Histoire@Politique : Politique, culture et société

Le dossier

68/86 : un grand retournement ? Cerisy dans la vie intellectuelle française

Coordination : Laurent Jeanpierre et Laurent Martin

Adieux aux structures et à la dialectique. La pensée des sciences sociales aux colloques de Cerisy après Mai 1968

Laurent Jeanpierre
Résumé :

À travers l’étude des archives et des actes d’une vingtaine de colloques de sciences sociales, comprenant environ deux cents (...)

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À quoi pensent les enseignants et les chercheurs en sciences sociales qui participent aux colloques de Cerisy après 1968 et dans les années qui suivent les événements ayant traversé cette année-là le monde universitaire et relancé pour beaucoup l’idée d’une transformation radicale de la société ? En quoi les activités de sciences sociales à Cerisy divergent-elles des débats qui prévalent dans ces disciplines à l’échelle nationale au cours de la même période ? Même en adoptant une définition restreinte du périmètre de ces domaines d’enseignement et de recherche, il n’est pas facile de répondre à ces questions qui intéressent pourtant l’histoire intellectuelle française du temps présent. L’archive des colloques de sciences sociales à Cerisy pendant la période étant vaste, il est certainement plus sage de l’approcher de manière disciplinaire, comme le font plusieurs contributeurs de ce numéro. En gagnant en précision dans la description des acteurs et des contenus de la vie des idées ceriséenne, ce type de démarche risque néanmoins de négliger la place des activités interdisciplinaires du centre culturel international, c’est-à-dire des colloques visant à créer des ponts entre savoirs ou à lancer de nouveaux domaines d’enquête. Or à cause de leur position double, marginale et sécante vis-à-vis du monde universitaire français, parisien en particulier, les rencontres de Pontigny puis les colloques de Cerisy ont représenté alternativement, dans des proportions différentes selon les périodes, une chambre d’écho ou au contraire un laboratoire des évolutions de la pensée française ; aussi bien dans l’entre-deux-guerres qu’après 1952, lorsque les colloques de Cerisy se sont mis en place, ils ont cherché à hybrider les disciplines et à rassembler des acteurs venus d’horizons intellectuels et professionnels divers [1] .

Si l’histoire des sciences humaines et sociales françaises depuis les années 1960 est aujourd’hui mieux connue, tout comme l’histoire générale des colloques de Cerisy, on n’a pas mesuré la distance du centre de rencontres normand à la pensée de la période, ni sa contribution exacte à l’innovation disciplinaire et interdisciplinaire de l’époque [2] . Et s’il est impossible de restituer, en quelques pages seulement, la richesse des plus de vingt colloques impliquant des chercheurs en sciences sociales ayant eu lieu à Cerisy sur une durée d’un peu moins de vingt ans, il n’est pas impensable d’en extraire quelques lignes saillantes, qui révéleront non pas tant les contenus positifs des recherches exposées, que la manière dont les sciences sociales se pensent alors elles-mêmes en ces lieux. On s’intéressera donc ici de manière privilégiée aux discours de réflexivité des sciences sociales à Cerisy, aux façons dont leurs représentants principaux imaginent leurs tâches, leurs méthodes, dont ils construisent leurs théories de la connaissance ou la vision de leur place dans la société. Une autre restriction doit pourtant encore être mise en œuvre. Rien, dans le processus d’organisation des colloques de Cerisy, n’autorise en effet à faire l’hypothèse qu’une pensée cohérente des sciences sociales se dégage a priori de la diversité des intervenants et des colloques de la période étudiée. Une petite équipe familiale a été responsable, avec le comité d’honneur de Cerisy, de la sélection des colloques, mais ces derniers provenaient en pratique de nombreux horizons intellectuels [3] . Une autre lecture pourrait donc légitimement souligner l’importance des différences, voire des oppositions, internes entre participants, entre disciplines ou entre moments de la période étudiée. Nous cherchons au contraire ici à identifier en priorité quelques traits de l’« esprit de Cerisy » en sciences sociales des années 1970 à la première moitié des années 1980.

Une manière de procéder consiste à s’intéresser aux échos existant entre des énoncés issus de protagonistes et de domaines différents du savoir ou bien entre des communications prononcées à des moments éloignés au sein de la période. Une attention particulière sera portée aux personnes qui participent à plusieurs colloques et à celles qui en organisent à plusieurs reprises, surtout lorsqu’elles sont présentes à Cerisy pendant plus d’une décennie et qu’elles y ont introduit à leur tour d’autres participants réguliers. À la tête de réseaux intellectuels à Cerisy, ces quelques individualités qui reviennent régulièrement — au maximum une trentaine dans un ensemble de plus de cent cinquante participants issus des sciences humaines et sociales — sont aussi des vecteurs vivants de continuité dans l’histoire du centre culturel international. Nous évoquerons donc en passant leur profil disciplinaire et leur position professionnelle. Il reste qu’insister sur les signes d’unité de l’esprit de Cerisy en sciences sociales entre 1968 et 1986 ne signifie pas qu’il faille ignorer les traces et les ruptures du temps. L’historiographie de la vie intellectuelle française après 1968 ainsi que de nombreux témoignages soulignent qu’elle aurait été traversée, entre d’autres tendances, par une « révolution conservatrice » dans la pensée dès les années 1970, notable en particulier dans le reflux de la référence à Marx et à la critique sociale, ainsi que par une montée de la légitimité universitaire et scientifique des sciences sociales [4] . Il est donc important de comparer le discours des protagonistes de ces disciplines en 1968 avec ce même discours en 1986. Malgré l’accent porté ici sur l’unité de la pensée des sciences sociales à Cerisy, des inflexions de cette dernière au cours du temps seront aussi indiquées.

Dans ce que nous entendons ici par disciplines de sciences sociales, nous incluons d’abord la sociologie, l’anthropologie, la géographie, la linguistique, la science politique, l’économie, les sciences de gestion, les sciences de l’information et de la communication. L’histoire a été exclue de l’enquête parce que ses développements à Cerisy ont déjà été abordés dans un cadre chronologique plus large, de même que la psychanalyse, dont la présence à Cerisy est analysée dans ce numéro [5] . Par « colloques de sciences sociales », nous entendons les colloques dirigés par une personne au moins détenant au moment du colloque une affiliation universitaire ou de recherche dans une des disciplines que nous venons de mentionner, ou bien par une personne qui se présente elle-même comme appartenant aux sciences sociales. Mais il faut aussi tenir compte du fait que le périmètre des disciplines de ce domaine change et qu’il peut par exemple inclure, suivant les découpages institutionnels, l’urbanisme, les sciences de la cognition, l’analyse des systèmes complexes et d’autres savoirs encore. Enfin, la pensée des sciences sociales à Cerisy ne se manifeste pas seulement dans la direction ou la codirection de colloques disciplinaires, pluridisciplinaires ou thématiques, mais aussi dans d’autres colloques où les directeurs ne sont pas issus de ces disciplines bien que des chercheurs de sciences sociales y participent. Nous en tiendrons également compte.

