Histoire@Politique : Politique, culture et société

Sources

« Témoignages sur la guerre d’Algérie », histoire d’une enquête

Dominique Parcollet, Marie Scot
Résumé :

L'article présente une enquête d'histoire orale, « Témoignages sur la guerre d'Algérie », conduite par l'historienne et politiste Odile Rudelle (...)

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Un immense merci à Odile Rudelle, qui s’est prêtée avec générosité au jeu de l’entretien et a consciencieusement relu et corrigé ce texte.

En 2013, une opération de numérisation des « Témoignages sur la guerre d’Algérie [1]  » conduite par les Archives d’histoire contemporaine (CHSP-FNSP) remet à l’honneur une entreprise de création de sources orales menée à partir de 1977 par Odile Rudelle, chercheuse au CEVIPOF (FNSP-CNRS).

Ce texte introductif présente au grand public, non pas tant le contenu des entretiens réalisés auprès de trente-deux grands acteurs de la politique de la France en Algérie, que les modalités de cette entreprise originale de constitution d’un corpus de sources orales et les usages scientifiques qui en ont été faits. Il s’appuie sur un texte rédigé en 1981 par Odile Rudelle, retraçant « l’histoire d’une enquête [2]  », sur son intervention au colloque « De Gaulle et l’Algérie » de 2012 [3] et sur un entretien accordé par cette dernière au printemps 2013.

Genèse d’une enquête : « hasards, bricolage et improvisation »

De l’aveu même de la principale intéressée, cette enquête au long cours, qui se déploie durant sept ans – de 1977 à 1984 –, s’est improvisée, sans autre méthodologie ni armature théorique que l’expérience constituée au fil des entretiens. L’enquête est le fruit d’un hasard, à la croisée d’une demande extérieure et d’une hésitation dans un parcours de recherche : un haut fonctionnaire [4] , ayant servi les IIIe, IVe et Ve Républiques et officié plusieurs fois en Algérie, fait part de son souhait d’écrire un livre de souvenirs, enrichis de témoignages oraux ; une jeune chercheuse, Odile Rudelle, se trouve en panne d’inspiration et de carrière : elle peine à publier sa thèse sur Les origines de l’instabilité constitutionnelle de la République française et les quelque huit cent pages des discours de Michel Debré sénateur d’opposition qu’elle a rassemblées [5] . De cette demande fortuite, accompagnée d’un accès à des sources encore privées, naîtra l’enquête « Témoignages sur la guerre d’Algérie ». Le partenariat avec l’ancien fonctionnaire n’alla pas au-delà de l’interview, en Dordogne, de Robert Lacoste, ancien Gouverneur général de l’Algérie, ce dernier ayant fait comprendre qu’il ne se livrerait pas devant un ancien agent des services secrets ! De son côté, devenue en 1973 collaboratrice parlementaire à mi-temps de Michel Debré, cette fois pour classer les archives de Matignon, Odile Rudelle s’est sentie mieux « armée » pour mener des entretiens touchant aux différentes négociations (Tunis, Genève, Médéa, Évian, Les Rousses, etc.).

