Histoire@Politique : Politique, culture et société

Comptes rendus
   

Christian Delacroix, François Dosse, Patrick Garcia et Nicolas Offenstadt (dir.), Historiographies,

Paris, Gallimard, coll. « Folio histoire », 2010, 2 volumes, 1325 p.

Ouvrages | 22.03.2012 | Laurent Wirth
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Gallimard, "Folio Histoire", 2010Quiconque souhaite savoir comment se construit l’histoire, comment elle s’écrit, comment elle se pense et comment elle s’enseigne trouvera dans la somme que constituent les deux tomes d’Historiographies un état des lieux qui comble une lacune après « trente ans de débats, de remises en cause et de renouvellements », comme le disent très justement les quatre co-directeurs dans l’introduction de l’ouvrage. Ils annoncent d’emblée leur ambition : répondre au besoin de « faire le point sur l’histoire comme discipline qui produit des connaissances, mais aussi de mettre en perspective les usages contemporains du passé ». L’histoire, les mémoires et le patrimoine occupent en effet dans l’espace public une place importante. Gallimard, "Folio Histoire", 2010La sensibilité des rapports des sociétés à leur passé en fait aujourd’hui un enjeu politique. Ce rapport social au temps, que François Hartog a bien caractérisé avec la notion de « régimes d’historicité » (qu’il présente dans un des articles du dictionnaire), a contribué à une redéfinition de l’histoire. Les directeurs de l’ouvrage mettent aussi en avant la nécessité du « détour historiographique » découlant de « la prise de conscience que l’écriture historienne n’est pas un simple reflet passif du réel mais résulte d’une tension indépassable entre le souci de rendre compte de ce qui s’est passé et un questionnement qui émane pour l’essentiel du présent de l’historien ». La couleur est clairement annoncée : ce dictionnaire participe à ce détour historiographie qui a pour ambition « d’exhumer la pluralité des écritures de l’histoire » et s’inscrit pleinement dans une « nouvelle réflexivité historienne ». Le défi est de taille.

Pour relever ce défi, les co-directeurs ont réussi à mobiliser autour d’eux soixante-seize contributeurs de premier plan pour la réalisation de plus de cent vingt articles comportant chacun des références bibliographiques. La circulation à l’intérieur de l’ouvrage est facilitée par une table des matières très claire et un index général des noms à la fin du second tome.

Les articles sont classés de façon très pertinente en trois grandes parties.

La première, qui occupe tout le premier tome et compte plus de soixante articles, intitulée « Sources, domaines, méthodes », concerne les cadres généraux du travail de l’historien : les sources, les méthodes et les écoles historiques y occupent une place importante. On trouve notamment des articles « Archéologie », « Archives, documents, sources », « Histoire orale », « Annales », « Microstoria », « Histoire globale, histoire connectée », etc. Les différents champs de recherches et leurs renouvellements, y compris bien sûr les plus récents sont présentés de façon claire et exhaustive. La focale est opportunément élargie à l’ensemble des pratiques du métier : enseignement, édition, sociétés savantes et revues (on peut signaler notamment un article, intitulé « Internet et les historiens », dans lequel sont évoquées les revues électroniques, dont Histoire@Politique.

La seconde partie, qui comprend une trentaine d’articles, est consacrée aux « notions et concepts » sur lesquels se fondent les travaux des historiens. C’est dans cette partie que l’on peut trouver notamment l’article, évoqué plus haut, de François Hartog sur les régimes d’historicité, à côté d’autres rubriques incontournables (acteurs, causalité événement, période, temps, vérité, etc.).

Dans une troisième partie, comportant une trentaine d’articles également, sont présentés « les enjeux et les débats ». La période contemporaine concentre le plus grand nombre d’articles. On y trouve les questions les plus sensibles qui ont un grand écho dans la société : la Grande Guerre, Vichy, le totalitarisme, le fascisme, le nazisme, le communisme, le négationnisme, le passé colonial, la guerre d’Algérie. Mais le panorama des questions controversées y est très complet et concerne toutes les grandes périodes : l’Antiquité et les périodes médiévale et moderne y ont leur place. Certains articles sont consacrés à des débats qui ont un caractère plus général : culture savante/culture populaire, le procès de civilisation, le rôle social de l’historien, le témoin et l’historien etc.

Cet ouvrage est de la plus grande utilité pour les historiens, les professeurs, les étudiants et tous ceux, ils sont nombreux, qui aiment l’histoire. Il se lit et se relit au gré des curiosités non seulement avec intérêt mais aussi avec un grand plaisir.

Notes :

 

Laurent Wirth

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  • ISSN 1954-3670