Il apparaîtra que le contenu de la pensée en sciences sociales à Cerisy a changé en profondeur après 1968. Les colloques après cette date ne ressemblent pas, dans leur contenu comme pour leurs protagonistes, à ceux qui avaient eu lieu entre 1952 et 1967. On montrera notamment qu’il y a eu un renouvellement important, quoique progressif, des acteurs principaux des sciences sociales à Cerisy. Ce changement s’est aussi traduit dans la pensée par une rupture avec les paradigmes d’avant-garde de sciences sociales des années 1960 et du début des années 1970. Cette rupture a eu aussi pour contrepartie l’affirmation diffuse d’une nouvelle vocation de ces disciplines : moins théorique et plus appliquée, plus interdisciplinaire que disciplinée, moins concentrée sur la recherche des déterminations causales que sur l’hypothèse de l’autonomie des acteurs et moins attachée aux structures qu’aux émergences.

Renouvellement progressif des protagonistes

Une première approche de la pensée des sciences sociales à Cerisy après 1968 consiste à faire la liste des colloques mobilisant ces disciplines. À partir de là, on s’interroge d’abord sur l’évolution de la place des sciences sociales entre la période 1952-1967 et la période 1968-1986 et sur la représentation variable des différentes disciplines, d’une part, mais aussi sur la part des colloques disciplinaires et des autres types de colloques, plus thématiques, d’autre part. Notre second point d’entrée dans la pensée des sciences sociales à Cerisy provient de l’identification des principaux protagonistes intervenant dans ces disciplines dans la période et de leur situation dans le monde de l’enseignement supérieur et de la recherche de l’époque. Ces deux approches permettent d’observer que les sciences sociales n’ont pas tant connu un essor de leur présence à Cerisy après 1968 — car elles apparaissaient déjà avant cette date — qu’une transformation qualitative. Elles sont plus souvent mobilisées à travers des objets nouveaux croisant plusieurs domaines de savoirs et elles sont pensées par une nouvelle génération qui n’est ni établie ni centrale dans l’université et la recherche.

Une proportion stable de colloques de sciences sociales

Entre 1952 et 1967, huit colloques sur cinquante-trois, soit environ 15 %, relèvent des« sciences sociales », au sens où elles ont été circonscrites ici (voir tableau 1). Ce qu’on appelle alors « sociologie » domine cet ensemble, cette discipline regroupant à Cerisy parmi les personnalités intellectuelles les plus importantes du domaine pendant cette période, comme Raymond Aron, Georges Gurvitch, Lucien Goldmann, Roger Bastide (également ethnologue) ou Alain Touraine. Ce dernier est alors le seul de ce groupe qui soit aussi le représentant d’une génération née après la Première Guerre mondiale et le seul, également, qui ait été formé en histoire plutôt qu’en philosophie. Il faut aussi noter qu’aucune des autres figures de la sociologie présente à Cerisy avant 1968 — hormis Aron, qui meurt dans les années 1980 — ne sera vivante pendant la période allant de 1968 à 1986. On assiste par conséquent, au sein des sciences sociales de Cerisy, à un renouvellement générationnel dans les années 1970.

Tableau 1 - Colloques de sciences sociales à Cerisy, 1952-1967

Année

Titre

Organisateurs

1956

Théorie et Histoire

Raymond Aron, Père Daniélou, Henri-Irénée Marrou

1956

Un maître de la sociologie brésilienne : Gilberto Freyre

Roger Bastide

1958

L’Histoire et ses interprétations. Autour d’Arnold Toynbee.

Raymond Aron

1959

Le Sacré et le Profane

Roger Bastide, Pierre Burgelin, Henri Gouhier, Gabriel Marcel, Abbé Morel

1959

Problèmes actuels du socialisme

Gilles Martinet, André Philip, Alain Touraine, Robert Verdier

1959

Genèse et Structure.

Maurice de Gandillac, Lucien Goldmann, Jean Piaget

1961

Le problème de la sociologie de la connaissance

Georges Gurvitch

1967

Centenaire du Capital.

Collectif (dont Lucien Goldmann)

Sur la période allant de l’après-Mai 1968 à 1986, vingt-trois colloques peuvent être rattachés aux sciences sociales alors qu’une soixantaine relèvent de la littérature et de la critique littéraire, comme le montre dans ce numéro Laurent Martin. Ces colloques où les sciences sociales sont présentes représentent 15,5 % de l’ensemble des colloques qui ont eu lieu. C’est environ la même proportion que dans la période 1952-1967, mais le nombre de colloques organisés à Cerisy a presque été multiplié par trois d’une période à l’autre. Cette part des sciences sociales est en revanche plus faible – 6% – si l’on retient seulement, comme dans la période précédente, les colloques dirigés ou co-dirigés par au moins un enseignant ou un chercheur dans une discipline des sciences sociales, au sens où elles ont été définies plus haut (voir tableau 2).

Tableau 2 - Colloques dirigés ou co-dirigés par un ou plusieurs enseignants-chercheurs en sciences sociales à Cerisy, 1968-1986

Année

Titre

Organisateurs

1968

Marx et la sociologie

Serge Jonas, Jean Pronteau

1968

Les Droits de l’Homme à l’épreuve

Georges Balandier, Louis Dumont, Jeanne Hersch, Maxime Rodinson, Alain Touraine

1975

Du religieux aujourd’hui

Michel de Certeau, Henri Desroche, Henri Gouhier

1979

Mouvements sociaux et sociologie

Alain Touraine

1979

Dialectiques et sciences humaines

Annie Goldmann, Sami Naïr

1984

Bateson et le groupe de Palo Alto

Yves Winkin

1985

L’innovation dans la culture japonaise

Augustin Berque, Gilbert Kahn

1985

Le mythe et le mythique

Gilbert Durand, Simone Vierne

1986

Arguments pour une méthode (autour d’Edgar Morin)

Daniel Bougnoux, Jean-Louis Le Moigne, Serge Proulx

Sur l’ensemble des vingt-trois colloques de Cerisy que nous avons rattachés aux « sciences sociales » pendant la période étudiée, neuf seulement, sont en effet dirigés ou co-dirigés par une personnalité qui dispose d’un rattachement institutionnel à une discipline de ce type. Quatorze d’entre eux sont au contraire plutôt orientés vers un « objet » : ils contiennent des contributions de chercheurs en sciences sociales et réfléchissent à des problèmes ou travaillent sur des thèmes qui figurent dans le corpus de ces savoirs, mais ils doivent plutôt être qualifiés d’interdisciplinaires dans leur forme, l’ouverture à d’autres disciplines dépassant parfois largement le périmètre des seules sciences sociales (voir tableau 3).