Diplômée d’études supérieures d’histoire en archéologie préhellénique de l’université de Caen, diplômée de l’IEP de Paris, formée par le Troisième cycle de la FNSP où elle entre en 1959 –  et où « Jacques Attali la met sur la route du paradoxe de Condorcet et Raoul Girardet sur celle de l’histoire orale [6]  » –, Odile Rudelle a alors achevé son mémoire de Troisième cycle [7] et terminé sa thèse de science politique sur l’impasse constitutionnelle de la IIIe République (La République absolue [8] ). Obsédée par la « crise de la tradition républicaine », elle trouvera facilement langue avec ces « vieux messieurs » qui, après hésitation, ont accepté de revenir sur un épisode douloureux de leur carrière : la conduite de la France durant la guerre d’Algérie. Dès l’origine, l’entreprise est moins conçue comme un travail sur la guerre d’Algérie, moment de la décolonisation mondiale, que comme une enquête d’histoire politique et culturelle sur l’exercice du pouvoir – la prise de décision durant une période de crise –, et comme une enquête sur le « changement politique majeur [9]  » opéré par la guerre d’Algérie, avec sa difficulté à « penser la guerre d’Algérie [10]  » dans la longue durée de l’histoire constitutionnelle française. Une bonne connaissance du problème constitutionnel français [11] ajoutée à la méthode quantitative mise en œuvre par sa thèse étudiant les scrutins électoraux de 1877 à 1889, expliquent l’orientation « constitutionnelle » donnée d’emblée par la chercheuse à cette enquête orale. Car son espoir – finalement déçu – aurait été de saisir « à la source » la perception tant de la crise de la Tradition républicaine, engendrée par l’apparition d’une Ve République, que de la marche chaotique de l’Algérie vers l’indépendance. En effet, « si la Cinquième République, loin d’être une parenthèse, avait su évoluer, surmonter les crises et, pour la première fois dans l’histoire de la République française, pratiquer l’alternance de forces politiques également légitimes, rien n’avait été facile [12]  », en particulier la marche de l’Algérie vers une indépendance. Et si le tournant de 1981 est capital pour le rapport de la gauche aux institutions, la longue – et jamais achevée – conquête de l’indépendance spirituelle par une Algérie politiquement indépendante sera une sorte de « chemin de croix pour les gaullistes toujours à la recherche d’un scénario qui aurait pu être meilleur [13]  ».

Si le choix des interviewés s’est fait au « hasard des rencontres et des réseaux de confiance [14]  », noué au gré des colloques historiques où, se présentant tantôt comme chercheuse CNRS tantôt FNSP (selon la tendance politique de ses interlocuteurs), Odile Rudelle a sollicité ses témoins, la constitution du corpus a aussi bénéficié de l’entremise précieuse de Pierre Racine et de François Goguel. Le premier, ancien directeur de cabinet du Premier ministre, père de Nicole, collègue et amie d’Odile Rudelle au CEVIPOF, organisa au printemps 1963, un premier rendez-vous d’enquête avec Michel Debré qui, battu aux élections législatives d’Indre-et-Loire, préparait sa revanche en se présentant à une élection partielle à La Réunion. Le second soutien d’Odile Rudelle fut François Goguel, le « patron » à qui elle doit l’obtention d’un poste au CNRS en 1960 qui, devenu son directeur de thèse, était dans les années soixante-dix, membre du conseil scientifique de la Fondation Charles-de-Gaulle. La chercheuse n’a donc pas tenté de composer son corpus ouvert et mouvant en fonction de savants équilibres. Parmi les interviewés se trouvent « sept anciens ministres, quatre généraux, quatre représentants de la France en Algérie, cinq directeurs de cabinet et de nombreux hauts fonctionnaires [15]  », quelques magistrats et journalistes – soit un groupe franco-français et principalement politique. Interviewés une ou plusieurs fois, les témoins ont été plus ou moins diserts, livrant des récits transcrits de 30 à 300 pages. L’avant et l’après 1981, couverts par cette campagne septennale, ont induit chez certains témoins d’importants changements dans l’appréhension des ruptures constitutionnelles et politiques. À ce corpus s’ajoutent les entretiens avec Michel Debré dont les conditions de production, le format et le statut sont spécifiques. Conçus comme des interviews (interrogation/réponse), mais destinés à être publiés en livre de campagne [16] à l’occasion de l’élection présidentielle de 1981, ces textes longs et chapitrés rejoignent finalement le corpus des « Témoignages ».

Comment expliquer la prise de parole de ces hommes de pouvoir et d’influence, décideurs de premier plan, si peu habitués à se confier, à se livrer ? L’entreprise d’histoire orale n’a été rendue possible que par le pacte de silence et la clause de confidentialité qui couvrent le contenu de l’entretien jusqu’à la mort du témoin [17] . Ces dirigeants – « et ceci vaut surtout pour la Cinquième République [18]  » – sont des taiseux, unis par un code d’honneur, tenus par une solidarité de groupe et le souci de protéger la figure sacrée du général de Gaulle. Si le pacte du secret a débloqué la parole et permis la confidence, Odile Rudelle explicite bien volontiers les effets du genre et de l’âge sur le déroulement des entretiens, les liens de sympathie et de connivence noués entre ces vieux messieurs, pour la plupart retraités, et la jeune chercheuse. La parole se délie « pour la science », pour faire « œuvre scientifique », voire civique, objectif honorable s’il en fût. Pour ceux qui, « brisés par l’histoire [19]  », ont été entraînés jusqu’aux dérives de l’OAS, l’entretien peut également être vu comme une dernière occasion de « réhabilitation », voire de réconciliation entre frères ennemis de la famille gaulliste née de la Résistance – entraînant même des retours en grâce dans le giron de l’Institut Charles-de-Gaulle [20] .

