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Comptes rendus
   

Jean-Christophe Notin, Foch,

Paris, Perrin, 2008, 638 p.

Ouvrages | 19.12.2008 | Rémy Porte
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© PerrinDéjà auteur d’un Leclerc, paru chez le même éditeur en 2005, Jean-Christophe Notin livre en ce 90e anniversaire de l’armistice de 1918 une dense biographie du maréchal Foch. La parution de cet ouvrage est d’autant plus bienvenue que d’une part les publications antérieures s’égaraient souvent aux marges de l’hagiographie et que d’autre part les derniers ouvrages de référence, datant de nombreuses années, étaient quasiment devenus introuvables.

Soulignons immédiatement l’ampleur et la richesse des sources consultées par Jean-Christophe Notin pour rédiger cette biographie. La quasi-totalité des fonds disponibles, publics et privés, en France et à l’étranger, figurent parmi les références rencontrées au fil des paragraphes. Par ailleurs, onze pages de bibliographie complètent utilement l’ouvrage, suivies de quatre cartes, parfaitement lisibles mais relativement sommaires (on aurait aimé sur ce plan pouvoir disposer de quelques autres représentations figurées du terrain et des opérations, permettant en particulier d’illustrer les choix tactiques de Foch) et de douze pages d’un index particulièrement complet.

L’objectif avoué de l’auteur (quatrième de couverture) est de retrouver le « vrai » Foch : « de ce long et passionnant travail ressort un portrait beaucoup plus balancé … La statue de Foch en sort rénovée et se pare enfin de couleurs qui lui rendent sa vraie et grande valeur. »

Le texte est riche, fourmille de très nombreux et précis renseignements, et l’on peut penser (avec toutes les limites que l’on connaît lorsque la biographie d’un personnage public cherche à percer la réalité de sa vie privée : « ce que fut sa vie entre-temps, rien ne permet de le préciser », peut-on lire au détour d’un paragraphe évoquant son séjour parisien au début des années 1880) que la présentation qui est faite de l’homme, en tant qu’individu, est aussi proche que possible de la réalité. Qualités et faiblesses alternent, souvent illustrées par des extraits de correspondances familiales. On y (re)découvre un homme de son temps, produit d’une éducation et d’une culture, qui écrit quotidiennement ou presque à sa femme, « très correct à tous les égards » et qui « a de bons rapports avec les autorités civiles ». Dans un style enlevé, facile à lire, Jean-Christophe Notin brosse ainsi un portrait convaincant du « Foch privé ».

Mais ce qui justifie d'abord l’intérêt d’une telle biographie est d’une nature bien différente : Ferdinand Foch est d’abord un soldat de la IIIe République naissante, l’auteur Des principes de la guerre et De la conduite de la bataille, le commandant de grandes unités avant août 1914, le chef militaire sur le front de France jusqu’à la fin de l’année 1916, le conseiller du gouvernement en 1917, le commandant en chef interallié à partir de 1918. Au total, près d’un demi-siècle de carrière militaire active qui méritait au moins une étude aussi fine que la composante familiale et personnelle de la vie de Foch.

Or, sur ce point, on ne peut s’empêcher de ressentir une certaine déception.

Les textes fondateurs Des principes de la guerre et De la conduite de la bataille sont à peine évoqués, avec cette observation pour le moins ambiguë : « Ils seront aussi l’occasion d’améliorer l’ordinaire terne d’un officier de garnison »... Les pages qui suivent, sous le titre faussement accrocheur « De la chaire du canon à la chair à canon » tendent, malgré certaines réserves, à faire de Foch, conformément à l’idée reçue généralement admise, un adepte de l’offensive systématique, alors même qu’une étude précise de ses écrits et de son enseignement montre que la réalité est beaucoup plus nuancée. De la bataille de Morhange à l’Yser, de l’Artois à la Somme, les opérations placées sous le commandement de Foch durant les deux premières années de la guerre sont plus survolées qu’analysées. Jean-Christophe Notin développe longuement les relations diplomatico-militaires et politico-militaires entretenues par Foch avec les autorités gouvernementales françaises et alliées et ses rapports avec les chefs militaires britanniques, mais il ne s’interroge pas sur ses choix tactiques et reprend à travers de courtes citations les critiques adressées par le colonel Mayer, le président Poincaré, le général Pétain et bien d’autres, sans les passer au crible de l’analyse, dans le contexte militaire du temps. Par ailleurs, les témoignages "à charge" sont notablement plus nombreux que les opinions favorables.

Paradoxalement, s’agissant de la biographie d’un chef militaire, les questions tactiques, opérationnelles et stratégiques sont ainsi traitées superficiellement, sans que ne transparaisse de la part de l’auteur une connaissance profonde de ces sujets.

Le lecteur, finalement, reste sur sa faim. Cette biographie, bienvenue redisons-le et à de nombreux égards extrêmement utile, ne répondra pas totalement aux attentes de ceux qui auraient pu souhaiter une étude fouillée du rôle personnel de Foch dans la conception et la conduite des opérations durant la Grande Guerre, analyse menée par exemple en comparant les décisions alors prises à ses écrits antérieurs. L’ouvrage doit indiscutablement figurer dans toute bibliothèque bien tenue, mais il ne faut pas en attendre ce que l’on ne peut pas y trouver. L’étude scientifique, qui manque toujours, sur « Foch, chef militaire » devra-t-elle, une fois de plus, nous venir du monde anglo-saxon ?

Notes :

 

Rémy Porte

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  • ISSN 1954-3670