Histoire@Politique : Politique, culture et société

Le dossier

68/86 : un grand retournement ? Cerisy dans la vie intellectuelle française

Coordination : Laurent Jeanpierre et Laurent Martin

Les réseaux de pensée prospective à Cerisy

Philippe Durance
Résumé :

Cet article s’attache à montrer comment Cerisy a introduit des savoirs prospectifs dans les domaines de l’organisation et (...)

  • imprimer
  • version pdf
  • réduire la taille du texte
  • augmenter la taille du texte

La présente contribution s’attache à montrer comment Cerisy a introduit des savoirs prospectifs dans les domaines de l’organisation et de la décision, entre 1968 et 1986 ; quels types de savoirs, dans quels rapports avec les autres sciences humaines et sociales et dans quelles relations avec les institutions de recherche, les entreprises et d’autres organisations ou réseaux.

La notion de « savoirs prospectifs » recouvre deux aspects. Il peut s’agir, soit de connaissances sur la prospective elle-même, ses fondements, ses concepts, ses méthodes, ses pratiques, ou encore son histoire ; soit de connaissances résultant d’une prospective appliquée à un thème donné.

Pertinence du questionnement

Trois éléments donnent sens à cette interrogation. D’abord, les « savoirs prospectifs » sont des savoirs généralement convoqués pour la préparation des décisions dans un cadre organisationnel déterminé. Ce cadre établit un lien direct avec les domaines de l’organisation et de la décision.

Ensuite, la période retenue est propice. Si la prospective est née formellement à la fin des années 1950 dans l’esprit d’un philosophe en action, Gaston Berger, alors directeur général de l’Enseignement supérieur, elle va mettre plusieurs années à se diffuser et va prendre réellement son essor dans les années 1960. Elle s’installe officiellement au Commissariat général du Plan, grâce au commissaire de l’époque, Pierre Massé, puis rapidement à la Délégation à l’aménagement du territoire et à l’action régionale, sous l’action de Jérôme Monod, au début des années 1960. Les années 1960 et 1970 sont alors marquées par deux travaux précurseurs et à très forte audience : en 1964, le « rapport 85 », qui donne une image de l’avenir de la société française à l’horizon 1985 ; en 1971, le « scénario de l’inacceptable », qui offre une vision tendancielle du développement du territoire national à l’horizon 2000.

Enfin, Cerisy, cette « contre-institution expérimentale » évoquée par Jacques Derrida (2005), comporte de nombreuses similitudes avec le Centre international de prospective, créé et présidé par Gaston Berger à la fin des années 1950. Ces lieux ont questionné leur époque et l’ont tournée vers de nouveaux horizons. Le Centre a fortement remis en question l’hégémonie de la prévision publique, telle que mise en œuvre à l’époque dans le processus de décision politique. Sous l’influence de Berger, les grandes questions relatives à l’avenir de l’homme ont été abordées à la lumière d’une confrontation entre disciplines et pratiques, et dans une optique purement pragmatique. Comme le soulignait Derrida, à force d’expérience, la contre-institution expérimentale peut devenir un modèle ou un paradigme. En définitive, l’esprit qui régnait à Cerisy, insufflé par Paul Desjardins, était semblable à celui qui animait Gaston Berger et, à sa suite, les membres du Centre : la question de l’articulation entre l’éthique et la politique, du « comment agir et à quelles fins ? », du « comment nous orienter dans la Cité, entre la tradition et ce qui vient ? ». Cette intelligence partagée des enjeux-clés d’une époque est parfaitement illustrée par Maurice de Gandillac qui, discutant du colloque « Genèse et structure », dirigée en juillet 1959 avec Jean Piaget (Derrida, 2005), précise avoir reçu le soutien de la direction de l’Enseignement supérieur du ministère de l’Éducation nationale et de l’École pratique des hautes études, tenues, respectivement, par Gaston Berger et Fernand Braudel [1] .

Malgré la pertinence de la période et la connivence du lieu avec la pensée prospective, aucune des deux formes envisagées de savoirs prospectifs n’a fait l’objet d’un colloque dédié sur la période considérée, a fortiori dans les domaines de l’organisation ou de la décision.

Pour répondre aux questions initiales, il a donc fallu envisager d’autres angles d’approche, partir à la recherche de savoirs enfouis, convoqués de-ci de-là, de relations plus ou moins formelles, et dépasser les deux domaines prévus initialement.

L’approche retenue

Cette recherche a donc été effectuée selon deux entrées :

– la première, à partir des intervenants qui ont la particularité d’être, ou d’avoir été, impliqués dans le développement ou la pratique de la prospective, et qui auraient pu apporter à Cerisy leurs savoirs prospectifs ;

– la seconde, à partir de thèmes abordés par la prospective et dont les travaux auraient pu être explicitement pris en compte. Dans la même veine, ont été interrogés les colloques qui ont abordé des concepts, des techniques, des méthodes, des outils, soit dont la prospective se réclame explicitement, soit inversement, qui intègrent la prospective dans leur champ.

Pour la période impartie, le croisement de ces deux critères aboutit à une liste de vingt colloques ; parmi eux, treize ont fait l’objet d’une publication [2] . Seulement dix d’entre eux ont été étudiés en profondeur.

