accoutumée en leur temps, se faisaient narrateurs au début des portraits ou des interviews qu’ils lui consacraient, ils soulignaient l’austérité de son cadre de vie où seuls quelques livres dévoilaient l’intimité d’un personnage connu pour son goût immodéré des Lettres. Ils n’omettaient pas de remercier Painlevé pour son affabilité et rappelaient la modestie de celui qui, aux yeux du plus grand nombre, demeurait un homme politique peu ordinaire parce qu’il était considéré comme un grand scientifique. À une époque où les savants bénéficiaient d’une aura exceptionnelle, c’est son parcours original entre science et politique qui était responsable de sa précoce médiatisation [4] . Mathématicien de renommée internationale, professeur à la Sorbonne et à l’École polytechnique, Painlevé n’avait pas sacrifié la première pour la seconde. Il continua d’enseigner, même quand il occupa les plus hautes responsabilités nationales, et il n’eut en outre de cesse d’utiliser sa position politique et son surcroît de notoriété pour servir la recherche et soutenir l’innovation. Il avait déjà goûté à l’exposition médiatique comme savant dans les années 1890 ; il ne se priva pas d’utiliser les médias dès lors qu’il devint homme politique. Bien qu’il ne fût jamais patron de presse, bien qu’il se fît rarement éditorialiste, il bénéficia toujours d’un accès aisé à la presse écrite. Son statut l’aida à concilier présence médiatique et recherche de popularité sans risquer de paraître vouloir porter atteinte à la conception parlementaire du régime qui imposait encore l’impersonnalisation du pouvoir [5] . Il était ainsi possible pour les journalistes de parler de Painlevé dans des articles différents des traditionnelles chroniques politiques.

Le parcours médiatique de Painlevé permet de préciser le lien entre médiatisation et vie politique sous la Troisième République, à une époque où la presse écrite est reine. La relation privilégiée soigneusement entretenue par Painlevé avec les médias peut-elle autoriser à parler de stratégie médiatique d’un acteur dont les ambitions sont, dès l’origine, nationales ? Quels bénéfices le savant, le politique ou les causes qu’ils défendaient en ont-ils retirés ? A contrario, quels ont été pour l’élu les effets négatifs d’une exposition médiatique qu’il ne contrôlait que très partiellement ?

Les médias et le choix du politique

Un savant médiatique

Issu des classes moyennes montantes (son père, initialement dessinateur lithographe, a créé et dirige une fabrique d’encre pour l’imprimerie), Paul Painlevé est reçu au concours de l’École normale supérieure section sciences en 1883. Agrégé et docteur en mathématiques, il débute une brillante carrière à la faculté des sciences de Lille. Ses travaux ayant été récompensés par des prix décernés par l’Académie des sciences, il est ensuite nommé maître de conférences puis professeur à la Sorbonne. Parallèlement, il enseigne à l’ENS et à l’École polytechnique. En 1900, considéré comme l’un des plus brillants mathématiciens de sa génération, âgé seulement de 37 ans, il est élu à l’Académie des sciences.

Sa première rencontre avec la presse remonte à l’année 1899, lorsqu’il prend la défense du capitaine Dreyfus [6] . Le camp dreyfusard estime capitales ses interventions devant la cour chargée à Rennes de rejuger l’Affaire. Elles sont très largement commentées par la presse, notamment sous la plume de Jaurès [7] . L’originalité de la posture du savant contribue à cette médiatisation. Le citoyen veut faire éclater la vérité quant à l’affaire Painlevé-Hadamard – une conversation entre les deux mathématiciens consignée déformée, mais utilisée dans le dossier monté contre Dreyfus. Le mathématicien démontre aussi que, du point de vue de la logique, le système d’analyse graphologique élaboré par Bertillon (sur lequel repose en grande partie l’acte d’accusation) est irrecevable. Painlevé rejoint alors les nombreux scientifiques, professeurs notamment de mathématiques, de physique, de chimie, de biologie ou de médecine, qui, avant lui souvent, se sont mobilisés pour la défense de Dreyfus. Comme le montre la composition du comité central de la Ligue des droits de l’homme, qu’il intègre bientôt, les institutions scientifiques – facultés des sciences, Institut Pasteur, Collège de France, École normale supérieure, École de physique et de chimie de la ville de Paris, mais aussi Académie des Sciences – alimentent non seulement le camp dreyfusard, mais encore sa tête pensante [8] . Ils contribuent par ailleurs à donner à l’Affaire un écho international. Pour beaucoup, comme pour Painlevé, cette première expérience de médiatisation a montré combien les discours, les prises de positions, prennent une tout autre dimension dès lors que les journaux se chargent de les faire connaître. Ils sauront s’en souvenir lorsque, dans le prolongement de l’Affaire, ils s’engagent dans le combat politique.

Jusqu’à la réhabilitation de Dreyfus en 1906, les occasions ne manquent pas pour les journaux de citer régulièrement le nom de Painlevé. Il s’associe aux manifestations organisées par la Ligue des droits de l’Homme et, dans des brochures ou des articles, s’acharne à réfuter en expert le système Bertillon [9] . Son engagement dreyfusard déchaîne les réactions de la presse antidreyfusarde qui s’empare du cas Painlevé [10] . Considéré comme un héros de la geste dreyfusarde, professionnel de la parole, le savant, qui est aussi un homme du monde, se prend au jeu de la médiatisation. Son ton très libre contribue à rendre ses articles piquants. En outre, honnête homme, véritable plume (il avait dans ses jeunes années songé à abandonner les sciences pour les lettres), Painlevé produit des articles appréciés pour leur qualité rédactionnelle.