Compte tenu de la « prétention » de questions trop abstraites, le premier entretien [21] s’est avéré un « fiasco ». Mais il servira de leçon à l’apprentie intervieweuse. Ainsi le principe d’un questionnaire préétabli avec des « questions abstraites [22]  » sur « le parlementarisme rationalisé, l’émergence du pouvoir présidentiel, la restauration du suffrage universel ou le changement politique » – tout ce « langage professoral ou journalistique qui désorientait et désorganisait la mémoire [23]  » – est abandonné, au profit d’un récit de vie, le plus simple possible, déroulant les étapes de la carrière, suivant la trame chronologique, qui se révèle un bien « meilleur fil conducteur ». La préparation des entretiens se résumera donc à une étude approfondie des itinéraires biographiques, adossée à une connaissance fine des archives Debré et à la lecture des derniers ouvrages parus. C’est ce biais qui permettra de « soulever l’écorce en espérant atteindre le moi profond [24]  », en déjouant les pièges de la mise en scène ou de l’écran savant déployé par ces hommes de l’écrit qui, ayant parfois déjà rédigés leurs mémoires, vont se contenter de se citer eux-mêmes, « quand ce n’est pas l’émission de télévision de la veille qu’ils racontent [25]  ».

Cette campagne a été également marquée par l’exigence de « qualité [26]  ». L’interview n’est pas livré brut au regard du témoin et du chercheur, il fait d’abord l’objet d’une première transcription, artisanale, puis d’une opération de « nettoyage », de mise en écriture de la parole dite et de correction formelle et linguistique. C’est ce texte transcrit et réécrit qui est livré à la validation du témoin – acteur des ultimes corrections que la chercheuse qualifie de « marginales », même si elles vont toujours dans le sens de l’« euphémisme ». En raison de leur âge – et quelquefois au regret de leur entourage –, seuls deux témoins – Louis Joxe et Geoffroy de Courcel – refuseront de signer leurs témoignages. De ces opérations antérieures au nettoyage, nulle trace n’a été conservée : les bandes-son originales ont été perdues, voire même réutilisées ; la transcription première n’est pas parvenue jusqu’à nous ; rien ne permet de comparer le texte du dialogue originel et le texte retranscrit, ni d’évaluer le travail de normalisation et de déformation entrepris par la chercheuse et par les témoins. Seules des correspondances, échangées entre Odile Rudelle et les interviewés, conservées aux Archives d’histoire contemporaine avec le corpus, témoigneraient de ces opérations. Ce sont donc des textes retravaillés qui ont été numérisés en 2013 et mis à disposition des chercheurs.

Les « apports de l’histoire orale à l’histoire politique [27]  »

Des nombreux entretiens avec ces trente-deux témoins, de son excursion inédite sur les sentiers de l’enquête orale, Odile Rudelle retient des « apports » en de nombreux domaines.

Au fil des rencontres, la chercheuse acquiert « l’expérience politique » que ne lui ont donnée ni sa généalogie familiale et ni la connaissance de ce milieu très particulier qu’est « l’entourage de De Gaulle », connaissance qu’elle mettra à profit lors de ses nombreux travaux ultérieurs consacrés au gaullisme ou au mendésisme dans le cadre de la Fondation Charles-de-Gaulle, de l’IHTP ou de l’Institut François Mitterand [28] .

