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Tour Eiffel et magies de la société industrielle

Expositions | 28.10.2009 | Jean-Pierre Daviet
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Portrait de Gustave Eiffel, 1889 © RMN (Musée d'Orsay)/© Jean SchormansL’exposition de la mairie de Paris, "Gustave Eiffel, le magicien du fer" [1] , à l’occasion du cent-vingtième anniversaire de la Tour qui est devenue un symbole touristique de la capitale, met en valeur des aspects importants d’un événement qui se voulait marquant puisque les républicains, alors au pouvoir, célébraient le centième anniversaire de 1789 et les fruits merveilleux des Lumières dans la société industrielle du XIXe siècle. Notons d’ailleurs que l’on inaugura cette année-là l’installation de la lumière électrique au palais de l’Élysée ; la Tour, elle, comportait un grand phare électrique. Les visiteurs émerveillés pouvaient, en outre, expérimenter une liaison téléphonique avec Bruxelles, ce qui paraissait héroïque.

La construction de la tour, de 1887 à 1889, au moyen de 18 000 pièces différentes usinées de façon remarquablement précise pour l’époque, occupe une place centrale dans l’exposition, avec les différents projets. Celui d’Eiffel, partant d’une idée de ses collaborateurs Maurice Koechlin et Émile Nouguier, paraissait le plus novateur et le plus spectaculaire, intéressant aussi grâce à des embellissements décoratifs dus à l’architecte Émile Sauvestre. Eiffel a financé 80 % du devis, en échange d’une concession d’exploitation pour 20 ans. On trouve aussi réunies les vues du chantier ou encore les réactions partagées du monde culturel (pétition d’adversaires de la Tour du 14 février 1887, signée par Guy de Maupassant, Charles Garnier, Charles Gounod).

Né à Dijon en 1832 d’une ascendance lointainement allemande, Gustave Eiffel, ancien élève de l’École centrale de Paris, est l’une des illustrations d’une composante des élites du XIXe siècle. On le destinait à reprendre une petite affaire de famille, mais il trouve sa vocation dans la région parisienne (ateliers à Levallois depuis 1867) avec la construction métallique, dont de nombreuses illustrations sont fournies, après la direction du chantier de la passerelle Eiffel à Bordeaux (1858), notamment, le dôme de l’observatoire de Nice (1881), le viaduc de Garabit (1882), les réalisations au Portugal, en Hongrie (gare de Budapest), Roumanie, Égypte, en Amérique latine, aux États-Unis (ossature de la statue de la Liberté), et dans les colonies. Il est un moment inquiété pour sa participation au projet du canal de Panama pour les écluses, mais est ensuite disculpé grâce à l’intervention de l’avocat Waldeck-Rousseau. Il s’éloigne alors de la gestion de son affaire, reprise en main par son gendre, le polytechnicien Adolphe Salles qui avait épousé sa fille aînée, Claire. Veuf d’une épouse décédée à l’âge de 32 ans, Gustave s’appuyait beaucoup sur elle, dans un premier temps, pour l’éducation des quatre enfants plus jeunes, dans un second temps, comme maîtresse de maison sachant recevoir les hôtes rue Rabelais. Il se consacre de plus en plus à des questions scientifiques. Soucieux de prolonger l’existence de sa Tour, il avait encouragé des expériences de télégraphie sans fil, telle une liaison mémorable Tour Eiffel/Panthéon, notamment avec le général Ferrié. Après avoir mesuré la déformation de corps lancés du haut de la Tour, Gustave Eiffel fonde des laboratoires d’aérodynamisme en collaboration avec des constructeurs d’avion comme Breguet et Farman.

L’exposition produit des documents sur la vie familiale et les vacances de la famille Eiffel, en particulier, les résidences de vacances, telle la Villa Salles à Beaulieu, car Gustave est l’exemple parfait d’une réussite sociale qu’il aime mettre en scène. On le qualifie de bourgeois très classique dans ses goûts culturels.

Une part appréciable de l’exposition présente la Tour comme objet ou sujet artistique. La première planche de gravure sur bois en technique japonaise réalisée par Henri Rivière est le Chantier de la Tour Eiffel ; le même publie ensuite en lithographies les Trente-six vues de la Tour Eiffel. Parmi les autres artistes : Théophile Féau pour des photos du chantier, Robert Delaunay, Raoul Dufy, Man Ray.

Notes :

[1] Du 7 mai au 30 septembre 2009. Commissaire Caroline Mathieu, conservateur en chef au musée d’Orsay, spécialiste de l’art du XIXe siècle et des liens entre art et société.

Jean-Pierre Daviet

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  • ISSN 1954-3670