L’engagement de Painlevé en faveur de l’aviation constitue une nouvelle étape dans la médiatisation [11] . À partir de 1908, année des premiers vols motorisés, les terrains d’aviation attirent une foule de curieux auxquels se joignent des envoyés spéciaux de la presse française et étrangère [12] . Dans ce contexte d’aéromania, les journaux se montrent pleins de déférence pour le savant qui vole avec Wilbur Wright comme Henry Farman et détient, pendant plusieurs mois, le double record du plus long vol à deux et du vol sur deux appareils différents. Les journalistes ont conscience des risques pris par le passager – des accidents spectaculaires, parfois mortels, ont régulièrement lieu ; Painlevé est souvent présenté comme un héros. Ainsi, Le Temps relate que lorsque l’avion de Wright atterrit au Mans pour le vol historique du 10 octobre 1908 : « La foule se précipite, les gardes à cheval interviennent, on dégage l’aviateur et son compagnon de voyage qui, lui aussi est transi, et on les congratule tous les deux [13] . » Au correspondant de ce journal qui a choisi de recueillir ses impressions, et non celles du pilote, Painlevé fait part de son enthousiasme. Entre 1908 et 1910, la presse fait la publicité des conférences prononcées par le savant et de ses ouvrages (certains sont de véritables succès d’édition) où il suggère, de manière réellement visionnaire, les futurs usages de l’aviation dont il est désormais aussi un héraut [14] . Elle réserve le meilleur accueil à ses articles pronostiquant une nouvelle stratégie aérienne, l’emploi des aéroplanes pour le repérage, la chasse, le bombardement et le transport de troupes. Le Matin, qui tire chaque jour à un million d’exemplaires, le publie ainsi à six reprises [15] . Painlevé est, il est vrai, proche de Bunau Varilla, directeur de ce quotidien très engagé en faveur de l’aviation. Comme d’autres journaux, notamment des illustrés, Le Matin suscite et entretient l’aéromania dès lors qu’il fait parler de l’aviation. La presse populaire est aussi à l’origine d’une forme de peopolisation de l’aviation dans la mesure où les articles sont centrés sur les aviateurs et non sur les engins qui leur permettent de voler. Ils n’en contribuent pas moins au développement du « plus lourd que l’air » puisqu’en organisant des prix ils incitent à battre des records de vitesse et d’altitude et, de ce fait, à mobiliser des capitaux pour stimuler l’innovation technique [16] .

À partir de 1908, Painlevé, grâce à une médiatisation multiforme, a définitivement assis sa notoriété auprès du grand public. Sa réputation rend envisageable en 1910 une candidature à la députation.

Les médias et les débuts dans la vie politique

Un siège laissé vacant dans le Ve arrondissement de Paris constitue l’opportunité de ce changement de cap. Painlevé mène activement campagne sur le terrain. Les médias vont directement et indirectement l’aider à recueillir les voix de la gauche et du centre [17] .

L’exposition médiatique de cet « homme nouveau » l’aide à surmonter deux handicaps : son manque d’expérience politique et son indépendance à l’égard des partis. L’image positive qui a été la plus largement diffusée et qui souligne les compétences exceptionnelles du savant comme sa capacité à se mettre au service de ses concitoyens a contribué à en faire un candidat crédible aux yeux des électeurs, et ce bien qu’il n’ait jamais exercé de mandat. L’image négative diffusée par des « pamphlets patriotiques [18]  » ouvertement antisémites, antiprotestants et antimaçonniques, aussi par la presse de droite et d’extrême droite qui soutient son principal concurrent, contribue à convaincre ses électeurs que Painlevé appartient bien à la gauche.

Une fois élu, Painlevé doit accroître sa crédibilité au sein de sa nouvelle famille politique, les républicains socialistes (situés au centre gauche, entre les socialistes unifiés et les radicaux). Il s’investit tout d’abord dans la rédaction politique de La Bataille, l’organe du groupe parlementaire républicain socialiste [19] . Très vite cependant, il renonce à cette activité éditoriale proprement partisane. Sa notoriété grandissante lui permet de faire l’économie du travail militant. De fait, les grands titres qui lui ont déjà ouvert leurs colonnes avant son élection n’ont pas de raison de les lui fermer après, d’autant que Painlevé est désormais considéré comme un parlementaire d’avenir dont les interventions à la Chambre sont couramment relayées. La presse politique se fait ainsi écho de ses prises de position comme rapporteur du budget de la Marine favorable à sa modernisation ou de ses interventions dans les grands débats politiques de la législature, Représentation proportionnelle et loi des trois ans.

À la veille de la Première Guerre mondiale, la capacité de Painlevé à séduire une presse de tendance républicaine, proche du centre, a contribué à son succès, alors même que le déchaînement d’un autre type de presse, plus proche de la droite et de l’extrême droite, a servi à préciser son identité politique et à en faire un personnage qui compte. La relation de Painlevé avec les médias n’est pas fondamentalement modifiée dès lors qu’il devient, au cours de la guerre, un homme d’État.

Les médias et l’homme d’État

La propagande en temps de guerre

Entre 1914 et 1915, député non mobilisé en raison de son âge, Painlevé joue un rôle actif au sein des commissions parlementaires de la Guerre et de la Marine. Il dirige également, dans l’ombre, la commission supérieure des Inventions intéressant la défense nationale. Il œuvre alors au développement d’une science de guerre pour laquelle il recrute savants et ingénieurs. Lorsqu’à l’automne 1915, cinq ans seulement après sa première élection, Painlevé accède au portefeuille créé sur mesure pour lui par Briand, « Instruction publique, Beaux-Arts et Inventions intéressant la défense nationale », les journaux lui consacrent plusieurs papiers des plus élogieux. En novembre 1915, L’Excelsior, sous le titre « La guerre scientifique », fait même figurer en une le portrait du nouveau ministre et quelques lignes flatteuses [20] . Dès lors, et malgré la nécessité de préserver la confidentialité des travaux menés par la direction des Inventions, Painlevé utilise habilement les journaux pour faire de la propagande en faveur de la science de guerre, à ses yeux l’un des moyens pour l’Entente de l’emporter. Beaucoup de titres lui offrent des tribunes. Ils lui permettent aussi de faire connaître son point de vue plus général sur l’évolution du conflit.

En désaccord avec Briand quant au choix du nouveau chef d’État-major appelé à succéder à Joffre, Painlevé refuse, en décembre 1916, le ministère de la Guerre qui lui est proposé. Nommé président du Conseil en mars 1917, Alexandre Ribot propose à son tour à Painlevé de diriger la Guerre. Pensant pouvoir être écouté par le nouveau chef du gouvernement, le savant accepte la Rue Saint-Dominique. Manquant cependant d’autorité politique au sein d’un gouvernement dont les ministres les plus influents sont favorables aux plans préparés par Nivelle, lequel trouve en outre un appui de poids auprès du président de la République, Painlevé ne peut s’opposer au déclenchement de l’offensive du Chemin des Dames le 16 avril 1917. L’échec de cette attaque renforce la position de Painlevé ; mettant sa démission dans la balance, il obtient la nomination de Pétain au commandement en chef de l’armée française. Au-delà du changement d’homme, c’est un changement de stratégie et de tactique que Painlevé entend impulser.