Tableau 3 - Colloques de Cerisy avec présence des sciences sociales dans le programme, 1968-1986

Année

Titre

Organisateurs

1973

Urbanisme ? (Ses rêves, ses calculs, ses réalités)

François Maroti

1975

Le discours utopique

Maurice de Gandillac

1976

Le pouvoir médical

Jean-Paul Aron, Jean-Pierre Peter

1979

La recherche opérationnelle aujourd’hui

Édith Heurgon

1980

La décision : ses disciplines et ses acteurs

Bernard Roy

1981

L’auto-organisation, de la physique au politique

Paul Dumouchel, Jean-Pierre Dupuy

1981

Karl Popper et la Science d’aujourd’hui

Renée Bouveresse

1983

René Girard

Paul Dumouchel, Jean-Pierre Dupuy

1984

Les Théories de la complexité. Autour de Henri Atlan

Françoise Fogelman-Soulié, Maurice Milgram

1984

Crise de l’Urbain, futur de la ville

Jacques Le Goff, Louis Guieysse

1986

Apprentissage et Cultures

René Bureau, Denise de Saivre

1986

Penser le sujet aujourd’hui

Élisabeth Guibert-Sledziewski, Jean-Louis Vieillard Baron

1986

Description dans les sciences sociales

A.-J. Greimas, Jean-Claude Coquet, Louis Marin

1986

Perspectives systémiques

Bernard Paulré

Si l’on s’en tient par conséquent à ces indications quantitatives, il apparaît que les colloques de Cerisy ayant eu lieu entre 1968 et 1986 ne reflètent pas, du moins directement, l’institutionnalisation et la légitimité croissantes des sciences sociales qui, à la même période, continuent, pour certains, à caractériser le monde universitaire. Alors que dans les années 1960, cette montée des sciences sociales s’exprimait au moins en partie à Cerisy, ce n’est plus autant le cas dix et vingt ans plus tard. Ou bien tout se passe comme si Cerisy avait anticipé ou accompagné la phase de décollage de ces disciplines dans le monde universitaire français. Les colloques de sciences sociales de l’après-1968 expriment, au contraire, un écart vis-à-vis des sciences sociales les plus instituées comme la sociologie, l’ethnologie et, plus encore, la psychologie. En témoignent en effet leurs thèmes, tels qu’ils ressortent de la liste des quatorze colloques classés ici comme « interdisciplinaires ».

Des intervenants plus marginaux et plus mobiles entre les disciplines

À partir de ces premiers recensements, on peut estimer à un peu plus d’une vingtaine d’acteurs celles et ceux qui participent le plus activement à l’activité des sciences sociales à Cerisy entre 1968 et 1986. Parmi les organisateurs de colloques, c’est encore la discipline sociologique qui prime, comme dans la période précédente. Parmi les sociologues, ceux de la VIe section de l’École pratique des hautes études (EPHE) sont plus représentés qu’auparavant, la Sorbonne apparaissant en recul. De nouvelles disciplines sont aussi apparues chez les organisateurs de colloques, comme par exemple les sciences de l’information et de la communication (où s’inscrivent Daniel Bougnoux, Serge Proulx, Yves Winkin). Le cercle plus large des participants les plus assidus aux colloques de sciences sociales n’est en revanche pas dominé par la sociologie ou l’anthropologie. Seul Edgar Morin représente ces disciplines, mais il ne s’en réclame pas directement à Cerisy car il ne les pratique presque plus pendant la période étudiée ici. Dans ce second cercle, les épistémologues et les théoriciens des sciences sociales et des sciences dominent, à quoi il faut ajouter deux historiens, Jacques Julliard et Pierre Rosanvallon, présents à plusieurs reprises. Le poids des philosophes de formation a nettement baissé par rapport à la période précédente, une tendance que l’on retrouverait à l’échelle nationale. Parmi les participants réguliers qui n’organisent pas de colloques, les formations universitaires sont encore moins souvent philosophiques et plus souvent pluridisciplinaires. Nouveauté notable également : il n’est pas rare de trouver, dans ce groupe, des têtes de pont des sciences sociales ceriséennes, des anciens élèves des grandes écoles d’ingénieurs (Jean-Pierre Dupuy, Jean-Louis Le Moigne) et de commerce (Pierre Rosanvallon), de l’Institut d’études politiques de Paris (Philippe Mongin, également diplômé de l’ENS Ulm) et non plus principalement, comme c’était le cas depuis les rencontres de Pontigny, des élèves de la rue d’Ulm ou des titulaires d’une agrégation.

En termes de position professionnelle, tous ces enseignants et ces chercheurs sont, à l’époque de leur entrée à Cerisy, et pendant la majeure partie de la période considérée ici, de relatifs marginaux par rapport à l’université française. Très peu d’entre eux sont des héritiers des grands « maîtres » de la période précédente. Ils occupent plus fréquemment des positions de chercheur, au CNRS, dans les grands établissements ou dans les entreprises, plutôt que d’universitaires. Les universités de Paris-Dauphine, d’Aix-Marseille, de Grenoble, de Montréal, constituent un groupe latent d’institutions où se retrouvent plusieurs individus intéressés par Cerisy et les problématiques qui s’y développent pendant la période en sciences sociales. Mais aucun des participants réguliers qui viennent de ces institutions n’est situé au cœur du système universitaire français, comme c’était par contre le cas de Raymond Aron ou de Georges Gurvitch avant 1967. Au début de la période analysée ici, certains sont maîtres-assistants, comme Pierre Rosanvallon à Paris-Dauphine. D’autres, parmi les plus âgés, comme Edgar Morin, sont directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS). Mais beaucoup ont attendu la fin des années 1970 pour atteindre un rang comparable dans des institutions universitaires et plus souvent dans des grands établissements comme l’EHESS (dans les cas, par exemple, de Jacques Julliard, Cornélius Castoriadis et Pierre Rosanvallon) et dans des grandes écoles comme l’École polytechnique (dans le cas de Jean-Pierre Dupuy). Et lorsqu’ils étaient déjà titulaires d’un poste universitaire dans les années 1970, ils atteignent le statut de professeur d’abord dans des universités de province (Daniel Bougnoux, Gilbert Durand, Joseph Gabel, Isaac Joseph, Pierre Livet).

Cerisy occupe ainsi, après 1968, une position en grande partie décalée vis-à-vis des institutions universitaires dominantes alors que, pendant la période antérieure, les décades accueillaient encore les principaux « mandarins » parisiens des sciences sociales. Une ère distincte semble ainsi s’ouvrir du point de vue de l’histoire des acteurs des colloques après 1968. Elle se reflète aussi dans le fait qu’une génération nouvelle apparaît dès la fin des années 1970 parmi les organisateurs et les participants, génération née pendant ou juste après la Deuxième Guerre mondiale, à l’instar d’Édith Heurgon.

L’image qui ressort de ce rapide portrait des représentants des sciences sociales à Cerisy entre 1968 et 1986 est donc contrastée. D’un côté, il y a une poignée de directeurs de colloques issus de la tradition universitaire de la sociologie et de l’ethnologie françaises, auxquels se sont agrégés quelques nouveaux venus des plus jeunes sciences de l’information et de la communication. De l’autre, on trouve un nombre presque deux fois plus nombreux de théoriciens des sciences, d’épistémologues des sciences sociales et de décideurs, qui parlent de ces dernières sans nécessairement les pratiquer directement, et qui sont en général marginaux dans le monde universitaire. Un tel infléchissement apparent dans le profil des participants aux colloques de sciences sociales ne signifie cependant rien en lui-même. Il faut encore apprécier comment ces transformations des positions institutionnelles et professionnelles des participants de Cerisy après 1968 se traduisent dans leur discours.