Les résultats

Les intervenants

Le premier personnage à pouvoir établir un pont entre le monde de la prospective et Cerisy est Georges Balandier. Anthropologue, sociologue, directeur d’études à la VIe section de l’École pratique des hautes études (EPHE), il fonde en 1957 le Centre d’études africaines (CEAF). Membre du comité de soutien au Centre culturel international de Cerisy, il a été impliqué, de près ou de loin, dans plusieurs colloques. En 1968, il a participé au colloque sur les droits de l’homme, en compagnie, notamment, d’Alain Touraine [3] .

Balandier a été très proche de Gaston Berger et considérait que « l’entente discrète » (Balandier, 1997) qui les unissait reposait sur la part de métissage du philosophe, originaire du Sénégal, pays bien connu de l’anthropologue. 

Berger avait fondé en 1930 une revue intitulée Les Études philosophiques. Georges Balandier le rencontra pour la première fois dans les années 1950, pour lui proposer un article pour cette revue. Berger l’« avait accueilli avec cordialité, [lui] avait accordé une attention soutenue en s’efforçant de [lui] faire exprimer l’apport de [ses] recherches à la philosophie ». Pour l’anthropologue, « le hasard avait suscité l’une des ces rencontres dont [il a] longtemps entretenu l’attente, en escomptant soit une passion neuve, soit une provocation intellectuelle évitant l’enlisement de la pensée » (Balandier, 1997). Cette rencontre se produisit au moment opportun pour l’un comme pour l’autre. Au moment où Gaston Berger pose les premiers éléments de son « anthropologie prospective » (Berger, 1956b), et peu de temps après avoir soutenu sa thèse, Georges Balandier prend conscience que les bouleversements de l’époque élargissent simultanément les perspectives vers l’avenir et celles ouvertes sur le passé, rendant nécessaires de revoir « l’ordre des choses » par une appréciation plus exacte « de ce qui nous est étranger » (1956a).

Balandier est associé au Centre international de prospective dès décembre 1958, dans le cadre d’une réflexion sur l’évolution des relations entre les pays développés et les pays en voie de développement, présidée par Gaston Berger lui-même (Berger, Darcet, Demonque, 1959). Il prendra une part active à ces travaux, aux côtés, notamment, de Germaine Tillion, autre figure de Cerisy, et de son ami Jacques Berque, professeur au Collège de France, titulaire de la chaire d'histoire sociale de l'islam contemporain. À cette époque, il s’est déjà fait connaître pour avoir un point de vue éclairé sur les difficultés et les enjeux liés au développement des pays du Tiers Monde (Balandier, 1956 ; 1957 ; 1959), notion qu’il contribue largement à populariser.

En 1962, Georges Balandier est nommé au collège des directeurs du Centre [4] . Début 1963, il suggère aux membres de réaliser une étude sur l’avenir de l’Afrique noire « en s’attachant à préciser la vision africaine de cet avenir et non, comme il est fait le plus souvent, la prévision de cet avenir par des Européens » (Darcet, 1966). À partir de juin, il prend effectivement la direction d’un groupe de travail sur ce thème, groupe qui comprend notamment Jacques de Bourbon-Busset, Pierre Racine, Gabriel d’Arboussier, sous-secrétaire à l’ONU, Paul Mercier, directeur d’études à l’EPHE, qui a travaillé avec Balandier au début des années 1950, et auquel seront intégrés ponctuellement des représentants du Togo, du Cameroun et du Sénégal. Un jeune conseiller référendaire à la Cour des comptes fait office de rapporteur, qui deviendra bien plus tard secrétaire d’État à la Défense. Le groupe reçoit le soutien du ministère de la Coopération. Les résultats de l’étude sont présentés lors d’un colloque à Royaumont en octobre 1965 et publiés en juin 1966.

Balandier trouve dans les travaux du Centre, « une stimulation propice à l’élaboration d’une anthropologie des ruptures, du surgissement de l’inédit ». Ce qui « excitait [son] intérêt » était « ce qui [l’]avait constituait anthropologue » : « L’interrogation du caché, le repérage des signes et des indicateurs qui le manifestent, la découverte des possibles qu’il recèle » (Balandier, 1997). Mais il exerce en même temps, grâce à sa posture d’anthropologue, la critique d’une certaine pratique prospective reposant sur des croyances purement technicistes dans lesquelles le techno-imaginaire des modernes a remplacé l’imaginaire des anciens. Il vise alors directement les travaux de futurologues, tels qu’Hermann Kahn et son Survol de la France (Datar, 1972), dont l’audace prophétique le dispute à l’audace technicienne.

Georges Balandier représente ainsi l’exemple-type du prospectiviste fondateur : mû par une profonde attitude prospective, il a activement participé à la production de savoirs prospectifs appliqués aux domaines du développement. Mais, la consultation des archives du colloque de 1968 sur les droits de l’homme ne permet pas d’affirmer qu’il a apporté ces savoirs à Cerisy. Cependant, pour l’anthropologue, la prospective est si intimement mêlée à son activité qu’il n’y a pas grands risques à considérer qu’il a bien introduit quelques savoirs, au moins en termes « philosophiques ».