Comme ministre de la Guerre, fonction éminente en période de conflit armé, Painlevé peut toujours compter sur la presse qui, dans sa grande majorité, joue toujours le jeu de l’Union sacrée [21] . Les journaux l’aident à populariser les mesures adoptées en accord avec Pétain pour restaurer l’ordre dans les tranchées lorsqu’éclatent les mutineries : éviter les offensives tactiques inutiles, améliorer les conditions de vie au front, augmenter la durée des permissions, etc. Les photos du ministre publiées sont cohérentes avec le message qu’il souhaite diffuser pour apaiser le mécontentement des combattants. Loin des représentations officielles convenues des responsables politiques assistant à des revues, les clichés de Painlevé présentent un homme sympathique, proche des soldats et sensible à leur souffrance, telle la photo parue en une du Miroir où il figure, dans une tranchée de première ligne, au milieu des poilus [22] . Painlevé a perçu le bénéfice qu’il pouvait retirer de cette exposition médiatique dans un illustré. Ce type de journaux connaît un succès croissant depuis 1914 parce qu’il montre différemment la guerre à ceux qui ne la font pas [23] . Les photographies, achetées par les rédactions du Miroir, de L’Illustration ou même d’un quotidien comme L’Excelsior, directement à la source, auprès de combattants équipés de petits appareils de poche, occupent la première place dans le propos journalistique racontant la vie dans la zone des combats. Les clichés se démarquent des portraits officiels, des foules anonymes ou des images de l’arrière véhiculés par l’armée et publiés le plus souvent par le reste de la presse. Bien sûr, les clichés de Painlevé ministre de la Guerre, fournis par les illustrés, ne montrent pas différemment le quotidien des soldats. Il n’en reste pas moins que l’accès répété de Painlevé à des illustrés qui sont appréciés par les Français contribue à l’enraciner auprès du grand public comme un personnage familier soucieux d’assurer la victoire de son pays et d’épargner, autant que faire se peut, ceux qui la défendent.

L’institution des correspondants de guerre qui ont accès au front, y compris en période d’offensive, mesure réclamée de longue date par les journalistes, n’est peut-être pas étrangère non plus à l’état de grâce dont Painlevé bénéficie [24] . Alors que la critique n’a pas totalement disparu, notamment sous la plume de Clemenceau dans ses articles de L’Homme enchaîné, Painlevé est globalement épargné, y compris par le Tigre, jusqu’à l’automne 1917. À partir de septembre cependant, le gouvernement Painlevé qui vient d’être constitué subit les assauts conjugués des extrêmes qui lui reprochent tantôt son laxisme tantôt sa dureté dans les affaires de pacifisme et de trahison. Painlevé pendant les deux courts mois de son premier cabinet donne alors surtout lieu à de traditionnelles chroniques politiques.

La médiatisation en temps de paix

Après la chute de son premier gouvernement et jusqu’en 1924, comment Painlevé réussit-il à survivre médiatiquement alors qu’il n’occupe plus de fonction gouvernementale ?

Dans un premier temps, son acharnement à défendre le bilan de l’année 1917 entretient l’intérêt des médias [25] . Les journaux offrent un fort écho aux ouvrages ou brochures qu’il publie pour justifier son action de ministre de la Guerre et certains titres en offrent de longs extraits [26] . D’autres, plus proches de la droite et de l’extrême droite, notamment L’Action française, se déchaînent contre ce qu’ils estiment être des contre-vérités. Les titres sont éloquents : « Un blanchissage impossible. Painlevé essaie de laver Painlevé », « Comment fut retardée la victoire. L’arrêt de l’offensive Nivelle en avril 1917. Les lourdes responsabilités de Painlevé » [27] , etc. Les uns comme les autres permettent à Painlevé alors tête de liste dans la Seine. Lors de la campagne pour les élections législatives de 1919, il est étroitement associé au rédacteur en chef de L’Œuvre. Les formules à l’emporte-pièce observées dans les tracts diffusés par la liste Painlevé – sur laquelle figure Gustave Téry – évoquent la façon du quotidien. Les mêmes thématiques et procédés sont utilisés dans le journal qui soutient ouvertement la liste Painlevé et publie, sous la forme d’encarts : « C’est Foch et Pétain qui nous ont donné la Victoire. Qui a nommé Foch ? Painlevé ! Qui a nommé Pétain ? Painlevé ! » ; « C’est à Paul Painlevé ministre de la Guerre, que nous devons les tanks qui ont si puissamment contribué à la Victoire [28] . »

Une autre voie que celle du combat politico-mémoriel permet ensuite à Painlevé d’exister médiatiquement. En 1920, invité par le gouvernement chinois qui souhaite être conseillé pour unifier ses chemins de fer, le savant effectue un séjour de plusieurs mois en Chine [29] . Avant son départ et pendant sa mission, Painlevé envoie des dépêches à l’agence Havas, multiplie déclarations, interviews et conférences de presse. Le voyage se clôt en apothéose. La nouvelle du vol pionnier et aventureux qu’il a réalisé entre Hong Kong et Haiphong – un raid de 1 000 kilomètres réalisé en hydroplaneur – fait la une des journaux : « M. Painlevé vole au Tonkin » titre ainsi Le Petit Limousin [30] . Une forme de peopolisation permet à Painlevé de ne pas disparaître à une époque où il n’exerce pas de responsabilité de premier plan.

À son retour en France, Painlevé soigne son image d’opposant au Bloc national. La stratégie politique qu’il adopte précocement – construire un Cartel des Gauches pour les élections législatives de 1924 et ce grâce à l’action de la Ligue de la République qu’il préside – est fortement liée à une stratégie médiatique. Le savant entretient des relations très étroites avec le député républicain socialiste Jean Hennessy – lui-même membre fondateur de la Ligue de la République – dont la fortune est mise à contribution pour développer la presse de centre gauche [31] . On touche ici à l’une des caractéristiques du Cartel, la capacité de certains leaders à mobiliser la presse pour susciter l’adhésion des militants et des sympathisants à la stratégie cartelliste et ce en amont comme en aval de la victoire des gauches.