Une rupture intellectuelle franche avec les années 1960

Pour lire les prises de position de Cerisy sur les sciences sociales après 1968, il faut d’abord revenir sur la conjoncture intellectuelle des années 1960 en France et commencer l’analyse par les colloques de cette période. Des signes de rupture apparaissent, dans les thèmes comme dans les réseaux mobilisés, avec l’héritage intellectuel critique ou d’avant-garde à l’époque. Sur le plan paradigmatique, cette rupture se manifeste par un recul progressif des références au marxisme et au structuralisme, que Cerisy avait pourtant contribué à porter dans les années 1950 et 1960. Sur le plan épistémologique, cet éloignement se manifeste, entre autres traits, par un rejet, chez la majorité des participants, du déterminisme dans les sciences sociales et historiques.

Reflux du marxisme et du structuralisme

Dans les colloques de sciences sociales à Cerisy à la fin des années 1960, les marxismes représentent, dans leur diversité, des traditions fédératrices et discutées : le colloque de 1967 sur Le Capital et celui de 1968 sur « Marx et la sociologie », en témoignent. Cerisy n’échappe pas aux lignes de force du champ intellectuel de la période. Situé dans l’espace français des prises de position théoriques et révolutionnaires de la période, le marxisme qui domine en Normandie est politiquement anti-stalinien, non léniniste et aussi non maoïste, et intellectuellement anti-althussérien. C’est avant tout le marxisme hegelien de Lukàcs, tel qu’il est par exemple repris par Lucien Goldmann, Joseph Gabel, mais aussi Henri Lefebvre et une partie de l’hétérodoxie « marxiste occidentale » qui est discutée à plusieurs reprises dans les colloques de la période [6] . Dans le colloque de 1967 sur le centenaire du Capital, Goldmann critique par exemple Althusser et indirectement ses élèves présents (Étienne Balibar, Pierre Macherey) à cause de leur désintérêt « pour les sujets qui ont créé les rapports de production existants [7]  ». En 1975, dans le colloque sur le discours utopique, Gabel déplore à son tour ce qu’il appelle le rejet de l’historicisme chez les althussériens [8] . Toutefois, comme le reste du monde intellectuel français, Cerisy connaît aussi, après Mai 1968, une lente démarxisation. La mort de Lucien Goldmann en 1970 n’y est sans doute pas pour rien car il occupait une place non négligeable dans certaines décades des années 1950 (« Genèse et structure », 1959) et 1960 (« Le centenaire du Capital », 1967).

Parmi les sociologues, cette distanciation progressive des colloques de Cerisy vis-à-vis de la référence marxiste se manifeste à travers une réflexion sur l’élaboration d’un projet socialiste non marxiste à laquelle la discipline pourrait contribuer avec d’autres sciences sociales. Peu importe dans ce cadre que cette pratique de la sociologie soit d’abord empirique, comme chez Touraine, actif à Cerisy dès la fin des années 1950 à l’occasion d’un colloque sur « les problèmes actuels du socialisme » et organisateur, entre autres, d’un colloque sur les « mouvements sociaux » appréhendés par la « sociologie » en 1979 ; qu’elle soit théorique, comme chez Georges Gurvitch, auquel doit être alors associé l’ethnologue Georges Balandier (co-organisateur du colloque sur « Les droits de l’homme à l’épreuve » en 1968) ; qu’elle revendique enfin un lien avec les mouvements d’émancipation sociale, notamment dans le Tiers Monde, comme chez le catholique Henri Desroche (co-organisateur du colloque sur le « religieux aujourd’hui » en 1975), mais aussi chez Balandier puis chez Touraine dans les années 1970. Ces penseurs, leurs travaux et leurs disciples, ont pour point commun d’être tous éloignés des marxismes et des sociologies marxistes, même hétérodoxes, comme celles de Lucien Goldmann ou d’Henri Lefebvre, même si ces dernières sont encore citées et mentionnées à Cerisy dans les années 1970, par exemple chez Serge Jonas et l’ancien député communiste Jean Pronteau, directeurs de la revue L’Homme et la société et organisateurs du colloque de 1968 sur « Marx et la sociologie » mais aussi chez Sami Naïr, élève de Goldmann (et co-organisateur du colloque « Dialectique et sciences humaines » de 1979), ou chez le Québecois Serge Proulx (co-organisateur du colloque autour d’Edgar Morin en 1986).

Avec le marxisme, le structuralisme est l’autre paradigme des sciences sociales reconnu et discuté dans la conjoncture de la fin des années 1960 à Cerisy et dans le reste du champ intellectuel français. Dans les années 1970, le centre culturel international accueille cependant une pensée de plus en plus critique de cette orientation, dont témoigne par exemple, entre autres signes, la présence, même anecdotique, de l’anthropologue Louis Dumont, ou celle, marginale aussi, de Gilbert Durand, sociologue de l’imaginaire et co-organisateur du colloque de 1985 sur « Le mythe et le mythique ». « Genèse et Structure », la décade de 1959 organisée par Maurice de Gandillac, Lucien Goldmann et Jean Piaget, apparaît rétrospectivement comme le coup d’envoi de ce mouvement d’opposition au structuralisme qui prend de l’ampleur à Cerisy jusqu’aux années 1980. En parcourant les publications des colloques, on s’aperçoit d’abord que, du « structuralisme génétique » de Lucien Goldmann aux travaux sur la morphogenèse de Jean Petitot et René Thom (colloque « Logos et théorie des catastrophes (autour de René Thom) », 1982) en passant par les problématiques de l’émergence ou de l’« autopoïèse » (colloque « L’auto-organisation : de la physique au politique », 1981), par les mouvements et les changements sociaux privilégiés par la sociologie de Touraine, il y a une proximité, non pas de thèmes, mais entre le type de problèmes posés par des chercheurs très différents à l’intérieur des différentes disciplines des sciences sociales. Aussi variés soient-ils en apparence, ces colloques portent en effet avec eux une critique de l’approche structurale du social et placent au centre la question de l’historicité des différentes formes de structures, de leurs transformations et de leurs changements et, avec elle, celle de la possibilité du nouveau [9] . Certains d’entre eux s’intéressent pour cela aux moments de genèse, d’autres à des questions de dynamique des systèmes historiques ou sociaux. Dans la publication du colloque de 1979 qu’il a dirigé sur les mouvements sociaux, Alain Touraine écrit par exemple que le « sociologue doit avant tout contribuer à briser l’illusion qu’il existe un ordre social, un système social, et faire apparaître la capacité d’action et de conflit », en envisageant la société « comme à chaque instant recréée [10]  ». Et dans plusieurs communications de ces colloques, il s’agit aussi de faire jouer entre elles certaines des instances conceptuelles mobilisées de manière plus figée dans les analyses structurales, en reliant le symbolique et l’imaginaire par exemple.