Elle y découvre également « les conditions de l’action politique » dont elle retient la « dialectique du savoir et de l’ignorance », la « résistance des échelons inférieurs avec la fameuse impuissance des puissants », et enfin, peut-être le plus important, la « relativité du temps [29]  ». Explorant les voies labyrinthiques de la prise de décision politique et militaire, elle prend conscience du poids de l’ignorance où se prennent les décisions ; elle perçoit la résistance du tissu social comme de l’appareil administratif et bureaucratique devant la décision politique – conclusion jugée « peu originale [30]  » qu’elle rapproche des travaux de Michel Crozier exposés dans son livre sur le Phénomène bureaucratique. Surtout, elle met au jour les jeux de temporalité et de mémoire en un temps où la notion si féconde de « régime d’historicité [31]  » n’était pas encore banalisée, alors qu’elle lui semble fondamentale pour expliquer les malentendus qui ont entouré la tragédie de la guerre d’Algérie « qui emporta tout ce personnel courageux, sélectionné par la Résistance [32]  ». Revécu par les témoins, le récit chronologique se dissout dans l’événement d’une temporalité propre, qui se révèlera adéquate (général Gambiez lors du putsch) ou non (André Jacomet lors du discours sur la République algérienne). Quant aux décisions, elles font le plus souvent référence à des événements passés (ici principalement Vichy et la Résistance) avec leurs réminiscences mémorielles et morales qui prédéterminent les prises de position des acteurs (prescription des parents ou de l’instituteur ; réflexes liés à l’expérience antérieure).

Enfin, Odile Rudelle entend et redécouvre le « traumatisme » qu’a représenté la guerre d’Algérie et surtout la marche douloureuse vers l’indépendance pour ce groupe d’hommes, patriotes et courageux qui, de 1940 à 1944, ont été, pour la plupart, résistants et combattants de la liberté. Or ce sont les mêmes, confrontés aux difficultés de la marche vers l’indépendance algérienne comme à l’« épouvantable échec » de l’apaisement impossible, qui sont alors contraints de piloter le vaisseau France au cœur du désastre, de porter la croix du temps de cette guerre meurtrière, hautement conscients de n’avoir pas vraiment réussi. Ces interrogations sans fin, proférées par des témoins de première ligne, orientent alors l’enquête vers la généalogie d’un aveuglement « hérité », qui dépasse leur génération, celui du blocage de la culture politique française au sujet de l’Algérie, et vers les causes de la diffusion et du succès de cette « longue illusion de l’Algérie française ». Cette question conduira Odile Rudelle à remonter le temps, celui d’un Général marchant dans les pas algériens mais totalement oubliés de Tocqueville, auteur d’un rapport parlementaire prémonitoire sous la monarchie de Juillet, de Jules Ferry, sénateur et auteur d’un autre rapport [33] sur l’Algérie quelques semaines avant sa brusque disparition et, horresco referens, d’Abert de Broglie, revenu d’un voyage en Algérie en 1863 avec ses propres propositions constitutionnelles [34] .

L’impossible enquête

Étrange paradoxe que celle d’une histoire orale étouffant la parole de la chercheuse et la réduisant au silence ! Odile Rudelle le reconnaît, elle n’a rien fait et rien su faire de ces longs et nombreux entretiens ; l’enquête aurait mené à une impasse.

Impasse professionnelle et humaine d’abord. Devenue confidente de « ce qu’ils n’ont jamais dit à personne [35]  », Odile Rudelle a accepté ce pacte du silence avec le poids du secret. Prise au piège de la confiance accordée, en contradiction avec les exigences de la liberté scientifique, elle n’a pu s’en dépêtrer, par « respect », par « pudeur », convaincue qu’« exploiter elle-même serait trahir ». Prise au piège de « l’histoire brûlante », la chercheuse est devenue l’involontaire dépositaire des « drames » personnels et politiques des témoins, accablés du poids de leur expérience, « meurtris d’une aventure finie en tragédie [36]  ». Devenue psychologiquement « trop lourde », « allant trop loin, au-delà des règles et de la réserve du métier », la campagne allait s’orienter vers un au-delà de l’enquête d’histoire politique, vers quelque chose qui « ne serait plus son métier [37]  » et que la chercheuse ne s’est plus sentie en mesure d’assumer.