Le deuxième personnage susceptible de faire lien entre la prospective et Cerisy est Jacques Lesourne. En 1958, Jacques Lesourne crée la Société d’économie et de mathématiques appliquées (SEMA), qu’il dirige jusqu’en 1975. C’est au sein de cette structure que vont apparaître deux équipes qui joueront un rôle majeur dans le développement de la prospective :

– celle de l’Omnium technique de l'aménagement du territoire, l’OTAM, avec notamment Josée Landrieu, qui sera à l’origine à la fois des premières méthodes d’élaboration de scénarios et de leurs premières applications pour la Datar. Rappelons que la même Josée Landrieu sera, bien plus tard, à partir de 1999, et avec Édith Heurgon, à l’origine des colloques de prospective du présent ;

– celle du département « Prospective », dédié au monde de l’entreprise, créé et dirigé à partir de 1978 par Michel Godet qui deviendra, en 1987, titulaire de la chaire de prospective industrielle du Conservatoire national des arts et métiers (CNAM).

Durant cette période, Jacques Lesourne fait partie des personnes, avec Fernand Braudel ou encore Pierre Massé, régulièrement consultées par Jérôme Monod, alors délégué de la Datar (Durance, Cordobes, 2007).

En 1974, Lesourne devient titulaire de la chaire d’économie et de statistique industrielle du CNAM. De 1976 à 1979, il prend la direction à l’OCDE, d’une étude sur l’avenir des sociétés industrielles avancées en relation avec les pays en développement, le projet Interfuturs. À partir de cette période, il passe le plus clair de son temps dans deux domaines qui, pour lui, sont complémentaires (Durance, Cordobes, 2007) : la constitution d’une micro-économie évolutionniste, notamment avec André Orléan et Bernard Walliser, et la prospective. Lesourne a trouvé dans la prospective matière à enrichir ses recherches en économie, plus particulièrement quant à la place respective du hasard, de la nécessité et de l’anticipation dans la dynamique des agents.

Jacques Lesourne sera impliqué dans plusieurs colloques de Cerisy : en 1980, sur la décision, où il traite de la représentation de la décision en science économique, aux côtés d’Édith Heurgon, de Michel Crozier et de Jean-Louis Guigou. Ce dernier deviendra, près de quinze ans plus tard, délégué de la Datar et y lancera un ambitieux programme de prospective à l’horizon 2030 ; en 1983, sur le temps et le devenir, avec Ilya Prigogine, Isabelle Stengers et Jacques Attali, où il aborde la science économique et la réflexion systémique sur le temps. Plus tard, en 1999, il sera impliqué dans le premier colloque de prospective du présent, puis en 2000, dans le deuxième.

Dans son intervention au colloque sur la décision, Lesourne (1983) traite le sujet de la représentation sous l’angle de la science économique en tant que discipline de connaissance. Il restreint d’emblée son étude aux conséquences des interactions entre les comportements des agents, ce qui ne lui permet pas de convoquer explicitement des savoirs prospectifs. Cependant, il y intègre des phénomènes d’anticipation, des attitudes envers l’avenir des agents.

Troisième personnage : Yves Barel. Économiste, historien, philosophe et épistémologue des sciences sociales, Yves Barel a d’abord été chercheur à l’Institut de recherches économiques et de planification, puis directeur du Centre d’études des pratiques sociales de l’université de Grenoble. Il a conduit pour la Délégation générale à la recherche scientifique et technique (DGRST), l’ancêtre du ministère de la Recherche, de nombreux travaux sur la politique de recherche scientifique.

Barel est l’un des précurseurs de l’inscription de la systémique dans le champ des sciences sociales en France. Dans ce cadre, il réalise pour la Datar, en 1971, au titre des réflexions sur le schéma général d’aménagement de la France, une étude qui fera date sur les apports de l’analyse des systèmes à la prospective. À une époque où la prospective est avant tout sectorielle, il considère qu’elle doit surtout être globale, i.e. sociale. Il la conçoit alors comme une branche nouvelle de la sociologie de la connaissance (Gonod, 2004). Il développera, à la même époque, un travail similaire pour la DGRST sur le thème de la politique scientifique (Barel, 1971).

Plus tard, Barel (1973) s’intéressera à la reproduction sociale, à l’invariance et aux changements dans les systèmes vivants. Il deviendra par la suite membre d’un groupe informel de recherche auquel appartiennent également, parmi d’autres, Jean-Pierre Dupuy, Edgar Morin, Bernard Walliser ou, encore, le philosophe Alain Etchegoyen. Ce dernier deviendra, en 2003, commissaire général du Plan et relancera la prospective publique au sein d’un État qui se voudra stratège.

Yves Barel interviendra à Cerisy dans le cadre de deux colloques : en 1981, sur l’auto-organisation ; en 1984, sur Gregory Bateson. Quels savoirs prospectifs y a-t-il apportés ? La consultation des archives du colloque sur l’auto-organisation ne permet pas de déceler d’apports explicites de sa part. Cela peut se comprendre car, même s’il a activement participé au développement de la prospective, Barel n’a pas été sollicité en tant que « prospectiviste », mais en tant que spécialiste de l’analyse des systèmes.