Critiques du déterminisme historique et de la prévision

Derrière cette entreprise collective de critique du marxisme et du structuralisme, qui apparaît à Cerisy, à partir de la fin des années 1970 en particulier, il y a plus qu’un simple aménagement ou qu’une atténuation des versions les plus franches des deux paradigmes. Le thème de la « dialectique » et le traitement du motif des « contradictions » à l’intérieur d’un système ou d’une structure sociale constituent d’autres fils rouges intéressants pour repérer des infléchissements de l’esprit ceriséen en sciences sociales. En effet, alors que plusieurs protagonistes des colloques de la fin des années 1960 et du début des années 1970 évoquent le fait que les tensions et les contradictions sociales, comme les rapports conflictuels entre classes, ne sauraient être nécessairement dépassées en une synthèse supérieure, comme le voudrait la vulgate hégélienne ou marxiste, leur discours est comme repris et déplacé à la fin de la décennie. Dans un tout autre contexte épistémique, Jean-Pierre Dupuy cite ainsi le biologiste chilien Francisco Varela en 1978 pour lui faire dire que « [d]épasser la contradiction n’est pas déboucher sur une synthèse, c’est-à-dire quelque chose de nouveau (par exemple l’émergence d’une société une, réconciliée avec elle-même, sans antagonisme) », mais que c’est « construire un domaine plus vaste dans lequel les deux termes apparemment opposés peuvent coexister simultanément [11]  ». En 1978, Jean-Louis Le Moigne, ingénieur centralien et diplômé de la Harvard Business School et de la Sloan School of Management du MIT, note en passant qu’Heinz von Foerster ou Henri Atlan proposent une « modélisation mathématique de la dialectique [12]  ». Le discours de ce qu’on appelle alors les « théories de la complexité » (qui font l’objet d’un colloque en 1984 autour des travaux d’Henri Atlan, et qui sont discutées dans plusieurs autres colloques, dont celui de 1986 autour d’Edgar Morin) rejoint sur ce point les représentations non idéalistes de la dialectique historique comme étant par nature indécise, sans relève nécessaire, autrement dit en suspens.

À cette vision partagée par plusieurs visiteurs des colloques de Cerisy entre la fin des années 1960 et le milieu des années 1980 est associée une autre idée, elle aussi commune à plusieurs colloques de Cerisy en sciences sociales après 1968 : celle d’une ouverture de l’histoire. La conception de celle-ci n’est plus soumise, comme elle l’était encore pour le matérialisme dialectique et pour certains penseurs structuralistes, à une philosophie déterministe. Plusieurs communications évoquent dans cet esprit le rapport à l’avenir de manière convergente dans des colloques ayant des thèmes pourtant très différents. Ainsi Maurice de Gandillac propose-t-il en 1975 de redéfinir l’utopie non pas comme une fiction sur un futur possible mais comme une « simulation anticipatrice » d’une réalité [13] . D’autres participants pointent quant à eux les limites de la planification et de la gestion, comme Yves Barel, introducteur des savoirs systémiques en France par exemple, qui souligne en 1981, que le « précodage des besoins » dits implicites de la population dans la planification est impossible et qu’il coûte plus cher que ne coûterait l’expression libre et autonome de ces mêmes besoins [14] . Edgar Morin découpe quant à lui le savoir sociologique en deux camps. Le premier adopterait une vision classique de la science et rechercherait des déterminismes, excluant toute idée d’autonomie chez les individus, alors que le second serait tourné vers les acteurs, les sujets, les prises de conscience et aurait désormais trouvé des « fondements scientifiques [15]  ».

Malgré la reconnaissance partagée des limites du déterminisme en sciences sociales, plusieurs participants croient tout de même à la possibilité d’une rationalisation de l’avenir à partir d’une approche nouvelle, appliquée et modélisée. Les autres, au contraire, contestent que cet horizon pratique soit celui à partir duquel redéfinir l’unité comme la tâche des sciences sociales. C’est ce type de tensions qu’expriment par exemple les conflits qui apparaissent au grand jour dans le colloque de 1979 sur « la recherche opérationnelle » entre les partisans de la théorie des jeux, qui croient dans les capacités de prédiction que renferme cet outil, et les partisans de la théorie des systèmes, qui seraient plus ouverts à la contingence [16] . À partir de la fin des années 1970, la question du rapport des sciences sociales au futur et à la prévision devient donc un thème insistant à Cerisy, à partir duquel plusieurs contributions entendent redéfinir la tâche de ces disciplines.

Vers une nouvelle épistémologie des sciences sociales ?

S’il existe un « esprit de Cerisy » en sciences sociales après 1968, celui-ci ne se manifeste en effet pas seulement négativement, à travers la critique progressive de paradigmes ayant dominé les sciences sociales françaises dans les années 1960 et 1970. La contribution de Cerisy à la pensée des sciences sociales des dernières décennies est positive. Sans s’accorder sur la défense claire d’un nouveau paradigme commun, plusieurs protagonistes des colloques s’interrogent sur les limites du savoir de ces disciplines telles qu’elles sont alors pratiquées. Ils exposent une idée cohérente de ce que pourrait être une épistémologie alternative des sciences sociales en s’inspirant souvent pour cela d’une conception renouvelée de l’activité des sciences expérimentales ou des sciences appliquées.

Des savoirs en crise

Une première ligne de réflexion des colloques retenus ici porte sur les limites des sciences sociales pour penser la pratique et servir l’action. Une partie de cette critique est portée contre le scientisme et l’objectivisme implicites d’une partie des sciences sociales de l’époque. Ainsi Jean-Pierre Faye s’interroge-t-il en 1973 sur les prétentions savantes de ces disciplines, en particulier lorsqu’elles se réclament du structuralisme, à être des sciences « totales », au prix d’un oubli du désir. La naïveté structuraliste, dit-il, est d’avoir cru pouvoir créer un « méta-langage » là même où l’enseignement de Lacan démontrerait qu’aucune science du sujet ne peut s’exprimer sous la forme d’un méta-langage [17] . En 1978, dans un domaine d’investigation totalement différent, le colloque sur la recherche opérationnelle s’interroge lui aussi au passage sur le statut épistémologique des sciences sociales. On y convient que le scientifique ne peut dire un « optimum rationnel » qui préparerait à la meilleure décision possible [18] . Édith Heurgon note pour sa part en 1980 que la distinction entre la « modélisation » et l’« expérimentation » devrait être absolument nécessaire en sciences sociales [19] . Des remarques d’Isabelle Stengers, en 1983, vont dans une direction convergente, lorsqu’elle remarque par exemple l’impossibilité d’une approche scientifique de sciences sociales qui soit détachée du social, dans la mesure où ces disciplines connaîtraient, par nature, un « couplage fort » entre l’observateur et l’observé [20] .