Impasse scientifique et intellectuelle surtout car « le propos scientifique ne se justifiait plus ». L’histoire orale n’a pas fourni les réponses qu’espérait la chercheuse, partie à la recherche des sources de la crise de la tradition républicaine, de ce que, trente ans plus tard, elle appellera l’exténuation du modèle républicain. Pour continuer à essayer de comprendre, il lui faudra « quitter l’émotion de l’oral et revenir vers l’écrit où se cache le raisonnement implicite, la source des décisions [38]  ». Et la découverte – ou le retour – aux archives de Michel Debré, Pierre Racine, René Brouillet, Bernard Tricot et d’autres permettront de remettre de la distance et de se réapproprier la posture scientifique mise à mal par l’émotion de l’histoire orale.

D’autant qu’Odile Rudelle a été « aidée » par l’élargissement de la scène historique où d’autres chantiers – plus collectifs – l’attendaient [39] . Ainsi de la rédaction de Mai 1958. De Gaulle et la République [40] , paru en 1988 en réponse à une question de l’Institut Charles-de-Gaulle – quel a été l’agenda du Général en mai 1958 ? A-t-il, ou non, donné le feu vert aux paras ? – lui donnait l’occasion non seulement d’exploiter les témoignages recueillis pour la guerre d’Algérie, mais aussi de les compléter avec de nouveaux interviews en les croisant avec des sources écrites, afin de décortiquer au jour le jour la crise de mai 1958 et d’élucider le rôle énigmatique du général de Gaulle. Dirigé par Maurice Vaïsse, le colloque De Gaulle et l’Algérie [41] de mars 2012 a mis un point final à l’entreprise « guerre d’Algérie » en offrant à la chercheuse l’occasion de brosser un portrait de groupe, « l’entourage de De Gaulle », hommage à ses principaux témoins.

La seconde vie des « Témoignages sur la guerre d’Algérie » : offrir un « objet froid » aux nouvelles générations de chercheurs

C’est donc sans remord et avec curiosité qu’Odile Rudelle s’est prêtée au jeu de la mise à disposition de son enquête par le biais de la numérisation, offrant cet « objet froid » à la dextérité de nouvelles générations de chercheurs, dont elle attend, gourmande, les conclusions.

La numérisation des témoignages

Après quelques difficultés de mise en œuvre, la numérisation des témoignages recueillis par Odile Rudelle répond efficacement et utilement aux premières attentes des chercheurs qui les consultent en ligne.

En novembre 2010, une note sur « la numérisation d’archives [42]  », rédigée par la responsable des Archives d’histoire contemporaine, proposait une numérisation sélective plutôt que systématique. Parmi les corpus bien distincts identifiés, le comité scientifique des Archives d’histoire contemporaine choisit alors de commencer par les témoignages recueillis par Odile Rudelle à propos de la guerre d’Algérie. Le corpus des témoignages avait retenu l’attention en raison de son volume raisonnable, de la variété de la teneur des textes avec ses 32 intervenants ; enfin leur consultation en salle de lecture augmentait régulièrement et satisfaisait chercheurs français et étrangers qui y trouvaient des réponses à leurs recherches mais demandaient régulièrement la reproduction de tout ou partie de certains témoignages. Enfin il était envisageable de terminer ce projet de numérisation au moment de l’anniversaire des accords d’Évian en mars 2012, permettant ainsi une actualité mémorielle.

Une équipe a alors rassemblé de nombreux « acteurs » internes et externes. En interne, le Centre d’histoire de Sciences Po (CHSP) a été le commanditaire et le pilote du projet [43] et s’est appuyé sur les ressources disponibles à Sciences Po en mobilisant l’expertise de la direction des systèmes d’information (DSI) [44] et de l’équipe de BeQuali du Centre de données socio-politiques (CDSP), spécialisée dans la revisite des enquêtes qualitatives produites en sciences sociales [45] et chargée de contextualiser la fabrication de l’enquête et de réaliser des outils d'exploration des textes. Il a également été fait appel à deux prestataires externes : une société de numérisation, Archimaine [46] , obéissant à la politique générale de Sciences Po d’externalisation des projets de numérisation, et le studio de création multimédia « Cellules », pour la création d’une interface web consacrée à la mise en ligne de ces témoignages numérisés.