Quatrième personnage : Lucien Sfez. Professeur de sciences politiques à La Sorbonne, Lucien Sfez dirige le Centre de recherche et d’études sur la décision administrative et politique. Ses premiers travaux ont porté sur la réforme de l’État en France (Sfez, Gicquel, 1965) et l’ont amené à étudier de près l’administration dite « prospective » (Sfez, 1970), étude qui débouchera en partie sur sa critique de la décision (Sfez, 1973). Dans ces réflexions, la prospective est soit au cœur, soit considérée comme une référence majeure.

Dans son travail initial, Sfez (1970) retient que la prospective de Gaston Berger s’élève, à juste raison, « contre l’idée que l’avenir est entièrement contenu dans le passé ». Il rattache à ce courant l’effort de Bertrand de Jouvenel d’envisager les futurs possibles du système social et politique. Mais, outre une envolée, dont le ressort paraît plus lyrique que critique, et qui lui fait qualifier le prospectiviste de « doux rêveur, irresponsable — et heureusement privé de responsabilités —, maniant les foudres mathématiques et les concepts philosophiques les plus ésotériques », Sfez reprochera à l’approche de Berger et du Centre international de prospective un niveau de généralité qui empêcherait des développements réellement opérationnels. De la même manière, rappelant que son intention est « de conjecturer le probable » et non d’exprimer des vœux, il reprochera à la démarche de Jouvenel de n’être qu’exploratoire et d’être ambiguë quant aux craintes, obsessions, sentiments humains, qui sont souvent les déterminants des choix réalisés.

Sfez reconnaît cependant que la prise en considération de l’avenir est chose d’importance et il fait sien le constat, déjà noté à son époque par Gaston Berger (1956b), que l’avenir n’est pas pris au sérieux. Pour pouvoir lui attribuer cette qualité, il convient de la nécessité de bien séparer le discours prospectif du discours utopique, ce à quoi il va s’employer. Pour cela, Sfez considère que le désir de changement doit être accompagné d’une mise au jour des contradictions qui naissent d’une situation présente, rendant ainsi possible la détermination du chemin qui conduit d’une situation à une autre, sans surdétermination ; autrement dit, à partir de la situation présente, « renoncer brusquement à un état donné pour se transporter dans un “ailleurs” est “utopique”. Marquer l’enchaînement nécessaire des transformations à faire est “critique” », i.e. scientifique, et correspond bien à la volonté de la prospective telle qu’elle est posée par Berger et Jouvenel [5] . Si Sfez parle de discours, utopique ou prospectif, c’est bien parce qu’il considère que la surdétermination provient d’un effet de logique du langage (tout ce qui est exprimable est possible), une sorte de bon sens [6] qui affecte la décision.

Dans sa Critique de la décision, Sfez (1973) reprend une partie de ses analyses précédentes, notamment sur les méthodes de type « rationalité des choix budgétaires » utilisées par l’administration prospective et pour lesquels il montre l’absence d’intégration des finalités dans les choix. Il fait explicitement référence aux outils d’aide à la décision développés par la SEMA, aux travaux d’Yves Barel ou encore au colloque de Bellagio organisé par l’OCDE en 1969 sur le thème « prospective et politique » (Jantsch, 1970) et qui réunit les grands acteurs de la stratégie, de la planification et de la prospective à l’échelle mondiale (parmi lesquels Russell Ackoff, Igor Ansoff, Jay Forrester, Hazan Ozbekhan ou encore, Aurelio Peccei et Alexander King, les fondateurs du Club de Rome). Les travaux issus de ce colloque lui servent de base pour asseoir sa théorie du système critique, i.e. du système incluant cette dimension manquante des fins de la décision. Revenant sur le processus de formalisation des scénarios de la Datar, il applique l’analyse systémique au processus de décision pour essayer d’en dépasser certaines limites. Il reprend à son compte une grande partie des travaux d’Hasan Ozbekhan sur la planification. Il introduit la notion d’institution auto-adaptable. Mais, pour lui, l’analyse systémique ne permet pas de dépasser certaines difficultés propres à ce type de décision, notamment le passage du théorique au pratique, reproche qui concerne explicitement Yves Barel. De la même manière que la cybernétique a fait de nombreux apports (boucle causale, interdépendance des systèmes, etc.), Sfez propose alors de s’inspirer de deux autres modèles pour proposer une méthodologie nouvelle : la psychanalyse et l’histoire. Sfez finit par traiter la décision comme un récit et le changement comme le fruit d’un déplacement de finalité, d’un effort de traduction opéré grâce à une approche structurale : le surcode.

Ces deux travaux, sur l’administration prospective et sur la décision, sont empreints de nombreux savoirs prospectifs. Entre 1968 et 1986, Lucien Sfez participera à deux colloques de Cerisy : en 1980, sur la décision, ses disciplines et ses acteurs, sous la direction de Bernard Roy ; en 1986 sur les perspectives systémiques, colloque organisé par le Collège de systémique de l’Association française pour la cybernétique économique et technique (Afcet) [7] .

Concernant la « décision », il ne s’agit pas du premier colloque auquel participe Lucien Sfez sur ce thème. Déjà, en décembre 1978, il dirige un colloque traitant de la décision et du pouvoir dans la société française (Sfez, 1979). Sont réunis, à l’université de Paris-Dauphine, des personnalités du monde des affaires, de l’administration publique et des élus locaux, de la presse, de la recherche et de l’université. Parmi les intervenants, se trouvent notamment Georges Balandier, Jacques Attali, ou encore Jacques Ellul.