Grâce au soutien de titres comme L’Œuvre, L’Ère Nouvelle puis Le Quotidien ou Paris-Soir [32] , également d’une presse de diffusion locale [33] , Painlevé popularise l’action de la Ligue de la République. Pour asseoir l’influence de ladite Ligue, une presse ligueuse est aussi rapidement créée : un hebdomadaire en vente libre, La République, et un Bulletin destiné uniquement à ses militants. L’engagement cartelliste et ligueur des directions comme des rédactions expliquent le succès rencontré par Painlevé dans le milieu médiatique radicalisant : Gustave Téry, l’une des chevilles ouvrières de la création de La République, est membre du conseil central de la Ligue ; des journalistes vedettes de L’Œuvre ou de L’Ère Nouvelle en sont également membres tels Jean Piot, Robert de Jouvenel, Yvon Delbos ou Maurice Charny. L’association avec la presse cartelliste autorise Painlevé à privilégier l’action extra-parlementaire et rend possible le contournement des partis politiques, au départ peu enclins à réaliser l’Union des gauches [34] . La stratégie est payante : Painlevé devient un personnage incontournable du Cartel des gauches. Les photos publiées par la presse à l’issue des élections législatives fixent cette évidence lorsqu’elles le montrent entouré des deux autres leaders du Cartel, Léon Blum et Édouard Herriot [35] .

Une fois les élections gagnées, la nouvelle majorité subit « la dictature morale [36]  » exercée par la presse cartelliste pour forcer Millerand à quitter la présidence de la République au motif qu’il n’a pas exercé ses fonctions avec suffisamment de neutralité – le chef de l’État étant irresponsable, sa démission n’a rien de constitutionnel. Painlevé est directement concerné puisqu’il est considéré comme l’un des candidats, puis comme le candidat que les gauches entendent, à la rentrée de la Chambre, porter aux présidences qui ne sauraient tarder à être libérées. Le 4 juin, l’élection de Painlevé à la présidence de la Chambre est saluée par la presse cartelliste comme « la première victoire républicaine de la législature [37]  ». Fin mai, Paris Soir avait publié le portrait de Painlevé, en une, à côté de la question « Qui ira à l’Élysée ? » ; le 6 juin, le même journal titre « Avant huit jours M. Painlevé sera à l’Élysée ». La presse cartelliste ne contrôle cependant pas le processus électoral conduisant les députés et les sénateurs à désigner le président de la République. Contre toute attente, Gaston Doumergue décide de maintenir sa candidature contre l’unique candidat des gauches. Doumergue est élu contre Painlevé à l’aide des voix des adverses du Cartel, mais aussi grâce à celles de sénateurs radicaux préférant élire un membre de la Chambre haute, en outre dirigeant historique de leur parti, plutôt qu’un député républicain socialiste. Au cours de l’année 1924, Painlevé, bien qu’il soit président la Chambre, n’hésite pas à sortir de la réserve que beaucoup s’imposent lorsqu’ils exercent cette fonction. Il soutient ouvertement le Cartel grâce à de multiples interventions publiques que la presse cartelliste se plait à relayer.

En 1925, lorsqu’il succède à Édouard Herriot comme président du Conseil, Painlevé bénéficie toujours d’une forte exposition médiatique qui n’a pas seulement trait aux décisions prises par son gouvernement, mais aussi à la modernité de son mode de communication politique. Le président du Conseil décide de recourir à la radio pour populariser un emprunt. La nouveauté de l’usage de la radio par les gouvernants et l’importance de la logistique mise en œuvre attisent la curiosité des journaux [38] . Compte tenu du faible nombre de postes détenus dans le pays, les appels à l’emprunt ont eu plus d’écho en raison de la publicité que la presse écrite leur a faite que du nombre d’auditeurs qui les ont écoutés. Mais l’objectif, faire passer le message gouvernemental, est atteint.

Painlevé est aussi le premier homme d’État français à utiliser l’avion pour ses déplacements officiels [39] . Son voyage au Maroc à l’époque de la guerre du Rif s’avère particulièrement médiatique, d’autant qu’il a choisi d’être accompagné par des journalistes. Les journaux saluent en Painlevé un « vétéran aviateur [40]  » et exposent avec force détails les étapes du voyage, d’abord le chemin de fer jusqu’à Toulouse – durant le voyage en train, le chef du gouvernement donne plusieurs interviews – puis l’avion jusqu’à Rabat, avec deux escales, notamment à Barcelone – nouvelles interviews cette fois avec des journalistes espagnols. L’importance de la logistique – pas moins de 24 avions sont réquisitionnés – impressionne la presse, de même que le temps de trajet – 24 heures de Paris à Rabat – qui fait figure de record de vitesse [41] . La nouveauté du voyage en avion conduit les journaux à publier des clichés du ministre à bord de l’un des appareils et à signaler des détails comme sa tenue ; « M. Painlevé revêt une combinaison fourrée, met ses lunettes, un casque d’aviateur [42]  » écrit L’Ère Nouvelle. Dans la hiérarchie de l’information, l’objet du voyage, – rencontrer le maréchal Lyautey et visiter le front –, semble presque devenu secondaire. C’est encore un exemple d’un traitement de l’actualité fondé sur la vedettisation et une certaine forme de dévoilement de l’intimité permettant d’associer Painlevé à la peopolisation.

Le miroir déformant de la caricature politique

L’image plutôt sympathique et moderne portée par la « presse républicaine » ou par les illustrés grand public a comme corollaire une image peu flatteuse diffusée par les titres d’extrême gauche et d’extrême droite. Le travail des dessinateurs de presse, parmi eux l’aristocratie des dessinateurs parlementaires, qui font à cette époque une entrée en force dans les rédactions, s’avère particulièrement efficace pour discréditer l’homme politique. À partir de 1925, Painlevé devient l’une de leurs « têtes de Turc » [43] .

Les dessins publiés dans L’Humanité en 1925 dénoncent un « Painlevé-la guerre » réprimant dans le sang les révoltes coloniales. Ils le présentent aussi complotant avec les radicaux, ses alliés naturels, ou manipulé par le banquier Horace Finaly. En 1928, dans le recueil de caricatures Les nuits du Cartel, Gassier, dessinateur à succès qui publie dans la presse de gauche, met en scène « Croutmol », petit bonhomme rondouillard, bon enfant, mais facilement manipulable et sans grande envergure [44] .