Lors d’une première réunion, le 2 mars 2011, un calendrier des différentes étapes de la numérisation a été mis au point : rédaction d’un cahier des charges, choix d’un prestataire, validations diverses, établissement d’un lien avec le site, etc. Le cahier des charges a été rédigé en mai, après beaucoup d’échanges, et validé en juin : il y aurait 2 459 pages à numériser. Il était prévu des prestations de numérisation et d’« océrisation [47]  », la constitution de métadonnées. Un calendrier prévisionnel était également fixé [48] .

Parallèlement, l’équipe consultait régulièrement les chercheurs du CHSP pour analyser leurs attentes et leurs besoins et organiser un groupe de réflexion en matière de numérisation. Le Professeur Maurice Vaïsse, bien informé en matière de numérisation, servit de référent tout au long du projet. La difficulté fut de trouver un équilibre entre les vœux les plus fous émis par les historiens – portant principalement sur la qualité de l’interrogation textuelle – et les réalisations techniques forcément limitées par des contraintes de calendrier, de règles juridiques et de coût financier.

Cette réflexion ne trouvant pas de solution avec les moyens informatiques du CHSP, il était décidé de se rapprocher de l’équipe BeQuali [49] , au sein du CDSP de Sciences Po. Il était demandé à cette équipe de se pencher sur la fabrication de l’enquête et la réalisation des outils d'exploration des textes. À l’automne 2012, une démonstration des systèmes développés par BeQuali mit au jour l’inadéquation relative de quelques-uns des objectifs proposés par les chercheurs, dont les attentes s’étaient progressivement et parallèlement précisées, avec des contraintes imposées par la volonté d’aboutir désormais dans des délais brefs. La Direction des systèmes d’information de Sciences Po fut alors amenée à piloter directement le développement du projet.

Autre souci, les témoignages ne pouvaient être mis en ligne en accès direct pour des raisons juridiques [50] , la DSI a alors proposé de mettre au point une procédure de mise en ligne spécifique, après validation de la demande de consultation par le CHSP, en recourant à l’intervention du studio multimédia « Cellules ».

C’est la solution ainsi définie qui est aujourd’hui opérationnelle et qui représente donc une première étape. Une deuxième étape va désormais se poursuivre avec la numérisation d’autres corpus de textes, comme – par exemple – le cours inédit de Cournot conservé dans le fonds Gabriel Tarde, le texte intitulé « la révolution sociale » de Lucien Herr, la sténographie intégrale du Procès de Riom dans le fonds Génébrier, ou encore les discours de Maurice Couve de Murville, ministre des Affaires étrangères.

Pour citer cet article : Dominique Parcollet, Marie Scot, « "Témoignages sur la guerre d’Algérie". Histoire d’une enquête », Histoire@Politique. Politique, culture, société, n° 20, mai-août 2013 [en ligne, www.histoire-politique.fr]

Notes :

[2] Odile Rudelle, « Archives orales, archives écrites. L’exemple de l’histoire politique », texte rédigé en 1981, dans Archives Odile Rudelle, Témoignages sur la guerre d’Algérie, inventaire établi par Véronique Odul, FNSP-CHSP, juin 2004.

[3] Entretien Odile Rudelle/Marie Scot, 31/05/2013.

[4] Odile Rudelle, « L'entourage de De Gaulle : 1943-1969 », dans Maurice Vaïsse (dir.), De Gaulle et l'Algérie, Paris, Armand Colin / ministère de la Défense, 2012, p. 64-79.

[5] Devenu ministre de la Défense nationale, Michel Debré, qui avait commandité l’entreprise sans intervenir, trouva que le moment (1972) était inopportun pour publier ses discours. Ce manuscrit a été déposé aux Archives d’histoire contemporaine de Sciences Po tandis que la thèse d’Odile Rudelle, achevée en 1976, sera finalement publiée en 1982, par les Publications de la Sorbonne, sous le titre La République absolue.

[6] Entretien Odile Rudelle/Marie Scot, op. cit.

[7] Odile Rudelle, Le sénateur M. Michel Debré, mémoire de Diplôme supérieur de recherches et d'études politiques, sous la direction de François Goguel, IEP de Paris, 1967. C’est Jean-Louis Debré, étudiant à Sciences Po, qui, ayant découvert en 1968, le mémoire à la bibliothèque, le transmit à son père, ministre des Affaires étrangères, lequel demanda à François Goguel si une collaboration avec Odile Rudelle à des fins d’histoire serait possible – chose qui se fit sans difficultés, un an plus tard, le poste CNRS n’ayant jamais été qu’un mi-temps qui devait durer jusqu’en 1982.