Édith Heurgon donne d’emblée au colloque sur la décision de 1980 une orientation pluridisciplinaire en souhaitant y voir associer « sociologues, politologues, psychologues, économistes, ingénieurs, chercheurs et décideurs [8]  ». La contribution de Lucien Sfez au colloque de Cerisy de 1980 s’intitule « Qu’est-ce qu’une décision démocratique ? ». Elle repose entièrement sur son ouvrage sur la Critique de la décision, à tel point qu’il lui sera reproché d’avoir purement et simplement constitué sa communication à partir d’extraits de son livre. Ce reproche n’a pu être fait en présence de l’auteur, absent ce jour-là, et dont le texte a été lu en séance par Édith Heurgon. Assez mal reçue, la réflexion suscitera le lendemain un débat animé, en sa présence cette fois. Peut-être pour ces raisons, le texte de Sfez ne sera pas repris dans la publication des actes du colloque en 1983. Notons, enfin, que ce colloque suscite l’intérêt éditorial d’Hugues de Jouvenel, délégué général de l’association de prospective Futuribles international, qui proposera à Édith Heurgon une éventuelle publication, sans que ce projet n’aboutisse [9] .

La contribution de Lucien Sfez (1989) au colloque sur les perspectives systémiques de 1986 est intitulée « La machine et l’organe » ; elle reprend d’importants extraits de son livre sur la Critique de la communication, paru en 1988, et dont il est probable que la théorie générale avancée était, en partie du moins, en gestation lors du colloque. Sfez y distingue deux types de systémique : « machinique » et « organistique », opposant de la sorte Descartes à Spinoza. Il ne fait pas de référence explicite à la prospective ; le seul moyen d’établir un lien entre ce travail et la prospective serait de passer par la « décision » comme phase préalable à la « communication ». Ce lien existe, même s’il est formalisé plus tard, lors d’une communication de Sfez en 1992 à Cerisy, dans un colloque sur l’éthique et la communication, et qui s’intitulera justement « décision et communication ».

Si le critère d’avoir entretenu des relations avec Gaston Berger, ou d’avoir été associé ponctuellement aux travaux du Centre international de prospective, avait été retenu, il aurait fallu introduire d’autres personnages : outre Germaine Tillion déjà citée, Henri Gouhier, Léopold Sédar Senghor, Raymond Aron, Michel Crozier, Paul Ricœur ou, encore, Alain Touraine. Mais ceci est une autre histoire.

Les colloques

Huit colloques ont été questionnés, soit à partir des archives de l’IMEC, soit à partir des archives personnelles d’Édith Heurgon pour les colloques n’ayant pas fait l’objet de publication.

Pour sept d’entre eux [10] , aucune trace de savoirs prospectifs n’a été trouvée dans les documents archivés [11] . Cependant, le colloque « Histoire et philosophie » mérite quelques remarques. Pour Gaston Berger (1958), la prospective avait une dette envers deux disciplines, qui lui ont servi, à maints égards, de fondements : l’histoire et la philosophie. Ainsi ce colloque aurait pu croiser le chemin de la prospective au moins à trois reprises : d’abord, lors de l’intervention de Pierre Raymond sur « la nécessité en histoire ». Jacques Lesourne a bien montré le rôle de la nécessité dans les processus d’anticipation des acteurs ; ensuite, un rapprochement aurait pu avoir lieu avec les travaux de Pierre Chaunu — un des rares historiens, pour ne pas dire l’unique historien, à s’être penché réellement sur l’articulation entre histoire et prospective (Chaunu, 1975) — cité par Roland Quilliot dans son intervention sur « La tentation du relativisme historique » ; enfin, dans son intervention sur le thème « Que pouvons-nous attendre de l’histoire ? », ce même Roland Quilliot (1984), constatant qu’histoire et avenir se confondent, s’interroge sur ce que nous pouvons attendre de l’avenir en affirmant que « les grandes œuvres sociologiques et philosophiques du XIXe et du XXe sont presque toutes des philosophies de l’histoire » qui « tentent d’interpréter l’évolution sociale et culturelle de l’humanité […] et, sur la base de cette analyse, de caractériser la voie dans laquelle il leur paraît soit probable, soit souhaitable que la civilisation s’engage. Bien entendu une telle philosophie ne peut être rigoureuse… ». Il rejoint ainsi, en partie et sans explicitement en faire mention, certaines des positions fondamentales de Berger.