À droite, Sennep fait de Painlevé l’un de ses modèles favoris, notamment dans ses dessins publiés dans L’Écho de Paris [45] . Il le représente souvent en bébé ou en petit garçon, en boy-scout affublé d’une culotte courte et d’un chapeau à plume (pour souligner le côté bon enfant, mais aussi dénoncer une forme de naïveté, ou peut-être parce qu’il représente un groupe politique numériquement faible, une quarantaine de députés aux heures glorieuses du Cartel). Il fait de Painlevé l’« enfant de Briand » et le met en scène manipulé par ce dernier qu’il a choisi comme ministre des Affaires étrangères et avec lequel il trace le contour des accords de Locarno. Dans La Victoire, en 1925, Tap résume la position difficile de son troisième gouvernement en le croquant en funambule : de plus en plus attaqué au sein de sa majorité par les socialistes mais aussi par les radicaux, le cabinet Painlevé semble de fait en sursis [46] . En 1926, Pem stigmatise la politique pacifiste d’un ministre de la Guerre manipulé par Briand devenu chef du gouvernement [47] . Déguisé en ange ailé portant un rameau d’olivier, Painlevé demande : « Faut-il encore garder mon costume patron ? » Ce à quoi Briand répond « Oui, oui, la représentation continue ».

Le tandem Briand/Painlevé qui incarne la politique étrangère et de défense française de la deuxième moitié des années 1920, les accords de Locarno comme la réduction du service militaire à un an, est l’un des couples fétiches des dessinateurs de presse jusqu’au décès des deux hommes à quelques mois d’intervalle.

La médiatisation dans la mort

Funérailles nationales et panthéonisation d’un « grand homme »

Lorsque Painlevé décède le 30 octobre 1933, l’État décide d’organiser des funérailles nationales et de l’inhumer au Panthéon, hommages rares – peu de personnalités françaises, et encore moins de personnalités politiques, ont les honneurs de ces cérémonies – et solennel – il faut qu’un vote du Parlement les autorise [48] . Celles qui sont faites à Painlevé paraissent d’autant plus exceptionnelles qu’elles sont décidées au moment de sa disparition. Elles n’ont en outre pas provoqué de houleux débats contrairement à la décision du Cartel de transférer, en 1924, les cendres de Jean Jaurès au Panthéon [49] . Bien qu’il soit inscrit depuis le début du siècle à la gauche de l’échiquier, et même si c’est un gouvernement de gauche qui en prend la décision, la panthéonisation de Painlevé n’a pas été considérée comme éminemment politique. De fait, tous les groupes, à l’exception des communistes, l’ont votée [50] .

Les hommages, fidèlement reproduits par les journaux ou les articles consacrés au défunt respectent presque tous le principe du deuil national [51] . Ils effectuent un tri dans sa biographie et sont, par principe, positifs. Une vision partielle et idéalisée en ressort. La presse grand public met en avant la figure du savant. Ainsi, L’Illustration fait figurer sur sa couverture les portraits de Painlevé et du docteur Calmette et titre « La science en deuil » le numéro consacré à ces disparitions simultanées, traitées cependant différemment par l’État – ni funérailles nationales, ni inhumation au Panthéon pour le médecin [52] . Le parallèle établi par L’Illustration est le fruit de circonstances ; il n’en conduit pas moins à s’interroger sur la légitimité des cérémonies faites à Painlevé, tout comme sur la médiatisation de sa mort. L’apport de Calmette à la médecine a été fondamental – il a mis au point la vaccination préventive contre la tuberculose –, alors que la carrière scientifique de Painlevé, certes très prometteuse à ses débuts, s’est arrêtée quand il s’est lancé en politique. L’hommage rendu à Painlevé et l’intérêt que la presse lui porte ne sont dus ni à sa seule carrière scientifique, ni à sa seule carrière politique, mais à leur exceptionnelle juxtaposition. C’est bien, comme l’écrit Le Temps, « à la fois le scientifique et l’homme politique [53]  » qui sont salués. L’événement fait écho aux funérailles nationales qui avaient été faites en 1907 à Marcellin Berthelot. Il est d’ailleurs décidé d’inhumer Painlevé dans le caveau où repose l’autre savant et ministre.

L’exposition médiatique de rites mortuaires

En exposant les rites mortuaires, les journalistes sortent du cadre de la simple nécrologie pour réaliser des chroniques mondaines et politiques. Ils communiquent des listes de personnalités venues présenter à la famille leurs condoléances : président de la République et ministres, présidents des assemblées, généraux et maréchaux, représentants de gouvernements étrangers, héros de l’aviation tels Louis Blériot et Charles Lindbergh ou encore éminents financiers comme le baron Edmond de Rothschild et Horace Finaly. Ils se plaisent à décrire le protocole associant personnalités politiques, militaires et scientifiques pour la levée du corps au domicile du défunt, puis à sa veillée au Conservatoire national des arts et métiers. Le défilé des anonymes, autorisés pendant une semaine à rendre un dernier hommage à Painlevé, génère un autre type de récit évoquant une ferveur populaire.

Les médias relatent ensuite les étapes politiques et institutionnelles de l’organisation de l’événement et, du même coup, exposent à la médiatisation des pratiques éminemment liées au fonctionnement parlementaire. Le jour du décès, ils informent que le président du Conseil a exprimé le désir d’organiser funérailles nationales et inhumation au Panthéon, tout en soulignant qu’il revient au Parlement de les autoriser. Quelques jours plus tard, ils rendent compte des séances consacrées par les deux Assemblées aux funérailles nationales et à la panthéonisation : discours d’éloge, présentation, discussion et vote de la loi les autorisant se trouvent alors propulsés en bonne place dans les colonnes de beaucoup de titres nationaux.

La médiatisation de la nation

L’exposition médiatique de la mort se clôt avec les cérémonies du 4 novembre. L’État organisateur instrumentalise la disparition de l’homme politique. Une vision idéalisée de la nation, unie, grande et attachée à la paix transcende la commémoration. Les médias contribuent à créer l’événement autour de la journée du 4 novembre, mais aussi à lui donner un caractère éminemment collectif derrière lequel l’homme s’efface [54] .