[8] Odile Rudelle, Aux origines de l'instabilité constitutionnelle de la France républicaine : la République absolue, 1870-1889, thèse de doctorat de science politique, sous la direction de François Goguel, IEP de Paris, 1978.

[9] Odile Rudelle, « Archives orales, archives écrites. », op. cit.

[10] Au sens que François Furet donnait à « penser la Révolution » i.e. un évènement de la continuité française, dénué de tout privilège d’avènement.

[11] Titre d’un article de Michel Debré publié en 1943 par la Revue du Comité général d’études, créée par Jean Moulin et dirigée par Marc Bloch.

[12] Entretien Odile Rudelle/Marie Scot, op. cit.

[13] Ibid.

[14] Ibid.

[15] Odile Rudelle, « Archives orales, archives écrites », op. cit.

[16] Titre du livre prévu, Trois Républiques pour une mémoire, Albin Michel.

[17] Le matériel recueilli est assimilé à une archive, obtenant un « statut d’archives, soumis aux règles ordinaires de conservation : l’interviewé signe une lettre de donation à la FNSP mais en reste propriétaire jusqu’à sa mort. À cette date, la consultation se fait sous la responsabilité scientifique de la FNSP ». Odile Rudelle, « Archives orales, archives écrites », op. cit.

[18] Entretien Odile Rudelle / Marie Scot, op. cit.

[19] Ibid.

[20] Léon Delbecque parle afin que ses enfants sachent la vérité, en particulier quant à son rôle en mai 1958.

[21] Selon Odile Rudelle, il s’agit de celui de Bernard Tricot, qui chronologiquement pourtant n’est pas le premier.

[22] Odile Rudelle, « Archives orales, archives écrites », op. cit.

[23] Entretien Odile Rudelle / Marie Scot, op. cit.

[24] Ibid.

[25] Entretien Odile Rudelle / Marie Scot, op. cit.

[26] Odile Rudelle, « Archives orales, archives écrites », op. cit.

[27] Ibid.

[28] Odile Rudelle, « Pierre Mendès France et l’identité républicaine », dans François Bédarida et Jean-Pierre Rioux (dir.), Mendès France et le mendésisme, Paris, Fayard, 1985, p. 473-484. Odile Rudelle, « Les régimes d’historicité de Charles de Gaulle et de Pierre Mendes France », colloque de l’Institut François Mitterrand, à paraître.

[29] Odile Rudelle, « Archives orales, archives écrites », op. cit.

[30] Entretien Odile Rudelle / Marie Scot, op. cit.

[31] Odile Rudelle, « Un problème vieux de 169 ans ? Le "régime d’historicité" de Charles de Gaulle », dans Bertrand Mathieu (dir.), 1958-2008, Cinquantième anniversaire de la Constitution française, Paris, Dalloz, 2008, p.69-80.

[32] Entretien Odile Rudelle / Marie Scot, op. cit.

[33] Jules Ferry, Rapport parlementaire, Le gouvernement de l’Algérie, Sénat, Doc.Parl, séance du 27 octobre 1892. Voir également Charles-Robert Ageron, « Jules Ferry et la question algérienne en 1892 (d'après quelques inédits) », Revue d'histoire moderne et contemporaine, 10-2, 1963, p. 127-146.

[34] Odile Rudelle, « Le bel aujourd’hui d’Alexis de Tocqueville », Politeia, revue de l’AFAAIDC, n° 8, automne 2005, p. 399-408 ; Odile Rudelle, « Jules Ferry », dans Jeannine Verdès-Leroux (dir.), Dictionnaire de l’Algérie et la France, Paris, Robert Laffont, 2009 ; Odile Rudelle, « L'entourage de De Gaulle : 1943-1969 », dans Maurice Vaïsse (dir.), De Gaulle et l'Algérie, Paris, Armand Colin / ministère de la Défense, 2012, p. 64-79. Voir aussi : Albert de Broglie, La Réforme administrative en Algérie, Paris, 1863. Rappelons qu’Albert de Broglie sera, avec Gambetta, l’un des rédacteurs des lois de 1875 dont Le Correspondant, revue des catholiques libéraux et lecture de la famille de Gaulle, se fera le gardien vigilant (face aux fidèles de la tradition républicaine), cf. Odile Rudelle, « Albert de Broglie et Le Correspondant », dans Lucien Jaume, Coppet, Creuset de l’esprit libéral, Paris, Économica, 2000, et dans Claire Andrieu, Philippe Braud et Guillaume Piketty (dir.), Dictionnaire de Gaulle, Paris, Robert Laffont, 2006.