Le huitième et dernier colloque consulté, dirigé par Marcel Bourgeois et Maurice Dufour en 1982, concerne les « Processus individuels et collectifs d’apprentissage ». Il n’a pas fait l’objet d’une publication. Parmi les participants, il faut noter la présence de Jean-Pierre Dupuy et de Jacques Mélèse. Dans l’optique de la présente recherche, une intervention attire particulièrement l’attention : celle de Pierre-Noël Denieuil intitulée « La dynamique du changement social ». Denieuil y traite du rapport « de la société aux cultures, c’est-à-dire de l’ordre social avec l’environnement matériel et symbolique ». Il dégage, à partir de « travaux jugés susceptibles d’apporter une contribution fructueuse » à cette tâche, trois points de vue sur le changement social : celui d’une théorie orientée vers la recherche d’un équilibre entre l’individu et la société, le particulier et le collectif ; celui des mécanismes qui président au changement social et culturel ; enfin, celui de « l’ethno-technologie » qui met en évidence les rapports du changement technologique et du changement social et culturel [12] . Il cite, dans ces perspectives, certains travaux de Georges Balandier dans lesquels ce dernier s’efforce de « saisir le jeu des mécanismes internes qui provoquent du dedans la modification ou le changement des groupes et des systèmes sociaux » (Balandier, 1970 ; 1971 ; cité par Denieuil). Il cite également Ken New Comb (1981), auquel il reprend l’idée, développée dans un article pour la Revue internationale de sociologie intitulée « Prospective et politiques technologiques », de la portée sociale de l’innovation technologique.

Alors que le lieu, la période considérée et les domaines abordés pouvaient laisser supposer une identification aisée de savoirs prospectifs, cela n’a pas été le cas. Bien au contraire. Il a fallu modifier l’approche initiale pour tenter d’en trouver des traces, majoritairement liées à la qualité d’intervenants, les savoirs eux-mêmes étant rarement convoqués explicitement.

En définitive, sur la période considérée, la relation entre la prospective et Cerisy est à la fois proche et lointaine. Proche, car nombreuses sont les personnes présentes à Cerisy, qui ont une relation à la prospective et ont pu y apporter, comme Georges Balandier, une préoccupation de l’avenir. Au-delà des colloques, c’est aussi le cas des « facilitateurs », ces personnages, empreints d’esprit prospectif, qui ont appuyé à un moment ou à un autre « l’esprit Desjardins », tel Édouard Morot-Sir, proche de Gaston Berger et personnalité clé du réseau de relations mis en place par Anne Heurgon-Desjardins aux États-Unis (Duranton-Cabrol, 2005). Lointaine, car la prospective n’est jamais considérée en tant que telle. Il faudra attendre pour cela les colloques de prospective du présent, lancés par Édith Heurgon et Josée Landrieu à la fin des années 1990.

Bibliographie

Balandier (Georges), 1956, « Le Tiers Monde, sous-développement et développement », Population, vol. 11, 4, p. 737-741.

—, 1957, « Les conditions sociologiques du développement », Politique étrangère, vol. 22, 3, p. 301-310.

—, 1959, « Le contexte sociologique de la vie politique en Afrique noire », Revue française de science politique, vol. 9, 3, p. 598-609.

—, 1970, Sociologie des mutations, Anthropos.

—, 1971, Sens et puissance, Paris, Presses universitaires de France.

—, 1997, Conjugaisons, Paris, Fayard.

Barel (Yves), 1971, Prospective et analyse des systèmes, Schéma général d’aménagement de la France, Paris, La Documentation française, Datar, coll. « Travaux et recherches de prospective », 14, février.

Barel (Yves), 1973, La reproduction sociale. Systèmes vivants, invariance et changement, Paris, Anthropos.

Berger (Gaston), 1956a, « L'homme et ses problèmes dans le monde de demain. Essai d'anthropologie prospective », Les Études philosophiques, XI, 1, p. 150-151 ; repris in Berger (Gaston), Bourbon Busset (Jacques, de), Massé (Pierre), De la prospective. Textes fondamentaux de la prospective française, Paris : L’Harmattan, coll. « Prospective », 2e édition ; textes réunis et présentés par Philippe Durance. 

—, 1956b, « L'avenir des sciences de l’homme », La Nef, XIII, 13 : Condition de l’homme, Paris, Julliard, p. 215-224 ; repris dans Berger (Gaston), Bourbon Busset (Jacques, de), Massé (Pierre), De la prospective, op. cit. 

—, 1958, « L’attitude prospective », Prospective, Paris, Presses universitaires de France, 1, p. 1-10, mai 1958 ; repris dans Berger (Gaston), Bourbon Busset (Jacques, de), Massé (Pierre), De la prospective, op. cit.

 Berger (Gaston), Darcet (Jean), Demonque (Marcel), 1959, Prospective, 3 : Rapports de l’Occident avec le reste du monde, Paris, Presses universitaires de France, avril 1959.

Chaunu (Pierre), 1975, De l’histoire à la prospective, Paris, Robert Laffont.

Darcet (Jean), 1966, « Avant-propos », Prospective, 13 : L’Afrique en devenir. Essai sur l’avenir de l’Afrique noire, Paris, Presses universitaires de France, juin 1966, p. 1-3

Datar, 1972, Survol de la France, Paris, La Documentation française, coll. « Travaux et Recherches de Prospective ».

Derrida (Jacques), 2005, « Le modèle philosophique d’une "contre-institution" », S.I.E.C.L.E., 100 ans de rencontres intellectuelles de Pontigny à Cerisy, IMEC, coll. « Inventaires », p. 245-260.

Durance (Philippe), Cordobes (Stéphane), 2007, Attitudes prospectives. Éléments d’une histoire de la prospective en France après 1945, Paris, L’Harmattan, coll. « Prospective », série « Essais & Recherches ».