Cette réflexion fait aussi écho à certains propos tenus dans le colloque de 1979 sur les mouvements sociaux, où Alain Touraine, son organisateur, défend sa méthode de « l’intervention sociologique », mise en œuvre par lui au cours de la décennie précédente et institutionnalisée à l’intérieur d’un nouveau laboratoire de sociologie qu’il a créé en 1976 : le « principe » de cette méthode est de « charger le chercheur de faire apparaître, dans un groupe d’acteurs, eux-mêmes intéressés par cette recherche, ce qui dans leur action collective, met le plus profondément en cause l’organisation sociale, au-delà des revendications et des pressions qui visent seulement à obtenir des avantages et à accroître une influence [21]  ». Loin de se placer dans une posture distanciée, le sociologue, tout en portant des hypothèses de recherche sur les mouvements sociaux qu’il étudie, ne prétend donc plus dire le sens de leurs actions ; sa démarche de connaissance est articulée à une action collective à laquelle il participe. Un texte-manifeste de Touraine, intitulé « Intellectuels et acteurs sociaux », explicite ce point de vue, que l’on retrouve partagé par d’autres protagonistes réguliers des colloques de sciences sociales à Cerisy après 1968 : avec les événements de cette année de rupture, « un type traditionnel d’intellectuels disparaît, écrit-il. Son propre était de poser que le sens vient à l’acteur d’un monde situé au dessus de lui, de sorte que l’acteur manifeste un sens qui est dans son principe étranger à sa conscience ». Or, dans les « sociétés post-industrielles », les intellectuels n’ont plus à se comporter en porte-parole. « Les acteurs ont pris la parole » et « l’intelligentsia (…) n’a plus à parler pour ceux qui n’ont pas la parole [22] . »

La contribution préparatoire de Jean-Pierre Dupuy au colloque qu’il a co-organisé en 1981 sur l’idée d’« auto-organisation », qui a rassemblé plus de cent personnes, synthétise une partie des débats qui ont précédé entre plusieurs des chercheurs et des épistémologues des sciences sociales à Cerisy [23] . Le paradoxe de ces disciplines, écrit-t-il alors dans une note, peut s’exprimer de la manière suivante : « La science en question se définit par rapport au concept limite, asymptotique, de savoir total ; si ce savoir total est concevable pour les affaires humaines, alors il nie la liberté du sujet et donc il n’est pas total puisqu’il ne rend pas compte d’un phénomène essentiel lorsqu’il s’agit de l’homme [24]  », celui de l’autonomie ou de la liberté relative de l’individu. Or si Dupuy reconnaît à la science économique et aux approches individualistes de sciences sociales d’être parvenues à formaliser cette dimension de liberté des acteurs sociaux, il récuse leur « représentation instrumentale de l’autonomie » conçue comme ajustement entre des moyens et des fins. C’est pourquoi il est utile, selon lui, de se tourner vers les conceptions de l’autonomie en biologie, comme celle proposée par Henri Atlan, souvent cité à Cerisy à cette époque. Dans le même esprit, Dupuy s’intéresse aussi à ce qu’il appelle « la philosophie du sujet » de Castoriadis ou d’Arendt et à la « problématique de la construction de la réalité » en sociologie et en sciences sociales : approches qui font du « social-historique » un « système autonome » et un effet de relations de communications [25] . Ainsi la critique du caractère mutilé des sciences sociales objectivistes et positivistes débouche-t-elle, chez certains des participants parmi les plus assidus des colloques de sciences sociales à partir de la fin des années 1970, sur une volonté de reconstruction de ces savoirs à partir d’une épistémologie nouvelle.

Une nouvelle alliance entre disciplines ?

À cette intention plus ou moins consciente et partagée correspond parallèlement le poids croissant, à partir des années 1980, de l’épistémologie, de la philosophie des sciences et des discours de la méthode en général (colloques sur Karl Popper en 1981, sur « les théories de la complexité » en 1984, la « description dans les sciences sociales » en 1986, les « perspectives systémiques » la même année) dans le programme des colloques. Parallèlement, la reconnaissance, dans les titres et les contenus des colloques, de discours plus appliqués et de problèmes de société abordés du point de vue de plusieurs disciplines, comme dans les colloques sur l’urbanisme (1973) et la ville (1984), le pouvoir médical (1976), la recherche opérationnelle (1979), la décision (1980), contribue aussi à une méditation collective sur l’unité possible, ou souhaitable, des sciences sociales. Cette dernière réflexion est régulière à Cerisy pendant de la période qui nous intéresse. Ainsi Serge Jonas propose-t-il déjà avant celle-ci, en 1967, un plaidoyer « pour une sociologie synthétique » qui aille « au-delà de la spécialisation » et vise ce qu’il appelait alors la « recherche fondamentale » à travers « une épistémologie de la convergence  [26]  ». Douze années plus tard, la question d’une interdisciplinarité en sciences sociales qui ne soit pas indexée à un « langage dominant », c’est-à-dire à un paradigme unifié, est abordée à nouveau par Édith Heurgon qui critique alors à la fois le structuralisme et la « théorie des systèmes [27]  ». En 1981, Jean-Pierre Dupuy rêve, quant à lui, d’un regroupement des sciences, sociales et naturelles, autour de l’idée d’« auto-organisation » ou d’« autonomie », individuelle, collective et systémique [28] . Une grande partie des contributions de Cerisy en sciences sociales après 1968 partagent par conséquent l’idée générale d’un double refus de la spécialisation disciplinaire et de l’unification paradigmatique, ainsi que l’affirmation qu’il existe néanmoins une unité des sciences sociales et même, pour certains protagonistes, une unité des sciences. Cette orientation globale est d’ailleurs la condition de possibilité pour que soient régulièrement évoqués ou revendiqués des transferts de références et de modèles entre la biologie, la physique et les sciences sociales [29] .