[35] Entretien Odile Rudelle/ Marie Scot, op. cit.

[36] Ibid.

[37] Ibid.

[38] Odile Rudelle, « L'entourage de De Gaulle : 1943-1969 », op. cit.

[39] Publication de sa thèse, La République absolue : aux origines de l’instabilité constitutionnelle de la France républicaine, 1870-1889, Paris, Publications de la Sorbonne, 1982, rééd. 1986, et nombreux comptes rendus pour la Revue française de science politique, autant de jalons pour « l’allongement de son regard » : Sieyès, Cambacerès, Tocqueville, etc.

[40] Odile Rudelle, Mai 58, de Gaulle et la République, Paris, Plon, coll. « Espoir », 1988.

[41] Odile Rudelle, « L'entourage de De Gaulle : 1943-1969 », dans Maurice Vaïsse (dir.), De Gaulle et l'Algérie, Paris, Armand Colin / ministère de la Défense, 2012, p. 64-79.

[42] Note pour la numérisation d’archives des Archives d’histoire contemporaine rédigée par Dominique Parcollet pour le comité scientifique des Archives d’histoire contemporaine du 3 novembre 2010.

[43] La secrétaire générale (Gabrielle Costa de Beauregard) et de la responsable des Archives d’histoire contemporaine (Dominique Parcollet) du CHSP. Plus tard est venue s’y adjoindre Marina Caputo, une étudiante à l’École nationale des chartes en master « Histoire et nouvelles technologies »,

[44] Chef de projet, Christophe Charrier.

[45] Le Centre de données socio-politiques de Sciences Po (UMS 828 CNRS-Sciences Po) se consacre à l’exploitation des données quantitatives et qualitatives d’enquêtes et analyse les données du web.

[46] Choisi du fait de son expérience de numérisation pour les Archives départementales de la Mayenne.

[47] L’océrisation consiste à transformer automatiquement un fichier contenant l’image d’un document en fichier texte, grâce à un logiciel OCR (sigle anglais pour Optical Character Recognition : reconnaissance optique de caractères).

[48] Cahier des charges « numérisation des témoignages d’Algérie », 4401-FNSP-DSI-CDC-001-002 DOC

[49] L’équipe BeQuali (composée de Anne Both, Sarah Cadorel et Guillaume Garcia, sous la direction scientifique de Sophie Duchesne) a pour mission de participer au développement et à l'amélioration des méthodes qualitatives des sciences sociales, notamment par la diffusion de documents contextualisés et analysés.

[50] Les règles de consultation des témoignages dépendent des conditions établies lors du contrat entre la FNSP et le témoin. Ce contrat indique que, du vivant du témoin, la consultation du témoignage sera soumise à son autorisation, puis – après sa mort – soumise à l’autorisation de la FNSP (les 32 témoins sont décédés aujourd’hui), aussi parle-t-on de contrat « post-mortem ». De plus il est stipulé que ces témoignages ne seront consultés qu’à des fins scientifiques.

Dominique Parcollet

Dominique Parcollet est responsable des Archives d’histoire contemporaine du Centre d’histoire de Sciences Po.

Marie Scot

Marie Scot est PRAG à Sciences Po, chargée de mission auprès de la Direction scientifique. Elle travaille sur l'histoire de l'enseignement supérieur et sur l'histoire des sciences sociales (La London School of Economics. Internationalisation universitaire et circulation des savoirs en sciences sociales 1895-2000. PUF, Paris)

Mots clefs : guerre d'Algérie ; Michel Debré ; histoire politique, histoire orale ; méthodologie d'enquête.

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  • ISSN 1954-3670