Dans les trois pages du reportage publié par L’Illustration, l’individu n’apparaît plus dans les photographies (on ne voit que son cercueil) et très peu dans le texte qui les accompagne [55] . En revanche, la nation est omniprésente par l’évocation de symboles sonores – telle La Marseillaise au son de laquelle le cortège funèbre s’est formé – et visuels – comme les drapeaux bleu blanc rouge dont la présence est soulignée par le cadrage des clichés [56] . Ils montrent des gueules cassées – dans le cortège entourant le char funèbre, le professeur Julia –, symboles d’une nation meurtrie par le conflit. En écho, les récits de la journée spécifient que les drapeaux des associations d’anciens combattants précèdent le char funèbre, ou encore, qu’une enceinte leur est réservée près du Panthéon ainsi qu’aux veuves de guerre et aux pupilles de la nation. C’est ensuite une forme d’union et de grandeur nationale qui se dégage des comptes rendus publiés. Les médias, qui là encore se plaisent à dresser la liste des hommes politiques et des hauts responsables militaires venus nombreux participer aux cérémonies, choisissent des clichés qui font la part belle aux uniformes, aux casques, aux képis, aux bérets et aux fusils. Le génie français semble aussi planer sur les cérémonies. Sur les photos, les uniformes côtoient les toges et les tenues d’académiciens portées par les plus éminents scientifiques français auxquels se sont joints, nous apprennent les articles, des représentants des universités étrangères.

Comme beaucoup d’hommes d’État sous la Troisième République, Painlevé a compté sur la médiatisation pour valoriser son engagement politique et ce choix s’est avéré payant. Certes, le filtre médiatique a opéré au départ en sa faveur puisque son parcours de savant engagé fascinait et rendait le sujet a priori séduisant pour les lecteurs, et donc pour les rédactions de la presse d’information ou des illustrés. Mais Painlevé ne s’est pas limité à ce type de médiatisation qui ne lui donnait pas les moyens d’envisager une carrière politique de premier plan. Pour s’imposer en leader du « pôle radical », l’élu n’a pas négligé d’utiliser les médias selon des formes plus traditionnelles qui l’ont conduit à publier et à être l’objet de commentaires, de portraits et d’interviews aussi dans la presse d’opinion. Il a en outre noué des liens étroits avec la presse radicalisante, par l’intermédiaire de personnalités finançant les médias, de directeurs de journaux ou de publicistes.

Cependant, l’instrumentalisation de la presse, notamment les « coups médiatiques » réalisés par Painlevé, n’a pas eu pour seul motif de servir une carrière ou un camp. Ainsi en médiatisant ses vols, Painlevé, réellement passionné par l’aviation, souhaitait la populariser comme mode de transport. De même, intéressé par le côté technique de la radiodiffusion et pressentant le potentiel qu’elle recélait, il était pressé de tenter l’expérience indépendamment des bénéfices politiques qu’il pouvait en retirer.

Il convient enfin de nuancer les effets de cette stratégie médiatique. Painlevé ne maîtrisait pas complètement le processus. En 1925, s’il a beaucoup été question dans la presse des appels à l’emprunt radiodiffusés, celui-ci n’en a pas moins été un échec cuisant. Par ailleurs, la médiatisation de l’homme politique a eu comme revers l’intensité des attaques médiatiques que lui portaient ses adversaires ; elles contribuaient à l’extrême gauche comme à l’extrême droite à enraciner l’idée d’un homme qui n’avait, contrairement à ce qu’il disait, aucune indépendance à l’égard des grands partis et qui, sous ses airs de savant bon enfant, se laissait manipuler tout autant qu’il manipulait l’opinion. Enfin, l’acmé de cette médiatisation, sa mort, lui a échappé. Non seulement elle a été instrumentalisée par l’État qui vit en l’homme un symbole national, mais encore elle n’a pas empêché que Painlevé soit très rapidement oublié par ses concitoyens. L’événement n’a pas eu de réelle portée mémorielle parce qu’il n’y eut pas d’ondes de choc susceptibles de l’enraciner dans la mémoire collective. À la différence de Jaurès ou de De Gaulle, aucun groupe politique d’envergure ne s’est chargé d’entretenir la mémoire d’un personnage dont le poids politique s’avérait somme toute plus relatif.

Pour citer cet article : Anne-Laure Anizan, « Médiatisation et vie politique sous la Troisième République. Painlevé, un parcours médiatique atypique ? », Histoire@Politique. Politique, culture, société, n° 21, septembre-décembre 2013 [en ligne, www.histoire-politique.fr]

Notes :

[1] Anne-Laure Anizan, Paul Painlevé. Science et politique de la Belle Époque aux années trente, Rennes, PUR, 2012, 432 p. ; Claudine Fontanon et Robert Frank (dir.), Paul Painlevé. Un savant en politique, Rennes, PUR, 2005, 150 p.

[2] Apparue au cours des années 2000, la notion de peopolisation repose sur l’association entre élus et gens célèbres, l’exposition (volontaire ou non) des responsables politiques dans la presse échotière, la confrontation des autres médias aux canons de ladite presse par un traitement de l’actualité fondé sur la vedettisation et le dévoilement de l’intimité. Jamil Dakhlia a montré que, dès l’époque moderne, peuvent être repérés des prémices de la politique people. La peopolisation prend cependant tout son sens avec l’avènement du suffrage universel et la nécessité pour les hommes politiques de séduire les électeurs. À la fin du XIXe siècle, la mise en place du journalisme moderne, l’émergence notamment du reportage interview, les progrès de l’illustration de presse, contribuent à un traitement journalistique cherchant à se rapprocher de l’homme caché derrière la fonction politique. Cf. Jamil Dakhlia, Politique people, Paris, Bréal, 2008, p. 26-39 et Mythologie de la peopolisation, Paris, Le Cavalier bleu, 2010, p. 24-33. Cf. également Christian Delporte, « Quand la peopolisation des hommes politiques a-t-elle commencé ? Le cas français », dans Le Temps des médias. Revue d’histoire, n° 10, printemps 2008, p. 27-52.

[3] Joseph Caillaux fit l’objet d’une campagne de presse avant et après que sa deuxième femme n’assassina le directeur du Figaro (cf. Jean-Yves Le Naour, Meurtre au Figaro. L’affaire Caillaux, Paris, Larousse, 2007, 254 p.). Le concubinage, puis le remariage, de Jean Hennessy avec l’actrice Constance Maille fit le délice des pamphlétaires, notamment de L’Action française (cf. François Dubasque, Jean Hennessy (1874-1944). Argent et réseaux au service d’une nouvelle République, Rennes, PUR, 2008, 374 p.).