Si les contributions ceriséennes en sciences sociales après 1968 partagent donc généralement une critique des épistémologies objectivistes, elles ne s’en remettent pas toutes au retour du sujet ou du subjectivisme qui affleure régulièrement ici ou là dans les années 1970 et 1980, en particulier en sociologie [30] . Dans le colloque de 1984, consacré à Gregory Bateson quatre années après sa mort, Isabelle Stengers poursuit un autre propos en remarquant d’abord que les techniques issues des mathématiques statistiques en sciences sociales « sont aussi inutiles aux sociétés qu’aux gaz et à leurs molécules [31]  ». Seule la prise en compte du point de vue de l’observateur et de son interaction avec le monde social, poursuit Stengers, pourrait permettre de renouveler les sciences sociales, tout comme d’ailleurs les sciences du vivant. Mais il faut pour cela, affirme l’anthropologue Alban Bensa à l’occasion du même colloque, rompre avec une représentation transcendante de la société, telle qu’elle s’exprime par exemple dans l’école française de sociologie à laquelle se rattache le structuralisme de Lévi-Strauss. Pour épouser cette représentation immanente du social, plusieurs intervenants de Cerisy se réfèrent aux travaux épistémologiques et méthodologiques d’Edgar Morin, lorsqu’il s’inspire des théories de la complexité, ou bien aux recherches de l’École de Palo Alto, en particulier à celles de Paul Watzlawick et de Bateson [32] . D’autres chercheurs, plus rares, évoquent aussi pendant cette période la théorie sociologique de la « construction sociale de la réalité » développée en 1966 par Peter Berger et Thomas Luckmann. Quelles que soient les références dont elles s’inspirent, ces réflexions nourrissent, sans jamais la formuler explicitement, une posture constructionniste vis-à-vis du monde social, où l’on peut sans doute encore entendre l’écho de certains propos d’Alain Touraine lorsqu’il parlait quelques années plus tôt, et avec de tout autres outils conceptuels, d’« autoproduction de la société ». Dans ce cadre de pensée qui dénaturalise le social, ce dernier n’est plus une donnée première : il est considéré comme le produit d’une activité humaine, collective, de communications et d’élaborations de significations dont le chercheur ou l’analyste, comme l’homme d’action et le décideur, sont irrémédiablement des parties prenantes. Et si aucune communication n’affirme clairement, dans la période étudiée, ce tournant du structuralisme au constructionnisme, plusieurs interventions en portent les premières pierres. Sans proposer un nouveau programme de recherche pour les sciences sociales, Cerisy a donc accompagné une transformation profonde de la représentation que ces disciplines se faisaient d’elles-mêmes. Mais bien qu’elle soit traversée par ces tendances lourdes, la réflexion sur les sciences sociales à Cerisy après 1968 est restée plurielle et indécise.

Produits de plus d’une vingtaine de colloques ayant réuni près de deux cents intervenants et un public de plusieurs centaines de personnes, la pensée des sciences sociales du Centre culturel international de Cerisy entre 1968 et 1986 ne se laisse pas approcher facilement. Par rapport aux quinze années d’activités qui ont précédé, le nombre des colloques a été multiplié par trois, même si leur part est restée la même. Dans le comité d’honneur du centre culturel, la part des chercheurs en sciences sociales a augmenté. Cerisy enregistre donc à sa manière la reconnaissance croissante des sciences sociales dans le champ intellectuel français. Hormis Alain Touraine, les principaux intervenants dans ces disciplines sont presque tous des nouveaux venus par rapport à la période antérieure : de jeunes universitaires ou de jeunes chercheurs qui travaillent pour la plupart dans des universités nouvelles, comme Vincennes ou Dauphine, ou bien dans des universités périphériques et des grandes écoles qui se tournent vers les sciences sociales, ou encore dans des entreprises et des hautes administrations. Malgré les divisions entre parcours intellectuels et trajectoires professionnelles de ces protagonistes, la proximité entre leurs positions relativement marginales par rapport au cœur de la vie universitaire parisienne facilite la communication et la circulation des idées. De sorte que, s’il est à l’évidence exagéré de parler d’une « école de Cerisy » en sciences sociales après 1968, plusieurs inclinations communes apparaissent d’un colloque à l’autre, indépendamment du thème qu’ils affichent.

Jusqu’à la fin des années 1970, ce qui domine c’est la critique des paradigmes marxistes et structuralistes, particulièrement bien représentés à Cerisy avant 1968. Elle passe dans les deux cas par une réflexion sur l’ouverture et la contingence de l’histoire, l’autonomie et la liberté des acteurs, méditation qui conduit le plus souvent à un rejet partagé des épistémologies déterministes en sciences sociales. D’une manière plus générale, plusieurs protagonistes jugent insuffisante ou défectueuse l’élaboration épistémologique en sciences sociales. C’est le cas, en particulier, des intervenants qui viennent du monde de l’entreprise ou de l’enseignement des sciences de l’ingénieur, ainsi que des sciences de gestion, souvent formés en mathématiques ou en sciences dites expérimentales, intéressés par la recherche-action, en plein essor dans l’après-1968, et par l’application à la décision des résultats des sciences sociales. Sous ce regard, qui s’impose à Cerisy à partir de la fin des années 1970, les sciences sociales, en particulier universitaires, apparaissent comme des savoirs en crise d’identité scientifique et en crise d’utilité sociale. Plusieurs communications convergent alors pour affirmer, à partir d’un réservoir de références partagé par plusieurs intervenants, l’unité des sciences et celle des sciences sociales, toutes menacées par la fragmentation et le positivisme. Elles rejettent aussi le parti pris dominant d’objectivisme distancié des chercheurs et visent à dénaturaliser le social sans pour autant adopter l’anthropologie philosophique dominante des sciences économiques, centrée sur l’individu et sa rationalité sous contraintes d’optimisation. Certes, ces prises de position dispersées, mais saillantes, ne débouchent pas sur un colloque ou un livre-manifeste qui viendrait récapituler, dans les années 1980, l’ensemble des lignes d’évolution qu’a connu Cerisy en matière de pensée des sciences sociales. Il reste qu’en presque vingt ans, le lexique de ces disciplines à Cerisy a profondément changé : il n’y est plus question de structures et de dialectique, mais d’interactions et de complexité.

Pour citer l’article : Laurent Jeanpierre, « Adieu aux structures et à la dialectique. La pensée des sciences sociales aux colloques de Cerisy après Mai 1968 », Histoire@Politique. Politique, culture, société, n° 20, mai-août 2013 [en ligne, www.histoire-politique.fr]

Notes :

[1] François Chaubet, Paul Desjardins et les Décades de Pontigny, Villeneuve d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 2000 ; Édith Heurgon, Claire Paulhan, François Chaubet (dir.), S.I.E.C.L.E. Colloque de Cerisy, 100 ans de rencontres intellectuelles de Pontigny à Cerisy, Paris, IMEC, coll. « Inventaires », 2005.

[2] François Dosse, Histoire du structuralisme, Paris, La Découverte, 1991, 2 vol ; Philippe Bezès et al., L'État à l'épreuve des sciences sociales. La fonction recherche dans les administrations sous la Ve République, Paris, La Découverte, coll. « Recherches », 2005.

[3] En 1970, le comité d’honneur de Cerisy comprend 24 membres, dont deux peuvent être rattachés aux sciences sociales : Raymond Aron et Alain Touraine. En 1981, ce même comité comprend 37 membres dont cinq nouveaux venus peuvent être considérés comme des contributeurs aux savoirs des sciences sociales : Roland Barthes, Jean-Marie Domenach (professeur de sciences sociales à l’École polytechnique à partir de 1980), Albert Memmi, Edgar Morin et Tzvetan Todorov.