Duranton-Cabrol (Anne-Marie), 2005, « Les relations de Pontigny et Cerisy avec les États-Unis », S.I.E.C.L.E., 100 ans de rencontres intellectuelles de Pontigny à Cerisy, Caen, IMEC, coll. « Inventaires », 2005, p. 339-350.

Gonod (Pierre), 2004, « Quelle prospective ? », Futuribles, n° 296, p. 71-78, avril 2004.

Jantsch (Erich), 1970, Prospective et politique, Paris, OCDE.

Lesourne (Jacques), 1983, « La représentation de la décision en science économique », La Décision, ses disciplines, ses acteurs, Lyon, Presses universitaires de Lyon, colloque de Cerisy.

Quilliot (Roland), 1984, « Que pouvons-nous attendre de l’histoire », intervention dans le cadre du colloque de Cerisy « Histoire et philosophie ».

Sfez (Lucien), Gicquel (Jean), 1965, Problèmes de la réforme de l’État en France depuis 1934, Paris, Presses universitaires de France.

—, 1970, L’administration prospective, Paris, Armand Colin.

—, 1973, Critique de la décision, Paris, Armand Colin, « Cahiers de la Fondation nationale des sciences politiques » ; 3e édition, revue et augmentée, 1981.

—, 1979, Décision et pouvoir dans la société française, Paris, 10/18, UGE.

—, 1988, Critique de la communication, Paris, Le Seuil.

—, 1989, « La machine et l’organe », dans Paulré (Bernard) (dir.), Perspectives systémiques, Lyon, L’interdisciplinaire, p. 294-304.

 

Pour citer cet article : Philippe Durance, « Les réseaux de pensée prospective à Cerisy », Histoire@Politique. Politique, culture, société, n° 20, mai-août 2013 [en ligne, www.histoire-politique.fr]

Notes :

[1] La consultation des archives du colloque, déposées à l’IMEC, n’a pas permis de vérifier cette hypothèse.

[2] Les vingt colloques retenus sont (par ordre chronologique) : « Les droits de l’homme à l’épreuve » (1968) ; « Gaston Bachelard », « La “créativité” artistique et scientifique » et « L’homme devant l’informatique » (1970) ; « Urbanisme ? » (1973) ; « Le discours utopique » (1975) ; « Bergson aujourd’hui » (1976) ; « Lieux et figures de l’imaginaire » et « La recherche opérationnelle aujourd’hui » (1978) ; « La décision : ses disciplines, ses acteurs » (1980) ; « L’auto-organisation, de la physique au politique » (1981) ; « Processus individuels et collectifs d’apprentissage » et « Logos et théorie des catastrophes » (1982) ; « Temps et devenir » (1983) ; « Les théories de la complexité », « Bateson et le groupe de Palo Alto » et « Histoire et philosophie » (1984) ; « Dynamique et diffusion de la connaissance scientifique » et « Crise de l’urbain, futur de la ville » (1985) ; « Perspectives systémiques » (1986).

[3] Outre le colloque pris en compte pour la présente étude, Georges Balandier a été présent en 1961, au colloque traitant de la sociologie de la connaissance, dirigé par Georges Gurvitch, et en 1988, sur les nouveaux enjeux de l’anthropologie, autour de lui-même.

[4] Un autre membre du collège des directeurs du Centre de prospective sera impliqué dans Cerisy ; il s’agit de Pierre Chouard, professeur à la Faculté des Sciences de l’université de Paris, membre de l’Académie d’agriculture. Chouard fut un des fondateurs du Centre en 1957, auprès de Gaston Berger. Il participa à un colloque de Cerisy sur le thème de la science en 1960.

[5] Un rôle majeur a déjà été donné à la contradiction comme source de connaissances par René Le Senne, maître de Gaston Berger, qui y voyait un moyen de dépasser le doute cartésien.

[6] Par ailleurs, cet effet a une double conséquence : il entraîne la surdétermination et il pose une limite à la prospective selon laquelle ce qui n’est pas exprimable n’est pas possible. Pour Sfez, la prospective peut s’affranchir de la première conséquence, pas de la seconde.

[7] Sfez participera par la suite de nombreuses fois à des colloques de Cerisy : en 1988, sur l’épistémologie et la symbolique de la communication, qu’il co-dirigera ; en 1992, sur l’éthique et la communication ; en 1998, sur l’utopie de la santé ; en 2003, sur l’actualité du saint-simonisme.

[8] Lettre d’Édith Heurgon à Bernard Roy du 11 août 1978.

[9] Intérêt déclaré d’Hugues de Jouvenel pour éventuellement publier dans Futuribles ou une collection de livres du même nom les actes du colloque dans un courrier adressé au Centre en date du 15 février 1980. Proposition envisagée par Édith Heurgon par un courrier à Hugues de Jouvenel le 4 octobre 1980. Envoi du dossier par Édith Heurgon à Hugues de Jouvenel le 24 janvier 1981.

[10] Sont concernés ici : « Le discours utopique » (1975) ; « Lieux et figures de l’imaginaire » (1978) ; « L’auto-organisation » (1981) ; « Temps et devenir » (1983) ; « Théories de la complexité » et « Histoire et philosophie » (1984) ; « Dynamique et diffusion de la connaissance scientifique » (1985).