[4] 1 % des députés et des ministres étaient issus des facultés des sciences, cf. Mattei Dogan, « Les filières de la carrière politique en France », Revue française de sociologie, vol. 8, 1967, p. 468-492. Ceux qui accédaient aux plus hautes fonctions ministérielles étaient encore moins nombreux. Le chimiste Marcelin Berthelot était, comme Painlevé, une exception en raison des responsabilités qui lui avaient été confiées : sénateur inamovible de 1881 à 1907, ministre de l’Instruction publique de 1886 à 1887, puis des Affaires étrangères de 1895 à 1896. En revanche, les mathématiciens Émile Borel et Jules Cels avaient occupé des portefeuilles secondaires et/ou pour de courte durée. Députés pendant douze et dix-huit ans, le premier n’était qu’une fois ministre (Marine, 1925), le second, sous-secrétaire d’État (Marine de Guerre, 1917-1918 ; Travaux publics et Transports, 1918-1920).

[5] Cf. notamment les réflexions de Christian Delporte dans le chapitre « Le chef et le leader, la personnalisation de la propagande (1918-1958) », dans Images et politiques en France au XXe siècle, Paris, Nouveau Monde éditions, 2006, p. 279-298.

[6] Cf. Vincent Duclert, « Paul Painlevé et l’affaire Dreyfus », dans Claudine Fontanon et Robert Frank (dir.), Paul Painlevé..., op. cit., p. 25-40 et Anne-Laure Anizan, « Paul Painlevé. La posture du mathématicien devant la vérité », dans Gilles Manceron et Emmanuel Naquet (dir.), Être dreyfusard, hier et aujourd’hui, Rennes, PUR, 2009, p. 155-157.

[7] Par exemple, « La révision » (L’Aurore, 2 avril 1899) ; « La pièce secrète » et « Roget se dérobe » (La Petite République, 13 et 23 avril 1899).

[8] Notamment, Vincent Duclert, L’affaire Dreyfus, Paris, La Découverte, 1994, p. 75-80.

[9] En 1904, Affaire Dreyfus. Examens critiques d’un mémoire intitulé « Le bordereau étude des dépositions de M. Bertillon et du capitaine Valério au Conseil de guerre de Rennes par un ancien élève de l’École Polytechnique », écrite avec Auguste Molinier. « Les faux de l’expert Bertillon », L’Humanité, 16 mai 1904.

[10] Charles Maurras répond dans trois articles de La Gazette de France (20, 25 mai et 4 juin). Le pamphlet, La théorie de M. Bertillon, réponse à MM. Bernard, Molinier et Painlevé, publié par L’Action française est édité en brochure.

[11] Cf. Anne-Laure Anizan, « Mathématiciens et physiciens français promoteurs de l’aviation », dans Stéphane Tison et Françoise Lucbert (dir.), La conquête de l’air. Naissance d’un nouvel imaginaire (1900-1920), Rennes, PUR, à paraître en 2014.

[12] Sur la médiatisation des vols des frères Wright, Claude Carlier, Les frères Wright et la France. La saga des premiers vols, Paris, Économica, 2008, p. 233-292.

[13] Le Temps, 12 octobre 1908.

[14] Cf. Émile Borel et Paul Painlevé, L’aviation, Paris, Félix Alcan, 1910, 298 p. et ses contributions à Pour l’aviation (Paris, Librairie aéronautique, 1909, 304 p.), L’aviation triomphante (Paris, Delagrave, 1909, 382 p.), L’aéroplane pour tous (Paris, Librairie aéronautique, 1909, 120 p.) 

[15] 11 et 29 octobre 1908, 18 février et 7 septembre 1909, 10 août et 24 septembre 1910.

[16] Sur le rôle de la presse populaire dans les débuts de l’aviation, en France comme à l’étranger, cf. Emmanuel Chadeau, Le rêve et la puissance. L’avion et son siècle, Paris, Fayard, 1996, p. 41-66.

[17] Sur le rôle des médias lors des campagnes électorales, cf. notamment René Rémond, « Les médias font-ils l’élection ? Retour sur une controverse », Le Temps des médias. Revue d’histoire, n° 3, automne 2004, p. 175-181 et le n° spécial « Campagnes politiques, tribunes médiatiques » de cette même revue, n° 7, hiver 2006-2007.

[18] Conservés dans le fonds Painlevé des Archives nationales en 313 AP 41.

[19] En 1911, six éditoriaux.

[20] L’Excelsior, n° 1817, 6 novembre 1915. Cf. également Le Matin, 12 et 16 novembre 1915, Le Petit Parisien, 16 novembre 1915 ou Le Bonnet Rouge, 6 novembre 1915.

[21] Sur le « système d’information » mis en place durant la Grande Guerre, la censure, la propagande mais également le « consentement patriotique » de bon nombre de journaux, cf. les travaux d’Olivier Forcade, par exemple « Censure, secret et opinion en France de 1914 à 1919 », Matériaux pour l’histoire de notre temps, n° 58, avril-juin 2000, p. 45-53 ou « Information, censure et propagande », dans Stéphane Audoin-Rouzeau et Jean-Jacques Becker (dir.), Encyclopédie de la Grande Guerre, Paris, Bayard, 2004, p. 451-465.

[22] Le Miroir, n° 196, 26 août 1917.

[23] Sur le rôle joué par les illustrés pendant la Grande Guerre, cf. Joëlle Beurier, « La Grande Guerre, matrice des médias modernes », Le Temps des médias. Revue d’histoire, n° 4, printemps 2005, p. 162-175 et Images et violence, 1914-1918. Quand Le Miroir racontait la Grande Guerre, Paris, Nouveau Monde éditions, 2007, 110 p.

[24] Christian Delporte, « Journalistes et correspondants de guerre », dans Stéphane Audoin-Rouzeau et Jean-Jacques Becker (dir.), Encyclopédie de la Grande Guerre, op. cit., p. 725.

[25] Dans l’article « Foch et Pétain » (Le Petit Parisien, 21 novembre 1918), Painlevé s’enorgueillit d’avoir nommé les deux chefs et, à ce titre, d’avoir contribué à la victoire. L’Œuvre en octobre et novembre 1919 publie plusieurs articles assurant également sa défense.

[26] « La vérité sur l’offensive du 16 avril 1917 », La Renaissance politique, littéraire, économique, n° spécial, novembre 1919, 108 p. et L’offensive du 16 avril. La légende et la vérité, Paris, Ligue des droits de l’Homme, coll. « Bibliothèque de guerre », 1919, 46 p.

[27] L’Action française, 12 octobre 1919 ; cf. aussi les numéros des 14, 16 et 23 octobre 1919.

[28] L’Œuvre, numéro spécial novembre 1919.

[29] Marianne Bastid-Bruguière, « Le voyage en Chine de Paul Painlevé en 1920 », dans Claudine Fontanon et Robert Frank (dir.), Paul Painlevé…, op. cit., p. 83-103.