[4] Sur le tournant conservateur d’une partie de la pensée française après 1968, voir Serge Audier, La pensée anti-68. Essai sur les origines d’une restauration intellectuelle, Paris, La Découverte, 2008 ; François Cusset, La Décennie. Le cauchemar des années 80, Paris, La Découverte, coll. « Poche/essais », Paris, 2008 ; Michael Christofferson, Les Intellectuels contre la gauche. L’idéologie antitotalitaire en France (1968-1981), Marseille, Agone, 2009. Sur l’institutionnalisation progressive des sciences sociales dans l’université française dans les années 1960 et 1970, voir, entre autres, « Mai 68 et les sciences sociales », Cahiers de l’IHTP, 11 avril 1989 ; Pierre Bourdieu, Homo Academicus, Paris, Minuit, 1984 ; Alain Drouard, « Réflexions sur une chronologie : le développement des sciences sociales en France de 1945 à la fin des années soixante », Revue française de sociologie, vol. 23, n° 1, 1982, p. 55-85 ; Antoine Prost, Jean-Richard Cytermann, « Une histoire en chiffres de l’enseignement supérieur en France », Le Mouvement social, 233, octobre-décembre 2010, p. 31-46.

[5] < w:st="on">Laurent Martin dans Édith Heurgon, Claire Paulhan et François Chaubet (dir.), S.I.E.C.L.E. Colloque de Cerisy…, op. cit., p. 377-390. Sur la psychanalyse à Cerisy après 1968, voir la contribution à ce numéro de Maïa Fansten.

[6] Voir, entre autres exemples, les références marxiennes dans Maurice de Gandillac, Catherine Piron (dir.), Le discours utopique, Paris, UGE, 1978. Sur l’idée de « marxisme occidental », voir Perry Anderson, Sur le marxisme occidental, Paris, Maspéro, 1977.

[7] Lucien Goldmann, « Idéologie et marxisme », dans Le Centenaire du Capital, La Haye, Mouton, 1969.

[8] Joseph Gabel, « Conscience utopique et fausse conscience », dans Maurice de Gandillac, Catherine Piron (dir.) op. cit., p. 75-96.

[9] Voir par exemple les contributions de Jean-Pierre Faye et de Noam Chomsky dans Jean-Pierre Faye, Jacques Roubaud (dir.), Changement de forme. Révolution. Langage, Paris, UGE, 2 vol., 1975. Voir également les discussions entre Cornélius Castoriadis et René Girard sur la nouveauté et la contingence dans Paul Dumouchel, Jean-Pierre Dupuy (dir.), L’auto-organisation. De la physique au politique, Paris, Le Seuil, 1983, p. 179-185.

[10] Alain Touraine (dir.), Mouvements sociaux d’aujourd’hui. Acteurs et analystes, Paris, Éditions ouvrières, 1982, p. 21.

[11] Jean-Pierre Dupuy, Le signe et l’envie. Variations sur des figures de René Girard, Paris, CEREBE, 1978, p. 67, note 1.

[12] Jean-Louis Le Moigne, « Sur l’épistémologie de la recherche opérationnelle », dans Édith Heurgon (dir.), L’avenir de la recherche opérationnelle. Pratiques et controverses, Paris, Éditions Hommes et Techniques, 1979, p. 28. Voir Henri Atlan, L’organisation biologique et la théorie de l’information, Paris, Hermann, 1972.

[13] Maurice de Gandillac, Catherine Piron (dir.), op. cit.

[14] Dans Paul Dumouchel, Jean-Pierre Dupuy (dir.), op. cit., p. 474.

[15] Voir la contribution de Jean-François Bert dans ce numéro. Edgar Morin, « Peut-on concevoir une science de l’autonomie ? », dans Paul Dumouchel, Jean-Pierre Dupuy (dir.), op. cit., p. 317.

[16] Voir en particulier l’échange de vues entre Robert Faure et Jean-Louis Le Moigne, dans Édith Heurgon (dir.), op. cit., et les commentaires de Mathieu Triclot dans ce numéro.

[17] Jean-Pierre Faye, « Le manifeste narratif. “Tout” sur la révolution et la contre-révolution », dans Jean-Pierre Faye, Jacques Roubaud (dir.), op. cit., tome 2, p. 234.

[18] Jean-Louis Le Moigne, art. cit., p. 28.

[19] Bernard Roy (dir.), La décision. Ses disciplines, ses acteurs, Lyon, Presses universitaires de Lyon, 1983, p. 93.

[20] Isabelle Stengers, « Une lecture de Bateson », dans Yves Winkin (dir.), Bateson. Premier état d’un héritage, Paris, Le Seuil, 1988, p. 121.

[21] Alain Touraine (dir.), op. cit., p. 10 sq.

[22] Ibid., p. 17.

[23] Fonds Cerisy, IMEC-Abbaye d’Ardenne, CRS 26.3.

[24] Jean-Pierre Dupuy, « Construction d’une théorie des systèmes autonomes dans les sciences de l’homme », tapuscrit, p. 1, dans Fonds Cerisy, IMEC-Abbaye d’Ardenne, CRS 26.3.

[25] Cornelius Castoriadis, L’Institution imaginaire de la société, Paris, Le Seuil, 1975 ; Cornelius Castoriadis, Daniel Cohn-Bendit, De l’écologie à l’autonomie, Paris, Le Seuil, 1980.

[26] Serge Jonas, « Pour une sociologie synthétique », dans Le centenaire du Capital, op. cit., p. 215-216.

[27] Édith Heurgon (dir.), op. cit. L’auteur cite ici les travaux du psychosociologue Guy Palmade (en particulier Interdisciplinarité et idéologies, Paris Anthropos, 1977). Sur l’œuvre de Guy Palmade et son rôle pionnier pour faire intervenir les sciences humaines et sociales en entreprise, voir Jean Dubost, André Lévy (dir.), « Guy Palmade et la régulation sociale », Nouvelle revue de psychosociologie, 5, 2008. Pour une critique du structuralisme comme « idéologie » et « ennemie de l’interdisciplinaire », voir Guy Palmade, L’unité des sciences humaines, Paris, Dunod, 1961.

[28] Paul-Dumouchel, Jean-Pierre Dupuy, op. cit.

[29] Voir la contribution de Mathieu Triclot dans ce numéro.

[30] Voir l’article de Jean-François Bert dans ce numéro.

[31] Isabelle Stengers, art. cit., p. 121.

[32] Paul Watzlawick, J. Helmick Beavin, Don D. Jackson, Une logique de la communication, Paris, Le Seuil, 1972 ; La réalité de la réalité. Confusion, désinformation, communication, Paris, Le Seuil, 1978.

Laurent Jeanpierre

Laurent Jeanpierre est professeur au département de science politique de l’université Paris 8 – Saint-Denis et chercheur au Laboratoire « Théories du politique » (LabTop). Une partie de ses travaux porte sur l’histoire et la sociologie des intellectuels et des idées au XXsiècle, en particulier en sciences humaines et sociales. Dernières publications : « Réalité(s) du possible en sciences humaines et sociales », Tracés, 24, 2013 (avec Florian Nicodème, Pierre Saint-Germier) ; Jacques Rancière, La méthode de l’égalité. Entretien avec Laurent Jeanpierre et Dork Zabunyan, Paris, Bayard, 2012 (avec Dork Zabunyan).


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  • ISSN 1954-3670