[11] La plupart des archives de l’IMEC ne comportent que des échanges épistolaires, ayant trait la plupart du temps à l’organisation des colloques et ne contiennent pas les transcriptions des débats, ni même les publications.

[12] Ce sujet fera l’objet d’un colloque à Cerisy, en 2009, sous la direction de Thierry Gaudin et d’Élie Faroult, deux prospectivistes connus et reconnus chacun dans leur domaine. Parmi les intervenants, on retrouve P.-N. Denieuil. Sous le titre « Ethnotechnologie prospective : l'empreinte de la technique », ce colloque avait comme optique d’observer les techniques et les processus d’interaction technique-société, pour en révéler leur nature ainsi que certaines illusions qui les portent. Les travaux ont par ailleurs fait l’objet d’une publication en 2010 dans la collection « Prospective » des éditions L’Harmattan.

Philippe Durance

Philippe Durance est professeur du Conservatoire national des Arts & Métiers (CNAM) Paris, titulaire de la chaire « Prospective et Développement durable », et chercheur au Laboratoire interdisciplinaire de recherche en sciences de l’action (LIRSA).

Mots clefs : prospective, Gaston Berger, savoirs prospectifs, réseau.

imprimer

Newsletter

  • Consultez fréquemment les rubriques dynamiques de cette colonne. Elles sont régulièrement mises à jour.

Champ libre

  • Histoire@Politique est également disponible sur CAIRN
  • lire la suite

Comptes rendus

  • • Steven High, Lachlan MacKinnon, Andrew Perchard (dir.), The Deindustrialized World. Confronting Ruination in Postindustrial Places,
  • Depuis plus d’une quinzaine d’années[1], une cohorte de chercheurs en (...)
  • lire la suite
  • • Pierre Mendès France, Écrits de résistance,
  • Le volume s’ouvre bien sûr par le récit Liberté, liberté chérie, écrit (...)
  • lire la suite
  • • Audrey Célestine, La Fabrique des identités. L’encadrement politique des minorités caribéennes à Paris et New York,
  • Dans cet ouvrage issu de sa thèse de doctorat, la politiste (...)
  • lire la suite
  • • Genre et résistances en Europe du Sud
  • L’ouvrage La Résistance à l’épreuve du genre dirigé par (...)
  • lire la suite
  • • Benoît Agnès, L’appel au pouvoir : les pétitions aux Parlements en France et au Royaume-Uni (1814-1848),
  • Dans cette version publiée de sa thèse soutenue en 2009 (...)
  • lire la suite
  • • Walter Badier, Alexandre Ribot et la République modérée. Formation et ascension d’un homme politique libéral (1858-1895),
  • Alexandre Ribot (1842-1923) a été cinq fois président du (...)
  • lire la suite
  • • Ilvo Diamanti, Marc Lazar, Peuplecratie. La métamorphose de nos démocraties,
  • Tenter d’imposer un néologisme en science politique n’est jamais (...)
  • lire la suite
  • • Élise Roullaud, Contester l’Europe agricole. La Confédération paysanne à l’épreuve de la PAC,
  • Depuis plusieurs décennies, l’étude du syndicalisme agricole et celle (...)
  • lire la suite
  • • Romain Robinet, La révolution mexicaine, une histoire étudiante,
  • Romain Robinet, maître de conférences à l’université d’Angers, place (...)
  • lire la suite
  • • Gilles Vergnon, Un enfant est lynché. L’affaire Gignoux, 1937,
  • En 1922, dans son roman Silbermann, qui reçoit le prix (...)
  • lire la suite
  • • États et sociétés durant la Première Guerre mondiale
  • Sylvain Bertschy, Philippe Salson (dir.), (...)
  • lire la suite
  • • Jean-Yves Mollier, L’âge d’or de la corruption parlementaire 1930-1980,
  • L’introduction du livre de Jean-Yves Mollier pose clairement une (...)
  • lire la suite
  • • Jaime M. Pensado & Enrique C. Ochoa, México Beyond 1968 : Revolutionaries, Radicals and Repression During the Global Sixties and Subversive Seventies
  • Le livre dirigé par Jaime M. Pensado et Enrique C. Ochoa (...)
  • lire la suite
  • • Expériences adolescentes et enfantines de la Grande Guerre, au front et à l’arrière
  • Manon Pignot, L’appel de la guerre, Des adolescents au combat, 1914-1918, Paris, (...)
  • lire la suite
  • • Michael Foessel, Récidive 1938,
  • « À propos des débats sur le retour des années 1930, (...)
  • lire la suite
  • • Sylvain Brunier, Le bonheur dans la modernité. Conseillers agricoles et agriculteurs (1945-1985),
  • L’ouvrage de Sylvain Brunier procède du remaniement profond de (...)
  • lire la suite
  • • Massimo Asta, Girolamo Li Causi, un rivoluzionario del Novecento. 1896-1977,
  • Girolamo Li Causi (1896-1977) fut un dirigeant du Parti (...)
  • lire la suite
  • • Christine Mussard, L’obsession communale. La Calle, un territoire de colonisation dans l’Est algérien, 1884-1957,
  • Christine Mussard consacre une monographie dense et vivante, issue (...)
  • lire la suite

Partager

  • ISSN 1954-3670