[30] 21 septembre 1920.

[31] François Dubasque, Jean Hennessy (1874-1944)…, op. cit., Rennes, PUR, 2008, p. 141-200.

[32] Jacques Dupont, « La campagne de presse du Cartel des gauches », Mémoire pour le cycle du diplôme sous la direction de François Goguel, Paris, Sciences Po, 1950, 103 p.

[33] Sur des « terres radicales » où d’actifs ligueurs ont promu son action, par exemple La Dépêche de Toulouse ou La Dordogne républicaine.

[34] Anne-Laure Anizan, « La Ligue de la République, un pont entre socialisme et radicalisme ? », dans Noëlline Castagnez et Gilles Morin (dir.), Socialistes et radicaux. Querelles de famille, Paris, Presses de Sciences Po, 2008, p. 63-82 et « La Ligue de la République et la modernité politique », dans Olivier Dard et Nathalie Sévilla (dir.), Le phénomène ligueur sous la Troisième République, Metz, CRULH, 2008, p. 115-133.

[35] Par exemple, Le Quotidien, 2 juin 1924.

[36] Serge Berstein, Histoire du parti radical, t. 1, Paris, Presses de Sciences Po, 1980, p. 391.

[37] L’Ère nouvelle, 5 juin 1924.

[38] En 1924, Étienne Clementel avait utilisé ce moyen de communication pour vanter son emprunt. En 1925, plusieurs discours sont radiodiffusés. Il faut attendre les années 1930 pour que les hommes politiques deviennent familiers de ce média. Cf. Cécile Méadel, Histoire de la radio des années trente, Paris, Anthropos, 1994, 440 p. et Christian Delporte, « Micros et caméras, débuts d’apprentissage », chap. 1 de La France dans les yeux. Une histoire de la communication politique de 1930 à nos jours, Paris, Paris, Flammarion, 2007, p. 17-44.

[39] Jusqu’à la fin des années 1920, les déplacements officiels des gouvernants français s’effectuent par automobile, train ou bateau. Cf. Emmanuel Chadeau, Le rêve et la puissance. L’aviation et son siècle, Paris, Fayard, 1996, p. 167.

[40] L’Œuvre, 12 juin 1925.

[41] Cf. par exemple le très sérieux Temps ou L’Œuvre et L’Ère nouvelle entre le 11 et le 15 juin 1925.

[42] 11 juin 1925.

[43] Cf. Christian Delporte, Dessinateurs de presse et dessins politiques en France des années 1920 à la Libération, thèse sous la direction de René Rémond, Paris, Sciences Po, 1991, tout particulièrement p. 51-412 ; « Le dessinateur de presse, de l’artiste au journaliste », Vingtième Siècle, Revue d’histoire, 35, juillet-septembre 1992, p. 29-41 ou « Dessiner dans les années folles », chap. 3 de Images et politique en France au 20e siècle, op. cit., p. 57-66. Parmi les « têtes de Turcs » des dessinateurs de presse, Christian Delporte distingue « les cibles privilégiées », Herriot, Blum et Briand, des cibles secondaires, Daladier, Renaudel et Painlevé.

[44] Louis Lévy, Les nuits du Cartel. Les confidences d’une mouche du coche, Paris, Éditions de la Renaissance, 1928, 214 p.

[45] Cf. aussi Sennep, Cartel et Cie. Caricatures inédites, Paris, Bossard, 1926, p. 66-67. Entre 1925 et 1933, Painlevé apparaît 82 fois dans les dessins de L’Écho de Paris (Christian Delporte, Dessinateurs de presse.., thèse citée, p. 283).

[46] L’Écho de Paris, 4 novembre 1925.

[47] Ibid., 8 mai 1926.

[48] Mona Ozouf, « Le Panthéon. L’École normale des morts », dans Pierre Nora (dir.), Les Lieux de mémoire, Paris, Galimard, 1984, p. 139-166 et Jean-François Chanet, « “Invalides de la liberté”. Les débats sur le Panthéon et le choix des grands hommes de la Troisième à la Cinquième République », dans Christophe Charle (dir.), La France démocratique, Paris, Publications de la Sorbonne, 1998, p. 267-276.

[49] Avner Ben-Amos, « La “panthéonisation” de Jean Jaurès. Rituel et politique pendant la Troisième République », Terrain, 15, octobre 1990, p. 49-64.

[50] Le groupe communiste « prêt à honorer comme elle le mérite la mémoire du grand savant » refuse de rendre hommage au politique responsable de l’offensive d’avril 1917, de la répression des mutineries et de l’écrasement de la révolte du Rif. L’Humanité avait conclu le court article consacré le 30 octobre au décès de Painlevé : « Laissons les bourgeois pleurer leurs morts. Pour les travailleurs, l’homme qui s’en va est de ceux qui, parlant toujours de paix et de démocratie, consacrent leur activité au service de l’oligarchie financière et président pour son compte à la guerre, à la répression, à l’écrasement du peuple laborieux. »

[51] Pour une mise en perspective du traitement d’une disparition politique, cf. Christian Delporte, « Mise en scène médiatique de la mort de Chaban-Delmas (novembre 2000) », Vingtième Siècle. Revue d’histoire, 90, avril-juin 2006, p. 141-153.

[52] L’Illustration, n° 4 731, 4 novembre 1933.

[53] Le Temps, 30 octobre 1933.

[54] Christian Delporte et Annie Duprat (dir.), L’Événement. Images, représentation, mémoire, Paris, Créaphis, 2003, 272 p.

[55] L’Illustration, n° 4732, 11 novembre 1933.

[56] De même, Raoul Dufy (« Les funérailles du président Painlevé au Panthéon », aquarelle sur papier, Paris, musée d’Art moderne) ou René Thomsen (« Funérailles de Paul Painlevé », huile sur toile, Versailles) font de ces cérémonies une métaphore nationale.

Anne-Laure Anizan

Anne-Laure Anizan, chercheur associé au Centre d'histoire de Sciences Po et professeur en classe préparatoire littéraire, a notamment publié Paul Painlevé. Science et politique de la Belle Epoque aux années trente (Rennes, PUR, 2012, 432 p.) Ses recherches et publications portent sur le premier XXe siècle abordé sous l’angle de l’histoire politique et de l’histoire culturelle des sciences.

Mots clefs : Paul Painlevé, médiatisation, Troisième République, Première Guerre mondiale, sciences.

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